‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 84 sur 132 · IM · texte numérisé non relu

IM

CVREME. SERMON XXXIY. SL'R LA RESURRECTION DF. JESL'S-CIIRIST.

p'er JKSliflcationem nostram (Rom., IV). Or, j)our cela, dit saint Clirjsosloiiie, il ne se conti'iile pas d'ôlro rcssuscilc, mais il veut paratire ressuscilé; il vout se faire voir au inonde dans l'état de cette nouvelle vie où il <st entré ; il veut, par ses apparitions, répandre au dehors les rayor.s de cette divine luiiiière dont il vient d'être revêtu : >oilà, dis-je, pourquoi il emploie quarante jours à se montrer, tantôt à tous ses disciples assemblés, tantôt à quelques-uns en particulier, tantôt dans une pèche miraculeuse, tantôt dans un repas mystérieux, tantôt sous la (orme d'un jardinier, tantôt sous celle d'un voyageur ; agissant, parlant, se communiquant et donnant partout des preuves sensibles du miracle opéré dans sa personne, et de son retour d'entre les morts. Excellente leçon pour nous, chrétiens, si nous en savons profiler : tout ceci nous regarde et nous apprend que, comme ce n'est point a<scz rie paraîire convertis, si nous ne le sommes en effi't, aussi ne sufGt-il point de l'être et de ne le pas paraître.

Car, pour développer cette importante morale, ce sont, mes chers auditeurs, deux obligations différentes que d'être converti, et de paraître converti; et notre erreur est (le ne les pas assez distinguer. Comme ce sont deux es|'éccs de désordres que d'être impie et de paraître impie {car être impie, dis lit Terlullien, c'est un crime; et le paraître, c'est un scandale) ; aussi devonsnous être bien persuadés qu'il y a deux précept 'S dans la loi divine, dont l'un nous oblige à nous c nverlir, et l'autre à donner des marques cxtcri( urcs de notre conversion ; en sorte que d'obéir à l'un de ers deux préceptes, sans se mettre en devoir d'accomplir l'autre ; ce n'est qu'une justice imparfaite. En effel, si Jésus-Christ, après être sorti du tombiMU, s'était tenu caché dans le monde, et qu'il n'eût point paru ressuscité. il n'aurait, si je l'ose dire, exécute qu'à demi le dessein de son adorable mission ; il aurait laissé notre foi dans le trouble, et, par rapport à nous, la religion qu'il voulait établir n'aurait point eu de solide fondement. De même, si nous négligeons, apiès notre conversion, ou si nous craignons de paraître convertis, nous ne faisons qu'imparfaitement l'œuvre de Dieu, et, bien loin de lui plaire, nous encourons la malédiction prononcée par l'apôlie saint Jacques, quand il dit (lue quiconque \ioIenn commandement, quoii|u'il en observe un autre, est censé coupable comme s'il avait transgressé toute la loi : Qui peccal in utio, factus et:t omnium rcus {Jac, 11;. Je dis plus : être et paraître converti sont tellement deux obligations différentes, qt-i'ellos sont néanmoins inséparables, et qu'à prendre la chose dans la rigueur, il est impossible de s'acquitter de la première sans satisfaire à la seconde, parce qu'il est constant, comme l'ange de l'école (saint Thomas) l'a judicieusement remarqué, que paraître converti est une partie de la conversion même. Je m'explique. Vous avez cris enfin, dilis \ous, la résolution de chan-

ger de vie, et de renoncer à votre péché: mais vous avez du reste, ajoutez-vous, des mesures à garder, et vous ne voulez pas qu'on s'aperçoive de votre changement; mais moi je soutiens qu'il y a de la contradiction d.ins ce que vous vous proposez , parce qu'une des circonstances les plus essentielles de ce changement de vie, qui doit faire votre conversion, est qu'on s'en aperçoive et qu'il paraisse; je dis que, tandis qu'il ne paraîtra pas et qu'on ne s'en apercevra pas, quelque idée que vous en ayez, c'est un changement équivoque et suspect, ou même chimérique et imaginaire : pourciaoi? parce qu'une conversion, pour être complète, doit embrasser, sans exception, tous les devoirs de l'homme chrétien. Or, un des devoirs de llnmmo chrétien est de paraître ce iiu'il est ; et, s'il a été pécheur et rebelle h Dieu, un de ses devoirs les plus indispensables est de paraître obéissant et soumis à Dieu. Je dis que ce devoir est fondé sur l'iiitérêl de Dieu que vous avez offm^è, sur l'inlérél du prochain que vous avez scanil.ilisè , sur votre intérêt propre, j'entends riiitérêt de votre àme et de votre salut que vous avez ouvertement abandonné : trois prouves invincibles de la vérité que je vous prêche et dont je puis me promettre que vous serez touchés.

