‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 69 sur 132 · CAREME. SERMON XWU. SIR L'AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

CAREME. SERMON XWU. SIR L'AMOUR DE DIEU

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IVicu, le vomlrais-jc à celle condilion? .1» persecutio ? Si, par un rcnvcrscmcnl de fortune, je me voyais dans l'cxlréinilé de la misère, et qu'il ne Uni qu'à moi, pour eu sorlir. de franchir un pas hors des bornes de la juslice el de la tonsiience, o;>crais-jc le liasarder? -1?! (inrjustia? Si, pour acquérir ou pour fonserver la faveur i!u plus !,M-aiid prince de la lerre, il ne depcn>iail que d'avoir pour lui une complaisance criminelle, l'aurais-jo en effet, au préjudice de mon devoir? .1h ;jn/ifi/;n;i(5)' Si, violant pour une fois la loi chrétienne, il m'était aisé par là de m'élever à un raiiç; d'honneur où je ne puis autrement prétendre, le désir de ui'avancer l'emporterait-il? An nlliludo? Si la voie de l'iniquilé était la seule par où je pusse nie sauver dans une occasion où il irait de ma vie, succomberais-je à la crainte de la mort? An pcriculum? Abl mes frères, sachez que si l'amour iiue vous croyez avoir pour votre Dieu n'est pas d'une (jualité à prévaloir audessus de tout cela, quelque ardent et quelque affectueux d'ailleurs qu'il iiuisse paraître, ce n'csl point l'amour que Dieu vous demande; el souvenez-vous (joe vous êtes dans l'erreur, si, comptant sur un tel amour, vous peuseï en être quittes devant lui. Nonseulement vous n'aimez point Dieu avec ce surcroît de diarilé (ju'oiil eu les ànies parfaites; mais vous ne l'aimez pas même selon la mesure précise de la loi : pourquoi ? parce que cet amour prétendu ne donni' point à Dieu dans votre co-^ur la place qu'il y doit occuper; c'est-à-dire ne l'y met pas au-dessus de mille choses, qui néanmoins y doivent être dans un ordre bien inférieur. Car, supposé même cet amour dont vous vous llaltez, vous faites encore plus d'étal de votre vie , de vos biens, de votre crédit, de votre repos, que de 1 héritage de Dieu , ou, pour mieux dire, que de Dieu méoie : d'où il s'ensuit que cet amour n'est point l'amour de préférence que Dieu attend de vous et que la loi vous ordonne : Diliijes ex loto corde luo et ex umni mente tua.

C'est ainsi que saint Paul la compris, el quelque subtile que soit la raison humaine, elle n'opposera jamais rien à l'évidence do ce principe. Mais, après l'Apôlrc, écoutons saint Augustin : c'e^t dans le commentaire du psaume trentième que ce saint docteur s'adressanlaux fidèles, et les instrisanl sur le même sujet que je traite, leur fait cette proposition : Que votre cœur me réponde, dit-il, mes frères : Respondeat cor vestrum, fralres [Au(j.).Cav , pour aujourd'hui, c'est volic cœur (juc j'interroge, n'osant pas m'en tenir au témoignage de votre bouche, et sachant bien que, sur ce qui reg;'.rde l'amour de Dieu, il n'y a que le cœur qui ait droit de parler. Que le soit donc votre cœur qui parle : Respondeat cor tcslrun). Si Dieu vous faisait à ce moment l'offre la plus av.inlageuse en apparence el la plus capable de remplir toute l'étendue de vos désirs ; s'il vous promettait de vous laisser pour jamais sur la terre dans raliliieneo îles biens, comblés d hmineurs et eu état de goûier tou.-^ les

plaisirs du monde, et qu'il vous dît -. Je vous lais maîtres de tout cela ; vous serez riches, puissants, à votre aise, en sorte que rien ne jiourra vous troubler ni vous allliger; et, ce (jue vous estimez encore plus, vous serez exempts de la mort, et celle félicité humaine durera éternellenient : mais aussi vous ne me verrez jamais, cl jamais vous n'entrerez dans ce royaume de gloire que j'ai [iréparé à mes élus. Je viius demande, reprend saint Augustin, si Dieu vous parlait de la sorte, seriezvous contents d'uni- pareille destinée, et voudriez-vous vous en tenir à cette oITte? lirgo si diceret Dcus : faciem meam non vidcbilis, nn gauderetis istis bonis (Idem)'! Si vous vous en réjouissiez, chréliens, Ci- serait une marque infaillible que vous n'avez pas encore commencé à aimer Dieu : Si i/duitercs, «ondum cccpisli esse lunalor Chrisii {Idem). C'est la conséquence que tire ce l'èic. VA d'où la tire-l-il? de ce principe fondanuMital , que l'amour de Dieu doit être un aujonr de préférence, et que vous ne pouvez l'avoir, cet amour de prélérenci-, eu consentant à être privés de Dieu pour jouir des biens temporels.

