‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 89 sur 132 · PP · texte numérisé non relu

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pour nnii?;: il vcul bien, pour satisfaire à la ju^licc ilu Dieu et pour nous iiicUri' en élat (le l'apaisiT nous- inènics , se charger de nos iiiiquiiés, cl en devenir la vieliine; se présenter à son Père tout couvert de sans;, et s'enpat;er à en répandre jusqu'à la dernière iioullc : voilà ce (]u'il veut, voilà ce iju'il fait, et comment, sans nous, e! par une pure miséricorde, il est sauveur. Mais que dans la suite il vous disp"iise de tout ce i]iie vous devez contribuer au salut qu'il vous procure; mais qu'il en fasse tous les frais, cl que vous n'y mettiez rien de votre part; mais qu'il vous transporte , et qu'il vous roinniuiii.)UC tellement tous ses mérites, r]ue vous sojrz pleinement déchargés du soin de vous li'S appli(|uer; mais (jue , tout innoeenl qu'il est, et l'innocence même , (|ue tout saint qu'il est, et la sainteté même, il porte toute la peine du péché, et que les pécheurs vivenl dans les aises et les commodités de la vie, ce n'e»t point là ce qu'il a prétendu, et, si j'ose ainsi m'exprimer, le nom de Jésus entendu de la sorte n'est qu'un fantôme. 11 est vrai , disait le grand Apôtre, touché de celle pensée, il esl vrai <|ue m<m Dieu a souffert pour moi ; mais, en aequilt.inl mes detles , ce que je ne pouvais sans lui, il ne m'a pas dégagé de l'obligation indispensable où je suis de les acquitter moi-même avec lui ; et c'est pour cela que j'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances de Jésus-Chri>l : Adimpleo ea quœ desiint pussionum Chri<:ii [Coloss., 1). Ainsi parlait saint Paul, cl ainsj devons-nous parler nous-mêmes. Mais qu'y a 1-il donc à faire? c'est, mes frères, de coopérer avec Jésus-Chrisl à l'ouvrage de notre salul : et comuu'nt?iie sortons point de noire mystère pour l'apprendre , car. si Jésus- Chrisl a commencé dans ce mystère à nous sauver, par l'obéissanie qu'il a rendue à la loi de l'ancienne ( iiconcision , il nous y donne encore un moyen sur pour nous aider nous-mêmes à nous sauver, par la loi ([u'il a établie de la circoncision nouvelle : c'est la seconde partie.

SECONDE PARTIE

Une circoncision qui n'est plus seulement extérieure, mais (jui pénètre, pourainsi dire, jusque dans les parties les plus intimes de l'àmc : Son quœ in tnanifesto est ( ircumcisio {BxPiu, II); une circoncision qui n'csl plus de la maùi des honmics, mais qui est l'ouvrage de Di.-u, et qui sanctilie l'homme devant Dieu : CireumcUio non manu fucla {Coloss. Il); une circoncision qui ne consiste plus dans le dépouillement de la chair, mais dans le renoncement aux vices el aux concupiscences de la chair: In ejrpolinlione corporis carnis [Ibid. ) ; une circoneison dont l'esprit el le cœur sont les deux principes, aussi bien que les deux sujets : les deux principes, parce qu'elle s'exécute par eux, cl les deux sujeis, parce qu'elle s'accomplit en eux, c'est-à-dire uae circoncision de cœur, qui se fait, non selon la lettre, mais dans la ferveur de l'esprit : Circumchio cordis in i'piiilu,nonlitter(i{Rom.,]\y,\o\\ii,iaescliL'Ti

auditeurs, les saintes, mais énergiques el vives expressions dont s'est servi le grand apôtre jiour délinir ce que j'appelle la nouvelle circoncision, ou la circoncision évangélique : voilà l'idée qu'il en a conçue; et [lar là, dit saint Chrysostome, il nous'a m.irqiié l'essentielle dilTéience et la perfcition infinie du culte chrétien , comparé à celui des Juifs eldes païens. Car les païens, remarque ce Pèi-e , praliiiuaient un culte tout à la fois charnel el faux ; les Juifs, dans leurs cérémonies , en observaient un pareillement grossier et charnel, mais vérililde: les chréliens seuls ont l'avantage dans leur religion d'avoir tout ensemble, cl un culto véritable, el un culte S]iiriluel. C'est donc de celte véritable circoncision qu'il s'agit maintenant de vous parler; encore un moment d'atlenlion , s'il vous plail. Ouo fait aujourd'hui le Fils de Dieu pour nous apprendre eomiiHMil nous devonscoopérerà l'œuMC de notre salul? il nous en propose un moyen aussi divin (lu'il est indispensable et nécessaire . snoir, cette mystérieuse, mais réeilc circoiuision de l'esprit et du cœur. Circoncision dont il nous fait une loi, dont il nous explii|ue le précepte , dont il nous facilite lusage : trois cil oses qui sont pour nous au tant de grâces que nous n'estimerons jamais assez, et pour lesquelles nous lui devons une éternelle reconnaissance.

