‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 63 sur 132 · IÎ · texte numérisé non relu

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par leur obscurité, ne peuvent être des obstacles à nos entreprises; mais de ceux que la concurrence des mêmes honneurs et l.i poursuite des mêmes droits nous su>cile pour adversaires , nous en jugeons d'une manière pitoyable, et la plus déi.iisosnialiie. Caractère, non-seulement des esprits ambitieux, mais des esprits factieux, auprès de qui , comme remarque Tertullien, être de leurs aiihéreiits, c'est le souverain niérile ; n'en être pas, c'est le souverain dêcri : L'Oi ipsum illic esse, promcreri ; non esse, deinereri est (Tcrlull.). Si vous êtes dévoués à leur parti, ne vous mettez plus en peine d'acquérir de la capacité, de la probité, de la piété; votre dévouement vous tiendra lieu (le tout le reste. Caractère partieuliir de l'hérésie, dont le propre, selon l'obscrvalioii de saint Augustin, a toujours clé d'éle\er jusqu'au ciel ses fauteurs et ses sect.leiirs, et d'abaisser jusqu'au néant ceux à (|ui Dieu inspirait le zèle de ratta(iuer ctdelacjmbattre: et ce caractère est admirablement exprimé dans les pharisiens de noire évangile, qui , tout corromjitis qu'ils étaient , ne parlaient d'eux-mêmes qu'en termes honorables ; et tout éclairé, tout sanetilié ([u'elait ce pauvre ^\\x\ les contredisait , n'avaient pour lui que du mé()ris. Car pour nous, lui disaient-ils, nous observons iitviolablemenl la loi, nous sommes les véritables disciples de Moïse, nous maintenons les traditions dans leur pureté : Nos Moijsi disciputi sitinus (Juan. IX); mais vous, vous êtes un misérable chargé de péchés, et ((ui, bien loin de pouvoir nous instruire, n'êtes pas digne de rcce\oir nos leçons : In pecealis wilus es lolus, el la doces nos (lùiil.)] Or, ilj ne le méprisaient de la sorte, el il n'était un misérable dans leur opinion (|ue parce qu'il iwî parlait pas comme ils voulaient, el comme il était de leur intérêt qu'il parlât : voilà dit saint Augustin, ce qui arrivait dans h s schismes qui se sont formés entre les fidèles, el qui ont divisé l'Eglise de Dieu. La manière des hérésiarques était de s'ériger eux-mêmes premièreiiieiit, et puis leurs partisans et leurs associés, en hommes rares et extraordinaires; tout ce qui s'allachail à eux devenait grand, et ce seul titre d être tians les intérêts du parti était un éloge achevé ; il n'y avait parmi eux, à les enleiidre, ((ue des génies sublimes, que des prodiges de science et de vertu; ils s'appelaient, sans hésiter, les vrais disciples des premiers Pères de l'Lglise, el étaient seuls en droit de dire : Nos Moysi disi-iptdi suinus; c'cUnl chez eux que se trouvait la ferveur de l'ancienne discipline, el la solidité de l'esprit chrétien; hors de chez eux, ils ne voyaient rien qui ne leur fît pitié; les plus intelligents et les plus habiles du parti catholiciue leur paraissaient des hommes faibles el ignorants; tout ce qui ne les favorisait pas n'était que relâchement el que désordre; n'être pas dans leurs sentiments, c'était être abandonné de Dieu et réprouvé. En effet, ils le croyaient ainsi ; el , (juoique tout cela fût autant d'illusions el -le chimères, à force de souhaiter et de vouluic

{y/niji-tiois.]

ORATEURS SACHES. ROLRDALOL'E.

ne,

que CCS cliini^rcs et ces illusions fussent di's vcrilés, ils s'en faisnicnl des veillés, el en friompliaicnt : tant il est vrai que du nioliicnt que le ressort de Tintérét joue, la raison ne jufîe plus qu'au gré de la volonic ;iveugl6o et iiassionnéo.

Non, eliréliens, plus d'équité quand une fois l'intérôl prévaut; et cela est si eonslani, que les hommes, qui sont nés pour la société, et dont tout I3 commerce roule sur une bonne foi réciproque, ne reconnaissent plus celle bonne foi, et n'ont plus de créance les uns pour les aul-es, dès qu'ils aperçoivent dans les affaires qui se traitent entre eux le moindre mélange d'inlércl. Quelque probité qu'ait un juge, s'il est intéressé dans une cause, on se croit bien fondé à le récuser, el l'on ne croit point lui faire tort d'en appeler à un autre jugement que le sien ; quelque irréprochable d'ailleurs que soit un témoin, si son intérêt se trouve joinl à son témoignage, son témoignage passe pour nul : comme si les hotiimcs, d'un commun accord, se rendaient à eux-mêmes celle justice, de confesser que quand leur intérêt est de la partie, ils ne sont plus capables de garder les règles de la justice. 11 ne faut donc pas s'étonner que les pharisiens, s'étnnt fait un intérêt contraire à Jésus-Christ, s'aveuglassent sur le sujet de sa personne; car celait une conséquence naturelle, et il y eût eu du miracle, si cet aveuglement n'ayait pas été l'effet de cet intérêt; mais il faut s'elonner de ce que la personne dsT-iésus-Christ, élaiit aussi sainte et aussi accomplie qu'elle 1 elait, les pharisiens se faisaient un intérêt de lui être contraires. Car voilà, mes chers auilileurs, ce qui les perdit et ce qui nous perd; nous nous faisons des intérêts qui vont premièrement à nous aveugler, et puis, par un <ngagcment infaillible, à nous choquer, à nous aigrir, à nous emporter conire des gens (lignes de toute noire estime, et avec qui la charilé chrétienne nous devrait unir. O iulérêl, que tu as perverti de jugements .-ax préjuilice de cette divine charité, et (jue tu .-is fait de plaies à celle verlu par tes funestes impressions dans les esprits des hommes I

