PREMIÈRE PARTIE
Qu'un Dieu, comme Dieu, agisse en maître et en souverain; (lu'il ait créé, d'une parole, le ciel et la terre; qu'il fasse des prodiges dans l'univers, et que rien ne résiste à sa puissance, c'est une chose, chrétiens, si naturelle pour lui, que ce n'est presque pas un sujet d'admiration pour nous ; mais qu'un Dieu souffre, qu'un Dieu expire dans les tourments, qu'un Dieu, comme parle l'Ecriture, goûti' la morl, lui qui possède seul l'immoi talité, c'est ce que, ni les anges, ni les hommes, ne comprendront jamais. Je puis dinc bien m'écrier avec le prophète : Ubilupcscite, cœli ( Jerem., Il ). O cieux, soyez-en saisis d'étonnement ! car , voici ce qui passe toutes nos vues, et ce quidemande toute la soumission et toute l'obéissance de notre foi; mais aussi est-ce dans ce grand mystère que notre foi a triomphé du monde : El hœc est victoriii quœ vincll )nundum, fides nostra (I Joan., V). Il est vrai, chrétiens, Jésus-Christ a souffert, et il est mort. .Mais, en vous parlant de sa mort et de ses souffrances, je ne crains pas d'avancer une pro- (josition ((ue vous traiteriez de paradoxe, si les paroles de mon texte ne vous avaient disposés à l'écouti r avec respect ; et je prétends (joe Jesus-Clirist a souffert et qu'il est morl en Dieu, c'esl-à-dire d'une manière ijui ne lJou\ait convenir qu'à un Dieu; d'une manière telleiiient propre de Dieu, que saint Paul, sans autre raison, a cru pouvoir dire aux Juifs et aux gentils : Oui, mes frères, ce crucifié que nous vous [)rèeli0!is, cet homme dont la mort vous scandalise, ce Christ qui vous a paru au Calvaire frappé de la main de Dieu et réduit dans la dernière faiblesse, est la vertu de Dieu même. Ce que vous méprisez en lui, c'est ce qui nous donne de la vénération pour lui ; il est notre Dieu, el nous n'en voulons iioint d'autre mar(]uc ni d'autre preuve que sa croix : voilà le précis de la théologie de saint Paul, que vous n'a- \vi peut-être jamais bien comprise, et que j'entreprends de vous développer. Entrons, chrétiens, dans le sens de ces divines paroles : Cliristum crucifixwn, I)ei virlulcm, et tirons-en tout le fiuit ((u'elles doivent produire dans nos âmes, pour notre édificalioii.
Je dis (jue Jésus-Christ est mort d'une manière qui ne pouvait convcnir(|u'àunhomme Dieu ; la seuie exposition des choses va vous en convaincre. Eneffet, unhommequi meurt après avoir prédit lui-même clairement el ex|)ressémenl toutes les circonstances de sa mort; un homme qui meurt en faisant actuellement des miracles, et les plus grands mii'acles, pour montrer (juil n'y a rien que de surhumain et de divin dans sa morl; un homme dont la mort, bien considérée, est elle-même le plus grand de tous les miracles, puisque, bien loin de m jurir par dé-
88'J CAREME. StiUMON XXXÏll. SUh LA l'ASSION DE JESL'S-CIIKIST. STO
faillance, CDiiune le rosU- des lioinmcs, il Inde des It-mps, le souverain icinùJe du pc-
iiRMirt, au coiilrairo , par un ilTorl de sa clié, la réparation solenncilc du péclié, \\\-
loule-puissance ; mais, <e (jui surpasse tout celienl moyen du salut el de la rédemption
le reste, un hoinine qui, par l'inlaniie de sa du monde; afin que la prophétie, témoi(;na^^e
mort, parvient à la plus haute gloire, et qui, invincihle de la divinité, rendît les ij;nomi-
expiraiit sur la croix, triomphe par sa croix nies mêmes de celle mort , non-seulement
uiéme du firince du monde, dompte par sa vénérables, mais adorahles ; et ((ue les liom-
croix l'orgueil du monde, érige sa croiv sur mes, dans celle vue, bien loin de s'en scan-
les ruines de l'idolâtrie el de l'inlîdélilé du dali^er , lussent persuadés qu'il n'y avait
