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OUATEURS SACRES. BOURDALOUE.
csi^^cc (!,' cuKc que vous rrndpz à voirc corps; que vous dcvcx, dis-ju , la quitter, non p.'ir des ronsidi^r.ilions humaines, iii.iis par un rcipi'ct religieux. On vous l'a dit lant (le fois, nirsilanies, et piisonne ne le doit mieux savoir que vous-mêmes; vous le reconnaissez devant Dieu , conihien ce luxe profane est opposé à l'Iiuinililé de votre religion, de coml)ien de péchés il est le principe, ù comhien de scindales il vous expose. Mais ce que je ne puis comprendre, c'est qu'élanl aussi portées que vous l'êtes à tout ce qui regarde la vraie piélé, on vous engage néannioins avec tint de peine à la pratique de ce délachemcnt. Ce que je ne puis comprendre, c'est qu'après tant de rcmonirances (juc l'on vous a faites, après les règles (lue vous a données saint Paul , l'organe et l'interprèle du Saint-Esprit ; après les exhoriations pressaiiles des Pères de l'Eglise, qui ont Irailcce point de morale comme un des plus essentiels à voire état; après votre propre espélience, plus capable de vous convaincre que loi's les discours, vous contestiez encore avec P'ieu pour conserver ces restes du monde dont on ne peut vous déprendre. Ce qui m'étonne, c'est qu'après lant de communions, on en voie toujours parmi vous d'aussi passionnées pour cette vanité, d'aussi affectées dans leurs personnes, d'aussi curieuses de plaire (jue les âmes 1rs plus libertines et les plus déréglées. Voilà ce qui me surprend. Mais ce scandale ne cessera-t-il poini, et rcfuserez-vous à Jésus-Christ, je dis à Jésus- Christ entrant dans voire cœur, un sacrifice aussi léger, et néanmoins aussi nécessaire et aussi agréable à ses yeux que celui-là? Ahl mes frères, conclut saint Ambroise, quel avantage pour vous de pouvoir faire un triomphe à votre Dieu des mêmes choses qui font le sujet de vos désordres! Quelle consolali<in de le pouvoir honorer, non-seulement de vos superfluités, mais de vos vaninilés mêtiies 1 II faut mettre sous les pieds de .lésus-Christ tout ce que l'orgueil du monde invente pour se donnci' un faux éclat et pour se distinguer. C'est ainsi que vous sanctifierez la communion, et que la communion vous sanctifiera. Car écoutez ce que .lésus- Christ fera de sa pari. 11 viendia dans ^ous comme nu roi, mais comme un roi triomphant; et c'est ce qu'il m'ordonne lui-même de vous annoncier : Uicite fiiiœ Sion : Eccc rexhtus rcnit (Mallh., XXI) : Dites à la (ille de Sion : ^"oici votre roi qui vient. Or, (luelic '■st celle fille de Sion dans le sens même de la prophétie, c'est l'àme juste, et c'est proprement dans la communion que cette prophétie a son effet. Oui, chrétiens, c'est alors que le Fils de Dieu fera son entrée d.ins vous en souverain et en roi. Car la fui nous ap- Vrend qu'il est roi, cl, selon les termes formels de saint Luc, son royaume est au milieu de vous : Regnum Dei iiilra iws est {Luc, X\'II). Le ciel et la terre lui sont absolument t^oumis ; mais c'est dans le cœur de riionuuc, dit saint Augustin , qu'il se plaît surtout à léguer : pour(]uoi? jiarce qu'il le regarde. Boursuilce saint docteur, comme un royaume
de conquête. Il veut y être reçu, et y établir sa demeure. Or, quand je communie en état de grâce, il est vrai de dire , non-seulement que Jésus-Christ est en moi, mais qu'il y est eu souverain; qu'il y règne , qu'il y commande, qu'il s'y fait obéir, qu'il y lient toutes mes passions sujettes sous la loi de son amour; qu'il y réprime ma colère, ([u'il y éloulTe mes vengeances, qu'il y domine ma cupidité; en un mot, qu'il est mon roi : Fccp rex tiius.
