POUR LA FÊTE DE PAQUES
Sur ta resuneclion de Jésus-Clii inL
T^a^iHlsesl propler ilelicla iiosira, el resurrcxil prO| lef jiisliiiijlioni'Ui iioslrjiii.
// a élà liiré pour )ios péchh, et il est r^'ssiiseiié pour notre JKslilicalioii (Rom., ch. IV).
Sire, C'est sur ce témoignage de saint Paui que s'est fondé saint Bernard, quand il a dit que la résurrection du Fils de Dieu, qui est prolirement le mystère de sa gloire, avait étô au mciiie temps la consomma. ion de sa eba- (Viiiijt-iieiif.}
ORATEURS SACRES. BOURDAI.OUE
rite rnvors les hommes. 11 n'en faut point d'autre preuve que les pnroles de mon texie, puisqu'elles nous font connaître que c'est pour noire intérêt, pour notre salut, pour notre justification, que ce Sauveur adorable ost entré en possession de sa vie glorieuse, 't qu'il est ressuscité : El resiirrexit proptcr jusli/îcdiioncin nostram. A en jiig^er selon nos ^vues, on croirait d'abord que les choses devraient être au moins partagées; et que JéhUsChrist ayant achevé sur la croix l'ouvrage de notre rédemption, il ne devait plus penser qu'à sa propre grandeur, c'esl-càdire qu'étant mort pour nous, il devait ne re-susriter que pour lui-mcmc. Mais non, chrétiens, son amour pour novs n'a pu consentir à ce partage. C'est un Dieu, dit saint Bernard, mais un Dieu sauveur qui veut nous apporlenir entièrement, et dont la gloire et la béatitude ont dû par conséquent se rapporter à nous, aussi bien que ses humilialions et ses souffrances : Tolus in usu.^ nosnos expenf:us {Bern.). Tandis que ses humiliations nous ont élo uti'cs et nécessaires, il s'est humilié et anéanti. Tandis que, pour nous racheter, il a fallu qu'il souffrît, il s'est livré auv tourments et à la mort. Du moment que l'ordre de Dieu exige que son humanité soit glorifiée, il veut que nous profitions de sa gloire niéine : car, s'il ressii>eite, poursuit le même saint B.rnard, c'est pour établir notre foi, pour affermir notre espérance, pour ranimer notre charité; c'e>it pour res- ► usciler lui -même en nous, et pour nousrenitre capables de ressusciter spirituellement avec lui ; en un mot, comme il est mort ponr nos péchés, il ressuscite pour notre saiulification : Et resurrexil propler justificationrui nostram. Voilà le mystère que nous célébrons, et dont l'Eglise universelle fait aujour I hui le sujet de sa joie. Mystère auguste et vénérable , sur lequel roule non-seulement toute la religion chrétienne, parce qu'il est le fomlemcnt de notre foi, mais toute la piété chrétienne, parce qu'il doit être la règle de nos mœurs. C'est ce que j'entreprends de vous montrer, après que nous aurons imploré le secours de la Mère de Dieu, et que nous l'aurons félicitée de la résurrection de son Fils. Regina cœli.
Pour entrer d'abord dans mon sujet, je présuppose ici, chrétiens, ce que la foi nous enseigne , et ce que nous devons regarder comme un point essentiel de notre religion, savoir, que Jésus-Christ, en mourant, nous a parfaitement justifiés, et que, pour nous remettre en grâce avec Dieu, rien n'a manqué au mérite de sa mort. ]Mais, outre ce mérite, il nous fallait, dit saint Chrysostome, un exemplaire et un modèle sur qui nous puissions nous former, et que nous eussions sans cesse devant les yeui, pour travailler nousmêmes à l'accomplissement de ce grand ouvrage de notre justification, ou, si xous voulez, de notre conversion, à laquelle, selon l'ordre de Dieu, nous devions coopérer; et c'est à quoi le Sauveur du monde a divineluent pourvu par sa résurrection glorieuse.
