‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 81 sur 132 · CAREMF.. SERMON XXXIII. SUR LA PASSION DE JESUS CIIRIST · texte numérisé non relu

CAREMF.. SERMON XXXIII. SUR LA PASSION DE JESUS CIIRIST

lin tfiups où selon loiitos les vurs do la pruilcnco liumaiiio , colle prôilirlion (levait passer pour cliiiiiériqiie ; dans un temps où le nom de Josns-C.hrisl était en horreur. Toutefois, ce qu'avait dit l'Apotre est arri\0; ce (jui fut, pour les chrétiens de ce temps-là , un point de foi , a cessé , ou (luehiue façon de l'être pour nous , puisque nous soMimes loinoius de la clinse, et (lu'il ne faut jihis cipliver nos esprits pour la croire. Los puissances de la terre lleciiissenl maintenant les iivnnu\ devant ce crucilié. Ia'> princes, et les (tins rjrandsde nos princes sont les premiers à nous en donner l'exempte; et il n'a tenu qu'à nous , les voyant on ce saint jour au pied de raiilel adorer .lésus-Christ sur la croix , do nous consoler , et de nous <liro à nous-mêmes : Voilà ce que m'avait prédit saint Paul: et, ce que du temps de saint Paul j'aurais rejeté comme un sonije, c'est ce (jue je vois et de ([uoi je ne puis douter. Or, un iinmmo , mes chers auditeurs , dont la croix selon la lielle expression (le s.iint Augustin, a passé, du lieu infâme tles sup|)lices, sur !<• front des monarques et des empor(Urs : .1 Incis stippliciorum ad frontrs inipcraloriiin (Ang.)\ un homme qui , sans autre secours , sans'autres armes, par la vertu seule de l,i croix a vaincu l'idolilrie , a trionjijhé de la superstition, a détruit le culte des faux dieux, a conquis tout l'univers, au lieu que les plus jjrands rois de l'univers ont hesoin pour les

moindres conquêtes, île tant do seeours; un ,

homme qui , comme le chante l'Eglise , a cheiirs , I trouvé le moyen de régner par où les autres cessent de vivre, c'est-à-dire par le bois qui fut l'instrument de sa mort : Qiiin BiDuinus regnnvit aligna; cl ce qui est encore plus merveilleux, un homme qui, pendant sa vie, avait exprcssénienl marqué que tout cela s'accomplirait, et que, du moment qu'il serait éle\c de la terre, il attirerait tout à lui ; voulant , comme l'observe l'évanijéliste , signifier par là de quel genre de mort il devait mourir : Et ego si exallaltis farro a Icrni , oinnin trafiam ad meipsum : hoc aitlem dicebnt, fignipcans gua morte esaet marilunis [Joan.. Xil ) ; un tel homme n'est - ii pas plus qu'homme? n'est-il pas homme et Dieu tout ensemble? Quelle verlu la croix où nous le contemplons, n'a-t-ellc pas eue pour le faire adorer des peuples? Combien d'apôlrcs de son Evangile , combien d'imitateurs de ses vertus , combien de confesseurs , combien de martyrs, combien d'âmes saintes dévouées à son culte, combien de disciples zélés pour sa gloire; disons mieux, combien de nations, combien de royaumes , combien d'empires n'a-l-il pas attirés à lui par le cliarme secret, mais tout-puissant de celle crois : Christum crucipxum, Dei virtutem.

Ahl mes frères, les pharisiens voyaient les miracles de ce Dieu crucifié, et ils ne se convertissaient pas: c'est ce que nous avons peine à comprendre. Mais ce qui se passe en nous esl-il moins incompréhensible? Car nous voyons actuellement un miracle do la mort de Jésus-Çhrisl encore plus grand, un miracle subsistant, un miracle avéré cl incontc-