Si je m'arrêtais à cette première vue que ma religion me donne, je demeurerais saisi de frayeur; et, surpris de la présence d'une si haute majesté, je m'écrierais avec saint Pierre : Exi a me, qiiin lioma peccalnr sitm ( Luc, V) ; Uelirez-vous de moi , Seigneur, parce que je suis un homme rempli de misère et de faiblesse. Mais ce Dieu de gloire, par un artifice et un prodige de sa charité, m'apprendra à ne pas porter trop loin ce prétexte, quoique spécieux, d'uiu' défiance respectueuse. Car, s'il vient à moi, c'est en qualité de roi débonnaire et plein de douceur : iJicile filiœ Sion : Ecce rex tiiiis venit libi mnnsuelus [Matth., XXI). Non, non, dit saint Chrysostome , sa grandeur n'est point un obslade qui l'empêche de s'humaniser avec nous, et de s'incarner en que'que sorte dans n lUs; et nous n'avons pas les premières idées du mystère de son corps et de son sang, si nous ignorons qu'il se fait même une grandeur de celle condescendance infinie. Sa divinité était un abîme de lumières, dont nous aurions été éblouis : pour i\ous la rendre supportable, il l'a couverte du voile de son humanité. Son humanité aurait eu trop d'éclat ; il la cache sous les espèces d'un sacrement qui n'a rien à l'exlérienr que de simple et de commun. Ce sacrement, par ce (juil eonlient, aurait encore pu nous éloigner di; lui; il nous le propose comme un pain et comme une viande qui nous doit nourrir, et (Mie nous devons manger. Tout cela, pour nous faire entendre, ce qu'il dit dans l'Ecrifure, que ses délices sont de demeurer, tout Dieu qu'il est, avec les enfants des hommes, et qu'il ne veut être notre roi que pour avoir droit (le nous prévenir et de nous combler des bénédictions d(; sa douceur : Ecce rex luiis vrnit lilii mansuetus. Quand il entra dans Jérusalem, il n'y avait autour de lui que pompe et que magnifici-ni e, et cette magnificence était bien due à un Dieu aussi grand que lui; mais, dans sa personne, ce n'était (|ue nn>dcstie , que pauvreté , qu'humilité. Ainsi, (juand il descend sur l'autel , des millions d'anges y deseeudesit avec lui pour lui faire escorte ei pour l'accompagner. Ce n'est point là une di- ces pensées pieuses qui ne sont fondées que sur de légères conjectures. Saint Jean Chrysostome n'élait pointun esprit faible, et il nous témoigne lui-même (]u'il a vu ces légions célestes : Vicii ipse; qu'il les a vues, dis-je, s'assembler autour de Jésus- Christ et l'environner : Yidi ipsc Iwbns an- (jclorum c cœlo descendent htm [Chri/s.]. Mais, du resle, c'est sur ce même autel que ce Dieu d'amour obscurcit toute sa si)lendeur.
CAHF.ME. SF.UMON XXXI. SlTl !.\ COMMUNION PASCALP;.
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cVsl là (lu'il s'abaisse, là qu'il se fait petit et |inuvie, atin que uaus puissions avoir un plus l'aeile aeeès aupiùs de lui. t'.ar, s'il ne s'elait luiiiiilie, dit saint Aujçusiin , nous n'aurions jamais osé prendre cette divine nourriture et y loucher : Nisi cnim essel liutitilis , non mànducanlitr (Aii/j.). Ah! Seijjneur, je le reeonnais,et dès à présent je \ous rends tous les honmiaiies de respect, d'ohéissance, de reconnaissance, que je dois ^(>us reii Ire dans ma coinniunion. Il n'appartient iiu'à vous de joindre à une majesté inconiprélicnsihle de si prolonds abaissements. Si les rois de la lerre ne paraissaient (luedans Ihuiniliation et dans un ilénuenient enlier de toutes choses , ils ne pourraient soutenir leur royaulé. Mais la vôtre se soulient par elle-même, puis(iiie vous é!ès roi par vous-même , cl (jue votre souveraine puissance est inséparaliie de v<itre élre : liirite filiw Sion : h'ccr rc.r (nus iciiil libi miinsneltis (Miiltli., XXli.
