SERMON XXXV
POUR LE MlNDl DE PAQUES.
Sur In persévérance chrétienne.
Ili .ippropinquiiveninl caslciln (pio ibani ; et ipse se fiiiMl liiiii;iusire. El uoegeniiil illum, iljceiilcs : Mane iio-
ll.MtlllI.
Lumi l'ils f'ireitl proclic itii Iwm g oii ils nllmcnt, i! feiqrii (!,■ voiiiuir (.//(')■ (i/».s luiii. El ils li' pressireiit de demeurer invc eux, en lia (lumt : IJeuieaiei ut\c nous {S.Luc, cil. IV).
Voici , chrétiens, un grand mystère que l'Evangile nous propose, et qui renferme pour nous une importante vérité. Deux disciples marchent avec le Fils de Dieu déguisé sous la forme d'un voyageur ; et , lorsqu'il semble vouloir se séparer d'eux , ils l'invitent à demeurer, et lui font même une espèce de violence pour le retenir : Et coegerunt illum, dicenles : Mane nobi^cum. Figure bien naturelle d'une âme chrétienne , qui l'a reçu, ce Sauveur des hommes, dans la communion pascale. Elle ne se contente p is qu'il soit venu chez elle, ou plutôt dans elle, caché sous le voile et sous les espèces de son sacrement : elle l'engage encore à demeurer avec elle; et, par m-;!o vœux redoublés, par de ferventes cl d'inslantes prié-
ORATEL^iiS SACr.KS. BOlTinALCUF.
ros, pnr inio s.'iintc iniposlunité, mais qu'elle s. lit lui devoir clr»; n^ré.ibie, die lo presse, ello le conjure et lui dit iiiléi ieurrmcnt : Alil Si'if^iieiir, ne vous ri'liiez pas île moi, car si je viens à vous pinire. je perds Inut, pîiisi|ir<'n vous perdant je perd-; mon unicjuo el mon sotnerain liicn : M(ii:c nabi-iciim. Capindanl, mes fièrcs, s'il nous est si iiuporîant que Jésus-Christ di'uieure dans nous et avec nous, il ne nous est ni moins imporlanl, ni moins nécessaire de demi'urer en lui <l a\ec lui; el voilà ce qui s'acrouiplil, selon sa parole même, dans ce sacrement adorable où il s'est donné à nous, et du nous avons dii nous donner à lui : Qui r,uinilurat mram carnem , el bibil meuin snn- (/iiitiem, in mf mnnel, rt ego m eo [Juan. V'I). 11 fiut qu'il demeure en nous par la prârc, el il faut que nous demeurions en lui par noire persévérance dans la grâce. Il faut qu'il demeure en nous pour nous aider de son secours , et il faut que nous demeurions en lui pour lui marquer noire fidélité. Il le faut, mes cliers audileurs; el, do sa pari, il n'y a rien à craindre, parce qu'il ne nous abandonne jamais le premier; au lieu que tout est à craindre de la nôtre, parce (jue nous sommes l'inconstance même. Ileiireux, si je pouvais aujourd'hui vous l'orlifier, vous affermir , et par là vous préserver de ces rechutes si ordinaires dans le christianisme et si funestes 1 C'est ce ((ue j'entreprends dans ce disiours, où je vais vous parler de la persévérance chrétienne, après que nous aurons salue Marie lAuc, Marin.
C'est par sa passion et par sa morlque Jésus-Christ a vaincu le péché ; mais j'ose dire que cette victoire serait imparfaite, s'il ne triomphait encore de notre inconstance. Or, c'est ce qu'il fait par sa résurrection {;loricusc, et c'est une des grârcs particulières <]ui y sont attachées. Jésus-Christ est ressuscité Comme il l'avait dit : Sarrexil sieul ili.rit [Mnllh., XXVIII) ; mais la question l'.st de savoir s'il est ressuscité dans nous, (lar, eonmie saint Paul nous apprend que Jésus Christ (\oi\ être formé dans nous par la prédication del'Kïaiigile : Iionec formctur Clirislus in rohi.< {Calai.. ï\ ); comme il nous enseigne que Jésus-Christ est fout de nou- »e.iu crucifié dans nous par le péché : Uursiim crucifigenlrs sibimctipsis f'iHuni Dei {IIcbr.,\l); aussi est-ce une sui.'e nécessaire de la doctrine de ce grand apôlic', que Jésus-Christ doit ressusciter en nous p.ir la grâce de la pénitence. Or, de toutes les mar- (jucs à quoi nous devons reconnaître s'il est ainsi ressuscité, la plus évidente et la moins sujette aux illusions est la disposition où nous sonunes de persévérer et d'.KComplir fidèlement ce que nous a\(ins promis à Dieu en nous convertissant à lui. l'ourvous porter, mes <hcrs auditeurs, à celle sainie jursévérance, je fais deux p-.opositions qui \ont partager ce discours. Je dis que la mystère l'a! Jésus-Christ ressuscité nous engage l'nrlement à la persévérance chrétienne : ce tcra la première [uutic. J'ajoute que la (cr-
sévérancc chrétienne est le titre le plus légitime et le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésns-Chrisl ressuscité : ce sera la seconde. Hésurrcclion du Sau- \eui', principe de la persévérance chrétienne; persé\ér,iii(e (hrétienne, gage assuré de noire résuireclion bienheureuse.
A'oilà ce qui demande toute voire atlenlion.
PRf::\IIÈllE PARTIE.
Etre incapable de iiécher, c'est le propre de la nature de Dieu; n'être plus en [louvoir de pécher, c'est le privilège de la gloire ; n'avoir jamais péché, c'est l'avantage de l'élat d'iniiiicence ; se convertir après le péché, c'est l'elTet ordinaire do la pénitence; mais être converti [lour ne plus pécher, c'est ce qui s'appelle la grâce el le don de la persévérance. Or, de ces étals ainsi distingués, le premier, qui consiste à être incapable de pécher, est le plus excellent; mais il ne convient pas à la créature. Le second, de n'être plus sujet à la corruption du péclié. est h; plus souhaitable ; mais il est réservé pour l'autre vie. Le troisième, de n'avoir jamais pcclié , était un des plus heureux, mais par le malheur de notre origine nous en sommes déchus. Le quatrième, d'avoir pleuré et réparé son péché , est absolument nécessaire; mais (]uelque ressource que nous y trouvions, il ne suffit pas pour notre sûreté. I^e dernier, j'enlends celui de la persévérance dans la grâce, est par rapport à nous i;n bonheur parfait, puisqu'il nous fait participer, quoiqu'en diflérenlcs manières, el à rimpercabililé de Dieu , el à l'innocence du premier homme , el à la sainteté consommée des bienheureux dans le ciel , cl à la béatitude commencée de ces pécheurs dont Dieu se plaît, selon l'Ecriliirc , à faire sur la terre lies vases de miséricorde. Aussi est-ce cet état où Jésus-Christ a prétendu nous élever, el dont il nous propose dans sa résurrection la règle la [dus infaillible que nous puissions avoir devant les yeux. Car je considère quatre choses dans la résurrection du S.iuveurdn monde, qui toutes nous engagent à la p.crsévérance, savoir: l'exemple de cette résurrection, la foi de cette résurrection, la gloire de cette résurrection cl le sacrement (k- cette résurrection. L'exemple de la résuireclion da Sauveur est le vrai modèle de noire persévérance dans la grâce. La foi de la résurreclion du Sauveur est le solide fondement de notre persévérance dans la grâce. La gloire l'e la résurreclion di' Sauveur est un des plus louchants motifs de notre persévérance dans la grâce; elle sacrement de la résurreclion du Sauveur, de la manière que je l'expliquerai, est comme le sceau de no- "i," persévérance dans la grâce. CH'i^''*" considérations très-elficaces pour nous alfermir dans (a sainte résolution que nous avons fmniée de renoncer au péché cl de vivre désormais ;\ Dieu. Ecoutez-moi , chrétiens, et, pour bien comprendre ces importantes vérités, attacFions -nous à la doctiiue de saint Paul, dont voici le grand mystère que je vais vous développer.
Le Sauveur es5 ressuscité , dit ce grand
(.AÎ\E.\lt;. SERMON XXXV. SLIl LA PLRSEVKUA.NCE ClIilETILN.NE.