Àlais voyons encore ceci plus clairement (];ms la suite de notre évangile ; et de l'aveuglement des pharisiens louchant la personne du S.invi'tir, p.issons à celui qui eut pour objft l'action particulière de cet Homme- Dieu, cl le miracle qu'il venait d'opérer. Car c'est ici que la malignilc de l'inlérét achève de se produire, el qu'elle se découvre tout enlière. Prenez garde, chrétiens: .lésus - Christ a miraculeusement guéri un aveuglené, cl ce miracle est opposé à l'intérêt de ses ennemis. Que font-ils? quelque éclatant que soit ce miracle, ils le conteslenl el le désavouent. Obligés enfin d'en convenir, ils nient .lu moins que Jésus-Christ en soil l'auteur. lis le nient, dis-je, sans raison, et contre loulc apparence de raison, parce qu'ils ont intérêt à le nier. Si ce miracle les acconimoilail, quelque incroyable qu'il leur pirùl. lis le croiraient; mais, parce que ce miracle les déconcerte , quelque aulhenlique qu'il

puisse être, c'est dans leur idée un mirai le suriposé. De là ce soin avec leciuel ils l'examinent, non-seulement dans la rigueur, ruais d'une manière pleine de malice. Car, de quels artifices n'usent-ils pas, el quelles onquêles ne font-ils pas? De là celte détermination à écouter avec joie tout ce qui semble êlre favorable à leur incrédulité, et à ne supporter qu'avec chagrin tout ce qui la combat et la convainc. De là cet esprit de censure qui les porte à comlamner ce que Icvidence de la chose ne leur permet plus de révoquer en doute. De là celle fausse régularité qui les fait chicaner sur la circonstance du jour, ne voulant pas qu'un malade puisse être guéri le jour du sabbat, ni que ce sabbat soit. un jour de miracles. De là celle exirémilé où le désespoir les réduit, leur faisant altribuer plulôl au démon ce qui est visiblement l'œuvre de Dieu, que de les fo;-cer, s'ils reconnaissaient que c'e>t l'œuvre de Dieu, de rendre honneur à Jésus-Chrisl. De là celle conduite violente qu'ils tiennent envers l'aveugle même et ses parents, les Irailant avec hauteur, et les inlimidanl pour leur fermer la bouche et leur imposer silence. Tout cela, parce que l'inlérôi les possède, cl que, jusque dans les faits publics qui devraient êlre naturellement moins contestés, le caractère de l'inlérét est de nous faire voir les choses, non pas comme elles sont et comme elles se passent, mais comme il nous serait expédient, selon nos vues, qu'elles fussent et qu'elles se passassent eu effet. Or, dans celle disposition de cœur, le moyen que les pharisiens avouassent sincèrement et de bonne foi le miracle de Jésus- Christ; cl la ju'-lice elle-même, toute lumineuse qu'elle est, était-elle assez perçante pour entrer dans des esprits infectés d'une telle contagion? Ceci vous surprend, et doit vous donner de l'horreur pour l'esprit d'intérêt.

.Mais achevons, chrétiens, de nous appliquer celle morale, et rougissons de ce qu'au milieu du christianisme, ci't esprit intéressé produit encore aujourd'hui les mêmes effets ou les mêmes erreurs, non [)lus sur ce qui regarde simplement b s miracles du Fils de D eu, mais généralement sur les poinis les plus essentiels cl les plus inconteslaides de la religion ; mais sur les devoirs de la conscience les plus naturels el les mieux établis; mais, ce qui paraîtrait presque impossible, sur les laits les p\u^ évidents qui ont rapport cl à la justice cl à la charilé envers le prochain. Confondons-nous de ce que, tuit clirélici'.s que nous sommes, rinlérél surtout cela nous rend plus aveugles que jamais les pharisiens ne l'ont élé. Je dis sur les poinis les pins essenliels de la religion ; car pourquoi le liberlinagc va-t il à douter de lout. et à n'être convaincu ni touché de rien? pouniuoi se fail-on secrètement des systèmes de créance, ou. pour mieux dire, d'impiélo et d'infidelilé selon lesiiuels on vil, sim.n parce qu'il serait de rinléiêl du libertin que la religion fût éteinte, cl qu'il n'y eût ri.'n de vrai que C(> qui le Halle el ([ue ce qui lui

CAREME. SERMON XXllI. SLR L'EVANGILE DE L'AVELGLE-NE.

pintl? Nous ne comprenons pas quelquefois coMunonl les païens pouvaient élre si jirossters, que d'adorer des dieux infâmes, inecstueux, adultères ; et saint Augustin nous assure uu'il le comprend bien : c'est, dit-il, qu'ils tlaicnt intéressés à avoir des dieux comme ceux-là, et qu'il leur était avantageux dans le moment qu'ils sueeoiubaient à une passion houleuse, do pouvoir s'autoriser d'un tel exemple. Voilà tout le fond de l'idoîâlrie et du paganisme Mais nous n'avons pas besoin de rcmonler si haut, et il ne faut ici que nous consulter nous-mêmes. Car, quelque obstiné que soit un libertin du siècle, il ne désavouera pas, s'il veut répondre sans déguisement, qu'il n'a conuucncé à douter de l'autre vie, que quand il a été de son intérêt que tout se terminât à celle-ci : que l'enfer ne lui a paru une erreur popul.iire. que quand il a été de son intérêt qu'il n'y eût plus d'enfer: qu'il n'a traité le péché de" bagatelle et d.- galanterie, que quand il a élé de son intérêt que le péché ne fût plus péché; et que s'il en est venu, comme l'athée, jusqu'à conclure dans son cœur qu'il n'y a point lie Dieu, ce n'est que quand il a élé de son intérêt que l'être fût anéanti.

