‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 7 sur 132 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il est nécessaire qu'il arrive des scandales ; c'est Jésus-Christ qui l'a dit, et c'est un de ces profcHids mystères où les jugements de Dieu nous doivent paraître plus im|iéiiétrablcs. Car sur quoi peut être l'ouilcc cette

nécessité '.' N'en cberclions point d'autres raisons que riniquilé du monde, dont Dieu sait bien tirer sa gloire (|uand il lui plait, mais dont il ne lui plaît pas toujours d'arrêter le cours par les voies extraordinaires de son abstdue puissance. Le monde, remarque fort bien saint Chrjsostouie ex-pliiiuant ce passage, le monde étant aussi perverti qu'il est, 01 Dieu , par des raisons

supérieures de sa prov

ideiH e , le laissant

dans la corruidion où nous le vojons, et ne voulant point faire de miracle pour l'en tirer, il est d'une (onse(iueiice nécessaire qu'il y ail des scandales : Sccessc rsl ni reniant scanddia {Maltk., XVIll). Mais quelque nécessaire el quelque infaillible que soit celte conséquence, malheur à l'homme par qui le scandale arrive. C'est ce qu'ajoute le Fils de Dieu, et c'est le terrible anatbèuu> qu'il a prononcé contre les pécheurs scandaleux : Verumlamcn vœ honiini ilii per quem scntulalum veuil (Ibid.). Analhème, dit saint Chrysoslome, que les piédie.ileurs de rKvangilc ne sauraient, ni Iroj» souvent répéter à leurs auditeurs, ni trop vi\euH'nl leur faire a[iprélicnder. Appliquez-\ous donc, iliréliens, cl souvenez-vous que voici jieutétre le point de notre religion sur (juoi il nous im[)oite le plus d'être solidement instruits : Vœ liotnini (7//; malheur à celui (\u\ cause le scandale ! pourquoi? j>,irce (ju'il est boiiiicide devant Dieu de toutes les àines (lu'il scandalise, et parce qu'il doit répondre à Dii u de tous h s crimes de ceux (ju il scandalise. Deux raisons qu'en apjiorle saint Clirysostome, et qui sont capables de loucher les cceurs les plus endurcis, s'il leur reste encore une élincelb! de foi. Donnez aujourd'hui. Seigneur, à mes paroles une force toute nouvelle; et vous, chrétiens, rendez-vous plus attentifs que jamais, et ne perdez rien (Je tout ce qu'il pliiira à Dieu de m'inspirer pour votre instruction.

Quiconque est auteur du scandale , srloi» tous les ppncipes de la religion, ilevient homicide des âmes qu'il scandalise. PècluS monstrueux, péché diabolicjue, péché coniro le Saint-Esi)ril, péché (ssentiellemeni opposé à la rcdemplion de Jésus-t^hrisI, péché dont nous aurons singulièrement à rendre compte devant le tribunal de Dieu; mais, ce qui mérite encore plus vis réflexions , péché d'autant jdus dangereux, qu'il est plus ordinaire dans le monde ; (jue tous les jours on le commet , sans avoir iiiéine intention de le commettre; que souvent il est attaché à des choses qui paruisscnt en elles-mènics trèslégères, et dcjiit on ne l'ait nul scrupule ; mais, qui, selon Dieu, sont d'une malice énorme, parcequ'elles serventde matière au scandale. Comprenez bien tout ceci et voyons s'il n'y a rien en (]uoi je passe les bornes de la plu3 élroile vérité.

Péché monsirucux : car quelle horreur do causer la mort à une àine qui, juslc et innocente, éiail agréable et précieuse à Dieu, de lui ôler une vie surnaturelle el divine, et de lui faire perdre son droit au royaume de Dieu ! Or voilà, mes clicrs. auditeurs, le [lèche que vous comuieltcz (juaiid vous stan-

OUATEIUS SVCatS. nOURDALOUE.

rijtli'^oz vcirc pioiîmin. Fût-ce le dr^rnicr <!cs lio umcs I OUI- (jui vous êtes un sujet de cliule ou en !e i!6!<>u!n;iiil du liien, ou en le portnnt au mnl, ou en lui coaiinuniquanl vos sentiments dcprnvéi, ou en l'enlrainanl par vos exemples cor.tafïieux ; ful-ee, encore une (ois le d 'rnier des lio unies el le plus niéprisable d'ailleurs, vous êtes tiujours coupable; et c'est ce que le Fils de Dieu a voulu nous marquer claireircnt et distinctement dans l'Evangile par ces paroles, dont le s<'ns est étendu : Qui autetn sandalizavrrit nniim de pusilli.'; islis, qui in me credunt [Malt., WIU): que si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi. Prenez garde, reprend saint Clirjsostome , que Jésus-Clirist ne dit pas : Si quelqu'un scanilalisc un grand de la terre. C'est encore un autre désordre plus criruinel, et plus à déplorer dans le monde clirélien. Désordre toutefois si c inuuun : car comliien de tout temps n'a-t-on pas vu, et < otnbien tous les jours no voit-on pas de ces «•sprils pernicieux, qui, par un secret jug.'oient de Dieu , semblent n'app'ocher les grands el n'avoir part à leur laveur, que jour les corrompre par les déleslables m ixinics qu'ils leur inspirent, et par les damna- Ides conseils qu'ils sont en possession de leur donner 1 Quoi qu'il en soit, la morale de Jésus-Christ dans les paroles que j'ai rajiporté's, ne se borne pas à la condition di'S i;rands. Il dit : Si quelqu'un scandalise un de »'es petits; el par là, chrétiens, il confond l'erreur où vous pourriez être, que la bassesse de la personne dût jamais vous tenir liru d'excuse, et autoriser voire péché. 11 est vrai, c'est une iniligiie créalure, une créalurc d(! iié.nit que vous pervertissez ; c'est une âme vile selon le monde, que vous faites servir à votre incontinence : mais cette iime, selon le monde, si v ile et si abjecte, ne laisse pas, dans l'idée de Dieu, d'élrc d'un prix infini; et voilà pourquoi le Dieu même <iui l'a créée, qui l'a rachetée, et qui sait la piiser ce qu'elle vaut, vous déclare qu'aut iiit de fois que vous la scandalisez, il vaudrait eaicux, non-sculenicut po'ir elle, mais |)our vous. (]u'on vous précijiilât au fond de la mer : Expedit ci ut demergatur in profuni!un maris (IliiiL).