apôtre ; mais ce qu'il y a de reinnrqunble dans le trioin[ihe île sa rc>urre(lion , c'est que ce Dieu-Homme est ressuscité pour ne plus mourir, et (]ue désormais la mort n'aura plus sur lui d'empire. 11 est mort, mais une f.iis seulement, pour l'expiation du péché ; et maintenant il possède une vie iiieorruplible, une vie (]u il ne perdra jamais : Cliristus rcsitif/cns e.r iiiortiii^, jatu non moritiir ; mors illi ultra iton dominabilur !l{oin., VI). Or, qu'est-ce ((iie saint Paul inferait île là'.' Ali! chrclicns, ce que nous n'aurions jam lis attendu, mais ce (pie l'espri' de Dieu l:.i faisait coiicîure pour nous : lia et vos ejrislimnte , morluos (jahlem essf peccnto, vivmlrs auinn D'o Ainsi vous, mes frères, ajoutaitil, si vous et s ressuscites par la grâce d • la pénitence, faites état (jue vous clés morts pour jamais au péché et (jue vous de»ez \ivre constamment et pour toujours ;i Dien. Connniï s'il nous eût dit : Prenez bien la chose, et ne vous f.iiles p is une idée ,il>s- Iraite ni une foi spécuKilive île cet état d'iminortalilé que Jésus-CJirist a ac(|uis en ressuscitant, car ce serait l'entendre mal.Oiiand on vous dit c|ue ce Dieu-Homme . ilepuis qu'il est ressuscité, n'est plus sujet à la mort, ce n'est point un simple dogme <le religion que l'on vous e\plii]uc , c'est un fonds d'obligation que l'on vous découvre et un devoir que l'on vous enseigne : devoir {|ui se réduit à conserver inviolableraenl celle vie de la grâce que vous avez recouvrée par la pénitence ; car il esl certain , et de la loi même, que votre conversion, quelque fervente qu'elle ait été d'ailleurs , n'aura de vertu qu'autant qu'elle [)ortera le divin caractère de la sainte immortalilé du Siuveur. En effet, chréliens, cette vie de la grâce que nous rend la pénitence, est de sa nature aussi immortelle el aus^i incorruplible que notre âme, qui en est le sujet. Si, conlre le dessein de Dieu, nous perdons ictte grâce, c'est à nous, el non point à elle que nous devons l'imputer ; et en cela, dit l'ange de l'école, saint Thomas, consiste notre désordre, c'est-à-dire en ce que, par le péché, nous nous ôtons volontairement à nousmêmes une vie aussi noble et aussi excellente que Celle-là, une vie qui, selon la propriété de son élre, ne devrait jamais Qnir. El pourquoi pensez-vous, mes ehers auditeurs, que la résurrection de Jésus-Chrisl soil la seule que Dieu a choisie pour nous servir de modèle d.ns noire conversion ? cir ceci n'a pas été sans dessein. Lazare el |>lasieurs autres dont parle l'I'^criiure élaient ressuscites. Ces résurrections étaient véritables, surnaturelles, miraculeuses ; et ( epcndanl l'Ecriture ne nous les propose point comme des exemples à (juoi nous devions nous conformer, ni comme des règles pour reconnaître devant Dieu si nous sonunes convertis; en voici la raison que donne s.iinl Augustin: parce que la rcsunection de Lazare, quoique miraculeuse, n'était qu'une résurrection passagère, qui ne l'affranchissait pas absolumeiil des lois de la mort, et uui ne l'avait fait sortir du tombeau que
pour y rentrera quelque temps de là. Or, Dieu ne voulait p;is que notre conversion' l'ùl si peu durable, mais il voulait <]u'elle fût sans retour ; et parce (|u'il n'y avait que la résurrection de Jésus-Chrisl (jui eût celle prérogative, c'est uniquement sur l'idée de celle-ci qu'il prétend ([ue nous nous formions: IScsiirijeiis, juin non morilur ; ita et vos : Ressiisciié qu'il est, il ne meurt [dus ; ainsi ne mourez plus vous-mêmes. C'était le raisonnement de saint Paul, et c'est ce (;ui londamne ces légèretés criiiiinc lies qui délniisent en n(»i)s el {|Ui ané iiilisseiit l'cllel de tous les doii> oe Dieu, ces iiiègalilés el ces inconstances qui rendent suspectes nos ferveuis et nos vertus mêmes, ces découragemiiiis (|oi nous r-iit (!éses[)érer de soutenir le liieii (|iie nous avons coiiimencé, celle fa- ( iliie m.illieiireuse à reprendre le cours du mal que nous avions interrompu, ces dégoùls de la |nélé, ces re'ours scandaleux au momie el a touies bs vanités du moiub ; ces apostasi -s de la dévotion, souvent aussi funestes pour le salut (pie celles de la religion, ces déplorables vicissitudes de ndâchement et de zèle, de pénitence et de rechute, de vie et de mort. Car, qu'y a-l-il de plus opposé à tout cela, que ce bieiiheureuv étal où est entré le Fils de Dieu par sa résurrection glorieuse : ^[ors illi ultra non iluniinabilur : La mort n'aura filus de pouvoir sur lui ; et telle esl la règle que je me dois apjillquer et par où je di>is juger de ma conversion ? lia et vus extsliiiuile, mortuos (/nidem esse pecialo, vivcnlis aiitem Deo.
Si donc vous qui m'éioulez, el qui, dans celle solennité, avez n eu la grâce de votre Dieu, vous n'élcs pas dans la disposition de la conserver ; si vous n'êtes pas déterminés à sacrifier toutes ( lioses pour faire toujours vivre cette grâce dans vos âmes ; si, par la connaiss.ince que vous avez de vous-mêmes, vous prévoyez que celle grâce s'affaiblira bienl(jl el succombera même aux attaques qu'elli! va recevoir dans les occasions dangereuses où vous l'expo-ierez ; si cette passion, qui lui est contraire, mais à laquelle vous avez renoncé, après une trêve de quel- (|ues jours, reprend encore l'ascendant sur vous, cl qu'au lieu de vous confirmer dans une vie chrétienne par lasolidilé de la grâce, vous donniez, pour ainsi dire, à la grâce même; el à la vie chrélieiine qu(! vous avez embrassée , le caractère de voire inst;ibililé : enfin, si le divorce que vous avez l'ail avec la chair el avec le monde est semblable aux ruplures de ces âmes passionnées qu'on voit, après bien des éclats, bien des tlepils, bien des reproches , revenir à de nouveaux engagements, et s'atUicher l'un à l'auire plus étroitement et plus fortemeol que jamais : si cela esl, chréliens, désabucezvuus, el n'ajoutez pas au malheur de votre élal, le désordre d'un aveuglement volontaire. Votre pénitence n'est point ce qu'elle doit être, parce que vous n'êtes pas ressuscites comme Jésus-Christ. Ah ! Seigm-ur, s'écriait îe prophèle royal, cl devons-nous i-ous écrier avi; lui, puisqu-?, dans la f.r-
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onATEUr.S SACRES. BOURDALOIJE.
veur de sn pônilcncn, il parlait au nom do tous les pécheurs, c'est sur ce modèle de la résurrection de voire Fils que vous m'avez jugé, que vous m'avez éprouvé, que vous avez evaininé si ma conversion avait toutes les qualités dune résurrection parfaite : Probasti me, et cognovisli me; tu cognovUli sessionem iiienm et rfsurreclionem meam ( Pu. CXXXVIII). El par où, Seigneur, avczvous connu ((u'eile serait telle (jue vous la demandiez, ou qu'elle ne le serait pas? Le Prophète l'exprime dans la suite du psaume : Jncellexisti coijilalioiies mens deloiuji: ( Ibiil.) : Vous avez découvert de loin (ouïes mes pensées, vous avez suivi toutes les traces d;- ma vie, vous avez prévu toutes mes voies, et, pénétrant dans l'avenir par une lumière anticipée, vous avez observé si ma conduite répondrait à mes résolutions, si je tiendrais ferme dans le parti de votre loi, et si je resislerais aux attraits du vice et de la p.ission, sile torrent du mondenem'emporterail pninl, si le respect humain ne rn'ébranlerait point, si la contagion du mauvais exemple ne nie corromprait point, si je ne me laisser.iis point tourner, comme un roseau, de tous côtés, si, lassé de quelques démarches que j'aurais faites dans le chemin du salut, je ne retournerais point en arrière : Et omncs vins mcas prœviilisli ( Ibid. )■ C'est sur cela, mon Dieu, qu'est établi le jugement que vous avez porté de moi ; et, au moment même que je nie suis relevé de mon péché en le délestant, c'est par là que vous avez reconnu si ma résurrection aurait du rapport avec celle de mon Sauveur : Tu cvfjtiovisti iessioncm meam et resurrrctinnem meam. Comme si le Prophète eût dit ; Supposé que vous n'ajez prévu, Seigneur, après ma conversion, que de houleuses et de lâches rechutes , vous l'avez connue, mais vous l'avez connue pour la réprouver. Au conlraire ; si votre prescience adorable vous y a fait voir de la fermeté et de la constance, vous l'avez connue, mais pour l'approuver, mais pour la récompenser, mais pour la couronner : Tn cognovisli sessionem meiim,ct i-esurrcctionem meam. Voilà le modèle de la persévérance d'un pécheur converti ; en voulez-vous le fondement solide ? c'est ici que votre atlcntion m'est nécessaire.
J'ai dit que le Sauveur du monde, en ressuscitant selon la chair, pour neplus mourir, nous engageait indispensablement à ressusciter en esprit, pour ne plus pécher. Comment cela ? le voici : c'est qu'a prendre la chose dans sa source, Jésus-Christ ayant toujours donné aux Juifs sa résurrection ronune le gage aulhentiiiuc de ses promesses cl comme la preuve incontestable de sa doc- Irine, il s'ensuit, et c'est le sentiment de tous les l'ères, que toute la foi chrétienne est essenlielleinent fondée sur la résurrection de cet Homme-Dieu. S'il n'est pas ressuscité, dis.iil saint Paul, nous avouons que notre foi • si vaine ; mais, s'il est ressuscité, nous prétendons, et avec justice, qu'il n'est rien de )>lus solide, ni rien, pour ainsi parler, déplus subsistant aue notre foi. Or, prenez garde,
chrétiens; ce qui fuit subsister notr<' foi. c'est ce qui fait subsister notre conversion , parce que notre conversion, selon le concile de Trente,n'a point d'autre fondement que notre foi. En effet, ce qui m'.iffermit dans la sainte disposition où je puis être, de fuir désormais le péché , c'est la solidité de ma créance ; et ce qui soutient ma créance, c'est la résurrection de Jé^us-Chrisl : par conséquent la résurrection de Jésus-Christ est comme le premier principe de ma persévérance dans le bien. Tandis que je me fonde sur cette résurseclion, ma foi ne peut chanceler ; et tandis que ma foi ne peut chanceler, je ne puis chanceler moi-même dans l'oléissance que je dois à Uieu. Or, le Fils de Dieu ressuscité opère dans moi l'un et raulre;car, enressuscilanl, il appuie ma foi, et en appuyant ma foi, il anime et fortifie ma volonté.
C'esl de quoi nous avons un bol exemple dans la personne des apôtres. Avant la résurrection du Sauveur, rien de plus fragile et de plus faible que les apôtres ; ils prolestèrent à Jésus-Christ qu'ils le suivraient jusqu'à la mort, et dans un moment ils l'abandonncrenl. Saint Pierre parut hardi et intrépide dans le jardin ; mais dans la maison du ponlit'e une simple femme l'intimida. C'élaieni, dit saint Augustin, les colonnes de l'Eglise, mais des colonnes sans appui, et qui n'avaient rien de stable ; ils voulaient et ils ne voulaient pas, ils avaient du zèle et ils n'en avaient pas, ils étaient à Jésus-Christ et ils n'y étaient pas. Mais dès que Jésus-Christ, par sa résurrection, eut dissipé tous les nuages de leur incrédulilé,ce furent des hommes plus fermes que îles rochers, ce furent des colonnes de bronze et d'airain ; ils ne cédèrent, ni à la violence des persécutions, ni à la rigueur des tourments, ni à la niorl même; ils s'exposèrent à tout, ils endurèrent tout pour la cause de leur maître. Qui (il ce miracle? la foi de Jésus-Christ ressuseilé : i'^/o confirmnvi rolumnas p;i(.'i(PA'.LXXI\').Oui,dit cet Ilomme-Dieu par sou prophèle, selon la para]>hrase de saint Augustin, c'est moi qui les ai alTerinis, cl qui, voulant poser sur eux lél'.ifice (le mon Eglise, dont ils devaient élre la base, leur ai donné une vertu à l'épreuve de toutes les tentations ; ils ont cru ma résurrection, et dès lors ils ont eu comme un esprit nouveau, comme un coeur nouveau; ils se sont sentis confirmés dans la grâce : Ego covfirmavi cnlumiKis ejus. Or, je vous demande, chrétiens, pouniuoi la résurrection du Sauveur ne fait-elle pas la même impression sur nous? avons-nous une autre foi que les apôtres ? est-ce pour les apôtres, plutôt que pour nous, que Jésus-Christ est ressuscité glorieux et iiiiiiioriel ? ce mystère osl-il moins elficace pnur fixer notre inconstance; et si nous en sommes aussi persuadés (ju'eux, pourquoi ne serons nnns pas aussi fidèles qu'eux? Disons quelque chose eiicoro de plus particulier, et faisons ensemble une réflexion bien touchante.