Faisons une supposition plus naturelle encore et plus pressante. Imaginez-vous la chose du monde pour laquelle vous avez plus do passion : c'est votre honneur. On vous l'a Ole, ou par une atroce calomnie, ou par un affront qui va jusqu'à l'outrage. Supposons la plaie aussi sauglanle qu'il vous plaira : vous voilà perdu d'estime et de crédit dans le monde, et vous ét.'S d'une condition où celle tache doit êlre moins supportable que la mort même. Cependant il ne vous reste qu'une seule voie pour l'elTacer, el cette voie esl criminelle. On vous la propose; et, si vous ne la prenez pas, vous tombez dans le mépris. Sur cela, je vous demande, mon cher auditeur : aimez-vous assez Dieu pour croire que vous voulussiez alors lui faire un sacrifice de votre ressentiment? Ne me répondez point que Dieu, dans ctlte conjoncture, vous donnerait des secours particuliers : il ne s'agit point des secours que Dieu vous donnerait, mais de la lldélité avec laquelle vous usez de cens qu'il vous donne. Il n'est pas question de l'acte d'amour ([ue vous formeriez, mais de celui que vous produisez maintenant, et je veux savoir s'il esl tel de sa nature, qu'il pût réprimer tous les mouvements de vengeancequ'excileraitdaui votre cœur l'injure que vous auriez reçue. Car, si cela est, vous avez sujet d'espérer et d'être content de vous : mais, si cela n"e4 pas, vous devez trembler, parce que vous n'êtes pas dans l'ordre de cette charité vivifiante qui opère le salut , et dont l'iiulispensable loi vous oblige à aimer Dieu plus que votre honneur.

Mais il est bien difficile qu'un homme du monde puisse êlre disposé de la sorte. Difficile ou non, répond saint Bernard, voilà la balance où il faut êlre pesé, voilà la règle que Dieu prendra pour vous juger. Amour de préférence, c'est ce qui condamnera tant d'àmcs mondaines, qui, pour s'être attachées

ORATEURS SACRES. BOURDaLOUE.

à (le frap;ili's ot do vile;: ncaluivs, 1rs ont aimées, adorées, servies, jusqu'à nulilicr l'essentielle obliKatioii que leur imposait la charité duc au Créateur. Ne parlons pas inciTie (le certaines passions honteuses. Amour de préférence, c'est ce qui condamnera tant de î)ères et de mères, (]ui, pour avoir idolâtré leurs enl'anls, mérileront que Dieu leur fasse le reproche qu'il f.iisail au grand prêtre Héli : flfag^s honorasli /ilius tuos quam me (I Ileg., li) : Parce que vous avez fait plus d'état de vos enfants que de moi, je vous réprouverai. Amour de prétercncc,c'estce qui condamnera îintde femmes chrétiennes, qui, pour a\(iir poussé au-delà des bornes le devoir de leur élai, auront préféré à Dieu celui qu'elles ne devaient aimer que pour Dieu. Amour de préférence, c'est ce qui condamnera tant d'amis qui, s'élanl fait de l'amilié une religion, et, par un dévouement sans mesure, étant entrés dans toutes les intrigues et toutes les entreprises de leurs amis, se seront rendus, aux dépens de Dieu, les fauteurs de leurs injustices et de leurs \ iolences. Amour lie préférence, premier devoir de l'homme par rapport à Dieu. Amour de plénitude, second devoirde l'homme par rapporta la loi de Dieu, elle sujet de la seconde partie

SECONDE PARTIE

C'est le propre de Dieu de renfermer dans l'unité de son être la multiplicité de tous les êtres, et c'est li- propre de la charité divine, de réduire à l'unilé d'un seul précepte tous les préceptes qui, quoique différents et quoique infinis en nombre, sont compris dans la loi de Dieu : Di'igc, et fac qiioil via (Aiiii.) : Aimez, et faites ce que vous voudrez, disait saint Augustin. Il semble, par cette manière de parler, que l'amour de Dieu soit une abolition générale de (ous les autres devoirs t'e l'homme ; mais il s'en faut bien que ce saint docteur l'ait conçu de la sorte, puis(iu'au contraire il a prétendu nous faire entendre |iar là que tous les autres devoirs de l'homme étant réunis, comme ils le sont, dans l'amour de Dieu, on peut sûrement donnera l'homme une pleine liberlé de faire ce (ju'll voudra, pouvu qu'il aime Dieu, parce qu'en aimant Dieu il veut nécessairement lout cecju'il doit vouloir, et ne peut rien vouloir de ce ([u'il ne doit pas. Voilà, mes chers auditeurs, le mystère de celle grande parole de l'ApoIre : Pleniludo ergo legiscst dilccliu (Rom., XIII) : La charité est la plénitude de la l<»i : parole dont il est si iuq)orlant pour vous d'avoir une parfaite intelligence; car, il s'ensuit de là que, pour produire cet acte d'amour, qui est le sujet du premier commandement, ou du cdiiimandemeni par excellence : J)iliges Doviinuni (Dent., VI), il faut èlre préparé et, pour mieux dire, dclerminé par une volonté absolue, sincère, efficace, à observer, sans réserve et sans exception, tous les autres comuiandiiiients , et se persuader qu'il est autant impossible d'aimer Dieu, et de n'élre pas dans celte préparation d'esprit, que de l'aimer tout ensemble et de ne le pas aimer. Je dis tous les commandements sans exception; car, prenez garde, chrétiens, à ce que