Il nous propose la circoncision du cœur, cl il nous en fait une loi; car il n'abolit l'ancienne circoncision , ou , pour parler plus exactement, l'amienne circoncision ne finit en lui que parce qu'il établit la nouvcl'c ; cl, comme dit saint Augustin, il ne prend l'ombre et la figure, que parce i|u'il apporte la lumière et la vérité : Sitscipil umljr<im, dalurus lucem: sufcipit fii/umm, dulnnisvcrilalein {Aug.). Or. la lumière et la vérité, c'était que nous fussions tous circoncis de cœur, comme les Juifs ret.iieut selon l.i cii lir. Circoncision du cœur, c'est-à-dire retranchement des désirs vagues et inutiles, des désirs in- (]uiets et bizarres, des dé.'irs déréglés el immodérés , di'S désirs charnels et mondains, des désirs criminels et illicites, qui naissent dans le cœur cl (|ni le corrompent. Ainsi l'a entendu saint Paul ; et parce que ces pernicieux désirs sont exeilés en nous par d3 vains objets qui nous charment, par do faux intérêts qui nous aveuglent , par des occasions dangereuses qui nous entraînent et qui nous pervei tissent, cette circoncision de cœur doit être une séparation entière de ces objets , un renoncement parfait à ces intérêts , un éloigneinent salutaire de ces occasions. (2ar voilà , mes frères , reprend sainl .Augustin, ce qui nous élaii figuré par la circoncision judaïque ; voilà à (juoi Dieu préparait le monde, quand il obligeait Abrahan» et tous ses descendanis à se circoneii'o. Comme les sacrements de ce temps - la, ajoute le même Père, étaient non-seulement des figures, mais des promesses, voilà ce (;ue Dieu promenait au monde quand il disait à ce saint patriarche,: C'est par là que lu trouveras grâce devant moi : Ut sil in siyntmi j\£-

Or.ATF.lJRS SVCRF.S. IJGURDAI.OL'E.

écris tnler me cl vn^ (Ge.n., XXII). Aiijonr- (Ihiii l.i promesse cesse: pmiitiuoi ? |Niree <iu'cn vertu île la eirconcisiDii de Jcmis- Clirist,ce qui élail alors promis, csl présentemeiil exéeule ; je veux dire, parce qu'eu coiiséqueuce du mystère que nous céléhrous nous sommes , ou du moins il ne lient qu'à nous que nous ne soyons circoncis en Jcsus- Clirisl de celle circoncision parfaile qui nous dépouille de nous-mêmes et qui nous rend dignes de Dieu : In quo et circnmcisi siiiiius. Car c'est nous, dit l'Apôtre, qui, comme chrétiens , sommes les vrais circoncis : Nos eniin suinus circumcisio ( Philip., f«/;.lll); cl c'est nous qui, par la profession que nous faisons de renoncer au monde, de nous délacher du monde, de mourir et d'être criicidés au monde, avons droit de nou< glorifier, en qualité de vrais circoncis, d'èlrc les légitimes enfants d'Abraham. Il est vrai; mais aussi devons-nous reconnaître que, si nous n'avons nulle part à celte bienheureuse circoncision qui réforme l'inlérieurde l'homme , dès là , quoique extérieurement marqués du sceau de Jésus-Christ, qui est le caractère du baptême, nous n'avons (jue le nom de chrétiens, nous sommes encore juifs d'esprit et de cœur, ou plutôt nous ne sommes ni juifs ni cliretiens, puisque nous n'avons ni la sainteté de la loi ni la perfcciion do l'Evangile. Elal déplorable de tant de mondains qui vivent presque, au milieu du christianisme, sans religion, parce ((u'ils y vivent, pour me servir du lerm(^ de saint Paul , dans une incirconcision générale de leurs passions ; cl Dieu veuille, mes chers auditeurs , que vous ne soyez point de ce nombre I c'e-t là , dis -je , ce que nous prêche le Fils do Dieu dans celte auguste solennité.

Il nous propose la circoncision spirituelle ou la circoncision du cœur, comme un moyen indispensablement requis pour le salut ;car, qu'y a-t-il de plus nécessaire au salut que d'arracher, que d'étoulTer, que de mortifier, que de détruire ce qui est eu nous une source et un principe de damnation ? Or, la source de damnation est dans notre cœur ; et quicoii- (lue la cherche ailleurs ne la connaît pas et 150 se coiin.iit pas soi - même. Car c'est du cœur, disait à ses disciples notre divin Maître, en leur expliquant la parabole (bmt ils lui demandaient réclaircissement. c'est du cœur que paitenl le; mauvaises pensées, les actions lâches, les desseins injustes et violents ; du cœur que sortent les trahisons, les meurtres, les larcins, les faux témoignages, les médisances, les imnudicilés, les ailultères : c'est dans le cœur que tout cela se forme et s'engeniire, et c'ist toul cela qui perd l'homme et qui le damne : De corde exeunt cotjitniiones, adultérin, farta [Malth., cap. XV). Il faut donc que ce cœur soit circoncis , si nous en voulons faire un cœur chrétien , un cœur épuré de l'iniquité du siècle, et capable de participer à la grâce de la rédemption : il faut (jue toul ce qu'il y a dans ce cu'ur de corrompu, de malin, de vicieux, de tunl:ii;ieux, soit rt liai'.clii.' par une

