‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 70 sur 132 · CAREME SERMON XXVIII. SIR I.T.TAT DU PECHE ET CELUI DE LA GRACE · texte numérisé non relu

CAREME SERMON XXVIII. SIR I.T.TAT DU PECHE ET CELUI DE LA GRACE

et que la cliarilé ait ses martyrs comme !c monde a les siens?

Cependant, mes chers auditeurs, s'il s'agissait de donner à Dieu ce témoigna-ie do notre amour, y serions-nous disposés? S'il fallait, au moment que je parle, ou le renoncer, ou mourir, trouverait-il encore dans nous des martyrs? Dispensez-moi , chrétiens , de répondre à cette question qui m'exposerait peut-être, ou à trop présumer do votre constance, ou cà trop me délier de votre lâcheté. Ce que je sais, et ce que toute la théologie m'apprend, c'est, mes frères, (]ue si nous avons cet amour qui est le grand com- Liandemcut de la loi , sans autre préparation d'esprit et de cœur, nous sommes en état d'être les martyrs de notre Dieu ; et que s'il nous manque aussi quelque chose pour être les Uiarlyrs de notre Dieu , quoi que nous sentions d'ailleurs pour lui, nous n'avons pas encore cet amour qui nous est si expressément ordonné dans la loi. Quelques-uns prétenilent qu'il est dangereux de faire ces suppositions ; et moi je soutiens que ces suppositions ainsi faites sont d'une utilité infinie : pourquoi? premièrement, pour nous donner une haute idée de rexcellence et de la grandeur du Dieu que nous servons ; en second lieu, pour nous inspirer quand il est question de lui obéir, des sentiments nobles cl généreux ; enfin , pour nous humilier et pour nous confondre quand nous manquons à certains devoirs aisés et communs, juiisiiue la charité nous impose de si grandes u,bligalions.

Mais ces suppositions, vivement conçues, peuvent porter au désespoir. Oui, chrétiens, elles y peuvent porter; mais qui? ceux qui comptent sur leurs propres forces , et non point ceux qui s'appuient sur les forces de la grâce; puisqu'au contraire rien n'est plus capable d'animer notre espérance que ia grandeur et la difficulté de ce conunandement. Car il me suffit de savoir que Dieu m'oblige à cela, et que cela surpasse infiniment tout ce que je puis de moi-même, pour être assuré que Dieu, qui est fidèle, me donnera infailliblement des secours proportionnés à ce qu'il me commande. Et voilà ce qui soutient l'espérance chrétienne; au lieu que de moindres préceptes, par leur facilité apparente, font souvent naître la présomption. Ah ! mes frères, c'est maintenant que je conçois d'où vient l'efticace, ou, pour mieux dire, la toule-|iuissance de la charité divine. Quand on me disait autrefois qu'il ne tall.iit qu'un acte d'amour de Dieu pour effacer tous les pèches; (juand on m'alléguait l'exemple de Madeleine qui, par ce seul acte intérieur, avait expié tous les désordres de sa vie; quami on me citait les Pères de l'iigiise qui conviennent que cet acte, s'il est sincère , a autant de vertu , pour justifier un pécheur, que le baptême et que le martyre ; (luoique je crusse ces vérités, paice que la foi les autorise, à peine les pouvais-je goûter, parce que je n'en pénétrais pas le secret. Mais à présent, ô mon Dieu 1 je n'en suis pas sur- Dris ; car il est bien jusle, que,jiuisque notre

amour pour vous est une disposition au martyre , il ait autant de pouvoir que le martyre ; et que, puis(iu'il embrasse toutes les promesses et toutes les obligations du baptême, il soit aussi sanctifiant et aussi purifiant que le baptême. Mais si cela est vrai, chrétiens, et si tout ce que j'ai dit est nécessaire pour produire un acte d'amour de Dieu, quel est celui (jui aime Dieu ? C'est un mystère de prédestination (ju'il ne nous a|)pariient pas d'examiner. Dieu a ses prédrstines, et il les connaît. Ne nous mettons point en peine s'ils sont en graïul nombre, ou en pelil nombre; mais tâchons à faire ce (]ui dépend de nous pour avoir place parmi cette troupe sainte. L'A|iôtre se prosternait tous les jours devant le l'ère des miséricordes, pour lui demander la science surémineute de son amour; faisons la même prière, et demandons-lui celte science , qui est la première de toutes les sciences. Disons-lui, avec saint Augustin : Scro te amavi ( Aug.) : .'\h 1 Srigneur, c'est trop tard que je vous ai aime; je le dis à ma confusion, et je reconnais avec douleur que dans tout le cours de ma vie je n'ai peut-être jamais fait un seul acte de votre amour. El comment l'aurais-je (ail, ô mon Dieu 1 puisque je ne savais pas même en quoi il consiste et ce qu'il renferme? Mais mainteninl (|ue j'en suis instruit, je veux enfin vous aimer de toute l'étendue de mon cœur et de toutes les forces de mon âme. Je veux , dis-Je, vous aimer connue vous tnérilez de l'être, et comme vous voulez l'être : d'un amour de préférence, d'un amour de plénitude , d'un amour de perfection. Faites cela, mon cher auditeur, et vous vivrez : llocfuc,et vives (Luc, \). Après avoir aimé Dieu dans le lem|is, vous l'aimerez et vous le posséderez dans l'éternité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.

SERMON XXVllI.

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