Vous le sayez, chrétiens, et vous ne pou-
vez l'ignorer, puisque c'est un article de la foi même que vous professez : le péché du premier homme fut une présomption téméraire, q'ii le porta jusqu'à s'élever au-dessii* de lui-même , jusqu'à vouloir se mesurer avec Dieu, être éclairé comme Dieu, ressembler à Dieu -.Erilis sicut Du [Griirs. III). Mais vous savez aussi la sage conduite que Dieu a tenue à l'égard de l'homme, lorsque, par un s crct bien surprenant de sa providence, il lui a ordonné pour remède ce qui semblait avoir été la cause de son mal, et qu'il l'a obligé à se sanctifier par ce qui l'avait rendu criminel ; je veux dire lorsque ce Dieu de gloire, s'incarnant et s'humanisant, s'est mis lui-même dans des états, où non-seulement il est permis à l'homme de vouloir ressembler à son Dieu, mais où son plus grand désordre est de ne le vouloir pas, et en effet de ne lui ressembler pas. Or, quel état, surtout, l'Ecriture nous marque-l-elle où le Fils de Dieu ait prétendu que nous dussions lui être semblables , et où ce ne fût plus un crime, mais un mérite et un devoir de nous conformer à lui? l'état de sa résurrection.
Car c'est pour cela, dit expressément le grand apôtre, qu'il est ressuscité d'entre les morts, afin ((ue, sanctifiés par son exemple, nous prenions une nouvelle vie : Ul quomodo Christus surrexil a morluis, ila et nos in novitale litœ ambulemits {Rom. VI;. Au reste, mes frères, ajoute saint Ciirysostome , ces paroles ne sont pas une simple inslruclio:i (le r.\pô!rc, mais un oracle thi Saint-Esprit qui nous révèle et qui nous fait comprendrez le dessein de Dieu; d'où il s'ensuit que nonseulement la résurrection du Sauveur a eu d'elle-même toutes les qualités requises pour nous servir de modèle dans notre conversion, mais que Dieu a prétendu nous la proposer comme un modèle, et que c'est particulièrement dans celte vue qu'il a voulu que Jésus-Christ ressuscitât : Ut quomoilo Christas surrexit. ila et no!< ambulcmus. Ce qui faisait dire à Tertullien que les pécheurs convertis et réconciliés par la grâce sont des abrégés et comme des copies de la résurrection de Jésus-Christ : Appendices resurrectionis [TertulL). Car c'est ainsi qu'il les appelait : pourquoi? parce que tout pécheur qui se convertit et qui change de vie, doit exprimer en soi-même, par une parfaite imitation, les caractères et les traits qui conviennent à Ihumilité de Jésus-Christ dans l'étal de sa résurrection. Voici donc quels ont été ces caractères ; et, par la comparaison que nous en allons faire, reconnaissons aujourd'hui ce ()ue nous devons être devant Dieu. Snrrexit Dominas vere, et apparuil S iinoni {Luc. \\\\'}. Le Seigneurest vraiment rcssus( ilé, disaient les disciples du Sauveur, parlant de leur maître, et il s'est fait voir à Pierre. Voilà les deux règles que nous devoi.s suivre, et en quoi consiste cette conformité qu'il doit y avoir entre Jésus-Christ et nous. Il est vraiment ressuscité , pour nous donner l'idée d'une conversion véritable, et il a paru ressuscité, pour I ous donner l'idée d'une con- \ersion exemplaire. Il est vraiment ressus-
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•:AnEME. SERMON XXXIY. SIH LA HESDURECTION DE JESUS-dlUST.
ril6, afin que nous nous convertissions véril.iblemcnt et solidement : c'est la première partie; et il a paru ressuscité, afin qne, si nous sommes convertis, nous le paraissions pour la ploire de notre Dieu, librement et généreusement : c'est la seconde partie. L'un sans l'autre, dit saint Aui;ustiu, est défectueux ; e.ir, paraître converti et ne létrc j)as, c'est imposture el hypocrisie; et ne le ]!araître pas. ou phiiôt craindre de le paraître, c'est faiblesse et res|icct humain. Il i'aut donc l'être et !e paraître : Sune.rit et appnruit. L'être en esprit el en vérilé. par une conversion de niuMirs qui se soutien m; devant Dieu : Suncxit vere. Le paraître avec une sainte liberté, en sorte que celte conversion soit encore, selon l'Evangile, comme une lumière qui luise devant les hommes : Et cipparuit Si'moni. Serai-je assez heureux, chrétiens, pour vous bien persuader ces deux importantes oblii;.ilions? elles feront tout le partage de ce discours. Commençons.
PIIEMIÈIIE l'AUTIE.