morlificalion solide, et que nnu^ soyons bien persuadés que sans cela c'est un cieur réprouvé do Dieu. C'est aussi, mes cbeis auili- Icurs, ce que Jésus-Christ m'oblige à vous annoncer de sa part. An lieu (jue saint Paul, instruisant les gentils qui se converlissaienl au christianisme, leur déclarait que, s'ils se faisaient circoncire, Jésus-ChrisI, (ini toutefois était venu pour les sauver, ne Icurservirait de rien : Jicce ego Paiilus dico vobis, qunniam si circumcidamini , Clirislus vobis nihil proderit (Gulat., V); parce qu'en effet, après la publication de lÉvangile, la circoncision de la chair était au moins , pour les gentils, devenue un obstacle au salul : moi, je vous dis au contraire de la circoncision du cœur, si vous ne la pratiquez généreusement, si vous ne l'accomplissez fidèlement, ce Jésus, que vous invoquez aujourdliui, toul Sauveur et tout Dieu qu'il est , ne vous sauvera pas et ne sera point Jésus pour vous : Christas vobis nihil proderit.

C'est moi qui vous le dis, chrétiens, et qui vous le dis avec toute l'autorité que me donne mon ministère. Mais m'en croirezvous pourcela, et en serez-vous plus dociles à ma parole , qui est celle de Dieu même ? \ combien de ceux qui m'écoulent n'aurais jiî pas droit de faire le même reproeiie que saint Etienne faisait aux Juifs avec toute l'.irdeur de son zèle : Dura ceriicc, et incircuincisis cordibus , ros semper Spiritui Saiielo resinlilis (Act., XII): Hommes durs et inllexibles, hommes incirconcis de c(Eur, vous résistez toujours au Saint-Esprit! Mais il n'était pas étonnant, reprend saint Augustin, qu'ils résistassent alors au Saint-Esprit; et le prodige aurait été , qu'avec des cœurs incirconcis, c'est-à-dire avec des cœurs inimorllGcs, avec des cœurs envenimés , avec des cœurs passionnés, ils eussent été soumis à l'esprit de Dieu qui leur parlait. Aussi ne suis-je pas surpris, mes frères, que parmi vous il y ait encore lant de chrétiens rebelles aux vérités que je leur prêche ; tant de chrétiens qui ne m'entendent que pour me contredire secrèlemenl, ou tout au plus pour satisfaire une vaine curiosité qui les attire, mais obslinés et déterminés à ne se pas rendre : pourquoi? ce sont des cœurs incirconcis, des cœurs emportés, dominés, tyrannies par leurs passions ; des cœurs qui n'onl jamais fait nulle épreuve, et qui n'ont aucun exercice de cette mortification chrétienne , laquelle apprend à s'assujettir, à se contraindre, à se modérer; des cœurs en qui l'amour du monde règne souverainement et agit avec toute la vivacité qui lui est propre. Or, à de tels cœurs rien de plus inutile, ô mon Dieu ! que voire parole, quoique sainte, quoique divine. A des cœurs ;iinsi disposés, rien de plus difficile que le salul ; ( t c'est ce que Dieu voulut expressémeiit nous figurer dans la conduite qu'observa Josué à l'égard des Israélites, quand il fut sur lo point de les introduire dans la terre promise. Que fit-il? il les obligea tous, sans cxceplion, à se faire circoncire ; et , de tant de milliers d'hommes nm l'av aijnl suivi d^ns le désert.

a-7 MYSTERES. SEUMON II. Si;i;

aucun no fui .■liiniiii (!;ms ci'llo lorrc bicnlioiiieuso ijn'il niùl nii|i.iravant sutil la rigueur de celte loi. (^,('la se r.iisail- il sans tlessciu? non, sans doule, répond saint Jérôme, mais l'inlciition de Dieu élait de nous f.iire coiiipienilrc nue nul de nous ne de\ait cnlrerdans la i;ioirc, s'il n'avait la niarciue d • la ciiconcisiou évan;;eli<iue ; c'esl-à-diro s'il ne portait en son cor|)S, cl suiloul dans .sou cœur la niorlificalion de Jesus-t;iirisl ; cl que ce vrai Josué , ce Sauveur, ce conducleur par excellence du peuple de Dieu, n'ou- ^ rirait jamais les portes du ciel qu'.'i ceux qui auraient lecouratre de vouloir élre circoncis en lui et avec lui ; qu'à ceux qui seraient résolus à se faire les violences nécessaires, et ;'i faire à Dieu les sacriliccs convenables pour mériter d'être reçus dans cette Icrre des \ivanls.