Péebé dialio!i(iu\ et la raison qu'en donne saint Chrysoslouie est bien évidenle. Car. selon l'Fvangile, le caraelèro particulier du démon est d'avoir élé homicide dès le con;luetieement du monde : Jlle homicidu eral nb uiilio (Juan., \\\\) : et il n'a élé homicide, pouisuit ce saint ()o( tour, que parce que, dés le coninienceiiient du monde, il a fail périr des âmes, en les séduisant, en les allirant t!ans le piège, en les faisant succomber à la ti'nlation, en mellaiU des obs!a(lcs à leur conversion. Or, que fait autre chose un lifjertin, ua homim- vicieux , un homme dominé par l'esprit im|)ur, ([ui, dans l'emiiorîeme[!t de ses ilébauchcs, cherche partout, si j'ose m'expriuier ainsi, une proie à sa sensualité; que fait i! autre chose, et à quoi sa vie scandaleuse es'-e!Ie oeenpéc? A tromper les ailles, et à les dami'.er : je veux ùiie, à se

prévaloir de leur faibir.sse, à abuser de leur simplicité, à profiler de Inir imprudence, a tirer avantage de leur vanilé, à ébranler leur r( ligion, à tiionipher de leur pudeur, à dissiper liMus justes craintes, à ariéler îiurS bons désirs; à les confirmer dans le péihé, après les y av(dr fail honleuseinent lomb<'r en les subornant; à les éloigner des voies do Dion, lorsque, touchées de la grâce, elles commencent à se reconnaître el qu'idies voudraient sincèrement se relever. Ne sont-co pas là. mondain voluptueux et impudique, les œuvres de ténèbres à quoi se passe toute votre viç? C'est donc l'office du démon que vous exercez; el vous l'exercez d'autant plus dangereusement, qu'étant vous-même sur la terre un démon visible el revêtu de chair, ces âmes que vous scandalisez, accoutumées à se conduire par les sens, el charnelles coo me vous, sont plus exposées à vos traits, et en reçoivent de plus mortelles impressions. Le démon, dès le eouimenccmenl du monde, a élé homicide par lui-même ; mais il l'est mainîenant |iar vous : c'est vous qui lui servez lie suppôt; vous qui lui prêtez des armes, vous qui poursuivez son entreprise ; vous qui devenez à sa place le tentateur, ou, pour user toujours de la môme expression , le meurtrier des âmes, en sacrifiant ces malheureuses victimes à vos passions et à vos plaisirs : lllc homieidn eral ah initia.

l'éclié contre le Saint-H'prit, parce qu'il atta(;ue directement la charité, el que lo Saint-Esprit est personnellemcnl la charité nu'^me : je n'en dis point encore assez, et j'ajoute, parce qu'il blesse la charilé dans lo point le plus esenliel, et qu'à l'égarit de cette vertu si nécessaire et dont le Saint-Esprit est la source, il rend l'homme criminel, pour ainsi parler, au premier chef. Car, pour raisonner avec saint Chrysoslome. si le larcin qui dépouille le prochain d'un bien passager, si la calomnie qui lui ôte une vaine réputation, si un mauvais office qui lui fait perdre son crédit, el qui ne va pour lui qu'à la destruction d'une fortune périssable; si ce sont là, dans toutes les régies de la religion, autant d'attentats contre la charité qui lui est due, qu'est-ce que le scandale, qui tend à la ruine de son salut éternel? Non, non, con-' cluait le disciple bien-aimé , un mal aussi grand que celui-là ne peut point être dans celui qui aime son frère : Qui dili(iit frntrem auum. scandalum in eo non est (I Jaan., 11). Eu elTet, il ne faut avoir envers son frère qu'une médiocre charilé, pour prendre garle à ne lui pas causer un dojnmagc infini eu le scandalisant. Vengez-\ous sur ses biens et sur sa personne; mais épargnez sa vie, dit Dieu à Satan, lors(iu'il lui permit de tenter Job : Vcrumlamcn animam !'///«« serra [Joh, II) Dieu, par cet ordre, défendait seulement à Satan d'enlever au saint homme Job une vie naturelle et mortelle. Mais ne puis-je pis bien dire encore avec plus de sujet à un pécheur scandaleux : si votre frère a eu le malheur d'encourir votre indignation, et de devenir l'objet de v(dre haine, faites-lui tout autre injustice qu'il vuuj plaira; mais ue

rRF-Mi;:n avf.nt. si.iimwiN m du scAMi.M.r.

j;oili'z pns 1,T vonpirniico j'is(|ir;'i lui ravir une vie spirituelle <'l iiiuhorli'Hc ? Donnoz-iui mille cliagritis, siisciic z-lui iiiillc îiff.iiies, Iroiililcz son repos, soyez son pcrséiuUnir; unis rcsprcloz au moins son âaïc, r,"a!ti'nlcz poinl à sa cousrii'ncc ri à son salut : Verumtainrn aiiimnm illius serra. 11 s'ensuit ilone que celui qui compte pour rien ilc si amlalisi r son frère, n'a pour lui nulle eiiarilé, el par conséquent qu'il est devant Dieu non-seii- Icmenl homicide de son frère, mais de la fliaritè même : Qui oïlil fnurcm mum, homicidit est {l Joan., III). Or, comliien d'hommes de ce caractère dans le siècle où nous vivons 1 c'est-à-dire combien d'homnies emportés dans leur libertinage, insensibles à la d irnnation de leurs frères, et qui, bien loin «l'être touchés de la perle d'une àmr, affectent d'y contribuer posilivemcnl, y travaillent do dessein formé, en cherchent les voies et les occasions, el se glorifient connue d'un suceès d'y avoir réussi 1 Esl-il un meurtre plus cruel? Parlons plus siinplenienl : esl-;l un crime plus outragous au ^iaint-Espril et à sa grâce?

