C.VllEMi:. SKIIMON XXX. SUR LE JUGEMENT TEMEUAIRR 8M
tribunal spcrct. ci c'est ;\ ce tribunal que au roi votre puissance pour jn^çer le pcup!*»
nous appelons, coniine d un plein ilroil, le que vous lui avez eonlié : Ocus jitiliriirn
prorliani, pour le ju|;er et le conilanincr : luum rcgi da (/'.<. LXXl). Comme s'il eût
ju^emenls aussi Taux que eelui des iionliles dit : Ce jugement, mon Dieu , n'appartient
«l'îles |)lKirisiens de notie évangile : juge- qu'à vous, mais failes-en part à eelui que
menis leméraires dont nn se l'ail si peu de vous avez choisi, et puisque \ous l'avez éla-
scrnpnle dans le numde, et dont je veux au- bli roi, commetlez-lui votre justice, afin i]u'il
jourd'liui vous représi-nier liï crime et vous l'everce en votre nom : El jasdliiivi luiim
faire craindre les suites funestes , a[irès (jue (iliu rcijis. Je sais, clirélicns, que ces paro-
nous aurons salué Marie, eu lui disant : les du psaume peuvent élie entendues de
Arr.l\ltni(i. Salomou, en faveur duquel I)a> id faisait à
Trois choses, dit saint Thomas, sont absi- Dieu celle prière; mais je sais aussi que lumenl nécessaires pour former nu juge- tous les l'ères de l'Kglise les ont expliquées ment équitable, l'aulorilé, la connaissance et (le Jésus-(^lirisl, et (|uc les Juifs mcnie, suil'inlégrilé : l'aulorilé, dans la personne du vaut leur tradition, les rappoitaient à la juge; la connaissance, dans sou esprit, et personne du Messie, dont S.ilomon n'élait linlégrilé, dans son ca-ur : l'autorité, pour que la ligure. Quoi (ju'il eu soit, dit saint pouvoir juger ; la connaissance, pour savoir .Augustin, il esl de la foi que jamais le Saujuger; et linlégrilé, pour vouloir bien ju- veur du monde ne jugera les vivants et les gcr. Si celui qui j-uge n'a |)as un pouvoir et morts qu'eu vertu de la commission (|u'il eii une autorité légitime, sou jugement esl chi- a leçue : l'dler omne iuilicinni dédit Filio niérique et nul : s'il n'a pas une juste C(ni- [Joau., \) ; (jne connue il n'a point piis de naissance de la cause, son jugement 'st tiux lui-mèmu la qualilé glorieuse de |)onlife, cl aveugle; et s'il manque d'inlégiilé, son aussi ne s'est-il |)oint allribne celle de juge ; jugement e>l vicieux et corrompu. De là, (ju'il a voulu, ou, pour parler plus exacti'coiicluons d'abord ([ue les prélres el les [ilia- ment, ((u'il a dû être spécialeminl appelé à risiens, en voulant juger Jesus-Christ, pe- cet imporlanl ministère; el ([ne, sans la vochaienl contre toutes les règles et loules bs cation divine, tout grami, tout sage, tout formes qui doivent être observées dai\s un saint (ju'il est. il n'en ferait jam.iis nul exerjugement. Car ils jugeaient sans autorité, cice. Ainsi lui-même, dans l'Kc. ilure, s'en puisque ce Fils du Dieu vivant ne déficndait déclare-l-il. Or, de là, mes chers auditeurs, point d'eux ; ils yiigeaient sans connaissance, je [\rc. d'abord un argument invincible contre puisqu'ils ne savaient pas qu'il éfait Fils l'abus des jugements téméraires. Car, que de Di(-u ; et ils jugeaient sans Intégriié, faisons-nous, quand, au mépris de celle rèpuis(iue la passion les animait contre lui el gle, nous nous donnons la liberté de juger qu'ils agissaient par intérêt. Trois défauts le prochain ? Nous attentons sur l'aulorilé de qui se reucontreni dans les jugements désa- Dieu; nous entreprenons sur s<'s droits; vantagi'ux que nous f.iisons du pr-nhain, et nous nous donnons , ou nous prétendons d'où il s'ensuit (|ue ce sont des jugements nous donner un pouvoir qu'il s'est réservé et injustes el téuiéiaircs : del'aul d'autorité, dé- <iui lui isl propre ; ce que Jésus-Christ ne fera f.iut de connaissance, défaut d'intégrité, Ap- que comme ileiegiié do son Père céleste, pliquez-vous : \oi( i le partage de ce dis- nous le faisons de noire chef; ce que Dieu, < ours. Nous jugeons le prochain , mais nous (lar privilège, lui a accordé connue à son le jugions témérairement : pourquoi ? [larce lils, nous l'usurpons impunément et sans que Dieu ne nous a donné sur lui nulle ju- titre. El voilà, dans la doctrine de saint riilielion ; ce sera la première partie : parce Paul, le piemier principe sur (|uoi est fondée (]ue nous ne pouvons pénétrer son cœur . ni la léinérité de la plupart des jugements des le bien connaître; ce sera la seconde : enliu, hommes. Car, qui é!es-vous, disail ce grand parce que ce sont nos passions qui nous apôtre, pour jugerelpoureondamnerleservipréoccupeiil, el que notre intérêt projire est leur d'aulrui '/ Ta qiiis es, ijui jadicus alimum le plus ordinairi! motif de nos jugements; scrtitm (/fom., XIV)'? S'il tombe ou s'il dece sera la troisième. Ne jugeons donc point : meure ferme, ce n'est point à vous d'en cou- Nolite judicare {Luc.,\l); c'est la couse- naîlre. C'est à celui dont il dépend, et qui, qiience que nous tirerons après Jésus- comme maître, est son juge : ZVomi'no si<o «/a< Christ. (tut cadil (7ii(/.). C'est-à-dire, selon la para- PREMiÈBE PARTIE. plirasc de sainl Chrysoslome, pourquoi ju-
11 n'y a que Dieu qui , essentiellement el gez-vous de ce qui ne vous reuarde pas; et par lui-même, ait une légitime auloiile pour pourquoi vos vues s'élendent-elles hors des juger les hommes, parce qu'il n'y a que JD. eu limites où l'ordre de la Providence el votre qui soit le créateur, et par conséquent le condition vous renferment ? Cet homme dont souverain et le maître des hommes. \'érilé vous censurez la con ;uite, et dont vous coniiiconteslable et si universelle, que Jésus- damnez peut-être, non-seulement les actions. Christ même, en qualité d'homme, n'aurait mais les intentions, est-il votre sujet? avezpas le pouvoir de juger le monde, comme vous dans le monde quelque supériorilé sur nous apprenons de l'Evangile qu'il le doit lui ? rendez -vous compte de sa vie"? en devezjuger, si ce pouvoir ne lui avait été donné vous répondre à Dieu ? Si cela est, je coude son Père. Seigneur, disail Da\id par un sens que vous en jugiez ; cl mon soin alors esprit de pro|ihélie, donnez au roi votre serait de vous apprendre la manière doiii il •ujseinent, le texte hébraiiiue porle : Donnez y faudrait procéder, l'csjjril el la cbarilé
859 ORATEURS SACHES. BOlRnALOlJE. KiO
