‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 76 sur 132 · ATEURS SACRES. BOURDALOUE · texte numérisé non relu

ATEURS SACRES. BOURDALOUE

Une entrée trioniiili.mle que Jésus-Christ Hiit dans nous. Pouvail-il s'en expliquer plus noblement, et n'ai-je pas eu raison de m'atlaclier d'abord à sa pensée , pour vous dire que le triomphe cl l'entrée du Sauveur du monde dans Jérusalem, est la plus juste idée d'une bonne comiiuinion?

Mais, afin de mieux comprendre !a chose, examinons, chrétiens, toutes les rirconslances particulières marquées dans l'Evangile, et voyez si le dessein de Dieu n'a pas été visiblement de nous proposer le modèle le plus parfait de l'action la plus sainte du christianisme , qui ist la communion? C.ir, premièrement , cet Homme-Dieu est reçu avec honneur dans Jérusalem ; mais jiar qui ? par ses amis, par les sectateurs de sa doctrine, par ceux que l'on distinguait dans la Judée pour être du nombre des siens; en un mot, par ses disciples, qui, malgré l'envie, ne laissaient pas de faire un parii considérable, puisque saint Luc témoigne qu'ils accoururent en foule : El cccpcrunt otnncs tnrhœ discipulorum gandcntcs laudare {Litc, XIX). En second lieu, ces fervents disciples, transportés de zèle pour la personne de leur Maître, n'attendent pas qu'il soit aux portes de la ville pour se disposer à le recevoir. Au premier bruit qu'ils entendent de sa venue, ils sortent de leurs maisons, et, par respect, ils viennent au-devant de lui : El cum cnidisfent ipiia renit Jrsus , procesxerunl obvium. (Joan., XII.) De plus, ils se présentent à lui, les uns portant des branches de palmiers: Accepcrunl ramos pidinarum (Ibid.); et les autres avec des branches d'oliviers qu'ils coupaient sur la montagne, selon la remarque expresse de l'Kvangili'. Or. la palme est le symbole de la victoire et ^oli^ e le signe de la paix; ce qui ne fut pas sans mystère, comme je vais vous rexpli(iuer. lùifui ils se dépouillent de leurs vêlements, il les mettent sous les [lieds de Jésus-Christ en les étendant le long du chemin par où il devait passer : Plurimn autrm litrhn strarcrunl rr.'^Uincnla sua in via (Malili., XXI). Excellente idée de la communion des justes, et des saintes dispositions qu'une âme chrétiennedoil appi)! 1er à la participation du corps de Jésus-Christ et de son adorable sacrement. IMais ce n'est pas assez pour nous d'en a\oir l'idée; Dieu >eut que nous nous l'appliquions dans la |iralique, et ijiie, d'une ligure, nous en fassions une vciilé. Tâchez donc, mes eliers audileurs, à Itien enir.rdans les saintes leçons <|ue j'ai à vuns faire.

Il f.iut être disciple de Jésus Hlii i^t pour mériter de le rece\oirdans son sacrement, et c'est la première disposition. Mais ne sommes-nous pas ions ses dis( ipics en qualité de chrétiens? il est vrai, mes IVèns, et je le sais; mais je dis (jue , pour particijier au divin mystère , il ne sullit pas d'être disciple du .Sauveur par une profession extérieure, qui soin eut ne fait qu'augmenter notre indifiiiiê, quand elle n'est pas soutenue du reste : il l'ajonlc (ju'il le faut être en esprit et par l'U senlimi ni de religion, puisque, sans cela, iiien loin que Jesus-Chrisl nous avoue pour

ses disciples, il nous regarde comme ses ennemis. Or, il s'est lui-même déclaré qu'il ne voulait faire la l'âqne qu'avec ses disciples. Mais il ne parlait alors que de la Pâque jnda'ique qu'il allait célébrer selon la loi. Ah 1 j'en conviens, répond saint Chrysostome ; mais, s'il parlait ainsi de l'ancienne Pâque, que pensait-il de la nouvelle, qui devait être le don des dons, et la plus excellente de toutes les grâces? cl s'il fallait être son disciple pour manger avec lui une Pâque qui n'était que la figure de son corps , (lue ne faut-il point être pour manger celle qui n'est rien moins que la substance même de son corps ? Enfin, n'est-il pas de la foi que tout ce qui s'observait dans la Pâque des Juifs était une leçon pour nous , mais une leçon exacte et précise de ce qui devait être accompli dans celle des chrétiens?

