‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 78 sur 132 · SERMON XXXII · texte numérisé non relu

SERMON XXXII

rnil I.E lUNDI DE LA SEMAINE SAINTE.

Sur le reUirdement de lu pt'iiilence.

Mari.-) vero .ncoppit libriirn iinsueiili [irrliosi, ri niisit pcdi-s Jesii, el exlersil \ii:t\rs (.Jus c;i|rillis suis.

Miiric Miidetciiic prit dune une livre iCliuile île parfum qui éluil d'un grand prix, la répandit sw les pieih de Jeans, et les cssniin de ses elieren.i (S. Jean, eli. XU).

C'est pour la seconde fois que, durant (e cours de ce carême , l'Evangile nous représente Marie-Madeleiiic proslernée en !a pré-

j,:i OUATEURS SACRKS. COIRDALOUE. «7»

Si-nrc lie .Té^us-r.hris», lo, aiul.inl un pMrfti;'! ijràic ne lui manquera pas pour se convcrtvr

(le lrès-i;ruiul pri\ sur les piciis di- te liiviii à Uieu : c'csl la seconde, 'rénu'rilé, lorsqu'il

Maître, les essuyant elle-nièuie de ses clie- se répond de lui-même, en se llallant qu'il

veux, cl renouvelant dans son cœur tous les aura la voloiilé de se convertir à Dieu : c'est

s>'nliiiieiils de sa pénitence et de son amour. la troisième. Ces pensées sont communes :

Modèli!(|ue je vous ai proposé, chrétiens, se- mais pour être communes, elles n'en sont

Ion les intentions de l'E^îlisc, pour vous en- pas moins solides ni moins propres à faire

ca^er à rentrer, comnie celte saintii |)éiii- impression sur vos cirurs.

teirte, dans le devoir, à sortir comme elle du phi:mii;ue pactiiî.

voirez péclié, et à \ous réconcilier avec Dieu Je parle donc ici d'un homme du monde

par une sincère et une prompte conyersioii. qui vit dans le désordre du péché, mais qui

Mais peut-être n'y a-l-il eu que trop de pé- n'a pas néanmoins renoncé à l'espérance de

clieurs ((ue cet evcmple a touchés, et qu'il son salut ; qui demeure habituellement dans

n'a pas néanmoins convertis ; qui se sont la disgrâce et dans la haine de Dieu , mais

contentés de l'admirer sans le suivre, et qui, qui toutefois est bien résolu de n'y pas pcr-

s'en tenant à de vains désiis , auraient sou- sévércr jusqu'à la mort; qui prétend enfin

hailé (l'être ce qu'était .Madeleine contrite et se convertir, mais qui ne le veut pas encore

liumiliée devant le Sauveur du monde; mais si tôt. Cela ne se peut, dircz-vous , et, à

dans la pratique ont toujours élé et sont en- [)rendrc les choses moralement, ces deux

core tout ce qu'ils étaient. Mille obstacles volontés paraissent incompatibles. Peut-être,

les arrêtent, mille engagements les tiennent chrétiens, pourrait-on dire qu'elles le sont

liés ; ils gémissent dans leurs fers , et, sans en elTot ; mais supposons ([u'elles ne le soient

avoir la force de les rompre, ils les traînent pas, et, pour la convicliou entière des pé-

avec eux, et demeurent dans le plus dur et cheurs , donnons-leur cet avai-tage, que ces

le plus honteux esclavage. Or , il n'est plus deux volontés puissent s'accorder. Que fait

i]aeslion de délibérer, mes frères, il faut un homme de ce caractère"? voici le premier

a"ir ; il faut, par une salutaire violence, vous fondement sur lequel il bâtit. 11 s'assure du

lircr, ou plutôt vous arracher de cette triste temps, et du temjjs de faire pénitence : deux

serviiude; et je viens aujourd'hui vous dire choses bien dilTérente> , comme vous verrez

ce (jue l'ange dit à saint Pierre dans la pn- Je dis qu'il s'assure de l'un et de l'autre ; car,

son : Sur(/r i-clociler ( Act. XII ) : levez-vous s'il avait le moindre doute, ou qu'à rinstaiU