Obligation de paraître converti, prise dj l'inlèrêlde Dieu qu'on a offensé, .\utrement, chrétiens, quelle réparation ferez -vous à Dieu de tant de crimes, et conmient lui rcndrez-\ous la gloire que vous lui avez ravie en les commettant '? Quoi ! pécheur qui m'écoulez, vous avez outragé mille fois ce Dieu de majesté, et vous rougirez maintenant de paraître humilié devant lui"? Vous avez méprisé hautement sa loi, et vous croirez en être quitte pour un secret repentir? Votri^ libertinage, qui l'irritait, a été public, et votre pénitence, qui doit l'apaiser, sera obscure et cachée? Est-ce traiter Dieu en Dieu? Non, non, mes frères, dit saint Chrysostome, en user ainsi, ce n'est point proprement se convertir. Quand nous n'aurions jamais péché et que nous aurions toujours conser\é l'innocence de notre baptême. Dieu veut iiue nous nous déclarions, et en vain lui protestons-nous dans le cœur qu'il est notre Dieu, si nous ne sommes prêts à nous en expli(iuer d 'Vaut les hommes et iiiê:iie devant les tyrans, par une confession libre et généreuse : Quicunique ciinfeffus fueril mrcorain lioininibus [Luc, Xllj. Telle est la condition qu'il nous propose et sans laquelle il nous réprouve comme indignes de lui. Or, si le juste même, quoique juste, reprend saint Chrj «ostome, est sujet à cette condition, comhi''ii plus le pécheur qui se convertit, puisqu'il s'agit pour lui, non-seulement de confesser le Dieu qu'il sert et iiu'il adore, mais de faire justice au Dieu qu'il a déshonoré ? El comment la lui fera-l-il, cette justice, si ce n'-'St par une conversion qui édifie, par une conversion dont on voie les fruits, par une conversion aussi exemplaire qu'elle doit être de bonne loi et sincère? Il faut donc, conclu?