Qu'il n'y ail donc personne assez téméraire, concluait éloquenunent saint Chrysostome, pour prétenilre à cett<' Pâque en recevant l'Agneau véritable qui y est immolé, sans avoir ce caractère particulier de disciple de Jésus- Christ. Qu'il ne s'y présente point de Judas, point de pharisiens, c'est-à-dire point de traître, point d'hypocrite, point de simoniaque , ni de profanateur des choses saintes ; ce sont les paroles de ce Père: Nemo ucccdat nisi cimiciis : inilln.i nvnnia, 7uillus firncratnr-, nullits iir.pudicus {Clirijs.). Car je vous avertis , ajoutait ce saint docleur , que celle divine table n'est point pour eux: Nnm el laies liœc mcnsa non sn^-tcipit {Jdem). S'il y a un disciple fidèle et sincère, qu'il vienne, parce que c'est lui qui, par le choix de Jésus-Christ même, y doit être admis: Si quia efl disripuhts, adsii (/(/.). Pour les ;r,ondains, pour les sensuels, pour les scandaleux et les impies, ils en sont ex- . dus ; et s'ils osaient y paraîtic, nous, qui sommes les prêtres du Seigneur el les disl>insaleurs de ses mystères, nous ne craindrions point d'user du pouvoir que le Dieu vivant nous a mis en main, pour leur en interdire l'Lisage. Fût-ce le premier con(|uérant du monde qui s'y présentât : Sivc princeps mililiœ (/</.); fût-ce le jiremier nninarquc du monde : Sivc impcralor , nous lui ferions eiilenilre les défenses el lesmenaeesilu souveraiiiMaîtredout il viendrait profaner le céleste ban{|uct. t7esl ainsi que cet homme de Diei., s'ac(i:iitlant du même ministère (jue moi, prejiarait le |)euple d'Antioclve à la plus irniiort mte aeliim du christianisme ; el tel est l'ordre i|ue le grand apôtre avait intimé à liinte r(';j;lisc par ces courtes paroles, mais <;ui, selon le concile de Trente, coniprennenl en .ihiêgé ttjulcs les dispositions lequises pour avoir part nu saircnuMit du Eils de Dieu : Vrnbi'l niitem scip^'uin lioniii (I Cor. . XI). Que l'homme donc s'éprouve luimême , c'esl-à-dire ([u il se consulte luinu''ine, qu'il interroge son creur, cl que, sans s'aveugler, sans se Hatter, il examine devant Dieu s'il est, en effet, de ceux (|ni appartiennent à Jésus -Christ , et que Jésus- Christ reconn.iît pour ses vrais disciples. Car si nus consciences ne nous rendent pai

rr.7

c.vhfme. skrmon \\\i. siiii la communion pascalf.