C'est saint Paul qui l'a dit, et je n'ai rien moins prétendu, dans la première proposition que j'ai avanrée, que d'établir un princi|iede religion dont il ne nous est pas permis de douter : Jésus-Chrisl est vraiioent ressuscité, el, sur ce modèle, Dieu veut (|ue nous soyons vraiment convertis. Mais j'ajoute, comme la suite naturelle de ce principe, que Jésus-Christ, après être sorti du tombeau, n'a plus vécu en homme mortel, mais en homme céleste et ressuscité, et que c'est une loi pour nous qu'après notre conversion nous ne vivions plus en hommes charnels et mondains, mais d'une vie toute spirituelle et conforme au bienheureux état où se trouvent élevés par la grâce des hommes sincèrement et solidement convertis.
Deux pensées auxquelles je réduis ces admirables paroles de l'epîlre aux Romains, dont je fais toute la preuve des vérités que ]^\ vous prêche : Consepulli sumus citin Chrislo prr liaplismum in morlem ; tit quomodo surrexil a mortuis, iln el vrtu in novitdie ritœ iimhitleinus {Rom., VI) : Nous sommes, mes frères, ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême pour tiiourir au péché, afin que, comme ce Dieu Sauveur est ressuscité par sa vertu toute-puissante, nous soyons animés du même esprit el intcrieurenient ressuscites pour mener cette vie nouvelle, qui est l'effet d'une véritable conversion. Appliquez-vous, chrétiens, et ne perdez rien d'une instruction si nécessaire. Surrexit Dominas vere ( Luc , XXIV) : Le Seigneur est vraiment ressuscité. Principe, encore une fois, auquel vous et moi nous devons nous attacher d'abord , (lonr nous former une juste idée de la conversion tlu pécheur. Ne vous étonnez pas, mes chers audileurs, que Jésus-Christ, selon le rapport des évangélistes, s'intéressât tant à prouver, et à prouver fiar lui-même sa résurrection. Les apôtres étaient saisis de frayeur en le voyant, parce qu'ils croyaient voir un esprit : ionluihiiti et conterriti existimnbant se .«/»riium videre (Ibid.); et il ne pouvait soulTiir (qu'ils demeurassent dans cette imerlitude et
dans ce trouble. Non, leur disait-il pour les rassurer, ce n'est point un esprit, c'est moimèin(>. Regardez mes pii'ds el mes ni.iins, touchez mes plaies, et vous apprendrez cpie je ne suis point un fanl6:iie, mais un eorps salidcet réel. Pourquoi, demande saini t'iirysoslome, ce soin si exact de leur faire conn.iîlre la vérité de sa réNurreclion? Ah ! mes frères, répond ce saint docteur, c'est qu'outre les autres raisons qu'il avait d'en user ainsi, il savait bien la loi qui nous était <lès lors imposée cl l'engagement où nous devions êlre, en qualité de pécheurs, de ressusciter à la vie de la grâce, comme il était luimême ressuscité à la vie de la glniic : Ut quomodo surrexit , ilo ri nos in novitule vilœ (tmbulemits. Or, il était ,à cr.iindre que ce'.lo résurrection spirituelle di' nos âmes, au lieu d'être une vérilé, ne lût uiui pure fiction, et que, passant pour des hommes convertis, nous ne fussions rien moins au-dedans ((ue ce que nous paraissions au dehors. De là vient qu'il n'omett.iit riim pour convaincre ses disciples qu'il n'était pas SiU emenl ressuscité en apparence, mais en t ffet, voulant (jue cette résurrection vériiable nous servît de modèle el d'exemple.