(]u il y fiiiulrait apnoilcr, les mesures de poursuit le même Pure, que réscrvons-iious jiiudeiice qu'il y f.iulrail gariicr. Mais puis- au jugemeut île ce l)ieu-Homii>e, s'il nous est (jue viius rccoiinai-sez vous-uiènie qu'il n'est [jn-nus de juger indilTereninicnl de loul?S(" lieu de loul cela, el que la personne dont untisr/uisi/ue île proxiino judicamits, ecquid vous l'ormez ces jugements désavantageux, Duniino rcscrvainus {Idcmj'! n'est point soumise à votre direction ; que Vous me direz que le Sauveur du monde vous n'en è'.es [xiint chargé, et que, ni de- s'est engagé à nous snlenncllenient, de nous vaut Dieu, ni devant les hommes, vous n'en faire asseoir avec lui sur le trihunal de sa «levez point èlre responsable, pourquoi jusiice; et qu'une des récompenses qu'il nous tic vous-même vous ingérer dans sa cause ? propose, est d'avoir part un jour à cejugi- Abandonncz-la à son juge naturel, et respcc- ment universel où sa qualilc île rédcmpti ur lez dans votre frère le droit qu'il a de n'être lui donne droit de présider : Scdcbilis et tos jugé que de Dieu, ou du moins de ceux que judicantcs {Mntili. XIX). Or, s.iint Paul, e\- Dieu a commis [.our veiller sur lui. S il f.jil pliquanl celte iiromesse, en a étendu l'elTil, bien , >ous pouvez par là participer à son nou-smlemcnt à tous les hommes apostoliméritc; et s'il fait mal, le blâme n'en relom- ques, mais géueraleuicnt à tous les clirébera pas sur vous. Mais ^i vous le condam- liens, et en particulier à ceux qui peuvent se nez, quoi qu'il fasse, vous vous rendez vous- rendre lémoignigc d'avoir éle fidèles à Jéméme criminel. Car s'il fait bien, et que sus-Chv'tsl : An itescilisqwjniain sancti de hoc vous en jugiez mal, vous commettez à son tnundo jiidicahunt ( I 6'or. \1 ) ? Ne savezégard une injustice : el s'il fait le mal même vous pas, dis,ii!-il aux Corinlhens, que les pour lequel vous le condamnez, vous com- saints jugeront le monde ; cl, parlant ensuite mêliez une autre injustice envers Dieu , à lous : i\escilis quoniain angelos judicabiparce ((u'eii le condamnant et en le jugeant, mus; qiuinto muijis sœcularia [ibid.]'! Ne savons vous attribuez le pouvoir de Dieu, vez-vous pas , ii:es frères , ajoutail-il , que Voilà le grand principe que nous devons nous devons juger les anges mêmes? Or, s'il suivre, el une des leçons les plus ordinaires est vrai que nous jugerons les anges , coin- «juc faisait saint Paul aux premiers chré- bien plus est-il vrai que nous jugerons les tiens : pourquoi? rétlrxion im|)orlaiile de hommes du siècle? Il reconnaissait donc en saint Clirysostome : c'est qu'un des prc- nous un titre pour juger; et la manière micrs désordres qui s'éleva dans l'Eglise et dont il s'exprime , marque (]u'il le supposait (jui divisa les chrétiens , fut la liberté de ju- comme un litic évident et incontestable: ger. Les fidèles circoncis méprisaient les Nescitis rjuoniam judicabimus? \uUà ce «[ue gentils, qui ne l'étaient pas, el tes gentils saint Augustin s'est opposé à lui-même eu convertis tenaient pour suspects les lidôles traitant ce point de morale. Mais écoulez qui voulaient encore se distinguer par la rexcellente conclusion qu'il en lirait pour circoncision. Ceux qui s'abstenaient des contirmer la vérité que je vous prêche. Eh ! viandes, condamnaient ceux qui en usaient ; bien, mesfières, disait ce docteur, tenonset ceux qui en usaient, censuraient ceux qui nous-en au priiicij)e de saint Paul. 11 est \ rai s'en abstenaient. De là les dissensions el les que nous serons un jour assis avec Jésustroubles; et c'est pour cela même que l'a- ijhrist pour juger; mais cela étant , ne le pôlre, animé d'un zèle ardent pour 1 unité prévenons donc pas ce souverain juge; ne et pour la paix, leur disait sans cesse. Non soyons donc pis plus prompts que lui ; puiser(/ii uniplius inviceDi jitiliccmtis {Rom. WV) : que c'est alors qu'il nous commuiuqueia sou Mes frères , ne nousjugeoas donc plus ks pouvoir, attendons qu'il nous en ait lait pari, uns les autres : et par quelle raison? (loiiit et attendons-le avec humililé el avec fiad'aulrcquecellc-ci ■.Oiiunsenimslabiniusantc lience. En un mol, selon la maxime de l'Atribunat Chrisli (Ibid.) : l'arce qu'il y a un pôtre même,ne jugeons point avant le temps, tribunal où nous devons lous comparailre, ni avant la \eiuie du Seigneur : Nolile eiijo ((ui est le tribunal de Jesus-Christ. (Juelle aille leiiipus judicare quoad iiscjue reniât Docoiiséqucnce? elle est juste et solide. C'est- minus (1 Cor. IV). Car il serait bien étrange à-dire, que lous les tribunaux particuliers que nous, qui ne sommes que des juges suque les hommes s'érigent de leur autorilé balternes, nous voulussions juger avant Jepropre pour juger le prochain, sont des tri- sus-ChiisI, qui est le juge supérieur. Iiunaux incompétents, des Iribuiiaux sans Or, prenez garde, reprend admirablement juridiction, et jiar conéquent des tribunaux saint Auguslin, tant que Jésus -Christ a dcdont Dieu annule el réprouve les arrêls. Ce meure sur la terre , quelque souveraineté pouvoir de juger les hommes, surtout de qu'il eùl, il ne l'a jamais employée à juger juger les cœurs et les consciences des hoin- les pécheurs. Il les a excusés , il les a suj)nies, n'a clé donné qu'à Jésus-Christ seul ; poriés, il les a défendus, il leur a fait grâce, et loul autre que Jésus-t^lirist qui se l'ar- il lésa consolés, il les a aimés; mais il ne roge, fût-il un ange cl le plus éclairé d'cnlre les a point jugés : que dis-je? il a même proies esprits bienbeureux, doit êlre censé testé hautement qu'il n'était point venu pour usurpateur. C est donc une espèce d'attentat les juger: J\on i mit filius Uominis ut juuicet contre le Fils de Dieu que de juger votre «iiuii/iu/i (/ortn. III). Dedeiix offices , celui de frère, parce que c'est, dit saint Jeiome, 6ter Sauveur et celui déjuge, il a fait le premier à Jésus Christ la prérogative dont il est en tandis qu'il était ii.iiiiii nous, il il a remis ie Ijossession : Frali'cm erijo quisqaif jiidinit, second a la lin des sièiles, quand il viendra Chrisli putmuin ussumii '.Hier.]. El, en elTel, dans l'éclat de sa majesté. Sommes-nous plus
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CAREMi:. SERMON XXX. SLR LE JUGEMENT TEMERAIRE.
autorisés que lui? avons-nous une juridiction plus étendue? Contenons -nous donc dans les bornes qu'il a voulu lui-même se prescrire. Pendant cette vie, aimons nos irères comme il les a aimés, supportonslos comme il les a suppiirlés, excusons-les comme il les a excusés, défendons-les commi; il les a défendus, compatissons à leurs luiblesses comme il y a compati, et puis nous les jugerons un jour avec lui. Il me semble que crt!e condition nous doit suffire. Mais que nous anticipions le jugement de notre Dieu, que, dans un temps où il n'a fait que miséricorde, nous entreprenions indiscrèlomi'nt de faire justice ; de quelque motif que nous pui>sioiis nous llatter, c'est une présonqition it un orgueil. Dieu nous dit par la bouche de son prophète : Cuin accepero Icmpus, eyo juslitias jadicabo {Ps. LXXH") : lorsque le temps que j'ai marqué sera ^euu , alors je jugerai ; pour nous faire entendre qu'à son égard uiéme il j a un temps de juger, et un temps de pardonner : Teinpus judicandi , et tciiipus miacrendi. Et nous, dit saini Grégoire, pape, [lar une témérité insoutenable , nous voulons juger en tout tout temps. Avant (juc Dieu ait pris le sien, nous prenons le nôtre; et nous le prenons parce qu'il nous plaîi , e' comme il nous plait.