inonde, n'est-ce pas un homme (jui meurt rie* dans la passion du Sauveur, qui ne lût
en Dieu, ou, si vous voulez, en Homme- au-dessus de l'homme. Car voilà, dit saint
Dieu'.' Et voilà sur (juoi s'est fondé l'A poire, Chrjsoslome, quel était le dessein de Dieu,
en disant que cet homme mort sur la croix lorsciue, dans l'ancien Testament, il faisait
était, non pas le minisire de la veriu de Dieu, |iarler Isaïe des soulTr^'Hces de Jésus-Chrisl,
mais la vertu même de Dieu incarnée : avec autant de certitude, et dans des termes
Clii islam cnicilijcuin, Dci lirtuttin. Ne sépa- aussi [irecis ijue les évangélistes en ont en-
lons point ces qualrepreuves, el vousavoue- suite parlé dans le nouveau. Mais ce des-
rez qu'il n'y a point d'es|irit raisonnable, ni sein de Dieu était encore bien plus sensible,
même d'esprit opiniâtre qui n'en doive être etlai)reu\e beaucoup plus convaincante cl
touché. Venons au détail. plus louchante dans la ijrédiclion immédiate
Non, chrétiens, il n'appartient (lu'à un qu'en fai>ait Jésus-Christ lui-même; car
Dieu de pénétrer dans l'avenir, jus(iues à c'est moi, disait-il à ses disciples , en les
l'avoir absolument dans sa puissance et jus- enlrelenant de sa mort prochaine, c'est moi
qu'.ù pouvoirdireinfaillibleuienlet en maîlre: (jui suis cet homme de douleur annoncé par
Cela sera, quoitiue la chose dépende d'une isaïe; c'est moi qui vais remplir jusques à
lufiuité de causes libres ()ui y doivent con- un point tout ce qui en esl écrit. Mous voiii
courir ; il n'appartient qu'à un Dieu de cou- ani\és au terme de la consommalion des
nailre distinctement et i)ar soi-même le fond choses, el vous en allez être les spectateurs
des cœurs, et d'en révéler les plus intimes el les témoins; i!iai> il m'importe ([ue, d, s
secrets, les inlenlions les plus cachées, jus- maintenant, vous en soyez avertis, afin (jue
(|u'â savoir mieux ce qui est, ou ce ijui sera dans la suite, vous n'en soyez jias troubles,
danslapensée et dans la voloiitéde l'homme, .Aussi, tout ce que cet adorah'e Sauveur
que l'homme même. Or, c'est ce qu'a l'ail Je- leur avait marciué des livres île .Moïse et des
cus-Clirist à l'égard de sa passion et de sa propjiètes, cojnme se rapportant à lui, s'exé-
liiorl. Je m'explique : à l'entendre parler de cula-t-il bienlôl après, et à la lettre, dans
sa passion , longlemps avant sa passion la sanglante catastrophe de sa passion et de
même, el sans que les Juifs eussent encore sa mort. Ce fut en conséquence el en vertu
formé nul dessein contre lui, on dirait iiu'il de ces divines pro|>héties, dont il était per-
en parle coniuie d'un évéïienienl déjà ar- soiinellemenl le sujet, que les Juifs, au lieu
jive, et dont il raconte l'iiisloire; lant il de le juger selon leur loi, puiMiu'il était
est exact à en marquer jusques aux moin- Juif, le livrèrent à Pilate, qui était gentil ;
lires circonstances; cl, à le voir, le jour (]ue les soldats, contre toutes les formes de la
de sa mort, subir les différents supplices justice, ajoutant à ce ([ue i>ortail l'arrêt de s.i
(ju'il endure, on croirait que les bour- condamnation, l'iiisulle cl riiiliumanllé, lui
reaux qui le tourmentent sont moins les cradièrenl au visage cl le meurtrirent do
exé( uteurs des jugements rendus contre sa soulllels ; que , jusciu'aux moindres cir-
personne, que de ses prédictions. Eiilin, di- constances du [irix amiuel il devait être
sait-il à se» aiiôires, pour les préjjarer à ce vendu, de l'emploi qu'on devait faire de cet
douloureux mystère, nous albms à Jérusa - argent, du partage de ses habits el de sa
lem, cltoutce(iui aété dit duFilsde l'Homme robe jetée au sort, du liel qu'on lui |irésenla,