et ne lardez pas. Je sais quelle illusion vous où je lui parle il dût mourir, ou que , dans

séduit, cl parquets prétextes la passion vous ce qui lui reste de vie, il ne dût jamais trou-

lrom]ie et vous joue. Pour calmer les re- ver un moment favorable pour sa conver-

inords inlérieurs de votre àme, vous ne rc- sion, dès là, ou il tomberait absolument dans

noncez pas absolument à la pénitence, mais le désespoir, ou il conclurait qu'U doit, sans

vous la dilïérez; vous ne dites pas : Je ne me retardement, quitter son péché, et se lemct-

convertira: jamais, ce desespoir fait horreur ; tre en grâce avec Dieu. Il faut donc, pour

mais vous dites : Je ne me cou\ertirai [las concilier ensemble, et la volonté de se con-

encore si tôt; et moi je veux vous faire voir vertir , et le délai de la conversion, ([u'il se

les suites maliieureus'S de ce retardement , promette non-seulement un temps à venir,

cl l'allreux danger où il vous expose. C'est mais un temps propre à la pénitence. Or , je

ici, mon Dieu.o.uc j'ai besoin de votre grâce vous demande s'il y eut jamais une témérité

toutc-ouissantê , et que je la demande par comparable à celle-là, et s'il en faudrait da-

l'intercession de .Marie, l'asile et l'espérance vantage pour comprendre d'abord la vériié

des pécheurs. Ave , Maria. do celte parole de l'Ecriture; savoir : qu'il

Trois choses, disent les théologiens, sont y a unecspcced'onchanlement, disons mieux,

d'une nécessilé indispensable, ou selon le îl'cnsorcellemenl dans les esprits des hom-

lerme de l'école, d'une nécessite de moyen nies sur ce ([ui regarde les biens éternels,

pour se convertir à Dieu: le temps, la grâce, Ecoutez-moi. s'il vous pliil,ou plutôt écou-

et la volonté : le temps, comme une condi- lez saint .\ugustin raisonnant sur celle ma-

lion sans la(|uelle, hors de Dieu, rien n'est tière.

possîlile; la grâce, comme le principe d'où De tout ce qui a rapport à l'homme et de

dépend essentiellcmenl la conversion du pé- tout ce qui lui peut être nécessaire pour l'ac-

cheur ; et l.i volonté du pécheur , comme le compliysement des desseins qu'il forme, il

sujet même de cette conversion. Or, cela n'est rien, dit saint Augusliii, (jui déiiemle

présupposé, voici d'aboiden trois mots tout n^oins de lui, ni qui soit moins dans sa dis-

mon desiS( in , et ce que j'entreprends d'éla- position que le temps futur. Principe évident

blir. Je veux vous moiilrer combien la cou- et incontestable : d'où il s'ensuit que c'est

duite d'un pécheur qui diffère sa conversion donc un aveuglement e\lrêaie de se le pro-

est léiiieraire : pourquoi'? parce qu'en rc- mettre, et une présomption de s'en répondre,

mettant, il s'assure de trois choses sur les- La conséquence esl infaillible. Car cnlin,

quelles il doit le moins compler, et dont il a s'assurer de ce qui n'est nullement en notre

plus lieu de se défier ; savoir : du temps de pouvoir, et sur cette assurance chimérique

la pénitence, de la grâce de la pénitence, et fonder ses prétentions, c'csl ce qu'on traite

de la volonté de l'aire pénitence. Témérité, dans le monde, et ce qu'on doit traiter de

lorsqu'il se promet d'avoir un jour le temps folie. H n'y a que l'afl'aire du salut où nous

de se convertir à Dieu : c'est la première en voulons autrement juger. Mais c'est jusle-

uarlic. Témérité, lorsqu'il présume que la meiildinsralïiire du saUil (lue celle maxime

CAREME. SERMON' XXXn. SLR LE RETARDEMENT DE LA PENITENCE.

