‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 91 sur 132 · SERMON IV · texte numérisé non relu

SERMON IV

Sur la passion de Jésits-Clirisl.

SeqiK'balur aulLMii illiim niuUa lurha |io|iiili, et mulieruiiu|ii;i; |ilaiigibaiil et lanieiUaLiaulur illiim. Cnnversus aulcni ad illas Jnsus, liixil : Kilia; Jérusalem, iiulile ll.Te super uie.sed super vus i|isas Uele, el super lilios veslros.

Or, il éutit sHii'i d'une qnmile multilude de peuple, et de feiiiines qui se Irappmeut la iioilrme, et tiiii le pteuruieiil. El Jésus se tijuriuml vers elUw, il leur du : Filles de Jerus(dem, ne pleurei poïnt sur moi, muis }deure:, sur vousiné iieo el sur ros eu(unls (S. Luc, cit. XXllI).

Siro, csl-il donc vrai que la passion de Jésus-("hrisl, dont nous célébrons aujourd'liui l'auguste mais le triste niyslére, quelque idée que la foi nous en donne, nVsl pas l'objet le plus louchant qui doive occuper nos esprits el exciter noire douleur? est-il vr.ii que nos larmes peuvent èlre plus saintement et plus utilement emplo3ées qu'à pleurer la mort de l'IIomme-Uieu, et qu'un autre devoir, plus pressant et plus nécessaire, suspende, pour ainsi dire, l'obligation qu'une si juste reconnaissance d'ailleurs nous impose, de compatir par des senliinenls de tendresse aux souffrances de noire divin Uedemplcur? Nous ne l'aurions jamais pensé, chrétiens ; et c'est néanmoins Jésus-Christ ((ui nous parle, et qui, pour dernière preuve de sa chante la plus généreuse el la plus désinlércssée qui fût jamais, allant au Calvaire où il doit mourir pour nous, nous avertit de ne pas pleurer sa mort, et de pleurer toute aulre chose que sa mort : \ulile jlcre super me, sed super vos flete {Luc. XXlll). S.iint .\iiibroise, faisant l'elogc funèbre de l'empereur Valcnlinien le Jeune, en présence de tout le peuple de M.lan, crut sèlre bien acquitté de son ministère, el avoir pleinement satisfait à ce que ses auditeurs attendaient de lui, quand il les exhorta à reconnaître par le tribut de leurs larmes ce qu'ils devaient à la mémoire de cet incomparable prince, lequel avait exposé sa vie et s'élait comme immolé pour eux : Solvnimts bono principi stijiendiarias lacrymas , qui pro nobis eliain vilœ stipendium solvit {.\inbr.). Mais moi, engagea vous en- Irelenir, dans ce discours , de la sanglante inorl d'un Dieu sauveur des homnies, je me vois réduit à vous tenir un langage bien dilfércnl, puisqu'.iu lieu d'emprunter les paroles >4e saint Ambroise, qui semblaient naturellenienl convenir à mon sujet, je dois vous dire, au contraire: Non, mes hères, ne donnez point à ce Dieu mourant des larmes qu'il n'exige pas devons; ces larmes que vous verseriez sont des larmes précieuses; ayez soin de les ménager : oa vous les demande pour un suj'el plus important que tout ce uue vous concevez. Non-seulement Jésus-

BOIRDALOUE.

Christ vous permet de ne pas pleurer sa mort, mais il vous le défend même expressément, si de la pleurer est pour vous un obstacle à pleurer un autre mal qui vous touelio de bien plus près, et qui est en effet plus déplorable (lue la mort du Fils même de Dieu. Je sais que toutes les créatures y devinrent ou y parurent sensibles, que le soleil s'éelipsa, que la terre trembla , que le voile du temple se déchira , que les pierres se fendirent , que les tombeaux furent ouverts, que les cendres des morts se ranimèrent, que toute la nature en fut émue: Ibommescul, encore une fois, estdispenscde ce devoir, pourvu qu'il s'acquitte d'un aulre, moins tendre en apparence, mais plus solide dans le fond. Laissons donc aux astres et aux éléments, ou , si vous voulez leur associer d 'S créatures intelligentes, laissons aux anges bienheureux le soin d'honorer les funérailles de Jésus-Christ par les marques de h ur deuil : ces anges de paix, dit Isaie, l'ont amèrement pleuré. Pour nous, sur qui Dieu a d'autres desseins, au lieu de pleurer Jésus- Christ, pleurons avec Jésus-Christ, pleurons comme Jésus-Christ , pleurons ce qui a fait pleurer Jésus-Christ : c'est ainsi que nous sanctifierons nos larmes , et que nous les rendrons salutaires. Croix adorable ! nous les répandrons devant vous, et vous leur communiquerez celle vertu céleste et ce caractère de saintelé que vous reçûtes en recevant dans vos bras le Saint des saints 1 Pleins do celte confiance, nous avons recours à V ous, el nous vous disons avec toute l'Eglise : 0 crux ! ave.

Ua mal plus grand, dans l'idée de Dieu, que la mort même d'un Dieu; un mal plus (ligne d'être pleuré que tout ce qu'a enduré le Fils unique de Dieu ; un mal auquel nos larmes sonl plus Icgilimcmcnl ducs qu'à la jiassion de l'Ilomme-Dieu , vous êtes trop ériairés, chrétiens, pour ne le pas comprendre d'abord : c'esl le péché. 11 n'y av ait dans tous les èlns possibles que le péché qui pût l'emporter sur les souffrances de Jésus- Christ, el justifier la parole de ce Dieu sauveur, lorsqu'il nnus dit, a\ec autant de vérité ijue de ch.irilé : Ne pleurez point sur moi, mais sur vous : iXolilc flere super me , scd super ros. Pour obéir, chrétiens , à ce commandement (|uc nous fait notre divin Maître, et pour profiter d'un si important avis, ne considérons aujourd'hui le mystère de sa sainte passion, (|ue pour pleurer le désordre de nos péchés, cl ne' pleurons 1« désordre de nos péchés que dans la vm; du mystère de sa sainte passion. En rlTet, si Jesus-Chrisl avait soutTert indépend immeut de noire péché, sa passion, quelque rigoureuse qu'elle liit pour lui, n'aurait plus rien de si alïreux pour nous ; el, si noire péché n'avait nulle liaison avec les souffrances de Jésus-Christ, tout péché qu'il est, il nous serait moins odieux. C'est donc par le péché que nous devons mesurer le bienfail inestim.ible de la passion du t'ils de Dieu; et c'est par le biciilait inestimable de la |iassion du Fils de Dieu (juc nous devons mciurcr la

1(H.-; MVSlKllKS. SEUMOIN IV. Slill I.A PASSION l>K J. C. 102G

•liiùvoté ilu pédic; ilu piM-Iié, dis-jo. prenez I:ii( prier, iiu'il lonilie dans une tristesse

^arile à ei s trois propositions (lUf j'avance , prolomie : Cœpil cuntristari [MhIUi. XX.VI).

et qui vont partager ec discours ; du péché, Le sentiment est si vif, qu'il ne le peut ca-

qui fut la cause essentielle de la passion de cher : il s'en déclare à ses disei|)les : Trislis

Jésus-Christ ; du péché, ((ui est un renouvel- est anima mra usquc ad mortcm [Ibiil.). La

lemcnl continuel de la passion de Jésus- frayeur le saisit, ccrpit pavcrc (Marc. XIV);

Christ; eiilindu péi hé, qui est l'anéantisse- l'ennui \':icri\\)\c, cœpil lœitere (Ibid.) ; àforca

nient de tous les fruits de la passion de de conibitlreconlie Ini-niêine, il souffre déjà

•lésus-Christ. En trois mois, passion de Jésus- par avance une es|H'cc d'agonie, fa cl us in

Christ causée par le péché ; passion de Jésus- af/ùr,ia{Luc., \XII);el, par la violence de ce

Christ renouvelée par le péché ; passion de comhal, il sue ju>(]u'à du sa ng : Fnc((w est st(-

Jésus-(^,hrist rendue inutile et même préju- dor rjus sicul {/iilla: sani/uinis [Ibid.). Que

diciable par le péché : >oilà ce qui mérite signilie tout cela, demande saint Chrysos-

toutes nos l.irmcs, cl ce qui demande toute lome, dans un Dieu (jui était la force même,

votre attention. etdontlesf.iihlesses apparentes ne pouvaient

nuiMiKRK PAnTiE. élre (]u'aut,uil de miracles de sa loute-puis-

C'est quelque chose, chrétiens, de hien s.inle charité? Que craintil, de {]uoi se trouprodigienx dans l'ordre de la nature, que ce lile-t-il'/ pouriiuoi cet accahicment dans une (jui nous y esl aujourd'hui représenté par la âme qui. jouissant d'ailleurs de la claire vifoi, savoir, un Dieu souffrant : mais j'ose sioii de Dieu, ne laissait pas d'être comblée dire (jue ce prodig»', tout surprenant (ju'il des plus pures joies de la béaliluiie? pourquoi esl, n'approche pas encore de celui que la celle guerre intestine et ce soulèvement dii même foi nous découvre dans l'ordre de la passions dans un cspril incapable d'être mu grâce, quand elle nous met devant les ycuv par daulres icssoris que ceux i!e la souve-^ un Dieu pénilenl. 'rdle esl néinmoins (ô raine raison? ah! chrétiens, voilà ce (juc profondeur el abîme de« conseils de Dieu) 1 nous avons àbien méditer, et cirque nous no telle est la qualité que le Sauveur du monde |)ouvons Irop bien comprendre pour notro a voulu picndrr, el (ju'il a aussi sainlement édilicalion. Car, de ilire que le Sauveur du que constamment soutenue dans tout le monde s'afdigea seulement parce (|u'il allait cours do son adorable passion. Tel est !c mourir; que l'ignominie seule de la croix, mystère que nous célébrons : et parce que, ou la rigueur (lu supplice qu'on lui piépaselon l'Ecriture, la vraie pénitence consiste rail, lui causèrent ces agitations, ces dégoûts, surtout en deux choses , la contrition , ([ui ces craintes mortelles, ce ne serait point avoir nous fait détester le péché, el la salisfaclioii, une assez haute idéi" des passions d'un Dieu, qui doit expier le |;éché , (luand je dis un Non, non, mes frères, reprend éloquemment Dieu pénitent, jenlends un I)ieu touché do saint Chiysoslome, cen'esl pas là de quoi cello la contrition la plus vive en vue du péché de giaiide âme lut plus troublée, f-a croix que l'homme; j'cnlenils un Dieu satisfaisant aux Jèsus-Chiisl avait choisie comme l'instrudépens de lui-même, et dans toute la rigueur ment de notre rêdemplion ne lui parut point de la justice, |)nur le pedié de riiommc : un objet si terrible. Celle croix, (jui devait deux obligations dont l'Ilomme-Dieu, Jésus- élre le fondement di' sa gloire, no lui devint Christ, s'était chargé dé^ le premier instant point un sujet de honte. Le calice (jue son de sa vie, cl dont vous allez voir s'il s'ac- l'ère lui avait donné, el qui, par celle raison quitla exactement au jour de sa passion. même, lui élail si précieux, ne fut point ce Car voilà les deux étals el comme les deux calice amer dont il témoigna tant d'horreur; S(ènes où je vais produire ce .'Sledialcur par et ce (|ui fil sortir de tous les membres de excellence entre Dieu et les hommes : le jar- son corps une sueur do sang, ce ne furent (îin oij il s'allli!,'ea cl le Calvaire où il expira. point précisément les approches du myslé- Lij.irdin où il s'affligea; c'est là (]ueje ferai pa- lioux haptêmo do sa mort. Car, (|uelijue raîire un Dieu contrit, el rcssentani toule l'a- sanglant ((ue dût élre ce baplênu-, il l'avait nierlume du péché. Le Calvaire où il expira : lui-mêmeaidemment désiré, il l'avaitrccherc'esl là que je \ous ferai conleinp!er dans sa ché avec de saints onifiressemcnls, il avait personne nn Dieu immoié pour la rêparalion dit à ses apôlres : liaptismo luibeo baptiziiri, du péché. D'où nous conclurons avec saint cl (/itomudo coarctor usi/itc dnin prrfictatur Léon, pape, (pio la passion du Fils de Dieu f f.»c. Xil)! Je dois êlrc baptisé d'un baptême; a été la pénitence universelle, la pénitence et (|u'il me larde que ce ba|itême s'accompuldique et authenlique, la pénitence par- plisse ! Il y eut donc autre chose que la préfaite el consommée de tous les péchés des sence de la mort qui le désola, qui le conshommrs, cl que ce sont aussi les péchés des terna. Et quoi ? je vous lai déjà marqué, hommes qui l'ont causée. 1mi faut-il davan- mes chers auditeurs; mais il me faudrait! lage pour nous obliger, vous et moi , à ver- Seigneur, pour le bien imprimer et dans li s ser des larmes, non pas d'une vaine el stérile (esprits et dans les cœurs de ceux qui m'écompassion , mais d'une cl'fi(-ace el sainie coulent, tout le zèle dont vous fuies consiicomponclion?jYo/(7e (1ère snpcrmc, sed super mé : quoi, dis-je ? le péché, le seul de tous t'05. Appliquez-vous, mes chers auditeurs ; et les élres opposé à Dieu, le seul mal capable commençons par les douleurs inlérieures de d'atlrister riIummc-Dieu, et de faire de co Jésus-Christ, pour apprendre ce qui doit Dieu de gloire, un Dieu souffrant el pénitent, élre pour jamais le sujet de notro douleur. Elevez-vous, chrétiens, au-dessus de toutes

A peine esl'il entré dans le jardin où il al- les pensées humaines, et concevez, encurt;

ORVTF.llIîS SACUFS. ROlînnAI.Ol'F,.

une fois, celle fçrnndc véiik-. En voici l'exposition fidèle, tirée des Pères de Iflîglise, mais surtout de saint Augustin.