Je dis sur les devoirs de la conscience les plus importants et les mieux établis. Car comment et par où se forment tous les jours tant de consciences erronées? par l'intérêt. l'roposi'Z à quelque homme que ce soil, une afl'airc à traiter, une queslion à décider un point de conscionrc à résoudre, et cachezlui l'intérêt qu'il peut y avoir; pour peu qu'il soit versé en ces sortes de matières, il vous donnera la décision la plus équitable et la plus juste, il vous convaincra par les raisons les (ilus sensibles et les plus palpablrs, il vous prescrira les règles les plus droites et même les plus étroites, il répondra à toutes vos difficultés, et vous mettra devant h s yeux la vérité d.ins toute son évidence. i'^Iais tirez en même temps le voile, et découvrez-lui dans celte niêine affaire, dans ce niêuic point de conscience et celte même déiision, quelque inlêiêt particulier (]ui le regarde; c'(^st alors que les objets commenceront à changer pour lui de f.ice, et qu'ils lui paraîtront tout autres qu'il ne les avait consiilêrés. Ces maximes sur lesquelles il s'ap|>iiyait et qu'il croyait indubitables, ne lui seir.b'eronl jilus si certaines. Ces objections qu'on lui faisait et qu'il rejetait comme insoutenables ne seront plus, à son sens, si frivohs. Il examinera, il raisonnera, il subtilisera; el, à fuTe de subtilités et de raisonnemenis que l'aniour-propre ne manquera pas de lui suggérer, il en viendra souvent à autoriser ce qu'il condamnait d'uuepremière vu<\ lors{]u'il n'y voyait point son intérêt engagé. Et n'est-ce pas ainsi que tant de gens dans le christianisme, sages du reste, consiieniieux cl mêuie ilévols , ou passant pour l'être , ne se font nul scrupule de mille choses dout le public se scandalise, et a raison de se scandaliser? On demande comment ils peuvent aceorder ceci ou cela avec la pieté el avec la sévérité de leur morale sur totij les autres sujets. On

ne le comprend pas ; mais eux, ils le com- [irennent parfaiteuuMil, ou pensent le biiui comprendre. Ce qui troublerait les plus relâchés et ce qui les ferait trembler, ne leur cause pas le moindre remords. Ils ont leurs principes, qu'ils suivent sans inquiétude : cl, à la faveur de ces principes, ils demeurent tranquilles , el ne réforment rien de leur conduite ordinaire. De quelque manière que le monde puisse parler, ils se tiennent en assuranie du cAté de Dieu . ils vont à l'autel, ils célèbrent les saints mystères, ils participent aux sacrements; c'est-à-dire (;u'ils ont leurs intérêts qui leur fascinent les yeux de l'âme, et qui éteignent tonles les lumières de leur esprit, parce ((uil est infaillible que partout où l'intérêt entre, Il attire après soi l'aveuglement et l'erreur.

Je dis sur les faits les plus sensibles qui ont rapport et à la justice et à la charité envers le prochain. Et en effet, pourquoi nous entêtons-nous de mille fausses suppositions que nous voulons soutenir pour vraies, et pourquoi les appuyons-nous sur une iiifiiiilé de jugements vains et téméraires? Pourquoi nous tigurons-nous que ce qui n'a jamais été pensé, a élé dit; et que ce qui a été fait évidemment, ne l'a pas été? Pourquoi comptonsnous sur nos imaginations comme sur des choses réelles, ce qui est la source malheureuse de la plupart de nos aversions, de nos inimiliés, de nos vengeances? c'est qu'il y a dans nous des intérêts, qui, occupant toute la capacité de noire cœur, ne laissent à notre esprit aucun exercice de réllexion et de raison. Il faut donc, mes chers audileurs, si vous voulez être des enfants de lumière, renoncer à cet intérêt qui nous emiiêche de cor.naîlro Dieu, qui nous ôle la connaissance de nou;-mcmes, qui nous rend incapables de c;' discernement si nécessaire du bien et du mal, qui nous cache la corruption de nos désirs, qui nous déguise nos intenlions, qui nous l'ail ignorer nos obligations , et qui. pour la conduite de la vie, nous jetle dans des abîmes d'obscurités plus déplorables et plus funestes que celles de l'enfer. ï'^t voilà, dit saint Bernard , ce qui nous doit donner de l'horreur pour cet esprit intéressé, quaml nous venons à en considérer les suites par rapport au jugement de Dieu. Car, sur tout cela, (luaurons-nous à répondre à Dieu? ces consciences erronées nous juslifieronl-clles devant lui ? ces préoccupations cl ces préventions nous serviront-elles d'excuses? ces idées fausses sur lesquelles nous avons agi. diminueronl-clles l'injustice el la malice de nos actions? Dieu n'aura-t-il pas toujours dioil de nous ramener au principe, el de dire à chacun de nous : Il est vrai , tu as élé aveuglé, préoccupé, troni|)é, mais lu n'as éle loisi cela ([lie parce que lu as élé intéressé ; lu n'as ]ugé faussemeni el dêsavanlageusemeiil de Ion frère (pie quand l'intérêt t'.i divisé de lui; lu n'as iginu-é tes piopres devoirs qu • qi:and l'inleêt l'a dominé. Or, do vouloir <'xcuser un péehé par un autre péché, c'est une présomiiliou insoutenable cl pleine de folie. C'est ainsi, dis-Je, que le Fils

On.\TEUrîS SAChES. BOURDALOUE.