I'.e|iendant, ciiréliens, prenez- vous parde a celle [larole : Ycnil libi? l'eut-èlre n'y pensez-vous pas; mais (]ue ne coniprenez-\oiis le don excellent qu'elle renl'ernie! Elle vous l'ait connaître (jue cet Homme-Dieu, dans la communion , vient , non-seulement à nous et pour nous, mais pour nous uiiiciuemcnt et sin|;ulièrenient ; en sorte que si nous étions seuls dans le monde c.ipables de participer à ce mystère , il sortirait encore du saucluaire où il réside, et des tabernacles où il repose, pour venir, avi'C toute la plénilude de sa divinité, prendre place d.iiis noire c(eur. El en efl'et, combien de fois vous at-il honorés de celle !;''ûce , sans que nul autre que vous se presenlât pour y avoir pari? el combien de (ois a-t-on pu dire que celait pour vous seul (juil (jiiiltait l'autel, cl qu'il était porté comme en triomphe parles mains des préircs : L'cce rcx tiius tenii libi? De \ous apprendre en détail les avantafres que vous devez tirer d'une union si intime avec lui , c'est ce qui demanderait un discours enlier. Mais je manquerais à mou sujet, et à ce qu'il me l'ournit de plus reinar- (juable pour votre instruction, si je ne vous disais pas que le Sauveur vient à nous pour opérer invisibiement dans nos âmes les mêmes miracles (ju'il opéra visiblement sur les corps, après sou entrée dans Jérusalem ; car l'Evangile ajoute que tout ce qu'il y avail de malades, d'aveugles, de paralytiques parut devant lui, cl qu'il les guérit : Tune acccsseriinl cœci et claudi, cl sanavil eos [Mallh., XXI). Or, ce n'est point une conjecture, c'est un point de foi, que l'elTet projirc de la communion ou plulùt de la |jrésencc de Jésus-Christ [Jâr la communion , est de guérir nos infirmités spirituelles, ces faiblesses, ces langueurs , ces dégoûts pour le bien, ces inclinations au mal , à quoi une âuie jusie et convertie peut encore élre sujette. Et pourquoi ne le ferait-il pas? Il guérissait bien les maladies les plus désespérées , par le seul attouchement de ses babils : aurait-il moins de vertu quand il nous est subslauliellemenl et si étroilcment uui? Oui , claé-
tiens, il veut guérir ces restes decorruplion que le péché, iiuoiiiiu- cITacé par la pénilenre , aurait laissés dans voire co-ui- ; et , si vous ne l'empêchez poinl d'agir, il fera dans vous des prodiges qui éililieronl loule l'Eglise, el qui vous surprendront vous-mêmes : de violents el de passionnés que vous étiez , il vous rendra doux el modérés, di' sei\suels el de voluptueux , pMicnts el uiorliliés; d>vains et d'ambilieux , humbles el soumis; enlin , il vous lransb)rmera en d'autres hommes. Allons donc à lui, mes frères; allons lui déccuivrir toutes les plaies de nos âmes , cl lui dire, connue le projdiéte : Snua me. Domine, et sanabor [Jcrem., W\\). Seigneur, vous voyez l'elat où j:' suis , me voilà atla- (]ué de bien des maux ; mais guérissez-nu)i , et je commencerai à jouir d'une sanlé parl'aile : Sana me , Domine, el sanabor .-je suis aveugle, éclairez-moi; je suis inronslani , alïermissez-moi ; je suis faible, fortilicz-nu)! : il n'y a que viuis, A mon Dieu! qui puissiez opérer ce miracle , el loule autre guérisou qui ne viendrai! pas de votre main, ne serait ((u'une guérison apparente : Sana me, Uomine , el fanubur ; il faut donc que vous y travailliez vous-même; niais, pour y trav.iiller el'(icacemcnl. Seigneur, c'est assez, (]ue vous disiez une i)arole : pronoiiciz-la , celte pande de grâce : Tanlurn die virbo {Matlli., VIII); diles à mon âme que vous êtes son salut, et elle sera sauvée : Die nnimœ mae : Sains tua cgu siim {l's. XXXIV). II le fera, ciiréliens; il \ ous sauvera; mais, du resle, après vous avoir donné l'idée d'une bonne communion , dans la manière dont les disciples reçurent le Fils de Dieu, voici l'idée d'une mauvaise communion, dans la manière donl il fut reçu des scribes el des pharisiens : c'est la seconde partie.
SECONUli p.u'.til:.