Car il faut pour cela, ajoute sainl Jérôme, et cette inslrucl on est encore plus cssenlielle à mon sujet, et plus propre à vous édifier que tout ce queje viens de dire, il faut pour être sauvé une ciiconcision entière, une circoncision universelle, une circoncision (|iii s'étende à tout et qui n'cxccple rien, l'i la raison, dit ce l'ére, en est bien évidente, parce qu'il n'y a point de vice en nous qui ne puisse nous faire perdre le salut, si nous le laissons croître et se fortifier; point d'affeclion déréjjlée , de quelque nature qu'elle soit, si elle prend l'empire sur nous , qui ne puisse être la cause de noire ruine ; | oint de passion, si nous ne la soumettons ,i Dieu, qui ne suffise pour nous damner. Kn effet, ce n'est communénienl (lu'une passion qui fait tout le désordre de noire âme , et qui nous expose à la réproh.Tlion élernelle : toutes les aulres, si vous voulez.sont dans l'ordre; celle-là seule, p.irce que nous la négligeons, et que nous ne travaillons pas à la ré|)rinier, nous précipite dans l'abîme. Il faut donc que l.i circoncision du cœur aille jusqu'à elle , ou plulôt il faut qu'elle comnieiue par elle et (lu'elle s'y allache. El cette niorlificalion universelle des passions, cette niorlificalion sans réserve et sans restriction, c'est ce que j'appelle une circoncision en Jé^us- Christ : In ijuu et circumcisi su- »««.<. Voilà le précepte nouveau (]u'il établit, et dont il pouvait bien nous dire dès lors ce (lu'il dit ensuite à ses apôtres du précepte de Il cliarilé: Mnnilutum norwn do rubis [Joan., frt/). XIII ). Voilà ce qu'il avait autant de droit d'appeler son cfiinm.indemenl : llocfsl ])iœcep!itin mcitm [hlein, W). Voilà l'admirable et sainte loi dùiit il devait élre le législateur, celle loi de la circoncision des co'iirs. Mais il ne se corileiile pas de l'éîablir, il veut encore nous l'expliquer par son exemple, et c'est ce qu'il fait d'une manière toulc divine dans ce mystère.

En eflel, vous me demandez à quoi se réduit celle circoncision nouvelle et si nécessaire au salul ? pour le bien apprendre, considérons plus en détail ce qui se passe dans la circoncision du Sauveur. Son exemple nous fait voir ce que nous devons surtout retrancher dans nous-mêmes , ou plulôl ce

LA l.nn.viNCISIO.N 1>E .1. C.

SPS

que la grâce y doit reirancner aux dépr i s de la nature cl des inclin.itinns corro;ii| ue.s de n lire C(eur. Car, d.ins la circoncision de Jésus-Christ nous tiouvons les qualie fiassions les plus doiiiinanles et les plus difficiles à vaincre, parfailemrnt sacrifiéi s et soumises à Dieu : celle de la liberté, celle de l'intéiél, celle de l'honneur et celle du plaisir : celle de la libcrlé, dans l'obéissanciî que rend ce Dieu-Homme à une loi qui ne l'obligeait pas ; prenez garde, s'il vous plaît, à cette circonslance ; celle de l'intérêt, dans le dépouillement et le dénûrnent où il veut paraître ; celle de Ihonncur, dans ce caractère ignominieiix du péché, dont il consent à subir toute la honte ; enfin, celle du plaisir, dans cette opération sanglante et douloureuse qu'il soulïre. Tels sont, mes chers auditeurs, les devoirs les plus essentiels d'une circoncision chrétienne :com|>renez-lcs.l'onr vous, mondain, elle consiste, cette circoncision en esprit, à retrancher de votre cœur cet amour de l'indépendance , et ce désordre dune volonté libertine qui ne veut s'assujettir à rien, (|ui ne suit que ses idées et son caprice, à (\u\ la régularilé la plus douce devient iiisu|)|i(irtalde, dés là qu'elle est régularité; surtout à retrancher de votre conduite celte f.icililé malheureuse de s'accorder des dispenses selon son gré , d'interpréter la loi en sa faveur, de croire qu'elle est pour les aulres et qu'elle n'est pas pour nous; do s'en adoucir le joug par mille artifices que l'esprit du monde sait bien suggérer; de lui prescrire des bornes , et de n'en vouloir observer que l'essenliel cl le nécessaire, d'en abandonner toute la |ierfeclion pour's'atlacber précisément à l'obligation ; maxime la moins soutenable et la plus pernicieuse au salut. Car, sans vous faire ici remarquer combien il est indigne de traiter de la sorte avec Dieu; sans vous faire craindre le retour funeste à quoi vous vous exposez, engageant Dieu par là à vous traiter vous-mêmes dans toute la rigueur, et à ne vous accorder que ces grâces communes que sa providence générah^ ne refuse pas à ses plus grands ennemis; sans parler de la consêiiuence terrible qui s'ensuivrait de cette soustraction des grâces spéciales et des secours extraordinaires ()uc Dieu est bien moins oblige de nous donner, que nous ne le sommes de faire pour son service, ce que nous appelons œuvres de surérogalion ; sans rien dire de tout cela je prétends, chrétiens, que, vous permettant ainsi tout ce que la loi vous perru't, vous n'éviterez jamais de vous permellre mille choses (jue la loi ne vous permet pas. Pourquoi ? parce que je suis certain (pu; dans le discernement des choses permis s et non permises, vous vous natterez, vous vous aveuglerez , vous vous trompen z vous-mêmes ; cl, parce qu'il m'est encore évident que , quand vous ne vous Ironiperirz pas, votre passion vous emportera , et que vous ne serez jamais assez fermes ni assez maîtres de vous-mêmes pour vous en tenir exactement à ce qui vous est accordé par la loi, et pour ne pas aller plus loin. Mais c'est u.i