Je vais plus avant, el je dis : péché esscnt:e!lemenl opposé à la rédenijilioîi de Jésus- (^^hrist ; car au lieu que Jésub-Clirisl (jui s'.ippelle cl qui est par excellence le Fiis de rHoninie, est \en\i en qualilc de réilempleur pour chercher el pour sauver co (jui avait péii : Venil cnim Filius Itoininis quarcre rt siilvum faccre (juod pcricrat [Lut-., X) ; le (i:s de perdiiion el d'iuiquilé, (jui est, dans la pensée de Terlullieu, l'honnne scandaleux, vient, par un dessein tout conlr.:ire, p(uir damner et pour perdre ce qui a é!é rai hclé. \'A c'est en cela que le grand Apôtre a l'ait parlieulièrenient consister la ;:rièvelé du scandale. C'est car quoi était fondée celle rc- Kiontrance si pathétique et si vi\e ([uil faisait aux Corinthiens, quand il les conjurait de renoncer à certains usages aax(|uels ils étaient attachés, mais dont queUiues-iins de Iiurs frères, moins confirmés dans la foi, se scandalisaient. Il y a des faibles parmi vt)us, leur disait-il, et les libertés qm- vous vous donnez, leur sont des occasions de chute : mais savez-vous que ces faibles, à (|ui voire conduite est uu scandale, sont des hommes el des hommes fidèles, pour lesquels Jésus- Christ est mort ? Savez-vous qu'en les scandalisant, en les perdant par votre cxemf.le, vous détruisez, "u moins dans leurs personnes, tout le ii.êrile et tout le fiuil de la mort d'un Dieu ? 11 f ludra donc, [joursuivait l'Apôtre, que Jésus-Ct-Msl ait soulTerl inuli- Iciuenl [)our eux? 11 faudra ijne voire frère, ( ncore faible, périsse cl se damn.e, parce «jn il ne vous aura pas plu de ménager sa fiiblesse, ni d'a\oir pour lui les égarils que la chaiilé et la prudence chrélicnne exigeait de vous? Il faudra que vous arrachiez, comme par violence , à Jésus-Christ ce (|ui lui a coûté tout son sang ? El pcribit infirmrts in tua scicnlia fralcr , propier qucin Christus morliius est (I Cvr., \I1I).

C'est ainsi que leur parlait saint Paul, et celle raison seule les persuadait. Le zèle

doni ils élaienl animés pour Jésus-Christ les en;; ge.iit à se coniraindre , el à ne s'allin r pas le jnsti; reproche d'avoir élé les ennemiri de sa croix , m servant à la perle de ceux pour qui ce Dieu-ÎIomme a voulu être erucilié : Proplcr (/non ('lirhlus morlnus c.tt. ■Pouchés de ce pi;oiif ils reiior.çaienl, sans bésilcr, à des prati(|oes qu'ils se croyaient d'ailleurs permises. Or, quel droit n'aiiraisje pas , mes chers audileurs, de vous repro cher aujourd'hui, je ne dirai pas de sembla Mes libertés, mais des libertés bien plus dangereuses, bien plus condamnables ? Car combien de fois el en combien de rencontres n'avez-vous pas dû vous appliquer ces paroles : Et pcriliil infinnns in tua scienlin fidier, proplcr qucm ritristua mortutis est ? Combien de fois, par des libertés criminelles, (ju'il vous était aisé de relraneher, n'avez-vous pas blessé des consciences, et donné la mort à des âmes faibles pour (jui votre Dieu a donné sa vie? l'^l si ce qu'a dil saint Jean dans sa première Epilrc canoni- (]ue est vrai, comme il !'( si en efi'el, qu'il y a déjà dans hMuonde plusieurs anleelirisls : Et nunc nnlirhrisli mulli faclt snnt (I Jocin. Ili; pourijuoi? parce (jue le monde est ple:ii d'indignes chréiiens (jui, par leurs scandaleux exemples, ruinent l'ouvrage de Jésus- Clirist, el anéantissent le prix de sa rédem|ition a'.lor;ib!e ; à combien de ceux (lui m'ceoulenl, celle malédielion, dans le sens méii c liltéral de l'Apôtre, ne peut-elle pas convenir? El nunc antichristi mulli faeti sunt. Combien d'anlechrists au milieu du christianisme , d'autant plus à craindre , qu'ils sont moins déclarés et moins coninis? De là, |;cché dont Dieu nous fera rendre >in compte plus rigoureux à son jugement. Car une des menaces de Dieu les plus terribles (jue je trouve dans l'Ecriture, c'est celie-ci : qu'il nous demandera compte, non- Beuiemcnl de nous-mêmes, mais de notre prochain : Saneiuincm nulcni ejiis de manu Ina requiram [Ezcch. l\l). Mais dois-je ré- [londre d'un autre que de moi? disait Caïn en parlant à Dieu, et voulanl se jusiificr devant lui. M'avez-vous établi le tuteur et le gardien de mon frère? Nnin custos fratris mci sum ego ? {Gènes. IV). Langage que tiennent encore tous les jours tant de mondains : Suis-je charge du salut d'aulrui? en suis-je responsable ? Oui, reprend le Seigneur par sou prophète, vous m'en répondrez ; cl quand je vien'-lrai, comme juge souverain, pour rendre à chacun ce qui lui sera dû, el pour l)orler mes derniers arréls, j'aurai droit, selon toutes les lois do l'éijuiié, de me venger sur vous de bien des crimes dont vous aurez élé le premier principe. Car c'est par vos solli( ilalions que voire frère s'est perdu ; c'est [lar vos discours licencieux que la pureté do son âme a élé souillée ; c'est vous qui, par voscrreurs et par les détestables maximes de voire libertinage raffiné, lui avez gâté l'csjuit, c'est vous qui, par lallrail el le charme (le voire vie dissidue, lui avez empoisonné le cœur; c'est vous <iui l'avez dégoûlé de ses devoirs; vous qui, par vos railleries pleines

d'irréligion, lui avpz f.iil secouer le jonfî , et iibandoiiner loulcs les pratiques du clirisliaiiisme : s'il s'est engagé dans vos voies corrompues, c'est par la liaison qu'il a eue afec vous; s'il s'est livré à toutes ses passions, c'est par la fausse gloire qu'il s'est faite do vous iriiiler; s'il a conlrarté tous vos vices, ••'est par le désir de vous plaire. Voilà , dit Dieu dans son courroux , ce qui vous sera impulé, et ce que je punirai par les plus sévères cliâlimenls. Vous avez fait de cet liommc un impie ; et, entraîné par votre exemple, il a vécu et il est mort dans son iniquité. Mais son sang criera, à mon tribunal, bien plus haut que celui d'Abel ; il me demandera justice contre vous : et quelle sera votre défense ?ypse impius iniquitale sua viorirlur ; sanguiytem aulem ejus de mcimi liia rcquirain ( Ezech. III). Le texte hébraïque porte : Aniinam autem ejus de manu tua retjuiram. Je prendrai, pécheur, mais à tes dépens, la cause de cette âme réprouvée dont tu auras été l'homicide ; et toute réprouvée «lu'elie sera, m'intéressant encore pour elle, je forai retomber sur toi le malheur de sa réprobation.