vous n'avez peut-être jamais bien compris: il n'enestpasde lacharilécommc des vertus morales et naturelles, en sorte que vous puissiez dire, quand vous accomplissez un précepte : J'ai une charité commencée; si j'en accomplis plusieurs, celle charité croît dans moi, et elle sera entière lorsque je les accomplirai tous. Non, il si'en va pas ainsi : l'essence de la charité ne souffre point de partage ; elle est atlachée à l'observation de toute la loi ; et de même, dit l'ange de l'école, saint Thomas, que si je doutais d'un seul article de la religion (jue je professe, quelque soumis^iiui d'esprit que je pusse avoir sur lout le reste, il serait vrai néanmoins que je n'aurais pas le moindre degré de foi, parce que la substance de la foi est indivisible ; aussi est-il certain que, (juand j'aurais pour tous les autres commaïKlemenls cet'e soumission de volonté que la loi demande, si elle me manque à l'égard d'un seul, dès-là je n'ai pas le moindre degré d'amour de Dieu. Il y a une grande charité, poursuit saint Thomas; et, par comparaison à celle-là, on peut dire iju'il y a une moindre charilé ; mais la charité (lue jo conçois la moindre, si c'est une vraie charité, s'étend, aussi bien que la plus grande, à toutes les obligations présentes, futures, possibles ; et quand saint Paul auuaii Di( u do cet amour fervent et extatique qu'il savait si bien exprimer, il ne s'engageait, quant au fond, à rien davantage que le dernier des justes qui aime Dieu le plus faiblement, pour\u qu'il l'aime vérilablement. C'est pour cela (pie l'Apijtre appelle cet amour la plénitude de la loi : Pleniludo /e///'.s (Rom , Xill); parce (jue tous les commandements de la loi de Dieu entrent, pour ainsi dire, dans la charilé, comme autant de parties qui la composenl, et qu'ils se confondent dans elle comme autant île lignes, qui, hors de leur centre, sont sépaiées, mais, dans leur centre, trouvent leur union, sans préjudice de leur distinction.

En efl'el, entre tous les préceptes particuliers, con^idérés hors de ce centre de l'amour divin, il n y a ni connexion ni dépendance naturelle ; (jn p( ul observer l'un sans accomplir l'autre : celui qui défend le larcin, ne défend ni le parjure ni l'adullère ; celui (|ui commande l'aumône, ne commande ni la prière ni la pénitence; mais, par rapport à l'amour do Dieu, lonl cela esl inséparable : pourquoi? parce que cet amour, en vertu de ce qu'il conlient et de ce que nous appelons sa plénitude, est une iléfense générale de tout ce qui répugne à l'ordre, et un couunaudement universel de tout ce ()ui est conforme à la raison ; en sorte (pie, (lans lo langage de la théologie, dire intérieurement à Dieu que je l'aime , c'est faire un \œu d'obéir à toutes ses volontés, comme si je spéciliais cIkhiuc chose eu détail , et (joe , développant mou cœur, je mexidiquasse, par ce seul acte, sur tout ce que Dieu sait que j(i lui dois et (lue je veux lui rendre; sur quoi saint Augustin lait une réflexion bien judicieuse, dont voici le précis, il examine ces les du Sauveur du monde : .S'(' prœ-

parol

icpla iiica sei'vincntis . ma

nebilis in diUclians

CAREME. SERMON XXYll. SUR L'AMOUR DE DIEU.

T'jfO

mea [Joan., XV), si vous (r.lnlez mes rominandemcnls, vous serez d;ins l'exercice el comme dans la possession de mon amour, et il les compare a cet nuire passage du mi-me éraneile : Si diligilis me, mandala mea serrate (Juan. , XIV) , si vous m'aimez , gardez mes commandements. Là-dessus, il raisonne, el voici comment : d'une pari, Jésus-Christ nous assure que si nous l'aimons , uous obéirons à sa loi , cl de l'autre, il nous déclare que si nous obéissons à sa loi , nous l'aimerons. Quoi donc'? est-ce par la charité que la loi s'accomplit, ou jiar l'accomplissement de la loi que la charité se praiique? Aimons-nous Dieu, parce que nous faisons ce qu'il nous commande, ou faisons-nous ce qu'il nous commande parce que nous l'aimons? Ah ! mes fières, répond cet incomparable docteur, ne douions point que l'un et l'aulre ensemble ne se vérifie selon l'oracle et la pensée du Fils de Dieu ; car quiconque aime Dieu de bonne foi , a déjà accompli tous les préceptes dans la disposition de son cœui ; et, quand il vient à les accomplir dans l'eséculion, il ralifie seulemenl el il confirme par ses oeuvres ce qu'il a déjà fait par ses senlimens et dans le secret de l'âme. D'où il s'ensuit qu'il y a de la conlradiclion à former l'acte d'amour de Dieu, et à n'avoir pas une volonté absolue d'observer tous les commandements de Dieu : l'Icniiudo legis , dileclio (Itom., XII). Supposons donc un homme tel que l'impcrfcclion de noire siècle ne nous en fait aujourd'hui que trop voir ; je veux dire un homme d'une fidélité bornée, et qui , dans l'obéissance qu'il rend à Dieu , usant de réserve, accomplisse, si vous voulez, hors un seul point, toule la loi; il n'est ni blaspliémaleur, ni im|iie , ni fourbe, ni usurpateur, ni emporté, ni vindicalil ; il est religieux envers Dieu, équitable envers le prochain ; mais il est faible sur une passion qui le domine, et qui , pour élre l'unique dont il soit esclave, n'en est pas moins le scandale de sa vie , ou bien , pour le considérer sous une autre idée, il est chaste, réglé dans ses plaisirs, ennemi du libertinage, il a même du zélé pour la discipline et pour la pureté des mœuis ; mais, avec celle pureté de mœurs el de zélé, il ne peut oublier une injure ; avec celte régularité, il n'est pas maître de sa langue, cl, par ses médisances, ildéchiro impunément le prochain. Jedis que cet homme n'a pas plus de charité, j'entends de celte charilé divine cl surnaturelle dont dépend le salut, qu'un p'.iblicain et qu'un pa'ien; et Dieu, dont le discernement, quoique sévère, est infaillible, ne le réprouve pas moins que s'il vitdail toute la loi : pourquoi'? parce qu'en omettant un point de la loi , il n'a plus ce qui est essentiel à la charilé, savoir : une volonté efficace de remplir toute l'élendue de la loi.