stable, je veux dire le triomphe de sa croix le monde converti, le nionde devenu chrétien! le monde sanctifié par sa croix : Et ego , $] exaltalits farro a terra, omvin traham ad m'eipsiim; nous le voyons, et notre foi , malgré ce miracle, est toujours laiigiiissanle et chancelanle; voilà ce (luc nous deions pleurer, cl ce qui doit nous faire trcmltler. Mais , pour profiler de ce mystère . au lieu do trembler et do pleurer par le senliment d'une dévotion passagère et suporfic ielle, tremblons et pleurons dans l'ospril d'une salutaire componclmn. Josus-Christ mourant a faillies miracles; il faut (lu'il en fasse encore un, qui doit être le couronnement de tous les autres et c'est le mirac le do notre conversion. Il a fait fondre les pierres, il a ouvert les tombeaux il a déchire le voile du temple. Il fiul que I i vue de sa croix fasse fendre nos rœurs peutotrc plus durs que les -pierres. Il f ,ul qu'elle ouvre nos consciences, peut-êlro jusqu'à présent fermées comme des tombeaux. Il f.nit quelle déchire notre chair, celte rhair de pèche, par les saintes rigueurs de la pénitence. Car , pourquoi ce Dieu mourant ne nous convortira-l-il pas, puisqu'il a bien converti les auteurs do si morl? et quand nous convortira-t-il , si ce n'est en ce grand jour ou son sang coule avec abon<lance pour notre salut et notre sanctification ?

Pécheurs qui m écoulez, voilà ce qui doit vous remplir de confiance. Tandis que vous êtes pécheurs , vous êtes , en qualilé de pécheurs , les ennemis de .losiis-Christ vous éles ses persécuteurs ; le dirai-je? mais puisque c est après saint Paul, pourquoi no le ilirais-jepas? vous êtes même ses bourreaux Car, autant do fois qu'il vous arrive do succomber à la tentation et de commettre le pèche , vous crucifiez tout de nouveau ce Sauveur dans vous-mêmes. Mais souvenez-vous que le sang de cet Homme-Dieu a eu le pouvoir deiïacer le péché même des Juifs nui I ont répandu : Chri.ii sanguis sic fusus est ut ipsumpeccattim potuerit cklcre gno fums e^t [.\ug.) C est en cela, dit saint Augustin, qu'a paru la vertu toute divine de la rédemption do Jesus-Chnsl; c'est en cela qu'il a paru Sauveur. De ses ennemis, il a fait des prédestinés, de ses persécuteurs il a fait des saints, tout pécheurs que vous êtes, quel droit n'a- \ez-vous donc pas de prétendre à ces miséricordes ? Approchez du trône de sa grâce , qui est sa croix; mais approchez-en avec des cœurs contrits el humiliés, avec des cœurs soumis el purifiés de la corruption du monde, avec des cœurs dociles et susceptibles de toutes les impressions de l'espril céleste. Car tel est le miracle que ce Dieu sauveur veut, par la vertu de sa croix, opérer aujourd'hui dans vous. Votre retour à Dieu, et un retour parfait après de si longs égarements, voire pénitence el une pénitence exemplaire après tant de désordres et de scandales, la profession que vous f rez, el une profession haute et publique de vivre en chrétiens a[!rès avoir- vécu en libertins : voilà le miracle qui prouvera que Jésus-Christ crucifié esl lui-même pcrsonncllcmcnl la

f,o<) ORATr.LRs SAcr.Ks. counoALOur;. ooo

force et la verlu de Dieu. Ali 1 Sii2;ncur, pard des prédestinés et o'os élus, c'est par cï-

serais-je assez licureux pour obtenir que rellence le myslère de la saj?esse de Dieu :

ce miracle s'accomplit visiblemi'iit d.ins Jpsis nutem vocalis Chrislnin cruel fixiim, Dei

mes auditeurs comme il s'accomplit en elTi't suptcntimn. Or, voyous qui des deux en a

dans les soldats qui lurent présents à votre riicux jugé, ou l'Apôtre, ou le mondain ; l'A-

luorl, et dont plusieurs s'attachèrent à vous pôlre, après en avoir été instruit dune ma-

conime à l'aulcnr de leur salut? Donnerez- niérc loule miraculeuse par le Sauveur mè-

vous pour cel.i. Seigneur, à ma parole assez nie; K; mondain qui n'en sait cl qui n'en

de bénédiction, et puis-je espérer que, entre connaît que ce que la chair et le sang lui

ceux qui m'écoulent, il y en aura d'aussi en ont révélé. Voyons si. dans ce mystère de

touchés que le cenleiiier, c'est-à-dire qui sor- la croix si élevé, à ce qu'il semble, au-dessus

liront de celte prédication , non-seulement d^- notre raison, il y a (jnebiut' chose, en ef-