Si jamais l'oracle de Siméon s'csl accoii!pli dans la personne du Sauveur, eu sorte <[uc cet Hounne-DIeu, sujet tout ensemble lie contradiction et de bénédiction pour les hommes, ail été, au même temps, la résurrection des uns et la ruine des autres, on pi ut dire, chrétiens, que c'est parliculiérement dans le mystère de ce jour, ou plutôt dans ce qui nous est signifié par le mystère de ce jour; savoir, dans l'opposition !'\trêmc qui se rencontre entre la communion des jusies el la communion des pécheurs. En elVet, (jne peut-on ( onecvoir de plus saint que ce triomphe où je viens de vous représenler le Fils de Dieu béni par loul un peuple, et bénissant tout un peuple, recevant des honneurs et faisant des grâces , reconnu pour renvo\é du Seigneur et pour le Seigneur lui-même, agissant en cette double qualité, faisant des miracles, convcrlissant lésâmes, guérissant les malades, ressuscitant les moris? voilà la première partie de la prédiction vérifiée , et telle est la figure de la communion des fidèles, qui, dans l'état di la grâce, participent au corps de Jcsus- Chrisl. Mais voyez, au contraire, la Irisle image d'une coiuniuuion indigne el sacriléjje,
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ORATEURS SACRES BOURnALOl^E.
dans la réception que les pharisiens et Iiurs partisans l'ont au même Sauveur, lorsqu'il entre dans Jérusalem ; cl , par toutes les circonstances que j'y vais remarquer, jugez si l'effet n'a pas pleinement répondu à la prophétie : Ecccpositus est liic in ruinnm et in rcsicrrectionem mnltorum, et in siynum cui conirailicelur (Luc, 11) ; car, premièrement, les pharisiens et ceu\ de leur faction ne reçoivent aujourd'hui le Sauveur du monde que par une espèce d'hypocrisie, que par dissimulalion, que par je ne sais quelle nécessité qui les y eng.i^ie , que par crainte et par respect humain. S'il avait été en leur pouvoir de lui interdire pour jamais l'entrée de leur ville, c'est ce qu'ils auraient souhaité; mais l'évangélislo observe qu'ils craignaient le peuple : Timcbant vcro picbcm (Luc, XX); et Toilà pourquoi ils se joignent, liialgré eux-mêmes, aux troup'S des disciples, et ils se conforment extérirureineiit à eu\. Secondement, dès que Jésus- Christ paraît dans Jérusalem , ils coiniiicncent à former des desseins contre lui, ils conspirent contre sa vie, ils prennent des mesures pour le perdre : car ce fut ce jourlà qu'ils assemblèrent ce conciliabule détectable où la mort de Jésus, après bien des délibérations, fut enfin conclue : Collnjentnt ponliliccs et pharisœi concilium udvcrsus Jesum {Joan., XI). En troisième lieu, ils contredisent ses miracles, quoique visibles, quoique éclatants ; ils s'aveuglent pour ne pas les reconnaître ; bien loin d'en être touchés , ils en témoignent de l'indignation : Viilcntef anlem scribœ mirahilia ([uœ fccit , indifjnati sttnt (Mattlu, XXI). C'est ainsi qu'ils reçoivent le Fils de Dieu; et comment est-ce qn'e le Fils de Dieu vient à eux'? Ah! chrétiens , ne perdez pas ceci : dans la vue de ces intidèles, Jésus-Christ entre lénélré de douleur et versant des larmes : ViiUnscivitttlent. flcvit super illam (Luc, XIX); car (oui cela se trouve dans la suite de ce mystère. Il entre, non plus comme un roi bienfaisant à leur égard , mais , parce qu'ils ont méprisé ses grâces, comme un ennemi redoutable, pour être le sujet de leur réprobation et même de la destruction de leur ville : Non relinquent in lelopidem super lapidcm. (Ibid) : 11 ne restera pas , leur dit-il, pierre sur pierre : pourciuoi'? parce que vous n'avez pas connu le temps oîi votre Dieu vous a visités : L'o quod non cof/noveris lempus visittttionis luœ (Ibid.). Knlin, il entre pour exercer déjà sur les idi.irisiens la sévérité de sa justice, en les condamnant par avance, el prononçant conlie eux ce terrible arrêt : J)ico vobis, quia liipidcs clamubunl (Ibid.) : Allez, je vous annonce que ces pierres, c"él lient les pierres du temple , rendront un jour témoignage contre vous. Q.ie de rajiports avec la communion des pécheurs!
souffrez que j'en fasse en peu de muls l'applicalion.