Désordre universellement condamné de Dieu, mais spécialcinenl ci>ndamnab!e lorsque nous nous attaquons aux puissances mêmes; que nous osons juger ceux mêmes de qui nous dépendons, ceux que Dieu a établis pour nous conduire, ceux (ju'il nous a donnes pour maiires et poi;r p:i.'-ieurs, les prélats et les ministres de l'Eglise : pour- (luoi? parce qu'il y a dans eux un caractère (jue nous devons singulièrement respecter, et à quoi nous ne pou\o:is touclier sans blesser Dieu jusque dans la prunelle de son œil, suivant cette parole de Zacharie : Qui Icliijerit vos , tatiyct ptiiiillam oculi met [Zacli. 11). C'est pourquoi il nous en fait encore ailburs une défense si expresse : Xolite tangcrc Christos meos, cl in Propltelis mets nolile mulignari {Ps. CiV). Ne louchez point a ceux qui sont les oints du Seigneur, et gardez- \ous d'exercer sur eux la malignité de vos jugements. Désordre essenliellemeiit opposé à celle subordination dont Dieu est l'auteur, et par conséquent le conservateur et le vengeur, puisque, du moment que je censure la vie et la conduite de quiconque est au-dessus de moi, je m'élève au-dessus de lui , je me fais le juge de mon juge , et par là je renverse l'ordre oîi Dieu m avait placé, et je m'expose aux suites malheureuses que l'Apôtie nous fait craindre d'un tel reiiverseli.ent. Désordre (jui alTaIblit et qui eiurve, disons mieux, qui ruine et qui anéantit l'obciS'iance des inférieurs; car il est impossible que cette facilité à juger, et à juger mal , ne produise peu à peu un secret mépris de celui même dont on juge , et que ce mépris ne fasse naître les contradictions , les murmures , les révoltes de l'esprit et du cœur ; d où il arrive qu'on n'a plus dans les socié-
Oi-.ATKCItS SACHlis. XiV.
lés les plus réglées, qu'une obéissance extérieure, qu'une obéissance politique, qu'une obéissance sans mérite, parce que ce n'est point une obéissance chrétienne.
Je sais, mes cbers auditeurs, ce que vous avez coutume de répondre : que ce ((ui vous engage presque malgré vous à juger de la sorte, ce sont les imperfections et les défauts, ou, si vous voulez, les dérèglements et les excès de ceux que Dieu a constitués en dignité; (]u'eii condamn.int leurs actions, vous ne laissrz pas d'hoiuner leur ministère, et <iue vous n'en pensez mal que parce qu'ils se comporleul d'une manière à ne pouvoir en bien penser. Tel est le langage du monde; mais je sais aussi que cela ne vous justiDe pas, et (jue quand Dieu, dans l'Exode, a prononcé cet oracle en forme de loi : Dits non dclrahes [Exod. XXll), Vous ne jugerez ni ne médirez point des dieux de la terre, c'està-dire des puissances , ou spirituelles ou temporelles, il n'a point fait celte précision du ministère et de la personne, parce qu'il prévoyait que le mépris de l'un serait toujours suivi du mépris de l'autre, et que les hommes n'auraient jamais un discernement assez équitable pour respecter sincèremcnl le ministère cl la dignité, tandis (ju'ils seraient prévenus contre le sujet (jui s'en trouve revêtu. En effet, de tout temps, les personnes élevées aux première-; places, les magistrats, les princes, les pasteurs des âmes ont eu leurs vices et leurs passions; ce sont des hommes qu'il n'a pas plu à Dieu de rendre impeccables, et dont les erreurs et les faiblesses, dans le dessein de sa providence, doivent même servir à l'exercice de notre foi et de notre humilité. Mais, pour cela, il n'a ja'tiais été permis aux particuliers de s'ériger en censeurs de leur vie, beaucoup moins de leur gouvernement et de leurs ordres. ^'oilà néanmoins l'abus du monde. Constantin, iiuoique empereur, ne voulut point, par maxime de religion, juger les êvêques sur les accusations et les plaintes qu'en formait contre eux; mais aujourd'hui, des hommes sans nom, par un zèle aussi faux qu'il est téméraire, jugent hardiment des êvêques cl des empereurs. Ce prince se fit un point de conscience de couvrir, pour ainsi dire, de sa pourjire royale, la honte des ministres de Jésus-Christ; maintenant on se picjue, je ne dis pas de la remarquer et de la révéler, mais de l'imaginer sur les plus faibles conjectures, de la supjioser, de l'assurer comme un l'ail évident et inconleslable. Qu'un homme soit le plus accompli et le plus irrépréhensible, et qu'on le metle comme la lumière sur b' chandelier; tout accompli et tout irrépréhensible qu'il peut être, on en jugera; et, à force de l'observer, on y découvrira, ou l'on croira y découvrir des taches. Vous diriez que cette impunité avec laquelle on juge et Ion condamne soit une espèce de consolation dans la nécessité où l'on se trouve d'obéir aux grands et d'en dépendre. Mais malheur à nous, si nous raisonnons ainsi ; malheur, si nous écoulons on ili,agrin bizarre ijui nous porte toujours à contrôler ciux {} tnrjl-srpl.)
ORATEURS SACRES. BOllRDALOUE.
(jue Dieu a mis sur nos lôlcs, au lieu de nous rn tenir à la grande règle d'une souniissiou rrspeclueu^o el humble. Car l>ieii, pour ré- Iirimer celle licence, a des châlimcnls qu'il sait faire éclater sur les coupables quand sa justice le demande. Marie, sn-ur de Moïse, l'éprouva, el sentit bien la grièvelé du crime qu'elle avait commis dans le jugement qu'elle (it de son frère. La lèpre dont elle fut couverle, l'cxconinuinication dtint elle f i! frappée, et qui la sépara sept jours entiers du camp des Hébreux, furent les marques authenliqucs de la colère divine ; et plaise au ciel que nous en soyons quittes nous-mêmes pour des peines temporelles.' Ne dites point (jne tous les conducteurs du peuple de Dieu ne sont pas des Moïses , que ce ne sont pas (les lioiiunes parfaits dont Dieu prenne également les intérêts et la cause en main. S.iint Pierre vou;» répond que Dieu s'intéresse pour tous, et que les imparfaits et les vicieux sont aussi bien sous sa |iroteclion contre Us censeurs présomptueux de leur conduite, que ceux dont la vie exemplaire est ;\ rouvert «le tout reproche : pourquoi? parce (in'en «lualité de supérieurs et de maîlrcs, ce sont les minisires et les lieutenanlsdeDieu;el<iue, par une suite nécessaire, il nous ordonne de l'honorer lui-même dans eux: I\'on lantnm bonis et modeslis, sccJ elinm(ltjitcnlis{ï\ Peir. I). J'avoue que, pour les contenir dans leur devoir, Dieu pernu't celte injuste libcrlé qu'on se donne de les censurer : c'est un bien pour eux; mais malheur à celui par qui ce bien arrive, puisque c'est un de ces biens que Dieu, par la disposition de sa sagesse, ne tire que des plus grands maux, et qu'il ne peut contribuer à corriger l'un sans pervertir et dérégler l'autre.