(le Dieu conJaiiinnit les pharisiens dans no- Ire évangile, et c'est ainsi qu'il nous condamnera, si nous nous lrou\ons coupaliles ilu même désordre. Nous ne pouvons mieux l'éviter qu'en opposant aux ténèbres de Iciveur les lumières de la foi, et en conl'ondant le mensontçe, comme l'avcuglcdc notre évangile, par une sainte confcMsion de la vérité. C'est le sujet de la seconde partie.

SECONDE PARTIE

C'est à la foi, chrétiens, de confondre par ses lumières l'avenglement volontaire des hommes; et c'est à elle d'opposer le zèle de sa confession à ce faux zèle de linlérél, dont les esprits mondains se préoccupent pour résister à la vérité : Credimus, disait le grand Apôtre, proptcr quod et loquimur (II Cor. IV). Nous cro.vons, et c'est pour cela que nous parlons, "afin que le témoignage de noire bouche, s'aecordant avec la persuasion intérieure de noire esprit, l'infidélité même soit obligée de se rendre. Voilà, mes ehcrs auditeurs , la règle qu'a suivie l'aveugle-né de noire évangile pour honorer le double miracle fait dans sa personne, c'est-à-dire le miracle de sa guérison et le miracle de sa conversion. Il a cru, et il a parlé. Il a cru on Jésus-Christ, et il a confessé Jésus-Christ. Et je trouve que le zèle qu'il a montré dans cette confession a eu quatre qualités admirables pour confondre l'aveuglement des pharisiens. Car il a été sincère pour confondre tous les artifices de li'ur duplicité; généreux, pour confondre l'orgueil de leur prétendue autorité; convaincant, pour confondre la faiblesse de leur vaine science, ou, pour mieux dire, de leur ignorance; et constant, pour confondre la dureté de leur obstination. Appliquez-vous; et, dans l'esposilion succintc «[ue je vais vous faire de la victoire et du triomphe de notre foi, apprenez ce qu'elle doit faire en vous, et ce que vous devez faire avec elle.

L'aveugle guéri par le Fils de Dieu f«t sincère jusqu'à la naïveté, dans le ténioiîînage qu'il rendit du miracle dont il venait lui-même d'élre le sujet ; et c'est ce qui jeta les pharisiens dans la confusion. Car ils eurent beau linierroger et le questionner, pour tâcher de le surprendre dans ses paroles, il persista toujours à soutenir ce qu'ils ne voulaient pas entendre; et , par la sim|dieité de sa déposition, il rendit inutiles toutes les ruses dont leur esprit double et artificieux se servait pour obscurcir la gloire du Sauveur. Oui, leur déclara-l-il jusqu'à plusieurs fois, c'est moi qui suis cet aveugle •le naissance <iue voiisaviez vu mendier dans la place publique. Je vous l'ai dit, je vous le dis encore : cet homme que vous appelez Jésus est celui qui a opéré dans moi cette merveille; et, puisqu'il faut pleinement vous en édaircir, voici la manière et les circonstances qu'il a observées. Il a pris un peu de boue, il me !'a mise sur les yeux, il m'a «ommandé d'aller a la isiscine de Siîoe, et de m'y laver. J'ai obéi à son ordre, et vous eu voyez l'eflet. Si ce qu'il leur disait eût été un uiensonije et une imposture, à force ce le

presser et d'exiger de lui à plusieurs r"prises un compte exact de la chose , ils l'auraient embarrassé ; il se serait coupé dans ses réponses, et à peine aurait-il pu éviter de tomber en quelque conlradiction. Mais parce qu'il confesse la vérité, et que la vérité est toujours la même, il ne se dément point, et n'a qu'un même témoignage, toujours uniforme ; Lutiim niihi posuil supir oculos; et lafi,et videu{Joan.,l\]. Mais cet hotnme est un pécheur : s'il est pécheur, comme vous dites, c'est ce que j'ignore; tout ce que je sais, c'est qu'étant aveugle comme j'étais, je ne le suis plus : Si peccator est, yiesciu . iiniim scio, (/nia cœciis cum esscm, modo video [Ibid.). Or, ce témoignage, encore une fois, rendait les pharisiens d'autant plus confus, qu'il était plus simple et plus naïf. Car, que pouvaient-ils faire pour l'éluder ? Il s'agissait d'un fait qui portait en soi son éclaircissement et sa preuve. C'était un miracle subsistant dans la personne de ce pauvre. Ce pauvre parlait et se produisait. Que p<iuvait !a finesse et l'inlrigue contre une semblable sincérité?