allendris , mais converlis; non-seulement fd, qui blesse notre raisoii ; car aujourdhui

baignés de larmes, mais commençant à glo- Dieu veut bien même ne pas rejeter le juge-

rifier Dieu par leurs œuvres; non-seulement nu'ul de noire raison, cl, pourvu que notre

persuadés, mais sanilifiés et pénétrés des sen- raison ne soit ni prévenue ni opiniâtre, il ne

timents chrétiens (jne cilte première véiitc refuse pas de l'ailinellre dans le consi il de sa

a dû leur imprimer? Que le juif infidèle se s ;ges->e cl de lui répondre sur les dilficullés

scandalise de la croix, Jésus Christ mourant qu'elle peut former.

est la puissance et la force de Dieu incarnées: De quoi s'agissail-il, chrétiens, dans lo Chrislum cruciftxum, Dci virtutcm. Vous la- graml myslère que nous célébrons ? De deux vez vu : que le gentil s'en moque, et qu'il choses, dil saint Léon, pape , également dif- Iraite la croix de folie, Jésus-Christ mourant ficiles et nécessaires : lie satisfaire Dieu ofest la sagesse de Dieu même : Chi-isluiii cru- IVnsé et déshonoré par le péché de l'homme, cifjTum, Dci sapieiUiam , vous l'allez voir et de réformer l'houime perverti cl cordans la seconde partie. rompu. Voilà pourquoi Jésus-Christ était SECONDE PARTIE. cnvoyé, et à qud se terminait la mission Quelque juste, (luclque saint, quelque ir- qu'il avait reçue. Or, je vous demande : pour réprébensiblc iiue soil Dieu dans toutes ses i)nrveiiirà ces deux fins, pouvail-il, tout vues et dans toute sa conduile, il ne faut pas Dieu qu'il est, prendre un mojen plus puiss'élonner que l'homme, par un effet de son saut, plus efficace, plus infiiliible que la ignorance et de son orgueil, ail souvent en- croix ? el nous-mêmes, avec loul notre pré- Irepiis de censurer les œuvres du Seigneur, tendue raison, en pouvons-nous imaginer clqu'il soilassiz téméraire pour s'enscandali- un autre où les proportions fussent, je ne ser. Les pensées de l'homme et celles de Dieu dis pas plus exactement, mais aussi exacleélant , comme dit l'Ecriture , aussi opposées ment gardées ? Allons au Calvaire, el, téqu'elies le sont depuis le péché, ce scandale moins de ce qui s'y passe, étudions noire reétail une suite eu (jm Ique sorte nécessaire, ligion, dont voici tout ensemble la hauletir Ce qui doit plus nous surprendre , c'est que, cl la profondeur, que saint Paul souhaitait par un aveuglement extrême , riiomme se tant de pouvoir comprendre : Siibliinilas et soit scandalisé contre Dieu des bontés mê- profundum (Eplies., lli). Il fallait satisfaire mes de Dieu, des prodiges mêmes de l'amour Dieu, et nul antre ne le pouvait (]u'uii de Dieu, de l'abond.inre même et de l'excès Homme-Dieu ; c'est de quoi la raison niêuie des miséricordes de Dieu; car voilà, chré- est obligée de convenir. Qu'a f.iil cet Ilommeticiis, l'affreux désordre que tléplorail saint Dieu? Ah! chrétiens, que n'a-t-il pas fait? Grégoire, pape dans ces excellentes paroles dans la vue d'acquitter nos d; lies, quel soin de l'homélie sixième sur les Kvangiles : Inde n'a-l-il pas eu de choisir ce qui pouvait unihoino advcrsiis Salvnlurcm scinidalum sump- quemenl et souverainement remplir la mesit,ttnde cl mayis drbitor esse dcbuit {Grec/.), sure des satisfactions que Dieu attendait et Voilà le désordre où loiiiba riiérésiarciue Mar- qu'il avait droit d'allendre ? En quoi consicion, lorsque, sous prétexte d'un faux zèle stail l'offense de Dieu "^ en ce «jue riiomine , pour le Fils de Dieu, il ne voulut pas croire, s'oubliaut lui-même, avait affecté d'être ni que ce Fils de Dieu eûl M'aiment souiTerl semblable à Dieu : lîrilis sicut dit. Et moi, sur la croix, ni qu'il y lût vraiment mort; dit rHommc-Dieu, moi non-seuleuienl semcomme si la croix el la mort eussent été ah- blable à Dieu, mais égal el consubstanliel à solument indignes delà majesté et de la sain- Dieu, par un oubli de inoi-même bieudiffétflé d'un Dieu. Erreur contre laquelle Dieu rent je m'abaisserai au-dessous de tous les suscita Tertullien , qui la combaltil haute- hommes, je deviendrai l'opprobre des liomment, et qui devint par là le défenseur des mes, je serai un ver de terre, et non pas un souffrances et do la passion de Jésus-Christ, homme; car, c'est en propres termes ce Erreur qui , malgré rétablissement du chri- que le ]«roi)hète lui fait diri! sur la croix: slianisme, n'est peut-être encore aujourd'hui 7:.'yo tiidem suin vennis, et nunliomo {Ps. XXl). que trop commune , et contre hniuelle il est Concevons-nous, el pouvons nous concevoir de mon devoir d'employer ici toute la force une réiiaration (dus auihenli(]ue ? L'homiiK», de la parole de Dieu. Uenouvelez , s'il vous en se révoltant contre Dieu , ,ivail secoué le jdalt, toute votre attention. Le myslère d'un joug de l'obéissanci', cl violé le commande- Dieu crucifié paraît aux mondains, aussi bien iiieul de son souverain : et moi, dit l'IIommequ'aux gentils, une folie: Genlibas slidliliaiif, Difu, loul indépendant ijuc je suis par moiel saint Paul prétend, au contraire, qu'à l'c- même, je me réduirai dans la plus pénible cl