générale, qui no soiiffro nulle cxcrplion, doil èire parliculiôrcinoiil reçue, puisqu'il f;st vrai que ee (lui pnsso dans le momie pour folie, le sahil s y trouvant mêlé, n'esl plus une simple folie, mais l'excès et le coml)le de la folie. Or, prenez ?;arde. mes frères, ajoute saint Augustin: ceci mèrile votre .iltention ; des trois difl'erences qui partagent le temps, c'est-à-dire du passé, du présent et de l'avenir, il n'y a proprement que le présent qui soit à lions, et sur quoi nous puissions compter. Et (|uand je dis le présent, ji- dis la plus petite partie du temps, quoiqu'elle soit la plus importante. Car le passé a une vaste étendue, le futur est infini ; mais le présent n'est qu'un instant, qui cesse d'être aussitôt (]uc je l'ai conçu, et qui s'écoule plus vite que je ne puis irème l'exprimer. Et néanmoins c'est cet inst-ant seul que j'ai, pour ainsi dire, en mon pouvoir, dont il m'est libre de faire un bon ou un mauvais usage, et duquel, par consé(iuent, je puis être certain. Le passé ne dépend pas de moi, car il n'est plus, et il est impossihie qu'il soit jamais. Le futur est hors de mou ressort, car il n'esl pas encore, et peut-être ne scra-l-il jamais. Il n'y a que le présent qui subsiste dans sa manière de subsister, et que j'aie droit de mettre au nombre des choses qui m'appartiennent. Donc il n'y a qi c celui-là où je puisse me promettre, sj jo suis pécheur, de changer de vie et de me convertir : et, ce qui est plus remarquable, c'est qu'il n'y a que celui-là où je me convertirai, si jamais je me convertis; pourquoi ? parce qu'il est constant, poursuit saint Augustin, que tout ce qui se fait hors de Dieu se fait dans le temps présent. C'est dans le présent que je vous parle, et c'est dans le présent que vous niécoutez. Jl y a pour chacune de nos actions un certain moment présent auquel leur être est borné, et sans lequel elles ne seraient rien. Cette pensée de saint Augustin est subtile, mais solide. Si donc je dois un jour me convertir, ma conversion, toute surnaturelle qu'elle est, étant du nombre et de la nature des actions humaines, il faut, par nécessité, qu'elle s'accomplisse dans le temps présent, et qu'il soit vrai de dire une fois, non plus : je renoncerai à mon péché, mais : j'y renonce; non plus : je penserai à mon salut, mais : j y pense ; non plus : j'obéirai à Dieu et je me soumettrai à sa loi, mais- je m'y soumets et je lui obéis.

C'est pour cela même que le grand Apôtre, après avoir représenté aux Hébreux la déplorable et aveugle conduite de ceux qui icmporisent avec Dieu, après leur avoir fait peser celte divine parole : Hodie si vocem ejus aiidieritis, nolite ohdurare corda veslra (/'.?. XCIV): Si vous entendez aujourd'hui la voix du Seigneur, n'endurcissez pas vos cœurs ; après leur avoir mis devant les yeux l'exemple de leurs pères, qui, par leur obstination , s'étaient rendus indignes d'entrer dans la terre que Dieu leur avait promise ; après, dis-je, les avoir pressés sur ce point, avec tout le zèle que sa charité lui inspirait, conclut par cet excellent avis, auquel je Orateurs Sicnés. XIV.