{^ris

sur ce poinl un U'Miioij;nn;;o favorait'.o, il (lu'nvoc liumililé nous no puissions nous f;!orifior (lo co beau nom, il ne nous est point porniis de faire la l'àipio. et nous n'y devons |)as penser. Je me lroini)e, cliréliens , parlons plus corrcrlement, cl disons que nous y devons penser et y penser cflu-acemcnl pour l'honneur de Jésus-Christ même; et si, pour n'y avoir pas pensé, nons manquons à le recevoir dans celle Pâquc solennelle, nous commettons un nouveau crime, et nous désobéissons à ses ordres. O''^'' ''i>'it''.' l'orili'c de Jésus-Christ esl-il que nous le recevions sans être du nombre de ses disciples? A Dieu ne plaise, chrétiens, puisque c"est ce qu'il a le plus en horreur, mais il nous ordonne de nous déclarer ses disciples, et si nous n'avons pas été jusqu'à présent de ce Domlire, il \etit (|ue ni>us coinmencions à en être, pour satisfaire à l'oblistation indispensable où nous Sdinmes de prendre |>lace parmi les conviés ((u'il fiil appeler. S^oilà le précepte , non - seulement eeelésiaslique, mais divin, qui vous est aujourd'hui siiinifié par les pasteurs de vos âmes : où le Sauveur des liommes, de (luelque condition que vous soyez, vent célébrer la l'àque avec vtius. A'ous clés indiijnes de celle i^ràce, mais il veut que vous vous en rendiez dignes ; vous êtes péeheurs, mais il veut que vous deveniez justes ; vous êtes dans les engagements criminels du monde, mais il veut que vous en sortiez et que vous vous mettiez en étal d'approcher de lui. Poinl d'excuse ni de délai ; son ordre presse et il lui faut obéir. Dans les autres temps do l'année, peul-élre auiiez-vous droit d'user de remise et de vous prescrire un terme pour former celle résolution ; mais .lujourd hui il n'est plus((Ueslion (le résoudre, il est temps d'exécuter et d'accomplir. Le terme est échu, cl le .Maître des maîtres vous envoie dire que c'est chez vous que celle l'àque se doit faire: Mcçjistcr iUcit:Apu(l lef(lci()pns(■ll(l'^Maltlt.W\\)■Vouv cc\<^, il faut (]ne voire cœur, ([ui est comme le dotnicile et le saneluairc qu'il a choisi, soit purifié p ir la pénitent e, et le même commandemenl qui vous engage à l'un, vous oblige à l'autre. Par conséquent, il faut rompre vos liens, cl, par de généreux ciïorls, vous dét'icher une fois de la créature et de vous-mêmes. Et c'est en quoi le préceple du Fils de Dieu est ad^nirable, je veux dire en ce qu'il vous met dans une si heureuse néressiié. Car il ne s'agit pas moins pour vous que d'clre, ou des sacrilèges, ou des excommuniés ; d( s sacrilèges , si vous recevez ce Dieu de sainteté sans vous y être disposés par une conlrilion sincère ; des excommuniés, si, par votre impénilonce, vous vous trouvez hors d'état de le recevoir.

Cependant il ne suffit pas d'être disciples lîu Sauveur pour mériter qu'il vienne à nous, ii faut encore aller au-dcvanl de lui et le prévenir. Vous savez cornaient ces troupes, sorties de Jérusalem , s'avancèrent jusque vers la montagne des Olives, n'allendanl pas que Jcsus-CiuisI fùl arrivé jiour commencer les honneurs de l'entrée qu'un devml lui