va s'accomplir; car ce Fils de l'homme (c'é- les Écritures qu'il s'était lui-même appli-
t lit la qualité qu'il se donnait ), ce Fils de quées , furent, à ce qu'il me semble, la régie
l'Homme (jue vous voyez, el qui vous parle, de tout ce que ses ennemie attentèrent con-
sera livré aux gentils ; il sera oulragé, in- Ire lui; comme s'il n'eût soulVert que pour
sullé, fouetté, crucide; on lui crachera au justilier ces oracles, prononcés tant de siè-
V isage, il mourra dans l'opprobre, et il res- des avant qu'il eût paru au monde : Vt
suscitera le troisième jour. Prenez garde, adiiuplcrenlur Scripturœ { Miitth. , WYl) ;
chrétiens, à la rcllexion (lue fait ici saint Ut iinplertlnr sernto (jucm dixcrat {Juan.,
Chrysostome. 11 y avait déjà des siècles en- Xlll ); argument si solide el si fort, (juil
tiers que les prophètes, (jui furent dans l'an- n'en fallut pas d.ivantage pour la conversion
cienneloi les précurseurs du Messie, avaient de ce fameux euniujue, trésorier de la reine
publié toutes ces parliculariiés. Comme l'ob- d'Elhiopie, dont il est parlé au livre des
stade principal qui devait un jour délourncr Actes, el à qui saint Phili|ipe, diacre, expli-
les esprits mondains de croire en Jésus- qua la merveille que je vous prêche. Toutes
Christ, était le prélendu scandale que leur ces pro|jhéties, et bien d'autres, littéralement
causerait l'ignominie de sa mort, Dieu, par el ponctuellemenl vérifiées dans la passion
une singulière providence, avait révélé aux île Jésus-Christ, l'obligèrent à reconnaître ce
prophètes, que la mort, quoique ignomi- Messie, promis de Dieu, et envoyé dans ia
uieusc, de ce Messie, serait, dans la p!eiii- plénitude tles tempa. Nous, mes diers audi™
fSA ■ OllArELliS SACP.E'5. DOLRDALOUE. g?»
îcurs, nous, n'vcliiS du cJiMcIcre de clin';- nnge, i! faudmil ;i.i.i;(iiT, ('il sniut Augusliii, Siens, Cil serions- nius inoiiis louches ; cl ce (]uel inlorot .iiir.iiciit oîi les cv;ii!gélist;'s à (jui a siiHi pour conv/iincrc im liomiiie (lUc publier ces iuir,!c!i s de Jésu^-(]lirist , s'ils la lumière de l'î'lvangile n'avait point encore eussent élé persuades (|ue c'élaienl de fauic éclairé, serait-il trop laiblc pour nous con- miracles. N'eslil pas évident (jue tout lel'ruil firmer dans la loi que nous professons? Je (ju'iis eu devaient attendre et qui leur eti le dis même du secret des cœurs, dont Jésus- revint, lut la haine pul)li(jue, les persécu- Chrisl, dans sa passion, fil bien voir qu'il lions, les fers, les lournienls les jdus cruels? était le maître : il prédit à ses apôtres qu'un liieu loin donc de croire <|u'ils eussent pris d'enire eux le trahirai!, et Judas y jiens.iit plaisir à invenlrr et à débilcr ces miracles actuellement, cl le trahit; il prédil à s.iiiit dont ils auraient connu la fausseté, il i'aul'ierre qu'il le rer.oucer.iil, et saint Pierre le tirait plulôt s'élonuer que, les ayant même renoiiç I en elTet; il lui |):édit (|ue, m.ilijrcsa oniius pour vrais , ils eussent eu assez de chule, sa foi ne uiamiuerail point, d la foi force pour en rendie, aux dépens do leur do saint Pierre n'a point luainiué; il lui pré- propre vie, le lémoin;n,!ge (ju'ils en ont rendit qu'après sa conversion il alTiMiniriUl ses du. De plus, poursuit saint Aup:uslin, leslyle fr^^res et sa conversion, dans la saile, les seul dont les évaut^élisles on écrit i'hisloire afi'crmil tous; il prédit à Jladeleiue que l'ac- de Jésus-Christ et de sa passion, leur siuipiilion qu'elle venait de faire, eu répandant sur cilé, leur naïveté; ne marquant, ni indif^nasa léte un parfum précieux, serait louée et lion contre les Juifs, ni compassion pour leur préchée dans îout le monde, et dans tout le niailre ; parlant de lui connue eu auraient uionde on en parle encore aujourd'hui; il parlé les hommes du monde les plus iiidiiTéprédit û Jérusalem, en pleurant sur elie, renls et les moins intéressés dans sa cause ; qu'elle serait détruite et ruinée de fond en racontant ses faiblesses dans le jardin, ses fomhlL',et Jérusalem fut a'-siégée, pillée, (!