Quand saint Paul exhortait les Hébreux à la persévérance chrétienne, voici une des grandes raisons dont 11 se servait ; Chriilu»
933 CAUEME. SERMON \\.\V. SLR LA PERSEVERANCE CIIREÏII.NNE. 934
fini, et hodie, ipse ri in sirculn {Ilebr. XIII). mais, dnns lo fond, ollc u':\ ririi \\cvi\i\ de Imit Jcsiis-Christ, lour disail rAp(Urc, i)'esl plus coqiiej'j découvrais. M;illi;'ur a moi do crsujet à aucun iliaiiiiomenl ; il fclait liici', il (ju'clle n'a plus pour tnoi le tiiônic goût; mais est encore aujourd'hui, et il sera le même };râccs à mon Dieu de ce (]ue j"<'n ai candnns tous les siècles. Pourquoi donc, con- serve la foi. Parler aiuvi et ;if;ir ensuite, nud eluait-il, cliangeriez-\ ousàson égarddc sen- plus en vertu du sentiment présent, mais des liment et de conduile? Doclrinis variis et résolutions passées, les faire revivre en nou-, jirregrinis noiiic enjo nbdiici (Ibid.). Ali 1 et quand la tentation nous att.iquc, nous clircliMis, appliquons-nous à nous-iiiênics ce sollicite, quand l'occasion se présente, nous raisonnement, il est diflicile que nous n'a> ODS munir de cette pensée : j'avais pré\u tout été quelquefois touchés de Dieu, et (lue daus cela, et j'y étais disposé lorsque je formai le !e cours de noire vie il n'y ait eu d'heureu\ dessoin détrc à Dieu; puisque j'ai encore ce moments nîi.délrompésde la vanité du monde qui opérait en moi cette disposition, pouret confus de nos égarcsncnts passés, nous quoi ne forais-je pas aujourd'hui ce que j'aun'ayons ditàDieu,do honne foi : Oui, Soi- rais fait alors; et i)our(]uoi voudrais-je ah^mpiieur, je veux être à vous, et je ne me dé- donner Dieu et me contredire moi-même? partirai jamais de la résolution sincère que Non, non. Seigneur, il n'en ira pas do la je fais aujourd'hui de vivre dans votre loi et sorte; il ne faut pas que le caprice de ma en clirélien. Uapp. Ions un de ces moments, volonté l'emporte sur la régie de ma foi et de ou plutôt rappelons les sentiments de ferveur nia raison ; vous êtes, ô mon Dieu! un tro|) et de piété que le Saint-Esprit excitait alors grand maître pour cire servi par humeur, et dans nos cœurs ; car nous savons ce qui nous je tiens à vous par des liens trop forts, pour touchait, et nous n'en avons pas encoreperdu prétendre jamais m'en détacher. J'ai cm, le souvenir. Ilemettons-nous donc au moins S.igneur : Crrdidi, et c'est pour cela que je en esprit, daus l'état où nous noustrouïions, vous ai donné une parole dont j'ai i)ris le et sur cela, raisonnons ainsi avec nous- ciel ;\ témoin, savoir, de garder inviolahlemêmes : Hé bien 1 la résolution queje Gs en ment le traité et le pacte solennel que j'ai tel temps de rcnonceràmon péché et dem'at- fait avec vous dans ma pénitence : Credidi, tacher à Dieu, n'est-elle pas encore mainte- propler quod loculus sum ( Ps. CXV). Voilà, nant aussi bien fondée, et d'une nécessité mes chers auditeurs, ce que j'appelle agir aussi absolue pour moi que je la conçusalors"? parla foi et vivre de l'esprit de la foi, eu Les principes de foi sur lesquels je l'établis- quoi consiste proprement le caractère de sais ont-ils changé?m'est-il sur\enuqu(dque l'homme juste : /««/«s autein meus ex fide nouvelle lumière pouren douter? les choses iivit{Uebr. X).Rcsurrectiondc.lésus-ChrisI, considérées de près et en elles-mêmes, sont- modèle de notre persévérance, fondement de (lies différentes de ce qu'elles étaient ? Quand notre persévérance, et motif eiu(ue de notre je comparus devant Dieu dans le tribunal do persévérance : Cominenl cela? Apprenez-le. la pénitence, et que je confessai à Dieu mon C'est que la résurrection du Sauveur nous iniquité, je me condamnais moi-même ;jo fus met devant les yeux la gloire et l'inimortaiiioi-même mon accusateur et mon juge, et liié bienheureuse où nous aspirons, et qui par conséqui'iit je fus convaincu moi même, doit être notre récompi'iise éleriullo. Aussi que ce que j'appelais iniquité, l'était en effet; prenez garde que ce fut la vue de cette réet quand je promis à Dieu d'avoir pour ja- surreetion qui inspira au patriarche Job tant mais en horreur celte iniquité, (jui faisait le de constance dans les plus rigoureuses désordre de ma vie, quand je m'engageai à épreuves. Toutes choses le portaient, ce en fuir l'occasion, je crus lorloment que ma semble, à quillcr Dieu; il se trouvait accaconscience, que ma religion me l'ordonnait. blé de misères et de calamités, qui l'assié- Me Irompais-je? était-ce prévention ?était-ce geaient de toutes parts ; ses amis même s'écrrcur? Non, sans doute; car je suis obligé talent tournés contre lui; sa feunne insulde reconnaître que c'était l'esprit de Dieu qui tait à sa piété, en la traitant de simplicité : m'éc'.airait, ct<iueje no pensai jamais mieux, Adliuc tu permanes in siniplicilale tua ( Jub., ni plus sainement. Tout cola était donc vrai; II ) ? Mais que lui répomlait ce saint homme? ( t, s'il l'était alors, il le doit être encore au- Allez, lui disait-il, vous parlez en insensée : jourd'hui, et il le sera encore demain et jus- Quasi una de stultis mulierihus locula es <iu'à la fin des siècles, puisque la vérité de ( Jijid. ). A'ous me reprochez mon attache- Dieu, aussi bien que son être , est immuable : ment au Dieu que j'adore ; et moi je vousdis Cliiistus heri, et Iwdie, ipse et in sœcula. que je l'aurai jusqu'au dernier soupir de ma Excellente pratique, mes chers auditeurs, \ ie, et que toutes les calamités du monde ne pour se maintenir dans une sainte perse\e- m'obligeront jamais à m'en départir. Et iinel rance; sedireà soi-même: Je fus persuade un motif en apportait-il? Ah ! chrétiens, admileljour, et un toi jour mon esprit fut pénétré rable leçon pour nous ! Scto euiin i/uod Itede cette vérité ; j'en eus une > ue si parf.iile, demptor meus viiit , et in novissimo die de que j'en fus saisi, que j'en fus attendri jus- terra surrecturxts sum ( Job., XIX ) : Oui, je ([u'aux larmes. Je ne la goûte plus, celte \eiilé, serai constant et fidèle, ajoutnit-il, parce que comme je la goût.iis, mais c'est toujours je sais que je dois avoir un Sauveur, qui néanmoins la même vérité, et tout ce que ressuscitera plein de gloire, et que je ressusj'y goûtais s'y trouve encore. Elle ne me pa- citerai moi-même un jour comme lui. Or, rail plus dans ce beau jour où elle se mon- ccltegloire, dont je le vois déjà tout éclat ini. Irait quand ion étais sensiblement ému; ''olte gloire qui, par commuiiicaiion. djil se
OnATEUPvS SACHES. BOianALOLK.