faire: Cuni audisscnt quia viiil, proce^ncruiil ubviinn ci (Joan. XII'. Ainsi, par un mouvement de ferveur, anticiper la venue de ce Dieu-Homme, c'est une secoiule disposiiion nécessaire pour le recevoir selon les règles cl l'espril de la vraie piété. Je m'expliiiue: car, faire ce qui se pratique aujourd'hui el ce (juc la lâcheté du siècle n'a rendu i|ue trop commun ; se réserver jusqu'au jour de la communion même pour y penser ; différer à la solennité de Pâques les préparatifs que la religion demande ; croire s'être ac- (liiilté de S(Mi devoir, parce (|u"on a jins (pud- (jues moments pour se recueillirdevant Dieu ; venir à la hàle et dans 1 1 foule s'accuser de ses désordres, el immédiatement après se lirésenler à la sainte lable ; confondie les exercices de la pénitence avec la communion, el souvent comtininier sans avoir l'ail aucun exercice de pénitence ; ah! chrétiens, c'est une indignité, et (luiconque agit de la sorte, attire sur soi l'anathèmc de sainl l'atil, qui lui reproche de ne pas faire un juste discernenu^nt du corps du Sauveur, el qui le menace de manger avec celle viande celesie sa propre condamnation. Je parle à vous, mes chers auditeurs, (]ui, dans la profession que vous faites d'une vie mondaine et dissipée, api)rochez plus rarement de ces sacrés my.stères, et qui vous contentez pcutêirc une fois, dans le cours d'une année, de manger ce pain établi par Jésus-Christ pour être le pain de lous les jours ; c'est vous que ceci regarde. Car, pour les ànics innocentes, (lui en font leur nourriture ordinaire, quoi- (|u'elles aient absolument sujet de craindre, ciles ont encor(> plus droit d'espérer. Une communion les dispose à Taulre ; la vie régulière (lu'elles mènent, les bonnes (ruvres qu'elles praliquenl, leur assiduité à fré{juenler les autels, tout cela, dans la doctrine des l'ères, leur sert de préparation el d'une (iréj)aralion continuelleau divin sacrement. Jîais |)our vous, qui tenez une conduite directement opposée; pour vous, qui V(Uis faites un devoir non-sculemcnldêtredu monde, mais de vivre selon les ma xi mes du monde ; pour vous, dont les liaison s, les habitudes, les divertissements, les emplois ne sont qu'un enchaînement de péchés ajoutés sans cesse les uns aux autres ; pour vous, ((ui n'avez aucun usage des choses de Dieu el qui passi z les années entières sans faire peul-élre une réllexion sérieuse sur l'affaire de voire salut ; pour vous, dont le dernier soin est de veiller sur voire cœur, et qui, vous étant formé une conscience libre, disons mieux, une conscience libertine, ne trouvez rien de plus commode que de n'y rentrer jamais el d'ignorer toujours ce qui s'y passe ; poi^r vous, enfin, qui ne conmiuniez (]ue par ja ue sais quelle bienséance, cl (luand le pr*. <eple vous y oblige ; allendre a vous disposer que vous soyez au jour précis où vous devez satisfaire à celle obligation, c'est mépriser votre Dieu el faire outrage à son sacrement ; c'est anéantir l'elTet dosa venue, c'est vous exposer vous mêmes à un scandale pres(iue inévilable.Car, enfin, mon frèic, dirais -je à un de ces pécheurs, si vous