ép;i3Ûls, ses ennuis, ses frayeurs, le saiiglant renversée par les Romains, sans qu'il en afl'ront qu'il eut à essuyer dans le palais îcslât pierre sur pieire. Celle science des d'ilérode, et le mf-pi is (|ue ce prince lui téchoses futures et des secrets les plus impé- moigua; les Iraiieu'.cnts indignes qu'on lui iiélrables n'était -elle pas évidemment la fit chez Anne, chez Ca'iplie, chez Pilate, et science d'un Dieu? Scnituns corda et rems les racontant aM'c plus d'exaclilude el plus Deus {Matlh., VM ) ; el un honime qui mou- au long liiie ses miracles mêmes ; celtesincérait de la sorle, re\elantet manifestant ce rilé, dis-je, fait bien voir(iu'ils n'écrivaient qui n'élait ni ne pouvait élre connu que de pas en lionunes passionnés et pré\enus, mais Dieu, n'avail-il pas la loutc-puissance et la en lémoiiis fiiièlis el irréjirocliables de lavévertu de Dieu luèniQ'? Ciirislnm crucifi.ru!!;, ri!é, dont ils furent les martyrs jusijues à £>ei viilulcm. re'lusi.ui de leur s,.ng. Ce n'est pas tout : Mais ce que j'ajoulc doit faire encore plus i.ir, si ces niiiacles étaient supposés, les d'impression sur vous. Il meurt, cet homme- Juifs, à ([ui il importait tant de découvrir Dieu, faisant des miracles; et ([uels miracles? riiiiposlure, el qui ne manquaient pas alors Ah 1 chrétiens, y en eut-il jamais, et jau)ais d'écrivains célèbres , n'eussent-ils pas pris yen aura-t-il de plus éclatants ? Tout mou- soin d'eu délronq)er le monde? ne se i'usrant qu'il est, il fait trembler la terre, il ou- senl-ils pas inscrits contre? el c'est néanvre les sépulcres, il ressuscite les umrls, il moins ce (ju'ils n'ont jamais fait, et ce qu'ils déchire le voile du temple, il obscurcil le so- ne font pas niènie encore, puiscjuc leurs pro- Icil , prodiges aussi surprenanis qu'inou'i's; près auteurs, et Joseph entre les autres, les prodiges dnut les soldais furent tellement (lénientiraient. Celte écli|ise universelle, arénius , qu'ils s'en retournèrent con\erlis; rivée contre le cours de la nalu:c eut quelmais, du reste, remarquesaint Augustin, con- ([ue chose de si prodigieux (t de si remar- ■^erlis par rellicjice du même sang (ju'ils (juabie, que TertuUien, deux siècles après , nyn'ivulvvp-.'.uûii: lpsoridcii>p!is(nifjuinc f/iicm eu parlait encore aux païens, magistrats d(; ftidcninl {Aiif/.).QiU' dis-ji'quesaiul .M ilthieu liome, comme d'un la:tdont ils conservaient n'ait rappo:lé en termes exprès ? Visa terne l.i tradition dans leurs archives : Ciuii mundi molli, elhist/Hir ficbaiil, liiiiucniiitridd(',dic(n- camiin reldliimhubflis in tirchicis vextris (Tertes : Yere fiiias Dcierat istc(M(iith., XX\'l!]. /»//.). Ce fait mèaie, qu'on reg.'irdait comme Je sais qu'ils'esllrouvé jus(|ue dans le cliri^- un fait conslanl et avéré, surprit tellement tianisme des inipiis plus ennemis de Jésus- Denjs l'Aréopagile, ce sage de la genlililé, Christ que les Juifs el les ji.iïtMis mêmes, (jiii mais devenu un des plus fermes appuis et n Ont point eu houle de contester la vérité île des plus grands ornemenls de notre religion, îes miracles, pretendant(iu'i!s pouvaicnl élre que, tout éloigné qu'il était de la Judée, et supposés; que, par un dess( in formé, h s [jIus encore de la connaissance de nos myévangélistes avaient pu s'accorder entre eux stères , il en fut frappé jusiju'à reconnaître I)Our les publier à la gloire de leur UKiilre. lui-même que ces ténèbres avaient élé pour Mais c'est ici que l'impielé, pour nie seivir lui comme une source de lumières, ou l'adu lei'mc (1(1 l'Ecriture, se confond elle-même; vaienl au moins disposé à recevoir avec souci (ju'en s'élevanl contre Dieu, elle i.iil ji.!