Car, ce que firent ces pharisiens et ces ministres de la synagogue , qui ne reçoivent le Sauveur du monde que par politique, et parce qu'ils craignent le peuple, c'est ce ipie
font encore certains pécheurs du siècle, endurcis dans leur péché et nullement disposés à y renoncer, mais qui, néanmoins, veulent garder les apparences et sauver les dehors de la religion : hommes, dans le fond, ennemis de Jésus-Christ, mais qui n'osent pas se déclarer, et qui s'aveuglent quelquefois jusqu'à se le dissimuler à eux-mêmes; ils voudraient bien ne communier jamais, mais ils y sont engagés par des bienséances de condition et d'état , dont ils ne peuvent pas se dispenser : c'est un magistrat, el le scandale qu'il causerait retomberait sur sa personne; c'est un père de famille, qui serait infailliblement remarqué; c'est une femme de qualité, qui ferait tort à sa réputation; c'est un homme d'église , qui se décrierait et qui passerait pour un libertin. Il faut donc prévenir ces conséquences, et, pour cela, se présenter, au moins en ce saint temps , comme les autres , à la table des fidèles ; autrement il se trouverait un pasteur qui, pour satisfaire à l'obligation de son ministère, s'élèverait contre eus, qui parlerait, qui agirait, qui les noierait; et c'est, encore une fois, ce qu'ils ne veulent pas s'attirer. Assez hardis pour secouer le joug de la crainte de Dieu, ils le sont trop peu pour s'affranchir de la crainte des hommes : ainsi ils se dé-
terminent
a quoi.' a communier: mais
comment"? par une espèce de contrainte : Timebant vero picbem (Luc, XX).
De là vous jugez, chrétiens, ce qui accompagne ordinairement de semblables communions : c'est qu'au moment même où ces hommes perdus et impies reçoivent le sacrement de Jésus-Christ, ils conjurent contre lui dans le cœur; ils forment des projets pour satisfaire leurs passions brutales, et le jour de la communion devient pour eux un jour d'excès et de débauche. Voilà, mes chers auditeurs, ce qui arrive; et il vaut mieux vous le dire, pour vous en donner de l'horreur, que de s'en taire, tandis que vous êtes exposés à la contagion de cette impiété. On déclame tant tous les jours contre d'autres désordres , et l'on ne parle point de celui-ci ; mais c'est celui-ci néanmoins qui attaque directement la religion ; on insiste sur de légères imperfections qu'on remarque dans quelques âmes dévotes qui fréquentent les sacrements, et l'on ne dit presque rien des chrétiens sacrilèges qui profanent le corps de Jésus-Christ ; mais c'est contre eux qu'il faudrait employer le zèle évangélique. Si , de temps en temps, on leur représentait le malheur de leur étal, peut-être enfin y seraientils sensibles, et de vives, mais salutaires remontrances, les réveilleraient de leur profond assoupissement.
Au reste , n'attendez pas que Dieu fasse des miracles en leur faveur, puisqu'ils y mettent un obstacle presque invincible ; car, à l'exemple des pharisiens, el par un dernier trait de ressemblance, ils traitent tous ces miracles d'illusions; et quand nous leur disons qu'une communion bien faite osl capable de les guérir de toutes leurs faiblesses, ils s'en moquent , et ne nous répondent que
tAUEME. SERMON XXXII. SIU II. RI-TARDLMLiNT DE I, \ n.Mir.NC.r..
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par de piquaiiles cl de scand.iloiisos railli>rios. Il n") a iurnii seul miracle «nie la coiniiiunion 0|)ôre dans eux, el (|u'ils ne peuvent eini)èrlu'r; mais, quel csl-il ee miracle ? Ah 1 ihréliens , c'est (iiie ce sacrement , qui devait être pour eus une source de lumières , ne sert qu'à les aveugler ; c'est qui^ ce sacrement , qui devait être pour eux un moyen de conversion, ne seit qu'à les endurcir; c'est que ce sacrement de vie devient pour eux un sacrement de moi t, et d'um; mort éternelle. Je n'ai donc point de peine à comprendre pourquoi le Fils de Dieu ne vient à eux qu'en pleurant ; )'iilens ciiitatcm, flcvit super illdin (Luc, XIX). Comment ne pleurerail-ii pas! il voit (jue le même s.icrenient qu'il a institué pour la sanctilualion des âmes, va faire leur répiiihation ; il Vdit que ces pécheurs ((u'il voulait sau\er, au lieu de profiter du don le plus excellent, et (le la visite de leur Oieu, vont attirer sur eux, aussi hien que Jérusalem , toute la colère du ciel et ses plus redoutahles ven^'ranccs : est-il un sujet plus dii;ne de ses larmes? yiilens civilalein , fliril sujur illiiiit.