Car, tandis que les princes des prêtres et Jes pharisiens leiiaicnl chez Caïphe conseil contre Jésus-Christ, el qu'ils se préparaient à l'opprimer par de fausses accusations et par lies crimes supposés, Jésus-Chrisl luimême dans le jardin, humilié et prosterné devant son Père, se considéra, toutefois sans préjudice de son innocence, connue charjjé de crimes vérilahles ; et, suivant l'oracle d Isa'ie, qui se vérifia à la lettre, Dieu mit sur lui toutes les iniquités du monde : Posuil in co iniquilatcm omnium nostrum [hni. ]A\\). Or, en conséquence du transport que Uieu fit de nos iniquités sur son Fils adorable, ce juste qui n'avait jamais connu le péché, se trouva couvert des péchés de toutes les nations, des péchés de tous les siècles, des péchés de tous les états etde toutes les conditions . Oui, tous les sacrilèges qui jamais devaient être commis , cl que son infinie prescience lui fit distinctement prévoir, tous les blasphèmes que l'on devait proférer contre le ciel, toutes les abominations qui devaient faire rougir la terre, tous les scandales qui devaient éclater dans l'univers, tous ces monslies que l'enfer devait produire, et dont les hommes devaient être encore plus les auteurs vinrent l'aHliger en fuule, et lui servir déjà dé bourreaux. Qui nous l'apprend? luimême, seul témoin et seul juge de ce qu'il souffrit dans celte cruelle alarme : Circumilrdcrunt me d'olorcs morlis, cl lorrenlrs ini- (piilalisconluibni^erunl me{Ps.WU). Car selon l'interprélation de saint Augustin, c'est personnellement de Jcsus-Christiiue devaient être entendues ces paroles du Psaume : Les doulcursde la mort m'ont environné, et des torrents dini(]uiié ont rempli mon âme de trouble. Ce lut donc en vue de ce bienheureux, et tout ensemble de ce douloureux moment, queJérémie, comme prophète, eut droit de dire à .lésus-Christ : MiKjna est vclut mare cuntiilio tua (Thrcn. XII) : Ah I Seigneur, voire douleur est comme une vaste mer, dont on ne peut sonder le fond ni mesurer rimincnsilc. Ce fut pour grossir et pour enfler celte mer que tons les péchés des hommes, ainsi que parle l'Ccrilure, entrèrent comme autant de lleuvcs dans l'âme du Fils de Dieu ; car c'est encore de sa passion et de l'excès de sa tristesse ((u'il faut expliquer ce passage : Snhum me fuc, Deiis, <iu(inunn iniraverunt aiiuœ usipie ad animnm meam(Ps. LXVIII) ; avec celle différence, i|u'au lieu que les fleuves entrant dans la mer s'y confondent et s'y perdent, en sorte qu'il n'est [lins possible de les distinguer les uns des autres, ici, tout au contraire, c'est-à-dire dans cet abîme de péchés et dans celle mer de douleurs dont l'àmeduSauveur fut inondée, il discerna sans confusion et sans mélange toutes les espèces de péchés pour les(nielles il allait souffrir ; les péchés des rois et ceux des peuples, les pèches des riches et ceux des pauvres, les péchés des pères et ceux des enfants, les péchés des prêtres et ceux des laïques. U.ins

ces torrents d'iniquité, il démêla les médisances et les calomnies, les impudicité> et les adultères, les simonies et les usures, lis trahisons et les vengeances. Il se représenta, mais avec toute la vivacité de sa pénétration divine, les emportements des superbes et des ambitieux, les dissolutions des sensuels et des voluptueux, les impiétés des athées et des libertins, Icsimpostures et les malignités des hypocrites. Faut-il s'étonner si tout crla, suivant la métaphore du Saint-Esprit, ayant formé un délugi; d'eaux dans celte âme bienheureuse, elle en demeura comme absorbée ; et si, d'ailleurs, dans le serrement de cœur et dans la tristesse que lui causa son zèle pour Dieu et sa charité pour nous, ce déluge d'eaux fut suivi d'une sueur de sang"? Factus est siidor ejus sicut gultœ sanguinis (Luc, cap. X\1I).

Voilà, chrétiens, ce que j'appelle la contrition d'un Dieu, cl ce qui fut le premier acte de sa pénitence. Est-ce ainsi que nous envisageons le péché, et la douleur que nous en ressentons opère-l-elle en nous par proportion de semblables effets? Entrons aujourd'hui dans le secret de nos consciences, et, profitant du modèle que Dieu nous pro pose, voyons si nos dispositions dans l'exercice de la pénitence chrétienne ont au moins la juste mesure qui en doit faire la v.ilidité. list-ee ainsi, di>-je, que nous consilérons le péché? en concevons-nous la même horreur? en perdons-nous le repos de râiiie? en sommes-nous agiles et désolés? Ce pé(hé, p:ir l'idée que nous nous en formons, nous est-il un supplice comme à Jésus-(]hrisl ? lo craignons-nous, comme Jésus-Christ, plus ([ue tous les maux du monde? nous réduit-il, par ses remords, dans une espèce d'agonie? Ah 1 mes frères, s'écrie saint Chrysostome, touché de Celte comparaison, voilà le grand désordre que nous avons à nous reprocher, et pour le(]uel nous devons élermliement jileurer sur nous. Un Dieu se trouble à la vue de notre péché, et nous sommes tranquilles ; un Dieu s'en afflige, et nous nous en eiinsolons ; un Dieu en est humilié, et nous marchons la lête levée; un Dieu en sue jusqu'à l'ctîusion de son sang , et nous n'en Versons pas une larme : c'est ce qui doit nous épouvanter. Nous péchons, et bien loin d'en éire tristes jusqu'à la mort, peut-être, après le péché, insultons-nous encore à la justice ri à la providence di' notre Dieu, et disonsnous intérieurement, comme l'impie : Pecrari, et quid inilii Irixle accidit [Eccles. , Vj? J'.ii péché, et que m'en est-il arrivé de làchenx? En suis-je moins à mon aise? m'en coiisidère-t-on moins dans le monde? en aije moins de crédit et d'auloriié? De là, celte fausse jiaix, si directement opposée à l'agonie du Fils de Dieu , celte paiv dont on jouil d.ins l'étal le plus ,ilïreu\, qui est l'ét.it du péché. Quoi(]uc ennemis de Dieu, nous no laissons pas de |)araîlre contents. N£.n--seulement nous .sffectons de le paraître, mais nous sommes; c.ipables de lêlre , jusqu'à pouvoir nous dissiper, et nous répandre dans les joies frivoles du siècle : paix réprouvée,

MYsri:u[:;s. surmon iv. sur la passion de j.-c.

\(iZO

t];ii ne priil \oiiir i]\ic di- l.i diirplé di' nos KiHirs; \)iù\ inillr l'ois [)liis riiiiosic que loiltcs les autres peines du |ieciié, et, dans un sens, pire (lue le péelié nièjne. De là, celle vaine roiiliance, si contraire aux saintes l'r.ijcurs de Jesus-Clirisl ; conliance pi ésonipliieuse, (]ni nous rassure là où cet lioinnie-Dieu a lieml)lé, qui nous l'ail lout espérer là où il a cru pour nous devoir lout craindre; ijui nous Halte d'une miséricorde , et qui nous promet do la part de Uicu une patience sur laquelle il ne compta point. Miséricorde mal entendue, patience molle et cliimérique, qui ne servirait, et qui , en cfl'et , par l'abus ijue nous en raisons , ne sert (|u'a l'onienler dans nous le péché. De là, celle li.inliesie du pécheur, et, si J'o^e user de ce leime, cette effronterie (lui ne riiuj;il de rien, cl qui paraît si mouslruense, quand elle est nnse eu parallèle avec la conlusion de Jesus-Clirist. lui |)éihanl contre Dieu, on n'en est pis moins lier devant les liomiaes : on soutient le péché avec hauteur, et, bien loin de s'en conlondre, on s'en glorifie , on s'en applauilit , on s'en élève, on en triomphe. C'est ce qui obli;;e le N'erbe (li\in à s'anéantir : l'insolence scandaleuse de certains [.écliens ne (louvail se reparer par d'autres humili.i lions que celles de Jésus-tlhrist ; r..veuglc leinérilé de lanl de libertins ne pouvait être expiée par d'autres craintes que celles de Jésus-Christ ; l'indifférence de tant d'àines insensibles n'avait p.is besoin d'un moindre remède que la sensibilité de .lésus Christ. Alin que Dieu fût satisfait comme il le devait être, que le péché fût une l'ois deleslé autant (ju'il était détestable, il fallait (juniie fois on eu conçût une douleur i)roportionnce à sa malice. Or, il n'y avait ([ue l'Homnie-Dieu capable de mettre Celle pro|>ortion, parce qu'il n'v avait que lui capabkMie connaitre pai failement , et d:ins toute son étendue, la iiiaiice du peehé, el par coiisei|Ui'nt il n'y avait ((ue lui qui pût nous apprendre à haïr le pèche. C'est pour cela (lu'll est venu , et que , dans les jours de sa vie mortelle, comme dit saint l'aul , ayant oflert , même avec larmes, ses prières et ses supplications à celui qui pouvait le sauver de la niorl, il nous adonné !a plus excellente idée de la pénitence chrétienne. Si donc nous ap|)orlons encore à ce sacrement des cœurs lièdes, des cœurs froids, des cœurs secs el durs, ne doutons point, mes frères, conclut saint Bernard, que ce ne soit à nous mêmes que le S.mveur adresse aujourd'hui ces paroles : ÎS'uliie f.cie super vie, serf .<i/;;t7- los t!etc{Liic,, XNllI).

En effet, sa>ez-vous ce qui nous condamnera divanlage au jugement de Dieu'.' ce ne seront point tant nos péchés, que nos prétendues contritions ; ces coatrilions lanj^iiiss.iiites , el si peu conformes à la ferveur de .lesus-Chrisl pénitent ; ces conlrilioiis superficielles , où nous savons si bien conserver toute la liberté de notre esprit, tout l'é- ])anouissenjent de notre cœur , tout le goût des plaisirs, toutes les do;iceurs et tous le> agrémenis de la société; ces contritions imaginaires qui ne uous alUij-ent puiul, el qui,

par une suile infaillible , ne m us ( onvcrlisseiit point. Si nous agissions par l'esprit de la loi , il ne faudrait (lu'uii péché pour déconcerter toutes les puissances de notre âme, pour nous jeter dans le même ellioi (jue Calii, pour nous l'aire pousser les mêmes eris qu'lisaù , quand il se vit exclu de l'herilage et privé de la bénédiction de son i>ère; pour nous faire frémir comme ce roi de lîabylone, lorsqu'il aperçut la main qui écrivit son arrêt ; disons mieux, et en un mol, [loiir nous faire sentir au fond du crenr selon la parole de l'Apôtre ce que Jésus-Christ sentit en luimême : /lue ctiiin aetitite in vobis ijuod el iii Cliristo Jcsu {l'Iiilipi)., 11). M.iis parce que l'habitude du peclie a fait peu à peu de nos cœurs des cceursde pierre, ce ([ui effraya Jésus-ChrisI ne nous étonne plus, cequicxeila toutes ses passions ne nous louche plus. Ah 1 Seigneur, disait David, et devons-nous dire avec lui, guérissez mon âme : Sana aniiiuiin iiieain (Pu. XL). .Mais, pour guérir pleinement mon âme, guerissez-la de ses contrilions faibles et imparfaites, (|iii reiulenl ses blessures encore plus incurables , au lieu de les fermer: S(ina conlrilioncs ijiis {Ps. LIX); guéri.ssez-la, parce qu'au moins elle est ébranlée : Sdiiii, iptia commola est [Ilnd.]. IMais ce n'est point assez qu'elle soit ébranlée, il faut qu'elle soil converiie par la force invincible de l'exemple el de la pénitence de son Dieu. Conformon^-llo;^s à (C modèle; quehiue pécheurs <n:e nous soyons, nous trouverons grâce aujirès de Dieu. Ayons toujours ce modèle devant les yeux; la pénitence, dont nous avons si suuviMit abusé, nous deviendra salut.iire. Ce ne sera plus pour nous , comme elle l'a été tant de fols, une pure cérémonie; ce sera un vrai retour, un vrai i haiigemeiit, une vraie conversion., On vous a dit, el il est vrai , que la douleur du péché, pour êlre recevalilc dans le sacremen! , devait avoir des (luaiilés aussi rares que néee.ss liies ; qu'( lie devait êlre surnalurclie, absolue, sincère , ellieace, universelle; (jne Dieu en devait êlre le principe , l'objet et la iin ; qu'elle devait surpasser toute autre douleur, et que le péché étant le souverain mal , elle devait nous le faireabhorrer au-dessus de tout autre mal; qu'il n'y avait point de péché, même possible , qu'elle ne dût exclure, point de tentation ([u'elle ne dût avoir la verUi de sunnonler, point d'occasion qu'elle ne dût nous faire éviter; el que, manquant d'une seule de ces (pialités , ce n'était plus qu'une contrition vaim- el apparente. Mais je vous dis aujourd'hui que toutes ces qualités ensemble sont comprises dans la contrition de Jesus-Chrisl ; je vous dis que, pour vous assurer d'une contrition solide, dune contrition parfaite, vous n'avez qu'à vous former sur Jésus-Christ , en vous appliquant ce que Dieu disait à Moïse : Jnspicc , el fuc sccunrlum excmplur {Exod.,\XV}.Si ce n'esl pas là noire règle, pleurons pour cela môme , mes cliers auditeurs, et pleurons d'autant plus amèrement, (|ue nous ne pouvons nous en prendre (ju'à nous. Insensibles à nos péchés, pleurons au moins nolic iîisensil.iililé; [i!eurons au uiuiii^