J'en ai dit assez, chrétiens, pour vous faire connaître la grièvelé de ce péché : mais sans insister là-Jessus davantage, voici ce qui doit surtout exciter notre vigilance, et nous servir de règle pour apprendre à nous en préserver.

Péché dont souvent on se rend coupable, sans avoir même intention de le commetire. Serai-je assez heureux pour vous faire bien sentir cette vérité, et pour obtenir de vous que chacun s'applique à lui-même cette importante leçon? Car il n'est pas nécessaire, pour scandaliser les âmes , de se proposer, par un dessein formé, leur damnation, ni <ravoir une volonté déterminée d'être au jirochain un sujet de chute. Le démon seul est capable d'une telle malice, cl lui seul , •lit saint Chrysostome, aime le scandale pour le scandale même. Il n'est pas, dis-jc, besoin que je veuille expressément faire périr lame de mon frère , c'est assez que je m'apert'oive qu'en efl'el je la fais périr ; c'est assez que je tienne une conduite qui tend d'ellemême à la faire périr; c'est assez que je fasse une action en conséquence de laquelle il est indubitable ([u'elle périra. Mais je voudrais (jii'elle ne pérît pas. 11 est vrai, vous le voudriez; mais vouloir qu'elle ne périt pas. et en même temps vouloir ce qui la fait périr , ce sont , réjiond saint Chrjsoslome , lieux volonlés contradicloires ; et votre dés- •irdre est «lue, de ces deux volontés, l'une bonne et l'autre mauvaise, la première, <|ui vous fait souhaiter que voire frère ne périt pas, et (|ui est bonne, n'est qu'une demi volonté, qu'une volonté imparfaite, qu'uni- de ces velléités dont l'enfer est plein, et qui ne servent qu';\ notre danuialion ; au lieu que la seconde, par où vous voulez ce qui le fait périr, et <iui est mauvaise, est une volonté eflieace, une \o!onlé absolue , une volonté coiisoiiunée et léJuile à son entier aceoinidisscmeut.

BOLnnALOL'E.

Ainsi une femme remplie des

une lemme remplie ues idées du niomic et vide de l'esprit de Dieu , se trouve engagée dans des visites, dans des conversations dangereuses, et (lu'elle ne veut pas inlerrompre, se portant à elle-même léinoignage qu'elle ne s'y propose aucune intention criminelle : touleiois elle voit bien que par ce commerce elle eniretient la passion d'un homme sensuel, qu'elle excite dans son cœur des désirs déréglés, qu'elle le détourne des voies de son salut, qu'elle donne lieu à ses folles cajoleries ; elle voit bien qu'en souffrant ses assiduités , sans qu'elle le veuille perdre, elle le perd néanmoins . en est-elle moins homicide de son 5mc?Non, chrétiens ; le scandale qu'elle donne est un péché pour elle, et un péché grief. Son intention, dans ce commerce, n'est que de satisfaire sa vanité; mais, indépendamment de son intention, sa vanité ne laisse pas d'allumer dans ce jeune homme et d'y nourrir une impudicite secrète. Elle ne répond à l'attachement qu'on a pour elle que par des complaisances, qu'on appelle de pures honnêtetés, et elle est bien résolue d'en demeurer lil;mais sa résolution n'empêche pas que l'efTet de ses complaisances n'aille plus loin ; et que, malgré elle, elle ne fasse périr celui qu'elle voudrait seulement se conserver, cl à qui elle n'a pas le courage de renoncer.

C'est de là même que j'ai dit; et plût au ciel que vous sussiez profiter des malheureuses épreuves que vous en faites tous les jours, et de l'expérience que vous en avez, ou que vous en devez avoir, c'est de là que j'ai dit, et je le dis encore : que cet homicide des âmes est souvent attaché à des cho- Irès-lègères dans l'opinion du monde, mais qui, pesées dans la balance du sanctuaire, sont des abominations devant Dieu : à di s immodesties dans les habits, à un certain luxe dans les parures , à des nudités indécentes, à des modes que le dieu du siècle, c'est-àdire que le démon de la chair a inventées; à des légèretés et des privautés, où l'on ne fait point difficulté de se relâcher d'une certaine bienséance ; à des entretiens particuliers, dont le secret, la familiarité, la douceur affaiblit les forts el infatué les sages; à des airs d'enjouement peu réguliers et trop libres; à des affectations de plaire cl de passer pour agréable. Tout cela, dites-vous, est innocent. Kh quoi! répond sainl Jérôme, vous appelez innocent ce qui fait à l'âme de votre prochain les plus profondes et les plus mortelles blessures! Et quand, selon vos vues que Dieu saura bien confondre, loul cela en soi-même serait innocent, du moment que les suites en sont si funestes, devez-vous vous le permettre, ou plutôt ne le devez-vous pas avoir en horreur?

Est-ce ainsi qu'a raisonné saint Paul ? el sont-ce là les principes de morale qu'il mrus a donnés? Non, non, disait cet homme apostolique , je ne me croirai jamais permis ce que j'aurai prévu et ce que je saurai devoir être nuisible au salut de mon frère. Il parlait des viandes immolées aux idoles , (|ui , p.ir elles mêmes n'ayant rien d'impur, pou-

icnl , ilnns le scnliincuUlcs .ipôtres, ^tie rnangéos iiidilTércininciil jiar ceux dos lidiMes qui avaient la lïi'istii'iico droilc, c'est-à-dire qui lu- se seulaJeiU nul penchant à l'idolâliie, et qui faisaiiMil une profession sincère de croire en Dieu seul. Il n'imporle , disait ce vaisseau d'élection, cet homme suscité de Dieu pour nous instruire et pour former nos mœurs, si la viande que je mange scandalise mon frère, quoique l'usaije de celle viande ne me soit défendu par nulle autre loi , je me condamnerai par la loi de la chariié à n'en point manger : Si isra sccuidulizal fra- Irem meum, eacam non manditcabo in aUrnum (I Cor., VIII) \LV s-voiis, chrétiens, plus privilégiés que saint Paul? tA'lte loi de lâchante vous oblige-t-elle moins que lui'? \'ous est il plus libre qu'à lui de vous en dispenser? Fl si l'apôtre, renonçant à ses droits , a iru qu'il devait s'ahstenir d'une viande , (,uoique permise , mais dont il craignait i u'on se scandalisât; avec quel front pouvi'z-vous soutenir devant Dieu cent choses que vous Iraitez d'indilTércnles , mais dont vous savez mieux que moi les pernicieux effets? Avec (juel front les jiouvez-vous traiter d'indilTerentes , avant tarit de fois reconnu comliicn elles sont préjudiciables à ccus qui vous approchent ? Non, doit dire avec l'apôlrc de Jésus-Christ une Ame vraiment chrétienne, si ces pratiques, si «es coutumes qu'autorise le monde et qui llatlent mon amour propre , sont en moi des sujets de scandale, quoi (luallégue ma raison pour me les juslilicr, je veux me les interdire ; quelque innocentes qu'elles me paraissent, je les abhorre , je les déteste , j'y renonce pour jamais : .Si esca srandiilizat fialrem iiicjim, non munducubo carncm in œlerniim.