iipnmlrc sur moi, c'est co qui m'engage à soiifiVir sans iiiurmuicr. c'est ce qui réprime nici plaiiilrs, c'est ce (jui adoucit aies niau\, l'esl ce (]ui me soutient dans racral)lemcMt exiréiiic où me réduisent l'lniii;iliati(in et la iiiiilcur; Cille es|iéranie que je nourris dans mou sein, C.-.I le grand motif de ma |)crscMérance : Iti'iiosila^est liicc 5/k's- in sintt mco ( Job. }. Ainsi parl:iit cet liouune de Dieu. Or, mes fr(Vcs, reprend saint Augustin, si la vue d'une résurrectinu si éloignée insjiirait "ï }■•'■< ces seuiiinenis au miiicu de la giMiti- !ile, iKuis, éli vés au milieu du clinslianisme, iious qui la vi>jons de si près cette même résurrection, nous qui, dans celte solcnniié, en célébrons la mémoire, en serons-nous moins touchés, et le devons-nous moins être? Enfin Jésus-Christ ressuscité devient par i.n excès de son amour et par un effet mervi'ideux du sacreoiciit de son corfis, le sceau e notre pcrsé'i érance dans la grâce, puisque tout ressuscité et tout iiumortel qu'il est, il veut bien être noire Agneau pascal , Si-lun l'expression de l'Apôtri', et s'immoler '.ont de nouveau sur nos autels, pour s'unir inlimement à nous, et pour nous faire vivre eu lui et par lui : Pascha noslrmn immolatus eut Chi-istus (I Cor., V). Ce Dieu de gloire, le jour même de sa résurrcciion, se fait no- Ire nourriture ; et après être sorti triomphant du tombeau, il vient, obscur et invisible, s'ensevelir dans nous par la communion. Que prétend-il? On vous en a instruits, chrétiens, et vous ne le pouvez ignorer : il prétend servira votre âme d'aliment, mais d'un aliment céleste et spirituel ; et comme le propre de l'aliment est d'entrelenir la vie, il se donne à vous pour conserver celte vie divine , cette vie de grâce que la pénitence vous a rendue. Avez-vous fait, mon cher auditeur, quelque réflexion aux saintes et vénérables paroles que le prêtre, comme ministre de l'Eglise , a prononcées, en vous admettant à la parlipation du corps de Jésus-Christ? Peut-être n'y avcz-vous pas pensé, et néanmoins c'est à quoi vous deviez être attentifs : car voici comment il vous a parié: Recevez, monfrère, le rorpsdcvoiro Seigneur et de votre Dieu, afin qu'il garde voire âme et qu'il la préserve de la mort dn 1 écbé ; non pas pour quelques jours ni pour quelques mois, mais pour la vie éternelle : ('uslndiiil animam luam in lilam letenuim. El en effet, s'il n'avait été question cjuc de >ous faire vivre pour quelque temps, en vain Jésus-Christ aurait-il daigné nourrir votre âme de sa propre chair. Il ne fallait p.is pour cela un pain si exquis, mais ce pain dont vous avez fait votre pâque est un pain, (lit Jésus - Christ même, qui se mange pour ne mourir jamais : Ilic est panis de cœlo desceiidcns , ut si quis ex ipso manducel, nonmuriadir {Joan.,\\). Et voilà ce (|ue je vous ai proposé d'abord comme le ^acremenl de \oire persévérance dansia grâce. Vérité reconnue de tous les Pères, puisque c'est ainsi qu'ils expliquent cette praude promesse du Sauveur : Qui mnnducal hune pancin , viiil in œteniani' l iOid. ) : Celui (jui
mangera ce pain, vivra élcrncllemcnt ; non pas, dit saint Jérôme, d'une vie corporelle; cl matérielle, mais dune vie spirituelle et .ni! nalurelle, qui doit être le fruit de l'atlorable euehanslie. Si donc, engagés commfe vous ! éles à la persévérance chrétienne, cl par l'idée de la resurrecli(jn de Jésus-Christ, et par la foi de la résurreciioii de Jésus- Christ. et par la gloire de la résurrection de Jésus Christ, enfin par le s icremcnl de la lésurrcction de Jésus - Ciirisl ; si, dis-ie, coiunie tait de lùclios cbréti ns, vous lo lourniez à vos premières h ibiludes ; si vous vous laissiez encore surprendre aux illusions du monde; et, au lieu de d mncr à la grâce le temps de s'enraciner dans vos lœurs, si vous étouffiez ce bon grain, selon la parabole, et qu'au bout de quel(|ui's S( maiiu's on vous niîl dans les mêmes engagements et les mêmes désordres, n'aurais-je pas droil de vous faire le reproche que faisait saint Paul aux Calâtes? Il leur avait annoncé le roj aume de Dieu ; il les avait tous engendrés < ii Jésus-Christ par l'Evangile ; et, tandis qu'il av.iit été parmi eux, ils élaient demeurés fermes dans la foi. Mais à peine les cul-il quilles qu'ils oublièrent ce (ju'ils étaient, et qu'ils reprirent les observances du judaïsme. Saint Paul le sut, et voici en quels termes il leur témoigna là-dessus son ressentiment; plaise au ciel que je n'aie jamais sujet de vous les appliquer! liliior quod lam cita transferimini ub co qui vos vo~ cavit in gialiam Chrisli {G(dat.,l). En vérité, mes frères, il est bien étrange (jue vous ayez si tôt changé de senliment, et qu'en si peu de jours vous ayez renoncé à celui (]ni vous avait appelés et conduits par sa grâce à la connaissance de Jésus-Christ. 0 iitscnsttli Galntœ ! quis vos fnscinavit non obedire rcriUili [Galat.lll )? O insensés que vous êtes ! qui vous a ensorcelés , pour vous faire abandonner lâchement et honteusement le parti de la vérité? S/c stulli cslis , ut cum s])iritu capcrilis . nunc corne consummemini { îbid. ) 1 Quelle folie d'avoir commencé par la pureté de l'esprit, et de finir maint •liant par la corruption de la chair ! Ainsi leur parlait l'Apôtre, cl vous parlerais-je, chrétiens; car j'aurais bien de (luoi m'étoiiiier (juc des résolutions prises à la face des aulels, en la présence du Seigneur, se fussent loul à coup évanouies. VA\ (juoi ! mes frères, vous dirais-je aussi bien que saint P.iul, vous faisiez à Dieu de si saintes protestations; vous nous donniez, dans le sacré tribunal, des paroles si expresses; vous vous obligiez de si bonne foi, ce semble, à tout ce (]ue nous vous prescrivions; vous deviez élre si réguliers à le pr.iliquer; mais l'avezvous l'ait? Sic slulli eslis, ut cum spiriiu cccpcrilis, nunc corne consummemini ! En êlesvous moins (oiènset moins emportés? En êlcs-vous moins ambitieux et moins eniélés de votre fortune? En éles-\ous moins sensuels et moins adonnés à votre plaisir? N'avez-vous plus revu cette personne, écucil fc" neste de votre fermeté et de votre constance. N'ai cz vous plus rci hcrché ces occasious si
f>5: CAUEMF. SI'UMON \\\V. SI 14 I.A l'Kr.SEVKilANCL CIIHKTIK.NM:. <).-,jj
tl.iiigcronscs pour xxis? N'iivcz-; (uis plus le voiii : en ce qu'ils iif sont plus snjclsà Iciui CCS discours on nicdis.inls ou impies? .uicuiu! \ ieissitude ; en ce (jne l,i j;loire donl \()us ;ivicz jclé les londenuMils d'une vin ils sont re\ élus n'csl poini une j^loirc passa- <liri''lienne cl spiriluidle; (|ni vous a empê- };ère, niais pei-nianmh', et <ini durera auelié d'élever ce saint édilice'.' On espérait tint (;ne Dieu nièine ; en ce ((n'ils sont aulout de vous; et dans un nioiiioiit toutes les jourd'liui ce qu'ils seront éleiiielleiiient, et ospéranees qu'on en avait coiienes sont ren- ce cju'ils ne peuvent jamais cesser d'èlre. versées. Fallait-il pour cria laire tant d'à- l'id est l'avanlane d'un corjis ressuscité et vances"? Fallait-il puiser dans les souries sa- rélornié, comme dit l'Apôtre, sur le modèle Inlaircs i\c la grâce'.' Fallait-il se huer dans du corps glorieux de Jésiis-l^lirist. Or, rien les eaux de 1.1 pénitence'.' Fallait-iJ in.inger n'approche plus de cet étal (jucla persé\éla (JMir d<; i'.\g«ieau'? Sic slalli cslis. J'our- rance du juste ou d'un pécheur converti et suivons, mes cliers auditeurs ; je vous ai f.iii inéluMnlalde dans le plan de conversion voir que la résurrection du Fils de Dieu élail (jn'il s'est tracé. Car, au lieu ([uc les mondains, pour nous un engagement à l.i persévérance seinltlalilcs aux (lois de la nier, sont dans nu <lans la grâce; et j'ajoute que la peisévé- eliangenient perpétuel, et (]ne, toujours agirauce dans la grâce est le gage le plus cer- les par Inus p.issions. ils succombent à la l.iin (jue nous puissions avoir d'une résur- cr. iiiili', ils cédeiit au respect liiimain , ils rection glorieuse à la lin des siècles, cl seni- plient sous l'adversité, ils s'enlleiit dans l.i Id.iblc à cidle du Fih de Dieu. (] est le sujet jiro-périlé, ils suivent l'atlr/iit du plaisir, ils de la seconde partie. se laissent vaincre par l'inléiét, ahaltre par siuMMU-; lAiiTiE. la II isless<' , corrompre par la joie , entrai- Dieu l'a ainsi ordonné, cliiéliens, et un- iicr par l'occasion; e,n'ils tournent, non- (lei l(us de sa providence est (|ue le silut seulenienl leur raison, mais leur religion , dans celli! vie nous soit incertain, et ijne an gré de l'hiinieur (]ni les domine , et que , imiis n'ayons jamais sur la terre nulle as>ii- hien loin de s'alîi'rinir par la gràie dans la rince tlf noire | «édesiin.iiion élernelle. piélé, ils anéantissent dans eux la |)iété cl î'iovitlencc, dit saint Augustin, que nous de- la grâce même par leurs variations coiit:voiis adorer, puisqu'elle nous enlrelient dans nuelles : état iléploraldo, où, selon saint lliumilité, et (jnelle excilc en nous la Ter- l'aul , la eiéaluie do l gémir de se voir rêveur et la vigilance. Il est néanmoins vrai, duile : VitniUili eniin crcatara sttbjccla est sans déroger en rien à celte règle, que la (/îo)?i., A'ill) ; le juste, au contraire, loitilie persévérance dans le bien, et î'aicomplis- de l.i bonne liabilu.le ((u'il s'est laite, élevé Sv'inenl des saintes résolutions qu'on a lor- au-dessus de tout ce i|ui jiourrait le retirer niées, est la marque la plus infaillilileà ijuni des voies de Dieu, vainqueur du momie et nous puissions reconn.iîlre si nous serons di' soi-même , marche toujouis d'un même nn jour semblables à Jésus-Christ rcssiis- pas , suit toujours la même route, ne vi cité, et si nous aurons le bonheur <le p.irii - plus dans une pitoyable alternative de eonriper à sa gloire. Je m'explique. 'Ions Us version el de rechute, de ferveur et de rclà- (liêologiens conviennent (ju il y a certains chement, de régulaiilé et de liberlinage , signes par où nous pouvons dislingu r ceux mais, déterminé à la [iratique de ses devoirs, d'entre les fnlèlts qui doivent nn jour res- est inviolablcment ce qu'il doit être, el, par susciter à l/i vie, et ceux qui le^suscitei ont, là, anticipe l'heureux état delà résurrection comme parle le Fils de Dieu, pour leur dam- lulurc.