ORATEURS SACRE». DOURDAI.OliE.

lie cp que nous ne pleurons pas, cl ;imiii;onnsnoiis de ce que nous ne nous alllgcons pas. Par là nous pourrons arrivera la vérilalilc rontrilion , el par là nous commencerons à devenir les imilaleurs île la pénitence du Sauveur.

Cependant, outre celle passion inicrieure, si je puis parier de la sorte , que lui causa d'abord le péché, en voici une autre dont les sens sont plus frap|iés , et dont le peclic ne fut pas moins le sujet malheureux el le principe. Car', du jar(iin où Jésus-Christ pria , sans m'arréter prési nlemcnl à tout le reste, je vais au Calvaire où il expira ; et là, contemplant en esprit ce Dieu crucifié, l'auteur et le consommateur de notre foi , qui , selon l'expression du grand Apôtre , au lieu d'une vie tranquille et heureuse dont il pouvait jouir, meurt de la mort la plus cruelle et la plus ignominieuse ; surpris d'un événement si nouveau, j'ose en demander à Dieu la raison, j'en appelle à sa sagesse, ù sa justice, à sa lionté; et, tout chrélien (|uc je suis, il s'en faut peu qu'à l'exemple du Juif infidèle, je ne me lasse de ce mystère de ma rédemption un scandale, lit qu'est-ce, en ell'it, de voir le plus innocent des honunes traité comme le plus criminel, el livré à d'impitoyables bourreaux? Mais Dieu, jaloux de la gloire de ses attributs, et intéressé à détruire un scandale aussi spécieux en apparence, mais dans le fond aussi pernicieux que celui-là, sait bien réprimer ce premier mouvement démon zèle: et comment? en me faisant coiinaîlrc que celle mort est la peine de mes péchés , en m'obligeanl à confesser que loul ce qui se passe au Calvaire, quelque horreur (jue j'en puisse concevoir, est juslenient ordonné, sagement ménagé, saintement et divinement exécuté; pourquoi? parce qu'il ne fallait rien de moins i)our punir le péché, et qu'il est \rai, conune l'a remarqué saint Jérôme , que si dans b'S trésors de la colère de Dieu il n'y avait point eu pour le péché d'autres châliments que ceux qu'approuve noire raison , notre raison étant bornée, et le péché «le sa nature étant quelque chose d'infini. Dieu n'aurait jamais clé pleinement satisfait.

Noire erreur , chrétiens , appliquez-vous s'il vous plaît , à ces deux pensées bien dignes de vos réilexions , notre erreur esl do considérer aujourd'hui le Sauveur du monde par ce qu'il est en soi,el non par ce qu'il vnulail élre pour nous-, ce qui nous trompe, c est de r<'gar(ler sa passion par rapport aux Juifs (jui en ont été que les instruments, cl jamais par rapi)orl à Dieu , qui en a été l'agent principal et le souverain arbitre. Je tii'cxpli(iue. Jésus-Christ en soi esl le saint des saillis , le bien-aimé du Père, l'objet des complais.inces de Dieu , le chef des élus , la source de toutes les hénédiclions, la sainteté substantielle et incarnée. Voilà pourquoi no- Ire raison se révolte en le voyant souffrir; mais nous ne prenons pas garde qu'au Calvaire il Cessa, pour ainsi dire , d'être tout cela ; et qu'au lieu de ces qualités, (jui furent pour uu temps obscurcies et comme éclipsées, il se trouva réduit à élre, selon le texte

de rr.crilui'c, nialédiclion pour les hommes : Faclus jiro noi/is nuilcdiclum [Gc.hU., III); à être la victime du péché: Propiliaiio pro pecralis {Jofin., II); et puisque saint Paul l'a dit, je le dirai après lui , et dans le même sens que lui, à être le suppôt du péché et le péché même : Eam qui non nnvrrnt peccalum , pro noliis prccalum fecil (Il Cor., V). Or, en cet étal, remarque saint Chrysostome, il n'y avait point de supplice qui ne fût dû à Jésus-Chrisl; humiliations, outrages, fouets, clous, épines, croix ; loul cela dans le slyle de l'Apôtre, était la s(dde et le payement du péché ; et puisque le Fils de Dieu représentait alors le péché, et qu'il s'élail engagé à élre Irailé de son Père, comme l'aurait été le péché même, il était de l'ordre qu'il essuyât loul ce qu'il a eu à endurer. Le prenant de la sorte , a-l-il trop souffert? non ; sa charité, dit saint Bernard, a été pleine el abondante, mais elle n'a point été prodigue; il s'appelle l'homme de douleurs , mais , répond TerluUien, c'est le noiii qui lui convient , puisqu'il esl l'homme de péché; nous le voyons déchiré et meurtri de coups : mais , entre le nombre des coups qu'il reçoit et la multitude des crimes qu'il expie, il n'y a que trop de proportion; on l'abaiulonne à des scélérats, barbare sel cruels, qui ajoutent à l'arrêt de sa mort tout ce que la rage leur suggère, mais, quoi qu'ils ajoutent à l'arrêt de Pilate, ils n'ajoutent rien à celui de Dieu; on le maltraite et on l'insulte, mais ainsi le péché, s'il se produisait en substance , mériterail-il d'être insulté el maltrailé ; il expire sur la croix , aussi est-ce le lieu où le iiéclié doil êtreplacé. Ileclifiezdonc, chrétiens, \ os senlinienis ; et tandis que ce divin Agneau est immole, au lieu do vous préoccuper du mérite de sa sainteté et de ses vertus, souvenez-vous que c'est pour vos^désorilres secrets el publics ([u'on le s.icrilie , que c'est pour vos excès, pour vos intempérances , pour vos attachements lionleiix et \os plaisirs infâmes. Si vous vous le figurez (el (lu'il esl, chargé de toutes nos dettes, celle llagellalion à laquelle on le condamne n'aura plus rien qui vous choque; ces épines qui le déchirent ne Idesseronl plus la dclicales.se de votre piélé; ces clous dont on lui perce les |iieds el les mains n exciteront plus votre indignalion. Mon péché, dircz-voiis, en vous accusant vous-même, méritait loulcs ces peines ; et puisque Jésus-Chrisl esl revêtu de mon péché, il les devait toutes porter. Aussi ( st-ce dans celle vue que le Père éternel, par une coiuluile aussi adorable (|u'elle est rigoureuse, oubliant qu'il esl son Fils, et l'eii- ^isageant comme son ennemi ( pardonnezmoi toutes ces expressions ) , se déclare sou persécuteur, ou plulôt le chef de ses persécuteurs. Les Juifs se font de leur haine un zèle de religion pour exercer sur.*on sacré corps tout ce que pcul la cruauté; mais la cruauté des Juifs ne suflisail pas pour punir un homme tel que celui-ci, un homme cou- \crl des crimes de loul le genre humain; il l'.illait , dit saint Ambroise , que Dieu s'en mêlai , et c'est ce que la foi nous découvre sensiblement.

i0ô5 MY^TF.UES. SERMON IV. SLU LV PASSION DE J C. ,,,-.

Oui, ciiri'ticn-i , r'csl DiiMi iin'uio cl non naJMs pris quo vous nie soiipçonnioz »le point 11' consi'il des Juils iiiii ii\ro Jésus- l'oiileiidi'u scldii la pensée de (lalvin ; il f.ilJ Christ : ce juste, mes frèics, leur disait saint l.iil ijue i.i réprolialion sensible île riiiiminel'ierre, ne vous a elc !•( mis entre les mains Dieu remplit la nu'suie de la inalediclion el conune eoupalile, (\uc par un ordre expiés de la punilion qui est due au péché, ^■ous de Dieu, el p ir un décrel de sa sagesse : De- iwvi dit, pronhèle, qne vous n'aviez jamais fmilo consiUo et prd-scicitlin Dci trudiitiin vu un jusli' délaissé : iVon i((/t jftiVit»! (/ccf- (.If/. Il); déclaration qu'il Liisail dans leur lictum (/'s. XXXVI); nuiis en voici un sjnajîogue, sans eraiiidie liu'ils s'en jiréva- exemple méniorahle que vous ne pouvez lussent, ni qu'ils en lirasseiil avantage désavouer ; Jésus-Chri.-t, abandonné de son pour étouffer les remords du déicide qu'ils l'ère céleste, et pour cela n'osant presque avaient commis. 11 est vrai que les pharisiens jjIus le réclamer sous le nom de l'ère, et tie cl les docteurs de la loi ont poursuivi Jésus- l'appelant que son Dieu : Drus menu, ut quid Christ pour le Caire mourir ; mais ils ne (/ere/à/ui'i/f hic (il/o^/i. XXVll)? Toutefois ne l'ont poursuivi, Seigneur, reprenait David vous en siandalis;z pas, puisque, après ti)ut par un esprit de luoidiélie , que parce (jue il n'j a rien dans ce procédé de Dieu qui ne vous l'avez frappé le premier: lloiuinf, (/nrm soit selon les lègles lîe l'équité. Non, conlu peicussisli, perscculi sunt (/'.<. LWIil). dut saint Aiiguslin, il n'y eul jamais de mort Jusque là ils l'oiil rcspeclé; jusque là quel- ni plus juste, ni plus injuste tout ensemble , que animés (ju'ils fussent, ils n'ont osé al- que celle du Uédeinpieur : plus injuste par ti'iilersiirsa personne ; mais, du uioment que rapfiori aux hommes, qui en furent les exévoiis vous éies tourné contre lui, el que, dé- culeurs ; plus jusie par rapport à Dieu , iiiii (iiargeant sur lui votre courroux, vous leur en a porté la seiilence. lMiaginez-\ ous , mes avez donné main-levee, ils se sont jetés sur cliers auditeurs , c'est la réilexion de l'abbé Cette I rnic innocente, el réservée à leur fii- UupcrI, donl vous sricz pcut-éirc surpris leur. Jlais par qui réservée, sinon par vou<, mais ijui, dans la d )clrinc des théologiens, 6 mon Dieu ! ()ui , d;ins leur ven;;eance sa- est d'une vcrilé cerlaiiie; imaginez-vous cii'ége , lrou^iez l'accomidisscmenl de la <iup c'est anjourd'liui siiigulièrenicnl el souvi'tire toute s.iiule "? Car celait vous-même , verainmient le jour prédit |iar les or.iclesde Scigu ur , qui , juslemeiil changé dans un toutes les Kcrilurcs, je veu\ dire le jour de Dieu cruel, faisiez senlir , non plus à votre la ven(:eance du Seigneur : Dies ulliunis Doserviteur J(d>, mais à votre l-'ils unique, la niiiii (/.suf. XXXlVj. Car ce n'csl point dans pesanteur de votre bras. Depuis longtemps le jugement dernier que notre Dieu olTensé vous attendiez Cl lie victime ; il l'allail repa- el irrilé se satisfera en Dieu ; ce n'est point rcr votre gloire et satisfaire ^otre justice : dans l'enfer qu'il se déclare plus aulhcntivous y pensiez; mais ne \ojanldans le quenunt le Dieu des vengeances; c'et a« inonde que de vils sujets, (lue dis létes cri- Calvaire: Z)fus u/rionin/i lJoininH.'-(l>s. XCIII). niieelles, (lue des hommes iaibles , dont les C'est là (lUe sa justice vindicative agit libreaclioi:s cl les soufi'rances ne pouvaient être nientel sans conlrainle, n'étant point resserrée d'aucun mérite devant vous, vous \ous trou- comme elle l'est ailbu.s, par la petitesse du >iez réduit à une espèce d'impiiissance de sujet à qui cllese fait sentir : Opu^ uhionunt vous venger. Aujourd'hui vous avez de quoi libère ecjit [IbùL). 'ïon\. ce (]ne les damnés le faire pleinement; car voici une victime souffriront n'est qu'une demi - vengeance digne de vous, une viclime capable d'expier pour lui : ces grincements de di nls, ces gèles péchés de niillr mondes, une victime telle missemenls cl ces pleurs , ces feux qui ne (|uevousla vouliz.cl que vous la inèrilcz.Ce doivent jamais s'éteindre, tout cela n'est rien Sauveur attaché à la croix est le sujet que ou presque rien en comparaison du sacriûce votre justice rigoureuse s'est elle-même [iré- de Jésus-Chrisl mourant, paré. Fra[qie/ mainlenant. Seigneur, frap- ^'oi!à, mes chers auditeurs, ce que le pcz : il est disposé à recevoir vos coups; el, péché coût- à un Dieu : mais que nous a-lsans considérer que c'est votre Christ, ne il cuiïlé jusqu'à présent à nous-mêmes ? el. jetez plus les yeux sur lui nue pour vous dans la monslrueuseoppusition qui se trouve souvenir qu'il est le iiiitre, c'esl-à-dire (ju'il là-dessus entre lui et nous, entre lui, tout est notre hostie, cl qu'en l'immolant, vous saint qu'il est, cl nous, tout coup.ibles que satisferez celle divine haine donl vous haïs- nous sommes, n'a-l-il pas bien droit de nous scz le péché. dire : Ne pieurez pas sur moi, mais sur vous: Dieu ne se contente pas de le frapper ; il Nulilc flcre super me, sec! super vos flele ? semble vouloir le réprouver, en le délais- C;ir n'est-ce pas le plus déplorable renversant et l'abandonnant au milieu de son sup- scment, de voir des coupables épargnés, plice : Deus tneus, iJeus meus, ul quid dere- tandis que le juste fait pénii nce, el une si iiquisti me [Mallh. \S.X\\]''. Ce délaisse- sévère pcnilcuce ; des péch.urs ménagés et ini nt et cet abandon de Dieu est en quelque llitlés, tandis que l'innocent est sacrilié ; le sorte la peine du dam qu'il fallait iiue Jésus- jièché même dans l'honneur et dans les dé- Clirist éprouvât pour nous tous , comme dit lices , landis, si je puis ainsi parler, que la saint Paul. La réprobation des hommes au- ressemblance du péché est dans l'opprobre rait été encore trop peu de chose pour pu- et dans les tourments ? Toutefois, liommeç nir le péi lié dans toute l'étendue de sa n)a- du sièele, hommes délicats et sensuels, c'e.^t lîce : ii fallait, s'il m'est permis d'user de ce le triste parallèle qui se présente ici à vos Itrn.c, mais vous en pé:ié!rez !e sens et je ne veux, cl qui doit vous couvrir de confusion. (,)r.iTi::iRb sicp.iis. XIV. {Trente-trois.)