fi.M OtiATKlJllS SACHES. BOLUDALOUE. S';0

vous Jiilicssez a iimi d.nis ( rs jours do solcti- plus roup.ililcs (iiio plusieurs de nous, vl le nilé, cl (|uo je ne vous |rou\(' pas eu i'ial de rorps de Josus-Clirisl (|u'ils dcvaieul recercccvoir crllc fçrâcc de récoiicilialioii , saus voir, n'élail pas plus saint ni idus vénérable laquelle il ne vous esl pas pcnuis de coin- pour eux que pour nous. Mais aujourd'hui munier (or, ([u'y a-l-il de; plus onlinain; à l'on a trouvé niojen dabrc^Jcr leschoscs, cl, des lioninios comme vous?), que ferai-je si je puis me servir de cède e\prebsion, d'en alors '? Vous ac(ordcrai-je la f!;râie de lai)- olre <]uille à bien moins de Irais. solution que vous me demandez? je trahirai Je ne dis point ceci pour favoriser aucun donc mon miiiislère. Ne vous l'accorderai je sentiment particulier, cl je n'ai même pas pas? il liiKlra donc que vous ne manyiiz besoin de juslilication sur cela ; mais en vé- [ir)int l'Agneau avec le reste des (idèhs, et rite, mes cliers auditeurs, avouons-le , à nuque vous soyez absent de la table de Jésus- Ire confusion . nmis avons bien de};énéré , cl Chrisl. Si je vous y admets, je suis prévari- nous dégénérons bien encore tous les jours cateur et je me damne avec vous ; si je vous do la sainlelé de notre foi. De lous ceux à qui en exclus, vous scandalisez l'Eglise, \ojez- j'adresse cette insiruclion et qui composent vous l'extréniilé où vous vous jelez, pour vraisemblablement la plus nombreuse partie n'avoir pas pris les mesures ((ue la loi de de cet auditoire , c'esl-à-dirc de lanl de per- Dieu et la prudence chrétienne vous prescri- sonnes engagées dans le péché, à peine peutvaienl? One, par considération [lour votre élre y en a-t-il quelques-uns qui aient faille personne, j'inléresse l'honneur du sacrement moindre elTort pour se disposer à la commuqui m'a été confié , c'esl à quoi il n'y a pas nion pascale, l^in dis-je trop cl serais-je assez d'apparence que je nu; détermine jamais. Je heureux pour me tromper? Cependant, à celle sais trop quelles sont les bornes de mon pou- l'été procliaine , on verra des hommes tout voir, et l'éclat de votie fortune el de voire corrompus de vices, des Lazares encore cndignilé ne m'éblouira pas. Ou'arrivera-t-il sevelis dans rini(|uilé, des morts, uon pas de donc? ce que je dis : (|u'il n'y aura ni Pàque, quatre jours, mais de quatre mois, mais de ni sacrement, ni culte de religion pour vous, quatre années, qui se produiront à la face de el qu'ensuite on vous remarquera ; que celui l'Eglise, et qui, pleins d'une confiance préqui se trouve chargé, connue pasteur, du somptueuse, demanderont tout à la fois ((u'on soin de voire âme, en sera dans l'inquiétude les délie, qu'on les ressuscite et qu'on les fasse cl dans le troulde ; que votre mauvais exem- asseoir à la table du Seigneur. Ahl mes frères, jile se communi(|uera , (jue le liberlinage s'écriesainlBernard, il n'appartient qu'auSei- [irendra sujet des'en prévaloir, et que vous gneurlui-mcme d'opererdescniblablesprodiserez responsable de l'abus qu'il en fera, ges; notre juridiclion et notre puissance ne lioiir(]noi? parce que vous n'avez pas usé de s'étend point jusque là;ce miracle estau-desla diligence nécessaire pour vous préparer, sus de nous. Que faut-il donc faire?Ce que font Si, dès, l'entrée de ce saint temps, convaincu ces troupes zélées qui sortent de Jérusalem el comme vous l'étiez ihulésordre de votre con- qui se mettent en marche du moment qu'elles science, vous eussiez eu recours au remède apprennent que Jésus-Christ approche : Cum que l'Eglise vous présenluil, et que, paruue audisscnt, pi-occsscnint ( Jor»!., XII ). Vous prévoyance chrétienne, vous fussiez venu lapprcnez vous-mêmes, chrétiens, el je dès lors vous souniellre à son tribunal, on vous l'annonce actuellement de sa pari : aurait mis ordre à tout. \'ous n'éliez pas en- lîcce fjionsus vciiil (Mallh., XXV). Oui, mes corc en état de participer au corps de Jésus- frères , puis-jc vous dire , voici l'époux qui Chrisl, maison vous y aurait disposé ; vous arrive; il est presque aux portes de voire étiez trop faible pour manger ce pain de vie, co-ur, el dans fort peu de jours il y doit faire mais on vous aurait fo. tifié , on aurait guéri son entrée. Ne vous laissez pas surprendre : vos plaies, on vous aurait excité à sortir de E.iiic : Sorlez, pour ainsi dire, hors de vousvoshabiluilcs. on vous aurait fait passer par mêmes, hors du lunuilte de vos passions, les épreuves de II pénitence ; et, api es les hors de l'embarras de \ os intrigues malheuéprcuves de la pénitence, revêtu de la robe reuses, hors du trouble et de la dissipation de noces, on vous recevrait enfin niaintenanl où vous jettent vos alïaires temporelles. Ne dans la salle du festin. Aussi est - ce pour ressemblez pas à ces vierges folles qui s'encela , chréliens, (|ue le carême est instilué, dormirent ; mais tenez-vous prêts et allez auel nous apprenons des anciens conciles, ijuc, devant du maître qui vient v ous visiter : Exite dès les premiers jours de ce jeCine solennel, ohvinm ei. Si vous avez dilTéré jusqu'à ce on obligeait les fidèles à se sanctifier, c'est- jour, après vous en être confondus devant à-dire, dans le style de l'Ecrilure, à se puri- Dieu , appliijuez-vous à réparer ce que vous fier par la confession, el qu'on les préparait avez perdu de temps. Considérez el la sainainsi à célébrer dignement la PfKiuc. S'il y tcté de raclion que vous avez à faire et la avait même des pécheurs publics, on les fai- grandeur du Dieu (jue vous avez à recevoir, sait paraître, dès le jour des cendres, cou- l'our lui faire un triomphe sorlabb; et converls de cilices, pour les initier, si j'ose par- forme à ses inclinations , n'oubliez pas d'cu- 1er de la sorte, et les agréger parmi les pé- voycr les pauvres devaut vous, chargés de nilenis. \'oilà comment on en usait, cl nous vos libéralités el de vos aumônes. Il y en a voyons encore dans quelques églises des ves- d'abandonnés dans les prisons , de languistiges (l'une discipline si religieuse et si loua- sants dans les hôpitaux, de honteux dans les ble.Toutefois ces pécheurs, rcmaniue le doc- familles : cherchez-les pour les soulager et leur angélique, saint riioiiias, n'elaient pas ils se joindront à vous pour vous seconder.