L'entendrz vous, chrétiens, el avicz-vous ) imais pénétré la conséquence de cette parole : Surrexit vere? Voilà néaiuno'ns à iiuoi elle se r.ipporle: à condamner tant de conver« sions imnginaires. (jui n'ont d'une vraie conversion que l'exlérieui' el le masque, sans eu avoir le fond el le mérile ; car peimetleznu)i de faire ici une rellexion loute semblable à celle (jne fais.iit saint P.iul instruisant les Corinthiens sur la résurrection des corps : Ecce mysteriam vobis dico : omncs quidem resurcjemus , sed non omnes immutabimnr (1 Cor., XV) : Voici, mes frères, leur disaitil, un important secret ((ue je vous déclare : nous ressusciterons tous à la fin des siècles, mais nous ne serons pas tous changés. Il voulait par là leur faire entendre que, qnoi- (jue les réprouvés dussent avoir part à l.i rêsurreclion future, aussi bien que les élus, leurs corps n'y s raient pas transformés comme les corps des élus, ni rendus semblables au corps glorieux de Jésus-Christ. DilTélence terrible sur laquelle insistait l'Apôtre pour donner aux fidèles une crainte salutaire du jugement de Dieu. M lis, (|U('lque terrible que doive êlre cette diiTérence des réprouvés el des élus dans le jugcmrut de Dieu, en voici une autic qui, pour être plus inlérieure, n'en est pas moins f.itale au pécheur, et qui. s.ins attendre la fin des siècles, se trouve aujourd'hui dans le chrisiianismn selon les différentes disposilinns des chréliens à celle fête. Nous avons tous célébré la résurrection de Jésus-Christ, mais je ne sais si nous a^ons tous éprou^é ce bienheureux changement que cette sainte solennilé, par une grâce qui lui est propre, dev.iit opérer d.ins nos âmes. En recevant l'adorable sacrement du Sauveur, nous avons lous p.iru spirituellement ressuscites, mais peut-cire s'en faut-il bien que nous ayons lous élé ron uv lés, ',t que, dans ce grand jour, noi^
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OliATElUS SACRES. COL'KDALUIJE.
).iilssior,s tous ég;ilcmcnt nous rcnJre ce léiiioignage devant Dieu, (\nc nous ne sominci plus les mémos lionimes. Voilà le mystère, mais le redoutable mystère que je vous annonce, et sur lequel chacun de nous doit s'examiner : Omries qnidem rcsur(jemus, sed non omncs immutabimur (I Cor., XV).
Car, avouons-le de bonne loi ; et, puisqu'une expérience malheureuse nous lorce à le reconnaître, ne nous en éi)argnons pas la confusion. Le désordre capital qu'on ne peut assez déplorer, ni trop vous reprocher, est que, dans celle solennité de Pâques, abusant de la pénitence qui, selon les Pères, est le sacrement de la résurrection des pécheurs, nous mentions souvent au S.iint- Esprit, nous imposions au monde, cl nous nous trompions nous-mêmes. Oui, mes frères, jusque dans le tribunal de la pénitence, nous mentons au Saint-Esprit, en délestant de bouche ce que nous aimons de cœur; en tlisanl que nous renonçons au monde, cl ne renonçant jamais à ce qui entretient d ins nous l'amour du monde ; en donnant à Dii'U des paroles que nous ne comptons pas de garder, cl que nous m; sommes pas en elTet !>ien déterminés à tenir; ayant avec Dieu moins de bonne foi que nous n'en avons avec un homme, et même avec le dernier «les hommes. Nous imposons au monde par je ne sais quelle fidélité à nous acquitter, dans C8 saint temps, du devoir public de la religion; par l'éclat de quelques bon- Hes œuvres passagères, par une ostentation de zèle sur des points où, sans être meilleur, on en peut avoir; par (luelques réformes dont nous nous parons, et à quoi nous nous bornons, tandis que nous ne travaillons pas A vaincre nos habituilcs criminelles et à mortifier b s passions qui nous dominent. Ni lUS nous trompons nous-mêmes en confondant les inspirations et les grâces de conversion avec la conversion même; en nous figurant que nous sommes changés, parce que nous sommes louches du désic de l'êlre, et , sans t|u'il nous en ait cnûié Se moindre combat, en nous flallaiit d'avoir remporté de grandes victoires. El parc (]u"en fait de pénilcr.ce tout cela n'est qu'illusion et que mensonge. à tout cria l'Evangile oppose aujourd'hui cette seule règle : Surrcxil verc : 11 est vraiment ressuscité ; et pnr cette règle nous do!ine à juger < oaibien nous sommes éloignés des \oiesde Dieu, puisque, entre notre vie nouvelle et la vie jilorieuse de Jésus- Christ, il y a une opposition aussi monstrueuse que celle qui st; trouve entre l'apparent et le réel, entre le vide et le solide, enire le faux et le vrai. Ah ! mes chers auditeurs, combien diî l'antomi'S de conversion, ou, pour user du termo de saint Uernard, combien de chimères de conversion ne pourrais-jepas vous produire ici, s'il m'était permis d'enirer dans le setiret des cœurs et de vous en découvrir le fond '.'Coini;ien de conversions pure:nciil humaines, combien de poliU(]iies, combien d'inléressces, combien de forcées, co.nbie;! d'inspirées par un autre esprit «juc celui qui nous J:it co.iJuirc '[U'cid il s'agit