yi9 OHATLUnS SACIiES liOLRDALOtJI' . S20

S.ChrTsnslomo,rjn( l,ivieJccepéfh.nir,(lnns que tous Iiii pouvez rendre, un lémoignnge l'élal (le sn p^iiileiice, soil désormais oimnic (;ui lui doil élre ploricux. Comme s'il vous une amende hoiioraliie quil fait à son Dieu. disait aujourd'hui : Oui . c'est vous que je !l faut que son respe( l dans le lieu saint, choisis pour être mes témoins irréproch;'.que son attention à r.uloralile sacrifice, (luc blés, non plus dans la Snmarie ni dans la son assiduité au\ autels, que sa fnlélilé aux Judée, mais dans un lieu où il m'est encore observâmes de l'Kglise, queses discours mo- plus important d'avoir des disciples qui soudcsles et religieux, que sa conduite ré^u- tiennent ma gloire; mais h la cour, où ce lière, que tout [larle pour lui et répoiule à tcmoignar;c que je vous demande m'est beau- Dieu'di- la contrilion de son Ame; pour(iuoi? coup plus avantageux : 7wî'n« mifii tcsia:. afin que Dieu soit ainsi dédommagé , cl que Vous, hommes du monde, vous qui vous êies ceux qui, voyant autrefois cet homme dans livrés aux passions charnelles , mais en qui les désordres d'une vie impure et libertine, j'ai créé un cœur nouveau; vous à qui j'ai demandaient où était son Dieu, et doutaient fait sentir les impressions de ma grâce; vous prcscpie qu'il en eût un, non-'eulement n'eu que j'ai tirés de l'iibimc du péché, c'est vous doulcnt plus, mais le glorifient d'une con- qui me servirez de témoins ; et où? au miversion si visible et si éclatante : Ncqiwndo lieu du monde, cl du plus grand monde; clica7U génies : Ubi esl Dcits corum{Ps.Ù'S.Ul]1 car c'est là surtout qu'il me faut des témoins car voilà ce que j'appelle l'intérêt de Dieu. fidèles : i'j/n'^ Diihi /f.<«c,«. Il est vrai, vous En effet , quand saint Tierre , après la ré- avez jusqu'à présent vécu dans le désordre ; surrection du Sauveur, paraissait dans les mais, bien loin que les désordres de voire .>^3nngogues et dans les places publiques , vie affaiblissent votre témoignage, c'est ce |iré( haut le nom de Jésus-Christ avec une qui le fortifiera et ce qui le rendra plus saillie liberlé, d'oùliii venait surtout ce zèle? convaincant. Car, en vous fomparnnl avec de la pensée et du souvenir de son péché. vous-même, et voyant des désordres si pu- J'ai trahi mon maître , disait-il dans l'amer- blics suivis d'une conversion si édifiante, lunie de son cœur , et mon infidélité lui a été le monde , tout impie qu'il est , n'en pourra plus sensible que la cruauté des bourreaux conclure autre chose, sinon que ce c!iann;equi l'ont crucifié; il faut donc qu'aux déjiens ment est l'ouvrage de la grâce et un mira- <le tout , je f.issi- voir maintenant ce que je de de la main (outc-puissanle du Très-Haut : lui suis, et que je me sacrifie moi-même Erilis mihi lestes. Et en efi'et , chrétiens, pour effacer de mon sang une tache si bon- si vous aviez toujours vécu dans ron.re , teiise. Voilà ce qui l'excitait, ce qui le dé'er- que'que gloire que Dieu en liccât d'ailleurs , minait à tout eiiln [Tendre et à tout souffrir il n'en linraitpas le témoignage dont je pour cet Homme -L)i< Il (lu'il avait rcnoii<é. parle. Vous seriez moins coupables devant Or, c'est dans ce sculimcnt , mon cher au- lui; mais aussi feriez-vous moins propres iliteur, que voî's devi z entrer aujourd'hui. à faire connaître l'efficace de sa grâce. Pour Comme le prince des apôtres , vous r( cou- lui servira la cour de témoins, il fallait naissez , et vous êtes obligé de reconnaître , des pécheurs comn.e vous, et c'est ain-.! qu'en mille occasions où le torrent du monde qu'il vous fait trouver dans votre péché vous "niraînait, vous avez renoncé votre même de quoi l'honorer. Dieu; vous coufi ssez que votre vie, si je Obligation de paraître converti, fondée puis parler de la sorte , a été un sujet per- sur l'intérêt du prochain que vous avez jiéluel de confusion pour Jésus-Christ; scandalisé. Car, comme disait saint Jérôme , u'csl-il donc pas jii'te que vous vous mettiez je me dois à moi-même la pureté de mes en étal de lui laiie lionneur. et que, par une mœurs, mais je dois aux autres la pureté vie cl'.rélicnne , vous eflaciez au moins les de ma réputation : 3Iilti drbro virnm vilam , impressions que votre impiété a pu donner aliisdibeo mcnm fumnm [llirr.]. Or. ce senticontre sa loi"? N'est-il pas juste , autre peu- ment convient encore plus à un pécheur qui sée bien louchante ; n'cst-il pas juste que se convertit. Je me dois à moi-même ma vous honoriez la grâce même de voire con- conversion , mais je dois aux autres les apversion? Car savez-vous , chrétiens , quels parences et les marques de ma conversion : sentiments la grâce de la pénitence vous cl pourquoi bs apparences? pour réparer doit inspirer? Savez-vous ce que vous devez par un remède proportionné, b s scandales être dans le monde en conséquence de cette de ma vie; car ce qui a scand.ilisé mon frère, ^râce. si vous y avez répondu? Je dis que peut-il ajouter, ce n'est point précisément wius devez cire dans le monde ce que furent mon péché, mais ce qui a paru de mon les apôtres cl les premiers disciples après la pé< hé. Je ne fais donc rien , si je n'oppose à résuireclion du Fils de Dieu. LEcrilure ces apparences criminelles de saintes appanous apprend que leur principal ou plutôt renées; et je me flatte, si je me contente leur unique emploi lut de lui servir de lé- de délester inférieurement le péché , et que moins dans la Judée . d.ins la Samarie et je n'en retranche pas les dehors. 11 faut , jusqu'aux extrémités delà terre : Erilis mihi mon cher auditeur, que ce prochain , pour testes in Jérusalem et in omui Jiulœa et Sdina- qui \ous avez été un sujet de chute , profite lin (^c<. I). Ainsi , mes frères, devez-vous de votre retour , et qu'il soit .'ibsolumenl dév!rc persuadés qu'en qualité de pécheurs trompé des idées qu'il avait de vous. Il faut convertis et réconciliés avec Dieu par la qu'il s'aperçoive que vous n'èies plus cet grâce de son sacremen! , Dieu attend de vous homme dont les exemples lui étaient si [icr •au témoignage particulier, un témoignage nicieux ; que vous n'cntre''"iez v'us ce (o;:i-

