SERMON XX I
POUR LE JELDI UE LA CLNQLlÈME SEMAINE.
Sur la conversion de Madeleine.
ProiitiT qnod ilico libi : Rtniillunlur ci pece:iU iiiulln, qiwn,i:uii clil Nil inulUiiii.
GVi( piiiyrjuoi je rous déclare que henuconv de pc'f /.■« lui ^onl rei)iti, parce qu'elle a beaticuuii uimé (S. Luc, cli.Wl).
C'est ce que le Sauveur du monde répondit au pliaii icn, en parlant de celle tViiime pécheresse dont noire évangile nous re()réscnte aujounl'hui la conversion. Réponse don! j:' nie sers, non pas pour faire l'éloge de ci'lle illustre pénitente, mais l'éloge du «fiviii amour qui l.i sancldia. Le desordre de Jladeleine l'ut d'avoir beaucoup aimé ; el, par lin cliingemcnl visiidi- de la main du Très-IL ul, la sainteté de Madeleine consista à aimer Itcaiicoup. Sut amour ci! avait fait une esclave dit monde ; el, par un effet mcrveil eux de la grâce, son amour en fit une prédestinée et une épouse de Jésus-Christ. Ce (jui availéléson crime devinlsa justilication; cl l'amour chaste du Créaieur fut le remède s dul'iirc qui la guérit d ins un moment de l'amour impur et profuie des créatures. Miracle île l'amour de Dieu, dont je prétends faire Icsujet de ccdiscours. Miiacleque Dieu, |iar une providence singulière, a voulu rendre public, afin cjuc les pécheurs dit siècle eussent dans cet exemple, ei un puiss ml motif de confiance, et un parlai! modèle de peaileiice. Un puissant motif de confiance, pour ne jias lomber dans le lies'Spoir, (juel- H'ie éloigî.cs qu'ils piii s lit être des voies de ijieu ; el un ['Urlait modèle de peiiilence ,
pour ne pas donner dans une dangereuse présomption, en comptant sur la miséricorde de Dieu. Car c'est ici que je pourrais bien dire à une âme mondaine troublée des remords de s;i conscience, ce que saint Ambroise dit à l'empereur Théodose : Qui ieciitus es erranictn, i-equere pœnitenlein (Anibr.]. Ce saint évê(iue pariait de Dav id ; et moi, mou cher aiidileur, je parle de Madeleine, et je vous dis : Si vous avez eu le mailicur de suivre celte pécheresse dans les égarements de sa vie, rassurez-vous, puisi]ue, loute pécheresse qu'el e était, elle n'a pas laissé de trouver grâce devant Dieu. Mais d'ailleurs tremblez, si, l'avant sui\ie dans ses égarements, vous n'avez pas le courage de la suivre dans son retour. Car que doil-un el que peut-on espérer de vous, si vous ne profilez pas d'un exemple si loiichnnl, après qu'il a converli tant d'âmes endurcies, el s'il ne fait pas sur vous les plus fortes impressions ? Madeleine est la seule qui parr.iS'C dans 1 Livangile s'être adressée à Jésus-Christ sans autre vue (]ue d'obtenir la rémission de ses péchés. Plusieurs, encore charnels , recouraient à lui pour des grâces purement temporelles; pour être guéris de leurs maladies, pour être délivrés du démon qui les lourmeiit lit ; mais Madeleine , déjà chrétienne et d'esprit et de cœur, ne cherche, en cherchant ce Siuveur des hommes, que 1 1 guérison de son âme; et convaincue que sou péché csl son unique et souverain mal , elle ne lui demande point d'autre miracle que Celui de sa conversion. Voyons par où elle y parvint, et implorons auparavant le secours du ciel par l'intercession de la Mère de Dieu : Ave, Maria.
C'est une question qui se présente d'abord et dont la difficulté, fondée sur l'Evangile même, a besoin d'éclaircisscmi'nl, savoir, si les péchés de Madeleine lui furent remis parce qu'elle aima beaucoup, ou si elle aima beaucoup parce que ses peclic< lui avaient été remis. A en juger par les paroles de n?oii texte, la première de ces deux propositions csl incontestable, puisque le Sauveur du monde déclare, en termes exprès, (|iie. parce que celle [ éniletile a beaucoup ai;!ié. bcai:coup de péi lies lui sont pardonnes : lUniilluntur ci pcccata mnlla , quoninin dilexil Dtullum [Luc. VU). La seconJe, quoique contraire en apparence, n'est pas moins cerl.iine, puisque c'est une conséquence nciessaire du laisonucment que lait ensuite le l''ils de Dieu, et qu'il tire di; la comparaison de deux débiteurs, dont l'un, à qui l'on remet plus , se croit plus obligé d'aimer <)ue l'autre, à qui l'on a moins rem's. D'où Jesus-Clirisl prétend conclure (juc Madeleine aimait d(jne plus que le pharisien, parce niTon lui avait plus pardonné de péchés : (Juis er(jo euin jiUts diliijil ? œslinio quia is oui plus dunavit (Ibid.). Il est aise, chrétiens , de concilier ces deux propositions ; et, pour les réduire à un | oint de morale où je me renfernie, mais (|ui sei.i iriine grande insiruclion , «lisons avec saint Chrysuslomc. que l'une cl l'autre est ég.i'ciiKut
(AIU Mi:. SF.miON XXIX. ÔUU LA CUNYF.r.SlON DE MADELtlNi;.
vraie, c'<'st-A-dire, qu'il est é2:,ilomcnt vrai , l'I (jiie M;!deieini' oliliiit l.i rémission de ses pocliés jiait-e qu'elle avait beauodup aimé, et nn'elle aima beaucoup parce qu'elle avait olileiiu la rémission de ses péchés; en sorte que le pardnn que Jésus Christ lui accorda fut tout ensemble . et l'elTct et le principe de son amour. Pour mieux enicniire ma pensée disliii;;noiis un'double amour de Dieu : l'un qui préi èd ' la conversion , l'autre qui la siiil ; liin (]i!e j'appelle amour pciiiti-nl, cl l'autre amour reconnaissant; l'un qui fit rentrer Mideleinc en pràcc avec jcsusr.lirisl, et l'autre qui la lit pleinement correspondre à la iiràce qu'elle avait reçue de Jésus-Christ. Appliquez - vous. Madeleine, encore mondaine et pécheresse , lassée de marcher dans la voie de perdilioii, se sentit toneliée tout à coup de repentir, mais d'un repentir plein di- conliance, et c'est ainsi qu'elle plùl au Fils de Dieu. Madeleine, convertie et seu'iibleà l'insigne faveur (ju'cl le venait d'obtenir dans le pardon de ses crimes, fut lout à coup pénétrée de la plus parfaite reconnaissance, et ne pensa plus (pi'à se dévouer pour jamais au Fils de Dieu. Or, voilà par où je résous la difficulté que j'ai d'abord proposée. Cir je dis que ce fut l'amour pénitent de Madeleine qui la réconcilia avec Jésus-Christ ; cl j'ajoute qu'une si [iromplo réconciliation avec Jésus-Clirist excita dans son co'iir l'amour reconnaissant qui l'attacha pour toujours à cet adorable et ainiable Mat:rc. En deux mots, ses péchés lui lurent remis, parce qu'elle aima beaucoup de cet amour qu'inspire la vraie pénitence : ce sera la première partie ; ( t elle aima beaucoup de cet amour (|u'inspire la reconnaissance, parce que ses péi liés lui av.iienl été remis : ce sera la sceonde. L'une justifiera la miséricorde du Sauveur envers iMadeleinc ; l'antre vous apprendra comn cnt ]Ma('elein(; s'acquitta de ce qu'elle devait à la miséric(3rde du Sauveur ; et c'est tout mon dessein.
TREMIÈRE PARTIE.
J'entre dans ma première proposition par la pensée de saint Grégoire, pape, et surjjris , aussi bien (]ue ce saint docteur, du pouvoir souverain do l'amour de Dieu, et du miracle que l'Evangile aujourd'hui lui attribue, je demande : Est-il donc vrai qu'il n'en coûta à Madeleine que d'aimer pour trouver grâce devant Jésus - Christ ? Est-il vrai que le seul ac!e d'amour qu'elle fornia fut, après tant de désordre-, un remèile suffisant pour la guérison de son âme? Est-il vrai qu'une pécheresse si chargée de crimes, sans autre effort que celui-là et sans autre disposition, mérita d'être pleinement et parfaitement justifiée ■? Oui, chrétiens, il est vrai, et non-seulement vrai, mais même de la foi : parce qu'elle aima beaucoup, beaucoup de péchés, c'est-à-dire, dans le langage de l'Ecriture, tous ses péchés lui furent remis : A'ctnittunlur ci ppccala inulla, quoniotn dilcsil mtiltum (Luc. \ll). Mais il no s'ensuit pas, du reste, qu« le F;ls de Dieu , en lui pardonnant, ait éle prodigue de sa grâ'e; M ne s'en
suit pas qu'il l'ail donnée à vil prix , ni ijue sa bonté l'ait fait leiâeher de ses droits ;iux dépens de sa justice. Car je prélemls, et voilà par où je veux consoler les pécheurs, en leur faisant connaître le don de Dieu et en justifiant la miséricorde du Sauveur ; je [)rétends que ce seul amour, formé dans le c(Eiir de Madeleine au moment qu'elle eonnnt Jésus - Christ , fut la satisfaction la plus entière qm» Jésus-Cliri-t pût attendre d'un cœur contrit et humilié. Je prétends que, sans y rien ajouter, celte satisfaition seule , pesée dans la balance du sanctuaire, eut une juste proportion avec le pardon que Jésus-Christ lui accorda. Entrons, mes < bers auditeurs, dausiessenliments de cette illustre pénitente. Développons , s'il est p<issib!c, ce (ju'opéra dans elle lesprit divin au moment de sa conversion. Mesurons toute la grandeur et toute l'ét' mine de ce parfait amour de Dieu (|ui la sam ti!i,i ; et vojnns si la facilité du S.iuvf ur du mkuuIc à la recevoir et à lui remeitre ses péchés, préjndicia en aucune sorte aux règles les |)luj exactes et les plus sé\ères de la pénitence.