doute que vous ayez jamais fait réflexion : Vidclc crç/o, fratre<:. ne forte fit in aliquo restntm cor mnlum incrcdtililatis discedcndia Dca vira; sed ndliorlamini rosmctip!:os per sinqtilos dieu , donec hndie coqnominatur IHel>r.,]l\): Craignez donc, mes frères, qu'il n'y ait en quelqu'un de vous un fond ou d'incrédulité, ou de malignité qui l'éloigné du Dieu vivant; mais exhortez-vous sans cesse les uns les antres tandis que dure ce temps que l'Ecriture appelle aujourd'Inii , parce que vous devez être persuadés que ce qui s'a|)pelle niijotird'liui est pour vous le temps des miséricordes du S.'igneur : Doncc hodie. cncjnominotur. ^"oyez, reprend saint Chrv— sostome, l'admirable théologie de saint Paul ; il n'exhorte pas les Hébreux à se convertir demain, ni à suivre 1rs lumières de la grâce quand ils seront librf s de certains embarras du siècle, ni à revenir de leurs erreurs dans un certain terme qu'il aurait pu leur marquer ; pour(iuoi ? parce que son exhortation eût été vaine et même trompeuse. Car, eu leur disant convertissez-vous demain, il eût supposé que ce lendemain était assuré pour eux et qu'ils en étaient maîtres ; surtout, que ce lendemain était propre à l'exécution des ordres de Dieu qu'il leur signifiait. Or, c'eût été une supposition fausse dans toutes ses parties ; et, bien loin de les instruire utilement, il leur eût dressé un piège. Mais que leur dit-il? Ah! mes frères, exhortez-vous les uns les autres pendant que »ous êtes en possession de ce jour présent, parce que ce jour présent vaut mieux pour \ous que tous les siècles compris dans la durée infinie de Dieu ; parce que ce jour présent est le seul point de l'éternilé auquel vous ayez droit; en un mot, parce qu'il n'y a (jue ce jour présent où vous puissiez sûrement et infailliblement opérer votre salut : Sed ndhortnmini rosmetipxos, doncc liodie co(/nominntnr. Que fait donc le pécheur qui diiïère et qui ne se détermine jamais à prendre pour sa conversion ce jour si important, qui, dans l'indispensable nécessité où il est de réformer sa vie, se repose toujours sur le lendemain ; qui, voulant en quelque sorte composer avec Dieu par le partage le plus injuste, donne toujours à Dieu le temps à venir, et use du jirésenl pour soi, c'est-à-dire donne toujours à Dieu ce qu'il n'a pas et ce qu'il ne lui peut donner, et ne lui donne jamais ce qu'il a et le temps dont il pourrait disposer pour lui en faire un sacrifice agréable; qui, dans l'intérieur de son âme, semble ainsi s'expliquer à lui : Seigneur, ne me demandez pas encore cette année, dont je veux jouir tranquillement, et je vous en promets d'autres auxquelles je ne sais si je parviendrai jamais : que fait-il, encore une fois, ce pécheur? H raisonne, répond saint Grégoire de Nazianze, et il parle en insensé, puisque, outre l'injustice qu'il commet envers Dieu, il trahit ses propres intérêts et se contreilit lui-même. Comment cela? parce qu'il ne veul jamais se convertir dans le temps où il le peut toujours, qui est 1 heure présente, et qu'il lo veut toujours pour le temps où il ne le peu [Vinf/l-huil )