de retourner à Dieu"? Conversions, si vous voulez, fécondes en beaux sentiments, mais stériles en effet ; magnifiques en paroles, mais pitoyables dans la pratique ; capables d'éblouir, mais incapables de sanctifier. Combien de consciences se sont présentées devant les autels comme des sépulcres blanchis, et, sous cette surface trompeuse, cachent encore la pourriture cl la corruption ? Sont-ce là les c >pies vivantes de cet Homme- Dieu, qui renaît du sein de la mort pour èire, «omme dit saint Paul, l'aîné d'entre plusieurs frères : Ut sit ipse piimogenitus in multis fratribus {Rom., Vlllj ? Non, non, chrétiens, ce n'est point par là qu'on a le bonheur et la gloire de lui ressembler, il faut quelque chose do plus, et, sans une conversion véritable, on n'y peut prétendre. t)r, qu'est-ce qu'une véritable conversion? Comprenez ceci, s'il vous piaîl, c'est-à-dire, une conversion de cœur et sans déguisement, une conversion surnaturelle, dont Dieu soit le principe, l'objet et la fin'? Que ne m'esl-il permis de développer ces deux articles importants dans toute leur étendue 1
Conversion sincère et sans déguisenifnt , car, dit saint Bernard, pourquoi utius contrefaire devant Dieu qui, nous ayanl f.iil ce (jue nous sommes, voit mieux que nous-mêmes ce qui est en nous et ce qui n'y est pas? lit pour(;uoi feindre devant les boiiunes dont l'estime ne nous juslifi. ra jamais, el dont l'erreur, sur ce point , sera même un jour notre confusion ? N'est-ce pas pour cela que saint Paul, reprcsi^ntanl aux chrétiens, comme autant d'obligations, les conséquences qu'ils devaient tirer de ce mystère, en revenait toujours à cette loi : que Jésus- Christ, notre Agneau pascal, avait été immolé pour nou-, et que nous devions célébrer cette fêle, non avec le vieux levain, avec ce levain de dissimulation el de malice dont peut-être nos cœurs jusqu'à présent avaient été infectés ; \on in fennento vrieri, nfque in frnnento nviliiiie et nei/uitiœ ilC(jr.,\), maii dans un esprit de sincérité el de vérité : Sed in azyinis sinceritalis et veritatis? Pourquoi? parce que le S^'igncur même avait dit que cette sincérité de conversion était la condili(jn essentielle qui devait nous donner avee .iésus-Christ ressuscité une sainte ressembiance.
En eiïet, ce qui nous perd devant Dieu, el ce qui nous eu)pêihe de ressusciter en esprit coMinie Jésus - Christ ressuscita selon la chair, c'est cominunément un levain de péché que nous fomentons dans nous, et dont nous ne travaillons pas à nous défaire. Je m'explique. On se réconcilie avec son frère, el l'on pardonne à son ennemi, mais il reste néanmoins toujours un levain d'aigreur cl de chagrin, qui diffère peu de l'animosilé et de la haine. (Jn rompt une attache crimimlle, mais on ne la ro iipt pas lellement qu'on ne s'en lés 'rve, pour ainsi dire, certains droits, à quoi l'on prétend que la loi de Dieu n'oblige ])as en rigueur de renoncer. caiai.is coainicrces que l'honnêteté el la
an
CAREME. SFUMnN XXXIV. SUR LA RESLIURECTION DE JESLÎS-CIiRIST.
liicnsè.incc semblent autoriser, rertnines libertés que l'on s'accorde eu se tlatt.inl i]u'on n'ira pas plus loin. Voilà ce que saint Paul appelle le levain du péché : Ncqne in fermettlo m<iliti(r et nequiliœ. Ov, il T.iut, mes frères, ajoutait l'Apôtre, vous purilier de ce levain, SI vous voubz célébrer la nouvelle l'àque. Il faut vous souvenir ((ue, couiuic un peu (le levain, quand il est corrompu, sullit pour gâter toute la masse, aussi ce (jui resic d'une |i:iss ion mal étcin te, quoniue amortie en apparence, peut détruire et anéantir tout le mérite de notre conversion : F..rjnir(inlc velus ftrnientum , %it silis noia cunspersio (I Cor., V).