,035 OlUTKUnS SACHES. liOlUDAL UE. 1036

Il meurt co\ Aj;nraii snns laclio, ce Dirii iiuli;^nos forriiplciirs d>s crnvres ilo Dieu, •nii poiirnous s'est l'ait la >ic!irno di: jiéclié ; ont Iroiml' movon do rinouveler letle n:èim> <*l il iiiciirl : cotnmont ? déchiré cl cnsaii- passion, non sculeincnl d'une manière proçlanlé, couronné d'épines et adaclié à une fann, mais rriminelle, mais sacrilétjc, mais ri'oix. Kl vous, dii^ncs do tous les fléaux <l pleine d ho: rour. Ne vous imaginez pas qdc (le tous les chîilimonls du ciel, commenl vi- je parle on Jl'iuro. Plût au ciol, ( hrélions, que voz-vous? tranquilles ot recherchant toutes ce que je vais vous dire ne fût qu'une fij,Mire, les commodités, jouissant de toutes les aises, et que vous eussiez droit de vous inscrire 1,'oûlaut loiiles les douceurs de votre con- aujourd'hui eonire les expressions lerrililes diiion. Ml! Seipineur, puisque le péché, ce dont je suis oMigé de me servir! Je paile monslro que l'enfer a formé contre vous, dans le sens littéral, et vous dev( z être d'auvous a causé la mort, et la mort de la croix, tant plus touchés do ce discours, que si les ce serait asezàdes cirurs reconnaissaTils choses que j'avance vous semblent oulrée^, pour concevoir contre lui toute la haine dont c'est par vos excCs qu'elles le sont, et luilils sont capables ; mais vous nous ordonnez lemont par mes paroles. Oui, mes durs (le no pas verser uos pleurs sur vous, et de nuditeu-s, les pécheurs du siècle, par les ne les répan Ire que sur nous-mêmes ; et désordres do leur vie, renouvellent dans le puis(]ue le péchénous cause la mort à nou<- monde la sansçlante et tragique passion du na'mes, non point comme à vous une mort Fils de Dieu ; je veux dire que les pocheuis naturelle et Ictnporello, mais une mort spi- du sièrie causent au Fils de Diea, dans rituelle, une mort éternelle, que ne devons- l'état même do sa gloire, aulant de nouvelles lious point employer pour le détruire ? Ce- passions qu'ils lui font d'outrages parleurs pendant, au lieu do travailler à le détruire arlions ; et, pour vous en former l'idée, dans nous, nous l'y entretenons, nous l'y appiqu'Z-vons, et dans ce l.ilileau (|ui vous nourrissons, nous l'y laissons dominer avec surprendra, reconnaissez ce ([ue vous êtes, empire ? Y a-t-il maintenant quelque péni- pour pleurer auièrement sur vous: Noiite lence dans le christianisme, ou, s'il y m a, père super me, sed super vos. Que voyousquelle est la pénitence des chrétiens, it à nous dans la passion de Jésus-Cluist '/ un ([uoi se léduit-clle ? Est-ce une pénilenre Dieu trahi et abandonné par de làehes disqui chàlie le corps, une pénitence qui mor- ciples, un Dieu persécu'é par dis pontifes lifie les sens, une pénitence qui crucilie la et des prêlres hypocrites, un Dieu \:i\\.é et chair? A'ous le savez, mes chers auditeurs ; moqué dans le |ialais d'Hérodo par di s coiirot ce qui doit encore plus sensiblement vous lisans imjjies ; un Di u mis en p.irallèle a\ee toucher, c'est de voir la passion de Jésus- Harrahas, et à qui Barrabas est préféré par Christ, non plus seul<'ment causée par le un peuple aveugle et ineon^lanl ; un Dieu péché, mais renouvelée par le péché, comme exjiosé aux insultes du libertinage, el tr;iilé jo vais vous le montrer dans la seconde de roi imaginaire par une troupe de soldais partie. également barbâtes et insolenls ; enfin, un SECONDE PARTIE. Dieu cri;ciOé par d impitoyables bourreaux : Il faut que la passion de Jésu--Clirisl , car voiià eu abrégé ce qu'il y eut déplus quelque douloureuse et quelque igiioiiii- luiiiiiliant el de plus cruel dans la mort du nieuse qu'elle nous paraisse, ait été néan- Sauveur du monde. Or, dilcs-moi si <e n'est moins pour Jésus-Christ même un objet de p-s là en effet et à la lelirc ce qui s'offre complais.-' lue, puisque cet Homme-Dieu, encore présentement à mUre vue, cl do quoi par un secret merrcilleus de sa sagesse el nous sommes lous les jours léinoins. Rode son amour, a voulu que le mystère en fût prenons, et suivez moi.

continué et solennellement renouvelé dans Un Dieu trahi et abandonné par de lâihos

son Fglise, jusqu'à la dernière consommation disciples : telle a été, ô divin S.uveur 1 vo-

des siècles. Car qu'est-ce que l'euchanslio, Ire destinée. Ce n'était p.is asMZ que les

qu'un renouvelleiucntperpélueldola passion apôtres, ces premiers homnii'S que vous

du Sauveur ; el qu'a prétendu le Sauteur en a\iez cho sis pour être à vous, au préjudice

l'instituant, sinon que tout ce qui se passa du plus s.iint eng,igi>meni, vous eussi ni dé-

au Calvaire, non-seulomont se roprcsenlâl, laissé dans la dernière scène de voire vie ;

mais s'accomplît sur nos aulcls? C'est-cà dire que l'un d'eux \ous eût tendu , l'autre re-

(|uo lui-même faisant encore aujourd'hui la noneé , tous géner.ilemcnt déshonoré par

fonction de victime, y est de nouveau et .i une fuite qui lut peut-êlic l.i plus sensible

tous moments sacrifié, cotnmo s'il ne lui de toutes les pl.iies que vous re-senlîles en

suffisait pas d'avoir une fois souffert, à moins monraiit. Il a fallu (jue celte plaie se rou-

((ue sa charité, aussi puissante qu'elle est vrit par un million d'infidélilés plus scaml.i-

iugénieusc, n'eût donné à ses adorables leusos ; il a fallu que dans Ions les siècles du

soull'rancescecaractcrodoperpétuitéqu'elles christianisme ou tildes hommes portant le

ont dans le saciement, et qui nous le rend si caractère do vos disciples et n'ayant pas la

s.ilutaire. Voilà ce qu'a invonlé l'amour d'un résolulion de le soutenir ; des chroliens pré^

Dieu ; mais voici, chrétiens, ce qui est ai- varicaleurs et déserteurs de leur foi ; des

rivé par la malice des houiines. (Vost qu'eu chrétiens houleux do se déclarer pour vous,

même temps que Jésus-Clirisl, dans lésa- n'osant paraître ce qu'ils sont, renonçant,

crement de son corps, renouvelle (l'une ma- au moins extérieurement à ce qu'ils oui pro-

nière toute miraculeuse sa .«iainlo passion. fessé, fuyant lorsqu'il faudrait mmbatlre;

les liouimcs, faux iinitatcuriV) "" plulol en un mol, des tliiélieiis de cércu;onie,

,tf,-,7 MYSIEUES. SERMON lY. SUR L\ PASSION H!: J.-C. 1035

iréls à vous suivre jusqirà la cône et ilnns Clirisl, conlinne à le pcrséculer en dérliirant

la prospérilè . Inmlis iju'il ne leur en riiûl3 son corps inysliiiue qui est l"l'";;ii>e, en divi-

rien. mais lieteriiiinés A vous quitler ;iu 1110- s;int ses nieiiibies qui soiil les Rilèles , en

nient de la lenlalion. C"<'St pour vous et pour éloulTant dans Ir-s cœurs la charité qui en est

moi, mes cliers auditeurs , (jue je dis ceci ; l'esprit. Car voilà, mes frères, la tentation

et voilà te qui doit être le sujet de notre sulitile dnnl nous avons à nous défendre, et