.-:,-, onATr.i'r>> svciir.s. iîouriDALouE. , 87tj

iatnnis, qui est le Icndomain. Carie Icnde- voici^ la ronihiif.!^ pleine do sa^p s.- qu'il a niain, selon l'inscnicuso romarqiio de saisit p'n à Di( u de tenir. Il a ronsidéro dans le Augiislin di»nt j<! vous ai déjà fait part, no monde deux sorlcs de pécheurs; les uns doiî ni ne petit être le temps de sa conversion, faibles et pusillanimes, qui n'espéraient pas Mais encore, pourquoi n"y est-il pas pro- assez ; cl les autres vains et leuicraircs , qui r.re, cl quelle qualité a-t-il si contraire ;\ espéraient trop : pour les pusillanimes et les i'(iuvras:e du silut? Il n'en faut point d'juitre faibles qu'il voulait consoler, il a établi la (]ue l'alTreuse incertitude de son être et de pénitence, comme un port salutaire qui leur toutes SCS circonstances. Car, c'est une clio-;c est ouvert; et, pour les téméraires et les préqnc nous de\ons bien observer, poursuit somptueux, qu'il voulait contenir dans le excellemment saint Augustin, que, quoiijuc devoir, il a or<ionné que le jour île la mort (<!i]les les parties du toinps soient de i!:êine fût incertain. Propter eus qui <lespcr(Uiii!:e espèce, le passé et le futur ont néanmoins, pcriclitanlur, proposuil pœnitcntiœ porlnm . par rapport à nous . une opposition infinie ; et propter cos qui clilatiunibHs illtulun'.iir, et qu'autant qu'il est vrai (.u'à no're égard fecit dinn inoriis incertum {Idem.). Celui-là, tout est déterminé dans le pissé, autant troublé de la vue de ses crimes , tombait , somnies-no;is convaincus que tout est incer- aussi bien que Gain, dans un secret aballetain dans le futur. Incertain s'il sera : qui ment de cœur : Dieu lui a dit par Ezécliiel : le peut !;aranfir?Incerlain combien il durera: Non, no perds point la confiance que tu liois à qui Dieu l'a-t-il ré^élé? Incertain quelle avoir en moi; car, quelques crimes que lu issue il aura, funeste ou heureuse, subile ou aies commis , au moraeiU que lu les plenprévue'? c'est un abîme d'obscurilé. Je vous reras, je les oublierai. Celui ci, ru contraire, demande donc, chrétiens : un temps de cette fortifié d'ime promesse si authentique , ou nature est-il propre à la décision de la plus plutôt l'intiMprétant mal , péchait avec sécucssentielle de toutes les affaires, (jui est le rite, et conservait, en péclianl, une fausse retour à Dieu? Eh! mon frère, conciliait paix : Dieu lui a dit au même endroit : saint Jérôme, que \or.s prenez mal vos me- Crains, malheureux, et défie-toi de ton e-pésurcs, de vouloir dans un temps incertain rance même; car, i]uclque aullienticjue que faire une pénitence certaine! Car il faut, soit ma promesse , elle ne s'étend point jusajoutait-il , que vous soyez également pcr- qu'à te répondre de l'avenir. Ainsi Dieu, suadé de ces deux vérités : la premèrc. qu'é- reprend saint Augustin, a mis les choses tant certainement pécheur, vous ne pouvez dans un juste tempérament ; et, par l'incerèlre sauvé que par une pénitence certaine ; tiluile de l'avenir, il a tellement permis à < t la seconde, qu'une pénitence certaine ne l'homme d'espérer toujouis, qu'il le réduit à se peut faire que dans un temps certain, hi nécessité de ne différer jamais. N'esl-il donc pas bii n étonnant que vous vous II n'y a donc rien de certain . mes frères , proposiez dans le futur, qui est l'incertiludc dans le futur, que son inccililude nién>e. U même, une con\ersion telle que doit cire n'y a rien de certain, sinon que nous y serons .ibsolument celle qui nous sauve et dont surpris ; car le Sauveur du monde nous l'.i dépend notre bonheur '? Vous me répondrez dit en termes formels; Ç((a hora von putatis freci csl encore de sai!il Augustin) que Dieu, {Luc, Xll). .\près une parole si pusilivc , par le plus sidennel do tous les serments, a mais si terrible, ajoulerai-je encore au déspromis à la pénilence la rémission cl le par- ordre de mon péché le désordre de la plus don du péché : et il est vrai; mais en pro- criminelle et de la plus insensée témérité, niellant la rémission et le pardon à \olre remellant toujours ma conversion, demanléuilonce, a-t-il promis à votre négligence daiit toujours trêve jusqu'au jour sui- I t à vos continuels retai(lemenls le lendemain vaut : Inducias usque maiie? Et pourquoi <:uc vous vous promettez à vous-méuu's ? cette Irève, qui ne peut être , si je l'obtiens, Verum dicis, qund Detis pœnilenliœ luœ iii- qu'une conlinualion affectée de mon inidulqcntiftm promisit ; scd dilatinni tuw 7umi- quité ; et, si je ne l'obtiens pas, que la (iiiid erastiiiuni promisit {Aug.)l Car ce sont cause de mon impénitence finale? Pourijuoi deux diverses grâces, et qui n'ont môme rien cet appel opiniâtre au lendemain, contre i!c commun, de pardonner à l'homuie qui l'oracle de la Sagesse, qui me le défend : iléleste son pcthé, et de lui donner le temps j\'e glorieris in crastinum {Prov., XXVI!}? de le délester ; et, quand Dieu s'est oliligé à Puis-je ignorer que ce lendemain a peidu des l'un, il ne s'est point engagé à l'autre. ^'(Uls âmes sans nombre , et que l'enfer est plein me citez les prophètes, pour mor.lrer que ce de répruu\ es qu'il a engagés dans le d. rnier Dieu de miséricorde ne méprise jamais un malheur ? Us se flattaient d'un lendemain, ei cœur contrit et humilié; et ce n'est pas de il n'y en avait point pour eux ; ils avaient fail (;uoi il s'agit, puisqu'on en demeure d'ac- un pacte avec la mort, selon l'expression du cord. Mais dans quel prophète trouvez-vous texte sacré, et la mort ne le gardait [lUs. que, parce que c'est un Dieu de miseï icoide, Esl-il croyable qu'elle changera de nature il doive prolonger votre vie , afin que vous pour moi, cl qu'étant si infidèle pour le reste .ayez le loisir de prendre un jour ces senti- des hommes, j'aurai seul droit de pouvoir m y lUfiils de contrition? Scd in qnn proplula fier? Quaiul même je l'aurais, ce lendemain, hqis , quiii qui proihisit correcto gralinm , sera-ce un temps de pénitence et de ctmverpromisit et tibi lonqmn vitnm (.lu^) ? Non, sion? Toute sorte de temps n'est point 1;; :ion, ne vous prévenez pas d'une si ilange- temps do la pcnitnce; et c'est un abus in-