fKH C^r.EME. SERMON XXXIll. SUR LA PASSION DE JESIJS-CIIRIST, '02

l;i Tilus liuiiiiii;nilc sujélion. Je me fiM'ai él.iil incompréhensible , ol ce que nous niiol>é'issai'.l : lùiclus ohetliais [l'Iiilip., Il), cl rions, sans lui, élcrneilcmenl ignciré. VA obéissant jiisijues à mourir : Usf/iie ad inor- quoi ? ce que c'esl que Dieu, ce <iue c'est que (cm, cl jusiiiies à mourir sur la croix : Mor- le péciié, ce que c'est (|ue le salul; trois cho- Inn aulrin cnici:< ; noîi-seuleir.ent j'ohéir,;i à ses auxquelles se doit rapporter toute la sa- Dieu, mais aux hommes, luais t.us plus cri- gesse de l'homme, et dont II counai>sanco, iiiiuels, mais aux plus vicieux, mais aux cl pour vous et pour moi, élait essentielleplus sacriléi;es de tous les liouuues, qui sont nient altachée au mystère de JésusChrisl mes per>é( uleuis et mes bourreaux. Non- mouraul sur la croix. Qu'csl-cc (]uv Dieu ? seuleaienl j'obéirai aux arrêts du ciel, Ion- Un élre p(Uirla ;;loire (liii]uel il a fallu ()u'il jouis équitables cl sas'i's, mais à ceux de la y eût un ilominc-Dieu humilié et anéanti jusletrc, pleins d'injustice et de cruaulé. Non- ques à la croix. \'oilà l'iiiécque je m'en l'orme heiilemenl j'obéirai à îles puissances qui aujourd'hui. Tout le reste ne me fait point n'ont nulle autorité légilime sur moi, mais à sullisamment connaiire Dieu ; tout ce que des puissances !i;;uées contre moi, à des j'i'ii découvre dans la nature, tout ce (|ue |>uissances qui m'iqipriiiient; cl, par cet as- m'en dit la lliéoloj;ie, tout ce que les Kcritu- .■■ujellissenienl volontaire, j'abolirai le crime res m'en «pprcnneni, tout ce que la lumière (!e l'iiomme rebelle à la loi de son créateur, de gbure m'en ré\é!era,cc ne sont pro- C/est pour cela mènu^ , dit saint Iteruard, prement ijuc des ombres. C'est au Cal- (pril ne voulut point descendre de /a croix; vaire où la foi, comme dans un plein ayant mieux aimé, remarque ce l'ère, lais- jour, me fait paraître ce Dieu aussi grand ser les Juifs dans leur incrédiililé, (juc dr' les qu'il est, parce (|ue j'y vois un Ilonune-Dieu convaincre par un miracle de sa jinipre vo- iuuuolc pour recoiinaitre ce (|u'il est ; et Dieu lonté, et prél'érant d'accomplir l'ordre de son lui-même, l'oserai-je dire, n'a point d'idée l'ère et d'obéir, |dutôl (jue de les convertir plus subliuuMle la divinité de son être, (juc elde les sauver eu n'obéissant pas. L'Honuue, «le mériter d'étic glorifie parla croix duu par une intempérance criminelle, en goûtant llouime-Dieu ; je dis pilus, que de ne pouvoir «lu fruit de l'arbre, avait accortié à ses sens cire auiiemenl satisfait que par la croix d'un lin plaisirdéfendu : elmoi,ilil l'homuH'-Dieu, Homme-Dieu. Qu'est-ce «lu*; le pe( lié ? Un (pii pourrais ne me rien refuser «les délicesde mal j)(mr l'expialinu (huiuel il a fillu (|u'tiu la vie, je me présenterai à mon l'ère comme Dieu-Homme se fît analhéme, cl devint un un liouuuc de douleurs , conuiie une viclime sujet île malédiction : Fnilus pio noi/ix mnde pénitence , comme uu agneau destiné au Icdictinn (Galat., III). ^'oilà ce (]ue le m^ssacrilice le plus sanglant. Car ce fut dans sa 1ère de la croix me prêche. Je