douleur. " laquelle il ne nous est que trop ordinaire

Un Dieu niorlei;ement porséeulé par des de sucroinber. pontifes et des prêtres liy puériles. N'entrons Un Dieu raillé et moqué dans le palais |)as, cliiéliens, dans la discussion de cet ar- d'Hérode par des courtisans impies. Ce fut liele dont votre l'ielé sera peul-ètre scanda- sans doule un des plus sensibles afl'ronts lisée , et qui pourrait affaiblir ou intéresser que reçut Jésus-Christ; mais ne croyez pas, le respect que vous devez aux niiuislres du chrélious, (jue rimpiélé en soit dcnieurée là: Seii;neiir. C'est à nous , mes frères , à mcdi- elle a luT^séile la cour d'Hérode, de c prince 1er auj<iurd'hui celte vérilé dans l'esprit sans religion, ilans celles mêmes des princes d'une sainte componclion ; à nous , ccnsa- chrétiens; et le Sauveur n'y est-il pas encrés au ministère des autels, à nous, prélres corc aujourd'hui un sujet de raillerie pour de Jésus-Chiist et que Dieu a choisis dans tant desprils lib' rlins qui les composent? son Fjilise pour être les dispensateurs de ses On l'y adore extérieurement, mais au fond sacrements. Il ne me convient pas de vous comment y regarde -t-on ses mavinics"? faire ici des remontrances, et je dirais avec (luellc idée y a-l-on de son humilité, de sa bien p'us de raisin que saint Jéiôme : Ab^it pauvreté , de ses souffrances? la vertu n'y hoc a me, ut de lus jndirem , qui aposlolicn est-elle pas presque toujours inconnue ou ijradui succedetitcs, Clii-is(i corpun socro ore méprisée? et quel autre parti y a-t-il à prencnvficiuul ; non cft hoc humililatis meœ : A dre pour elle qui' de s'y cacher ou d'en sor- Dieu ne plaise que j'entreprenne de juger tir? Ce n'est point nu zèle emporlé qui me ceux dont la bouche a la vertu do produire fait parler delà sorte; c'est ce que vous nt; le cirps de Jésus-Christ : cela n'est pas du voyez que trop souvent, cliréiiens ; c'est ce diMoir de l'Iiuinililé. à laquelle ma condition que vous sentez |)cul-élre dans vous-mêmes; m'engage ; surtout parlant, comme je fais, l'i , pour pende rédexion que vous fassiez devant plusieurs ministres dont la vie irré- sur la manière dont on se gouverne à la prchensible contribue tant à l'édification des cuir, vous ne trouverez rien, dans ce que je peuples ; je n'ai garde, encon- une fois . (h- dis, (]ui ne se confirme par mille exemples, me faire le ju'j;e, beaucoup moins le censeur et dont vous ne soyez quelquefois mallieude leur conduite. Mais, quand ce ne serait reusement complices. Héiole avait souhaité que pour reconnaître les grâces doi't Dieu avec ardeur de voir Jésus Christ ; la répuvous prévient par lopposilion de l'affreux talion que lui avaient acquise tant de miraaveuglement où il permet ((lie d'antres loni- clés p;(]uiit la curiosité de ce priiic' ; et il bent, souvenez-vous (luo les prélres et lis ne douliit point qu'un homme ()ui comm.inprinces des prélres sont ceux que l'evangé- dait à toute la nature ne lit qi;clque coup 1 sie nous marque comme les auteurs de la extraordinaire pour se dérober à la perconjuration (orinte contre le Sauveur du séculion de ses ennemis. Miis le Fils de monde cl de l'allenlal commis contre lui ; Dieu qui n'avait pas épargné les prodiges souvenez vous que ce scandale est, de noio- pour le salut des autres, les épargna pour ricté publi(iue , ce qui se renouvelle encore lui-même, et ne voulut pas dire une seule tous les jours dans !e christianisme ; sou\e- parole pour son propre silut; il coiiï^idéra nez-vous , mais avec crainle et avec hor- Hérode et ses cnurlisaiis cunime des profareur. que les |>lns grands persécuteurs nés avec qui il ne crut pas qu'il dût avoir qu'ait Jésus-Christ ne sont pas les laïques aucun commerce; et il aima mieux passer libertins, mais les mauvais prêtres, et qu'en- pour un insensé que de contenter la fiiusse tre les mau\ais prélres , ceux dont la cor- sagesse du siècle. Comme son royaume n'éruplion et l'iniquité est couverte du voili; lait pas de ce monde, ainsi qu'il le fit enlend'hypocrisie, sont encore ses plus dange- iLe à Pilate : Refjmiin mcum non est de hoc reux el ses plus cruels ennemis. L'envie, î/(I(«(/(i , ce n'était pas à la courqu'il prétendéguisêe sous le U'im de zèle et colorée du dait s'établir; il savait trop bien que sa docspecieux prétexte de l'observance de la loi, t'ine ne pouvait être gnû ée dans un lieu où fut le premier m(d)ile de la pirsecotion que l'on ne suit que les règles d'une politique siiscilèrent nu Fils de Dieu les piiarisieus et mondaine, et que tous les miracles qu'il y les p'inlifes ; craignons que ce ne soii encore eût pu faire n'eussent pas été capables de la même passion qui nous aveugle. M.ilheu- gagner des hommes remplis de l'amour reu.se passion, s'écrie saint r>''riiard, qui ré- d'eux-mêmes et entélés de leur grandeur, pand le venin de sa maligniié jusque sur le I/on ne respire dans celle région corrompre plus aimable des eafanls des hommes , el qui qu'un certain air de vanité , l'on n'y eslime n'a pu voir un Divu sur la terre sans le haïr, que ce qui a de l'écl.it, l'on n'y parle que linvie non-seulement de la pros|)erilé et d'élévation ; cl, de quelque côié qu'on jette du bonheur, mais, ce qui est encore plus les yeux, l'on n'y voit rien ou qui ne fiatle étrange, du mérite et de la perfection d'au- ou qui n'allume les désirs ambitieux du cœur ti'ii. P'ssion làclic et honteuse , qui , non de l'houmie. Quelle ap|)arence donc que Jécontenle d'avoir cauic la mort à Jé;us- sus-Christ, le plus humble de tous les Iio:i!-

io:-,9 ORATtLRS SACRUS. noiinn\Lf)i F.. loi:

mes, pût être écoulé là où icr;nc lo faste et pl;ii.-ir. M.iis qi:o d-vion "ra donc ton Dion, l'ui'ûn'il? S'il eût iiiijiortc nvcc lui iN'S iioii- i (■[.liiiiiail sicrèlenicnl l.i roiiscieiicc,cl (iu"fii liciKS et (les liclicsses, il eût trouvé des par- ferai -ji-, moi qui no puis pas m'cinpéclior lisans auprès d'IIérode, cl il en Ironvorait de souleuir ses iuléi éts conlro loi : Çnîi/ îr/(cniore partout ailli'urs; mais ne prèeliaut à tiir fiicianide Jesti [Maltli., XXYII )? Qu'il en ses disciples (lue le renoncement au monde soil de mon Dieu ce qui pourra, répomlait el à soi-même , ne nous étonnons pas qu'on insolemment la passion ; je veux me satislui ait marqué tant de mépris. Kl telle est la faire, et la rc«oInlioii en ( st pri;e. Mais saisiiiédictinn qu'avait faite de lui le saint tu liien , insist iit la conscience par ses reliDinme Job, el qui devait s'accom[ilir après mords, qu'en l'accordant C" i)laisir, il faut lui dans la personne de Ions les justes : Dni- qu'il eu eoûte à lo i Dieu de mourir eneore dctur jufli siniplicilds ( Juh , XII ). En effet , uu(! fois , el d'êlre crueillé dans loi-même ? mes cliers aiidi'teurs, vous lesjvez, quelque II n'importe, (juil snil crueitié, pourvu que vertu (l niiel<iue méiite que l'on ail, ce n'est je me contente : CrurifiCjalar (ibid.). Mais point assiz pour être considéré à la cour. En- encore, quel mal a-l-il fail, el quel'o raison trez-y el n'y paraissez avec Jésus-Clirisl que as-lu de l'aliaïuionner de la sorte • Qii'nl eiiiin revêiudela robe d'innocenc"; n'y marchez iniiii /'ccif ? îtlnn pliisir, c'est ma raison : et a sec Jésus-Christ que par la voie de la simpli- iiuis(iue mon Dieu est !'( nncn)i de mou piaicilé; n'y pari z avec Jé>us-Chrihl ((uc pour sir. cl que mon plaisir le crueilie, je le i ediv; rendre lémoij;nage à la vérité, et vous ver- (Ju'il soil crucilié : t'/dc/^r/d/wr. Car voilà, rez si vou> y serez autrement Irailés que Je- mes chers atuliteurs, ce qui se passe lous hs

sus-Christ. Pour y ê!re bien reçu il faut de la jours dans les conscienrcs des hommes, et eo pompe et de l'éclat. Pour s'y mainlenir, il qui s'est passé dans vous et dans moi , autant

faut de l'artifice et de l'intrigue. Pour y êlie de fois (|uc nous sommes tombés dans le |)c-

favorableuient écouté, il faut de la complai- clié, qui cause la morl à Jé-iis-Ciirist, aussi sance et de la 11 literie. Or, loul cela esl op- bien qu'à notre àme; voilà ce qui fait la

po é à Jésus-Christ ; et la cour éUint ce grièveté cl la maliee de ce péché. Je sais

<|u'clleesl, c'est-à-dire le royaume du prince qu'on ne parle pas toujours, ([u'ou ne s'e\-

du monde, il n'esl pas surprenant (jue le plique pas toujours en des termes si exprès

royaume de Jé-us-Cluist ne puisse s'y éla- el d'une manière si sensible; mais, après

MiV. Mais malheur à vous, piiuces delà tout, sans s'ex|di(iuer si dislinctemi'ut et si

terre , reprend Isa'ie, malheur à vous, hom- sensiblemeni, il y a un langage du cœur (|ui

mes du siècle qui méprisez cette sagesse in- dit loul cela. Car, du moment (iiu^je sais que

carnée, car elle vous méprisera à s(m t(uir ; ce plaisir est ciiminel el dèleiuhi de Dieu,

cl le mépris qu'elle fera de vous est (jui Ique je sais qu'il m'est impossible de le désirer,

chose pour vous de bien plus terrible que le impossible de le rcibereber sans penirc Dieu;

mépris que vous f.iiles d'elle ne lui peal et par conséquent je préfère ce plaisir à Dieu,

être préjudiciable : Yœ qui spernis, nonne d;ius le dé^ir que j'en forme el dans la rc-

cl ipse sperneris {Isai., XXXlll). cherche que j'en fais. Or, rda suffit pour

Un Dieu mis en parallèle avec IJarrabas , justifier la pensée de saint Chrysoslome , et

cl à (jui li.irrabas esl préféré par un peuple la doctrine des théologiens sur la iialuie du

aveugle cl inconstant. Combien de fois avon - pè. hé mortel.

nous fail à Jésus-Christ le même outrage (juc Uu Dieu exposé aux insultes , et traité de

lui lit le peuple juif? Combien de fois, après roi chimérique par une troupe d,- faux ado-

l'avoir reçu comme en triomphe dans le sa- r.ileurs : quel spectacle, chrétiens ! Jésus-

trement de la communion, séduits par la Christ , le Verbe éternel, couvert d'une [lau-

cupidité, n'avons-nous pas iiréféré à ce Dieu vre robe de pourpre, un roseau à la main,

de gloire, ou un plaisir, ou un intérêt, que une couronne d'épines sur la tête, livré à un;

nous recherchions au préjudice de la loi '/ insolente soldatesque qui fiit de celui que

(Combien de fois, partagés entre la conseieuee les anges adorent eu Iremblanl, sehui l'ex-

qui nous gou\ernail, et la passion qui nous lu-ession de Clément Alexandiin, un roi de

corrompait, n'avons-nous pas renouvelé ce théâtre : Srenaui Dcum fiicili.'< {Clejn. Alex.).

jugement abominable, celte indigne prcfé- Ils fléehissenl le genou devant lui; et, parla

reuce donnée à la créature au-dessus-même plus sanglante dérision, ils lui arrachent lo

de notre Dieu ? Prenez garde , chrétiens , à roseau (|u'il tient, pour lui en fr.i|iper la

celle apiilication , elle esl de saint tilhrysos- tête. Image trop naturelle de tant d'impietes

tome; et, si vous la concevez bien, il est (]ui se commcllenl tous les jours durant la

difficile que vous n'en soyez pas touchés. La célébration du plus auguste (\(i nos mystères,

conscience, qui malgré nous piéside en nous Le Sauveur du monde y !'St caché sous les

comme juge, nous disait intérieurement: es|ièies du sacremeat ; mais, sais ces mêmes

Oue \as lu faire? voilà ton plaisir d'une part, c-pèces qui le couvrent, il est toujours [)ie!i,

<'t ton Dieu de l'autre : pour (]ui des deux te el |iar conséquent toujours digne de nos a;lo-

déclaies-tu ? car lu ne peux sauver l'un et citions. Or, quels honmiages lui remlons-

l'aulre tout ensemble; il faut perdre ton plai- nous? 11 ne faul point ici des raisonuementa

sir ou ton Dieu ; et c'est à toi à décider : étudiés pour nous l'apprendre : ouvrons les

Qaeni vis tibi de duobas diniilU? Et la pas- yeux , voyons ce qui se jiasse aulourde nous,

slon (jui s'était ou nous rendue la maîtresse et reconnaissons avec douleur un des plus

de notre cœur, par une monstrueuse iufiilé- grands désordres du christianisme. Je ns

lité, nous faisait conclure: Je veux m ui suis p uni surpris que ses bouireaux l'aient

JIKl

MYSTIUl.S. Si:H\10.N IV. SI n LA PAS-ION PK J.-C.