m CAREME. SERMON XXXIY. SLR LA RESURflECTION DE jnSlS-CllRIST. l'2î

iiierce, que vous no fréiiuonlcz plus celle justice que vous I(Hir(l(>v(>z;(iiio,conin)e voire maison, que vous ne voyez jilus celle per- pérhé les a désolée-;, il f;iul (|ue voire retour sonne, que vous n'assisioz plus à CCS speeta- à Dieu les console. Cela seul ne doil-il pas des profanes, que vous ne tenez plus ces vous engagera leur en donner des preuves, discours la^cils, en un mot, que ce n'est mais des preuves assurées, qui, d'une part, plus vous. Car, d'espérer, tandis qu'il vous les conihlenl de joie, et qui, de l'autre, nielvcrra dans les mèuies sociétés, dans les teni comme lesceau à l'œuvre de votresalut? mémos eng.igements, dans les mêmes lialii- l'our la conversion des pécheurs. Il y a tuiles, (ju'il \ous croie, sur votre jiarolc, de vos frères dans le monde qui se perdent, un homme changé et converti , ce ser.iil à et qui, sortis des voies de Dieu, vivent au lui simpliciié de le penser, et c'est à vous gré de leurs passions, el ne suivent plus d'auune présom|)lion de le prétendre. Ne sortons lie voie que celle de l'iniquité. Il est quespoini do noire mvsière : la résurrection du lion de les sauver, en les ramenant d'une Fils de Dieu, que nous avons devant les minière douce , mais efficace , au vrai pasyeux, sera pour \ous et pour moi une leur de leurs âmes , qui est .lésus-Clirist ; et preuve sensible de ce que je dis. c'est von?, vous dis-je, pécheur converti. î Pourquoi Jésus-Christ a-t-il paru rcssus- qui devez servira cedesscin. l'ourqiioi vous'? cité? ou plulôl, à qui at-il paru ressiiscilé'? je le repèle, parce qu'après vos égarements, ceci mérite voire atlenlion. Il a piru ros- vous avez, jiour y réussir, un don partisuscité, dit saint Au^MSlin , aux uns , pour ci:lier (jue n'ont pas les justes qui se sont les consoler dans liur tristesse ; aux autres, toujours maintenus justes. Aussi, remarpour les ramener de leurs égaremouls;à que Oiigèno , saint Pierre ful-il singuliéreceux-là, pour convaincre leur incrédulilé, à nient choisi pour ramener au Fils de Dieu les ceux-ci, pour leur reprocher l'endurcisse- disciples que la lenlation avait di'-'Sipés : ment de leur cœur. .Madeleine cl les aulres I: t la nliquamU) cotircrsus, confirma fnilrcs louimcs qui l'avaii'n! suivi , pleurent auprès Inns (l.uc. \\1!) : l{t vous, Pierre, lui dit le du sépulcre, pcuélroes de la vi^e douleur S.iuveur du monde, ajez soin d'alTermir vos que leur cause le souvenir et l'image en- frères quand vous serez une fois converti f ore toute récenle de sa mort; il leur ,ippa- vnus-méme. Il ne donna pas celle conmisraîl, dit rFvangélisle, pour les remplir d'une siou à saiul Jean , qui s'était tenu insépMr^lislc joii'.et pour faire cesser liur>; larmes. r.ihlement allaclié à sa personne, ni à .Marie, Los disciples faillies et lâches l'ont ah.in- ([ui l'avait accompagné ju^^qu'à l.i croix , donné et oui pris la fuite , le voy.int enlic maisà sair.t Pierre, qui l'avait renoncé, Ponrles mains de ses ennemis : il leur apparaît quoi cela"? adoraliie coiuluile de la Provipour les rassembler comme des lirehis disper- denec! parce qu'il fallait , dit Oiigènc , un .•■ées,ct pourleslairerentrcrdaiislelroupeau. disciple pécheur pour attirer d'.iutres pé- Saint Thomas persiste à élre incrédule et à ne cheurs. et parée que le plus grand pécheur vouloir pas se rendre au témoignage de ceux de tous élait le plus propre à les allirer tous, qui l'ont vu : il lui apparaît pour le convaincre Ah ! chrétiens, comhien de conversions voire et pour ranimer sa foi presque éloinlc, excmfde seul ne produirail-il ii.is,>i vous I es aulres , quoique persuadés de la vérité, vous regardiez , comme saint Pierre , i h irsonl encore froids cl indilTerents : il leurap- gés de l'honoralde emploi de gagner vos [titrait pour leur reprocher leur indifTerencc frères à Dieu ! lît lu uUquandn convcrsiis, et pour réveiller leur zèle. Encore une fois, cou linna fi aires Inos. Cet exemple, épuré àmodèle divin, sur quoi nous devons nous toute ostenlation , cl soutenu d'un zèle former; car c'est ainsi que nous devons pa- également humble cl prudent , quel suerèa raîlrc convertis, pour la consolation des merveilleux n'anr;iit-il pas, et que pourraient justes, pour la conversion des pécheurs, faire en comparaison lous les prédic.iteurs