ORATEURS SACHES. COURDALOLE.

comniciTo mnoront , c'est un cnirclicn honnête, c'est un (livoiii-^sement qui n".i rien île criminel ; il n'imiiorie, rclraiuliez-le , mon cher auditeur. Qu.ind un habile méilecin veut guérir une pi. lie envenimée, il f.iil couper la chair vive, alin que la contagion ne se connnuni(iue pas. Or, vous ne devez pas avoir moins de soin du salut de voire âme, qu'on en a du salut et de la santé du corps.

Pour vous, avare, elle consisic, celle sainte circoniision, à retrancher cet esprit d'intérêt qui vous possède ; celle insatiable cupidité qui vous brûle et qui vous dévore ; ce désir passionné d'avoir; celte impatience d'acquérir, qui vous fait commettre les plus grossières injustices; celle crainte de manquer, qui vous endurcit aux misères des pauvres; ce soin de garder, qui vous rend odieux à ceux niémes que les sentiments de la nature devraient vous alladierd'uu nœud plus étroit; ces chagrins de perdre, <|ui vous désespèrent et qui vous révoltent contre le ciel; cette folie d'amasser, d'accumuler toujours biens sur biens, qui sortiront de vos mains et qui passeront à des impies ou à des ingrats. Pour vous, ambitieux, voire circoncision doit être, selon llîvangile , de retrancher cette passion démesurée de vous pousser et de vous élever, à laquelle vous .sacrifiez tout; ces vues de fortune qui vous occupent uniquement , et que vous vous llattez en vain de pouvoir accorder avec les règles d'une droite conscience; ces empressements de parvenir à ce qu'un orgueil présomptueux s'est proposé pour objet; cette disposition secrète à employer, pour réussir, toutes sortes de moyens, fussent-ils les plus honteux et les plus bas; ces envies du bonheur d'autrui et de ses prospérités, dont vous vous faites un supplice; ces jalousies qui vont jusqu'à vous inspirer les haines et les aversions les plus mortelles, comme si le mériti- du prochain était un crime dans lui, et qu'il ne pût, sans vous olïenser, jouir des avantages dont le ciel, préferablement à vous, l'a gratifié. Enfin, ce que vous devez retrancher, c'est, homme sensuel et voluptueux, cet attachement opiniâtre qui vous lient depuis si longtemps dans le jdus dur et le plus vil esclavage; ce jeu qui jusqu'à présent a été la source de tous les désordres de votre vie; ces conversations liccncieusi s qui d'un jour à un autre vous font perdre insensiblement la pudeur et lliorreur du vice; ces lectures dont le poison subtil a commencé et fonuMiie encore maintenant votre libertinage; ces parties de plaisir qui sont pour vous de si dangereuses tentations, et qui allument le feu dans votre âme. (l'est, femme du monde, cet amour de vous-même, dont vous èles toute remplie et coinmi! enivrée; cette idolâtrie de v<.tre personne, (jui attaque directement le premier devoir de la religion; ces soins outrés de votre santé, qui vous font si aisément transgresser les plus inviolables et les plus saintes lois de l'Egli-e; CCS dépenses excessives en babils, en ajustements, en parures, et ce luxe dont rougirait une iiaïennejccs nudités immodestes,

îoon

et ces désirs de plaire qui vous rendent eomplice et responsable de tant de crimes ; celte vie douce, commode, molle, qu'il est ilifficilc et comme impossibled'allier avec l'innocence du cœur 1 1 la pureté des mœurs. Voilà, chrétiens, pourquoi il faut vous armer de ce glaive i|iie le Sauveur du monde a lui-ménic a|ipoité sur la terre, ou, pour parler plus simplement, voilà à quoi doit s'étendre celte ciiconcision dont Jésus-Christ a voulu luimême être le modèle : sans cela point de salut.