l'oiir cel.i, chrétiens, je distiiigue, et je \ ons prie de distinguer avec moi (juatre choses que l'Evangélisle nous fait expressément remarquer dans .Madeleine : son péché, la source de son pé< hé, la matière de sou péché, et le scandale de son péché. Son péché, ijui fut sa vie déréglée et dissolue ; la source de son péché, (jui fut la faiblesse et le malheureux penchant de son cœur; la matière de son péché, (jui fut son luxe et ses sensualités criminelles; enfin, le scandale de son pé( hé, qui fut le d mgereux et funeste exem- |)le qu'elle avait ('onné à loule la ville de Jéi-iisalcm : Mtdicr in ciiiliile ])ecciitrix ( tue, ■\'II).Or v;iilà, par wn effet bien sui prenant, à quoi ren;édia tont -à couji l'amour (|u'e!!<î conçut pour Jésus-Christ : je veux dire (juo ce saint amour expi.i son péché, (jne ce saint aii:our purifia la source de son p.é(hé,(iue ce saint amour consacra à D eu la matière de. son péché, et qu'enfin il répara le scandale de son péché. Il expia son péché, eii rétablissant dans le cœur de Madeleine l'empire de Dieu, que le [léché y avait détruit. 11 (lurifia la smirce de son péché, en liiurnaiit loule la sensibilité et toute la tendiesse do Madeleine vers Jésus-Christ , objet digne d être souverainement aimé. 11 cons;;cia à Dieu la matière de son péché, en inspirant à .Madeleine la pensée de répandresur les pieds l'c Jésus-Christ un parfum précieux, et lui faisant trouver jusque dans son luxe de quoi honorer son Dieu, cl, dans sa vanité même, de quoi lui faire un sacrifice. El il répara le scandale de son péehé, en détern)inanl Madeleine à changer de vie par une conversion éclatante. N'ai-je donc pas raison de dire que ce seul amour fut une pénitence complète, et uue pénitence si efficace, que la mi>ér:corde du Sauveur, si j'ose parler de la sorte, ne put même y ré?ister "? lîeprenons par oidre chaque article, et suivez-moi, jo vous iirie, avec allentlDU.
Son péché fut Iclibciliuage de ses mœurs
ORATELUS SACRES. BOURDALOUE.
Ne disons rien de plus, cl tenons-nous en à l'Evanqile, qui est notre règle. Il nous innrnue seulement en général que IMndeleinc él.iit pécheresse : cela nous doit sulQre; et le respect dû à celte pénitente, encore jilus célèhre par son changement qu'elle ne se rendit lameuse par son désordre, ne nous permet pas de nous expliquer davantage : Millier in civilale peccntrix ( Ibid. ).
Si, dans un aulre discours , j'ai parlé plus en détail de ce péché, c'est des paroles loules pures de sainl Paul que je me suis servi (1). .l'ai cru qu'élanl consacrées , je pouvais , à l'exemple de ce grand apôtre, les employer dans un auditoire chréiien ; et ceux qui m'ont enlendu, savent avec quelle réserve, toutes consacrées qu'elles sont, bien loin d'en développer tout le sens, je n'ai fait que refflcurer. Quand saint Paul, avec une entière liberté, reprochait aux fidèles certains \ ices énormes, ou quand il lâehail d • leur en imprimer Ihorreur par le denoiiibiement et la peinture qu'il leur en faisail, il se conlenlait de les prévenir, en leur disant : Plût à Dieu, mes frères, que vous voulussiez un peu supporter mon imprudence ! et supportez-la, je vous prie; car vous savez le désir ardent ([ue j'aurais de vous voir tous dignes «l'èlre présentes à Jésus-Christ comme une vierge sans tache : Uliiiam xustincrclis modiritm quid insipicniiœ mcœ ! icd cl supportdle me : œmulor cniin vos Dri (vinnliilione. Dcspnndi cnim vos uni liro virijincm castrnncxliibcre Cfirislo ( II Cor.. XI j. J'ai usé de la même précaution; et, quoique indigne de me comparer à cet homme apostolique, Dieu m'est témoin que le même zèle m'a porté à vous faire les mêmes reproches ou les mêmes icoiontrances. Confondez-moi, Seigneur, si j'oubliejamais la fin pour la quel lovons m'avez confié la grâce de votre Evangile. Or, nonseulement les chrétiens de ces premiers temps ne s'offensaient pas de ce que saint Paul leur représentait avec tant de force et sans nul adoucissement; mais, persuadés de l'importance et de la nécessité de celle insiruclion, ils la recevaient avec une docilité parfaite; ils en élaient édifiés, touchés, pénétrés, ou d'une sainte componction, s'ils j avaient part, ou d'une crainte salutaire, s'ils élaient tMicore dans l'innocence. J'avais droit de croire que je trouverais dans vous les mêmes dispositions, et qu'uiu; mor;ile (|iie saint Paul avait <rue bonne pour le siècle de l'Eglise naissante, e'esl-à-dire, pour le S'éele do sainteté, pouvait l'être encore, à plus forte raison, pour un siècle aussi corrompu et aussi perverti que le nôtre. Je me suis trompé; ce siècle, tout corrompu qu'il esl, a eu sur cela plus de délicatesse que celui de riilglise naissante. Ce que j'ai dit n'a pas plu au monde; et Dieu veuille que le monde, en me condamnant, ait au moins gardé les mesures de respect, de religion, de piété, qui sont dues à mon ministère; car, pour ma personne, je sais que rien ne m'est dû. Trop heureux si, me voyant condamné du monde,
(I) CeUe tligrossioii rrg^rdi' le sermon rlf Ciinpiir. lij.
je pouvais espérer d'avoir confondu le vice et glorifié Dieu ! Trop heureux si la censure du monde n'a rien fait perdre à ce que j'ai dit de son efficace et di> son ulililé ; et s'il y a eu des âmes qui, comme les premiers chrétiens, en aient été non-seulement insiruilcs, mais converties ! Ce qui pl.iîl au monde n'est pas toujours le ni cil leur ni le plus néce-saire [)our le monde. Ce qui lui déplaît est souvent la niéileeinc qui, tout amère qu'elle peut être, le doit guérir. Se choquer de semblables vérités et s'en scandaliser, c'est une des marques les [dus évidentes du besoin qu'on en a; s'en édifier et se les ap|.li(iuer, c'est la preuve la plus certaine d'une àme solide, qui clier( lie le royaume île Dieu. Jlais, c'est à vous. Seigneur, à faire le discernement, et de ceux qui en ont abusé, et de ceux qui en ont profité. Vous êtes le scrutateur des cœurs; et vous savez que ce n'est point pour ma justification que je m'en expiiiiue ici , mais pour l'honneur de voire parole. Ou'iii'.porle que je sois condamné? mais il importe, ô mon Dieu, que voire parole soit respeclée. Révélions à notre sujet.
Le péché de Madeleine fut le libertinage de ses mœurs; ou, pour comprendre sous des termes moins odieux tous les désordres auxquels elle s'abandonna, quand Dieu, par une juste punition, l'abandonna à elle-même et à ses propres désirs , disons que son péché fut, et son orgueil, et son amour-propre; que ce fut et une idolâtrie secrète de sa personne, et une ambition criminelle d'être non -seulement aimée, mais adorée. lùi eiTel , dit Zenon de 'V'érone, elle ne fut libertine, que parce qu'elle fut vaine, et parce qu'elle s'aima avec excès. Mais l'amour divin qui toucha son cœur, sut bien venge r Dieu de l'un et de l'autre. Car à cet amonr-propre (jui l'aveuglait, il substitua une sainte hiine d'elle-même ; et, au lieu de cet orgueil dor.t elle avait fait sa passion dominante, il lui inspira la plus profonde humilité.
Elle aima : Dilcxil; et, par une conséquence nécessaire, elle commença à se ha'i'r. Car, comment aurait-elle pu aimer son Dieu, el ne se baïrpas elle-même'? Aim.int ce Dieu de pureté et de sainteté, et ne voyant dans (Ile que corruption el que désordre, comment aiirail-d'e pu se déiéndre de concevoir ])our elle-même, non-sculenient du mépris, m.iis de l'horreur; et comment, avec celle horreur d'i lle-méine, n'aurail-elle pas, dès lors, pratiqué ce ijui semblait ne devoir clie que pour les âoies parfaites, mais le qu'elle jugi'a convenir bien mieux à une pécheresse qu'à tout aulre; savoir : le renoncement à soi-même, le délacliemenl de soi-même, la mort à soi-même? ComniMit, dis-je, n'aurait-elle pas été remplie de ces sentimeiils, puisque, éclairée des lumières de la grâce, elle se regarda comme un monstre devant Dieu; comme une créature infidèle qui n'avait jamais connu Dieu, ou qui, l'ayant connu, ne lui avait jamais rendu la gloire qui esl due à Dieu ; comme une créature rebelle qui, si longtemps, avait fait une profession ouvert" de violer 'ouïes les lois de Dieu;
CAREME. SERMON XXIX. SUR LA CONVERSION DE M.\DF.I.r:iNE.