roni'.iii' (l'itjiiominios v\ d'opproliros : ils lo r ijaiilaii'iii fomiiu" un rriinmcl ( li.iri^c ilc la h.iiiie î)UÎi!i(]iie el cniu'ini ilc l;i n.ilion. M.iis vous, cliiélii'us, M)iis un |)ouvez ignorer qii il ost volrc Dieu, cl présiMit sous les !.yiiiI)(>los invslériciix i\u\ le (iérulicnl à volrc vue. S'il y p.ir;iiss.iil avec loiilesa in.ijcsté.ct lel (m'il se fera voir dans son seCDiul avciieineiil , vous en s(Miez saisis de frajciir : lepeiulant ilil sailli Ii,riia:d, plus il se l'ail pelil, plus csl-il digne (le nas respects, piiis((iie e'cst .■■on amour ( t non la néeessilo qui le rédiiil dans cet état d'anéanlisseiiient. .Slais il sein li'c que vous preniez plaisir à dolruire son o'Mra;;o, en opposant voire in.ilice à sa luintc : vous l'insullez jusque sur le troue de ^a gràeo;cl, pour me servir des paroles de l'\pôlre, vousne daignez pas de l'.)ulerau\ pieds le sang du Nouveau Testament. Car, en vérité, que faites-vous autre eliosc par la ni d'il révérences et tant de scind aies qui déslionoreiil également, et !e sanctuaire où vous entrez, et le Dieu (jui y est renrenué'? .\li ! mes frères, je pourrais liieii maintenant demander à la plu|iai t des chrélieiis ce iiiie s.iiiit B 'rn.ird leur demandait de son temps : Vide jam (juid de Deo tiio foilins {Dfiii.) ? Oiip pensez-vous de votre Dieu , el (ju lie idée en avez-vous conçee'.' S'il tenait dans votre esprit le rang (|u'il y iloil avoir, vous porteriez vous devant lui à de telles cxlréiiiités? Il iez-vous à SCS pieds l'insulter? car j'appelle insulter Jé^us-I'lirisi. venir à la l'ace des aulels se distraire, se dissiper, [larler, converser, troubler les s wrés myslèies jiar des ris immodestes el parties éclats. J'a|ipellc insuller l,i majesté lie Jésus Christ, demeurer en sa présence dans des postures imrnodesles, et avec aussi peu de relcaue que dans une place publique. J'apiiclle insulter riiuinilité de Jési:s-Clirisl , étaler avec ostentation cl à ses yeux tout le luxe et toutes les vanités du monde. J'ap|>elle insulter la sainteté de Jésus-Clirist, apporter auprès de son taberii.icle, et dans sa saiule maison , une passion lionleusc que l'on y ciilrelienl, et que l'on y /illuiiie tout de nouveau par des legards libres, par des désirs sensuels, par les dis- «ours les plus dissolus, et quebiuefois par l'S plus sacrilèges aboininalious. Dieu se ]ilaigiiait autrefois de l'inliilèlilé de son peuple, en lui disant par la bouche de son prophèle : Vous avez profané mon saint nom : Pidhihii<! nomrn s'inctum mcum ( t'zecli., XXXN'l). Mais ce n'est p is seulement sou iioin que nous profanons, c'est son corps, c'est son sang, ce sont ses mérites infinis, c'est sa divinilé même, c'est tout ce qu'il y a dans lui de plus lesiieclable et de plus grand. 'J'outcfois ne vous y tromiiez |)as : car le Seigneur aura son tour; et, ju^teuicnl piqué de tant d'injures, il ne les laissera pas impunies, mais il saura s'en "cngir, en vous couvrant d'une élerncllc coiifu>ion.

Enfin, chrétiens, un Dieu crucifié p.ir d'impitoyables bourreaux, ileiiiier cITet tle la cruauté dc^ hommes sur I i personne inmicenlc du l'ils de Dieu. Celait au pied de Cette croix où nous le voyons alladié, que

la justice de son l'ère l'alleiMiait depuis quatre mille ans. .Viiisi il la reg ird;i,quelqiii> alTreuse qu'e'le fùl, comme un oli^cl d' compl.iis inee, parce «luil y trouvait la réparalion de la gloire divine et la punition de nos idïeiises. .Slais, autant que celte première croix cul de charnus pour lui , autant a-l il d horreur de celle (|ue nos péchés lui dresseiii tous les jours, .\ussi, disait saint .\ugiislin, ce n'esl point de la rigueur de cellelà ipTil se plaint, mais la dureté et la pesanli'iir do celle-ci lui parait insoutcnabli! : ('((;• me f/iiiviorum criiitinmn tuorutn cnice , i/iuim nia in qua pcpcndcr(im,(i(jji.xisli{ Atty.)'! l\ «.avait que sa croix, lout ignominieuse qu'elle était, passerait du Calvaire, comme parle le même saint Augustin, sur la tôte des emiieieurs. Il prévoyait que sa nnirt serait le s ilul ûi\ monde, et (jne son l'ère rendrait un jour ses opprobres si glorieux, ((u'ils de\ iindraient l'espérance et le bonheur de luules les nations. M^iis dans celte aulrtcroix, où nous l'attachons nous-inéuies par le (léché, (lu'y a-t-il el que peul-il y avoir pour lui de consolant'? Il y voit sou amour méprisé, ses grâces rejelécs, d'indignes cré.ilures préférées .lu C.iéaleur. Si donc le soleil se caeii.i pour n'éclairer |i.is l'action barbare de si's ennemis qui le crucifièrent, de quelles ténèbres, pécheurs, ne devrait-il pas se couvrir à la vue de vos dérèglements el de vos ex( es? Car c'est par là, comprenez-le une fois, si vous ne l'avez pas encore assez bien compris, c'est par là, mon cher auditeur, que viius renouvelez sans cesse toute la passion (le Jésus-("hrist. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est saint l'anl dans l'Epîtrc aux Hébreux : Hursuin cruciftfjcntcs ^ihimilipsis FUium Dii, cl ostcntni linùritla: {llil/r., VI). Comme si ce grand api'itre s'expli(iuait de la soi'e : Ne (royez pas, mes frères, (;u'il n'y ait eu que les Juils qui aient trempé leurs piains dans le sang du S.iuveur; vous élcs complices de ce déicide : ( t par où? par vos impietés, par vos sacrilèges, par vos iuipudicilés, par vos jalousies, vos ressenlimenls, vos inimitiés, vos vengeances, par tout ce qui corrompt voire cœur, et qui le soulève contre Dieu : Jîursnm crHrifiijeiiIrs sihiinctiiinis Fillum Dri, et oslciUiii luthinlrs. N'est-il donc p;is juste qu'en pleurant Jèsus-Chrisl , vous pleuriez encore plus sur vous-mêmes, puisque vous n'êles pas seulement les auteurs de sa moi t, mais (jue vos péchés en détruisent encore, par rapport à vous , tout le mérite, et vous la rendent inutile et même préjudiciable, comme il me reste à vous faire voir dans la troisième partie.

TIIOISIICME PARTIE.

Qu'il y ail des hommes , el des nommes chrétiens, à qui, par un jugement secrel de Dieu, la passion de Jésus-Christ, toute salutaire qu'elle est, devienne inutile, c'est une vérilé trop essentielle dans notre religion |iour être ignorée, et Irop funeste pour n'clio pas le siiji t de nuire douleur. Quand le Sauveur, du liant de sa croix, [jcêl à rendre l'âme, poussa ce ci i vers le ciel : Ikus, Deux meus, ut quid dereliquisli me [Mutlh. , XN.VllJ ?

1043 Or.ATELiUS SACHES. EOL'RDALOUE. ^n

]\!nn Dion, nmii Dieu, poiiniuoi m";ivoz-vous Juifs, cl leur ayaiil déclare qu'il ifélait point délaisse? il n'y 'ut licrsoniK' «jui no crût (luc coup.ihie du sang de ce juste, mais qu'il s'en la violence des louriiients lui arrachait celte déchargeait sur eux, et que ce serait à eux plainte ; et peiitéirc nousnièines le croyons- d'en répomlre , ils s'écrièrent tout d'une voix, nous encore. Mais le grand évoque Arnould qu'ils y consentaient, et qu'ils voulaient hicii de Chartres, pénétrant [ilus avant dans les que le sang de ce juste relonibât sur eux et pensées et dans les afl'eclions de ce Dieu sur leurs cnf.nts : i^a/u/iu's fj;t« super nos, et mourant, (lit, avec bien plus de raison, que super filios nusiros {iVullh., XXVil). Vous la plainte de Jésus-Christ à son Père vint du savez ce que leur a coûté ceile parole ; vous senliinent dont il fut touché en se représen- savez les malédictions qu'une telle iniprécalant le peu de fruit que produirait sa mort; lion leur a atiirécs, le courroux du ciol qui en considérant le polit nombre d'élus qui en commença dés lors à éclater sur colle nation; profileraient ; en prévoyant, mais avec lior- la ruine de Jérusalem (jui sui\it bientôt après; rour, la nmlliluJe infinie de réprouvés pour c'est à-dire le carnage de leurs citoyens, la qui elle serait sais effet : connue s'il eût profanation de leur toni|)Io, la destruction do voulu faire entendre que ses mérites n'étaient leur république, le caractère visible do répas assez amplement ni assrz dignement ré- probalion que porte encore aujourd'hui leur compensés, et qu'ap:ès tant de travaux il malheureuse postérité, ce bannissement uniavait lieu do se [iromeîlre tout un autre suc- verscl , cet exil de seize cents ans, cet esclacès en laveur des hommes. Les paroles de cet vago par toute la terre : et cela en conséauteur sont admirables : Subtracta sibi ago- quence do la iirédiclion aulhenlique que Jé- 7Ju:nsuoruin stipendia Cluistus queritnr, pro- sus -Christ leur on fit allant au Calvaire ; et tesians non esse qiiœstaosos tanii discriminis cela avec des circonstances qui font inconsudores, si la quibus tanti laboris iwpensa est lestablement voir qu'unepunition aussi cxemcpcra, sic drrelinrjuanttir [Arn. Carn.) : Jésus- plaire quecelle-là ue peut être imputée qu'au Christ se plaint, dit ce savant prélat; et de déieide qu'ils avaient commis dans la perquoi se plaint-il ? de ce que la malice des pé- sonne du Sauveur, puisqu'il est évident, dit cheurs lui fait perdre ce qui devait être le saint Augustin, que jamais les Juifs ne fu- ])aycn)ent et la solde des coinbats qu'il a sou- ront d'aillouis, ni [dus éloignés de l'itUdàlrio, 'euus : de ce quedes millions d'Iiommos pour ni plus religieux observateurs de l.ur loi qui il soulïro n'en seront pas moins exclus du qu'ils l'élaicnt alors, et que, hors le crime de bénéfice d(; la rédemption. Et parce qu'il se la mort de Jésus-Christ. Dieu, bien loin de regarde dans eux comme leur chef, et qu'il les punir, eût dû, ce semble, les combler de les regarde eux-mêmes, malgré leur indi- ses bénédictions : vous savez, dis-je, tout gniié, comme les niembies de son corps mys- cela, et tout cela est une preuve couvaintique, les voyant délais:^é3 de Uieu, il se canto qu'en effet le sang de ce Dieu-Homme plaint de l'être 'ui-ni<^i!ie ; Dcus, Drus meus, est retombé sur ces sacrilèges, et que Dieu, nt quid drrcli(jnisii me {Malllt., KXVll;?ll 1 s (ondam-jant par leur propre bouche, s'est se plain.l do ce qui faisait gémir saint Paul, servi quoique malgré lui-même, pour les lorsque, transporte d'un zèle apostolique, il perdre, di- ce qui était destiné pour les sau- <lisait aux Galales : lit quoi! mes frères. Je- ver : Sanguis ijus super nos et super (ilius siis-Chiisl est-i! donc mort inutilement ? le nuslros.

mystère de sa croix est-il donc anéanti pour Or, cela même, chrétiens, pour parler avec

vous? ce sang qu'il a si abondamme'ut ré- le Saint-Esprit, n'est arrivé aux Juifs qu'en

jiandu, n'auia-lil donc pas la vertu de vous figure : ce n'est encore que l'ombre des al-

sanctifier? Erqo gratis Cluistus mortuus est ? l'reusos malédiclions dont l'abus des mérites

erqn eiacuatum est scandalum crucis [Gai., Il et de la passion du Fils de Dieu doit être

et y]"! pour nous la source et la mesure. Je m'ex-

Mais ici, chrétiens, je me sens louché d'une plique. Que faisons-nous, mes chers audi-

penséo qui, toute coniraire ([u'olle [laraît à tours, quand, emportes par les désirs déréglés

celle do l'ApAlre, ne laisse pas de la fortifier de noire cœur, nous consentons à un péché

cl do la confirmer. Cir saint Paul s'alHige de contre lequel notre conscience réclame, et

ce ('(U'i! semble que Jésus-Christ ail souffert que faisons-nous quand, possédés de l'esprit

en vain; et moi je me consolerais presque, du monde, nous résislous à une grâce qui

si c'était seuleaiont en vain qu'il eût souffert, nous so'lieile et qui nous presse d'obéir à

et si sa passion ne nous élait rendue qu'inu- Dieu ? s.ins y penser et sacs le vouloir, nous

lile par nos péchés. Ce qui me consterne, prononçons secrètement le même arrêt de

c'est qu'au même temps que nous nous la mort que les Juifs prononcèrent contre eux-

rendons inutile, il faut, par une inévitable mêmes (k^ ant Pilato, lorsqu'ils lui diront:

nécessité, qu'elle nous de\ieMne pernicieuse. Sam/uis ejus super nos. Car celle grâce que