nation. Mais, selon les mêmes théologiens, C est sur quoi saint Cypricn félicitait avec
ces signes, après tout , sont éiiuivoques et tant d'élo(|ucnce des vierges chrêliennes qui
douteux, el rien n'est plus ordinaire ni plus s'étaient (onsaciécs à Jé^ns-Clirisl, et (jui
à craindre que de s'y triniiper. S'il y en a trouvaient dans leur retraite ce précieux
un, disent-ils, sur lequel nous soyons en trésor d'une éternelle stabilité : Vos 7esur-
droit de faire fond, cl qui soit capable dé- reciiunis filuriam in lioc ueculo jain tendis
lablir solidenii nt notre espérance pour la >Cijpr.) : Vous possédez, leur disait-il, dès
résurrection bienheureuse, c'est cette per- maintenant la gloire de la résurrection ijue
sévéranc dans l'état où nous sommes entrés nous attendons. La chasteté (jue vous avez
en nous convertissant à Dieu. Pourquoi? vouée solenncllenienl à Dieu, l'ait dès à prc-
par trois raisons impo; tantes, que je vous sent dans vos âmes quelque chose de sem-
prie de bien méditer : parce qu'il est certain blable à ce que la résurrection doit faire dans
que la persévérance représente déjà dans les corps des saints, et votre constance à
nous l'état de cette bienheuicuse resurrec- suivre le divin Epoux que vous avez choisi,
lion : parce qu'elle nous dispose el qu'elle commence déjà visiblement dans vos pèr*
nous coniluit à cette bienheureuse résiirrec- sonnes ce que la béalitude célesle achèvera
lion; eiilin, parce qu'elle nous lait mériter, et consommera. Or, ce que saint Cvprien
aillant qu'il est possible, la grâce spéciale disait à ces épouses de Jesus-Christ , je vous
de cette bienheureuse résurrection. Uéve- le dis, mes chets auditeur-. Oui, de quelque
loppons ces trois pensées. condition que vous soyez, si vous êtes ressiis-
Jc dis que ta persévérance chrétienne re- cités avec Jésus-Clirisl, de celle résurrection
présente déjà dans nous l'état de celle bien- véritable el durable dont je vous ai fait con-
fieureuse résurrection d(MU nous voyons les naître l'importance et la nécessilé : Si con~
prémices dans la personne du Sauveur. Car, surrcjcistis ctim Clirisin (Colus., lllj ; si voas
en <iuoi consiste cet état des corps glorifiés ? éles disposés, mais efficacement, mais sincè-
Orateirs saches. X1\'. [Trente )
OU .11 li'.^ ^. \(.ui:s. i;oLi;ii.\i,oiE.
Dit)
rri!!on(. à p r-sévércrd ins la voie où !;i t:i;"!(C «1'.' l;i ]icnil(Mic(> vous n rappfU's , j<i ilis (|iil' vous yvoz di'ji't p.iil à fo qii"il y a il»^; P'"f avjinlngotix lïaiis cel étal d'iiniiiorlalilé où iiiius cspcnins un jour de parvt'uir. Jo dis (iuY'li'i' conslauls coaiine vous l'êlcs . ou loaitiie voiîs paraissi'z le vouloir ('Irc dans ic service de voire Dieu, e'esl être déjà niar- (jués de ce sceau du Dli'ii vivant que l'aiicje ile r.Vpoc il ) p^p doil ia;primcr sur le front de lous les élus : l'os rc:'Urrccliotii^ nlorlnn ia hoc sœcuio jam tcneli-i (Cijpr.). \'.\. il n'y a |iersoiiue de teu\ qui m'écout.nt qui n'.iil droit de prcleiidre à ce houlicur. Car les lili; rlins inèuie cl les plus iuipies son! capables d'uae parfaite conver^ion, ro unie les aultes léclicuis ; et nous avons quelquefois la coiisoialiou de v:)ir les plus eudurris cl les plus obitinés dans le pôilié, quand ils se sont reconnus et remis dans l'ordre , s'y lenir plus étroilcmeul cl plus inséparableuienl altaflics : coiunie si Dieu prenait plaisir à faire éclati-r en eux toutes les richesses de sa iniscriioi'de. Puissant motif paur exciter dans Ions les coeurs un saint zèle cl une siiute confiance 1 Jlais si, par voire infidélité, la f^râce irao;it eu vous que faiblement, (pie superficiclieai'ut ; si, dans la pratique, vaus n'e\éeulez rien de c^' «pj;' vous avez conclu et arré éavec Dieu : si, dès les preuii.'rs jours, dése-pérant de pouvoir aller jusqu'au hou!, et déjà lassés du peu de chemin que vaus avez fait, vous regardez derrière vous, îI vous roinmencez à reculer, j'ose, chrétiens, voi'.s le dire, quoiijue avec douleur , il esl bien à craindre que vous ne soyez pas du nombre de ci ux. qui, se'ou la p irale du prophète royal, doiveul un jour ressusciter dans l'assemblée des justes ; et, par une triste cuiséquenci', que vous ne soyez jamais reçus dans le royaume de Dieu. Si je faisais de moi-même celte triste prédiciion, peu!-c;re pourriez-vous ne m'en pas croire, et eu appeler à un autre témoignage que le mien. Mais Jésus-Christ même nous l'a ainsi déclaré dans sonl';va;!gile,el c'est de sa bouche qu'est sorti ce terrible arrêt : Ncmn mitlciift manuin suam ad arairiim, et respicicns rétro, uplus cft vff/no Dci [Luc, IX). Cfunmcnl, mes hèrrs, icarend saint ClirysostoM)e , c\- |)liquant ce passai^e de saint Luc, commenl un lu>nîaie inconslaiit et léger serait-il propre pour le royaume de Dieu , puisqu'il m' l'est pas même pour le monde, ni pour les afi'aires el le coiumerce du monde"? Oue pense-l-on dans h; mond<' d'un esprit vol.ijc cl changeant? qui se confie eu lui ? qui fait fond sur lui, el de quoi le croit-an capable '? Or, si le momie même, ajoute saint Ghrysostoujo , malgré sou inconstance naturelle, est néanmoins le luemier à condamner l'inconstance de ceux (jui suivent ses lois, comment Dieu s'accoinmodera-t-il de la nôtre'? el d'ailleurs, conclut le môme Père, si nous n.! sommes pas propres au royaume de Dieu.
f^ue sei'l-iî do l'èlre i)our toute autre chose? liussions-nous les plus rares talents el les plu; sublitnes, les plus éminentes qualilé-, a\cc to'jles Ks oualilés el tous les talents
que sommes-nous devant Diesi , si nous ne sommes pas en étal d'i'uirer dans sa glore cl de le posséder lur-même?Ce n'est qu'eu persévérant qu'on s'attache à lui; cl ce n'est (lu'en s'.Utachant à lui qu'on se rend dign • de lui cl digne ûi\ la c nironno qu'il nous prouict. Voilà le litre le plus légitime pour y prétendre et pour l'obtenir, cl c'est ma seconile proposition.
Car, [irenez garde à ceci, mes chers nudileur; : que f.iit la perséi érance chrétienne d.ius un pécheur converti e! fidèle à la grâce de sa conversion ? elle le canduit à la persévérance finale? VA qu'est-ce que ia perséiéraiice finale? c'est l.i dernière disposition à l'immortalité bienheureuse. Je m'explique, (juind les théalagieiis parlent de la préiteslinalion des sainis, ils nous la fjul concev<ur comme une cliaîac mysérieuse, composée de plusieurs auiu'.iux enlrelacés les uns d ms les aulres , el (pii se tiennent sans interruption. Du côté de Dieu, disenl-ils, cette chaîne n'est autre chose qu'une su 'e de moyens, ilo secours, de grâces que Dieu a préparés pour soutenir ses élus cl pour }i;s faire arriver à la couroune de jusli<'e qui leur est réservée. Ainsi l'enseigne sainl Augustin. M lis, dnotre pirt, celte chaîne c>l une sui'e d'actes qui se s;:crèd nt les uns aux aulres , el par où nous niérit(U)s celle rouioane, en rend int < haqne jour à Dieu l'obéissance qui lui esl due. Tous ces aclcs. ajoalrnt les doc'eurs, sont comme autant de p.irties de cette persévérance totale qui nous sauve, et, en cela, ils sont lous de môme nature; mais il y en a tsn néanmoins, cH c'est le demie-, auquel Ions les .'iulres S} terminent , el qui fait la persévérance finale. Quoique ce dernier acte, co isiderc en lui-même, n'ail ni plus de peifertion, ni plus de mérileque les aulres, cependant, parce qu'il est le dernier, c'est lui (jui cauronno lous les autres et qui consouunc notre bonheur. Car, comme dit saint Jéiôme, d.ins les prétlestlnês on ne (herche pas h? comniPULement , mais la fin. Paul a mal couuneneé, el bien fini; Jiulis a mal fini, cl bien commencé : Judas est réprouvé, cl Paoi glorifié. C'est donc de la Gu que dépend le sort el le discernement des hommes dans lautre vie. lîn v.iin aurions-nous passé îles siècles entiers dans la pratique de toutes les vertus , il ne fiut (ju'uue p nsée pour nous rendre cri iiinels :et, si Dieu nous prend au moment que nous formons celte pensée, el que nous y consentons, il n'y a point de salut pour nous. Par conséquent, c'est la piTsévérance qui met le ciunble à la préilcsliuation des élus ; sans elle , tout le reste est inutile, et c'esl elle qui nous met en main la ()alii.e, el qui nous iniroiluit dans la gloire : ll.muin certameii rerlnvi, cnrsiim consuminnvi, (le reliqno reposita est vtihi corona justiliœ (II Tim.. IV).