CAUEME. SERMON XXM. SIU LA (OMM LIMON l'ASCALE.

Mais surtout souvem-z-vous de la grandi- leçon du Propliùte, contenue dans ces paroles : Prœoccupemus faiiein ejus ht confcssionc. {Ps. XCIV). Avant que ce Dieu de filoire \ienne à vous , prévenez-le et gagnez-le par une confession exacte et sincère de tous les dérèglements de votre \ie. N'atlendez pas jusqu'au moment qu'il faudra lui donner le b .iser de paix ; votie bouche serait encore infectée de l'impureté de vos crimes. Dès aujourd'hui, s'il se peut, déi hargcz-vnus de ce fardeau pesant qui vous accable, alin (jue votre âme libre et dégagée puisse av.mi er à plus grands pas vers ce Seigneur ijui daigne bien descendre pour vous du trône de sa majesté. VA quoi, mon fière, reprend saint Chrysostome , si , présentement el à l'heure que je vous parle, on vous annonçait que le plus grand roi de la terre vient en personne loger chez vous, que c'est lui-:!)ème qui , |iar un choix particulier, a voulu vous gratifier de cet honneur et qu'il ne prétend rien moins par là que de vous anoblir pour j.imais, que d'établir votre fortune et de vous combler de biens, que ne feriez-vous pas? quels soins, quels empressements , quelle activité '? (Jue ne faites-vous pas même tous les jours pour un ami , et comment en usez-vous '! I^cs comparaisons sont familières cl communes ; mais c'est pour cela même, dit saint Chrysoslome, que les prédicateurs de l'Evangile doivent s'en servir, parce ()u'elles rendent les choses plus sensibles et qu'elles font toucher au doigt les plus essentielles obligations du chribtianisme

Je dis plus. Pour recevoir Jésus-Christ dans la communion, il faut aller au-devant de lui; mais comment'? comme les disciples , avec des branches de palmiers et d'oliviers; troisième circonstance d'où je tire une troisième instruction. ^Oici ma pensée : Accrpcrunt riimus palmarum (Joan., XII) : Ils prireni , dit saint Jean, des palmes dans leurs mains: Alii aultm cwdcbant frondes de arboribus { Marc, XI) : Les autres coupaient des branches d'arbres; or ces arbres étaient des oliviers, puisque ce fut sur la montagne mémo qui en portait le nom, que les disciples allèrent trouver le Fils de Dieu : Et ciim appropinquaret jam ad dcscensum montis Olivcli ( Luc, XIX). Que signifie cela? Rien de plus évident , dit saint Augustin , que ce qui nous est enseigné par le Sainl-Esprit et marqué sous ces deux symboles : c'est que, ni vous, ni moi, ne de\ons point approcher de Jésus- Christ, si nous ne portons la palme en témoignage de la victoiie que nous avons remportée sur le péché , et l'olive pour signe de la paix que nous avons conclue avec Dieu. Prenez garde, chrétiens , saint Augustin ne dit pas que pour bien conununicril suffit d'avoir remporté quelque avantage sur l'ennemi, ni que nous devions nous contenter d'avoir fait avec lui une simple trêve, et que ce soit assez de nous être soustraits pour un temps de sa servitude et d'avoir gagné sur lui , ou plutôt sur nous-mêmes , une réforme de quelques jours. Car cet espril séducteur ne vous la disiiutcrapas, puisqu'il l'accorde aux iiUislibcr-