pour la conviction des libertins. Ueprenoiis. de l'Ev angile"? Que! allrail snriou' ne

Pour la consob.tion des jiisles. Lar, dans ra:lce p.is pour certains péchrins . dé< ou -

l'état de votre |iéehé, mou cher auditeur, rages et tentés de liésespo'r , lorM;» ils se

vous étiez mort ; et combien d'àmes saintes diraient à eux-mêmes : A'oilà cet homme ()ue

pleuraient sur vous ! Oup"<-' douleur la clia- nous avons vu dans les mêmes débauches

rilc qui les pressait ne leur faisait-elle pas que nous, le voilà converti et soumis à Dieu?

sentira la vue de vjs dèsoi'dres ! avec quid Y aurail-il un (liarme plus puissant pour

serrement ou, si vous voulez, avec quel les convertir eux-mêmes? et quand il ne

épanchement de cœur n'c n onl-r^l!os pas gémi s'agit pour cela que de paraître ce que vous

(levant Dieu 1 Par combien de pénitences se- oies, ne craignez-vous point, (-n y manquant,,

crêtes n'ont -elles pas lâché de les expier! d'encourir la malédiclion dont Dieu, par

l'".t depuis combien de temps ne peut-on pas son prophète , vous a menacés? Snnqnitim

dire qu'elles clament dans la peine , demau- a/iirm rjns de niann lua rrqiiiraiit {Lzcch.,

dant grâce à Dieu pour vous , et soupirant !!! ).

après votre conversion! D eu enfin les a i'oiir la con\ ic lion des lilierlins et des es—

exaucées, et, selon leurs vœux , vous voilà pnls incrédules. L'apoire saint Thomas ,