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<|ui, par une vie licencieuso, avait iiisolcmiiiiMil outragi' l)i(Mi ; qui, (l.ins sa persuime, avait profané tous les dons de Dieu ; (jui, par l'abus le plus punissaiile, s"él;iit sor\ie contre Dieu mênic des avantages qu'elle avait reçus de Dieu?
Elle aima : Dilr.ril: et, du moment (ju'elle aima, elle cessa d'avoir ces soins CNressils d'une beauté fragile, dont elle s'était toujours occupée. \'o}ez la aux pieds de .lésus- Clirist, les cheveux épars, le visage abattu, les jeux baignés de larmes. V'oilà ce (lue l'Kvangilo nous présente comme un moilè!e de l'ainour-propre anéanti. Pense- t-clle enrorp, dans cet état, A ce qui la peut rendre plus agréable ? t]rainl-el!c, à force de pleurer, de ternir et de déligurer son visage? At-elle sur cela, dans la douleur que lui cause son péi'lié, la moindre inquiétudi" ?Noii,non, mes frères, dit saitil Grégoire, pape, ce n'est plus là ce qui la touche. Que ce visage, disait la bienheureuse Paule, détrompée du monde et animée d'un vrai désir de satisfaire à Dieu, que ce visage dont j'ai été idolâtre, cl (]ue tant de fois, contre la loi de Dieu, je nie suis efforcée d'embellir par de damuahles artifices, soit couvert d'un éternel op|)robri' : Turpeiur faciès illn, (juain loties cuntfd Dci prwceptum cerussa et purpurissu clepiiixi {S. Hier.). Remarquez, mesdames, ces paroles de saint Jérôme ; et, si vous êtes clirétiennes, ne préférez pas au sentiment de ce grand homme, qui est le sentiment de tous les Pères, l'erreur d'une fausse conscience qui vous séduit : Faciès illa, quam tolics contra Dei prœccptum cerussa et purpurisso dcpinxi : (ïe visage que tant de fois j'ai voulu déguiser par des couleurs empruntées, à qui tant de fois j'ai donné un faux lustre, malgré les défenses et contre la volonté de mon Dieu. Ainsi en jugea Madeleine convertie : Ah I que cette grilce périssable soit pour jamais effacée; que ces jeux de\iennent comriie deux fontaines, pour arroser la terre de mes larmes ; que ces cheveux, sujet ordinaire de ma vanité, ne servent plus ((u'à mon humiliation; que cette chair soit désormais un« victime de mortilication et d'austérité. Bien loin de s'aimer soi-même, elle voudrait pou-^ voir se déti uire : et, parce que Dieu ne lui permet pas ci'lle destruction vidoiitairo d'elle-même, elle s'offre du moins à lui comme une hostie vivante, pour lui élre, et plus longtemps, et plus souvent inmiolée.
Elle aima, Dilexil ; et parce qu'elle aima, elle voulut faire à Dieu une réparation solennelle, et comme une amende honorable (le tous les attentats de son orgueil. Prosternée aux pieds de Jésus-Christ, elle se souvint combien elle avait été jalouse d'avoir dans le monde des adorateurs; c'esl-à-dire, des hommes nés, ce semble, pour elle ; des liommes, non-seulement fous et insensés, mais sacrilèges et impics pour elle ; des hommes prêts, pour elle, à renoncer au culte de leur i)ieu, prêts à lui sacrifier leur liberté, leur repos, leurs biens : c'est trop peu ; leur conscience et leur salut; car rambiti<in d'une femme mondaine va jusiiuc-là. Les liraélilcs
irritaient le Dieu de leurs pères, en sacrili.int h des idoles de bois el de pierre : /;'/ in sculplilibus suis ail wmulalionein cum provoravcrunt {Ps. LWVII) ; et cette femme pécheresse l'avait outragé et comme pi(|ué ûf. jalousie, en lui opposant dans sa personne une idole de chair. Elle se souiintdes pièges qu'elle avait dressés à l'innocence des âmes, des ruses qu'elle avait rni|)lr»jées [lour les séduire, des charmes dont elle av.iit usé pour les corrompre, des passions iiu'elle avait fait naître dans les cœurs; ell« s'en souvint ; et Dieu lui ouvrant les yeux, elle crut voir au milieu des llammes de l'enfer, disons mieux, elle y vit en esprit, mais avec elTroi, des pécheurs sans nombre «lu'elle avait précipités dans une éternelle damnation. Tant de commerces, dont l'indiscrète famili;irite a^ ail été entre eux et elle le lien des plus mortelles habitudes; t.int de conversations, dont la licence leui- avait fait p -rdre toute pudeur ; tant de libeitès, contre lesquelles sa conscience, par mille remords, mais tous inutiles, avait si souvent réclamé; tant de cajideriesdans les discours, tant d'i;miiodesties dans les actions; que dirais-je? tant d'autres choses qu'elle savait avoir été de sa part les dangereuses amorces des désordres d'autrui ; tout cela lui revint à l'esprit; et ce seul désir de plaire, dont elle n'avait jamais compris les [jernicieuses conséquences, ce désir de plaire, ([u'elle avait jus(iue-Ià compté pour rien, lui parut comme un abîme, mais un profond et alTreux abîme, (lui, selon l'expression (lu Saint-E.sprit, l'allirant dans d'autres abîmes, l'avait conduite aux dernières extrémités, ^'oilà ce (ji:c son amour, je dis un amour tout sacré, lui fil eonnaîlre; voilà sur quoi elle se conforulit mille fois elle-même. Ah! dit-elle à son Dieu, dans la ferveur de la plus sainte conlriliou, n'ai-je donc été, Seigneur, jusqu'à présent dans le monde, que pour vous y (aire la guerre, (|ue pour arrêter les conquêtes de votre grâce, que pour y être l'ennemie déclarée de voirc gloire? N'ai-je donc vécu que pour perdre ce que vous vouliez sauver, que pour détruire l'ouvrage de voire lélemplion, que pour f.iiie |iérir des âmes qu(! vous êtes venu chercher, et (|ui vous ont déjà roulé si cher? Mais que puis-je faire désormais autre chose, ô mon Dieu I que de vous aimer aulant que je me suis aimée moi-même ; (juc de m'étudier à vous plaire, autant que j'ai eu le malheur de plaire à d'autres qu'à vous? Par où puis-je mieux vous dédommager do tant d'injustices commises contre vous, et de tant de crimes, que par cet amour sim ère et pur dont j'ai commencé à connaître le prix inestimable?