Kt voilà, chrétienne compagnie, ce qui confond encore aujourd'hui l'aveuglenK nt de certains libertins du monde, qui, dans le progrès malheureux de leur vie déréglée, en sont venus jusqu'à ne plus rien croire et à renoncer leur foi. Voilà ce qui les désespère : le récit de certains miracles , qui même humainement doivent être crus, et que la prudence la plus raffinée, la plus défiante et la moins crédule est forcée de reconnaître, le rapport d'un homme, non-seulement irréprochable et digne de créance, mais digne même de respect, qui dit : Je l'ai vu, c'est à moi que la chose est arrivée , et j'en parle par mon expérience propre. Car, de prétendre que tous ceux qui ont jamais tenu ce langage aient été des imposteurs ou des visionnaires ; que, parce qu'il y en a eu quelques-uns ou même plusieurs, il faille ainsi juger de tous les autres , et que, sans discussion ni discernement, il n'y ait qu'à s'inscrire en faux contre tous ces témoignages, c'est une voie bien courte pour maintenir l'impiété et l'irréligion, mais encore plus courte pour autoriser l'extravagance et la lémérilé. J'avoue qu'en matière de miracles il y a eu des hommes trompés, et je veux bien même avouer qu'il y en a eu qui, de dessein formé , ont entrepris de tromper les autres. D.eu l'a permis de la sorte, dit Tertullicn, pour ré|iretive de ses élus. Mais , de se mettre en tête que tous ont été, sans exception, de l'un ou de l'autre de ces deux caractères ; et que , d'un si grand nombre de gens éclairés, de sages , de saints qui rapportent ces effits extraordinaires de la [luissance de Dieu, et qui assurent les avoir vus, il n'y en a pas un seul qui ait dit la vérité, c'est un sentiment , selon le chancelier Gerson , qui tient de l'imiudence , et qu'un houMou {jui a quelque re-te de raison et de miideitie ne peut pas avancer sans rougir. i;n eiïet, ([uend saint Augustin, dans l'excelk'iil traité de la Cite de Dieu, raconte les

CAI'.KMF,. SKr.MON XXIII. SLHi l/EVANGILK OK L'AVEUGLE-NK.

luirados qui se ('.lisaient de son temps à Cartilage, quand il dit qu'il y était présent avec tout le cierijé de la ville, quand il en décrit jusiiu'aux moindres parlieularilés, il n'y a [loinl d'esprit solide et bien sensé (]ui s'avise de lui en donner le démenti , et il n'y a point d'esprit lihcrtin qui ne soit déconcerté dans son liliertinape. ('ar de dire (juc saint Augustin s'iinaginaii voir ce qu'il ne voyait pas, ou de le soupçonner do mauvaise foi, comme s'il avait pris plaisir à imposer au inonde et à répandre des faussetés dans nue matière aussi essentielle que cellelà, c'est ce (jue le désespoir seul de se défendre contre la vérité peut suggérer à une âme inlidèle. Cependant c'est à ((uoi l'impie on est réduit. Or, en être réduit là , c'est ce <)ue j'appelle la contusion de l'impiété.

Mais passons plus avant. Si l'aveugle de notre é\aiigile fut sincère dans son témoignage en fiveur de Jésus-Christ, il ne fui pas moins généreux. Car il n'eut point pour les pharisiens ces lâches égards qu'il aurait eus infailliblement s'il eût consulté la prudence humaine. Il ne se lit point esclave de celte autorité impérieuse qu'ils s'arrogeaient parmi le peuple, et qui empêchait la plupart des Juifs <le se déclarer pour le vrai Messie. Il n'examina point si son procédé pourrait les choquer et leur déplaire; et sachant bien même qu'ils s'en offenseraient, il no crut pas pour cela devoir parler moins librement. Se sentant redevable à Jésus-Christ d'une grâce aussi spéciale que celle qu'il en avait reçue, il mépris.i tout pour publier sa gloire; et le scandale mémo des pharisiens lui fut un motif pour ne les pas ménager. Ses parents cl ceux à qui il appartenait n'en usèrent pas ainsi. Comme ils voulaient se conserver, ils respectèrent la synagogue ; cl, par une vainc politique, ils dissimulèrent l'obligation qu'ils avaient au Sauveur du monde, pour ne pas s'attirer la haine du peuple. Nous confessons, diront-ils, que c'est là noirci fils, et (|u'il est né aveugle : mais de savoir comment il voit maintenant, et quel est celui qui lui a rendu la vue, c'est ce qui nous est in- <onuu; inlerrogoz-le, il peut bien lui-même répondre. Or, c'éuiit la crainte , ajoute l'Evangélisle, ([ui les fiiisait p.irler de la sorte : llœc dixcntnt pareiJtcs ejus , quonimn limebnnt {Joiin., IX). Mais, pour l'aveugle sanctifié et éclairé de la lumière de l;i grâce, celte crainte n'est point capable d'affaiblir son zèle. Sa bouche p.irle de la plénitude de son co?ur. Les pharisiens lui demandent , on le menaçant, (juel est donc enfin col homme <|ui lui a ouvert les yeux : et lui, avec une sainte lilierlé, proteste que ce doit être au moins un prophète et un homino do Dieu : Quia pro]iliriii est [Ibid.]. Ils se scandalisent de cet éloge, cl lui leur soutient que cet éloge est justement dû à Jésus-Christ. Ils veulent encore une fois savoir pourquoi : Mais à ijuoi bon tant de discours"? reprend ce pauvre , ne me suis-je pas déjà assez cxpliciiié, et ne devez-vous pas élre plus que satisfaits sur ce point? l']st-cc (|ue vous vou- 1.2 aussi dcMuir ses disciules ? Nuinouid et

vos viiliis discipnli ejns ficri (lliid.) ? Cela les aigrissait; et, |ii(|ués de ces paroles, ils s'emportaient contre lui jusqu'aux injures : mais lui no se souciait ni de leur aigreur, ni de leurs injures; et il comptait |)our rien d'être chargé de leurs m.ilédielions , pourvu (ju'il honorât celui qui l'avait favorisé d'une si efficace et si salutaire bénédiction. Cénérosilé, dit saint Augustin, ijui humiliait ces esprits superbes, arcouluniés à dominer et à n'être jamais contredits dans leurs plus grandes erreurs ; mais générosité (jui condamne encore bien davantage la faiblesse d'un million de chrétiens, persuadés de la vérité, et néanmoins lâches cl timides quand il s'agit de la soutenir.