Cela s'cnicnd, me direz-vous, de la persévérance finale. Je le veux, mon cheraudileur. Mais , par où arrive-l-on à la persévérance finale, sinon par la persévérance commencée, (]ui esl celle de la vie? Car, sans commenrement , il n'y a peint de Gn. et toute fin a un
011 c.\r.F.-.:r.. sf.i'.mon \\\v. sdi; i.\ rrnsr.vKnsNCKf.i'.r.i.Tir.NNF.. 055
liippiirl rsscr.liol ;i son foiniiirncpinoul. D'ciù M,ii«, oiilrp lo mi'rilo, i! y en ,i un .iiilrc :
il s'riisuil (iiu>, piitir iutsim (Mor à l;i nu ri , un mciiicilt» coiivciinnco , un inorilo, ilis'iil
r'i'.sl à-(liii> qii:' . pmir nvdir l;i j)frsévi'r;iiii<- \rs lliooitiniciis , do («iii'ii nilô , ini iii(>rii(!
liii.ilo, n')US iloviMis ( oiiitiK'iircr ;i potsiMorcr fondé sur l;i niiséiiiorilc cl sur l;i pure Iil)c-
(l.ins la vio,pi;isqiiol;i pirsôvéraiicc (II! lii tm^rt ralil6 de O.cti ; f '( s!-à-tliro (jiic Oii'ii vo\;!nl
est loloinu' il la (()nsiunr.inli<.iii t\c la pi'r-ôio- l'Iioniino appliqué do sa pail à se niaiiilcnir
laniTdelavii'.Kl voilà poiiiijU'd j ai ilil (uro la dans In grâce, ol pour cila, s;- fairr Moli-me
persévérance dans h s« xercieesd une viei lue- à Uii-uieuiC, n'.criilier ses nassimis , remisier
lienneesl la voiequi ii()i:snu"nc au royaun.o pl coiiiliallr<'. il se stMil réiii)roqiieriienl mm
éleruel. Kl, en eilel, laiulis qu ■ n()i;s Miivons on vue d une li Ile eonslance, à le pralilier <!,•
relie vuie, t >us les pi? que nous l'aisotis nous se* plus siui;u:iè;os favi urs , cl, on parlicu-
sonl complés. .Mais du uioini ni (jue nous la lier, du dou de la persé\érance fiualo. parce
<!uiili>ns , n(ii;s nous éiogiioîis de ce l-ieis- que c"csi la ntarijue de la plus srande disiine-
lieureux liéril,:f;e (;uc Dieu nous pro|iose lion et du choix lo plus S]U'eial ipie Dieu
cointnc roI)jet te noire espérance ; cl ce (m'il {«lissc l'aire d'une àinc dans Tordre de salu'.
y a de plus déplorable, c'csi (]U" loul ce que Or, je preleiuls qu'à reiiiondrc ainsi , nous
îU)i;s a\ons fait jusque-là n'est plus pnur pouvons niériler cel excellenl don. De là,
l'oiis d;; nulle valeur, parce que notre re- mes f;ères, quand nous voyons un jusie,
< liuli' dans le péi lié et notre retour au nioMiie a(irés avoir lonjilcmps persévéré dans l'oli-
011 'usperdenl toul le niérile. Il faut rcconi- servation de la loi de Dieu, mourir saiule-
i!!oni;er toul di- nouveau, reprendre la roule nient, nous ne nous on élonnons point. Nous
<',',ie nous avions perdue, rentrer dans la car- disons : Cela est conrornie aux idées que
rière et la fournir p.ir ui'.e persévérance liùriture nous donne des jnjjeinents de Dieu;
inl'alifiable. Ainsi , nous ne nous disposons cel homme a trop bien vé( u pour finir aulr<-
; ciuilleuienl à réifuer un jour coiuuie les nient sa course; selon les lois couimunes de
saillis dans le ciel, ((u'aulant que nous nous la l'iovidciice, une vie si innoceiilr et si Ici-
aci outiiti :ons à persévérer couiiiie eux sur la venle ne pouvait élre l .ruiinée ([uc par une
t ne. Voilà loi.l le secret de ce grand niys- pareille mort; Dieu lui a lail i;râce ; mais, en
1ère (]ue nous ,iiji(î;)iis ptédcstination. lin lui faisant grâce, il a (mi éganl à ses lionu.s
ji.irler de la sotte, ce n'esl ni phiiosoiilier. ni onivrcs. Nous ni oiinaissoiis donc, dans celle
User d ■ conjei lures, puisip,! • loul ce (jUe j'en conduite de Dieu, uni- espèce de couvcnaiic;>
ai (lit est loniié sur l'oracle de .lésus-Cliii^t qui, sans blc-ser eu riiii s.i jusiice, l'engafre
ii;éiii(! : Qui iiulciii pcrsnrinn'rit n'ir/ue iii à déplover toute sa miséricorde et à l'exorci'r.
/;»fiH , liic sali-us tril {Miitlli., \) : Celui qui .Au contraire, quand on nous parle de crr-
])ersévor.'ra jusqu'à la lin, sera sauvé. Or, lains justes qui, par un triste naulrage, après
<es paroles, remareue s;:iiil Clirysostoiiie, ne une longue |ieisévérancp , oui péri jusiiue
d(Mvcnt pas être eul.ndiics de la grâce de la dans lo jiorl, cl se sont uiallieureuseineo!
I crsévérance, mais de la verlu <le [lorsévc- p^'nlus; (juaiid on nous rapporte ces cxoih-
rance, puisqu'il osl constant que lo Fils d-L- pics, nous en somn;es clTravés, nous les rc-
Dieu a piéti'udu par là nous exhorter à une gardons comme des prodiges , nous nous
chose qui l'ûl on ludrc pouvoir, cl qu'il dùl ecrionsavccs linl Paul : On////i((/o (/i(;w.,Xî !
récouipcnscr comme un clïel de notre fide- nous jugeons qu'il y a eu dans celle disposi-
iiié ; ce qui convient à la persévérance prise lion de Dieu quelque chose (|ue nous ne coui-
coii;me vertu, cl non point (ommedon et prenons pas ; que cel homme qui vivait rémi-
conune grâce. D'oîi vient ((ue le SiinlEsprit iiéromonl en apparence, avait peut-êlre tiu
nous fait ailleurs de cette persévérance un (ugueil caché que Dieu a voulu punir; i[i:-
roaiuiauilem 'iif? lîslo /('(/('/(.< h,sy/up (ulmurtim l'elTet d'une jusiice si rigoureuse suppose ii:i
(Apuc, ]i] : J'cnez f.rme et combattez jusqu à fonds d'iiuf|iiilé qui ne pasaissail pas ao. de
la mort. \ous me répondrez peut élic (juil hors, eliiueDieu voyait. Ouoi i|u'il en puiss(>
<'st toujours V rai (jue cette verlu de pcrsevé- élre, ces chutes inopinées el ces coups de
rani'e dépend essentiellement lie la giàce de réjirobalion nous font trembler: mais la siir-
j.i persévérance; cl que, d'aillcnis, colle prise nicaïc où ils nous jettent est une prouvi*
grâce do la persévérance esl lellomeul doiuiée oviiientc (luc ce nesl doue, point aiusj qu ■
lie Dieu, (juc rions ne la [louvons mériter. Dieu en use selon les règles ordinaires, cl
Ah ! chrétiens , retenez bien ce qui me reste que nous sommes peisuaiiés nous-mêmes
à vous dire, c'est par oîi je finis, et ce sera que la per;ovérance finale est communément
l'éclaircissement de ma trol-ièiiu- prnposi- et presque immani)ual)lomenl le fruil d'uni;
lion, persévérance i hreliennc pendant la vie.
Je le sais, mes chers auiîilcurs, quelque C'est à cette periévéranc, d,; la vie qcc
justes que nous soyons, (]ue!quos bonnes je ne puis , mes oliers auiliicurs , assez
(Ouvres que nous ayons pratiquées cl que vous porter; ol souffrez qu'eu. pruntaut ici
nous pratiquions encore tous les jours, nous les paroles de sainl Jérô:!!e, je vous dis;;
ne pouvons mériter ce don souverain delà pour conclusion de ce dscours, ce que dis;:it
persévérance finale; le mériler, dis-je , d'un ce sainl docteur à un hoinnie du n.onde qui
mérite parlai! , d'un mérite do justice , d'un commençait à chanceler dans le dessein
niérile qui nous donne droit un l'exiger, ou, qu'il avait pris de chercher dans la retiaiic
si vous voulez que je m'exprime avec l'école, de IMI.léeiii un asile contre '.es périls du siè -
d'un n;érito de condignilé. C'est ainsi que clo. Car voici comment il lui parlait, et coui-
lous les rèics de l'Eiilise l'ont recoiniu. ment Dieu m'inspire de vous parler à vols-
913 ORATFX'RS SACntS. nOUIlDALOCt:. r,.^
iiK'nies : Obsecro le, fralcr, cl monro pnrrntls on , pour micii'î dire, lo roiiinipncomoiil do
n/fectu, ul qui Sodunuim rclir/uisli, ad mon- nos rccliiUcs : l'roh dolor! tcrmiims rrcidcndi
timn feslinnna , pof.t lergnm vc rcspici'i^ fucla csl rcnurreclio S(dvrifo>is (Rem.). Cîir
{Hier.): pécheur qui iiiYm-ouIo/ , puisqu'cn n'csl-ce pas là que vont recommencer les
verlu (le la grâi e (juc vous av,ez reçue, vinis parties de plaisir, les jeux, Ic^ spcctacli's • el
\eiiez d'ahandoiiiier Soiloinc , c'esl-à-ilire jiar une coiiséiiucncc inf.iillihic , les impu-
puisque vous avez rrnoncé à vos cnf;a};e- dicilés, les dis soliilions, les cvcès? en sorte
inents criminels, je vous conjure, par !a qu'il seniide que Jésus-Clirisl ne soi( res-
eharilé (jue vous vous devez à vous-même, susci!é(|i!C pour nous faire lâcher plus im-
de ne lourner plus les yeux vers le nioiidc, puiié.nenl la hiide à nos passions et à nos
ce monde profane, ce monde corrupleur que sens: l'Jx linc venipe rcdcunt eomessnlio-
vous avez (luillé, el dont vous avez si Ion;;- nés , ex hoc laxaiilur ronciipisccnliis frcvna :
lemps éprouvé 11 (yrannie : Ne arairi sli- e/uiisi ad hoc snrrcxeril Chrislus , et von
rim. ne fiinhiiam Salinlorif: (/unin semcl le- proptcr jtistificalionem noslrnm (Idem). Mais
vrrc co'jHsli , (diquando diinillas {Idem), non, Seigneur, vous achèverez voire ou
Non, mon cher frère, ne pensez plus a se- vrap;o ; car c'a été volro ouvrasse que ma
coucr le joug du Seigneur, que vous vous conversion. Vous le soulieadrez comme vnn4
êles imposé : el tenez toujours la robe de l'avez commencé, et moi-même je le son-
votre Sauveur pour le suivre. Vous ne pou- tiendrai avec vous et par vous. Votre grâce
v(2 avoir un meilleur guide, et il ne vous m'a prévenu, et je l'ai sni\ie. Klle me mon-
appelle après Inique pour vous conduire à trera toujours le cheaiin, elle me servira
sa g!o rc : A'e de tcclo i-irltilum , p)it:tii>n lonjouis de guide, el je la suivrai loujoiirs
fjHœsilurus vcslimenln , dcKcendas (Uicr.) , jusqu'à ce ([ue je puisse an iver à la gloire,
prenez garde à ne pas déchoir dis lianies où nous conduise, etc.