Voilà comment vous devez parler et raisonner, si vous raisonnez clii vous parlez selon les principes de voire religion. Autrement, et c'est comme je l'ai d'abord m.irqué, le second malheur de celui qui donne lo scandale ; autrement, mon cher auditeur, vous vous chargez devant Dieu et devant les hommes , non-seulement du crime parliculier que voirs commette z en scandalisant votre frère, mais généralement de tous les crimes que commet cl que commettra celui «(ne vous scandalisez. Or, qui peut creuser et mesurer la profondeur de cet abîme? et. pour me servir de l'expression du Saint- Es()ril , (liiciie multitude d'abîmes ce seul abîme n'attirc-t-il pas ? Abijasus abyssum invncal. {Psal. L\'II.) Qui pourr.iit en faire le dénombrement , et quel autre (]ue vous, ô mon Dieu , qui sondez les .rbîmes, les [icul connaître? Deus ([ici inluerisdbyssos {Daniel, III). De combien de péchés, par exemple , un mauvais conseil n'esl-il pas la source? un conseil violent et injuste, donné à un homme puissant, et qui l'engage à satisfaire ou sa verrgeance, ou son ambit on, quels mairx ne causc-t-il pas? «le qu«ls désordres n'esl-il pas suivi? «luellc propagation, si j'ose ainsi dire, et quelle multiplicilé de crimes n'entraliie-t-il pas après lui? \'ous êtes trop éclairés pour n'en pas voir les consé-

PKF.MIEIl AVI.^T. SI UNION III. DU SCANOALK.

su

queirces, et tr«>p sensés porrr rr'en pas frémir. Or, il est de la foi «|ire qiricoii'jue est auteur d'un tel conseil, au même temps qu'rl l'a donné, sarrs y c«)rrtrib«ier arrtre chose quo de l'avoir «lonné , s'est déjà rendu par avance coupable de t«)us ces malheurs; qu'il s'est fait malgré lui complice et garant , dison» mieux, qu'il se Irorrve nralpré lui solidaire-menl chargé de tontes les injustices de celui «|ui le srril et qui l'exécute. Oue vos jugemenls. Seigneur, surit incompréhensibles, et qtr'il f.iut «irre les errl'arrts des hommes soient livrés à un s«'ns bien réprouvé, qirand ils oublienl de si grandes et de si terribles vérités!

Mais les péchés, nre drrez-vous, sont pcrsorrnels , et Dieu, «luoique redoutable d.rns ses jugements, semble nous rassurer par ses pr«)messes , lorsqu'il nous dit dans l'Iîcri-ture , que l'âme qui péchera est la seule qui nrourra : Anima qnœ peccaverit, ipsu moiielur {Ezcch., XVIll); c'est-à-dire que chacun péchera poursoi, que le fils ne répondra point derirri()uitédesonpère,ni le pèredcrinr«iuitô de son Iris : Filius non porlabit iniquitatem pains (Ibid.); que quand il faudra comparaître devant le souverain tribunal , chacun prrrtera son propre fardeau , et non celui d'un autre : L'nusiinisijue onus suuni porlabit ((Jdlal., M); j en conviens, et je sais que ce sont là autant d'oracles contenus dans la loi divirre, et «jui , suivant l'ordre de la justice , se vérilierorrl à l'égard de tous les autres péchés; mais exceptez-en le scandale : pourquoi? parce que le scandale n'est pas un péché pirremrrrl personnel, mais comme une espèce de péché originel, qui , se communi- «luarrt et se répandarrl, infecte l'âme, nonseulement de son propre veflin et de sa propre malice, mais delà malice encore de tous c«ux à qui il s'étend et sur qui il se répand, lixieple/, dis-je, de ces régies, l'homrrre scandaleux qui. péchant et pour soi et pour autrui, doit être jrrgc aussi bien pour aulrui (jue pour soi-même. Kt la raison en est bien naturelle;car si, selon la loi de Dit>u, celui «lui pèche doit mourir, beaucoup plus, ditsaùrtChrysostome, celui qui fait jiécher, celui «lui iircite au péché, celui qur conseille le péché, celui «jui errseigne le péché, celui qui donne l'exemple du péché , celui qui fouririt les moyens et les ociasionsdu péché; tout cela, err «pioi consiste le scandale, élanl sans corrtredit plus punissable et plus digne de mort que le péché même. Il est donc vrai que chacun portera son propre fardeau; mais pour vous, péeherrr , par qui le scandale arrive, avec votre propre fardeau vous porterez encore celui des autres ; el quoique l«s aulres, dorrt vous porterez l'iniquité, n'err soient pas plus dôch.rrgés ni plus justrlîés, c'est ce fardeau de l'iniquité d'autrui qui achèvera de vous accabler.

Mais ces péchés, ajoutez-vous, nç m'ont pas même été connus. Connus ou non, répond saint Jérôme, puisque votre péché en a été l'origine, ces péchés des aulres, par uno fatalité inévrlable, sorri devenus vos propre! pci hés. Vous ir'avcz pas su les désordres de

ORATEURS SACRES. BOURDALOUE

coin que vous scnmlalisicz ; mais pour ne les avoir pas sus, vous n'en avez pas moins ^'16 le principe. Vous ne les avez pas sus, mais vous avez dû les savoir, mais vous avez dû les craindre, mais vous avrz dû les prévenir, et c'est ce que vous avez néglipé; il n'en faudra pas davantage pour vous en faire porter toute la peine.