C'est donc ici, chrétiens, qu'il faut nous appliquer cette conclusion du Fils de Dieu : Nolitejtuiicare,utnonjudicemini{!\Ialik.\\\]. Ne jugez point, cl vous ne serez point jugés. Est-il vrai, Seigneur, demande saint Bernard, que cela seul puisse nous délivrer de voire redoutable et inllexible jugement? ou plutôt, est-il vrai que ce soit assez pour fiaraîirc avec confiance devant votre adorable tribunal ? Quoi? ce jugement qui fait trembler les saints, et dont l'idée seule a causé les plus mortelles frayeurs aux Hilarion et aux Jérôme; ce jugement où nous devons être pesés dans la balance rigoureuse du sanctuaire, n'aura pour nous rien de terrible, et il ne tiendra (|u'à nous, en observant cette loi, de ne plus craindre les arrêts de votre justice;? Après cela, plaignons-nous de la sévérité de notre Dieu; et, lorsque nous avons Jésus-Christ même pour garant de la promesse qu'il nous fait, serons-nous assez ennemis de nous-mêmes pour en perdre tout le fruit? Nolile judicare, ni non judicemini. Poursuivons : non-seulement on juge sans ■autorité, mais encore sans connaissance; autre défaut dont j'ai à parler dans la seconde partie.
SECONDE PARTIE
Connaître sans juger, c'est souvent modestie el verlu; mais juger sans connaître, dit
saint Chrjsoslonie, c'est toujours indiscrétion et témérité. Or, si cela est vrai généralement, beaucoup (ilus lest-il en particulier, ajoute ce Père, quand il s'agit de mépriser et de condamner le prochain. D'où il s'ensuit que les jugements mauvais el désavantageux que nous faisons du prochain, sonS presque tous téméraires et criminels : pourquoi ? parce qu'ils n'ont prescjue jamais ce degré d'évidence et de cerlilude qui serait nécessaire pour les justifier. En citet, chrétiens, le prophète royal a bien raison de dire que les enfants des honunes sont vains, que leurs balances K)nt trompeuses, et qne, par le seul défaut de connaissance, il n'y a dans la plupart de leurs jugements, iiuillusion el que mensonge : Vfnunlatxrn rani filii liominiim ; nifndaces filii Jiominuin in slnteris. ni decipiant ipside vanilulrin idipsum {Ps. LXl); car, pour en venir à la preuve, qu'y a-l-il de plus commun dans le monde que de juger par les apparences, que de juger des intentions par les actions , que de juger sur le rapport d'autriii; ou, si l'on juge par soimême, que de juger avec précipitation, que de juger avec une assurance pleine de présomption, que de faire valoir de simples sou|)Çons connue des dénumstralions el des convictions, que d'abuser de ses propres vues en les suivant trop, en les p(. riant trop loin, en les étendant au delà même de ce qu'elles nous déeonvrent? tout cela, autant de sources des faux jugements que nous formons les uns contre les autres, et qui trou blent parmi nous el détruisent absolument la société. Ne perdez rien, je vous prie, de ce détail.
On juge des hommes par les apparences, et, comme remarque saint Augustin, il faudrait plutôt juger (les apparences par les hommes ; car, s.ins insister sur ce point de morale, qui est infini, combien voyons-nous de gens dans la vie, qui, par divers principes, ne sont rien de ce qu'ils [laraisscnt, et ne paraissent rien de ce qu'ils sont? combien qui, par je ne sais quelle négligence, produisent peu au dehors ce qu'ils ont de bon ; el combien, au contraire, dont toute l'étude va à déguiser le mal qu'il y a dans eux, et à se parer du bien qui n'y est pas ? combien dont certains (lélaiits visibles el même choquants sont compensés par un fond de mérite très-solide, et qui, sous un extérieur grossier et méprisable, cadient les plus rares vertus? Jugi z de ces personnes selon l'apparence, autant d'idées que vous vous en faites, ce sont autant d'injustices. Aussi Dieu, par des vues bien dilTéreiiles des nôtres, réprouve-l-il tous les jours les sujets que nous estimons, et estime-l-il ceux que nous réluouvons : pourquoi ? parce que nos jugements n'ont pour objet que ce qui paraît, au lieu que le jugement du Seigneur est fondé sur ce qu'il y a de plus secret cl de plus intime : Homo eniin videt en qnœ purent, Dorninifs antcm intuetur cor ( i /fc//. XVI ). Dieu juge les hommes, belle pensée de saint Augustin, Dieu juge les hnmmcs ; el si les hommes sont pécheurs, il les juge pour les con-
8ir. CAP.EME. SF.RMON XXX. SUPv
il;iir.niT; mais (.'oinnionl? faisons-nous un ■ loi (le son cxompic, et ne craignons point (luo son exemple soil Irop parfait pour nous, puisque, dans la in?lière i|ue je traite, la perl'ection nicine de Dieu doit servir à noire ln^truction ou à notre cop.l'usion. Ce Dieu qui, selon le lang.ige de l'Apolre, est la luinicrc nié. ne ; ce Dieu en cpii il n'y a point de lénèlires; ce Dieu qui [tossède la plénitude de la science, quand il veut juger et condamner, se ( ontenle-l-il d'une \ue superficielle qui ne lui reiiresenic l'honiine que par les dehors? Ali! chrétiens, vous le savez, il entre jusque dans les replis les plus intérieurs de ràine, il |)énètre jusque dans les jointures et dans les moelles, il sonde jusqu'aux plus profonds abîmes du cœur, il examine, il fouille, il recherche : ScnUatis corda et renés Deus [ Ps. VII ). Vous diriez que son œil ne soil pas de lui-inèmc assez clairvoyant; et afin que Jérusileni, ligure d'une âme pécheresse, ne se plai;;ne pas qu'il l'ait jugée sans connaissance de cause, il prend encore le flambeau : Scrulahor Jcrusiilem in luccrnis {Soplion. l). Ainsi eu use ce Dieu juste cl sage; mais nous, chrétiens, aveugles cl inconsidérés, nous jugeons notre fière; nous attaquons la probité de celui-ci, la réputation de celle-là, sans autre fonde- (u.nt que des apparences, au lieu de nous souvenir que tel sur qui tombe notre censure, et que nous croyons digne de blâme, est celui peut-être [>oi!r ([ui nous aurions plus d'estime, s'il était connu de nous: que, sous ces apparences qui nous séduisenl, il y a peut-être des trésors de grâce cl d'innocence ; que cet extérieur qui nous chn(]ue, est peut-être un voile d'humilité sous [('(juel il a plu à Dieu île tenir cachés les plus excellents dons. Combien de fois, pour nous cire arrêtés à la surf.ice des choses, n'avonsnous pas confondu la vertu avec le vice; et quels reproches aurions-nous à nous faire devant Dieu, si nous voulions de bonne foi reconnaître la légèreté, je dis légèreté criminelle, qui. dtins nos jugemenis, nous a fait prendre de vains fantômes pour des vérités?