- mission les vérités de la foi et les divines raître aulai\t d'ignorance que de malignité, instruclions de saint Paul. Que dirai -je de ce Car, sans cxauiiner combien ce doute est lé- fameux criminel crucifié avec Jésus-Christ , u'.éraire, puis(iu'il n'a point d'aulie fonib - et tout à coup converti par c- même Sauiiieiil (jiie la prévention el l'esprit do Lbei li- \eur? (]e clrnigement si subit, (iiii,d'un
803 CAREME. SERMON XXXlil. Sl'il L.V l'ASSiON DE JESUS-CimiST. 894
si*'!ôr.".t , fit un vaisseau (réloclion cl de mi- la ro^urreciioii de Lazare. Car, si l'cvidonctt
sérirordc , pouvait-il ètie l'elï.'t (l'une pcr- du l'ail (]ui les oldii^ea de convenir que La-
suasion lumiaine , et ne parlait-il pas visi- zare, niorl et enseveli depuis quatre jours ,
Menicnt d'un priueipe surnaturel et divin ? était ineonteslalileuient ressiiseilé , au lieu
Si Jésus-Christ n'eût agi en Dieu, eùt-il pu, de les déterminer à (■roir(' en Jésus-Christ,
ni!)urant sur la croix , l'aire connaître à ce leur lit |irendre la résolution de le perdre,
malheureux cl confesser sa divinité'/ Et cti parce que ce n'était plus la raison , mais la
miracle de la grâce ne sert-il pas encore à passion (]ui présiilail à leurs conseils; peul-
coiifirmcr tous les jirodigcs de la nature, on jngeriiue, le voyant descendre delà croix,
dont le ciel et la terre, comme de concert, ils eussent élé de meilleure foi et plus (lis|)0-
honorèrenl ce Dieu agonisant et expirant'.' ses à lui rendre la gloire ()ui lui était due'/
Mais, me direz-vous , les pharisiens, mal- .'\Iais, sans m'arrêlrr aux pharisiens, répongré ces miracles, ne laissèrent pas de persis- dez-moi, mes chers amiiteurs, cl dites-moi : ter dans leur incrédulité. J'en conviens, mes Jésus-Christ, dans la conjoncture où jeloconchers aiulilcurs ; nuiis, sans entrer sur ce si. iére, pouvant, coiume il est iiuluhitahle, point dans la profondeur et dans l'abîme des se sauver Ini-mènie, et ne h; voulant [las , jugeuienlsde Dieu, toujours justes et saints, n'a-t-il jias lait quelque chose de plus grand quoique terribles et redoutables, vous savez et de plus au-dessus de l'Iiouuiie (]ul' s'il quelle lui l'envie des pharisiens contre Je- l'i ût en elTet voulu'? .Miracle pour niiraclo Slis-Chrisl, cl vousn'iguorcz pas ce <]uepeut (.!ppii(iuez-vous à ceci,que vous n"a^e2 peutune telle |iassiou pour aveugler les esprils et être jamais bien pénétre, cl <iui me parait pour eiulurcir les cœurs. OueUiue inc(MU'e- plus edilianl); miracle [)Our miracle, la douvable qu'ail élé l'ob^linatiou des pharisiens, ceur avec laquelle il pcrmel aux so'dats de pcut-èlre encore anjourd'bui Irouverait-cui se saisir île sa perst)nne, après les avoir dans le monde, cl dans le monde chrétien, renversés par terre en se présentant senledes hommes aussi iiscrédules, s'ils voyaient ment àeux, et leur disant (Clte parcde : C'est leurs ennemis faire des miracles, et qui plu- moi: lù/o siun ; la réprimande ([u'il l'ail a t(it allrihueraicnt ces miracles à l'enfer, a saint l'ierre sur l'indiscrétion de son zèle , comme les pharisiens altribnaieut ceux du le blâmant d'avoir tiré 1 éj)ée contre un do- Sauveur du nion'ie au prince dis