Mais, si cela est, ne vaudrait-il pas mieux ne point communier du tout (iiicde communier indiitnemcnt '? autre désordre, et désordre d'autant plus danç;ereux que le liherlinage qui l'a introduit s'en sert connue d'un prétexte pour s'autoriser et se mainlenir : il vaut tnieux, dites-vous, ne communier jamais, que de comuiunierindin;nemeul ; comme s'il pouvait y avoir du mieux dans unechose tjui est lin scandale, et un des scandales les plus 6\idcnls. Non, mon cher auditeur, l'un ne vaut j)as mieux que l'autre ; et celte comparaison, faite par ceux dont je parle, je veux dire parles libertins, marque un principe entore plus mauvais et plus corrompu ijue n'est la conséquence même d'une communion indigne; car ils ne raisonnent de la sorte que parce qu'ils sont impies, et déterminés à vivre dans leur impiété; ce n'est (loint par respect pour Jésus-Christ: ils font bien paraître dans tout le reste qu'ils sont jieu touchés de ce motif; ce n'est point en vue de la sainteté du sacrement : à peine en croient-ils la vérité; ce n'est point dans le dessein d'une prompte conversion : ils en sont bien éloignés, et ils n'y pensent pas ; ce n'est donc (lue par un esprit d'irréligion : or, dire par un esprit d'iriéligion : 11 vaut mieux ne point communier du tout que de communier mal. je soutiens que c'est un raisonnement d'athée.
A quoi j'ajoute une proposition que je soumets à votre censure, mais que je crois vrille; savoir : que de ne point communier du tout parce principe de libertinage et d'irréligion, est un désordre encore plus abominable devant Dieu que de communier in-- «lignemcnt par principe de négligence ou •le fragilité. Et en effet, on a toujours cru que de manquer au devoir de la communion pascale, de la manière que je viens de l'expliquer, c'était une espèce d'apostasie, parce qu'un de^ caractères les plus marqués du christianisme, c'est la communion.
Ou a toujours cru (iu(^ de manquer à ce devoir do I'â(jues, c'était s'exi omiiiunier soimême, mais d'une excommunication plus funeste encore que celle (jne fulmine l'I'glise, [lar lorme de censure : car, élre excommunié ii.ir l'Kglise, c'est une peine ijuc saint l'aul même |irétenil èlre utile ; mais sexeomiMunier soi-même, c'est un crime qui va droit, à la ruine du salut et à la damnation. On a toujours cru qu'un ehrélien qui ne faisait pas la l'àque devait êlre considéré comme un païen et comme un publicain, selon la parole du Sauveur même, [larce qu'il n'écoute pas la voix de l'Eglise, et qu'il méprise ses ordres : et moi, non-seulement je le regarde comme un publicain et comme un païen; mais il me paraît pire qu'un païen, parce (|ue je suis persuadé (lu'un bon païen, je dis bon, autant qu'il le peut êlre dans sa religion, \aiit mieux iiu'un (hréticn de nom, m.iis au fond sans religion. Tel est le désordre (jue je comlials, et |)Iût au ciel que ce lût un fiiilôme! mais ce désordre n'est point si rare que vous le pouvez penser; on i.e sait que trop combien il y a de ces libertins, et de ces liberlius disliiigués par leur qualité et par leurs emplois, qui se llalleiil d'une prétendue bonne fui, en ne communiant j.iinais, parce ([u'ils m' veulent pas, disent-ils, se rendre sacrilèges en communiant. Ne les scandalisons point ici. et gardous-nnus de les faire connaître. .Mais aussi je les conjure de ne pas scandaliser Jésus-Christ, leur Sauveur, jiar le mépris de son saeremeni ; de ne pas scandaliser l'Eglise, leur mère, par une désobéissance oiiiuiàtre; de ne [las scandaliser les fidèles, leurs frères, par leur exemple pernicieux; de ne pas se scandaliser eux-mêmes par le déréglcmeiit de leur conduite. (Jue feront-ils donc? communieroiilils indignement? à Dieu ne plaise! mais, entre ces deux extrémiles il y ,i un milieu ; c'est de communier et de bien communier. Toute dévotion qui porte à ne [loiut communier, est une fausse dévolioii; et toute maxime qui porterait à couimiinier en elal de péché, serait une abomination. Mais hpoint solide est d'approcher de la lable de Jésus-(]hrîsl, et d'eu ajiprocher avec des sentiments de religion, de péniti nce, de piété, (le b'rveur, qui sanclifieiit une âme, ef qui la (lisposeiU à manger ce pain céleslci qui doit être pour nous le gage d'une éleriiilé bienheureuse, (jue je vous souhaile,elc.