fU:0 rrcur ; car, pour vous en détromper, supportable dans riiomuic , de croire q

877 CAHF.MF. SEUMON XXM!. SIU I.C P.ETARDBir.NT DK !.\ I EMTF.NCn. îuR

parce qu'il aura le (cinps prul-ètrc il'oxé- npi)arlienl jia'^ niènio do ronnaiiro. liion l<iiii

culcr les l'rivolos dossoiiis que lui suugère que nous en puissions disposer : Tempora et

son avarice ou son auibiliou, il aura celui momenta quœ Palrr pnsnit in ^ua potrsiiUr.

de travailler efficarenuMil à sou salut. Si ( .4(<., 1.) Or, ers luonu-uts, dans la doclriue

cela était, en vain, selon le raisonncniiMil de de tous les Pères, sont ceux de la conversion

saint Augustin, les proplièlos nous .uiroicnt et du salut. Souvenons-nous que, comme il

recoiuuiaiulé de clierelier Dieu, iaiidis qu'on n'.i pas plu .à Dieu d'envoyer eu toulc soi!o

le peut trouver, et de l'invocjuer pendant de leinps un lîéiii'nipleur et un Messie pour

qu'il est proche de nous : (Juœiile Di)minuin le salul général du uionde, que. couiine il ne

dum invruiri potrsl , et invocnte eum dm» lui a pas plu de répaîulre sur les royaumi s

prope est [hai., L\).'Fa\ \:ùn Dieu lui-même et sur les nalioiis la lumière de ri^angiie

nous aurail-il dit : C'est au leinps favor,!- dans tous les temps, aussi ne lui piaît-il pris

l;le ((ue je vous ai exaucé, cl c'est au jour du d,' convertir en particulier chaque pécheur

salut qu(^ je vous ai aidé : In Icinporc acrcplo dius ttuis les ooments. Souvenons-nous et

e.rauilivi le, el in die scdutis adjnvi te {\lCor., comprenons liien (jii'il veut nous sauver plus

VI). En vain Jésus-(];hri>l aurail-il menacé spécial', inrntilansunlemp'iquedansunaiiîic;

les Juifs des dernières calamités qu'il leur cl e,u"ajant pour cela des momculs de choix,

nnnouçail. s'ils n'usaient hicn du temps qu'il le plus grand de tous les malheurs est que

leur donnait ; car, si tous les temps sont éga- C'S umnieuls nous éc!iap()eul, el que nous

lemcnt des temps de convers.ii)n, ses proposi- les négligions. N'oublions jamais le< élon-

lions et ses menaces étaient mal fondées. nanles paroles du Saavoiir, ior!i.']u'Jl pio^iro

Mais, si elles étaient justes et vraies, comme sur Jérusalem, ou plulô!, conimi" je vous h-

nous n'en douions pas, il est doue vrai qu'il di'-ais hier, sur les |ié( lieurs dont cette vilie

y a un temps de pénitence, choisi spéciale- infortunée était la (igure. 11 la regarda avec.