Ou juge des intentions par les actions : vous me dirrz qu'il est impossible d'en juger aulrcmeiil; et moi je vous réponds, avec saint Jérôme, que c'est pour cela qu'il n'eu faut point juger du tout. Changeons la proliosilion et exprimons-la en d'autres termes : on juge des actions sans en connaître le principe, qui sont les motifs et les intentions, ou plutôt on devine les niolils et les intentions, pour avoir droit d'inlerprétcr et de censurer les actions. Je vous demande, mes chers auditeurs, s'il est rien de plus téméraire et de plus inique? car de raisonner comme l'honime mondain à (jui siint Augustin fait dire : Allendu qitid ayat, et intelliijo proptcr quid nrjat {Aiig.) : J'observe !a manière il'agir, et de la manière d'agir je conclus pourquoi Ion agit; c'est un abus, reprend ce saint docteur, puisqu'il est évident que la même chose peut Mrc faite par cent motifs tout différents les uns des autres, et gue ces dilTerenls mol;!:
Ll^ JUGEMENT TEMEKMUE.
en doivent fonder autant de jugements (eut opposés. En elTet, quand Madeleine répandit des pirl'ums sur les pieds du Sauveur du monde, ce fut par un mouvement de piété, et les apôlrcs l'accusèrent de prodigalité. Le Sauveur du monde lui-même souffrait auprès de lui les pécheurs poui' les attirer n Dieu, et les pharisiens le soupçonnaient d'en» tretenir a* ce eux de mauv.iis commerces. Nous voyons, continue saint Augustin, les mêmes actions en substance louées et condamnées par le Saint-Esprit, selon la diversité des intentions. Pharaon accableles Israélites de travaux insupportables, et Moïse en fait périr une partie dans le désert par des châtiments encore plus terribles ; mais dans l'un c'était un esprit de domination qui l'enflait, et dans l'antre un zèle de religion qui l'animail : Sed ille dominalione inlintus, isie zelo inflammalus (Idem). Les impies commettaienl des sacrilèges en massacrant les proiihètcs, et les pro|)hètes faisaient à Dieu 'ies sacrifices en exterminant les impies : Occiùcnml impii prophetas, occidcrunl impios et prophelœ (Idem). Dieu même, aussi bien (jue Judas, a livré Jésus-Christ aux Juifs; mais Dieu, en livrant son Fils, a fait éclater sa miséricorde; et Judas, en livrant son maître, s'est rendu coupable de la |ilus noire perfidie : Et lumen in Itac tradiiione Deus pius est, et liomo reits (Idem). Hu'apprenonsnous de là? ah! mes frères, cela nous apprend que ce sont les intentions des hommes (juj donnent la forme à leurs actions, et que ces* intentions, d'ailleurs, n'étant connues que de Dieu : Di>crrlor cogitalionum et inlentionum cordis [Ilebr., IV), c'est une extrêiiK! témérité, quelque éclairés que nous puissions être, d'en vouloir faire le discernement. Pourquoi, vous qui me jusez, de deux intentions que je puis avoir, m'iniputerez vous celle qu'il vous plaît, surtout si celle que vous m'imputez est celle que je désavoue? pourquoi de deux inleiilions, l'une b(mne, l'autre mauvaise, prétendez vous que c'est la mauvaise, à l'exclusion de la bonne, que je me suis proposée? Laissez-moi mon secret, disait Isa'i'e, puisqu'il est à moi : Serrcluin meitm mihi {Isai., XXIV), et ne vous exposez pas, en voulant y entrer, à tomber dans des erreurs dont il sera difficile que votre conscience ne soit pas blessée. En un mot, souvenez-vous de la belle maxiu.e do saint Bernard, que l'homme, en mille ronconlres, est si peu d'accord avec lui-même et que ce qui se passe dans lui est souvent si contraire à ce qui part de lui, que jamais on ne peut bien juger ni de ses actions par ses intentions, ni de ses inlenlions par ses actions.
On juge sur le rapport d'autrui, cl, quoiqu'en jugeant de la sorte on juge avec moins d'assurance, on se croit en droit de juger avec plus de liberté, comme si le jugement qu'on forme n'était un péché que pour celui i|ui l'a formé avant nous et qui l'a ensuite communiqué aux autres. Nous avons sur cela même encore, dans l'exemple de Dieu, de quoi nous confondre : les abominations
(iR.VTEUIlS SACi'.r.S BOUIUiAI.Ol'F.
S sa
lie Sodoino el île Goiiioiriie étaient (]e\omios |)Ubliqut'S, le bruit s'en était répandu par toute la terre, et, selon le langage île l'Kcri- (ure, il élait monté jusqu'au tr^ue de Dieu : (Inmor Suihiiininuii mulliiilicalns est i(îcne.<., XVllIi. Oue fait Oicu? comiaiiine-t-il d'abord ces nialliVureux el les juge-t-il'.' Kcoulez-L; s'en expliquer lui-même el >oy<'Z les mesures que sa sagesse lui fait prendre, non pas pour donner plus de poids à son jogemml. mais, dit saint Bernard, jioHr servir de n.odèle au\ noires : CUimor Sodotnontin et Gamvrrhœ nniltiiilicolus est, et peccalum eoniiii aggraialum est iiimis. Descendain , et vidcbo uliuvi clamorem qui venit ad me opère coin- ]>lcveiinl : Le péché de ce peuple crie vengeance au ciel, et j'apprends qu'ils ont mis le comble à leur iniquité: mais ce n'est point encore assez pour moi, je descendrai, j'irai, je les visiterai en personne, el, avant que diprononcer comme juge, je m'eclaireirai jiar moi-même comme témoin. Prenez garde, reprend saint Beinard, Dieu ne s'en Ile pas, ( ii quelque sorte, à sa providence ordinaire, et pour cela, il veut en avoir une connaissance plus distincte et plus immédiate : Desceinlni:/, ri videho. Pourquoi? parce qu'il s'agit de juger et de condamner. Ah! chrétiens, où en sommes-nous el sont-rc là les sages mesures (juc nous prenons"? H se répand dans une ville, dans nno cour des bruits injurieux qui fléirissent telle personne et qui la perdent d'honneur; disons-nous alors comme Dieu : Deseendnm, et ridtho : Je m'instruirai, je verrai, je démêlerai le vrai d'avec le faux, j'irai à la source des choses, je les approfondirai, cl jus(iuelà je me garderai bien de décider. Kst-ce ainsi que nous parloa-'? Vous le savez, ces bruits, quelque frivoles qu'ils soient, sont favorablement reçus ; une maligne curiosité nous les fait recueillir, cl une pernicieuse créduïilé nous les fait trou\er probables el vraisemblables; nous donnons créance à des hommes, les uns médisants, les autres légers, ceux-ci peu éclairés, ceuxlà peu sincères, et sur leur parole nous hasardons des jugements dont nous de\ons nous-mêmes répondre; ils nous donnent leurs réflexions pour des faits, et nous les .supposons comme tels; ils nous font une histoire de leurs soupçons, cl ces soupçons nous semblent des vérités; tout convaincus que nous sommes qu'il n'est point de canal plus infidèle que les rapports qui se répandent en secret el qui bientôt devienurnl publics, c'est de celle source que nous tirons mille fausses idées qui nous empoisonnent le cccur el qui sont les semences fatales dos haines el des divisions. Ne nous en tiendrons nous jamais à cette règle souveraine : Ucsccudam et lidebo; cl la précaution dont Dieu lui-même vent user ne nous servira-t elle point de modèle? précaution surtout nécessaire aux grands et aux princes de la terre ; ils veulent tout savoir, el combien de fois arrive-l-il qu'on leur présente les choses sous de noires images ([ui les défigurent? Cependant un soupçon (|u'ils ont conçu, une mauvaise impression qu'ils ont prise est souvent, selon le inond ',
la réprobation d'un liomme, et quelquefois d'un homme innocent, d'un homme qui n'a rendu que des ser> i( es el qui n'a mérité que des récompenses. Il faut donc que le prince soit incrédule; obsédé qu'il est de gens qui ne cherchent qu'à le prévenir les uns au désavantage des autres, il f.iul qu'il soit difficile à croire le mal et facile à en être détrompé ; autreinei't, pour peu qu'on s'aperçoive qu'il prêle ai-ément l'onille à certains discours qui vont à la ruine du prochain, il est exposé à n'a\()ir autour de lui que des imposteurs : Princrpsqui lilicnler iiuilit verba vien-.hicii nvnics iniuLslrus Itabel tmnios (Proverh., XXIX).