Car voilà, mes chors auditeurs, avouonsle ici à notre honte, voilà le désordre du christianisme. On veut plaire à tout h; monde. On ne veut choquer personne. Quoiqu'il s'agisse dos intérêts de Dieu, de la religion, de la piété, on se fait un intérêt de son peu de zèle; on ne parle qu'à demi, ou observe des mesures, on ménage les esprits. Cependant le libertinage prév.int, cependant le vice s'autorise, cependant l'abus et le dérèglement passe en usage et en coutume, cependant l'erreur prend tous les jours de nouvelles forces. S'il y avait un esprit généreux et déterminé à mépriserloutccqui s'appollerespecl humain, rien de tout cela ne tiendrait contre lui. Mais parce qu'on ne veut pas défendre la cause de Dieu à ses dépens ; mais parce qu'on considère celui-ci, et qu'on appréliende celui-là, de là vient que la justice et la vérité soiil opprimées p.ir le mensonge. Qu'est-ce (|ui fermait la bouche à tant de catholiques dans la naissant c des hérésies, cl qu'est-ce qui les faisait parler d'une manière à douter presque s'ils n'en étaient pas les fauteurs'/ vous le savez, la crainte du parti. Ils ne voulaient pas, non plus ((uo le pore et la mère do l'aveugle né, avoir la synagogue contre eux; cl ils aimaient mieux paraître moins zélés pour leur foi, que de s'exposer A la haine d'une faction considérable. Qu'est-ce (lui a fait de tout temps des chrétiens prévaricateurs do leur propre zè!e cl dos sentiments que Dieu leur inspirait? la craintode s'attirer les impies en s'élevant contre l'impiété. Kt d'où vientencore aujourd'hui que les derniers scandales, non-seulement sont soufferts avec impunité, mais sont proposés |iour modèles et pour règles de conduite ? c'est qu'on craint do se faire des ennemis en les combattant. 11 faudrait, pour rendre témoignage à la vérité contre les erreurs qui régnent dans chaque condition, encourir la haine do toutes les conditions. Il faudrait se résoudre à déjdaire aux ecclésiastiques, en leur faisant sur leurs devoirs des leçons odieuses qu'ils ne veulent jamais écouler; aux juges, en leur découvrant mille injustices dans leur justice même ; à toute une cour, en roprochant à ceux qui la composent leurs mœurs corrompues cl leurs débordements. Il fandr.iil, dis-je. des hommes du caractère do notre aveugle, assez désintéressés pour voului-.- lien se saciificr à la défense de la vé-

ORATEUriS SACRES. BOURDALOUE;

rilé, classez intrépides pour nllcr contre le lorrcnt de la coiru[ilion, quelque autorisée qu'elle puisse être. Or, où trouve-t-oii des âmes de (*>!lc trempe? C'est à \ous, Seigneur, à les susciter dans le monde cl dans votre Eglise.

Outre que le lémoignnge de r;iveiiglc-né fut sincère et généreux, j';ij()ute que ce fui un témoignage convaincant. Car admirez , cliréliens, le pouvoir et la vertu de la foi, quand Dieu entreprend de !a faire agir dans le sujet même le plus failde. Tout ignorant qu'est ccl aveugle , il réfute les pharisiens par leurs propres principes ; et des mêmes choses qu'ils avancent pour justifier leur incrédulité, il tire autant de preuves pour 1rs convaincre. Nous savons . disent les pharisiens, que Dieu a parlé à Moïse ; mais, pour cet homme que vous nommez Jé?ns, nous ne savons pas même d'où il est : Ilitnc aulein fiescimus tuule sit (Joan. IX). Ah 1 reprend le pauvre, animé et rempli de l'esprit de Dieu, c'est ce qu'il y a de bien étonnant que vous ne sachiez pas d'où il est, et que ce soit lui néanmoins qui m'ait ouvert les yeux .-comme leur disant que ce miracle de J.-C. parlait assez liautemenl pour lui: comme leur reprocliant que s'ils ne le reconnaissaient à cette marque, ils n'avaient aucune connaissance des choses de Dieu; commeles forçant d'avouer qu'après un prodige aussi visible que celui-là, leur ignorance ne pouvait plus être que volontaire et affectée : In hnc mirabile est, quia vos nescitis iindc sit (Ibid.). El, en effet, l'argument était sans réplique, et il y av.ail à «louter, dit saint Chrysostome, lequel des deux miracles élail le plus surprenant, ou celui de la toute-puissance du Fils de Dieu, qui avait ouvert les yeux à un aveugle-né, ou celui de l'endurcissement des pharisiens, qui ne voulaient pas les ouvrir à une vérité si écialante.