.spir.tuellement ressuscité ; m.iis on vous dit devenu fidèle, eut une grâce spéciale pour

que, l'étant, elles ont droit d'exiger que vous répiindro le don île la foi. et, s'il n'eût jamais

leur paraissiez tel, afin qu'elles s'en rejouis- été incrédule (c'est la réilexiou de saint Gré-

senl sur la terre, comme les anges bienhcu- goire, pape), sa prédication en eût été

rcux cil Iriomphrn! unns !e cjeljntie c'est une moins touchante. Mais la merveille élait de

voir un homme , non-seulement croire ce qu'il avaitopiniâlrémenlcomhnllu, mais l'aller pulilier jusque devant les tribunaux , et ne pas craindre de mourir luiur en ronfirnicr la vérité. Vdilà ce qui persuadait le monde. Son ini-rédulité toule seule, dit saint Chrysostome, nous aurait [itM'diis . sa foi toute «.piile ne nous aurait pas suffi; ruais son infidélité suivie de sa fol, ou plutôt sa foi précédée de sou infidélilé . c'est ce qui nous a faits ce que nous sommes. J'en dis de même, chrétiens , en vous appli(]uaut celte pensée : si vous, û qui je parle, ne vous étiez jamais égarés, peut-être le monde aurait-il du respect pour vous; mais à peine le monde, dans le liberlinage de créance où il est aujourli Inii plongé, lirerail-il de vous une certaine conviction , dont ii a particulièrement besoin. Ce qui touche les impies , c'est d'enlendrc un impie comme eux, surtout un impie, sige d'ailleurs, selon le monde, sans autre intérêt que celui de la vérité iju'il a <nnnui', dire : Je suis persuadé, j(> ne puis jiUis résister <à la grâce qui me presse, je veux \ ivre en chrétien, et je m'y engage. Car cette déclaration est un argument sensible qui ferme la bouche à l'impiété, et dont les âmes les plus libertines ne peuvent se défendre. Enliri, l'obligation de paraître converti, fondée sur notre intérêt propre. Car celte prudence charnel'e, qui nous fait trouver tant de prétextes pour ne nous pas déclarer, n'est qu'un artifice grossier dont se sert l'ennemi de notre salut pour nous tenir toujours dans ses liens, au moment même que nous nous n.itlons d'être rentrés dans la libi'rlé des enfants de Dieu. En effet, on ne veut pas qu'il paraisse à l'eslérieur iju'on ait changé de conduite : pourquoi ? parce qu'on sent bien que, si ce changement venait une fois à éclater, on serait obligé de le soutenir, qu'on ne pourrait plus s'en dédire, et que l'honneur même venant au secours du devoir et de la religion , on se ferait de la iiliis dilficile vertu, qui est la persévérance, non pas un simple engagement, mais comme une absolue nécessité. Or, en quelque bonne disposition que l'on se trouve, on veut néanmoins se réserver le pouvoir de faire dans la siiilc ce que l'on voudra. Quoiqu'on renonce actuellement à son péché, on ne veut pas se lier ni s'inlerdire pour jamais l'espérance du retour. Celte nécessilé de persévérer paraît affreuse, et l'on en craint les conséquences, tl'est à-dire ou ne veut pas être inconstant, mais on veut, s'il était besoin, le pouvoir être; et parce qu'en donnant des marques de conversion, on ne le pourrait plus, ou qu'on ne le pourrait qu'aux dépens d'une certaine lépulalion dont on est jaloux, on .-lime mieux dissimuler et courir ainsi les risques de son inconstance, que de s'assurer de soi-même en s'ùlanl une pernicieuse li- ÎM'rté. Car voilà, mes chers auditeurs, les illusions du cœur de l'homme. Mais je raisonne tout autrement, et je dis que nous devons regarder comme un avantage de paraître convertis, puisque, de notre [iropre aveu, le paraître et l'avoir paru est une rai-

oRATEuas s.\<:nES. bjtjuralolt;.