Mais il s'ensuit donc que, pour se sauver, il faut mourir à soi-même, lui doutez-vous, mon cher auditeur? le Fils de Dieu ne nous l'a-t-il pas expressément deilaré, quand il nous a dit que, pour être son disciple et pour être digne de lui, il fallait renoncer à tout, et porter sa croix? Saint Paul ne nous ditil pas que, sans la mortification chrétienne, on ne peut avoir part à 1 héritage de Dieu , ni régner avec Jésus-Chrisl ? Kl n'est-ce pas ce que nous fait admirablement entendre saint Augustin au livre treizième de la Cité de Dieu ? Les paroles de ce Père sontremar- (juables. Il parle de l'obligation qu'avaient les martyrs de mourir pour la défense de leur foi; mais ce qu'il dit convient parl'aitemenl à mon sujet, cl peut très-natuiellemenl s'appliquer à la mort des passions. Oui, mes frères (c'est ainsi que s'explique ce saint docteur), il faut mourir au monde pour vivre à Dieu. On disait autrefois au premier homme : Tu mourras si lu pèches; mais maintenant on dit aux fidè'es : M(mrez pour ne pas pécher: Oliin dicUtin est hootini: Moricris si peccaveris; nunc ilicilur christia' va : Morere ne pecces {Aug., lib. XIII de Civil. Dei). Ce qu'il fallait craindre alors pour ne pas pécher, maintenant il faut le désirer et le faire pour se préserver du péché : Quod limendum tune fitcral ut non pcccarclivr, nunc suscipiendum est ut non pcccctur [Ihid.]. La foi nous enseigne que si nos premiers parcns n'euNsent pas péché, ils ne seraienllpas morts; et la même foi nous apprend que les plus justes même pécheront s'ils ne meurent : jVî'si pcccasscnt illi , non iHurcrcntur; jnsii autem peccabunt, nisi morianlur [Jbid.). Ceux-là sont donc morts, parce qu'ils ont Voulu pécher; et ceux-ci ne pèchent point , parce qu'ils veulent bien mourir : Mortui siint illi, quia peccaverunt ; non peccant isti , quia muriuntur (lliid). Ainsi, conclut saint Augustin, Dieu a donné tant de béuédiclicns à notre foi, que la mort même, qui détruit la vie, est devenue un moyen pour entrer dans la vie : Sic Dcus tnnlam jidci iiostrcr prcrstilit graliam,ul mors, quain vilic constat esse contrarinm , iiisiru— mentum ficrct per quod transit ctur ad litatn [Ibid.].

Celte morale, direz-vous, n'est propre que pour les solitaires et les religieux. Erreur, mes frères : en quelque état et de quelque condition que vous soyez, elle vous regarde, cl j'ose iliie qu'elle vous est encore plus nécessaire dans le monde que [)arloiil ailleurs. C'est ce que \ous avez tant de inine à vous

moi

pTsuador, et ce '(ui lUMii.noins r>t ini'oiileslablotnciil vrai. Il taul (juc riiomim' du nidiide cl le rclitïiciix soienl circoncis de cœur; mais, à emparer les besoins de l'un el de Taiitre, celle riicoiicision du cœur est encore, dans un sens, d'une obligation plus indispensable pour l'homme du monde que pour le religieux. P.iurquoi '? parce que l'homme du monde a be.incoup plus de choses à retrancher que le religieux, à (jui les \œux de sa profession ont déjà loul ôle; parce que l'homme du monde a des passions beaucoup plus vi^es que le religieux, puisqu'il a beaucoup plus d'objels capables de les exciter : parce que l'homme du monde est beaucoup plus exposé que le religieux, et qu'il doit l)ar conséquent veiller beaucoup plus sur lui-même, et faire de plus grands efforts pour se défendre et pour se soutenir. Après le premier pas qu'a fait le religieux, après ce premier sacrifice qui l'a dépouillé de tout, il ne lui reste plus rii.n, ce semble, à offrir; mais vous, dans le monJe, qu'avez-vous jusqu'à présent donné à Dieu, ou que n'avezvous point encore à lui sacrifier'?

Je n'ignore pas après tout que cette circoncision qu'on vous demande a ses peines; elle est difficile, j'en conviens; mais, comme Jésus-Christ nous en fait une loi, comme il nous en explique le précepte, il nous en facilite l'usage; cl cela par oiî '? par la vertu même du sang qu'il conmience à répandre. Car ce sang divin poi te avec soi une double grâce, l'une intérieure, el l'autre extérieure : grâce intérieure ccU celle du Sau\eur ; celte grâce que le Medi.iti'ur des hommes a luimême apportée; celle grâce qui nous éclaire l'esprit et nous fi:il conn.tîlre nos devoirs , qui nous touche le cœur et nnus les fait aimer; celle grâce victorieuse el toute-puissante qui réprimait dans saint Paul l'aiguillon de la chair, dont il était si violemment tourmenté, qui soutenait les martyrs contre toute l'horreur des tourments, et i)ui seule dans notre grande infirmité peut être pour nous l'appui le plus ferme et le plus inébranlable. Grâce extérieure, c'est celle de ce même exemple par où Jésus-Christ nous explique sa loi , el par où il nous encourage à l'accomplir : car, à la vue de ce sang qu'il verse, de quel prétexte pouvons-nous colorer notre lâcheté'? Que nous demande- l-il qui égale ce qu'il a lait, et comment, dit s,Tinl Bernard, le reméile qu'il nous présente peut-il nous par.iîlre amer, après qu'il l'a pris lui-même avant nous et pour nous ?