ne comcvais sainte passion, qu'anime d'un zèle ardent pascommenl lepecliépouvaitatlirer sur nous ptuir la gloire et les intérêts de Dieu, il cou- des i hàtimenis si terribles , et , m'erigeant eut ce dessein , elqu'il l'exécuta : Jlusltmn cl en censeur des arrêta de Dieu, je lui demauoblalioucm nolaisli ; corpus aulem aptcisli dais raison de cette affreuse éternité de peimilii : lioliicdutoiiuita pro pcccalo non iibi nés (|uc sa jiist ce préjiarc aux âmes réprouplacuoimC ; lune dixi: Eccc venio {Ilchr.X). véi's dans l'enfer. Mais mon ignorance vc- V'ous n'avez plus voulu, ô mon Dieu 1 dit-il iiail de n'avoir pas bien considéré le mystère dans le secret de son cœur, au moment (ju'il «le Jésus-Chiisl mourant. Car la mort d'un fut crucifié, comme il l'avait dit, selon le le- Dieu, ordonnée comme un moyeu nécessaire inoignagede sainl Paul , en eufrant dans le i>oiir l'abolition du péché , me fait comprcninonde (remariiuez ces paroles, chrétiens, drc, plus «lue je ne veux, quelle proportion qui expriment si bien le fond cl l'intérieur il y a entre le péché , qui est rolTciisc de de ce mystère) ; vous n'avez plus voulu d'o- Dieu, et l'éternité malheureuse, qui est la blalion nid'ho>)lic ; mais vous m'avez formé peine de la créaluie. Supposé l'un, je ne un corps : les sacrifices des animaux luit trouve plus de difficultés dans l'autre ; cl, cessé de vous agréer ; c'est pourquoi j'ai dit : convaincu par le raisonnement de Jésus- Jle voici ; je viens, je m'immole. Paroles véné- Christ même : .Si inviridi ligno liwr fariunt, râbles, «jui, selon la h ttre même, doivent être in arido quid fiel (Luc, XN.ill) "/ Si le fi s et entendues de ce «lui se fil au Calvaire , puis l'innocent est ainsi traité, que sera-ce de que c'est là que Jesus-t'.hrist , en qualité de l'esclave et du coupable? je ne m'étonne p'iis grand prêtre, termina les sacrifu es do l'an- de la rigueur des jugements de Dieu , ni do cieniieloi, par la consommation du sacrifice l'excès de ses vengeances ; mais je m'éloiine de la loi de grâce; là que, la croix, lui ser- de iium propre élonnement. Qu'est-ce que le vaut d'autel, présenta solennellement sa per- salul de l'homme ? Un bien «jui seul a coûte sonne divine, là qu'il olTrit, non plus le sang la vie à un Dieu, cl pour Icqiud un Homnie- «les boucs et des taureaux, mais sou propre Dieu n'a point cru trop donner, ni être «ang; et, pour parler en des termes plus prodigue, que de se sacrifier soi-même, simples, et piusprccis, là qu'il se mitcnélat Voilà la grande leçon que me fait ce divin de satisfaire à Dieu , non plus par des sujets Maître expirant sur la croix. Je complais ce étrangers, mais par lui-même et aux déiiens salut pour rien, je le négligeais, je l'expocîc lui-même. ()r , c'est ce que j'appelle sais, je le risquais ; un vain intérêt, un faux r«)uvrage de la sagesse d'un Dieu, honneur, un moment de plaisir, et du plus Ce n'est pas encore assez : car j'ajoute que infâme plaisir, me le faisait abandonner, re Sauveur des hommes nous a l'ait parfaite- Jl.iis approche, me dit, par la voix de son UKTil comprendra ce qui, de soi-métae, sang, ce Dieu crucifié ; approche , cl, aux

