‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 82 sur 132 · ES. BOURDALOUE · texte numérisé non relu

ES. BOURDALOUE

nous de nous appliquer, dont il ne lient qa';> nous de profiter, et où parait toute la providence et toute la "sagesse du médecin qui nous les a préparés. Ne nous préoccupons point , et faisons-nous une fois justice pour la faire éternellement à notre Dieu. N'esl-il pas évident , mes chers auditeurs , que le mystère de la croix a une opposition essentielle à ces trois principes qui causent tous les dérèglements de voire vie ? N'esl-il pas évident que ce seul mystère condamne toules vos injustices , toutes vos violences . toutes vos haines, tous vos commerces scandaleux, toutes vos dissolutions, toutes vos débauches ; f t de là ne s'ensuit-il pas que c'est un mystère où la sagesse de Dieu a présidé'? Ce qui modère nos désirs, ce qui règle nos passions, ce qui confond noire orgueil, ce qui arrache de notre cœur l'amour de nous-mêmes , en un mot, ce qui corrige tous nos vices et ce qui nous lient dans l'ordre, peut-il n'être pas un effet de l'ordre, et, par conséquent , de cette suprême sagesse qui est en Dieu ? Que serail-ce, disait le savant Pic delà Mirandole, si les hommes, d'un consentement unanime, s'accordaient entre eux à vivre selon les exemples que Jesus-Cbrisl leur a donnés, et les leçons qu'il leur a faites dans sa passion ; eu sorte que ce Dieu crucifié fût, dans la pratique, la règle universelle paroù le monde se gouvernât ? A quel degré de perfection le monde, aujourd'hui si corrompu, ne se trouverait-il pas tout à coup élevé ? Celte vue que l'on aurait toujours présente , et à laquelle on se fixerait, cette vue de la croix, dans quelle modestie ne contiendrail-elle pas les grands, et quelle soumission n'inspireraitclle pas aux petits'.' Les riches abuseraientils de leurs richesses, et les pauvres se plaindraient-ils de leur pauvreté'? Ceux qui souffrent se tourneraient-ils contre Dieu dans leurs souffrances, el les prétendus heureuxdu siècle oublieraient- ils Dieu eu s'oubliant eux-mêmes dans leur prospérité? ^"crrail-on dans la société humaine des vengeances et des trahisons? l'esprit d'inlérêt y régneraitil ? la jalousie et l'ambition y causeraientelles des divisions et des troubles ? la bonne foi et la probité en seraient-elles bannies ? Autant que les hommes sont maintenant déréglés, autant leur conduite serait-elle sage el droite, el leur vie innocente et pure.

Mais pourquoi fallait-il que Jésus-Christ, sans être sujet à nos maux, en éprouvât les remèiles dans sa personne? Ah ! mes frères, répond saint Augustin, ces remèilcs étant aussi amers qu'ils le sont, pnuvait-il rien faire de mieux que de les éprouver dans sa personne, pour nous les adoucir, el pour nous en persuader l'usage? Sans cela les aurions-nous jamais pu goûter; et, pour nous engager à les prendre, ne fallait-il pas l'exemple d'un Dieu? Supposons que cet Homme- Dieu, au lieu de la croix, eût choisi, pour nous sauver, les douceurs de la vie: quel avantage noire amour - propre, source de toute corruption, n'aurait-il pas tiré de là, et jusques à quel point ne s'en serait-il pas prévalu? Aurais-je eu bonne grâce alors de

CAKEMi:. Sir.MON XX\Î\. SLTxl.A UESLURF.CTION DE JEsrS-CIin ST.

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vous demamler, roinine je fais aujourd'liui, la niorlilioalioii des sens, le criicilitinenl (l(! la eliair, le renoncement à vous-uiènios, riuiinililé lie la iiéiiileiice ? M"éi;()iiteriez-\ oiis, el celle seule idée de voire Dieu dans l'eclal des honneurs et d,in> le plaisir ne seraitelle pas un préjii;,'!' insurmonlalil! contre toutes mes raisons? Mais quelle lorce aussi cet exemple d'un U:eu mour.inl sur la croix ne donne-til pas à mon niinislére el à ma parole, el avec quelle aulorilé ne vims dis-je pas qu'il faut (|ue vous soyez liumliles, niorlifié-i, détachés du inondt^; ce que je u'anmis dit (in'en tremblant et dest s|ieraiit d'en éire cru'? Or, n'était-ce pas une sai^esse à Lieu de fournir aux ministres de Jésus-Christ, el aux prédicateurs de son Kvan^iile, di- quoi vous fermer la bouche, (juand ils vous prêchent les devoirs les plus dilliciles de votre relii.'ion, el de vous mettre dans l'impuissance de leur répondre, <|uand ils vous reprochent l'opposition extrême «juc vous marquez à 1< s prati()uer?