Voilà pourquoi le plus saint des rois, dans la ferveur de sa pénilence, demandait à IJicu qu'il lui fil particulièrement grâce sur deu^ sortes de péchés dont les conséquences lui

fiaraissaient infinies; les péchés cachés, et es péchés d'aulrui; les péchés qu'il comneltait lui-même sans le savoir, et les péchés qu'il faisait commettre aux autres sans jamais se les imputer : Dclicla qnis intelligit? ab occtiUis mris munda me, et nb alienis P'irce servo luo {Psal. XVill) ; ah! Seigneur, s'écriait-il, quel est l'homme qui connaisse toutes ses fautes? quel est l'homme (jui s'applique à les connaître ? quel est l'homme qui, pour les pleurer et les expier, ait le don de les discerner? Dclicln quis in(cllifjit? Puùfiez-nidi donc, mon Dieu, ajoutait-il, purifiez-moi des péchés que mon orgueil me ca- «•lie, de ceux que la dissipation du monde nrcmpcchc d'observer, de ceux dont le nuage lie mes passions ou le voile de mon iguf)— rancc me dérobe la vue : AO occullis mcis inunila me. Mais en même temps, pardonnezmoi les péchés du prochain do lit je me suis rendu responsable; les péchés du prochain à quoi j'ai malheureusement coopéré ; les péchés du prochain dont ma scandaleuse conduite a été la source empoisonnée; les péchés du prochain que vous me reprocherez un jour, et qui, joints aux miens propres, mettront le ciinihie à ce pesant fardeau que je grossis tous les jours, et sous lequel, peut-être, je dois hieiiliit succomber : pardonnez-les moi, Siifîneur, et accordez-moi que je prévienne, par une exacte et une se» ère pénitence, le jugement rigoureux que vous en ferez ; Et ab alincis pnrcc scrvu luo.

Sainte prèrc que l'esprit de Dieu suggérait A David, et dont je suis persuadé que l'usage ne serait pas moins nécessaire à la plupart de ceux qui m'écoulenl. Prière qu'une femme mondaine devrait faire tous les jours de sa vie dans l'esprit d'une humble componction, l-llqiiandje dis une fciiiino mondaine, je ne dis pas une femme sans religion, ni même une femme sans règle, (jni \it dans 1(> llbrrtinage et dans le désordre ; mais je dis une femme du monde, qui, con'enle d'une spécieuse régularilé, dont le monde se laisse éblouir, est toutefois bien éloignée d(! vouloir se gèiier en lien, ni s'assujellir à marcher dans la Miie éM-oile de la loi de Dieu. Je dis une femme du monde, qui. se piquant d'èlre irrépréhensible dans l'es-enliel , ne laisse pas, par mille agréments (]u'elle se donne et ([u'elle veut se donner, d'èlre un seandale pour lésâmes. Je dis une femme du monde, qui. sans être passionnée, ni allaciiée, n'est pas souvent moins criminelle que celles qui le sont; et qui, avec la fausse qioirc dont clic est si jalouse, cl dont clic

sait tant se prévaloir d'être à enuv; ri de la censure et au-dessus des faiblesses de son sexe, n'en est pas moins, par les péchés qu'elle entrelient, cniicniie de Dieu. Prière qui serait déjà le commencement de sa conversion, si, à l'exemple de David, elle disait chaque jour à Dieu : Ab nlicnis parce : pardonnez-moi, Seigneur, lanl de péchés, dont je me croyais en vain justifiée devant vous, et que l'aveuglement de mon amour-propre m'a fait jusqu'à présent envisager comme des péchés élrangers, mais dont je commence aujourd'hui à senlir le poids. Pardonnez-moi toutes ces pensées, pardonnez-moi tous ces désirs, pardonnez-moi tous ces sentiments que j'ai faitnaiire par mes ajustements étudiés, par mes discours insinuants, par mes manières engageantes , quoique accompagnées d'ailleurs d'une modestie que m'inspirait plutôt une fierlé profane, qu'une retenue chrétienne : Ab alienis parce. Mais, Seigneur, si vous me les pardonnez, puis-je me les pardonner à moi-même? cl quelles bornes dois je metire à ma pénilence, loisque je n'ai pas seulement à satisfaire pour -noimémc, mais pour tant de péc heuis qui ne l'ont été et qui ne le sont encore que par moi ? Dclicia quis iniclliqil ? ub ocrullis ineix munda me, et ab alienis parce servo luo. Ce langage il est ^rai, femmes mondaines, ne vous est guère ordinaire : niais Dieu est le maître des cœurs ; cl (juaiid il lui plaît, il donne bénédiction à sa parole. Je sais que la conversion d'une âuic scandaleuse esl un grand miracle dans l'ordre du salut ; mais le bias du Seigneur n'est pas raccourci, espérons-(ont de la grâce de Jêsus-Cbrist , elle est plus forte que le monde; et quclqin* abondante que soit l'iniquilê du monde, elle n'empêchera pas l'accomiilissement des desseins de Dieu. Il y aura dans cet auditoire des âmes qui ne me croiront pas, et qui persisteront dans leurs scandales. Il y aura des chrétiens lâches, qui, convaincus de leurs scandales, n'auront pas la force d'y renoncer. Mais Dieu, parmi ces âmes lâches et ces âmes dures, a ses prédestinés et ses élus ; et peut-être, au moment que je dis ceci, en voit-il quelqu'une <\u\, efficacement persuadée de la vérité que je viens de lui annoncer, esl enfin résolue à retrancher de sa personne, de sa conduite, de ses manières, rie ses divertissemcnis , de ses cniretiens, do ses actions, loul ce (|ui peut être en queliiue sorte contraire à la pureté de sa rcligicm et à l'édification du prochain. (Jiiandje n'en gagnerais qu'une à Dieu, ne serais-je pas assez heureux? Quoi qu'il en soit, mes clie.s auditeurs, voilà ce (]ue l'Evangile nous apprend , et ce qu'il ne nous est pas permis d'ignoier, puisque c'est un des articles les plus formels de la foi que nous professons. Tout scandaleux est homicide des âmes qu'il scandalise; et tout scandaleux d(jit répondre à Dieu des crimes de ceux qu'il scandalise : mais si le scandale absolument et en soi esl un si grand mal, que si'ra-ce du scandale c uisé par celui dont ou doit attendre l'cxcmpli? Mailicurcux celui qui est auteur du

rriF.MiEr. avent. sliîmon m. du scandale.

scandale; mais doublement malluMirciix relui «lui le donne, lorsqu'il est spéeialeineiilohlifjé il donner l'exemple : encore un moment de votre allenlion, c'est la seconde partie. niaixiÈME PAmiE.