Et voilà le sens de celte parole de saint Jacques, qui paraissait autrefois si obscure auxfènsde l'Eglise, el sur hiquelle saint Augustin même crut avoir besoin de consulter saint Jérôme : Qui peccat in uno faclus est omniuiit rctis iJuc, II), quiconque pèche

contre un seul précepte , est aussi coupable que s'il péchait contre tous. Qi'f ' 1 demaiulc saint Augustin, est-ce que la transgression d'un seul précepte est censée aussi criminelle que la transgression de tous les préceptes? est-ce qu'il n'y a pas pins de désordre à les violer tous qu'à n'en violer qu'un seul? est-ce que l'un el l'autre est égal à Dieu, cl que Dieu ne s'en lient ni plus ni moins offensé? En ce sens, répondait saint Jérôme, la proposition serait une erreur, et une erreur pernicieuse dans ses conséquences. Mais, dans le sens de l'apôlre, elle contient un dogme inconleslable de notre foi, que quiconque viole dans un seul point la loi de Dieu , est aussi bien privé de la grâce, perd aussi immanquablement la charilé, n'a non plus de part à l'héritage de la gloire, enfin n'est pas moins un sujet de réiuobalion , que s'il se trouvait l'avoir violée dans toutes ses parties. Et sur cela, mon Dieu, reprenait saint Bernard , méditant celle vérité, je n'ai nulle rai son de me plaindre , comme si la loi de votre amour était un joug trop i)esanl; car csl-il rien, au contraire, de plus équitable que celte loi, el si je la condamnais, ne me condamnerais-je pas moi-même, puisque, n'étant i|u'un homme mortel , je prétends néannioins a\oir droit d'exiger de mes amis la même fidélité? Qu'un d'eux m'ait manqué dans une affaire importante, qu'il ait pris parti contre moi, qu'il m'ait déshonoré, qu'il m'ait fait outrage , quoiqu'en toule autre chose, il soit sans reproche à mou égard , je ne le regarde plus alors comme un ami , et je conclus qu'il ne me rend pas même le devoir de celte charilé conmiuue que les hommes se doivent les uns aux autres. .Mais il no m'a offensé qu'en ce seul point: il n'importe; cela me suffit pour comprendre qu'il ne m'aime pas, parce que, s'il m'aimait sincèrement et solidement, il serait dans la disposition de me ménager en tout et de ne me blesser eu rien. C'est ainsi, ô mon Dieu ! que je le conçois , et si j'en juge de la sorte dans ma propre cause , pourquoi en jugerais-je autrement , lorsqu'il s'agit des intérêts de mon créateur cldemon souverain? Pourquoi , quand il m'arrive de franchir un pas contre vos ordres el au préjudice de votre honneur, quelque irrépréhensible que je sois d'ailleurs, me paraîtra-il étrange que vous m'effaciez du livre de vie, comme prévaricateur de la loi d'amour, que vous m'avez imposée? De conclure de là, chrétiens, qu'il n'y a donc plus de mesures à garder, quand ou est une fois pécheur , et que , puisque la charilé ne se partage point, il vaut donc autant la perdre pour beaucoup que de la perdre pour peu ; être toul-à l'ail libertin, que de ne l'être qu'à demi ; suivre en aveugle toutes ses passions , que de n'en satisfaire qu'une ; se porter à toutes les extrémités, que de se modérer dans le crime ; c'est raisonner en impie et en mercenaire : en impie, qui, par celle maxime de lout ou rien, prétend s'autoriser dans ses excès et dans son libertinage ; en mercenaire, qui, n'ayant eu vue que son inlérél propre duns le dérègle-

7<Ji OHATEURi SACRES. BULTlDALOLt:. 79J

îîienl tic SOS inu'iirs, si' s .uiic peu du plus ou leur , de prnfuiuh ur fl do !;in;eur q;;o sainl

d'j moins i|uVii suiiilVc l'intéiêl de Dieu. l'.iul (îoniie à la i Iiarilé, doivent être plus ou