Ils s'opiniàtraienl à dire que Jésus-Christ était un pécheur : Scimus quia hic Itomu pecciitor est {Ibi(L). Mais c'est en cela , réplique l'aveugle, que vous êtes livrés au sens réprouvé. Car on sait bien que Dieu n'exauce point les pécheurs, surtout quand ils lui demandent des miracles en confirmation d'une erreur, puisqu'il s'ensuivrait alors que Dieu auloriserait le mensonge. Or, cet homme qu on appelle Jésus a été exaucé, comme vous voyez, pour faire ce miracle dans ma personne ; et il ne l'a fait que pour confirmer qu'il était lui-même l'envoyé de Dieu. Il faut donc qu'il le soit véritablement , ou que Dieu soit le garant de la plus criminelle cl de la plus grossière imposture. Car voilà, selon saint Augustin, le sens de celte admirable parole : Scimus quia peccatorcs non audit (Ibid.) ; et ce que les théologiens enveloppent dans des raisonnemenls infinis, ce pauvre le conçut en un mol : Scimus, nous le savons. Et de qui l'aviiil il appris, sinon de ce divin Maître, qui, dans un moment , instruit les esprits soumis el dociles ? Si ce miracle, poursuit-il , pressant toujours ces taux docteurs, si ce miracle élail une ucliou équivoque qui pût cire divcrsumcul

interprétée, votre erreur serait excusable; mais qu'on ait ouvert les yeux à un aveugle de-naissance, c'est ce qu'on n'a jamais entendu, c'est ce qui n'a point d'exemple dans le cours de tous bs siècles, c'est ce (|ni n'e.sl point du ressort de la nature, el qui ne peut partir que d'un Dieu : A sœculo non est audilum quod quis ui)entit ocnlos cœci nati. [Ibid.) Qu'aurait pu dire de plus fort un homme consommé dans l'éluile de la religion, et que pouvait opposer à cela toute la synagogue?

Ah ! tliiéliens, voilà ce que le S lint-Esprit appelle la victoire de notre foi : L't turc est Victoria qutc vincit mxindum, fides niisira (IJoan., V, i) : voilà ce qui a rendu les apôtres, c'est-à-dire de simples péclu'urs, les maîtres du monde ; voilà ce qui fil Iriouipher un Spiridion, à la vue de tout un concile, d(! l'arrogance et de l'orgueil des philosophes ; voilà ce qui fait lous les jours qu'une ùme fidèle, avec son ignorance prétendue, confondra le plus fier libertin el le fera taire. Mais du reste, disait le savant Pic de la Mirandi', étudions notre religion, et ne nous réduisons pas volontairement, en matière de christianisme, à une simplicité méprisable : souvenons-nous que ce christianisme doit être, dans nos personnes, aussi solide et aussi raisonnable contre ceux qui l'attaquent qu'édifiant pour nous mêmes qui le del'en dons ; ne tombons pas dans ce désordre, aujoui-d'hui si déplorable et si commun , dt professer une créance et d'en ignorer les preuves essenlicUes ; faisons-nous un devoir de les bien comprendre; et, selon la maxime de saint Pierre, d'être toujours prêts à en rendre compte. Que Dieu trouve eu nous, sinon des martyrs fervents, puisque le temps de la persécution n'est plus, au moins des confesseurs éclairés , pour soutenir son culte contre la vaine présomption du libertinage , car c'est , chrétiens , à à quoi nous sommes appelés. Vous demandez quelquefois ce qui pourrait vous occuper, au défaut des divertissements profanes et des joies du siècle? je vous le dis, l'étude de votre religion : à peine vous y êtes-vous jamais appliqués , et, par une négligence dont vous répondrez à Dieu, à peine avezvous une idée confuse dececjue vous croyez c'est-à-dire de ce qui vous fait chrétiens. Si, bien loin d'être en étal de persuader el de confirmer les autres, vous ne prenez nul soin de vous confirmer el de vous persuader vous-mêmes, comment osez-vous vous glorifier du nom que vous portez?

Enfin, l'aveugle-né fut conslant dans son témoignage. Ce ne fui pas pour une fois que les pharisiens le questionnèrent, le pressèrent, le menacèrent , ils mirent tout en œuvre pour le forcer de se rendre, et pour lui faire changer de langage; mais, autant qu'ils montrèrent d'obstination dans leur incréduliié , autant lit- il paraître de feniieté et de constance à glorifier son bienfaiteur el à confesser la vérité. Que, dans le désespoir de le réduire, ces docteurs, aigris et irrites, le thasseut avec ignominie delà synagogue:

rAi'.KMi:. si.ii\i<).s wiii. SUR uiVA^('.ll.l: i>k i.avki.gi.k M:..

Kt ejicerunt eum fmas (Joan.. IX) , i! omiurc toiil, cl il csl tlfloiriiiiu' i\ tmil, plulôt (|uc lie iiiccoiiiiaiiie ci'ltii à nui il doit sa guciisoii, t't lui manquer ilc rul(''litO. (Jiio dis-je? à ce picniiiT tciiioigiKigo, il en ajoiitt.' uiiau- Irc, plus relevé et plus saint : il connaissail bien la vertu iniraculense de ici Huinnic- Dieu t|ui l'av.iil ^uéri ; mais il lie savait encore (lu'unpail'.iilement (jui il était : or, il l'.Mil (jue le Fils de Dieu, par un dernier elfel de sa puissance et de sa miséricorde, lui éilaire les yeux de râuio, après lui avoir cclairô' les jeux du corps; et c'est ce qu'il fait dans un second eatciiien qu'il a avec ce pauvie. A la première parole de Jésus-t'lirist <iui l'instruit de sa mission et qui lui découvre sa di\lnilé, ce nouveau cliiélien ne délilière poini, ne raisonne point, ne didère point. Avec quelle promptitude il emlirasse la sainte loi qui lui est annoncée, avec ([uelle soumission il croit les liauls 'iiystèrcs <)ui lui sont révélés 1 au moment qu'ils lui sont ré\ élés ! Je crois, Seigneur, s'écrie-l-il : Credo, Domine {Jbiil.}. Toutes les calomnii s des pharisiens conire Jésus - Cliiisl , tous leurs discouis ni tous leurs mauvais traileluents ne l'ont |iu ébranler; et, plus iiniolai)lement attaché que jamais à la |)crsonne de ie Sauveur, qui lui manilesle ses divines perfections, il se prosterne à ses pieds, et l'adore comme son Dieu : tl procidcns, adoruvil eum [Ibid.].