vertus où vous avez voulu, par voire con- Qr-i>Ain\' vvy\-i
version, vous e!e\er ; cl n'allez pas lepi-en- ^l'J>.M().> \XX\I.
dre les dé|K)uiiles de, la vanilé el du luxe, poir le dmammU' i>E qla^imouo.
après vous èlre revélii des livrées de Jésus- Sur la paix chrriimne. Christ : Ne de aqro rcvrrtaris domuir, {!dri!i\
Du champ de l'Iig'.ise où vous êtes rentré , . I ^''"'^ "-" «^'^ "'^■'"""' ' '"« "'^'"■
où vous conmencez à recueillir les frnils de ,v"r '''"'' '!" ""^. 'l'''"'"'^ T»» ; Ln paix wH avec vous
, . , ■ , • ■ (S. Jean, cliun. \\). la grâce, nt> retournez pi)uil a ces maisons
où voire innocence a tant de fois échoué, ^"oilà , cliréliciis , le précieux trésor que ni à ces lieux de scandale cl de débauche : iV/' Jésus-Clirist lais-c à sc-s apê>lres : il leur fiinipcslria cum Lot.'i , ne onuenu horlOTuai donne la paix, et je trouve que celte pai\ diliijas, quiv nonirriijanlur de cœlo, ni lerra est encore un des fruits iiue le niyslère de sa xancla , sed de tiirliido fliimine Jurdanis résurrection produit dans nos âmes, lorsque; (Idem). Nv vous arrêtez pas, comiiK; Lolh , à nous nous réconcilions avec Dieu par la peloiil ce qui pourrait vous rapprocher de nilence , et que nous approchons dignement I embrasement dont vous vous clés sauvé ; des sacrés mystères par la communion pasfiiyez ces demeures agréables, mais dont cale. Ce divin Sauveur v ient à nous dans le l'air est si contagieux pour vous; ces rendes- sacrement de son corps; il nous honore ton ; vous si propres à rallumer voire passion , eu particulier , non-seulement d'une appariées jardins si commodes pour renlreti'iiir, tion, mais d'une visile qu'il nous fait en peroù 1,1 pluiedu ciel ni' tomhr jamais, el qui ne sonne, et à ce momenl-là n.ême il nous dit SL);il arrosés que des eaux troubles du Jour- inlêrieurement : Paxvobis :\i)hs voilà rêcondain. ^'oilà, dit saint Jérê)mc, à (juoi il nj ciliés avec mon l'ère, vous voilà unis à moi; f.iiU plus retourner : Co'pisse ntnltorum est , jouissez du bonlnur que vous possédez, et ad vulmcn pcrrvnisse paucorum ( Idem). Plu- goûtez la douceur de la paix, t'ar, c'est ainsi, sieurs, ajoutail-il, ont l'avanlage dt; com- mes chers auditeurs que sainl Jae(|ues nous uiencer ; mais bien peu oui le bonlieur de fait concevoir la paix dune âme chrétienne, persévérer. Or, il faut qu- tous S'iycz de ce en nous disant qu'elle est le fruit de la jiisnombrc. Ma douleur est de penser, chrétiens, tice et de la sainteté : Fniela^ aiitem jnsliliœ que la plupart de ceux à (|ui je parle en ('" /j^cc .«c/»(/i"n(r (/ne. 111). l']| en effet, toutj doivent être exclus, ou plnlôl sont tiaus la autre paix (]nc colle-là n'est qu'une paix disposition de s'i'U exclure eux-niêmes. Ce làinse el imaginaire; pour êlre solideel vériqui m'afllige jusqu'à dire, comme David : table, il faut qu'elle vienne du principe de li 'J'abrsccre me fccit zcîus mens [Ps. CW'llI), sainlilé et de la grâi c. Or, lelle est celle (lue Rlon zèle m'a fait sécher de regret, c'est de Jesns-Chiist nous communi(]ue, quaml il se taire aujourd'hui cette trisli' réil'xion, que , c mimunique lui-même à nous. Parlons donc d'une si iKvnbrcusc assemblée, à peine y en aujourd'hui de celle paix spirituelle, de celte aurait-il (luelques-uns que le monde birnlé>t p lix de Dieu qui surpasse tout sentuueni, de ne rengage pas dans ses frrs. et sur qui le <el:e paix que saint Paul souhail.iil tant aux péché ne reprenne pas tout soji empire. Mon l'Iiilippiens : Et pnx Dri, f/uœ exsupera! om- Dieu, (]ue vos jugements sont profonds, et nem sensum, cuslodiiit corda vcslra c/. inlrllique noiie inconslance est déplorable! Le genlins testraa, in Chrislu Jesit {Phil.\\ll.}<]cs comble de rafiliclion pour moi est de voir, frères, leur disait-il, le plus gr.ind désir que connnc saint Bernard, que la rêsurreclion Dieu m'inspire de former en voire faveur, du Fils de Dieu soit devenue le tenue falal est que la pair; qu'il vous a donnée garde
9S5 CAUEME. SERMON \\XVi.SUî'.L\ PAIX CllRETIF.NNE. Wi
vos esprits cl vos (•(r'urs. Je fais aujoiinrinii, Cir, cii soumettant ma raison ù la foi, je nu; cliréliens, pour vouJ» le même souhait et la proruie la paix de l'esprit; et en m"assujrtmème |iriùie. l'iiisiiue vous a\ez n eu celle lissant à la loi de Dieu , je me nx'ls en pnspaix, prenez soin de la conserver, et qu'elle session de la pai\ du cœur. Ivn deux mois, vous conserve vous-mêmes dans li's saintes n'espérons pas (jue notre esprit soit jamais dispositions où vous êtes d:vanl Dieu : Pax lraiu|uille, landis (jue nous l'aliaudonnerons Dci cuftodidt COI du fcsiKi cl inlcllifjrnlias à la conduite de nolic raison; et n'espérons rcsiras. in Clii islo Jcsii. .Mais d'où vient que jias plus (jue noire cicur soit jamais contcnî, le Fils de Dieu no se contenla i)as de donmr tandis qu'il s'abandonnera lui-même à sis une fois la paiv à ses apAIres, ( t «lue, dans liassions. Il fiul t\m' la foi jjouverne notriune même apparition , il leur dit deii\ fois, cs|irit , si nous voulons qu'il soil dans le, et dans les mêmes termes: Par vobis? C est calme : c'esl la première partie, il faut que une circonstance (|ue saint Chrjsosidmc a la loi de Dieu rèj;ne dans noire cicur, si nous remarquée dans l'iùan^'ile, et celle circons- louions qu'il jouisse d'un bonln ur solide: (ance n'( si pis sans mystère ; or, c'esl ce c'esl la seconde. Deu\ vérilés importanles m>s!èrequeje vais vous développer , apiés <|ui feront le part.;r;e de ce dernier discours, (pie nous aurons rendu à Mare, comme à la riinMiiiti; p.vutik. ninc de la paix, l'Iiommaije ordinaire : .U'', C'est une quc^l;on que les l'éres de l'E^çIisc Maria. oui irailée aiec autant de force que de suh- Je ne sais, chrétiens , si \otis avez pris lililé, sa\oir: poiiniuoi Di(U, ayant créé g:irde à ces deux paroles de saint P.iul : l'ux l'homme raisonnable, il n'a pas muiIu, dans llci cusiodiul corda vcstra, cl intcllifjciilins la chose la plus essentielle, qui esl la relitC5//"rtS ; que la paix de Dieu conserve vos pou. le conduire par la raison, mais par la (d'urs : corda vcslra: et qu'elle possède vos loi. Siinl Au;;u>lin dit que Dieu en a usé di; esprits : /n/o//j'/c/in((fîv.s7/7r.'(. Pourquoi l'A- la Soi te pour lin érêl de sa propre gloire, pôlre snuhaitail-il aux Philippii ns ce double Car, <le mê;ueeju'un maître ne veut pas que avantage, l'un [ ar rapporta l'esprit, l'autre ses serviteuis eiilreprennent d'examiner sa par rapjiorl au cœur? C'esl, répond sainl conduite, parliculièrement sur les atïaires les <;hrysoslome, que, pour êlablirdans riiomme plus secrètes cl les plus importanles de sa une paix parfaile.il faut la iiiellrc également maison, nussi étail-il de la grandeur de Dieu d.ms les deux puissances de son âme, c'est- que l'homme, qui n'est (ju'un néant, ne préà-dire, dans son cspril el dans son i œur. La sumâl pas d'entrer en raisonnement avec lui paix du cœur doit nécessairement être pré- sur ce qu'il y a île plus caché et de plus imcédée de la paix de res|iril, el la paix dcl'ef • pénéirable dans les desseins de sa pro\ipril ne peut ê:re coiislmte sans la paix du dcnie cl dans l'ordre de ses jugements. C'e^t cceur. Il faut donc pacifier l'esprit de riiouime, ainsi (juc parle saint Augustin. VA en (ffet, en lui ôlanl luulcs les inijuiélUiles qu'il peut il laul convenir que celte oliéissance que avoir dans la recherdic de la vérité; el il njus rendons à Dieu par la foi, esl un hoinfaut paciller son cœur, en le dégageant de mage dû à la souveraineté inlinie de son lous les désirs qui le lourmonlent dans la êlre. Jlais s'il esl honorable cl glorieux à recherche de son repos; voilà, mes cbers Dieu de gouverner l'homme par la foi, je; auiIileurs,loul le mysière de noire Evangile, soutiens, avec h- docteur angélique sainl i-e Sauveur du monde ne se conteiilc pas de 'l'Iiomas, qti'il n'est pas moins avantageux à dire unefoisàscsdisiip'es : Prjjri'oiis : La paix l'homme d'être conduit par celle voie : pcuirsoit avec vous ; il le leur redil une sccom'c quoi '? non-seulemenl parce que la conduit'^ fois, dans la même apparilion, parce qu'il de la foi esl plus méritoire pour l'iiomme que veut leur donner cette double |)aix (jui fail celle de la raison, non-seulement paie i\uc toule la perfection de l'homme, la paix de sans la foi nous ignorerions bien des myslespril el la paix du creur. Mais par (]uelle tères et bien des lérités qui surpassent iiolri? voie l'homme peut-il espérer d'avoir l'une raison, non-S(ulemenl parce <iu'ily a peu cl l'autre'? Ah! chrclicns, c'esl encore fe se- d'esprits capables d'acciuérir parla seule raicrel cl le secret admirable que noire Lvan- son une connaissance de Dieu lel'e que nous gile nous découvre. Car j'y trouve la paix la devons avoir, d'où il s'ensuit (jne Dieu de l'esprit s<did nient établie dans la soumis- n'aurait pas pourvu la plupart des hommes sion à la foi : //(■(/// qui non riderunt et cre- d'un moyen suffisant pour le bien connaître, diderunt (Joan XX); et j'ytrnuvela paix du elquela plupart îles hommes denuureraieiii cœur parfailemeni conservée dans l'assuiellis- sans religion si Dieu, nu défaut de la raison, sementà la loide Dieu :Z)om/?ii(.sHiP«s f< //'(u.î ou plutôt pour foi tifier et pour éclairer sa ?/(«(/« (/6((/.). Comprciiiz, s'il vous plail, les raison, n'avait établi la foi; mais surtout deux propositions que j'avance. Le Sameiir parce qu'en nialièrs de religion il est imposciu monde dit à saint Thomas que bienheu- sible, quelque inlelligents que nous puissions reux. sont ceux qui croient sans avoir vu ; êlre, que nous Irom ions jamais le repos de etsainlTliomasrépond auSauveurdu monde, notre esprit hors d'une humble soumission à «lu'il est son Seigneur et son Dieu. Croire la foi.