Elle aima, Dilexit;ei toutes ces injustices furent expiées ; elle aima, et tous ces crimes lui furent pardonnes. Ne concluez pas delà, pécheurs ((ui m'éioutcz, que notre Dieu est (Jonc un Dieu bien facile et bien indulgent ; celle conclusion, dans le sens que vous l'cnlendez, serait une erreur ; et celte erreur VI1US pourrait élre |ilus funeste que voire li- Lertiuagc même. -Mais concluez de là ([uc
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I".iniour de Diou adonc une vertu siipérioure que votre providence rst aimnble, de iious h tout ce que nous on coi)ro\oiis. Concluez avoir ainsi facilité la phis aiislère de loiilis de là qui' l'amour de Dieu est donc aussi fort les vertus , qui est la i)éuilcnce! Qu'il y a de (jue la mort iiiciiie, je veux dire aussi incri- donceurdans votre sagesse, d'avoir tellement loire et aussi afriéil'lu à Dieu que le inar- disposé les choses, que, sans tliauger de nalyre. Concluez de ta que l'amour de Dieu est turel, et avec le mêiue eirur que vous nous (lune aussi sa nt it aussi sanctifiant que le avez donné en nous formant, de pécheurs baptême. Concluez delà, qu'en comparai- nous puissions de\enirjuslrs , et de charne's sou de l'aniiiui- de Dieu, loute satisfaction de des hommes parfails el spiriliuds ! Si , pour riioinrue péclieur est donc peu offieaee ; et nous convertir à vous , il fallait nous anéanque, sép.irée de raino'ir de Dieu , elle n'est tir et cesser d'cire ce que nous sommes, cet même de nulle valiur; c'est de quoi je con- anéanlissemeut de nous-mèiiies, quelque névii'udrai avec vous. Jîais aussi serez-vons cessaire qu'il fût d'ailleurs, nous effraierait ; nbligés de convenir avec moi que peu de pé- mais votre grâce loute puissante, s'accoincheurs aiment donc Dieu connue l'a aimé inodant à noire faiblesse, se sert, pour noire .Madel im; , jusqu'à la haine d'euK-mèmes , conversion , de noire propre fonds , et nous jusqu'au renoncement à eux-ii:cines ; et, fait trouver , jusque dans nos passions, le par conséquent , que peu de pécheurs , en reuiède à nos passions mêmes; puisqu'il n'y peusaiit méinc à se convertir à Dieu , aiment on a aucune qui, purifiée par voire amour, .■>iueèreiiient Dieu, puisque aimer Dieu sans ne puisse contribuer à notre sanclifiealion. se haïr soi-même, sans se renoncer soi- Allons encore jilus avant. L'amour de Dieu, même , c'est l'aimer et ne l'aimer pas. après avoir expié le péché de ]\Iadeleiuc, Nou-seulement l'auuvar de Dieu expia le après en avoir purifié la source, en cousapéché de Madeleine, niais il en purifia la cra la matière. J'appelle la matière de san source. Celle source était sou cœur, un cœur péché tout ce qui servait à ses plaisirs el à sensible el tendre. Or, pour le purifier , elle si>u luxe. C'était une femme voluptueuse; aima, />(/ea-/;; mais elle aima , dit saint Au- elle avait aimé les parfums et loui ce <iui gustin , celui «jui ne peul élre trop sensible- flatte les sens ; les aima-l-elle toujours après ment ni trop tendrement aimé ; et parla, elle sa conversion? Vous le savez , puisque, par se fit de sa sensiliiliié même et de sa tendresse un effet visible delà préilieliou du Sauveur un meriie et une vertu, iîlli; comprit (lue ce du monde, ce qu'elle fil chez le pharisien , el n'était pas en vain que Dieu lui avait doiiné ce qui sembla n'être qu'un mouvement pasun cœur ti'udrc; que ce cipur élait fait pour sager de sa piété, se publie encore aujourlui ; el quusi jusqualurs il avait été dans le d'hui à sa gloire, partout oiî l'Evangile de trouble, ce n'éiait point parce qu'il était ten- Jésus-Christ est annoncé. Non, non, dit-elle, dre , mais parce qu'il était Icudre pi)ur (jui dans l'heureux moment qu'elle sentit l'imil ne devait pas l'être. Elle ne crut pas qu'un pression de la grâce et de l'amour de son cœur converti dût élre un cœur sec , un cœur Dieu, il ne m'appartient plus de chercher les ilur, un cœur froid cl iiidilTérent. Hieu Ic.in de délices de la vie. Cela convient mal à une pèle croire, elle supposa, cl a\cc raison, que , chi'resse , et encore plus mal à une [léclicpour élre un cœur converti, il fallait que ce ressc péuilente. Faut-il donc des délices pour fût un cœur ardent , un cœur zélé, un cœur un corps qui n'a mérité que des feux éleraffeclueux, un cœur capable d'être ému et nels? Faut-il des parfums pour une chair touché ; et , trouvant dam son prtqire cœur qui, jusiiu'à présent, n'a été qu'une chair de toutes ces (lualilés, elle jugea (]u'elle ne de- i)éché, et qui, dans le tombeau, sera bientôt vait plus les faire servir (ju'à aimer avec plus un sujet de pourriture'? N'esl-il pas plus juste, de tendresse le Dieu même de (jui elle les Seigneur, que ce corps que cette chair, que avait reçues, el pour (jui elic n'avait eu jus- luit ce (|ui les a révoltés contre votre loi, que i.i (|ue trop d'insensibilité. Comme cette vous soit consacré, et que j'emploie mainteteiuliesse, ainsi rectifiée, lui [loiivail être n ml pour vous ce <iue tant de fois j'ai prod'uu excelli ni usige pour sa fiénitence , au digue pour moi- même? En effet, touchée de lieu de la combatire , elle s'clTorç;i de l'aug- ce sentiuieul, elle apporte avec elle un parnieuter , et. lie même que dans les premiers fiiiii précieux et exquis ; elle le répand sur siècles de l'Eglise, à mesure que la foi s'éla- les pieds adorables de Jésus-Ciirist, elle les blissait sur les ruines du p.Tganisme , (ui ne essuie avec ses cheveux, elle les arrose de (Jélruisail pas les temples dédiés aux iiiol s , s s larmes. Ainsi, reprend saint Grégoire, mais on les purifiait eu les employant au pape, elle trouva <ians son luxe même de culte du vrai Dieu; ainsi l'amour de Dieu, quoi honorer le Fils de Dieu, et dans sa vaprenant possession du cœur de celte pèche- nilé do quoi lui faire uu agréable sacrifice : i( sse , n'en détruisit pas le lempèrameiit , El quoi in se iiivcnit oOlcctanicntn, tôt de se ni lis le corrigea; ne lui ôla pas le penchant oblulil holocausta (Greg.). Voilà, femmes <hi qu'elle avait à aimer, mais la mit en état (l'ai- monde, une pénitence solide : sacrifier à mer sûrement , eu la fiisant aimer sainte- Dieu ce qui a été la matière du péché. Car, nu'nl. Ce cœur de Maileleine avait été, selon être converlie, el cependant être aussi nionla figure de l'Apôtre, l'olivier sauvage qui daine et aussi vaine (jne jamais ; être dans n'avait produit que des fruits de nialédicti(ui; la voie de la pénitence, el cependant être mais, par la divine charité qui y fut enlée, il aussi esclave de son corps . aussi adonnée à devinl l'olivier franc, qui ne porta pins (pio ses aises, aussi soigneuse de se procurer les des fruits de grâce cl de salut. Ah 1 mon Diou, coiniuodilés de la vie ; réduire tout à des pa-
8-13 CAREME. SERMON XXIX. SL'H LA CONVERSION DE MADELEINE SHi
r.ili's, ft (les niaximos , à de prélendues réso- je vous parlerais. Mais j'ai quelque chose lutions, c.'esl une ciiiiiière ; t'I compter alors de plus Corl encore et de plus toucliaiil à sur sa pénitence , c'est s'aveugler soi-même vous dire : cl. quoi ? aimez comme a aime et se tromper. Madeleine, et tous ces sacrifices de votre A Dieu ne plaise, mesdames, que je veuille amour-j)ropre,i]ui vousiiaraisseut.sidilficiies, examiner i(i et vous marquer tout ce que la ne vous coûteront iilns rien. On vous en ;i péiiilencc doit réformer dans vos personnes; parlé cent fois ; mais c'a été iriuUlemeiit et ouire (jne ce détail irait trop loin, peut-être sans fruit , si l'on n'a pas été jnsqn a la en ferez vous encore le sujet de votre cen- source. On vous a apporté des raisons cousure. Toutefois c'est dans ce détail que sont vaincanles et sans réplique pour vous ol;lientrés les l'êtes de l'Eglise, et même les apô- ger à (luilter ce luxe profane ; mais en vain, 1res, quand ils se sont ajipliqués à réiiU'r les parce que l'espiil corrompu du momie, niuMirs. Comme ils travaillaient à former par d'antres raisons apparcules, vous ohstiune religion pure, sainte, exemple de tache, nait à le défendre. On n'a pas heaueoupgagné ils n'ont point estimé que celte morale riuand on a été à une inné nuiiulaine, ou, fût au - dessous de la dignité (le leur minis- pour mieux dire, quand on lui a arraché 1ère. Car c'est pour cela que saint Paul, certainsdehors de vaniléà i|uoi elleélait allacet homme ravi jusqu'au troisième ciel, et chée : car, si ce sacrilire n'est auinié par 1
le
qui avait a|>pris de .lésus-Clirist même ce principe de l'amour de Dieu, elle reprendra
qu'il enseignait aux liilèles, faisait aux fem- bienlôt tous cesileliors de la vanité humaine,
mes chrélienues des le(;ons touchant la mo- et rctombi-ra d,;ns son premier dégoût de la
deslie et la sinniirilé des habits ; les obli- piété. .Mais allumez , disait saint IMiilippc de
géant sur ce point à une régularité contre fJêri, allumez dans le cœur d'une péclie-
laquelie l'esprit du monde ne prescrira ni resse ce leu divin que Jésus-C.hrisl est venu
ne prévaudra jamais; leur spc(iliaiit les répandre sur l.i terre, et ce feu , ou même
choses en particulier à quoi il voulait qu'el- une étincelle de ce feu , aura dans peu tout
les renonçassent, et ne croyant pas cédé- consumé. Toute pécheresse ([u'est cette mou-
iiombreiTieiit indigne de ses soins a|)ovloli- daine, faites-lui l)i<M> connaître Dieu, ilonnez-
ques. Mais je ne veux pas aujourd'hui des- lui du zèle pour Dieu, apprc-nez-lui à aiuu-r
cendre jusque là. Je veux(jue vous en sojez Dieu, cl elle ne tiendra plus àriru : bien loin
vous-mêmes les juges. Je veux (jue , vous de refuser tout ce que vous exigerez d'elle
considérant vous-mêmes, vous reconnaissiez pour une parfaitceonversion, elle s'y portera
sincèrement et de bonne foi ce (ju'il y a dans d'elle-même , elle vous préviendra , elle eu
l'exlérii'ur de vos pi'rsonnes à corriger et à fera plus quevous ne voudrez, elle ira au-delà
retrancher. Je veux que, devant Dieu, vous des bornes, et souvent il faudra de la pru-
vous demandiez à vous-mêmes , si ce luxe dence pourla modérer. .\giss,inl parce grand
(|oi croit tins les jours, si celle superlluilé motif de l'amour de Dieu , elle ne com|ilera
d'ajustiiuenls et de parures toujours nouvel- pas u;ême pour (|uel(iue chose tout ce <\m
les, s'a( corde biena\ec riiumililé de lapéni- souea'iirlui iiisi>iiera; elle ne s'en applamlira
tencc. I''t si vous me répondiez (inece ne sont point eoiiinu' d'un lrioin|ihe ; et pour (iiiel-
point là des crime'* , et (lu'à la rigueur il n'y qucs [)as qu'elle aura fails dans les voies d(!