ment de la part d'-Dieu, et qui lioit élrc compassion, non poiul parce qu'elle dev.iii.

ménagé avec vigila;ice de la pari de l'homme; être détruite jiar les Itoinaius, non point

cl c'est celui qu'a voulu dellnir saint Paul, parce ([u'elic était à la veille de la ruine la

quand il disait : Lcne nunc lempiis acceplit- plus entière, non point parce que ses enfants

bile ilbid.). 11 est donc vrai qu'il y a des jours allaient élre, corMne d'iu, exterminés do la

de salut plus heureux que les autres jours, terre; le diraije ? ::on point même parce ijue

et, comme hls , marqués dans l'ordre de la le Saint des saints devait liieniot y ètri' cou-

prédeslinatiou divine': l-'ecc nunc dics salulis. damné à la mort, et à la mort la plus liou-

{Ibi<l.) 11 est donc vrai qu'il y a un temps leuse el la plus cruelle; mais parce ([u'elle

p.arliculier pour trouver Dieu, hors ducjuel n'a\ait pas connu le jour de salui qui lui

on le cherclie inulilemrnt : Qtiirrctis me, et était donné, et où le Seignt ur lui ap[io;tait

non inveniiiis {Joan., XXX1\'). Nous disons la paix : Quia si cognovisses ri lu el (juiileni

bien, dans le langage mêuic du monde, que in liac dieiua. ijuir ad pacem tibi (Luc. \l\ .

toulc sorte de temps ne convient pas à toutes Voilà ce (jui (il verser des larmes au Fils (h^

sortes d'alYaires , el, comme parle Salomon , Dieu. 11 n'ii.'ipula point la réprobation des

que toule ail'iire veut élre traitée el négociée Juifs au déicide ahominaliic (ju'ils allaient

dans son temps; n'y aurait il que l'alïaire du commettre dans sa personne, mais à l'aveu -

salut qui fût exceptée de celte règle ? glemeut volontaire qui les enij)échail t!e con-

Ah ! mes ciicrs auditeurs, voilà le grand naître le lemps de la visite du Seigneur : Eo

scandale du christianisaie. Si nous sommes (jnod non cognovcris: temptu; tisilationis tuœ.-

attaqués d'une tnaladic, nous étudions tous [Ibid.) Or, nous le conn,!issons. chrétiens,

les lemps, nous les observons avec cxacli- ce temps de la visite de notre Dieu, ce jour

Inde, nous ne remiltons point à demain ce qui nous est accorde : In lutc die tua. Nous

qui se peut faire aujourd'hui, cl tout notre le connaissons, et peul-élre à l'instant que

soin est de bien prcdiler, dans le cours du je vous parle. Dieu vous dit il secrètement •

mal, de certains moments critiques et déci- \"oici, pécheurs, vulre jour, voici le lemps

Mis; ainsi en usons-nous pour le salut du que j'ai destiné pour vous; c'est aujourd'hui

corps. Mais s'agil-il de noire âme. frappée qu'il faut (juitler celle vie liberline; car je

de la maladie 11 plus mortelle, qui est le pé- ne \eux plus de ri t.irdemenl : Ecee nunc

ché, et infectée de la contagiiui d'une habi- Irinpus acceplabilc ( II C'o;'., Vi ). Mais que

tudc vicieuse, dont il la faut guérir? nous vous arrivera-t-il , mon cher auditeur, si

vivons tranquilles el sans inquiétude : J'y vous consultez l'esprit du monde, au lieu de

mettrai ordre, dis".ns-nous, mais rien ne me vous rendre alleniif el docile à la \o\\ d(!

presse ; je ne suis pas encore tn état, et je Dieu? vous sortirez de celte prédication avec

trouverai te.ujours le lemps d'y penser. Vous quelques bous désirs, mais désirs vagues et

le trouverez , chrétiens? mais (jui vous l'a sans conséquence. Vous sentirez bien quo

dit ? je veux qu'il vous reste encore des an- Dieu vous aura visité; mais sa visite, par

nées, et même plusieurs années de vie; qui l'endarcisseuieut de voire cœur, n'aura pas

sait si, dans ces années (|ui vous restent, il l'eflel qu'il prétendait. Ou ne dira pas de vous

y aura pour vous un jour de salut? Souvc- qu- vous ne l'aviez pas connue; mais ou

nons-nous , mes frères, conclut saint Ber- pourra dire que. la connaissant, vous en

nard, ramassant en deux mots loul le lond aurez abusé. Enfin, si votre conscience vous

de cette première partie, souvenons-nous presse, après avoir cherché de vaincs rai-

qu'il y a des temps el des moments ([ue le srms pour colorer voire lâcheté, après avoir