Car celty passion, dit saint Grégoire de Na- nous méprisons e4 le prix du sang de Jésus-

zianzo, est de la nature de ces Vemèdes qui Christ ; et le péché que nous commettons est

luoul dès qu'ils ne guérissent pas, et dont nue profanation actuelle de ce même sang,

l'efl'el est de donner l'a vie, ou de se couvcrlir C'est donc comme si nous disions à Dieu : Je

en poison : ne perdez rien de cici, je vous vois bien. Soigneur, à quoi je m engage, et

prie. Souvenrz-vous donc, chrétiens, de ce je sais quel ris(|ue je cours; mais, plutôt que

qui arriva dans la suite du jugement, et sur do no me pas contenter, je consens que le

le point de la condamnation du Fiisdo Dieu; sang do votre Fils retombe sur moi : ce sera

lorsiuie Piistc se Idiant !os iuaiii; ûkuM les à moi d'en porter le châiimentj mais je sa-

in 15 MVSTKIIES. bLllMON V. SLIl L.V PASSION DE J -C. 1018

lisfer.ii mi pnssion : vous aurez droit d'oii vos yeux soailli; de re sanp; qui l;n c les cri-

r.'liier une juste vcuiicince ; in.iis ce|ieii- mes des autres? Encore si je no 1 étais ()u(!

d.int je xieudrai ;'i l)otit de mon eiilri'prise. de mes propres pérliés, i)eut-étre pourrai^-

Aiiisi nous nous ci>ii(laninons nous-m»^- je nie promellie un juj;emenl moins rigou-

nies, et \()il;'i, chrétiens, nn des fondements roux ; considérant mes péchés comme mC'»

essenliels (!e ce m^slère si lerrihle de l'éler- niisèrc-;, comme mes faiblesses, comme mes

nile d'S peines dont la foi nous menace, el ignoranci s, peut-être vous en liendrez-vons

(jui révolte notre raison. Nous désespériius moins ofiVnsc. Mais que ces péchés dont je

il'cn avoir l'intelligence dans celle vie el serais couvert se présentassent à moi conime

nous ne prenons pas garde, dit saint Chry- aut.inl de sacrilèges par rapport au sang do

sostome, que nous la trouvons tout entièie voire Fiis; que l'abus de ce sang fût mêlé et

dans le sang du Sauveur, ou piulôl dans la confoiidu dans tous les dérèglements de ma

prol'an.Uion que nous en fai^ons tous les vie ; (pril n'y eu eut aucun contre lequel ce

jours. (Jar ce sang, mes frères, ajouti; ce sang ne criât plus haut que le sang d'Abel

saint docteur, sultil pour nous rendre, non cenire tla'in ; alors, ô Dieu de mon âme! que

pis moins affreuse, mais moins incroyable deviendrai-je en volri> présence '? Non, Sei-

cetle élernilé, et voici par où. (Je sang est gnenr, s'écriait alTeclneuscment le même

d'une dignité inlinie, il ne pcul donc être sainl l!ernar<l, ne [jerneltez [las (]ue le sang

vengé que par une peine inlinie. Ce sang, de mon S, iu\ eur retombe sur moi de la sorte,

si nous nous perdons, s'élèiera éieriielle- Oui! tombe dans moi pour me sanctilier el

nient contre nous au tribun;;! île Uieu, il ex- non pas sur moi pour meréprou\er : In me.

citera donc éterneremenl contre nous la co- non suj'er inc (liern.). Dans moi, par le Lo»

1ère de Dieu. Ce sang, en tombant sur les iisage des grâces qui en sont les divins écou-

ré 'roinés, leur imprimera une tache ((ui ne leiiienis, et non pas sur moi, par l'aveugle-

s'efl'acera jamais; leurs tourments ne doi- menl d'esprit et l'endurcissement (le cœur

vent d(U)c aussi jimais linir. Un réprouvé (|ui en soûl les peines les plus redoulables ;

dans l'enfer ])araîU'a toujours aux yeux de dans moi, par la participation de l'adorabh-

Dieu leiiil de ce sang (lu'il a si indignement eucharistie qui en ( si la précieuse source, et

Irailé, Dieu donc aura lonjours boireur de non pas sur moi, par les malédictions alta-

hii, el comme l'hoireur de Dieu pour sa cliées au mépris de vos sacrements : enfin

créature est ce qui fait l'enfer, de là vient dans moi, parle règlement de mes mœurs el

que l'enfer sera éternel. VA en cela, mon jiar la pratique des œuvres cbrélicnnes, et

Dieu, vous êtes souverainement érjuitable, non pas sur moi, par mes égarements, par

souver lineinent saint et digne de nos louan- mes infidélilés. par mon nbslination el mon

ges et de nos adorations : Jusius es, Dutniiie, impénitcncc. C'est, mes frères, ce que nous

tt fiirirtiis, (/tti Ikfc jndicasli {Apoc, X\'I). devons aujourd'hui demander à Jésus-Christ

C'est ainsi que le disciple bien-aimé s'en ex- crucifié, c'est dans ce senlinient qu", nous

pliipiait à l'ieu mémo dans son .^pocalyp^c. devons aller au pied de sa cioix et recueillir

Les In nimes, lui disait-il, Seigneur, ont ré- le sang qui en découle. Celait le Sauveur

liaiidii le sang de vos serviteurs et de vos des Juifs aussi bien que le nôtre; mais de ce

iiropbèlcs ; c'est pourquoi ils ont mérité de San eur, <lit sainl Augustin, b s Juifs ont

le boire, mais de le boire dans le calite de l'ail leur juge : Crucifixcnint Salvatorein

voire indgnation : (Juid simijuirir)a santio- suum, el fccirunt diiinnalorcin suum {A>ig.].

ruin fiiilcnint, et sanguinem dedisli eis bi- Préservons- nous de ce malheur, il ne lient

livre (Ibid.]. expression dont se sert l'I'^eri- qu'à nous. Qu'il soit noire Sauveur, ce Dieu

tuie pour signifier les derniers efforts de la mort pour nous sauver; qu'il le soit pen-

vengeance divine. .Ml ! si le sang des pro[)liè- danl tout le cours de notre \ ie, el que ses

tes a attiré sur les hommes b's fléaux de mérites réjiandus sur nous avec abondance

Dieu, que sera-ce du sang de Jésus-Clirist'? ne perdent rien entre nos mains de leur efli-

Si le sang des martyrs s'est fait entendre cacc, mais la conserveni tout entière par le

jus(]u'au ciel contre les persécuteurs de la fruit que nous en tirerons. Qu'il le soit à la

loi, comment sera entendu le sang du Ré- mort, et (jn'à ce dernier moment la croix

dempteur'? soit notre soutien el nous aide à consommer

Car voilà, encore une fois , chrétiens , la l'ouvrage de noire salut qu'elle a commence,

déplorabic nécessiléoù nous sommes réduits. Qu'il le soit dans l'éternité bienheureuse où

Il faui (jne ce sang (jui coule au Calvaire de- il nous fera part de sa gloire autant que

aiide grâce pour nous, ou justice contre nous aurons pris de part à ses souffrances,

nou*. Lorsque nous nous l'aiipliqiions par C'est ce (jne je vous souhaile, elc.

une f li vi^e el par une sincère pénitence, il SEUMON V.

demande grâce ; mais, quand par nos désor- g^^^ ;^, passion r/c Jésus-Christ.

dres et nos impiétés nous en arrêtons la sa- .. .... , ,. .■ ,„,„o i, ,,;,,„,„, „ii

, , . . -, 1 1 ■ .■ . 1 i. I ^llllc iiiJiciunn est niiindi; nuiic pi-iiiceps liiijus niuinli

lutaire vertu, l! demande justice, et il l ob- ej,c,eliii- foras, et ego m exall;.lns fiieio a I. na,o„MM:i ir..-

lient inf.iilliblemenl. (j'esl dans ce sang, dit liam aJ mpl|isiini. Hoc aulem iilceLi.it sigiiilicaus quu mûrie

saint lîernard , que toutes les âmes justes esset niuiiuinis , , , -,

soiil puriUces , mais pai un pioUigc luul ,„„a ,ji,c i,: pruu-,' d.unumh' va iue cJmsse : el, qnand on

oppose, c est au^sl dans ce même sang que m'aura vkw de li icne, jaimerai lom à moi. Ce qiril

tous les pécheurs de la terre se souillent et diMl imir mariner de ijuel (jciirc de aiorûl devaU ir.ninu-.

se rendent, si j'ose dire, pins hideux devant (^- •''''"'• ''''• -^" '

t»icu. Ah! mon Dieu, paraitrai-je jamnis à Sire, t'est ainsi que le Sauverir du uiDiiie

MH ORATLLRS S\CRrS. fiOURDALOUf:. 10!S

{'.arlail de hii-mèiiie, et qirciiln'lcn.Tiil srs Niinr jndiriinn est mniuli. C'est .■luioiinriiiji lîisriiilcs do ce qui devait lui iirriver, il leur le jd^'ement du monde, pourquoi? l'.irce (|i e déi i.ir.iil loul à la lois, par un es|iril pro- c'esl an jourd'liui (pic le Fils doDiru, fia r un I liélique, (rois grands uiyslères renrerinés secret iin(iéuelralilc de sa saf;csso el de sa tiaiis eeini de sa passion et de sa mort; le cliirité divine, s'est soumis à èlre jugé et jugement du monde commenié, le prince du (•on{!aiiiné par le monde, et parce que c'est inonde chassé, le Fils do i'iioninie ékné, cl aujourd'liui que le inonde, par un retour néattirant à soi Inut 1<! li onde. De ces trois cessairc et inévitalile, a clé malgré lui (ounijsléres et de ces trois oracles prononcés damné el jugé par le Fils de Dieu. Deux jupar Jésus-Clirist, nous en voyons déjà deux ges el deux coiipaldrs loul à la fuis, ou plu- .sensililemenl ricconiplis. Le Fils de l ïlomme toi un coupable érigé en juge, el un juge déck'vé, el attiranl tout à lui ; car quelle virlii gr.,dé jusqu'à la condilioii de coupable; un la croix où nous le contemplons en ce saint faux juge et un \rai coupable ([ni est le jour n'a-1-elIe pas eue pour lui allirer les nionde; un coupable apparent et un juge lécœurs? De celte croix rjui l'a élevé de la gilimc qnj-est Jésus-CInisl ; tous deux prolerre, combien de sectateurs de sa doclrinc, nonçanl, toi;s deux décidant, tous deux, par combien d'imitateurs de ses vcrius, combien une op|iosillon mutuelle et Idcn surprede Confesseurs de son nom, combien de mar- naiile. se réprouvant. Deux jugements dans lyrs, témoins irréprochables de la vérilé de la vue desquels je puis m'écricr d'abord avec sa religion, combien de disciples zélés pour le prophèli' royal ; Juduia lua abijssus mulla sa gloire, disons mieux, combien de peuples, (/*«■. \XXV) : Ah 1 Seigneur, que vos jugerombien de royaumes el d Etats, n'a-l-il pas mcnis tout iirofonds ! Soit que je considère g.ignés el soumis à sou Evangile? El ego. si celui que le monde a porté contre vous, soit eaaitatas fticro a terra, oinnia traliiim ad que je médile celui (]ue vous avez porté conmeipaum. Le prince du monde chassé : car, Ire le monde, tous deux mi! paraissent de en vertu de ce mystère de la croix, comliieu vasl( s abîaies , l'un de péchés, l'aulre de de temples ont clé ren\ersés, combien d'i- vertus; l'un d'horreur el d iniiiuilé, l'autre doles lirisées . combien de faux sacrifices de grâce et do sainlelé. Abîme d'iniquité, «abolis, combien d'erreurs confondues, corn- dans le jugeuicnt où je vois le Saint des liicn de sujiersliiions détruites, combien d'iu- s liiils condamné jiar de< pécheurs ; abîme do fidèles convertis, coiiibien de pécheurs sanc- sainteté, dans le jugemenloù je vois les pé-i lifiés? Tout cela aux dépins du princi; du cheurs coiidaiiiiies par les exemples d'un inonde cl de ce fort armé que le Fils de Dieu, Dieu mourant, lui deux mots, chrétiens, Jéjdus puissant encore el plus fort, est venu sus-Christ jugé par le monde cl le mon;!c coinhattro, non parla force néanmoins et jugé par Jésus-Christ, c'est loul le sujet de par la puissance, mais par la faiblesse et votre attention, par l'infirmilc : IS'unc princeps liujus mundi phe5]iî;re partie. ejicietur furas. Il ne reste donc plus que le Ce n'est pas sans un dessein de Dieu parjugemcnl du monde, et c'est l'inij ortanl nijs- tirulier que Jésus-Christ, qui devait être le (ère que j'ai choisi pour sujet de ce discours, juge de tmiles h s coiidilions des hommes, a Jésus-Christ nous assure que ce jugement \<)ulu être jugé par des homims do toutes du monde a commencé dans sa Passion : les conditions. Le juif el le gentil, dit saint Nunc jtidieium est mundi; cl c'est ce (jue Chrysoslome, le laïque et le prêtre, le pouj'enlreprends de justifier, après que nous life et h; magistral, le sujet et leroi,lepeuauronsrenduà la croix qui fut l'inslrument plé cl la cour, Ions l'ont condamné paice de toutes ces merveilles, l'S devoirs ordi- qu'ils devaient tous élre jugés par lui, et naires en lui adressant la prière de l'église : quand nous voyons cet Homme-Dieu conduit

0 cruxl ave. de tribunal en tribunal, pour éprouver l'ini- Que celui (jui csl Dieu et sans usurpation quilé des divers jugemenls du monde, nous

égal à Dieu, juge le monde cl le coiidimne, ne devons pas le considérer comme un cou-

c'est l'ordre nature! el inviolable ; mais que pable qui les doit subir, mais comme un

le monde enireprenne déjuger et de con- Dieu qui va les coul'ondre. Il parut devant

damner un Dieu , c'est le reiiversemeiil de (rois différents tribunaux, celui de Ca'iphe ,

1 ordre el le comble même de tous les dèsor- celui d'Hérode el celui de Pilate. Celui de dres. Il appartient, dit saint Ambroise, au Caiphe où son innocrnce l'ut opprimée, celui supérieur de juger el à l'inléricur déti-e d'Hérode où sa sainteté fut méprisée, celui jugé. Pour juger, il faiilaxoir l'autorité, de Pilate où sa cause fut trahie et abandonet jiour être jugé el condamné, il fiiil élre née. Celui de Ca'iphe <jue j'appelle le Iribu- «lépcndant el criminel. Le monde élail le nai de la passion , celui d'Hérode que j'apcriminel et le sujet, et Jésus-CInisl était le pelle le tribunal du liberliiiage, celui de Pijuste cl le souverain. Celait donc Jésus- laie que j'appelle le tribunal de la (lolitique. (]hrist qui devait juger le monde, el non Trois jugements du monde auxquels Jésuspas le momie qui (levait juger Jésus-Christ. (Christ a bien \oulu se soumellre et dont je Cependant, mes chers auditeurs, nous voyons vais vous représenler l'Injustice, écoutez ici l'un Pt l'autre, cl le mystère des soulTraii- moi, s'il vous pi. .il.