Mais, (lit-on, je juge pour a\oir vu, et il ne ile[)i'nd pas de nu)i de voiroudenc pas voir : autre abus d'autant plus dangereux et plus déplorable , qu'il est souvent |dus incorrigible, parce qu'il est sui\i de l'obslinalion et de rentêtement : car qu y a-t-il de plus ordinaire ([ue de prendrt- ses conjectures pour des évidences ? et qu'y a-t-il au même temps de plus à craindre qu'un esprit de ce caractère, qui se fait des évidences de ce qu'il lui plaît, el (]ui croit avoir ^u tout ce (juil a jugé? vous n'avez |)u ne pas voir re (lui était visible, el ce que vous avez condamné : non, chrétiens; niiisil dépendait de vous de ne vous pas appliquer à ces vurs sou\eut imaginaires; mais il dépendait d<; vous d'en détourner votre esprit ; mais il dépcmiail de vous de vous eu défier, el de leî tenir pour suspectes ; mais il dépendait do vous de leur opposer mille erreurs passées, où la présouiplion d'une évidence prétendue vous a fait tojnl'cr. Si vous eu aviez usé de la sorte, ces ues, qui vous ont donne du mépris jiour votre frère, en seraient tout au plus demeurées au terme d'un simple doute, sur lequid vous auriez moins appuyé, il vous est permis de voir ce que vous voyez; mais quand il s'agit <le condamner, il ne vous est pas permis d'aimer à le voir, de chercher à le voir, de vous attacher à le voir : pourquoi? pirce qu'avec ces dis|M)silions. il est infaillible que vous verrez souvent ce qui n'est pas, el que vous ne verrez pas ce qui est; parce qu'avec ce désir malin il est sûr que vous étendrez vos vues lroploin,(iue vous grossirez les objets, que vous vtMTcz comme une poutre co iiui n'est qu'une paille el un atome ; que vous regarderez comme un \iic habituel ce qui n'est qu'une faute passagère; que l'impétuosité de votre esprit vous em^ portera, que la vraisemblance vous éblouira, que l'apparence vous troinpera. Tant de fois peut-être on a jugé de vous sur ce qu'on a cru voir, et sur ce que vous prétendez qu'on n'a jamais vu, et tant de lois vous vous êtes plaints de ces jugements précipités et mal fondés. Pourquoi ne vous dites-vous pas c3 que vous avez dit aux autres? la prudence, la retenue ([ue vous exigez d'eus, pourquù ue l'exigez vous pas de vous-mêmes?
Concluons par la pensée, ou plutôt par la prière de saint Augustin : Domine, nuverim me, nnverim le {Aui/.) : Seigneur , disait co l'ère, iiue je me connaisse et que je vous
C\REM.E. S.EIIMON X\\. SLR LE JUGEMENT TEMERAIRE.
(•(miiaisso ; c;ir, si je ivrétiulie, comme je (luis, il acquérir ces doux connaissancos, occupé niH' je serai de moi-iiièmc et de vous, ji.' penserai peu au prochain, ou je n'y penserai que dans l'ordre d'une sainte ei discrète charité; si je vous connais. 6 mun Dieul je saurai qu'il n'y a ((ue vous à qui le fond des cu'urs soit ouvert, et je n'aurai fjarde ainsi d'y vouloirenlrer;et si jeme connais, je comprendrai quenion iiroprecceurest unahînieoù je trouve assez à creuser, sans entreprendre de pénétrer dans les sentiments des autres; si je vous connais, je respeclerai votre loi, qui me défend de juger ; et si je me connais, j'aurai honte de mon i|inorance, qui souvent m'a fait mal jui;er; si je vous connais, j'adorerai votre divine infaillibilité; et si je me connais, je rougirai de nus erreurs passées, et j'apprendrai, dans la suile, à m'en préserver. Achevons : on juge sans aulorilé, on juge sans connaissance , et on juge enfin sans inlégrité •■ dernier défaut dont il me reste à vous enlrelcnir dans la troisiè:iie partie.
TltOIslÈMK ruîTii:.
C'est une belle relies iim <iue fait saint Ambroise , lorsque , dans l'explication du psaume Irente-deuxiénu», il observe que Pavid n'a presque jamais p.ir'é des jugements, soit do Dieu à l'égard des hommes, soit des lioimnes même les uns à l'égard des autres, sans y ajouter la justice comme une condition essentielle et inséparable. Du reste, si vous voulez sa\oir quelle différence nous devons mellre entre lajusiiee et le jugemeni, la voici, réi)ond saint Ambroise : c'est que le jugement, selon le langage commun, est prt'prrment l'acte déjuger; au lieu (jue la jiislice est l'habitude même, ou infuse, ou aci|uise, qui nous porte à bienjugir; c'est-à dire celle sainte disposition du cœur qui nous fait rendre à chacun ce qui lui appartient, et (]ui nous dég.igc dans nos jugcmenls de Icule aff( clion et de toute passion. Or, David ne voulait pas que jamais ces deux choses lussent séparées; et voilà la règle de coniluile qu'il se proposait : Seigneur, disait-il, j'ai prononcé des jugements, mais ces jugements on été accompagnés d'une justice exacte; ne m'abandonnez donc pas, ô mon Dieu, à la lualignité de mes calomniateurs : Feci judichim ri jusiiliam, non Intilas me calumninnlibus me {Ps. CXVIll]. Cependant , chrétiens, un des désordres ou lombent encore ceux qui jugent du prociiain, c'est le défaut d'équilé et d'inlégrilé. Ils jugent selon les déiirs de leur cœur, et non pas selon les lumières de leur esprit; ils jugent par prévention, ils jugent par aversion, ils jugent par chagrin, ils jugent par intérêt, ils jugent par mille autres motifs (jui corrompent la raison la plus saine et la plus droite. Arrêtons nous à l'intérêt , qui les comprend tous. Les pharisiens refusèrent de reconnaître Jésus-Christ; pourquoi"? parce que c'étaient de? hommes intéressés, ambitieux, jaloux de la domination qu'ils s'étaient acquise , ou plutôt qu'ils s'étaient usurpée [armi le peuple. Dès que le Fils de Dieu
parut, ils le regardèrent connue un obstacle à leurs desseins, comme l'ennemi de leur hypocrisie, comme le di'siructeur de leur secte; et pour cela ils se fuenl un intérêt de le décrier et de le perdre : tel fut le priiuipe de tous les jugcnicnls qu'ils formèrent contre sa personne et contre ses miracles. I.c crédit de cet llonuuc-Dieu leur était incommode ; il n'en fallut pas davantage pour le ruiner tlans leur estime, et pour leur faire croire <!e lui tout ce que la haine la plus envenimée est caitable de suggérer.