ce que l'on ne vuit pas, c'est soun.eltre la Piincipe (jui me paraît inconleslable; car,
raison à la foi ; cl reconnaître l'empire el le donnez-moi un homme déterminé à ne croire
domaine du Fils de Dieu, c'est vouloir obéir (|uc ce qu'il lui idaîl, cl à ne déférer jamais
a sa loi. Or, dans ces deux devoirs sont cou- à la foi, sur quoi s'appuiera-l-il , pour se
tenus les deux grands principes de la paix, ineltre dans celle siîujtiLin qui rend un es-
S^'7 0!iAi..L;..S SACIlLS. COCliDALOLE. 5<S
piit «aliiio cl tranijuilli? On il i ivra tl.iiis «lue le tii'L'ion .-îrr.'icîi. it ih; La-ur lîcs lioh.i.n s
i'iiitiiiïérciico p.ir r.ipjioil à la leii^ii.ii, ii K-ligion du vr.ii Uicn , il ks ensa^fail
'•<t!iitiie les lilieitiiis et la iaiiiios;oii il se liaiis des supcrslilions houleuses, jiiMHi'à
fera uiiereligioi pailidiiièie selon ses vins, leur l'aire adorer les |i!as vils animaux ; e(î
eoininc les sages iiioii;laius et les i liilosiiplies. ({u'ils auraient dû, ce semble, avoir en lnn-
: Ï5 il vit dausune iniliUérence eiiiièie louehanl reur , et ce qu'ils se lais'-aieni iicaiuiii>iiis
la religion . c'est-à-iiire sans se nutlre en persuader. Je sais ce qui causain'etonnenent
peine, ni s'il y a un Dieu, ni comment il faut de saint Augustin, loisqu'il eon^idérait qi e
l'honorer, ni ce qui suit après cette vie, les Egyplicns , après a\oir été les peni-b s
ni sily enaunaulrequeeelle ci : vous savez i!e la terre les plus polis , en élaicnt louU-
quel est le nialli! ur de lel élal, el il ne faut t>is venus à la plus basse de tontes les ii'o-
<|u"un rayon de luni ère pour le co:oprundre; làlries ayant reconnu pour leur déesse CJ
car quelle horreur 1 et qu'est-ce qu'un boni- qu'on n'oserait pres(iue nommer ; et que ie.s
lîie insensible aux cliusis uième qui sont les Romains, ([ni furent dejiuis hsmaîir.sdu
plus inséparables de son être et de sa condi- monJe, d :ns l'elat le plus fiori^sanl de bur
lion ; qu'un !i;)înme (lui ne sait ce qu'il est empire, avaieiU présenté i!c l'eiici ns à dt^
ni pourquoi il est; qui ne pense pas à ce difux sujets aux \ ices les plus in!âiies et les
qu'il sera ni à ce (lu'il (leviendra ; (j^ii, ne p'us aloaiinables. Je sais (iu'i! est aisé de
eioyaiit rien, est incipibb' de rien espérer; j'isliîier par la tradition de l'I'glise, qu'après
el qui, n'étant assuié de rien, doit nécessai- li venue même de Jésus Cbiijt , il ny a
renient craindre tout; ipii ubaudoîine au i cint < u d'bérés^e si cxîrav.igan'e, (|ui n'a't
hasard sou bonheur il s. a m.:lheur éternel ; trouvé des sciiateu.s qui l'ont n eue et qui
<;n sorte que, s'il y a un bonheur éternel, il l'o l goûtée. El, ce qui est eiiicn' | lu^ snr-
! i.létatd'y renouci r,etque s'il y aun m illienr pienani, je sais que les pius extra». aganies
éternel, il s'y expos' évidemnie ul ; ijui court i!e ces hérésies ont été souvent app:i)n\ées
tout le ristjued;' l'un, et qui se prive de toute parles génies les plus subiinus. Enfin, jo
ia tonscl ition de l'autre; qui ne onn.iîlpas sais, ce que saint Jérôme a ju licensemciit
Uieu, el (]ui ne veut pas s'applicjuer à le cher- observé, qu'aulanl de fois que l'espiilde
ruer, ou plutôt ijui vent ignorer D.eu, lors- l'iiomine a franchi les bonus <le la foi, et
qae toute s ciicses le loïc» nt à le coniiaitic? voulu faire par sa scn'c raison d • i.ouvelles
t-ir Voilà le.i ciraclères d'un libertin sans -l^'eouveites dans le champ de la r.'li^ion,
r 'iigiou. Or, je vous deiuande s'il e.^t possi- t aies .ms rechi'r( lies n'ont abouti <ju"à l'em-
b e que l'honiiu' trouve là un repos solide ; b irra-ser et <|u'à l'envelopper dans les pi;. s
< t >:, du moment qu'il est raisonnable, tout grossières erreurs.
<ela ne doit pas le troubler, l'agiler, l'ef- Si je suis bien instruit, je sais tout c la.
-rayer? ilais considérons-le dans l'autre étal Or, quelle apparence que, sachant l mt dla,
ou il se fait une religion de sa raison, c'est- j'' puisse me liera ma raison el m'en rap-
adire une religion fondée sur les seules coii- porier à elle sur les poinls do ma religion ;
iiaissanees iju'il a reçues de la nature, telle à moins que je ne me llatle d'avoir une lai-
qu'a été et ([u'est encore la religion des phi- son plus épurée, plus droite et plus inlail-
losophis et d''s sages du monde. Je ne dis lible que tout le reste des hommes; ce qui
point ici (jucl (iésortiie ce ïcrait que chacun serait un excès de présomption el un orgueil
jiit droit de se faire une religion parlicu- insoutenable. 11 faut donc, pour peu (|uo
l'ère, et ([u'il y eût autant de religions i\Uii j'aie même de raison, que là cù il s'agira de
de sentinienis ; cela n'est pas de mon sujet. la religion, je tienne ma raison pour su^-
J'fxamine seulomer.t si, dans cet étal, l'es- p( cte , ou plutôt que je la reiionce. Or, dt'S
prit de riHimine pourrait trouver une vraie là , elle n'est plus capable de pacifier mou
tramiuillilé, et je firéleiids que non; pour- esprit et de le ttnir dans une sainte a>su-
quoi"? parce qu'un honme sage , jiour peu raiicc. C'< st la conclusion que lire Guil-
qu'il se conaaise lui-même, est convaincu l.iume d' Paris, el celle conclusion est évi-
de trois choses lou( li.inl sa raison : premiè- dente par elle-même, .\joutez à cela que le
renient, qu'elle est sujette à rerr( ur ; en caractère <lc notre esprit, dans la plupart des
second lieu, qu'elle est natnrelb ment eu- jugements qu'il furiiie , est un caradèro
rii use; enfin, (5ue la p.lup.irl de ses connais- d'incertitude, d'inconstance, d'in ésidutiin ;
sinces ne sont tout au plus Cjuc de simples autre (|ualilé direct! nn'iit contraire au repos
o.sinions, qui l.i laissent loujoiirs dans lin- qu'il cherche, c'est àdire (|ue , pour une
lei litude, en lui proposanlméniela vérité. Oi-, connaissance certaine (lue nous avons, et
testioisi hoscssoii:abs(dumentincoiii|alibles que notre raison nous gaianlit, il y en a
•ivee le repos de l'esprit, el vous l'alhz voir. cent qu'elle ne nous garantit pas. Hieii plus,
Si j; suis sape, je ne puis établir ma reli- celle <jiie nous supposons anjourd'hui m-
gioii sur ma r;:isoii : pourquoi? parce (jue je laine , dciiiaiii ne nous paraît pins (jue dou-
s lis (lue ma raison est sujette à mille rrteuis, teuse; el, après y avoir encorr |icnsé , i:uus
sartotit en ce qui concerne la religion. Je l.i rejetons même absoinincnt comme fuisse,
sais , ce ijuc liiistoire de tous les siècles Or, si cela est vrai à I égard des choses du
m'apprend, qu'il n'y a rien sur quoi les boni- monde , (jui sont , pour ainsi dire , de nolr.i
mes soient tombés dans des égarements des- ressort , beaucoup plus l'esl-il à l'égard des
prit si prodigieux, (]ue sur ce «jui rrg.irde le choses de Dieu, qui nous sont d'aut.mt
t'oile de l.i Divinilé. Je sais, ce que saint moins connues qu'elles sont plus relevéïs
♦ihrysoslouie remaniue, qu'au inèMic temps au-dessus de uous . cl qui par là doivent