Père céleste s'est ré-ervés , et qu'il ne nous allégué loul ce que peut i;:vf nier ! i prudeiicJ

(liarncllp, après \ous ôlrc iléfendu par mille prélestcs {l'affairés qui vous occuprnl, cl d'cngagemonls que vous ne croyez pas encore pouvoir surmonter, vous renverrez a un autre temps ce qui <l»>it avoir la préférence dans tous les temps, savoir, votre conversion. Kl parce que, pour 1 accomplir, il faut un jour ilc salut, et que, dans les principes delà lhéologii<, il n'y a qu'une grâce, je (lis une grâce privilégiée, qui puisse faire ce jour de saUil, en vous assurant de ce jour, vous vous assurerez de celle grâce; et c'est ce que j'ai <à comballre dans la seconde partie.

Dieu est fidèle, <lit le grand apôtre : Fiddi^ Dcus ( Il Thcss., 111 ) ; el parce qu'il est fidèle pour nous, nous pouvons porter notre confiance jusqu'à nous assurer de lui. Mais il ne s'ensuit pas de là que nous ayons droit de compter sur lui à son préjudice même, ni que sa fidélité puisse jamais servir de fondement à notre lémérité. Or, c'est néanmoins le faux principe sur lequel agit un [lécheur du siècle, (juand il diffère sa conversion , parce qu'il se llatie d'avoir un jour la grâce de la pénitence. Car se promettre celte grâce pour se maintenir dans l'habitude de son péché, prenez garde, s'il vous plaît, c'est vouloir que Dieu soit fidèle à celui qui le méprise ; c'est vouloir qu'il soit fidèle au\ dépens de tous ses intérêts; et, tournant contre lui ses propres armes, c'est l'attaquer et le comballre par le plus aimable de tous ses attribuls, qui est sa miséricorde; enfin , (^'esl vouloir que sa fidélité le rende, tout Dieu qu'il est, prévaricateur et fauteur de notre iniquité. Est-il une espérance plus vainc cl une présomption plus cri:iiinellc'?

C'est vouloir que Dieu soit fi !èlc à celui qui le méprise; cl Dieu s'est déc'arc au contraire, que quiconque le méprise sera méprisé: V(P qui spernis,no)nte et ipsc spcrneris! (/sni.,XXXlll.) Malheurà vous qui méprisez la grâce de votre Dieu, parce que votre Dieu vous méprisera à son tour. Or, vous la méprisez , pécheur, celle grâce lorsque, résistant à ses inspirations secrètes, et ne voulant pas encore vous soumettre à elle, vous ne l.iissez pas de compter surson secours comme si v\U- vous était due. Mais Dieu vous méprisera à son tour, lorsque, après avoir longtemps frappé à la porte de votre cicur, lassé de vos relus , il vous abandonnera enfin à vous-même, et il se retirera. Car c'est à vous que s'adressent ces adniirables paroles de saint Paul : An divitins bonitalis cjiis et pnlicntiœ cl hnfjanimitatis conlcmnis (/?o»i., II)? F,st-ce ainsi, mon frère, ((ue, rebelle à votre Dieu, vous méprisez les richesses de sa bonté et de son infinie patience? Innovas quoniam Ifcniqnitas Dci ad pœnitenlimn le udilucil? [Ibid. ) Ignorez-vous que c'est cette charité lie Dieu qui vous sollicite, qui vous invite, mais inutilement et sans efl'el, à une prompte conversion? voilà le mépris que le pécheur ■fait de la grâce- Mais doutez-vons aussi, ajoute l'Apôtre, que, par votre durcie et voue impéuitencc, vous n'amassiez conire vous

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