Conversion surnalurellc et dans la vue de Dieu; car, que peuvent tous les respects bumains et loules les considérations du momie, quand il s'agit (!c nous faire revivre à Dieu, et de reproduire en nous (ont de nouveau l'esprit de la grâce après (|uo nous l'avons perdu? On nous dit que le désordre où nous vivons peut être un olislacie à notre forlune, que celte attache nous rend méprisables, que ce scandale nous rend odieux, et, sur cela précisément, nous nous corrigeons. On nous fait entendre que la jiiélé pourrait servir à noire établissement, et, pour cela, nous nous réformons. Qu'estce (lu'uiie telle conversion, eût-elle d'ailleurs tout l'éclat de la plus exacte cl de la sincère régularité '? On s'éloigne du monde par un dépit secret , par impuissance d'y réussir, par désespoir de parvenir à certains rangs que l'ambilion y cherche. Ou se déladie de cette personne, parce qu'on en est dégoûté, parce qu'on en a découvert la perfidie et l'infulélité. On cesse de péclicr parce que l'occasion de pécher nous (luitte, et non pas parce que nous quittons l'occasion du péché. Tout cela, ombres de conversion. Il faut qu'un principe surnaturel nous anime, comme Jésus-Christ ressuscita par une vertu divine. Il faut que, sur le modèle de Jésust^hrisl qui , dai'S sa résurrection, selon le beau mot de saint Augustin, parut entièrement Dieu : In reaurrcclione Deiis {Aug.), parce qu'en vertu de ce mjslèrc, l'humaniie fut tout absorbée dans la diviiiilc, aussi, dans notre conversion , il n'y ail rien qui ressente l'iiomme, rien qui tienne de l'imperfection de l'homme, rion qui participe à la corruption de l'hoaime; que l'intérêt n'y entre point, que la prudence de la chair ne s'en mêle point, et que, si la créature en c^t l'occasion, le Ciéaleur en soit le motif. Ainsi le pratiquait l'Apôtre quand il disait : Loin de moi celte fausse justice ([ue je pourrais trouver dans moi et qui serait de moi, parce que Dieu, dè< lors, n'eu serait pas l'objet ni le principe. Il ne me suffit pas même d'avoir celle justice imparfaite qui vieni de la loi, mais il me faut celle qui vient de Dieu par la foi, celle qui me fait connaîlre Jésus-Christ et la vertu de sa résurrection, afin que je parvi<'nne, s'il est possible, à cette résurrection bienheureuse qui distingue les vivants d'avec les morts, c'cst-à-dire les pécheurs iusiifiés d'avec ceux qui ne le sonl pas : Ut
inveniar in illo non liabrns meam pislitinm quœ ex (ege est, scd illam (/mr ex (ide est ('hrisli Jesu; ad cognoscenditm illum , et virtiilnn restirreclionis ejns : si quo modo occurroin ml resuircclionem qnw est ex mortui^ (l'hitip., 111). Ainsi, après l'Apôtre, en ont usé tous les vrais pénitents en se convertissant à Dieu. i:s ont fermé les yeux à tout le reste, ils n'ont consulté ni la chair, ni le sang, ils ont foulé le monde aux pieds, ils se sont élevés au-dessus d'eux-mêmes, et pour- (luoi '? parce qu'ils cherchaient, dit saint l'aul, une résurreclion plus solide et ()lus avantageuse que celle qui nous est figurée dans la conversion prétendue des mond.iins : Vl meliorem invenirent resurreclioncm {llrbr. XI). Car, encore une fois, il y a mainlcnaiu une diversité de conversions, connne à la fin des siècles il y aura une diversité de résurrections ; cl comme, selon l'Evangile, les uns sortiront de leurs tombeaux pour ressuscilir i'i la vie, les autres, pour ressusciter à leur condamnalion et à la mort : El proecdent qui bona feccrunt, in rcsurreelioneui vitœ ; qui Trro viala cf/erunl, in resurreclionem judieii [Joann , V), de même voit-on des pêcheurs sortir du tribun. il de la pénitence, les uns viviTies par la grâce et réconciliés avec Dieu ; les autres, par l'abus du sacrement, encore pitis eiu.'u'cis dans le peclié cl plus ennemis île Dieu, fleiireux, conclut le Saint-Esprit <lans l'Aiiocaij'Jise. heureux et saint quicoiHjiie aura part à ia [iremière résurrection 1 II paile de la rês:irre<lion des justes : Itealns ri smiclus oui liabit purlem in resurreclionc prima (Apoc, XX). Je dis par la même règle : Heureux et saint quiconque a eu part à l.i preoiière cimiversion! Heureux et saint celui qui, ressuscitant avec Jésus-Christ, selon la maxime de l'Apôtre , n'eiivisage dans sa conversion que les choses du ciel, délourne sa vue de tous les objets de la terre, ne cherche point les prospérités, s'élève au dessus des adversités, est conlenl de posséi'er Dieu, cl s'attache à Dieu pour Dieu même! Or, c'est celte conversion, chiéliens, (juc Dieu vous demande atijourd hui et dont il vous propose le modèle dans la personne de son l'ils.