ténèbres, mestique du grand prêtre, lui faisant enteiique de renoncer à leurs préjuges et à leur dre (pTil n'a\ail qu'à prier son Père, et que haine. Quoi qu'il en soit, reprend saintClirj- sou l'ère lui enverrait des légions d'anges soslotne, c'est par là uièmc que commença qui C(unhallraient [)i>ur sa défense ; et, afin la réprohalion des pharisiens, et ce n)y>-lère de le convaincre (ju'il ne parlait pas en vain, ^U' la prédestination et de la réprobation di- guérissant aeluellemenl, p.ir un miracle, le viue parut en ce (]ue les mêmes miracles (jui serviteur que Pierre avait blessé ; ce silence convertirent 'es soidits cl une grande foule si admirable cl si conslaminenl souleiui dede peuple ne serviienl (iii'à rendre les plia- vaut ses juges, surtout devant l'ilale, qui. lisiens plus indociles cl plus oiduiâtres. coiivaincu de son innocence, nerinterri)g(;ait ?iî.iis c'est encore à celle dilYercnce que nous (]iie jiour avoir lien de l'absoudre; ce refus devons reconnaître dans Jésus-Christ mou- decuilenter la curiosité d'Hérode, dont illui rant la loute-puissinle verUidonl nous (>ar- éiail si farilc de s'attirer la protection ; cet ions. Car, ccumnis r.iisonne saint Chryio- abandoniiement de sa propre cause, et par sloine, UiO'.irir eu sauvant les uns et eu re- conséquent de sa vie; celle Iramiuillile et prouvant les autres ; en éclairanl lesaveugles cette paix au milieu des insultes les p'.us ou- (]ui vivaient dans les ténèbres de l'iididéilté, trageantes; celle détermination à supporter cl en aveuglant les plus éci.iirés qui abu- tout sans en demander justice, sans luendre saienl de leurs lumières; convertissant ceux- personne à partie, sans former la moindre là par miséricorde, -et laissanl périr ceux-ci plainle; cette charité héroïque, (|ui lui f.iit par justice; n'élail-cc pas f.iire éclater jus- ex( user en umuranl ses persécuteurs: lout que dans sa mort les plus glorieux et même cela, je dis tous ces miracles de patience, les plus essentiels attributs do Dieu '? dans un honuue d'ailleurs d'une <onduile
il n'y eut (ju'un miracle (jue Jésus-Christ irréprochable et pleine de sagesse, n'elaienlne voulut pas faire dans sa passion : c'était ils p;is plus miraculeux ijue s'il eût pensé à de se sauver lui-niéme, connue lui propo- se lirer des mains de ses bourieaiix, <'i (ju'il salent ses ennemis, l'assurant (ju'ils croi- se fùl détache de la fio]x'! Clii Uiuiu crnciraient en lui, s'il Jescendail de la croix : Si fixiiiii, Dri virlulem (I Cor. 1). rex Israël est, (Icscimliii nuiic de cruce, et 11 n'est doue mort <ine [larce qu'il l'a voulu, f?-f(//i?iusci (.]/«(///. ,XX\i!).Maispourquoi ne et même encore delamanièri' (ju'il l'a voulu; le fit-il pas, ce miracle "? On eu voit aisénunt ce «jui n'app.irlienl, dit saint Augustin, qu'à la raison, dit saint Augustin; et c'est (]ue ce un lionuue-Dieu , cl ce qui marciiie dans la seul miracle eût détruit tous les autres et mort même lasouverainelc et l'iiidéiiendance arrêté le grand ouvrage qu'il avait entrepris, de Dieu. Or voilà, chrétiens, sur <]noi j'ai cl à (iuoi tous les autres miracles se ra[ipor- fondé cette autre proposition, que la morl de t lient coiiuue à leur lin, savoir, l'ouvrage de Jésus-Christ, bien considérée en elle-même, la rédemption des lioiiuues, qui devait être avait été non-seulement un mir.ule, mais le oKisumrné sur la croix. D'ailleurs ses enne- plus singulier de tous les miracles; commis, préoccupés de leur passion, auraient quoi'? parce qu'au lieu ([ue les .\utres funnaussi ,ueu déféré à ce miracle qu'à eel'ii di; lues meurent j'ar faiblesse, !;.eur:ut par
OltATEUllS SACRES. DOURDALOLE.