a rienen toutcela(]u'on puisse trailerilepéelié; la perfection ihrélienne, elle ne se croira
n[irès vous avoir conjurées de vous défaire pas déjà parfaite. Au contraire , elle se re-
de cet esprit inicressé (jui réduit tout à la prochera sans cesse de donner si peu à Dieu,
rigueur du précepte , et ((ui s'en lient piéci- elle se confondra d'avoir eu tant de peine à
sém "ni à l'obligation de la loi , esprit peu s'y ré^oudre. elle s'élonuera qu'il veuille
chrélieii, esprit même ilangereux pour le sa- bien s'en conlenter. Ainsi, par son au oiir,
lui : Oui <ioute, vous dirais-je , sans hésiter, elle e\[)iera comme Madeleine son pèche,
(|ue Dieu ne condamne ce qui, constamment elle purifiera la source de sou pé<lié , e!!(!
et de voire aveu , sert au moins daltrait au consacrera la matière de son péché, enfin
péché, ce qui excite les [jassions impuies, ce cile réparera h^ scandale de son pèche,
qui entretient la mollesse, ce qui insiiirc l'or- Le scandale du péché, ce sont les iierui-
gueil? !)c si pernicieux elTets peuvent-ils cieux exemples (pie donne le pécheur, et
partir d'une cause innocente et indilTérenle ? c'est ce (jne Madeleine eut à reparer. Celait
Oui doute , par celle raison, et même indé- une pécheresse connue dans toute la ville
|iendanuiient de (CUe raison, que tout cela par sa vie mondaine et déréglée ; ntais elle
ne doi\eêlrela matière du sacrifice que vous aima, llHexit; et dé^ornMis, autant ([u'elle
devez à Dieu comme iiecheresses'.'Car détrom- s'élait déclarée pour le momie, autant muiIuI-
pez-vous aujourd'hui, ajoulerais-je, de \\v- elle ^c déclarer pour Jésus-Christ, lille ne
rcur où vous pourriez êire (iiu- la pénitence chercha point à lui parler en secret, elle
ne doi\c sacrifirr à Dieu que ce qu'il y a voulut que ce fût au milieu d'une nom-
d'esseiitiellement criminel. Non, il n'en est breuse assemblée ; elle ne craignit point co
pas ainsi. C'est par le retranchement des (ju'on eu dirait ; au contraire, elle voulut i|ue
choses permises qu'on répare les péchés le bruit s'en rép.inilît de toutes paris : ello
Commis dans les choses déf<'ndues. C'est par prévit tous les raisonnements qu'on ferail,
le renoneeiuenl à la vanité qu'on expie l'ini- toutes les railleries qu'elle s'attirerait, et
«jnic. Sans cela, quelques mesures (]ue vous c'est justement ce qui l'engagea à renilri»
preniez en vous convertissant à Dieu, Dieu son changement public: pourquoi ? aliu tV.i
n'i&tpoiut satisfait de vous. Voilà comuicnl glorificrDieii par sa iiènileuie, autant ([u'elle
rav.iit d^'.honoré par son désordre ; afin de gagner à Dieu autant d'âmes par sa comersion, qu'elle en avait perdues parson libertinage ; afin de se mieux confondre et de se mieux punir elle-même par eelle ronfusion, de tous les faux élojes et de tous les hommages qu'elle avait reçus et goûtés avec tant de complaisance. C'est pour cela qu'elle entre dans la maison de Simon le pharisien, remplie dune sainte auilace : elle n'avait rougi de rien, lorsqu'il s'agissait de satisfaire sa passio-i, et maintenant elle ne rou>;it d.' rien , lorsqu'il s'agit de f.iiie au Uicu qn'i lie aime une solennelle réparation ; on l'avait vue dominer dans les compagnies, et niainlcnaiit elle veut qu'on la voie pioslernée en po-lure di" suppliante; on avait été témoin du Soin qui l'iivait si longtemps occupée, de se parer et de s'ajuster, (le se confornier aux modes et d'en imng'ner dt iionvilles, et maintenant elle veut qu'on soit leiiioin du mép) is qu'elle en fait ; elle le veut, et ne le vouloir pas c)mme elle, c'est n'élrc p:is pénitent romme elle, el ne l'être pas romme elle, c'est ne le point être du tout, tiar je ne me persuaderai jamais qu'une âme vraiment pénitente, c'esl-à-dire. une âme vraiment touchée d'à V(ir quitté Dieu, ait honte du service de Dieu, cl qu'elle ne cherche pas au foniraire.àlui rendre, dans son retour toute la gloire qu'elle lui a fail penlre dans son égarement; je ne me persuaderai jamais qu'une âme vraimenl pénitente, c'est-à-dire, »raiment sensihle à 1 i ruine spirituelle de tant de pécheurs (ju'elle a précipilés dms le crime, n;anque de zèle pour les en retirer, après qu'elle n'a pas manqué d'adresse pour les ) engager; quelle ne tache pas à les ramener dau'i les voies du salut, après qu'elle les a conduits dans les voies de l'iiuquile: Docebo iniqnos vins tuns [Ps. L1. Ah ! Seigneur, s'écriait David, j'ai scandalisé voire peuple; mais maeonsoialionest que ce sraiHiaie n'est pas sans remède : mon exemple le détruira ; et. en reprenant vos voies, je les enseignerai à ceux que j'en ai éloignés ; ma pénitence 8era une leçon pour eux , et quand ils u.e \erroiit retourner à vous, ils apprendront eux-mêmes à y revenir : Doceho inii/uos vins tuns et impii ad te convcrteulur. Enfin, je ne me persuaderai jamais qu'une âme vraiment pénitente, c'est-à-dire, une âme bien déliompéc des bagatelles du monde, craigne encore les discours du monde, et qu'elle ne se lasse pas plutôt un devoir de venger Dieu de la vaine estime qu'elle a tant recherchée dans le monde, par les reproches qu'elle peut avilir à soutenir de la pari du monde même. Non pas que j'ignore (lu'il faut de la fermelé pour s'élever de la sorte au-ilessus du monde et pour s'exposer à toute la malignilé d<' ses jugements ; mais voilà le mérite d'une parfaite pénitence, et c'est en quoi je lai fait consister, .\insi, beaucoup de péchés furent remis à iMadeleine, parce qu'elle aima beaucoup d'un amour pénitent ; et elle aima beaucoup d'un amour reconnaissant, parce que lie;iucoup de péchés lui a\ aient clé remis : c'est la seconde partie.
ORATEURS SAtMîES. liOUIîDALOL'E
(sii
SEC!)?;i)E PAKTIE.
De tous les sentiments dont le cœur de l'homme esl capable, j| n'y a, selon lingénieuse et solide réflexion de saint Bernard, que l'amour de Dieu par où l'homme puisse rendre en quelque manière, si l'on ose ainsi parler, la pareille à Dieu ; cl c'est le seul acte de religion en vertu duquel, toutfaihie-i que nous sommes, nous puissions , sans présomption, prétendre quelque sorte d'égalité dans le commerce que nous entretenons avec Die u. En tout autre sujet, ce réciproque de Il cré.ituie à l'égard de son Créateur ne nous peut convenir: par exemple, quand Dieu me juge, je ne puis entreprendre pour cela de le juger ; quand il me commande, y. n'ai pas droit de lui commander; mais quand il m'aime, non-seulement je puis, mais je dois l'aimer. A tous les autres attributs qui sont en Dieu el qui onl du rapport à moi. je reponds par quelque chose (!c différent, ou, pour mieux dire, par quelque chose d'opposé à ses attributs mêmes ; car j'honore la souveraineté de Dieu par ma dépendance, sa grandeur par l'aveu de mon néant, sa puissance par le sentiment de ma faiblesse, SI justice par ma crainte et par mon respect, et si là-dessus j'avais la moindre pensée de m'égalcr à lui, ce serait l'outrager, et me rendre digne de ses plus liiioureuses vengeances ; mais quand j'aime Dieu parce qu'il m'aime, el que ie \eux lui rendre amour pour amour, bien loin qu'il s'en offense, il s'en fait honneur, et il trouve bon que je m'en fasse un mérite. Je puis donc en cela seul, sans témérité, me mesurer, pour ainsi dire, avec Dieu; et, quelque disproportion qu'il y ail entre Dieu et moi. j'ai, [iir cet amour, non pas de quoi ne devoir rien à Dieu, mais de (juoi lui payer exaclenii-nt ce que je lui dois : ca[' je ne puis rien lui devoir au d( là de cet amour ; et , en lui payant ce tribut, j'accomplis envers lui toute justice ; c'est-à-dire que, comme tout Dieu qu'il esl ii ne peut rien f.iire de plus avantageux pour moi (|u.' de m'aimer, aussi, de ma part, ne piul-il rien exigv'r de plus parfait, ni de plus digne de lui que mon amour.