.Mais pourquoi corriger des excès par d'autres excès ; les excès de l'homme par les excès d'un Dieu? Et moi je dis : Quelle sagesse d'a\oir corrigé d( s excès de malice par des excès de perfection, des excè^ d'iniquilé par des excès de sainteté, des excès d ingratitude par des excès d'amour? Pour retirer l'hoinine de rextrèmilé des vices où il s'ét lit porté, ne fallait-il pas le faire pencher vers l'extré.oilé des vertus contraires? Aurait-il pu, dans la violence de sa passion, tenir toujours le milieu; el n'étail-il pas nécessaire, pour éteindre en lui le feu de l'avarice, de l'ambition, de l'impureté, de lui faire aimer la pauvreté, l'humiliation, l'austérité? Car, encore une fois, pour nous sauver d'une manière parfaite, il ne sufûsail pas à Jésus-Christ de nous venir dire que ces trois concupiscences nous perdaient. Il fallait qu'il vînldans un état (|ui nous engageât à les combattre, à les contredire, à les arracher de nos cœurs. Elles ne nous perdaient qu'autant (lu'clles séduisaient notre raison, cl qu'elles infeclaient notre cœur; et si nnus en eussions conserié toujours l'amour et l'estime, nous n'étions sauvés qu'à demi. Il fallait donc que les vertus opposé.s à ces concupiscences malheureuses nous devinssent non-seulement supportables, mais aimables, m;iis précieuses cl vénérables. Or, pour cela, que pouvait trouver de plus merveilleux le V'erbede Dieu, que de les consacrer d nis sa personne, afin, comme dit excellemment saint .\ugustin, que l'humilité de l'homme eût, dans l'Iiumiiité d'un Dieu, sur quoi s'appuyer et de quoi se soutenir contre les atti'intes et les insultes de l'orgueil? Ut liumilitas humana coiilrn insultatitem sibi supnbinm divinœ humilUatis palrocinlo fulcireliir (Aug.).

En voilà trop, chrétiens, je ne dis pas pour convaincre, mais pour confondre un jour notre raison dans le jugement de Dieu ; et plaise au ciel que ce jugement de Dieu, où notre raison doil élre convaincue de ses erreurs et confondue, ne soit pas déjà comm.ncé pour nous. Car, dès aojouiii'hiii, ce

OlVATElilS SiCRÉS. X'iV.

Sauveur mourant s'esl mis en possession de juger le inonde; el la croix a élè le premier tribunal sur lequel il a paru, prononçant contre les hommes, ou en fa\eur des Inmiiies, des arréis de vie ou de mort. Ce n'esl point un senliment parliculier que la pieté m'inspire, mais une vérité que la foi m'enseigne, (juand je \ ous dis (]ue le jugement du monde commença au moment inèiiie que commença la passion de Jésus-Clii isl, puisque c'est ainsi que lui même il s'en expli(|ua à ses apôlres : Nunc juiliriitiii rsl vuinili {Jwni. XII). (]e ne sont point de vaines leirenrs qu'on veut nous donner, {]uand on nous dit ([ue lu croix où cet Homiiie-Dieu fut allaché, sera produite à la lin des siècles pour élre la règle du jugement (juc Dieu fera «le nous et de tous les hommes : 'J'iinc jiarcbil t.iijniim Filii liuminis (Malih. WIVI. l'ensée terrible pour un mond.iinl C'est la croix de Jésus-Christ qui me jugera, celte croix si ennemie de mes passions; celle croix <;ue je n'ai lioiiorée qu'en spéculation, et que j'ai toujours eue en horreur dans la pratique: celte croix dont je n'ai jamais f.iil aucun usage, el dont, a mon égard, j'ai anéanli lous les mérites; c'est celte croix qui me sera conlronlée : Tune partbil siijiiiun Filii liominis. 'l'oul ce qui ne s'y trouvera [)as conforme, porlera ie caractère el le sceau de la réprobation. Or, (]uels traits de ressemblance puis-je découvrir entre cette croix et mon libertinage, entre celte croix et mes folles vanités, entre cette croix et ma vie sensuelle? Ah! Seigneur, serai-ji; donc condauiiié par le plus grand de vos bienfaiis et par le gage même de mon salut? et ce qui devait me réconcilier avec \ous, no servira-l-il qu'à me rendre devant vous plus criminel el plus odieux? Mais au contraire, pensée consolante pour une âme fidèle et juste! C'est la croix de Jésus-Clirist qui décidera de mon sort, celte croix en qui j'ai mis toute ma confiance, celte croix qui m'a fortifié et qui me fortifie encore tous les jouis dans mes peines, celte croix dont je vais adorer l'image devant cet autel, mais dont je veux être moi-même une imago vivanlc Dieu crucifié, recevez mes hommages, agréez les sentimenis de mon cœur; et failcs que votre croix, après avoir été le sujet de ma vénération, et plus encore l'objet de inoa imitation, soit eicrnellemeiil j our moi ua signe de bénédiclion.

SEUMON XXXIV.

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