soli<le et inva- Mais si je refragililé, dans conversion, au

son qui nous engage in.lisponsahleu eut à l'être, et à l'êlre toujours. Je dis que nous devons compter pour une grâce d'avoir trouvé par là le nuijen de fixer nos légèretés, en faisant même servir les lois du monde à rétablissement riable de notre conversion, tombe, par une malheureuse mes premiers désordres, ma lieu d'édifier, deviendra la matière d'un nou veau scandale. Abus, chrétiens : c'est à quoi la grâce de Jésus -Christ nous défend de penser, sinon autant que cette pensée nous peut être salutaire pour nous donner des forces et pour nous animer. Je dois craindre mes faiblesses et prévoir le danger; mais je ne dois pas porter trop loin celte prévoyance et celte crainte : elle me d' it rendre vigilant; mais elle ne me doit pas rendre pusillanime : elle doit m'éloigner des occasions par une sainte défiance de moi-même; mais elle ne doit pas m'ôier la confiance en Dieu, jusqu'à m'empêcher d» faire des démarches pour mon salut , sans lesquelles la résolulion que j'ai prise d'y travailler, sera toujours chancelante. Si je me déclare, on jugera de moi, on en jtarlera : hé bien! ce sera un secours conire la pente naturelle que j'aurai à me démentir, de considérer que j'aurai à soutenir les jugements et la censure du monde. On m'accusera de simplicité, de vanilé. d'hypocrisie, d'intérêt : je tâcherai de délruirc tous ces soupçons ; celui lie la simplicité, par ma prudenc e ; celui de l'orgueil, par mou hiuuilité, celui de l'hypocrisie, par la sincérité de ma pénitenc-s celui de l'inlérél, par un détachement parfait de toutes choses. Du reste, disait saint Augustin, le monde parlera selon ses maximes, et moi je vivrai selon les miennes ; si le monde est juste , s'il est chrétien, il approuvera mon changement, et il en profilera; s'il ne l'est pas, je dois le mépriser lui-même et l'avoir en horieur.

Quoi qu'il en soit, êlre el paraître converti, être et paraître fidèle, être et paraître ce qu'on doit être, voilà, mes chers auditeurs, la grande morale que nous prêche Jésus- Christ ressuscité. Heureux, si je vous laisse en finissatit ce discours, non-seulement instiuils, mais persuadés et touchés de ces deux importantes obligalions. Après cela, quelque indigne que je sois de mon ministère , peut-être pourrai-je dire aussi bien que saint Paul, quand il iiuilta les chrétiens d'Kphèse et qu'il se sépara d'eux, que je suis pur devant Dieu et innocent de la perle des âmes, si, parmi ceux qui m'ont écouté, il y en avait encore qui dussent périr : Quapropler conleslor vus, quia mundus sum a sanguine omnium {Ad. , XX ) ; et pourquoi? parce que vous savez, ô mon Dieu! que Je ne leur ai point caché vos vérités, mais que j'ai pris soin de les leur représenter avec toute la liberté, quoique respectueuse, dont doit user un ministre de votre parole. Quand vous envoyiez autrefois vos prophètes pour prêcher dans les cours des rois, vous voulicj qu'ils y parussent comme des -olonncs de

CARI.ME. SERMON XXXV. Sl'li LA PERSKVF.RANCE CilRETIENNf:.

r r et comme dos rmirs d'airniii, c'ost-jVdire comme (!i'S ministres di'siiitcress6s,généiv u\, iiilr<S|)iili's : E(jo quippr dcdi te Itodie in cn- Itimnam fcrnam, el in murum œreum, mjifrits Jiidd [Jerem.. I). Mais j'ose dire. Seigneur, que je n'ai pas même eu besoin de ce caraclùre d'inlrépidilé pour annoncer ici votre Evangile, parce que j'ai eu l'avantage de l'annoncer à un roi cluélien , à un roi qui honore sa religion, qui l'honore dans le creur et qui fait au dehors une profession ouverle de l'honorer ; en un mot, ;\ un roi qui aime la vérité. Vous défcn<liez k Jérémie de trembler en présince des rois de Juila : Ne furinides a facie eorum {Ibiil.), et moi j'aurais plulôt à me consoler de ce que la présence du plus grand des rois, bien loin de m'inspircr de la rrainte , a augmenté ma confiance; bien loin d'affaiblir mon ministère, l'a fortifié et autorisé. Car la vérité que j'ai préchée à la cour n'a jamais trouvé dans le cœur de ce monarque qu'une soumission édifiante cl qu'une puissante protection.