violenco, incurciil par ncccssilé, il osl mort, je ne dis pas précisément par clioix et par une disposilioii libre do sa volonté, mais par un effet absolu de sa puissame. En sorte que jamais il n"a l'ait, comme Fils de Uieu cl comme Dieu , uu plus grand effort do cette puissance absolue, que dans le moment où il consentit (ine son âme bienheureuse fut séparée de son corps; et les Ihéolog'iens en apportent deux raisons : comprcîirz-ies. Preiiiièremont, disent-ils, parce que Jésus-Christ ayant été exempt de tout péché , et absolument impeccable, il devait être, et il était naturellement immortel ; doù il s'ensuit (juc son corps et son âme, unis hypostatiquement à la divinité, ne pouvaient être sépaiés sans un miracle. 11 fallut donc que Jésus-Christ, pour faire celle séparation, forçât pour ainsi dire, toutes les lois de la l*ro\idcnce ordinaire , et qu'il usât de tout le pouvoir que Dieu lui avait donné pour détruire cette belle vie. qui, quoique humaine, était toutefois la vie d'un Dieu. Secondement , parce t|ue Jésus-Christ, en vertu de son sacerdoce, elanl par excellence lesouserain pontife de la loi nouvell:', il n'y avait que lui (jui [lût, ni qui dût oITrir à Dieu le sacrifice de la rédemption du nioi'.de. et immoler la victime qui y était destinée. Or, cette victime c'était son corps. Nul autre i|ue lui ne devait donc l'immoler ce corps, nul autre que lui n'avait le pouvoir |)our cela nécessaire. Les bourre.lux qui le cruciliaieiit étaient bien les miiiiblres de la justice de Uieu, mais ils n'étaient pas les pleins qui devaient sacrifier cette hos'ie à Dieu. Il fallait un poulife qui lût saint, qui fut innocent , qui lût sans tache, qui lût séparé des pécheurs et revêtu d'un caractère particulier. Or, ce caractère ne pouvait convenir qu'à Jésus-Christ; d'où saint Auguslhi concluait que Jésus-Christ, par l'elVet le plus merveilleux , avait été tout enseiiible , et le prèlre et l'hostie de son sacrifice : idem saccrdus et ftoslia {Awj-).