Cependant, n'en demeurons pas là; j'ai dit que le Sauveur du monde, ajjrès êtie sorti du tombeau, n'avait plus vé(U en homme mortel, mais en homme céleste et ressuscité, et que c'est une loi pour nous de mener, après notre conversion, une vie nouvelle et ( onl'orme à l'heureux état où sont ébîvés, par la grâce, des hommes vraiment convertis : Ut quomodo fitrrexil u mortuis, ita et vos in noviUtle vilœ ambulemus {Rom.,\l). JSIais en quoi consiste cette nouvelle vie'? Retournons à notre modèle. Le voici : Jésus- Chrisi, en qualité d'honmic, était composé d'un corps et d'une âme; mais son corps, au moment qu'il ressuscita, par un merveilleux changement, de matériel et de terrestre qu'il était dans sa substance, devint un corps tout spirituel dans ses qualités, et son âme, en vertu de la même résurrection, se trouva, par un autre prodige, parfaitement fépr.cce
OnATtURS SACr.ES. BOIÎRDALOUE.
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du monilp, quoiq^Teili; fût encore au milieu du monde; deux lr;iils de ressctnblnnee que Jésus-Cliiist rcssuscilé doit nous iniprimer pour fiire en nous ee renouvellement qui est In preuve nér-ess.iire, mais infaillible, de noire conversion. Il avait un corps, et ce corps rcvi'lu de ij;loire, semblait être de la nature et de la condilion des esprits; vcrilc si constante, que saint Paul, envisageant le myslùre que nous célébrons, ne craigniit point (le (lire aux Corinthiens : Itar/ue etsi cognovimus sccundiim carnem Clirislum, scd nunc jain non novimus (Il Cor., V) : C'est pourquoi, mes frères, quoique autrefois nous ayons connu Jésus-CIn'ist selon la chair, maintenant qu'il est ressuscité d'entre les morts , nous ne le connaissons plus de la même sorte, ni selon celle même chair. Que dites-vous, jçrand apôtre, reprend là-dessus saint Chrysostonie ? quoi! vous ne connaissez plus votre Dieu, selon celte chair adoralile dans laquelle il a opéré voire salut 1 «elle chair formée pir le Saint-Esprit, conçue par une vi'rge, unie et associée au Verlie divin; Celle chair (juil a immolée pour vous au Calvaire, qu'il vous a laissée pour nourliture dans son sacrement, et qui doit èli-e un des objets de voire béatitude dans le ciel, vous ne la connaissez plus ! Non , répouil l'Apôlresans hésiter, depuis que cet Homme- Dieu, dé;;agé des liens de la mort, a pris possession de sa \ ie glorieuse, je ne le connais plus selon la chair : Etsi cognovimus secundiiin cariicin Chri:<lioii, sed nunc jum tien novimus. Ainsi le disait le maîlre des gentils ; et n'en failes-vous pas d'abord l'application? c'est-à-dire quo, si vous êtes vraunenl convertis, il faut que l'on ne vous connaisse plus, ou plutôt que vous ne vous connaissiez plus vous-mêmes selon la chair; que vous ne cherchiez plus à satisfaire les désirs déréglésde lachair.que vousnesoyez plusescl iv es de celte chair qui vousa jusqu'à présent dominés, que celte chair, purifiée par la péiiilence, ne soit plus désormais sujette à la <orru| lion du péché, et que nous, les ministres du Seigneur, (jui gémissions autrefois de ne pouvoir vous regarder que comme des honunes sensuels et iharnels, maintenant nous ayons la consolalion non-seulement de ne vous plus connaître tels que vous étiez, mais de vous connafire là-dessus divinement changés et transformés, en sorte que irons puissions dire de vous par proportion : Elsi coijnovimus vos seciindiim carnem, .«erf nunc jmii non novimus.