Il est donc temps, chrétiens, de nous réveiller du profond ^omm(';l où notre foi demeure ensevelie : c'est ra\is que nous donne rA!)ôtre : Hora est juin nos de soinno surgere (Rom. XIll). Il est teinjjs, poursuit le maître des gentils, que, renonçant à l'impiété et aux pa«sions mondaines, nous vi\ioiis dans le siècle présent avec tempérance el avec justice, eu vue de celle béatitude que nous attendons, et de ce glorieux avènement de notre Dieu, où il couronnera ses élus, mar- ([ués du caractère de l'Agneau. Nous entrons aujourd'hui dans une nouvelle année : coui-

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MYSTERES. SERMON 111. SIR l.'l.riPlI ANIK. | )02

bien Dieu en voit-il dans cet auditoire qui 1,1 commi'ncenl, et qui ne la finiront pas 1 Si

ttl qui m'écoute, était convaincu (|u'il est de ce nombre, et si de la part de Dieu je lui disais avec certitude: Pensez à vous, car votre heure approche, et c'est dans le cours de celte année qu'on vous redemandera votre âme; c'est clans le cours de cette année que vous devez comparaître devant le tribunal de Dieu, et y rendre compte de vos actions; si, dis je, tel à qui je parle en était assuré, et ([U il n'en doutât point , je n'aurais alors nulb' peine à lui persuader cette circoncision du cœur dont je viens de vous entretenir. Quelle impression ne ferait pas sur son esprit cet arrêt de mort que je lui aurais prononcé? Pénèiré de cette pensée : \'oici la dernière année de ma vie, quelles résolutions ne foiinerail-il pas? quelles mesures ne prendrait-il pas? avec quels sentiments de repentir et de douleur ne sortirait-il pas de celte prédication ? quelle pénilence ne seraitil pas disposé à entreprendre? quel changegement et quelle réforme ne verrait-on pas dans toute sa conduite et dans ses mœurs? pensi rait-il à sa fortune, serait-il occupé de ses plaisirs ? Ah t chrétiens, sans avoir la niê;iie assurance que lui, la seule incertitude où nous sommes ne suflit-ellc pas pour produire en nous les mê.nes effets ? Ayons toujours, coumie le prophète royal, notre âme dans nos mains: Aninin mca in mauibus meis svwpcr {Psdt. CIX). C'es'.-àdîre soyons toujours prêts à pariir, toujours prêts à nous prcsenlerdevant Dieu : pourquoi? parce que nous ne sa^ons (piand il nous appellera, el (juc ce sera prut-être dès cette année. Quoi (lu'il en soit, sanctifions-la, et faisons-en une année de salut : elle passera; mais ce qui ne passera jamais, c'est la réeompensn éternelle qui vous est promise, et que je lous souhaite, etc.

SERMON m.

Sur l'Epiphanie.

Cum nauis esset Jésus in Pcllileeni JiicJnp, in rliplms Ilciodis rpgis, ei-ce Magi an Oiieuie venermil Ilieio<(ilviiiani, (liceiiles : Lbi est qui luilus esl rex Jui1*(]1iitii? Vilîiiiius ciiim slellaii) ejas in Oriente, el venliims .mluraio euin. Amliens aiileni Hertxles rex, tnrbalus est, elnninis llicrusulvina cum illo.

JéaiK élant né dans Bethli'cm lit' Juda, aulemjis que réijimu Iléiude. des Miiqes viiiii'iit d'Uiienl a Jihiisuleni, et iUMeimiidiiieiil : Ou csl le roi des Juifs, qui esl nouvellemcnl né'.' car ju'HS (ivons vu xon étoile en Orient, et nous sommes veniix l'adorer. Le roi lier ode. ayant njq): is ceii, en fit tiouhlé, el toute ta ville de Jérusalem avec lui. {S.Mattli.,cli. II.)

Voilà, chrétienne compagnie, l'accomplissemeat de la parole de Siméon, lorscjue, tenant entre ses bras l'enfant Jésus, il disait à .'\Iarie, sa mère : Cet enfant que vous voyez sera la ruine cl la résurrection de plusieurs : Ecce posilus est Itic in i-uinam el in resiirreelioneni mullorum [Luc., II). Des Mages partis de l'Orient pour venir adorer ce divin Sauveur, ce sont ceux pour la résurrection desquels il commence à paraître au monde : et l'impie Hérode, troublé de sa venue et du seul biuit de sa naissance, nous [l'rentc-deux-]

ORATEURS SACRES il (loil

BOURltALOL'E.