Mais vous vous troiuprz, mon frère, dit moins étendues. Or, de ce principe, que la

saint Augustin; car, quelque invisible (jne raison même autorise , je tire deux consc-

soil la cliarilé et l'amour de Dieu, il est ton- (|uenccs : la première, que, dans le cliristia-

jours vrai que plus vous violez de comm.in- nisme, le précepte de l'amour de Dieu impose

demriils, plus vous vous rendez Dieu ennemi, à l'iiomnie des ohlig.ilions lieancoap plus

|)lus leretouràsa gràee vous devient dil'lkile, grandes ((ue dans ranciennc loi; la seconde,

plus vous grossissez ce trésor de colère dont (juc 1 acte d'amour de Dieu doit donc êXrà

parle saint Paul, plus vous devez attendre de dans nous beaucoup plus liéro'ique qu'il ne

châtiments dans lélernité malheureuse; s'il devait l'être dans un juif ou dans un gentil ,

vous reste quelque principe de religion , en avant que la loi de grâce eût été publiée,

voilà plus qu'il n'en faut pour vous obliger Parlons sans exagération ; voici la preuve do

à ne vous pas emporter dans le péché môme. l'un et de l'autre. Du moment que je suis

Mais du reste , convenons aussi , mes chers c'irétien , il faut que j'aime Dieu en

auditeurs, qu'il y a bien de l'illusion dans la clirélien. Or, aimer Dieu en chrétien , c'est

conduite des honuiies à l'égard de ce grand bien plus que de l'aimer simplement en

I réceple : Diligcs DuininumDcum tHum(Luc., Iiomme; pourquoi ? parce que c'e>l se char-

X) : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu. ger en l'aimant, outre la loi éternelle et di-

Rien n'est plus aisé (jue do dire: J'aime Diei;; vine qui nous est commune à tous, de la loi

mais rien dans la pratique n'est plus rare iiarliculièrc dont Jésus-Christ est l'auteur,

que cet amour; piiurquoi? c'est que nous Par conséiiucnt, c'est ajouter à la charité un

i;Ous Hâtions, et que nous ne distinguons pas nouvel engagement CiU'elle n'avait pas dans

le vrai et le faux amour de Dieu. Non-seule- son origine, et (|ui, dans la suite des siècles,

ment nous trompons les autres par notre liy- est devenu le comble desa perfection. Ji; vous

pocrisie , mais nous nous trompons nous- déclare , mes frères , disait saint Paul , que

mêmes pir un aveuglement volontaire. Qu'il quiconque se lait circoncire , prend sur lui

s'élève dans noire âme le plus léger senti- tout le fardeau de la loi de Jloïse : Teslipcor

ment d'amour pour Dieu, nous voilà per- aiiicin oniuihomini circitmcidcnli se, guoniam

suadés que toutest fait, et nous croyons avoir dchitor est nnivcisœ Icgis fuciendœ IGalat., V).

la plénitude de ce divin amour. Ce qui n'est Kl je vous dis, chrétiens, conrormemenl à ces

souvent qu'atïiClion naturelle, n(ms lèpre- [laroles de l'Apôlre, (ju'au même temps que

nous pour un mouvement de la grâce; ce qui vous avez été engagés à Jésus-Christ par le

n'est qu'un mouvement de la grâce, nous le baptême, vous vous êtes imposés un nouveau

regardons comme un effet de notre lidélilé ; ,j<iUg encore plus saint que celui de la loi de

nous confondons l'inspiration qui nous porte Iiloïse, un jougque vous devez porter jusqu'à

à aimer, avec l'amour même; et ce que Dieu la mort, un joug auquel votre salut eslindis-

opère dans nous indépendamment de nous , ()ensablemenl attaché , un jnug sans lequel

nous nous l'attribuons, comme si c'était tout Dieu ne veut plus , ni ne peut plus être aimé

' c que Dieu veut que nous fassions pour lui. de vous. Ah ! mes cliers audilcuis, quel fonds

Mais abus , chrétiens, et malheur à nous si de rénexious ! Croire que la loi de Jésus-

nous tombons , ou si nous demcurtins eu de Christ est une loi de douceur , une loi de

si grossières erreurs. Aimer Di(U, c'est s'in- grâce, une loi de libcrlé , une loi d'amour ,

terdire tout ce que défend la loi de Dieu, et c'est croire ce (jue le Sainl-E!i[)rit même nous

pratiquer tout ce qu'elle ordonne , c'est se a révélé, et ce que tou'.es les Ecritures nous

renoncer soi-même: c'est faire une guerre prêchent; mais se persuader que cette loi

continuelle à ses passions, c'est humilier soi» suit douce, parce qu'elle nous prescrit des

esprit, crucifier sa chair , et la crucifier, devoirs moins rigoui eux et moins contraires

comme dit saint Paul , avec ses vices et ses aux sens et à la nature ; se persuader que

concupiscences; c'c>l résister aux illusions sa liberté consiste dans le relâchement, et

du monde, au lorrent de la coutume, à l'ai- que , pour être une loi de grâce et d'amour,

trait du mauvais exemple; en un mot , c'est elle en soit moins une loi d'abnégation et de

vouloir [)laire on tout à Dieu, et ne lui von- travail, non-seulement c'est la méconnaître,

loir déplaire en rien, lîn l'aimant ainsi il'un mais la détruire. Non, non, mes trercs, disait

amour île préférence, d'un amour de pléni- Tertullien, explicpiant sur cela sa pensée, la

tudc , il nous reste encore à l'aimer d'un liberté que Jésus-Chiisl nous a apportée du

amour de perfection |)ar rapport au chris- ciel ne favorise en aucane sorte la licence