Il n'y a point d'homme dans le monde (lui, parla loi eomnnine de la cliarilé, ne doivo ;iu prochain le bon exemple; et quand saint l'aul établissait celle gr.mde maxime (ju'il donnait pour rè^le aux Romains : L'nusquisquc proximo suo pinccal in boniim ad œdipcationein{fium., \\') : que chacun de vous fasse paraître son zèle pour le prochain en contribuant à son édification; il est évident qu'il parlait en général, et sans nulle exception ni do conditions, ni de rangs, ni de personnes. Mais il faut néanmoins avouer qu'il y a sur cela même des engagements et des devoirs particuliers, et que selon les divers rap[iorts par où les hommes peuvent être considérés dans la société humaine cl dans la liaison ((u'ils ont entre eux, les uns sont plus obligés que les autres à l'accomplissemrnt de celle loi. Ainsi, dans l'ordre de la n.iture, v;n père, en conséiiuence de ce qu'il est père, doil-il donner rexem[>le à ses enfants. AiTisi, dans l'ordre de la Providence, un maîlre, et (]uiconque a le pouvoir en main , doil-il [lar sa conduite et par ses mœurs, édifier c 'ux t\u\ lui doivent obéir. Ainsi, dans l'ordre do !a grâce, les prèlres et les minisires des autels doivenl-ils, comme dit saint Pierre, par la sainteté de leur \ie, être les modèles et la formi' du tioiipcau de Jésus-Christ : Formri facti (jrcijis ex aniino. (l Pctr., V.) Ainsi, dans la doctrine del'jipôtre saint Paul, les serviletirs de IJieu jiar profession, en pratiquant les bonnes «cuvres, doivenl-ils [irendre singulièrement garde à être sini ères dans leur piété, cl même, s'il se peut, exen'pis de tout reproclie, pour fermer la boui lie aux impies ou pour les attirer à Dieu; du moins, pour ne les pas scand.iliscr et ne les pas détourner des voies de Dieu : Sinceri, et fine o/finsa {l'hilip.. I}. Ainsi, les forlsdans la foi, je veux dire les callioli(|uc-i, doivent-ils vivre parnii les f.iihies, c'est-à-dire parmi leurs frères, ou sé|)arés encore, ou nou\ellemenl réunis, a\ec plus d'attention sur eux-mêmes, et plus de vigilance cl de précaution. Tout cela fondé sur les principes les plus solid( s et les plus incontestables du christianisme.

Si donc, au préjudice de ses devoirs le scandidc vient de la même source d'où l'édilicalion et le bon exemple auraient dû venir; ou pour mexpliquer plus clairement, si celui «lui, dans l'ordre de Dieu, a une obligation spéciale d'édifier les autres, e>t h' premier <à les scandaliser, ah 1 chrétiens, c'est ce «pii met le comble à la malédii-lion du Fils de Dieu, et c'est alors qu'il faut donhlemeut s'écrier avec lui : Vœ aulem liomini illi ! malheur à cet homnie! Pourquoi ? P.irce «lue c'est alors, dit .saint Chrysoslome, que le scandale est plus conlagieux, el «luil f it dans les âmes de plus promptes et de plus priifondos impressions; parce (|iie c'est alors qu'il est pins dillicilc de s'en préserver : i>:i'ce

que c'est alors que l'impiélé en tire un plus grand avantage, et que la licence cl le ndâcliemcnls'en lonl un litre plus s(iécienx, iionseuleiiient de possession, mais «le prescription. Apjiliquez-vous à c«'tte seconde vérité, el n'en alleiulez point «l'autre preuve que l'induction simple, mais viveel touchante, que j'en vais faire en me réduisant à ces espèces de scandale que je viens de vous proposer.

Car <]uel est , mes chers auditeurs , le crime d'un père qui, déshonorant sa qualité de chrétien, el non n)oins iniligne du nom de père qu'il porte, scandalise lui-même se» enlants, et les corrompt par ses exemples ? C était à lui, comme père, à les former aux exercices de la religion , el c'est lui, au contraire, qui, par ses discours impies, par ses railleries au moins imprudentes sur nos mystères, par son éloignemenl des choses saintes, par son opposition affectée à tint ce qui s'appelle «ruvres de piété, en un mol, par sa vie toute païenne, ieui- comnuini(|ue son libertinage et son esprit d'irréligion, (détail à lui, par son devoir de père, à corriger les e!n|iortemenls de leur jeuin-sse el à reprimer les saillies de leurs passions ; et c'est luimême qui les autorise par des emporlements encore plus honteux dans un âge aussi avancé que le sien, el par des passions encore plus folles et plus insensées. C'était .i lui à régler leurs mœurs; el c'est loi-mêmiî qui, par des débauches dont ils ne sont que trop instruits, et «lu'il n'a pas même soin de leur cacher, seml>l(> avoir entrepris de les entraîner et de les plonger dans les plus inlûraes iléréglements. A < «)mbicn de pères, dans le christianisme, et peut-être à combien de ceux (]ui m'éeoiitcnt, ce caractère ne ci>nvieul-il pas? On ne se contente pas d'être libertin , on fail de ses cnr.ints, par l'èducalion (|u'on leur donne, une succession el une généiation de libertins; on n'a sur eux d«i rautorilé que pour contribuer efficacement A leur perle ; on n'est leur père que pour leur transmettre ses vices, que pour leur inspirer son airibition, que pour leur faire sucer a^ec le lait le li«d de ses inimitiés, que pour les engager dans ses injustices, en leur laissant pour héritage des biens mal acquis. Ne vaudrait-il pas mieux, dit saint ChrysoslAme, les av«>ir étouffés dès le berceau ? Et si nous avons horreur de ces peuples intidèles«]ui,par une snperstilion barbare, immolaient leurs enlants à leurs idoles, en devonsnous moins avoir de ceux qui, au mépris ilu vrai Dieu, à (pii ils savent «lUe leurs enfants sont consacrés par la grâce du l)aptênn', les saciifienl au démon du siècle, dont ils sosil eux-mêmes possédés?