marque ceux au conraiic pour qui dire une orcasion de ruine. Voil l'effet de ce que le nièiiie Fils de Dieu, après le célèbre miraele de la guérison de l'av.ugle-ne, dit à ses disciples: Jnjwlicinm vent in hanc miuiilum, ut iini non vident, videant : et qui rident, cwci fiant {Joan., IX) : Je suis venu dans le monde pour y exercer un jugement en conséquence duquel les aveugles voiciil, cl ceux qui voient deviennent aveugles. C'est en ce jour que ce jugement s'accomplit à la lettre. Les Mages, au milieu des Icnèbrcs de la gentililc, sont éclairés des plus vives lumières de la grâce, tlérode et les Juifs avec lui, dans le centre de la vraie religion, sont frap'ics d'un aveuglement terrible. La crèche de Jesus-Christ est le tribunal où, en qualité de souverain juge, il prononce ces deux arrêts, et où par avance il peut dire : Injudicium veni in hune tmindum, ut qui non vident, videant; et qui videtit, cœci fianl. Fignrcz-vous donc, chrétiens, ce Sauveur n.iissanl, sous l'idée que Jean-Baptiste son précurseur en C'Huevail, ayant dès aujourd'hui le van à la main : Cujus rentilubrum in 7nanu fud (Maltli.,\\l]; cest-à-dire faisant, dès anjourd'liui le discernement des hommes : prédestinant les uns, réprouvant les autres; appelant et éclairant ceux-ci, abandonnant cl aveuglant ceux-là; attirant des étrangers cl des infidèles, rejetant les enfants et les héritiers du royaume. Mystère élonnant où nous devons avec respect adorer les conseils de Dieu. Mystère impénétrable qu'il ne nous est pas permis de sonder, et où je dois néanmoins trouver de quoi vous instruire. Or, pour cela, mes chers auditeurs, je m'arrête aux deux premières vues qui se présentent d'abord, et qui semblent partager noire évangile. Nous y voyons d'une part les Mages qui viennent chercher Jésus-Christ, et, de l'autre, Hérod(! qui conspire contre Jésus-Christ. C'est à quoi je m'attache, et d'où je veux, lirerdenx grandes instructions qui vont faire la matière de ce discours, après que, cle. Ave, Maria.

C'est des Juifs en particulier que saint Paul a voulu parler quand il a dit que nul des princ'.'S de ce monde n'avait connu la sagesse cachée dans le mystère d'un Dieu fait homme : Sapicntiam in mysterio, qiiœ <ibscondita est. qumn nrmo principum huju:< sœcnli cognovit (1 Cor., 11). lît la raison ((u'il en apporte le fait bnn voir, puisqu'il ajoute que, s'ils avaient connu celle sagesse, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire ; Si cnim cogïiovisiicnt, nuHqunm Do~ ndnum (jloriw crucipjissent [Ibid.). Par là, dis je, il est évident que les seuls Juils étaient ci'ux que l'Apôlre avait en vue, et dont il déjilorait le sort; car il ne pouvait d'ailleurs ignorer (ju'entre les gentils il y avait eu des sages du monde, dis hommes disliii<;ués selon le monde, des Mages i\n[, .sous 1.1 conduite de l'éloile, oi plutôt sous la conduite de Dieu même, ayant eherehé Jé^ stis-Chisl, et l'ayant adoré, étaient i)arvennsà la eonnaiss ,nce de cette sagesse divine. Mais saint Paul, dan ht suite Ju même [las-

sage, nous fait remarquer que les Juifs, qui n'avaient pas connu, et qui avaient eu le malheur de ne vouloir pas connaître cette sagesse de Dieu, cachée dans le mystère de l'Homme-Dieu, s'étaient piqués de connaître et de suivre une sagesse tout opposée, savoir, la sagesse du siècle. Sagesse réprouvée, et dont Dieu, disait-il, avait piis plaisir à confondre la vanité, jusqu'à la convaincre de folie : Nonne Deus stullam fccit sapicntiam hujus sœculi (l Cor., I) ? Or, il est encore certain qu'entre ces princes du monde, qui, dès le temps de saint Paul, s'étaient ainsi aveuglés dans le judaïsme, Hérodc, par toute sorte de raisons, a dû tenir le premier rang. ^■oi là donc, mes chers auditeurs, le> deux idées que je me propose, et où je trouve que doit se r.ipporter toute la morale du grand mystère que nous célébrons, l'idée de la vraie sagesse, et l'idée delà fausse sagesse : l'idée de la vraie sagesse, qui consiste à chercher Dieu, et l'idée de la fausse sagesse, qui consiste à se chercher soi-même : l'idée de la vraie sagesse, lionl nous avons le molèlc dans l'exemple des Mages; et l'idée de la fausse sagesse ()ue je découvre dans l'exemple d'Hérode : comprenez, s'il vous plaît, ces deux pensées. (Ju ètaii-ci- que les Mages, dont nous honoions la mémoire? Celaient les sages de la genlililé, ei tous les Pères con\iennent qu'ils ont èlé les prémiees de notre vocation à la foi. Il était donc naturel que Dieu nous donnât dans eux un parfait modèle de la sagesse chréli<'nne, et c'est ce qu'il a prétendu , comme je vais vous le montrer dans la première partie. Au contraire, qu'était-ce (lullérode dans le judaïsme? un sage polilique, un sage mondain, le plus infidèle de tous les hommes envers Dieu. Il était donc plus propre que tout autre à nous faire comprendre le désordre de la fausse prmlence, et c'est ce que vous verrez avec étonnement et avec frayeur dans la seconde partie. Ainsi, la solide sagesse des élus et des vrais chrétiens dans la conduite des M.iges en du reliant le Fils de Dieu, et l'aveugle sagesse des réprouvés et des impics dans la conduite d'Hérode en persécutant le Fils de Dieu : l'une qui nous r.iit connaître les saintes voies par où nous devons marcher pour arriver au terme du salut; l'autre qui nous fait voir sensiblement les voies d'iniquité dont nous devons nous préserver, et (pii ne peuvent aboutir qu'à la perdition : c'est tout mon dessein.

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