! anisine , comme je vais l'expliquer dans la des nueurs. Si cet IIonune-Dieu a fait cesser

ir.jisième partie. Ie> sacrifices et les cérémonies de la loi écrite,

TROISIÈME PAUTiE. il uous 3, OU écliangc, donné des règles de vie

Ouoique Dieu soit toujours le même, cl bien plus capables de nous sanctiiier; et ce

lue , |)ar rapj)ort à lui , ses perfections, qui qui était condamné dans l'Ancien Testament

ne changent point, le rendeui toujours égale- parle précepte de la divine charité, est dou-

ment aimable, il est toutefois vrai, comme l'a blement criminel , depuis ([ue le Dieu de la

remar(iué saint Bernard, que, selon les di- charité est venu lui-même nous enseigner,

vers éuts où Ihommc peut ê!re considéré, sa doctrine et nous proposer ses exemples :

l'amour qu'il doit à Dieu ne laisse pas d'à- Libcrtas in Cliristo, ces paroles sont admira-

voir ses degrés diiïcrenls; et (ju'à proportion blés, Libcrlas in Cluislo nonfccit innocnitùB

des dons qu'il a reçus , les nicsuics de hau- injuriain. Opcruin jmja rrjciia sunt non dîS'

7J3 , CAREME. SERMON XXVII. SLK L AMOLT» DE DIEU. 79i

ciplinarum: el (juœ in Veleri Tesl(tmcnlo crunt voir incorporés dans rEt;lisc tlo Jésus Clirisl,

initidictd, vtiiiin œmulalorio pncccplu upud ik'iiiuiiciaiciil avec in^laiicc qu'on les admît

non pruhihentur (TcrlulL). au iKiplênio; ce que l'on jup;cail quelciuclois

Hicn de plus vrai, chrétiens ; car comment à propos de dilTércr, pour avoir des preuves ce Sauveur adorable s'en csl-il déclaré dans plus certaines de leur foi. Ce relardemiMit l'Evangile? Combien de l'ois nous a-t-il fait leur causait une douleur exlrénie ; et Terenlendre que, pour embrasser sa religion, il luilien , au contraire , surpris de leur doulallail renoncer au monde el se renoncer soi- leur et de l'empressement qu'ils lémoignaicnl, même beaucoup plus parfaitement que ."Sloïse leur remontrait que s'ils avaient bien couine le demandait? En combien de sens, beau- pris ce que c'était que le bapléiiic , ils l'ducoup plus étroits el plus sévères, n'a-t-il pas raient plutôt craint qu'ils ne l'auraient souinterprélé les principaux articles de la loi de liailé : Si pnrulus intelliijevcnt baptismi, cjiis Dieu? Combien de dispenses , même legiti- cunsecralionnn maijis timcrent qttmn dilatiomes, n'a-l-il jias abolies? S'il nous a délivrés ncm (Tertall.). J'ai dit, chrétiens, que ce sondes observances légaK s , ù combien d'autres lin.ent n'était pas conforme à l'esprit de l'Eue nous a-l-il pas assujellis ? Le seul pré- glise, parce qu'il favorisait un désordre déjà ceplc de l'amour des ennemis n'esl-il pas irop commun, de renicllre jns(iu'au moment d'une perfection plus cminenle que tout ce de la mort à recevoir le baptême, afin de vi- (ju'cnsrignaicnt cl pratiquaient les pliari- \ re dans une plus grande liiierlc et avec plus siens? Jusqu'à quel point n'a-t-il pas ele\ é, de licence. Désordre que l'Eglise ne toléra pour ainsi dire, certaines obligations du droit jamais; pourquoi? parce qu'elle esliinail que naturel? Sur combien de sujets n'a-l-il pas ie baptême étant le premier lien qui nous uc de son sou\eiain pouvoir pour nous iiuil à Jé-us-Christ est le premier sacrement faire de nouvi lies défcnsiS? On a dit à vos ijui nous fait membres de son corps nijslipéres que ti lies el telles chose- leur étaient (jue , celait un crime de se priver d'un tel permises, ainsi parlail-il aux Juifs ; el moi .ivanlage parla seule crainle des obligations je vous dis que ces choses, alors prétendues (|ui y sont attachées. En cela donc , Terlulpcrmises, ne le seront plus pour vous. lien, aussi bien qu'en d'autres sujets, s'éga-