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dépens dp en que je soiiiïre , instruis-toi du mérite de ton finio. Tu l'estimes toi-même , mais tu ne l'estimes pas encore assez. Contemple-toi bien dans moi ; tu verras ce que tu es et ce que tu vaux ; c'est par moi que tu dois te mesurer; car je suis ton pris; et ce salut, à quoi lu renonces en tant de rencontres, n'est rien moins que ce que je suis moi-même , puisque je me livre moi-même pour le l'assurer. C'est ainsi , dis-je , qu'il me parle. Or. cela seul me suffirait pour conclure, avec sainl Paul , que le mystère de la croix est donc le mystère de la s;igcssc divine. Car comme raisonne saint Clirysostome. un mystère qui me donne de si liautcs idées de Dieu, un mystère qui m'inspire une horreur infinie pour lepcilié.un mystère qui me fait priser mon salut preiérablemcnt à tous les autres biens passés, présents, futurs et même possibles, de quelque côlé que je le regarde . doit être pour moi un mystère de sagesse. Des sentiments si raisonnables , si élevés, si sublimes, ne peuvent partir d'un principe Ironqiiur cl faux. Il n'y a que la sagesse , et que la sage-^sc d'un Dieu qui puisse me les donner. Et voilà pourquoi l'apôlrc (les gentils, pénelré de la foi de ce mystère, faisait profession .mais une profession ouverte , de vouloir ignorer tout le reste, hors Jésus, et Jésus crucifié : Xon etiim jtidicaii me scirc nlUiuid iiitcr vos, nisi Jesitm Cliristnm.ct hune crucifixum [ICor., II). Car, dans ce Jésus crucifié, il trouvait excellemment, et en abrégé, tout ce qu'il devait savoir, et tout ce qu'il avait inlerêl de savoir , c'est-à-dire la science éminenle de Dieu, et la science salutaire de soi-nsême. Or, avec ces deux sciences, il croyait, avec raison , pouvoir se passer de toute autre science : Non cnim jitdicnvi me scirc idiquid intcr vos, nisi Jesum Chrislum , et hune rrucifixum.

Mais approfondissons une vérité si édifiante , et développons le second motif de la mission de Jésus-Christ et de sa fonction de Sauveur. Après avoir satisfait à Dieu, il était question de réformer l'homme, qui non-seulement était tombé dans le désordre , mais dans l'extrémité et dans l'abîme de tous les désordres. Ce désordre de l'iionmie, dit le bien-aimé disciple saint Jean, \enait de trois sources : delà concupiscence des yccix, de la concupiscence de la chair, et de l'orgueil de la vie: c'est-à-dire d'une insatiable avidité des biens temporels, d'une recherche passionnée des honneurs du siècle, cl d'un attachement excessif aux plaisirs des sens. Il s'agissait de nous guérir de ces trois graniles maladies ; et en voici les remèdes , que le Fils de Dieu nous a apportés du ciel , et qu'il nous présente aujourd'hui dans sa passion : le dépouillement de toutes choses et la nudité où il meurt , contre l'amour des richesses et la cupidité qui nous brûle ; les abaissements prodigieux où il se réduit, contre les projets de l'ambilion qui nous dévore ; les austéri tés d'une chair virginale, ensanglantée et déchirée de coups , contre la mollo-se et la sensualité qui nous corrompt. Remèdes infaillibles et sûrs ; remèdes qu'il ne tient qu'a

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