Ti'l est, par la même raison, le désordre d'une mère mondaine qui, chargée de l'obligation d'élever dans la personne île ses filles des servantes de Dieu el «les épouses «le .lésus-l'lirisl, est assez aveugle, disons mieux et soufl'rez ces expressions, est assez ciuelle pour en faire des vielimes de Satan et des esclaves de la vanité du monite; qui sous oiiibiede Icurapprendrela ■«ienccdu monde,

ORATEURS SACRES. IIOLRDALOL'E.

leur apprend celle de se damner ; qui leur en monlre le chemin el qui détruit p.ir ses exemples toutes les leçons de vertu (ju'ilic sait si bien d'ailleurs leur fiire par ses parole». G.<r, malgré les scandales qu'on leur donne, on prétend encore avoir droit do K'ur faire des leçons. A quelque liberté (juGn se porte, et quelque commerce ou suspect ou même déclaré qu'on entretienne , en vertu du titre de mère on ne laisse pas de prêcher à une fille la régularité, el d'exiger d'elle la modestie et la retenue ; on veut qu'elle soit souple et docile , tandis qu'on s'émancipe et qu'on secoue le joug de ses devoirs les plus essentiels. Mais c'est en cela même que consiste l'espèce du scandale que je combats: car quelle force peut avoir ce zèle, quoique maternel, quand l'exemple ne le soutient pas, ou plutôt quand l'exemple l'anéantit? El de quel effet peuvent élre les instructions el les remontrances d'une mère, dont la réputation est ou décriée ou douteuse, à une fille qui n'a plus la simplicité de la colombe, el qui, à force d'ouvrir les jeux, est peut-être devenue aussi clairvojaute et aussi pénétrante que le serpent?

Quel est le crime d'un maître, d'un chef de famille, qui sans se souvenir de ce qu'il est et s'oublianl lui-même, ou qui, abusant lie son pouvoir, el renversant tout l'ordre de la l»rovidenc« divine, devient le corrupteur do ceux dont il devait être le guide el le sauveur! Saint Paul ne croyait point oulrer les choses, et en effet il ne les outrait pas, quand il disait que quiconque n'a pas soin du salut des siens, el parliculièrcmenl de ses domestiques, a renoncé à la foi, el est pire qu'un infidèle. Parole courte , mais énergique , dont je me promctlrais bien plus pour la réformation el la sanctification de vos mœurs, que do tous les discours, si vous vouliez, mon cher auditeur, vous appliquer sérieusement à la méditer : Si quis suontin et maxime domesticoj-um, curain non hnbct, fidem 7tegnvity el est infideii dclcrior { 1 Tint., V ). Mais si saint Paul parlait ainsi des maîtres peu soigneux el peu vigilants, comment aurail-il parlé des maîtres scandaleux ? cl s'il traitait d'apostasie la simple négligence ou le simple oubli de ce que doit un maître comme chrétien, à ceux de sa n.aison, quel iio'n aurait-il donné à celui qui, bien loin de veiller sur eux, el de s'intéresser pour leur g.'ilul,dont il est, comme maître, responsable à Dieu, les pervertit lui-même el est une des causes les plus prochaines de leur réprobation ?

C'est néanmoins ce que nous voyons tous les Jours, et ce que nous voyons a\ec douleur el avec gémissement. Car il faut, li(iinnie «lu siècle qui m'écoutez (supporlcz-nioi, parce que j'ai pour vous un zèle de iJicu (|ui me presse el<iui m'oblige à m'expliquer), il faut que ce domestique qui vous est attaché et ciui craint peu de se damner pourvu qu'il vous plaise, cl que par là il fasse avec vous une misérable fortune, il faut iiu'il soit l'ins- Irument el le complice de votre ini(iui(e «juaud VOUS remployez à des miîiislèri.s

que le respect dû à col auditoire cl à celle chaire où je parle m'empêche de vous représenter dans leur indignité. Scandale abominable, el pour lequel j'aurais droit cent fois de me récrier sur vous: Vw uHlem homini illi ! Malheur à ce grand, malheur à ce maître! Il faut, femme chrétienne, si toutefois dans la vie que vous menez vous vous piquez encore de l'être , il faut que celle fille qui vous sert, que celle fille, sans vice et sans reproche lorsqu'elle s'est donnée à vous , apprenne de vous à connaître ce qu'elle devrait éternellement ignorer; il faut qu'elle soil la confidente de vos intrigues et qu'elle y participe malgré elle, quand vous exigez d'elle des services oîi son obéissance fait son crime. Dieu, en vous la confiant , vous avait établie la tutrice de son innocence, et c'est avec vous qu'elle la perd. Votre maison lui devait élre une école de sagesse el d'honneur, et c'est là que vous lui enseignez à déposer toute pudeur. C'était une âme vertueuse cl bien née, cl bientôt, par le malheureux engagement de sa conscience avec la vôtre, toutes ses bonnes inclinations sont étouffées cl tous ses principes de vertu détruits. Qu'aiirez-vous à répondre à Dieu, quand il vous la produira dans son jugement couverte de vos péchés, cl quand vous la verrez dans l'enfer compagne inséparable de votre peine? Ne vous offensez pas de la véhémence avec laquelle il vous paraît que j'en parle, peut être ne fut-elle jamais plus nécessaire. Mais sans rien dire davantage de ces scandales, qui vont jusqu'à reudre ceux qui vous servent les complices de vos désordres, que ne peut point et que ne fait point sur eux voire seul exemple, lors môme que vous y pensez le moins el que vous le vouiez le moins? Car de croire que votre conduite leur soil inconnue el qu'elle demeure secrète pour eux, abus, chrétiens; cela ne peut être et ne fut jamais. Autant de domestiques que vous avez, ce sont autant de témoins de voire vie. et non-seulement autant de témoins, mais autant de censeurs qui vous éclairent, qui vous observent el qui vous rendent toute la justice que vous méritez.

Quel est le crime de ces ministres du Seigneur qui honorés du plus sacré caractère el engagés dans les plus saintes fonctions du sacerdoce, les profanent par une vie séculière el mondaine, pour ne pas dire intpure el licencieuse, et en font rejaillir le scandale jusque sur leur étal et sur leur ministère? lis devaient être, selon Jésus-Christ, le sel de la terre, el c'est par eux, dit saint Grégoire pape, que la terre se corrompt. Ils devaient être la lumière du monde, el ils ne luisent que pour exposer au monde avec plus d'évidence les taches qu'on remarque en eux el dont on rougit pour eux. Ils devaient être el ils sont en effet cette ville située sur la montagne, el ils semblriil n'être élevés <pie pour faire voir de plus haul des dérèglements ([ui jettent les peuples dans la surprise et dans le trouble, et (jui les couvrent eux;nièines d'ignominie ci d'opprobre. C'est ce qui c\.c.ilait coulrc eux l'iulignation de I)i«u

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