Je sais ce qu'ont avancé quelques inlerpré- rait , aveuglé par sou propre sens; mais, eu les , que le Fiis de Dieu parlait delà sorte , ce qu'il soutenait que le baplême était un ennon pas pour enchérir sur la loi , ni pour y gagement ])énible cl onéreux, ne parlait-il rien ajouter, mais seulement pour co.riger pas juste? Jésus-Christ lui-même ne nous les fausses explications des scribes et des doc- l'a-t-il pas fait entendre, et ne nous prcjposeteurs de la syn.igogue. Mais je sais aussi que t-il pas sa loi comme un joug : Tollilc jurjuin ce senlimeni a été combattu par la plupart meum super vos [Mullh., XI). Mais il j en a, desl'ér(S. Car, comme remarque suinl Je- diles-vous, dans le christianisme, qui ne senrôme, si le Sauveur du monde ne pretemlait lent pas la pesanteur de ce joug. Ah 1 nioii autre chose que de réfuter les idiarisiens , iVère, répond s iinl Augustin, cela peut bien sans établir de nouveaux prceeplcs, pour- êlre, el cela est en i ffet ; mais prenez garde quoi aurait-il dit : Et moi je vous oidonne à ne pas confondre les choses. Car vous ne de faire du bien à ceux qui vous maltraitent, ressentez pas le joug du b;iplên!c , ou parce de prier pour ceux mêmes qui vous perse- (]ue Di(U vous donne des forces pour le porcutent. d'aimer ceux mêmes ((iii vous calom- 1er, ou parce ipie vous vous en déchargez nient? C)ù Irouvait-on ce commaiidemeiit ? par une lâche inlîdeliié. Si c'est l'onelion de dans quels livres di' la loi était-il insère? n'y la grâce qui vous empêche de le senlir, j'eti v(iil-ou lias tout le contraire; cl le droit de bénis Dieu, et j'envie voire élal, bien loin do haïr ceux ijui nous haïssent n'y parail-il pas vouloir vous le rendre suspect; mais si vous autorisé? 11 est donc vrai, que Jésus-Clirist ne sentez pas ce joug, parce que vous ne le voulait enchérir sur Moïse, quand il disait : portez pas, ou que vous ne le poi'tez qu'à Jùju uuUm dico vobis; que son dessein élait demi ; si vous ne le sentez pas , parce que de nous prescrire des lois qui lui fussent pro- vous savez l'accommoder à vos inclinations, près : Hoc est p'rœceplum uicum {Juan., XV); et que vous croyez pouvoir l'accorder avec que ce que nous appelons Décalogue est les douceurs de la vie ; si vous ne le senlez

luelque chose pour nous de plus parfait qu'il pas, parce que vous le réduisez à une austé-

n'élait pour les Juifs; et, par une consé- rite superficielle et apparente , it que voua

quence nécessaire, que, pour aimer Dieu n'en prenez que ce qui vous plaît, trembler

dans le christianisme, il eu doit plus coû- et confondez-vous. Car ce joug que vous pen-

1er qu'il n'en coûtait avant la prédication de sez avoir secoué, vous accablera un jour; et

l'Evangile. ces devoirs que vous aurez négligés feront^

Voilà, mes chers auditeurs, ce que Terlul- au jugement de Dieu, la mat:ére de votre

lien , dans son style ordinaire , appelait le comlamnation.

poids du baplènie : Pondus iaptismi; et voilà De là concluons que l'amour de Dieu doit

ce qui lui donna lieu d'appuyer un sentiment donc êlre beaucoup plus généreux et plus,

qui, pour n'avoir pas été eiilièremcnt con- fort dans un chréiien , puisqu'il doit avoir

forme à l'esprit de l'Eglise, ne laisse pas de une vertu proportionnée à ces saintes el ri-

nous fournir la matière d une excellente ré- goureuses obligations que le baplême nou4

flexion ; failes-là, s'il vous plaît avec moi. il impose. Disons obligations, chrétiens, et non

palait de caléchumènes , qui, touchés de la pas purement ni proprement vœux ; car uu

grâce, et pressés d'uu impatieiU dciir de se vœu, dit salut Thomas, ccsl dans sa proprs

ORATEURS SACRES. BOLRDALGL'E.

signification une chose donl le choix est libre, que Dieu ne commande pas , et que je me commande à moi-même, sans laquelle je pourrais me sauver et parvenir à ma lin. Or, il n'en est pas ainsi des obligations du baptême. Comme le baptême depuis Jésus-Chrisi, est l'unique voie du salut, les obligations (|ui en dépendent sont d'une absolue nécessité pour nous; et quand je m'y soumets, quelque obéissance que je rende à Dieu, je ne lui fais point ce sacrifice pleinement volontaire que le vœu exprime. C'est ainsi que raisonnent les Ihéologiens, non pas pour ôter à une âme lidèle la consolation de se croire engagée à Dieu par des vœux, pourvu qu'elle coin ienne que ces vœux du baptême sont tellement des vœux , que Dieu ne lui en a point laissé la disposition, pourvu qu'elle reconnai-se qu'outre ces vœux de nécessité , il y en a d'autres de conseil , dont Dieu se tient spécialement honore , et qui élèvent l'homme à une perfection encore plus éminenle , tels que sont les vœux de la religion et du sacerdoce; enfin, pourvu que, sans y penser, elle ne fa\orise pas l'erreur des derniers hérésiarques, qui , pour colorer dans le monde leur apostasie,comiiiencérent sous ombre de réforme, à exalter les vœux du baptême pour décrier celui de la continence , qu'ils a\aieul honteusement abandonnée. Du reste , (|ue ce soient obligations ou vœux du baptême, toujours est-il vrai qu'ils nous rendent beaucoup plus difficiles la pratique de ce premier commandement : Diliijes, puisqu'il est impossibledans la loi de grâce de former l'acte d'amour de Dieu , sans vouloir accomplir de bonne foi tout ce qui est contenu dans la profession du christianisme.