Car c'est par là. mes chers auditeurs, que nos corps, selon la doctrine de saint Paul, participent, descelle vie, à la gloire de Jésus-Christ ressuscité; c'est par là qu'ils deviennent spirituels, incorruptibles, pleins de vertu, de force, d'honneur; mais souvenonsnous qu'ils ne sont rien de tout cela qu'autant que nous y coopérons, et que, par une pleine correspondance, nous travaillons selon la régie du Saint-Esprit, à en faire des hosties pures et agréables aux yeux de Dieu. Les corps glorieux possèdent toutes ces Hualilés par une espèce de nécessilé, mais
ces qu.ililés ne conviennent aux nAIres (juo dépenilamment de notre liberté. C est re qui fait sur la terre noire mérite; mais c'est aussi ce qui doit redoubler notre crainte, et ce qui demande toule notre vigilance : car quelque affermis que nous puissions être dans le bien, nous ne soounes pas inébran- I.ibies ; les grâces qui nous ont fortifiés dans noire conversion, ne sont point des grâces à fomenter notre paresse, beaucoup moins à autoriser notre présomption ; quelque confiance que nous devi(uis avoir dans !,i miséricorde et d.ins îe secours de Dieu, il est toujours vrai que nous pouvons nous démentir de nos plus fermes résolutions, et que nos infidélités peuvent nous faire déchoir de cet étal de pureté où la péniicnce nous a rétablis. Que l'aiil-il donc fiire, et comment devons-nous vivre désormaisdans le monde? comme Jésus-Christ après sa résurrection. Il était dans le monde, mais sans y être, c'esl-à-dire sans prendre part aux affaires du monde, aux intérêts du monde, aux assemblées et aux conversations du monde; ne s'entretenanl qu'avec ses disciples, et ne leur parlant que du royaume de Dieu. Vous donc, mes frères, concluait saint Paul, et je le conclus après lui, si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ : Si conmrrexistis cum Cliristo [Coloss. III), n'ayez plus désormais de goût que pour les choses du ciel : Quœ sursuni sunt sapile : ne cherchez plus désormais que les chos s du ciel : Quœ sxirsum sunl guipvile. Séparez-vous du monde, vivez hors du monde, non pas toujours en sortant du mon le, puisque votre condition vous y retient ; mais n'y soyez ni d'esprit, ni de cœur; surtout, si vous vous montrez dans le monde, que ce soit pour l'édifier par votre changement. Etre converti, c'est le premier devoir, et c'a été le sujet de la première parlie : par;:î(re converti, c'est l'autre devoir, dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.
DEMXIÈME PARTIE.
C'est un mystère, chrétiens, mais ce n'est point un mystère obscur, ni difficile à pénétrer, savoir, pourquoi Jésus-Christ, après sa résurreclion. voulut encore demeurer parmi les hommes durant l'espace de quarante jours. Dans r(trdre naturel des choses, du moment qu'il était ressuscité, le ciel devait être son séjour, et la terre n'était plus pour lui qu'une demeure étrangère. Pourquoi donc diffère-t-il cette ascension triomphante qui le devait mettre en possession d'un royaume dû à ses mérites, et pourquoi suspenii-il en quelque sorte cette félicité consommée, qui lui élait si légitimement acquise, et par tant de titres? Puur(iuoi? une raison supérieure le fait consentir à ce retardement : la voici, mes chers auditeurs, prise (le l'Evangile même. C'est qu'il veut soutenir toujours son caractère de Sauveur, et rapporter à noire justification, aus-i bien les mystères de sa gloire, que ceux de ses humiliations et de ses souffrances, afin qu'il soit vrai de din; en toute manière : Troditm est prnpier delicta nostra, et resunexit pro-