tins et que c'est un artifice dont il se sert pour se les attacher encore plus élroilement. Il y a peu de pécheurs si abandonnés (jui, dans ces saints jours, ne se modèrent , ne se contraignent et n'allecteni tout l'extérieur d'un chrélien touché et converti. Mais cela n'est rien, mon cher audileur; ce n'est point là ce (juc Jésus-t^.hrist attend de vous, ni le point de prali(|ue que l'on vous prêche. (>n vous dit (lue pour recevoir cet Homme-Dieu, il laul que vous vous ])réscntiez à lui avec la palme , c'est-à-dire après avoir vaincu vcri-tahlemen'. , elficacemeni, ijarfaitemcnt le péché (jui règne en vous. Or, vous savez que , dans celle guerre spirituidle, les trêves et les suspensions d'hostililé n'ont point communémenl d'autre effet que de forlifier de plus en |dus votre ennemi , ()ue d'allumer la passion que d'irriter la cupidité, ^'ous succomberez donc, par des rechutes encore plus dangereuses , à de nouvelles attaques. Après un intervalle de liberté et de fausse paix , vous vous trouverez plus esclave et plus pécheur que vous ne l'aviez jamais été, et, si cela est, vous n'êtes point du nombre de ceux dont Jésus-Christ puisse être reçu en triomphe, il faut avoir la palnu' et être vainqueur ; autrement vous n'avez point de droit de vous joindre aux troupes de ses disciples : pourquoi ? parce que vous êtes encore dans les fers et dans la tyrannie du prince du monde. Il s'agit d'en sortir une bonne fois et de faire le même effort que l'Kpouse des cantiiiucs , lorsqu'elle disait ; Ascendain in palmam, et apprehendam fructus ejus (Cant. \II) : Oui, la résolution en est prise ; je monterai sur le palmier et j'en (uiill( rai les fruits. (Juels sont ces fruits? les fruits dune salutaire pénitence. Jusqu'à présent, diiez vous , je n'en ai pris que les feuilles; je n'en ai eu que les apparences , que les dehors, que les belles paioles, que les idées, que les désirs inutiles et inefficaces; mais, aujourd'hui, ji' suis déterminé à monter plus haut, et j'en veux prendre les fruits : Ascendam in palniam, et np~ preliendam (niclus ejus. Il y a trop longtemps (juc Dieu me sollicite et je ne puis plus lui résister. Ces fruits ne seront pas au goût de la nature; mais la charité, dont le goût est bien plus exquis, m'y fera trouver des délices qui surpassent tous les plaisirs des sens. C'est ainsi, dis-je, chrétiens, que vous devez agir et que vous ferez triompher Jésus- Christ.

Enfin, les disciples sedépouillèrentdeleurs vêtements, et les étendirent dans le chemin par où le Fils de Dieu devait passer : Plurimn lurba slraverunt vestimcnla stia [Matih., XXI ). Cérémonie dont je voudrais inulilcirienl vous développer le mystère, puisque vous le comprenez déjà; cérémonie qui, par elle-même , vous instruit bien mieux que moi de cette grande vérité, que pour recevoir dignement le Sauveur des hommes dans le sacrement de ses autels, vous devez quitter tout ce qui s'appelle supcrlluité mondaine, surtout cette superfluité d'habits, d'ajustements, de parures, qui, selon la pensée de Tcrlullien, est conime une idolâtrie et une

Page 1