S'il n'eût pas été plus ferme que nous, il eût bientôt dénienli, par un indigne silence, ce qu'il ^enait d'afliinier par une ju^te confession ; car (elle est tous les jours notre conduite. Le libertin, tout mal fondé qu'il est, s'en tient néanmoins opiiiiàtréiiicnl à ses jirincipes, et souvent les preuves les plus <laires et les plus évidentes ne l'en peuvent détacher ; mais nous, en mille rencontres, <Iiioique établis sur la p.irolc de Dieu, nous cédons aux moindres difficultés, et laissons triompher l'impiété. Ce n'est pas (ju'on ne se déclare d'abord et qu'on ne soutienne le parti de la religion ; mais le libertin n'a qu'à poursuivre, n'a qu'à s'élever, n'a qu'à s'expliquer d'un ccriain ton et avec cet ascendant que son audace lui inspire dès qu'il ne sent qu'une faible résistance, c'est assez pour déconcerter tant do chrétiens, et pour les faire honteusement reculer. On ne veut pas contester, dit-on, ni tourner l'entretien dans une dispute ; mais pourquoi donc contesleral-on jamais, et sur quoi jamais disputera- t-on? QxiQ dans ces derniers siècles de l'Eglise, connue dans les premiers, la saine doctrine se trouve comhatlue, selon l'expression de saint l'aul, par des doctrines étiangères et nouvelles : Doclrinis viiriis et peregi inis{IIcb. Xlll); que des esprits in(|uicts et présomptueux débitent leurs opinions particulier, s et travaillent à les répandre ; qu'à force d'intrigues et de menées secrètes ils se fassent un parti, et que ce parti commence à paraître, à lever la télé, à parler et à dogmatiser, en faut-il davantage pour entraîner les uns ou du moins pour troubler les autres? Le seul caruclcie de nouveauté qui i)ar lui-

même devrait donner un légilitne soupçon, puisqu'il est dircctenieni op|)o-.é à cet esprit fixe et immuable que la religion demandr, cet attrait seul ne sullît-il pas |)our engager des millions d'âmes légères et incertaines, qui se laissent séiiuire, et à (jui, en niatièro de foi comme en toute autre chose, le changement |ilaîl? Inconstance plus ordinaire aux personnes du sexe, (jui, moins capables dc! raisonner, et voulant m'>annioins rais!)!iner sur loul, sont beaucoup jilus faciles :\ conduire dans l'erreur ; au lieu de suivre la raison, qu'elles n<î voient pas et (ju'elles Cl oient voir, elles suivent mille faux préjugés où les entrelienuenl l'exemple, la vanilé, l'esprit <le singularité, l'hypocrisie et le faux éclat de la pieté; 'ce (|u'il y a de plus étrange c est que celle légèreté, qui leur est si propre et si commune pour sortir de la bonne voie et pour se dé[iarlir de la vraie créance, dès (ju'elles ont une fois franchi le pas, et (ju'elies se sont préociupét^s, ou, pour mieux dire, infatuées de ceitaines [iréveiiiions, se lotirne, par un rtiiverseinent bien déplorable, dans l'obstination la plus inllexible, pour persister dans leur égarement et pour n'en revenir |)res(iue jamais. Un homme sans autorité, mais {[u'eiles écoulent, et dont les paroles sont [lour elles autant d'oracles, prévaudra dans leur estime à toutes les puissances de l'Lglise et à toutes ses décisions. (Jn ne va pas toujours jusciue-là, je le sais ; niais sans allerjus(]u'à cet excès, on se trouble au moins, et l'on n'a (ju'une foi chancelanle;iiaice <)u'on entend parler diveisement, pane qu'on voit les (sprits divisés, et •jue celui-là, selon la prédiction du Sauveur du tnonde, soutient que le Christ e>l d'u;i côté, tandis (jue celui-ci prétend au contraire qu'il est de l'aulre; on demeure dans une dangereuse perplesilé, sans règle et sans consislance : car, à quoi s'en tenir, dit-on ? à quoi, mon cher auditeur ? à la foi de Jésus- Christ. Mais, où est la loi de Jésus-Christ? là où est Jésus-Christ même. Mais où est-il ? là où est son Église. Mais où est enfin celle Lglise de Jesus-Christ ? là où est, depuis saint P.erre, vicaire de Jésus-Christ, par la p!us invariable et la plus incontestable tradition, le siège apostolique et la chaire de Jésus- Çhrist. Au milieu des tempêles et des orages, c'est sur celte pierre fondamentale que vous devez vous réfugier; c'est à cette chaire que vous devez vous attacher ; c'est dans celle Eglise que vous devez chercher la vérité, dont elle est la ferme colonne, et c'est sur cette colonne que vous devez vous appuyer ; vous aurez des combats à soutenir : les martyrs en ont bien soutenu d'autres, et eu sont sortis victorieux; les plus rudes alta- (juesne serviront qu'à éprouver la constance de votre foi et qu'à l'affermir; celle constance de votre foi en augmentera le mérite ; et, selon toute l'étendue de son mérite, elle sera glorifiée et couronnée dans l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.

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SERMON XXÎV.

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