En elTet, le Sauveur du monde passait dans la Judée pour un prophète rempli de l'esprit de Dieu ; et les pharisiens se persuadèrent que c'était un pécheur: Nos srimus quia hic hinno prccnlor csl [Jonv., IX ). Nous le savons, d saienl-i!s, et nous n'en pouvons douter. .M. lis cet homme, leur répomlait-on, est exaucé de Dieu, mais il fait des miracles, mais il est irrépréhensible dans ses mœurs. Il n'importe; c'est un pécheur, et nous le savons : A'os scimits quin hic homo jieccotor est. Pourquoi le savaient ils ? parce qu'ils voulaient et qu'il était de leur intérêt que cela fût ; car leur intérêt, sur ce point, était la règle de leur jugement. Si le Sauveur du monde s'était déclaré pour eux, ils se seraient déclarés pour lui ; et, sans être ni plus juste, ni plus saint, il n'en aurait reçu que des éloges ; ri ais parce qu'il condamnait leurs erreurs, et qu'il désabusait le peuple, séduit par leur fausse piété, quoi qu'il fil, c'était un pécheur : IS'os scirnus quia hic homo pcccator est. Idée bien naturelle des jugements du monde : nous jugeons des honunes, non point par le mérite (lui les distingue, mais par l'intérêt qui nous domine; non point par ce qu'ils sont; mais parce qu'ils nous sont ; non point par les qualités bonnes ou mauvaises qu'ils ont, mais par le bien ou le mal qui nous en revient ; car de là uaissent les injustices énormes que nous commettons à leur égard ; de là les entêtements aveugles eu faveur des uns, et les déchaînements bizarres contre les autres; de là les censures malignes des plus dignes sujets, et les louanges outrées des sujets médiocres ; de là les préférences odieuses de ceux-ci, et les exclusions iniques de ceux-là.
Kien de plus ordinaire, mes chers auditeurs; et n'est-ce pas ce que vous avez peutêtre mille fois éprouvé vous-mêmes ? Qu'un homme soit dans nos intérêts, ou que nous ayons intérêt à le faire valoir, dès là nous nous persuadons qu'il vaut beaucoup ; sans autre titre que celui-là, il esl, dans notre estime, propre à tout et capable de tout : au contraire, que l'intérêt nous éloigne de lui, SI nous nous en croyons, nous n'y voyons plus rien que de méprisable; cette passion d'intérêt nous le représente tel que nous le voulons, nous le contrefait, nous le déguise, nous cache les perfections qu'il a, et nous fait voir des défauts qu'il n'a pas, nous le ligure sous autant de caractères différents qu'il y a de faces différentes dans l'intérêt qui nous fait agir. Comment surtout jugeons-nous d'un ennemi ? il s'est attiré notre disgrâce ,
?.,il OUATEUllS SACRES. BOLTiDALOKE.
c'est assez : avec cela, en vain il fernit des pr( diges, ses prodiges mêmes ne serviraient
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qu'à nous le rendre et à nous lo faire paraître plus odieux: en vain il posséderait toutes les vertus, ses vertus les plus éelalanles prennent, dans notre imaijinalion, la teinture et la couleur des vices : s'il est dévot , nous raccusonsd'hjpocrisie;s"il ne l'est pas, nous le soupçonnons d'impiété ; s'il est humble, nous regardons son humilité comme une faiblesse; s'il est généreux, nous appelons son courage orgueil et fierté ; s'il est discret et réservé, c'est, dans noire opinion, un homme arlificieus et fourbe ; s'il est ouvert et sincère, nous le traitons d'imprudent et d'évaporé ; les autres ont beau le combler d'éloges, cet intérêt, qui nous préoccupe, nous fait croire que ces éloges sont autant de flatteries et de mensonges; au même temps qu'on l'applaudit , comme les femmes d'Israël applaudissaient David, cet intérêt nous empoisonne contre lui , comme il empoisonnait Saùl. Et voil;\ encore une fois le caractère de tous les esprits intéressés, et de ceux, en particulier, qui, selon l'expression de saint Ambroise , se sentent piqués de l'aiguillon de l'envie; comme 1 envie- a souvent pour objet le plus délicat de tous les intérêts, qui est la gloire, aussi a-t-elle une malignité plus subtile pour nous aveugler ; de là vient que, par une fatalité malheureuse, ou plutôt par une indignité qui devrait nous couvrir de confusion, il n'est presque pas eu notre pouvoir de conserver des sentiments avantageux pour ceux qui prétendent aux mêmes rangs que nous, pourccux qui sont eu état de nous les disputer, beaucoup moins pourccux qui les obliennent e( qu'on nous préfère ; l'intérêt est comme un nuage entre eux et nous, que notre raison n'a pas la force de dissiper; nous jugeons équitablement de tout ce qui esl, ou au-dessus ou au-dessous de nous, c'est-à-dire de ceux qui, par leur élévalion ou par leur bassesse, ne peuvent nuire à nos entreprises; mais de ceux que la concurrence nous suscite pour adv ersaires, nous eu jugeons, si je l'ose dire, d'une manière à faire iiilié.
Plus donc déiiuilé, chrétiens, quand une fois le ressort de l'intérêt joue ; et cela est si vrai que les hommes, qui sont nés pour la société, et dont tout le commerce roule sur une bonne fiîi récipioquo, ne la reconnaissent plus celle bonne fol, dès qu'ils aperçoivent, dans les alTaires qui se Irailcnl entre eux, le moindre mélange d'intérêt. Quel- (lue probité qu'ait un juge, s'il est intéressé ilans une cause, on se croit bien fondé à le récuser, et l'on ne pense point lui f.iire injure d'en appeler à un autre jugement que le >ien ; quelque irréprochable d'ailleurs que soit un témoin, si son intérêt se trouve joint à son témoignage, son témoignage [iasse pour nul : comme si les hi)mmes, il'un com- "Hin accord, se rendaient à eux-mêmes celte juslice, de confesser que, quand leur intérêt est de la partie, ils ne sont plus capables de bien juger les uns des autres.
Ainsi , ne nous étonnons point que les
pharisiens jugeasscnl si injustementde Jésus- Christ, et qu ils fussent si aveugles sur le sujet de ce Dieubonune : c'était une conséquence naturelle de leur animosité, et il y aurait eu une espèce de miracle que cet aveuglement n'eût pas été l'elïet de leur intérêt. Mais étonnons-nous que Jésus-Christ étant le Saint des saints, ils se fissent un inlérét de le buter en tout et de le contredire. Car voilà, mes chers auditeurs, ce qui les perdit et ce qui nous perd tous les jours. Nous nous faisons des intérêts qui vont premièrement à nous aveugler, et de là, par une suite infaillible, à nous aigrir, à nous irriter, à nous emporter souvent contre les sujets les plus dignes de notre estime, et toujours contre ceux avec ((ui la charité chrétienne nous doit unir. O intérêt 1 combien de jugeinenls as-tu corrompus au préjudice de celte divine vertu , et quelles plaies ne lui fais-tu pas tous les jours par les sinistres impressions que tu répands dans les esprits ? Il faudrait donc, conclut admirablement saint ('hrjsostome , pour bien juger du prochain , êiie défait de toute préoccupation , libre de toute affection , dégagé de toute passion , (>xempt de toute aversion , de toute attache , de tout ressentiment, de tout désir, de toute crainte , en un mot de tout intérêt. Mais qui lieut se promettre d'être disposé de la sorte? qui peut, sur cela , s'assurer, de soi-même? ipii peut répondre de son cœur? Ne vaut-il pas mieux , puisqu'on arrive si peu à cette perfection, s'en tenir à celte loi de l'Evangile : Nolile judicare [Malth. \\\). Ne jugez I oint. Car, que dirons-nous à Dieu, (juand i! nous demandera compte de tant de jugements que nous aurons faits de noire prociiaiu ? Nos préventions nous serviront-elles «l'excuse , et Dieu n'aura-t-il pas droit de nous dire : Il est vrai , vous étiez prévenu ; mais c'est pour cela même que vous deviez vous abstenir de juger. Car vous n'avez jugé lêmérairement de votre frère que quand l'intérêt vous a séparé de lui. Or, prétendezvous justifier un péché par un autre péché? Ah I mon Dieu, j'aurai bien plus tôt fait de me réduire à me juger sévèrement moimême , sans juger les autres. Par là, Seigneur, je mériterai que vous usiez envers moi de miséricorde ; par là je trouverai grâce devant vous; par là je me préserverai, non-seulement du désordre attaché au jugement téméraire, mais des suites funestes qu'il traîne après lui. Car c'est bien ici que je puis dire, avec voire proiihèle, qu'un al)îme attire un autre abîme, puisque c'est [e jugement téméraire qui donne lieu à la médisance , que la médisance entretient les r.ipporls , que les rapports suscitent les que relies , que les querelles engendrent les inimitiés , et que les inimitiés produisent les vengeances. Il est vrai que l'Apôlre, parlant de l'homme spirituel , semble en avoir renfermé le caractère dans ces deux qualités : l'une de juger de tout , et l'autre de n'êtr(î jugé de personne : Spirilunlis nutem juilirat omnia , cl ipse n ncminc jiulicalur (I Cur. Ilj. iM,iii> ou a abusé de ces [larules , cl les s[iiri~
CAIiEMi:. Sl.UMON XWl. SLU L.\ COMMUNION PASCALE.