Je vais même plus avant, et je finis par une pensée de Guillaume de Paris, digne du zèle de ce grand évêque, mais dont je craindrais de vous faire part si je n'étais également sûr et de votre intelligence et de \olre pîété.Kcoulez-la. C'est qu'aUn que l'acte d'amour de Dieu ail ce caractèie de perfection que Dieu exige pour le salut, il ne sutfit pas qu'il s'étende absolument à tous les préceptes soit naturels, soitposilifs, de la loi chrétienne, mais il doit encore, sous condition, embrasser tous les conseils; sous condition, dis-je (remarquez bien, s'il vous plaît, ce terme), en sorte que s'il était nécessaire, pour marquera Dieu mon amour, de pratiquer ce qu'il y a dans les conseils évangéliques de plus mortifiant, de plus humiliant, de plus opposé a la nature et à l'amour-prdpre, en vertu de ce seul acte. J'aime Dieu, je fusse disposé à tout entreprendre et à toiU souffrir. Ne pensez pas que celle disposilion, quoique conditionnelle, soit chimérique. Il n'est rien de plus réel : pourquoi? parce que, comme il n'y a pas un conseil évangelique (jui ne puisse devenir, et qui , dans mille rencdnlres, ne di'vienne un commandement pour moi , il faut ([ue l'amour de Dieu me nulle au moins h.iliiluellemenl dans la disjjosilion où je devrais cire, et m'inspire la force (jue je devrais avoir si je me trouvais dans cis conjonctures. Ainsi, je ue suis point oblige,

parce que j'aime Dieu, à quitter le monde, ni ta prendre le parti de la retraite; mais je suis obligé d'être préparé à l'un et à l'autre, parce que ma faiblesse pourrait être tille que le monde serait évidemment un écueil à mon innocence, et qu'il n'y aurait que la retraite qui pût me garantir". Renoncer à mes biens, ce n'est, dans la doctrine de Jésus- Christ, qu'un simple conseil : mais être prêt à y renoncer, c'est un précepte rigoureux, parce que l'expérience pourrait me convaincre que je ne puis les retenir sans m'y ,illaclier, ni m'y attacher sans me perdre. Dieu ne me commande pas d'endurer le martyre, mais il me commande d'être résolu à l'endurer, parce qu'il pourrait y avoir telle occasion où le martyre serait une épreuve indispensable de ma foi ; d'où vient que Tertullien, parlant de la foi des chrétiens, disait excellemment qu'elle nous rend responsables et redevables à Dieu de nous-mêmes, jusqu'à nous obliger à souffrir pour lui le marivre quand il y va de sa gloire : Fidcm marlijrii d'bilricem (TerluU.).

Or, la charité ne vous charge pas moins de cette dette. Dites-moi donc, chrétiens, quand les martyrs, dans les persécutions, se laissaient immoler comme des victimes, qu.ind ils se laissaient brûler par le feu, quar. J on les étendait sur les roues et sur les chevalets, et que, pour l'amour de Dieu, ils soutenaient avec un courage invincible toute la rigueur des tourments, faisaient-ils une œuvre de surcrogation, et pouvaient-ils s'en dispenser'? Non; mais cela était nécessaire selon la loi de la charité, et s'ils n'avaient eu cette résolution et ce courage, ils auraient été réprouvés de Dieu. L'iivangile nous en assure; et voilà pourquoi l'on excommuniait ceux qui ne résistaient pas jusqu'à l'effusion de leur sang. Bien loin d'avoir égard à leur faiblesse, on les déclarait apostats, et on les retranchait comme des membres indignes de Jésus-Christ. Les martyrs qui triomphaient de la cruauté des bourreaux, étaient seulement loués pour avoir fait leur devoir, et non pas plus que leur devoir. Si la crainte les eût fait succomber, au lieu des bénédictions que leur donnait l'Eglise, elle n'aurait eu pour eux que des foudres et des anathèmes. Mais quoi ! le commandement d'aimer Dieu allait-il donc jusque-là ? Oui , mes chers auditeurs ; et si nous nous en étonnons, c'est que nous n'avons pas encore commencé à connaître Dieu, ni à mesurer la perfection de son amour par la sévérité des lois du monde. Car, telle est la fidélité donl on se pique dans le monde à l'égard de son prince et de sa patrie. On se fait un devoir parmi les hommes d'être prêt à mourir pour des hommes; et non-seulement on s'en fait un devoir, mais on érige ce devoir en point d'honneur. Nous voyons tous les jours des sages du monde sacrifier pour cela leur repos, leur santé, leur vie ; et parce que souvent ils ne s'y proposent que des vues humaines, c sont des martyrs du monde ;pour- ([uoi donc trouver étrange que Dieu du moins eu demande autant de ceux qui laiUiciil,

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