Ce fut donc Uii-mémc qui sl' sacrifia , luimême qui exi iça sur sa propre pi'rsonne cette fonction de prêtre et de pontife , luimême qui délruisil, au moins pour quelques jours, cet adorable couiposé d'un corps souffrant et d'une âme glorieuse ; en un mut, luimême qui se fit mourir. Car ce ne furent point les bourreaux (|ui lui ôlèrcnt la vie; mais il la quitta de lui-même : \emo tollil aniinam mcain a wc , sed eijo pono eum <t me ijno [Joan., X). 11 est mort sur la croix, dit .saint .\ngu,stin ; mais , à parler |>ropren)eiil < t dans la riiîueur , il n'est pas mort par le sujiplice de la croix. Et pour\ous le faire comprendre il est certain, par le témoignage mênic' des ^yifs, ([ue le su|qjlice de la croiï, oii |datot, que ci' qui faisait mourir les criminels condamnés à la croix , n'était pas siiiq)lement d'y être attachés , mais d'y être rompus vifs. Or , selon la prophétie , Jésus- Christ avait déjà rendu le dernier soupir lorsqu on voulut lui briser les os ; d'où v ient que l'ilate s'étonna qu'il fut si tôt mort : l'ilulus iiutein miinbalw, si juin (ibiisscl {Marc, XV). El , ce <iui montre <iu'il n'était jioint mort
par défaillance de la nature, c'est (|u'en e\plrant , il poussa un grand cri vers le ciel Jésus (lulcm, emissa voce miKjna , expiruiit. [Marc, W .) Chose si extrordinaire , qu'au rapport de l'évangélistc , le centenier qui l'observait de près , et qui le vit expirer de la sorte, protesta hautement qu'il était Dieu cl vrai Fils de Dieu : Vidons aulcm centurio, qui ex adverso slubat quiu sic damans expirasset, ait : Vere Filius Dci erat iste (Ibid.). Si ce centenier eût été un disciple du Sauveur , et qu'il eûl ainsi raisonné , peut-être son raisonnement et son témoignage pourraient-ils être suspects; mais c'est un infidèle, c'est un païen, qui, de la manière dont il voit mourir Jésus-Christ, conclut, sans hésiter, qu'il uieurl par un miracle, et qui, de ce miracle , tire immédiatement la conséquence qu'il est donc vraiment Fils de Dieu : Vidcns quia sic expirasse!, ait : Vere Filius l)ei crut isle. En àiut-il davantage pour justifier la parole du l'Apôtre : Cltrislum cracifixuiii, l)ei virlulem?
Il est vrai que ce Sauveur mourant a eu ses langueurs et ses faiblesses; cl je pourrais répondre d'abord , avec Isaïe , ([ue les langueurs et les faiblesses qu'il fit paraître dans sa mort n'étaient pas les siennes , mais les nôtres; cl (|ue le prodige est qu'il ait porté seul les faiblesses et les langueurs de tiius les hommes ; Vere UuKjuores noslros ipse lulil , et dolorcs nuslros ipse portavit (Istii., LUI). -Mais, parce que cette pensée, ([uoique solide, serait peut-être encore trop spirituelle pour des esprits mondains et incrédules , je reponds autrement avec saint Clirysostome, et je dis : Oui, ce Sauveur mourant a eu ses faiblesses; mais le prodige est que ses faiblesses niènies, que les langueurs mêmes, que les défaillances mêmes, aient été dans le cours de sa passion comme autant de miracles. Car s'il sue en priant dans le jardin, c'est d'une sueur de sang , et si abondante, que la terre en est baignée. Si, quelques moments après sa morl, on lui perce le côté, par un autre effet miraculeux, il en sort du sang et de l'eau, et celui qui le rapporte , assure qu'il l'a vu, et iju'ii en doit être cru : Et qui vidit, testimonium pcrhibuit [Joan., XIX). On dirait qu'il ne souffre et qu'il ne meurl que pour faire Ci later dans sa personne la vertu de Dieu : Clirislum crucifixum, Uei virlulem.
Concluons par une dernière preuve , mais e>scnlielle; c'est de voir un homme (jue liguomlnie de sa mort, que la confusion, l'opprobre, l'humiliation de sa moi t élève à toute la gloiri! que peut prétendre un Dieu; tellement, (|u'à son seul nom et en vue de sa croix , les plus hautes puissances du monde lléchissenl les genoux , et se prosternent pour lui faire hommage de leur grandeur : Uumiliaiit seiiidipsum, faclus ubediens risque ad morlem, morlem uulem crucis; propter quod et Deus exaltavit iilum : ut innomine Jesu omnc (/enu flei'tatur, cœlestium, terrestrium , et iitfern<)rum[Philifip., 11). Voilà ce que Dieu révélait à saint Paul dans un temps . remart|ue bien import inlc, où tout semblait s'opposer à l'accouiplissemenl de celte luédictionjdans