Ainsi raisonnait saint Bernard , cl voilà, chrétiens, par où Madeleine trouva le secret de témoigner à Jésus-Christ sarec;innaissance,a|nès eu avoir oliteiiu la rémission de tous ses crimes; elle aima, el elle aima beaucoup. U'dexil multum. Dans les âmes lâches, remarquez ceci s'il vous plaît, c'est une vérité qui ne vous est peut-être que trop connue, par la malheureuse expérienee que vous en avez faite, el que vous en faites tous les jours : dans lésâmes lâches, celte vue des péchés remis ne produit, ou (lu'une fausse sécurité, ou qu'une oisive tranquillité. Je m'explique : on s'applaudit inlérieurcmenl, et Dieu veuille qu'on ne s'y trompe pas, on se félicite d'être dérhaigé, par le sacrement de pénitence, d'un fardeau dont la conscience sentait tout le poids, et sous lequel elle gémissait. Parce qu'on a entendu de ia boucha du ministre ces |)art)les consolantes : Itemittunl,tu libi j'cccala : Vos [léclics vous seul
carf.m;:. sermon xxix. sur la conversion de madeleine.
panlonné^, on s'en croit iibsohimoul quitte ; an lieu de suivre la règle du Sainl-Kspril, et de craiiulre pour les pécliés même pardonnes, parce qu'en effet, dans celte \ le, on ne peut jamais s'assurer qu'ils le soient, on est en pais sur celui qui peut être ne l'est pas ; et, supposé qu'il le fût, au lieu de faire les derniers efforts pour reconnaître la grâce int'sliniabte de ce pardon : au lii'u de dire comme David : Quid retribuam Domino [l's. C\V) : Que rendrai -je au Seigneur; au lieu d'imiler ce roi pénitent et de clierclier comme lui , avec un saint empressement et un saint zèle, à s'acquitter auprès de Dieu d'une obligation aussi essentielle que celle-là , on vit dans un repos souvent heani'oup plus dangereux que tous les troubles dont peut être suivie la péniteme d une cime scrupuleuse et timorée : il semble que celte grâce de l'absolution dont on se llatte, n'ait point d'autre effet que de mettre le pcclieur en étal de vivre avec plus de liberté; et, par une ingratitude qui n'a point d'exemple, parce qu'on ose compter sur la miséricorde de Dieu, et qu'on pense l'avoir éprouvée, on se croit en droit d'être moins ociupédu soin de lui plaire, et du regret de lui avoir déplu. Ainsi l'on regarde la rémission de ses péibés fournir un soulagement et nonconunc u n engagement,-on la considère par rajiport à soi et non par rapport à Dieu ; on veut jouir des fruits qu'elle produit, sads accomplir les devoirs qu'elle impose et en goûter la douceur intérieure, sans se mettre en peinedes ceuvres de l)énitence qui en sont les charges ; consultezvous vous-mêmes, et ^ons conviendrez que r'esllà peut-être l'ahusle plus commun, etun des lelàehemenls les plus ordinaires qui se glissent dans la pénitence.
JLiis apprenez aujourd'hui , chrétiens, ù vous détromper de ces erreurs ; apprenez ce que doit à Diiu un péehcnr conierli , et ce que Dieu en attend. .NLuleleine vous l'en- Si ignera, et, par les progrès qu'elle fit dans l'amour de son Dieu, el'e sera pour vous le plus parfait modèle, non plus d'un amour pénitent, mais d'un amour reeoiin.iiss,inl : Dilexit vntllum. Il est vrai , chrétiens , le Sauveur du monde, dans la maison du pharisien , avait dit à i\Lideleine : Votre foi nous a sau>ée , vos péchés vous sont remis ; allez en paix. i^Liis c'est pour cela méîiie que son ninour pour Jésus-Christ n'eut plus de paix, et (ju'il lui causa ces ardents et saints transports de rceonnaissance dont elle fut si souvent et si vivement agitée ; parce que ses péchés lui avaient été pardonnes , elle se dévoua par un attachement inviolable à (et Homme-Dieu , pendant qu'il vécut sur la terre; parce que ses péchés lui avaient été pardonnes, elle lui marqua une fidélité liérc'ique dans le temps de sa passion et de sa BRoit ; parce que ses péchés lui avaient été pardonnes, elle demeura, avec une invinciLde persévérance, auprès de son tombeau ; parce que ses péchés lui avaient été pardonnés, elle le cherc ha avec toute la ferveur d'une épouse , et d'une épouse saintement passionnée, quand elle le crut ressuscité-
quatre effets merveilleux de la reconnaissance de Madeleine, mais auxquels je ne m'arrête qu'autant qu' ils peuvent se rajiporter à votre instruction , et (lu'ils doivent vous servir d'exein]dc. Kcoulez-moi, pécheurs réconciliés et sanctifiés par la grâet de votre Dieu ; écoutez-moi , pécheresses converties et revenues de vos égarements : vous allez connaître en quoi consiste la perfection de voire ét.it.
.Madeleine convertie n'eut plus désormais d'attachement que pour Jésus-Christ. \'ous 1(^ savez, tant (|ue cet IIomme-Dieu demeura sur la terre , elle lui parut tellement dévouée qu'elle sembla ne plus vivre que pour lui. Quelle fut son occupation ? elle le suivait , dit saint Luc , dans la Judée et dans la (îalilée, com|iagiie inséparable de ses voyages , lorsiiu'il parcourait les bourgades, prêchant le rovaume de Dieu. Que fit-elle de s(\s biens? elle les em()l()3ait pour ce Dieu S.iueur: Et iniiiiftnilidt ci île fucultatihus suis {Lkc, \'III ; trop heureuse, dit saint Clirj sostomc, de contribuer à l'entretien d'une vie si importante et si nccessaire; trop heureuse de nourrir celui même à qui elle était redevable de son salut ; trop heureuse de le recevoir dans sa maison , et de lui rendre tous les ol'fices de la plus libérale et de la plus affectueuse hospitalité. Où la Irouva-t-ou plus ordinairement ? aux pieds de cet adorable .M.iître , écoulant sa parole, la méditant, la gmilanl : Scdins .«pcks prdrs Domiiii, audicbut rcibum illius {fjtr.,\\\]. Lu vain lui en fait-on des reproches ; elle s'en ferait elle-même de liien plus forts . si jamais elle pensait à rien autre chose qu'à renouveliT sans cesse son amour pour ce Dieu de patience et de miséricorde, lui vain M.irthe se plaint qu'elli' la laisse chargée de tous les soins domeslifiues, pour vaquer uniquement à lui ; tout le reste hors de lui n'e-'t plus rien pour elle , et tout le reste ne lui paraît çraud qu'autant qu'elle peut rabandonner pour lui. En vain IMarthe l'accuse de négliger le service de Jésus - Christ , sous prelexte de s"appli<iuer à Jésus Christ même , elle sait de quelle ni.inièie Jésus- Christ veut être servi; et , mieux instruite que personne de ses inclinations, au lieu de s'empresser, comme Marthe, à lui préparer des viandes matérielles, elle lui en présente une autre mille fois plus délicieuse , mais que Marthe ne connaît pas , je veux dire une protestation toujours nouvelle de sa reconnai>saiice et de son amour. Or, c'est ainsi, C'imme nous l'apprend saint CJirysoslome , (lu'en use une àme chrétienne (jue Dieu a tirée de l'abîme du pèche, quand elle est fidèle à la grâce de sa conversion. Son [iremicr soin est de se défaire de mille autres soins superllus dont le monde l'embarrasse, et qui seraient aulant d'obstacles à celle sainte liberté où elle doit êlre , pour pouvoir dire à Dieu : Dinipisli vincula mea; tibi sacrificabo hostiam Imulis (Psal. CXV). Vous avez rompu mes liens, Seigneur, je ne penserai plus qu'à vous offrir tous les jouis do ma vie un sacrifice de louang<^s. <2ar si j'en-
f.Tji ()n\Tr:riîs saciîi.s. uolkdalole. g-^
trrprcn;ns cnrorc tic salisf^iiro à loiitps les ccm Jcsn muter ejus, el Maria ManilaUiie
vaine-: cl prclctulucs tiicii'ié.incos (!ii rnoiidc; ( Juan., XIX ). Madeleine, avec la mère do
si je m'eii<ïns;cais à remplir cent <l(>vi)irs iiiia- Jésus ! Madeleine auparavant péclieresse,
pinaires (pii passent pour devoirs dans le avec Marie, mère de Jésus, louinurs siintc I
monde, mais d(uil le monde même est le comme si la pénilcnce avait alors eu (luelnuo
premier 1 (léplorrr et à condamner l'excès ; sorte éi;alé l'innocence el particijjc à ses
si je ^oulais me li\rer à (an! de disiraclions droils;'(omm(' s'il yavaiteu enirela pénitence
<]u'allire le commeice du monde, que me et l'innicence nue espèce d'éniiilalion •
resicrail-il |)Oiir mon devoir essentiel et ca- comme si le Fils de Dieu, après Marie pure
pilai, qui est (le réijier ma vie, eu sorte que et exempte de lout péché, n'avait point
loule ma vie soit un léniidi,'nai;e perpétuel trouvé d'àuie |)!us inéliianlalde ni plus cons-