Voilà, sire, ce qui m'a soutenu : mais voilà ce qui élève Votre Majesté, el ce qui doit être pour elle un fonds de mérite que rien ne détruira jamais : l'arnour el le zèle qu'elle a pour la vérité. L'Ecriture nous appreiul que (e qui sauve les rois, ce n'est ni la force, ni la [luissance, ni le nombre des conquêtes, ni la conduite des alTaires, ni l'art de commander rt de régner, ni tant d'autres vertus royales, (jui font les héros, et que les honmics canoliisent : Non snlvuinr rex per inullitm ri>'lutein (l'salm. XXXI). Il a ilonc élé de la sagesse de A'otie M.ijesié el de la grandeur de son âme, de n'eu jias demeurer là, mais de se proposer quel(|ue chose encore de plus solide. Ce qui sauve les rois, c'est la vérilé ; el N'olre Majesté la cherche , el elle se pl.iit à l'écouter, et elle aime ccuv qui l.i lui fijnt connaître, el elle n'aurait que du mépris pour quiconque la lui déguiserait ; et, bien loin de lui résister, elle se fait une gloire d'en être vaincue; car rien, dit saint Augustin, n'est plus glorieux que de se laisser vaincre par la vérité. C'est, sire, ce que j'appelle la grandeur de votre âme , et tout ensemble votte sihit. Nous estimons nos princes heureux, ajoutait le même saint Augustin, si, pouvant tout, ils ne veulent que fe ([u'ils doivent; si, élevés par leur dignité '■u-('e sus de tous, ils se tiennent par leur honlé reilevables à toMS ; s'ils ne se considèlent sur la terre que comme les ministres ('u Seigneur; si , dans les honneurs qu'où leur rend, ils n'oublient point qu'ils sont fiommes ; s'ils mettent leur grandeur à faire <lii bien; s'ils font consister leur pouvoir à corriger le vice; s'ils sont maîtres de leurs pissions, aussi bien (lue de leurs actions; si, lorsqu'il leur est aisé de se venger, ils sont toujours portés à pardonner; s'ils établissent leur religion pour règle de leur politique ; si, se dépouillant de la majesté, ils offreul tous les jours à Dieu, dans la prière, le 'icritice de leur humilité. Portrait admirable d'un roi vraiment chrétien, et que je

ne crains pas d'exposer aux yeux de Voln» Majesté, puisqu'il ne lui icprésentiï (iu.(> ses propres senlimenls, el que ce <iui doit être le sujet de sa conso!ati(u». C'est vous , ^ mon Dieu, qui donnez à votre peujile des hommes de ce caractère pour le gouverner, vous (]ui tenez dans vos mains les c(rurs des rois, vous (]ui présidez à leur salul, et (|ui vous glorifiez dans l'Ecriture d'en être spécialement l'auteur : Qui das salutem rcf/ibus (l'suhn. CXLIII). Montrez , Seigneur, montrez que vous êtes eu elTel le Dieu du saint des rois, en répandant sur notre iinincible monarque l'abondance de vos bénédictions et de vos grâces, mais particulièrenuMit la grâce des grâces, qui est celle du salut élernel.tjuaud u'Mis vous prioîis pom- la cons 'rvilion de sa personne sacrée, pour la prospérité de ses armes, pour le succès el la gloire de ses entreprises, (]iioique ces prières soient justes et d'un devoir indispensable, elles ne laissent p.is d'être en (juelque sorte intéressées; car nos fortunes, nos vies étant aitacliées à la personne de ce grand roi, noire gloire êlanl la sienne, el ses prospérités les nôtres, nous ne pouvons sur cela nous intéresser pour lui sans faire autant de retours vers nous. Mais quand nous vous conjurons de verser sur lui ces grâces particulièies qui font le s.ilut des rois, c'est pour lui tjue nou» vous prions, puisqu'il n'y a rien . pour lui ni pour tous les rois du monde, de personnel et d'essentiel (]ue le salut. Tel est, sire, le scntiiiienl que Dieu inspire au dernier de vos sujets , pour votre auguste personne. 'J'el est le souhait que je forme tous les jours, et le souhait le plus sincère el le plus ardent. Dieu l'écoulera ; cl. ajirès vous avoir fait régner avec tant d'éclat sur la terre, il vous fera régner encore avec plus de bonheur el |)lus de gloire dans le ciel , où nous conduise, etc.

Page 1