tiit'ls ou les dévols , je dis les dévots Ironi- |ios, cl Ii"s prélciidiis spiriluels du siècle, séduits p.ir leurs ptoid'es sens , oui inlerprété saint Paul conire l'iulenlion nièriie do >;iiiil Paul. Car ils se sont altribué , coninie de plein droit, une lilicrlé présoniplueuse de juger iinpunémenl tout le nioude ; et, à lello liberté présomptueuse, ils ont joint une délieaiosse inllnie à ne pouvoir soulTrir (Hioa les juj;eàt eux-mêmes. Or, ee n'est point ainsi ((ue l'a entendu l'.Vpôtre. Quoi i|u'il on soit, voulons-nous être solidement >pirituels , opposons à ces deux déf.iuts les deux maximes de l'humilité chrétienne : si l'on nous juge , laissons juger de nous sans nous plaindre; mais nous, ne ju{;eons point, ou jugeons toujours favorahlenieiit , aliii (ju'au dernier jour nous recevions un jugement de faveur, (|ui uous uiclte en possession do la gloire, etc.
si'RMON xxxr.
rOLll LE UIMAKCHIi DES HAMEAUX.
Sur la communion ixiscdle.
HncaïUPinlDluiii ImcUiim esl.nl ;uliin|ili:ri'liiriiiii>(liliiliMii osl piT priniliPtain ilicfiuem : Diiilo lili;K Sioii : Kccc lex
tUIIS ÏCMlil lil'i IIKIIISIIL'IIIS.
Or, tout ceci se fil, a fut que celte parole du proplièw fut lu-coiiiplie : Dites a lu fille de Sioti : Voici votre Ibit qui vient à vous, plein de douceur (S. Mollit., cit. .\.\l).
Sire, le[)roplièle l'avait prédit, que le Sauveur du miinde entrerait dans .lérusalem glorieux cl triomphant ; et c'est dans le mystère de ce jour (juc celte parole du prophète devait s'accomplir, et qu'en effet elle s'accomplit. Mais, du reste, pourquoi les Juifs reçoivent-ils .lujourd'hni le Fils de Dieu avec tanlde pompe et tant de solenniié, et d'où leur vient ce zèle qu'ils font paraître pour lui rendre des honneurs qu'il n'en avait jamais reçus?
Cent fois ils l'avaient vu parmi eux, sans «lu'à peine on pensât à lui ; mais , par un changement bien nouveau , l'Evangile nous le représente dans une espèce de triomphe , entrant au milieu des acclamations cl des applaudissements publics , escorté d'une foule de peuple , reconnu solennellement comme fils de David , et comme envoyé de Dieu : llosanna filio David : hrncdiclus qui vcnit 171 numine bomiiii [Mallli. XXI). N'en soyons point sur|iris, chrétiens, puisque les évangélistes nous en apprennent la raison. Il venait, ce Sauveur adorable, de faire un miracle dont le bruit s'était ré|)andu dans toute la Judée. La résurrectinn de Lazare, (le cet homme mort tlepuis quatre jours, et enfermé dans le tombeau (miracle que toutes ses circonstances rendaient incontestable; miracle subsisiant encore , dit saint Augustin , et que l'incrédulité , même la plus obstinée, ne pouvait désavoue!) : voilà de quoi les habitants do Jérusalem avaient été témoins; voilà ce qu'ils avaient admiré, et ce qui leur donna une si haute idée do Jésus- Christ. C'est donc en vue de ce miracle , et pour en reconnaître publiquement l'auteur, qu'ils courent au-devant de lui , portant des palmes dans les mains , et voulant honorer
par là, remarque saint ('hrysoslomc, la \'\etoirc que cet homme-Dieu avait remportée sur la mort. Tel est , mes chers auiliteurs , le précis de notre évangile dans le sens liistirique et lilléral : écoulez-en le mystère et l'application. Le temps approche, chrétiens, et nous le commençons, où Jésus-Christ , par une action spirituelle et intérieure, mais encore plus puissante et plus efficace , renouvelle ce grand miracle de la résurrection de Lazare, en faisant revivre par la grâce de la pénitence des âmes mortes par le péché, et conune ensevelies dans leurs habiludes criminelles. Après ce miracle, l'Kglise, que tous les prophètes nous ont marquée sous la ligure de Jérusalem, prépare à ce divin Sauveur une sainte et honorable enirée dans les cœurs des fidèles par la comnmnion pascale; et , pour me conformer à son dessein , c'est de c<'lle communion pascale (|ne je dois vous entretenir. Saluons d'abord la Vierge, qui eut avant nous le bonheur de recevoir ce Verbe fait chair, et de le porter dans son sein, .trc , Maria.
Deux sortes de personnes reçoivent aujourd'hui le Fils de Dieu dans Jérusalem: d'une part, ses disciples, qui faisaient profession de le suivre , et qui, par un engagement particulier, s'étaient attachés à sou parti; d'autre part , les pharisiens , les prêtres, les docteurs de la synagogue, qui, par un aveuglement extrême, rejetaient sa doctrine, cl s'étaient secrètement ligués contre lui. Ses disciples le reçoivent avec respect, avec ferveur, avec joie; et voilà pourquoi il \ient à eux comme en triomphe, cl même, selon la prophétie , en qualité de roi : /s'cce rcx luus venit tibi mansuelus {Mallli., XII). Au contraire, les pharisiens le reçoiveni avec des sentiments d'aigreur, et dans la résolution de faire bientôt éclater leurs pernicieux desseins et de le perdre; c'est pour cela qu'il vient à eux comme un ennemi, et que le Sauveur verse sur ces aveugles des larmes de compassion : Vidcns civilalem, jlevil super illam (Luc, XIX). Deux idées bien nalurelbs de ce qui se passe encore chaque année dans la communion pascale , et dont je vais faire le partage de ce discours. Car prenez garde, chrétiens, dans le triomphe dont les disciples de Jésus-Christ honorent ce divin Maître, je trouve l'iilée d'une sainte et parfaite comnuinion : ce sera la première partie; mais, dans la manière dont ce même Dieu fut reçu des pharisiens, je trouve l'idée d'une communion indigne et sacrilège : ce sera la seconde partie. Pour les justes, qui sont les vrai» fidèles, le Sauveur vient comme un roi débonnaire et bienfaisant; mais, pour les im- |)ies engagés et obstinés dans le crime, il vient comme un ennemi terrible et redoutable. C'est tout le sujet de votre attention.
PREMliïRË PARTIE.
Voulez-vous savoir, chrétiens, ce que c'est, à proprement parler, qu'une communion faite en état de grâce? Ecoutez saint Chrysostome; il va vous l'apprendre. C'est, dit a^ Père, une réception solennelle que nous faisons à Jésus-tjiirist dans nous-uiéuics; el