i\\\ souvenir (jue je conser\e des miséricordes tante dans ses inléréts, que Marie délivrée
infinies de m(ui Dieu, et des péchés sans fif 1^ conuplion et de la servitude du péché,
nombre (ju'il m'a pardonnes? Si les conversa- Mais ne vous étonnez pas, poursuit saint
lions, si les visites, si les plaisirs, même Chryso^tome, d'une telle constance. .Made-
honnètes , si le jeu, si les promenades par- kine savait trop ce qu'elle devait à ce Dieu
lageaient encore mon temps, el (|ue , par crucifié pour s'éloigner de lui lorsqu'il ac-
complaisaiîce. par faililcsse. peut-être i)ar une complissait sur la crois l'ouvrage de sou
oisivelé iialiilnelle , je voulusse remplir mes salut. Klle savait trop ce qu'elle devait à
jours de ces amusemenls mondains sans eu lii croix de ce Dieu mourant ; que cette croix
rien retraKcIiei;conunentina vieserail-idie un avait été, par avance, la source de son bon-
sacrificede lou.inges et d'actions de grâces Ici lieur ; qu'eu verlu des mérites aniicipés de
que Diiu l'allend de moi. et tel que je le cette croix , Jésus - (;hrisl lui avait dit :
lui promis si soleunellcmenl en me couver- Femme, vos péchés vous sont remis ; et que
lissant à lui ? Non, non, conclut celle âme , c'était enfin sur celle croix (jue celte parole
dans le sentiment d'une vive reconnaissance, si salutaire allait être aulheuliquemeul con-
ce n'est plus là ce qui me convient ; mais me (iruiée. De là, bien loin de se scandaliser
lenir en la présence de Jésus-Christ comme comme les disciples, ni d'avoir comme eux
I^ladelcinc , mais écouler comme elle la pa- horreur delà crois, elle la révère, elle l'a-
role de Jésus-tlhrisl qui m'est annoncée, dore, elle s'en approche, elle l'embrassi',
mais nouriir comme elle Jésus-Christ el le elle la serre élroilemenl. On dirait ([u'eUo
soiilagcr dans la personn(> de ses pauvres ; y est atlarhée par les liens invisibles de sou
mais travailler comme elle à lui préparer amour, et qu'elle ail droit de dire aussi bien
une demeuie d.ins mon cœur, el le recevoir (]ue saint Paul : Christo confixn sum criici :
souvent chez moi cl dans moi , voilà à (luoi Mon partage el ma gloire est d être crucifiée
e dois me borner. Kl pourquoi ce Dieu de avec Jésus-Christ. Ainsi ce fut sur la croix
ionié, malgré tant de maux que j'ai commis, que Madeleine reconnut plus que jamais
m'a-l-il encore laissé des biens, si(C n'est Jésus-Clirist pour son Sauveur; et ce fut
afin que j'aie en main de quoi raclieler mes pareillement sur la croix (juc J es •as-'", h ri s t
pé( liés, el que je coulribue par mes aumônes i econnut Madeleine, si j'ose user de ce terme,
à le f.iirc subsister lui-uiême dans ses mein- pour son amante l.i plus zélée et la plus
lires vivants? Pourquoi ce Dieu-Homme ré- iidèle.
side-t-il personnellement dans nos temples Ku elTet, chréliens, être fidèle à Dieu dans et sur nos aulels, si ce n'est afin qm- chaiino l'arnicliou cl dans la souffrance ; être conjour, dégagée des pensées du siècle , je me staiil dans son amour, tandis qu'il nous fasse, aussi liien que Madeleine, un exercice éprouve par la croix ; lui demeurer toujours de me lenir à ses pieds, de converser avec uni lorsqu'il semble nous délaisser; persélui, de lui ouvrir mon coeur , et de lui dire verer dans ses voies, lorsque nous n'y Irousans cesse comme le proplièle : Ohliiioni vous que des épines cl des difficiiliés, c'est delur dcarlern mm ; adlucrrat lingua men à quoi nous oblige le souvenir d'iuie grâce fnucibus mcis , sinon mniiiiicro lui { Ps. aussi précieuse que celle do notre conver- CXXXVI) : Que ma main droite, Seigneur, sion. Mais n'avoir pour Dieu de conslance cl s'oublie elle-même , et que ma rangue de- de fidélité , qu'autant qu'il nous fait trouver meure allachée à mon palai«, si j'oublie les de goût dans son service; n'être à Jésusgrâces dont vous m'ave'zcomldé,et iesiénédic- Christ et ne se déclarer pour lui que lorsqu'il lions de douceur dont vous m'avez prévenu. n'en coule rien; ne le suivre, comme dit Madeleine convertie fil plus encore : el!e saint Chrysostome , (]ue jusqu'à la Cène, et marqua au S.iuviur du monde luie fidélité l'aliandoniu'r lâeliemenl au Calvaire, c'est liéruï(]ue dans le lenqis même de sa passion oublier (ju'ou a été pécheur, c'est démentir et de sa morl. Ah 1 mes frères, s'écrie saint les engagemenis où l'on est entré par la Chrysoslome, le grand exemple, si nous eu pénitence, c'est ne payer le plus grand de. savons profiler el si nous y f.iisons toute tous les bienfaits (]ue d'une reconnaissance l'atlenliou qu'il mérite! I.etroupeaude Jésus- apparente et superficielle. Ah 1 Seigneur, Christ s'était dispersé, les aiiôtres avaient votre croix, voilà mon héritage, depuis qno pris la fuile, saint Pierre, ajirès sa chute, vous m'avez appelé à vous et réconcilié avec n'osait plus paraître, les colonnes de l'Kglise vous : Chrislo conp.rus sum cruci [Gidal., lll; élaicut ébranlées, el Madeleine, avec la mère nonpasccttecroisexlérieurcsurbuiuellcvoes de Jésus, demeurait ferme cl inirépido au- expirâtes, el donl j'honore l'image sur vo« près de la croix ; Sluùanl aulcm juj:l'i cra~ autels; mais la croix intérieure cl person-
S33 CAREME. SEUMON XXIX. SUU LA C.O.NN EUSION DE MAnKI.l.INE. SV»
nelle que j'ai à porter, ciMlc liuiiiiliation que horreurs île colle mort spirituelle à quoi clli»
vous m'cuvoyez , celte disgrâce que je n"al- s'était conilaiiinee, et dont elle avait un iiio-
Icivlais pis , celte perle de bieus qui nie dèlc sensible dans le tombeau, cl d ins ce
désole, celte maladie qui m'arili;:e, cette per- corps sans seiiti'oeul et sans aclum <jui y
sécution que l'on me suscite : c est en acccp- était eiilermé. Affreuse mort pour tant do
tant tout cela de voire main, (jue je dois vous femmes nu)ndaincs i|ui voudraient vi\reà
répondre de moi-méiiie, et vous monlrcr <|ue Dieu, mais sans mourir au momie et à t lles-
je ,-uis lldèle. Toutes les autres preu» es de ma mêmes! Avoir un cœur, miis pour le lenir
fidelilé sont équivoques, suspectes, doutcu- dans un dég.igemenl parlail du monde; avoir
ses; il n'y a que la cioix qui vous .issure de des yeux, mais pour les fernu'r à toules les
inoi.el qnele bon usagede la cioi\ (pli |)uisse iiompes du monde: avoir des sens, mais
vous faire connaître que mon péciié m'est pour se rendre iiiseiislbii! à tout ce ([ue le
toujours présent: Ll peccatiim iiiritin t'outra monde n de plus ll.ilteiir et de plus doux;
me est scmper { Ps. L). Oui, il m'est toujours être d.ins le monde el au milieu du monde ,
présent pour me retracer toujours, el mou m.is pour n'avoir plus de pari à ses assem-
indignite, et votre bonté: mon indignité après blées, à ses enlieliens,à ses dMertissemenls;
l'aMiir commis, el votre bunle qui me la re- mais pour y mener une vie retirée, une vie
mis: lit }ieccalum meiim conlraïue est scmper. austère et moitiliée , voilà ce qui arri te tant
Il m'est toujours présent, pour m"ins|iirer de conversions ; ou, après de prelendues
toujours un zèle et un courage nou\eau, soit conver>ions, voilà ce (jui fait r( culer tant de
ians les adversités de la vie, soil dans les faux pénilents, el ce qui les repb'iige d.ins
oialiques de la iieniteiue. Quoi qui! m'arrivc leurs iirennères liabiludcs, maigre iCs pius
oar votre ordre, ou quoi que je m'impose à belles es|ieraiices qu'ils avaieuT données et
inoi-mème, n.oii jiécbé ou li- pardon de mon (lu'on en avait conçues. Il n'a|)parlient i|u'à
péché sera toujours un motif pressant qui l'amour de Dieu, à un amour reconnaissant,
me réveillera, (|ui m'excilera, (|oi meiicou- d'alTermir une àiiie contre ces retours si or-
ragera <i tout cnlreprendre pour vous, à tout dinaircs cl si funestes. .Mille rellexions la
endurer pour vous , à me sacrilier, s'il le soutieunenl el lui font prendre le senlimenl
l.iut, et à m'immoler pour vous : i'^/jccca/um de l'Aiiôlre : Mi/ii vhere C/inslits est, el
meum contra me est semper. mori hicrum (/■'/i/7//). Ij. I! est vrai, je serai
Cependant, Jésus-t^lirist mort sur la croix, dans le monde cotume n'y étant plus, j'y vi-
où se relira Madeleine? autre clïet de sa rc- vrai comme n'y vivant plus ; m.iis pour qui
c.innaissance et de son amour. Elle demeura dois-je vivre (jue pour Jésiis-Chi isl , mon
a>ec une iin incible persévérance auprès du Sauveur? N'est-ce [las un gain pour moi que
tombeau de son aimable .Mailre. Là, quelles de mourir à tout pour lui, et en me rendant
penséi s l'occupèrent? quels senliinenls lou- la \'\q de la grâce, u'a-l-il pas bien mérilé
chèrcnl son cœur ? Quelles résolutions l'or- «lue j.- lui lisse un sacrifice des vaines dou-
ma-l-clle de mourir en esprit comme il était ceurs de la vie du monde? Mihi vivere Cliri-
morl en effi l ; de s'ensevelir elle-iiièiiie dans stiis est, et mori lucrum. Il est vrai, je ne se-
une vie pénilenle et obscure, comme il était r.ii plus comptée pour rien dans le monde,
ceseveli dans les léiièbres et l'obscurité du parce (]ue je ne serai plus de ses sociétés,
sépulcre? Combien de fois se fU-clle, pour de ses conversations, de ses jeux; mais ce
sa propre inslruclion, ces divines leçons ijuc que je dois compler par-dessus tout , et qui
l'Apiilie ilans la suile dfvail faire aux pre- me d ut tenir lieu de tout, c'est que, dé"a-
miers fidèles pour la sanclili.atioii de toute gée des liens du mon le, j'en serai plus éiroi-
lEglise : Murtui estis, et vita vestra abscoii- leiuent unie à mon Dieu, à ce Dieu qui m'a
(Util est cum Chrislo in Deo {Coloss. Illj: aimée, lors même (]ue jetais sou ennemie, à
Vous êtes morts, et votre vie est cachée ce Dieu qui m'a reclirrciiee, lors même (]ue
.■•vie Jésus-Christ en Dieu : Consepulli eslis je le fuyais ; à ce Dieu iju', par choix et par
ciiHi Clirislo {Rum. VI) : Vous êtes ensevelis préférence, m'a tirée de'cette \oie de pcrdi-
avec Jésus-Clirist, et en Jésus-Christ. Con- lion où le torrent du monde m'entraînait. Si
teille de passer ses jours auprès de cet ado- je l'aime, ce Dieu de paix, il me iulfira : et
rable Sauveur, elle y fût resiée des siècles non-seulemeiit 11 mesuffira, mais tout, liois
entiers sans ennui; ou, si (luelquefois elle de lui, me dc\ieiiilra insipiile, et miui plus
eût, malgré elle, resser.ll les alteinlcs d'un grand plaisir sera de me priver peur lui de
ennui secret , elle eût bien su le soutenir et tous les plaisirs. Or, après l'insigne fivi ur
le surmonler ; cir elle n'ignorait pas coin- dont je lui suis redevable, apiès (juil a bien
bien de temps le Fils de Dieu lavait attendue voulu se convertir à moi pour me convertir
elle-même: combien d'années elle l'avait à lui ; après qu'il m'a reçue enire ses bras el
laiSîé appeler sans lui répondre, et frapper recueillie dans son sein, pourrai-je lui refu-
à la iiorle de son cœur sans lui ouvrir ; coin- scr mou cœur, et ne lui pas reiulre amour
bien de rebuts cil.' lui avait fait essuyer par pour amour? Mihi tivcre Christus est, el
di; longues et de conlinucllcs résislaiices. mori lucrum.
Elle ne l'ignorait pas ; et c'élaitassez pour la Enfin, Madeleine chercha Jésus-Christ
forlifier contre tmis les dégoùîs et toules les ressuscité , avec loulc la ferveur de l'amour
horreurs qui; peut causer la vue d'un loin- le plus généreux et le plus ardent : si, pour
beau, el l'idée d'un mort qui y vient d'élrc quelques heures, elle avait([iiitlé le tombeau,
inliuiiié : ou jdulôl c'cl<iit assez pour 1 1 for- celait pour juép.irer des parfums et pour
tiûer conlrc tous les dégoûis et luul.s les venir bieiilôl ensuite cmbauu;er le corps do
Ol'.ATtUllS SACUr.S. COUUDALOIE.
son Maîlre. Mais quelle surprise lorsqu'elle ne le IrDUva plus? quels lorrenls de larmes coulèrent de ses jeuv I av. c (|iicl soin, quel (inpressenienl, quelle inquijhide elle visita de loulis paris, pour découvrir le lieu où il pouvait èlrel Tulerunt Doiidnum meum, et ncscio ubi posucrunt cuni {Joan. XX): Ali 1 s ecria-l-elle, on ui"a enlevé mon Seigneur et mon Dieu, el je ne sais où on l'a mis. Avec ((uelic générosité elle solYrit à l'enleverclleinêaie, si elle était assez heureuse pour le retrouver 1 El ego euin lollain [Ihid.]: mais y |)onsait-clle ? el comment eût-elle seule sou- ItMC un corps qu'à peine plusieurs hommes cnsemlde .luraient pu porter? co.nmeiil ? je n'eu sais rien , et peiit-éire n'en savait-elle lien elle-même; ui.iis elle ne consulta point ses forces; elle n'écoula que son amour, et l'amour se croit tout possible. Ci'peiul.inl, dès que Jésus-Christ, qui lui parlait, se fit connaître à elle, quel l'ut le ravissement de son àme 1 avec quelle ardeur couiul-elle à lui, et se jeta-t-iUe à ses pieds pour les embrasser ! avec quelle pro.n|)lilude alla-l-elle aniioiieer auv apôlres sa résurrection , devenue elle-même l'apôtre des apôtres, et ayant mérité i)ar sa ferveur de voir a\ant eux le Fils de Dieu dans l'état de sa gloirel sainte ferveur que nous voyons encore d.iiis les plus iirands (lécheurs, lors<iue, de bonne loi revenus à Dieu, ils con^idèrenl dans (juel iibime ils s'étaient plongés, et par quelle miséricorde la grâce les a sauvés : grâce dont ils étaient indignes en la rece\an!, m ils grâce (lu'ils voudraient payer p.ir mille vies a()rès l'avoir reçue : pourijuoi ? parce qu'ils en comprennent beaucoup mieux l'excellence et le prix. Jamais saint Pierre aimal-il plus tendrement Jésus-Christ qu'après qu'il eut été converti parce regard favorable du Sauveur du monde, qui le toucha, et (jui lui fil pleurer si amèrement son péché ? jamais saint Augustin fut-il transporté d'un amour de Dieu plus vif et plus agissant, qu'après qu'il eut entendu cette voix qui pénétra jusqu'à son cœur, el qui le dégagea de ses habitudes criminelles? Non contents des pratiques ordinaires et des œuvres indispensables de la pénitence chrétienne, ils y ajoutent loul ce que la reconnaissance peut inspirer : el que ne peut point inspirer un amour reconnaissant? Le temps ne me per- 111(1 p.is de vous l'expliiiucr , car il faut rinii: et d'ailleurs, de ceux qui m'écoulent, les uns l'ont éprouvé, el ils le savent assez; les autres n'en ont jamais fait l'épreuve, el peutêtre ne m'entciulraient-ils pas.
Quoi qu'il en soit, voilà, pécheurs, l'avantage que vous pouvez tirer de vos péchés mêmes. Ils vous ont séparés de Dieu; mais, du moment qu'ils vous sont pardonnes, ils peuvent servir à vous attacher à Dieu par un amour plus ardent . par une fidélité plus héroïque, par une piété plus fervente : Vides liane miilicrcm (Luc. VII) ? \'oyez-vous celle femme? dit le Sauveur au pharisien; (juoique pécheresse publique, elle a fait jiour moi beaucoup plus (|ue vous : elle a répandu sur mespicdb les parfums les plusexquis, elle
les a arrosés de ses larmes, elle les a essuyés de ses cheveux; tout juste el tout irrépréhensible que vous êtes , ou que vous vous nattez d'être, vous n'avez rien fait de semblable. A voir le zèle de certains pécheurs convertis, les progrès qu'ils font auprès de Dieu, les conuiiunicalions qu'ils ont avec Dieu, il y aurait, te semble, dit saint Augustin, de quoi piquer de jalousie les plusjustes,et, sans l'intérêt de Dieu, qui leur est |ilns cher (lue leur propre iiilérét, ils se plaindraient presque à Dieu même, comme le frère aîné de l'enfant prodigue S(ï plaignit à son père : admirable efl'el de la pénitence, qui peut, en (juebjue sorte, non plus seulement l'égaler à l'innocence, mais l'élever encore au-dessus de l'innocence. C'est en ce sens cl à la lettre, que souvent les anges, selon l'expression de l'Evangile, se rejouissent plus de la conversion d'un pécheur, que lie la persévérance , de quatre-vingt-dixneuf justes; c'est ainsi que des femmes perdues, suivant la parole de Jésus - Christ, mais, parmi retour p.irfait, heureusement rentrées dans la voie du salut, en précéderont, au roy.iume des cieux , bien d'autres d.int la vie, d'abord plus innocente, aura élè dans la suite beaucoup moins sainte. Comprenons celle véiité, mes chers auditeurs; justes, comprenez-la pour vous humilier , mais au même temps, pour vous animer; pécheurs, comprenez-la, pour vous consoler el pour vous encourager; tr.'vaiUons tous de concert, ou plutôt, Iravailluns tous à l'envi ; ce ne sera pas en v.iin, puisque nous |Miuvons tous emporter la couronne de gloire, que je vous souhaite, etc.
SEK.MON XXX.