CCS du Sauveur n'est qu'une preuve sensible Les soldats , dit le texte sacré , s'ciant

«t convaincante de cette parole qu'\i'ai prise rendus maîtres de Jésus-t^hrisl , el l'ayant

pour mon texte el (jui s'est vérifiée à la lettre pris dans h- jardin, le minèrent d'abord clieï

^lans le double teas fjue Je lui vais doiui r : Caïidie ; cl là , les docteurs de la loi et l«i

fei9 MY-iTCaKS. SKUMON V. SIU LA PASSION DE J.-C. M.-jO

iinripns du pciiiile éljiirnt asscmliK's : Te- Mr.ia rncore , quelle prorôiluri- . quelle nenles Je.utm , (liisn-iint ail Cntpltiim, prinri- (ninie oliseï va l-oii dans ce jii^ciiieiil ? Jo jirm sncenhluT», nlii arrilKT ri .■leniorcs cou- vous l'ai dil : poiiU i'."aiilre que relie que la renermil (Mnllli.. XWI). V.>iià le premier passion leur sus;;6ra. Car, prcuez bien i;ard(î Iribun.il où le Fils de Dieu lui présenté, et s'il vous plaîl ; ils sonl juf;es, et toule leur où les hoiuMies porlèreut nmlre lui un ju- .Tpplicaiion est à clicrelirr conlre Jésusuemenl que j'appelle jiiperneul de passion. Christ do faux (émoii,'nages pour le faire Pourquoi? ,ippliquez-M)us à ma pensée: mourir : /'/ i(in'/;e.« inilcm fiicodolnm , it parce que Cl- fu( un jupcmenl auipiel la pas- amne onciliinn (luœrcbitnl falsiim Ic^tiino- .Mon seule présida , un jui,'enient où l'on niuin contrn Jcsiiiu, vl aiin morii liaili-rnii. n'observa point d'autres procédures que (.1/(j/(/(.. XXVI.) Au défaut de la vérité, ils (Uicelles que la passion y employa ; et , ce qui ploient l'imposture cl !a calomnie d'un j,'raiid est encore plus inique , un jugement que la nombre d accusateurs , qui ne parlaient ni seule passion exécuta : Aune juiiicium est conséiiuemment ni à leur gré; i!s en subormiindi (Joa»., XII). nent deux, dont la déposition vaine el fri- La passion scu!e y présida ; car c'élnienl vole est reçue a\ec applaudissement. Ils les ennemis de .lés'as-Cliri-t , qui, conlre press:MU le Sauveur de réi^ondic s'il n'est pas toutes les lois de l'équité, se déclarèrenl alors vrai (pi'il s'est vanté de <létruirc le temple ses juges. I. es mêmes qui l'avaient liaïUe- de D,eu , c! de le létablir trois jours après ; ment persécuté, les mêmes qui , par un des- i t , quoiqu'il se lût expliqué d'une manière sein formé, avaient entrepris de le faire pé- à faire culemlre aux plus grossiers que c'érir, les mêmes (lui et lii'nt connus dans Je- tait du l -iniVe de son corps qu'il s'agissait, rusalcr.i par leur animosilé et leur haine ils lui font de cette marque qu'il avait voulu conlre lui , ce furent ceux qui prirent séance donner de son pouvoir un prétendu crime, pour décider de sa cause. Ils avaient la ragi» Ils l'interrogent louchant sa do( Irine et ses daiislercrur, une maligne envie les piquait disciples; et, parce qu'il répond (ju'il n'a et les irritait; possédés de ce démon, ils mé- rien dit en secret, <\u'il a toujours parlé pudilaient une vengeance d'éclat , el c'(Sl dans bliquement, et qu'il veut bien s'en rapporter celte disposition qu'ils tinrent conseil. A quoi à ceux (|ui l'ont entendu (réponse pleine de pensons-nous, disaient-ils"? C*n ne parle sagesse, d'humilité, de niodesiie), ils le Iraiplus ()ue (les n)iracles de cet homme, tout lent d'involeut, connue s'il <ùl perdu le resic monde court a|)rès lui, le |)euple l'écoute pect (ju'il devait au soiner.iin pontife. Le c<!mme ua prophète; el, si nous lesoulTrons grand prêtre lui rouimamle parle Dieu viplus lougicuips, il nous détruira; il vaut vaut de déclarer s'il est en elTet le Christ, doue mieux le prévenir; el , puisque sa Fils de Dieu ; el, sans autre examen , ayanl Vniue est le seul mo\cn nécessaire pour lire de lui cet aveu, il raccuse de bl.isplième, empêcher la nê)|-e , il faut nous hâter de le il déchire ses habits, il le juge digne de mort, perdre. C'est ainsi que raisonnaienl ces es- Jamais la passion pr(moiiça-l-elle un jugcprits prévenus cl envenimés. Le Fils de ment plus irrégulier'? Mais elle ne se con- Picu était pour eux un concurrent impor- tente pas de l'avoir prononcé , |)uis(|u'au luu. Les pharisiens se tenaient mort(dle- même temps, malgré toutes les lois de l'hu- Hient oITensés de ce (;u'il découvrait leur hy- manilé , elle en \ieul à l'exéculion. A peine pof risie ; les scribes, les savants de la s'y- Caïphe al il conclu au nom de tous conlre liagogue , de ce que leur doctrine était moins Jésus-C^hrisl, que chacun deux oubliant la approuvée (lue la sienne; les pontifes el les qualité uc juge, ne pense plus qu'à l'oulraprêires, de cj (|u'il était plus honoré (lu'eux ; g'r et à l'insulter ; les uns lui crachent au et, parce qu'ils désespéraient de pouvoir visage, les autres le chai cent de coups; tibscurcir sa réputation , ils l'atlaiiuent lui- ceux-ci lui donnent des soiilllets, ceux-là lui même , et Iraï.jillent à l'opprimer. Mais il bandent lesyeux, et, en Icfrappanl, le délient ("allait un prétexte : ah ! mes chers auditeurs, de leur marquer cl de dire quel est celui qui la (lassion en manqua-t-ellc jamais? el quand le frappe : Tune exsinicruul in fucicm rjus, <( elle n'en aurait point d'autre, le masque de culaplii^ cum cccidirunl [Mattli., XXlX,). la pieté n"a-l il pas été de tout temps le voile II semble qu'on ne pouvait rien ajouter .i spécieux dont elle a su se couvrir"? Ils font cet emportemi'iil. Vous vous trompez, c''.répasser celte conjuration pour un vrai zèle ; tiens : une nouvelle circonstance cul quelque Caïphe la leur propose comme un expédient chose encore de plus piquant, el mit le nécessaire pour le bien et le salut du peuple, comble à tout le reste. (Vêlait la couc'est-à-dire qui les engage au plus grand de tuine de délivrer, au temps de la pâciue, un tous les sacrilèges, comuie à un acte de reli- criminel; et, sur le dioix qu'on leur d'Anne gion et de charité. Ainsi , les mesures prises à faire, ou de Jésus surnommé le Christ, <iu pour faire réussir leur allentat, ils coiiimcn- de B.irrabas, un des plus méchants hommes cèrenl à éclater, m.iis avec une ( iolence , ou, de la Judée, toujours également remplis de pour mieux dire, avec une fureur qui n'eut Gel, et aveuglés par la passion (jui les Iranspoint d'égale : voulant que Jésus-Christ fûl porte, ils persnailent au peuple de demanjngé et condamne à mort le jour même qu'on der Barrabas et d'abandonner Jésus. Cicux 1 téléhraitlaPàque,san3respcctcr lasolennilé, s'écria le prophète eu vue de celle inisans déférer à la coutume, sans garder nulle quilé, soyez-en saisis d'élonuemcnt : Obsln- Menséance, parce que la passion avait éteint pescile, cœ'i , sitprr lioc [Jcrcin. , II). Lo (|aus eux toutes les lumières de la raii n. Suint des saints Cil mis en parallèle avec ua

liril OiîATllRS SACRES. BOliRI) ALOllE. 10>2

séililieux el uu hoinicide : que (l.-vnns-noiis pnssion, cl nous regardons comme nul in( de

après cela penser de l.i Ciiisso csliine du Siicrilices nos rcsscnlimenls et nos vcii}j;can-

iiionde ? Mai'i, aux dApens du Sameiir, l'ex- ces ; que de là naissrnl les niàilisances, de

travagance de l'eslinie «lu luoiide va bien là les sui)posilions cl les imposlurcs, de là

eîicnre plus loin; car, la chose est mise en mille autres désordres si connus et si peini-

(icliliéraiion, sans variété d'opinions et de cieux dans la sociélédes hoinims ; de vous

suffran;es, d'une CDMinnne voix Jésus-Christ dire, enfin, (|u"à l'exemple des Juifs, parce

est ali.indonné et Itirrabas absous. Un sec- que nous scjmnus passionnés nous soimiics

leral infâme es! prélëré à riniiocenca même; non-seulement aveugles, mais iiuonstanls,

et cr peuple dont les acclamations relentis- mais bizarres, mais emportés dans nos ju-

saient, il y a quchiues jours, à la gloire ilu giMucnls : inconslanis, condamnant aujour-

Fils de David ; ce piuple qui le reçut comme d'hui ce (jue nous approin ions hier, Tabais-

le Messie, comme ren\oyé de son Père, sant par mé))ris jusqu'au néant celui que

comme le roi d'Israël, par un changement nous éle\ ions jusqu'au ciel, disant analhùme

d'aulinl p'us inroaceiable qu'il est extrême, à(]ui, peu de jours aiipara\anl, nous avions

le met au-dessous (le Brirrabas , l'accable de applaudi; bizarres, ne faisant grâce (ju'à

nialédiclions, sollicite sa morl. et demande qui nous plail, nous enlélant par caprice

avec empiesscment et par mille cris redou- en faveur des uns, et nous déchaînant sans

Liés (|uon le crucifie. raison contre les autres, détruisant indis-

Encore une fois, chrélicns, voilà le juge- crèlement ou nialieieusi iniMil ceux-ci, pour

nient (lu monde: jugement de passion, et porter injuslement ceux-là ;el, parce que

par là même jugement corronipu et ré- c'est la passion (jui nous fiit juger, préi'e-

prouvé. Ue vous dire que c'est ainsi que rant les sujefs les pins indignes à ceux

nous en usons tous les jours, et que la plu- qu'un vrai niérile rend malgré nous recom-

jiart des jugements des hommes sont encore mandablcs ; emportés, nous formant de faus-

de ce car .clerc ; des jugemcnis où la passion ses consciences pour justifier nos aigreurs,

domine, oîi elle prononce des arrêts : et où pour persécuter plus impunément le juste,

elle dci ide souvcr.iinement, mais cruelle- et pour accabler le faible ; de m'étendre, dis-

nienl, au désavanlage du prochain ; (le^ ju- je, sur celle morale aussi salutaire «{u'humi-

gmenls (|uc forme l'aNcrsion et ren\ le, et liante pour nous, ce serait un champ trop

dont les peruirieuses conséiiuences ne vont vaste. J'ai à vous dire (jui'biue cho^e encore

|)as moins (jue cel.;i des Juii's au !en\erse- de plus en vous faisant voir Jesus-Chiisl à un

ment (le loule l'équilé naturelle. Ue vous dire aulre tribunal.

qu'il nous suffit, par exemple, de regarder Le second tribunal où comparut le Sauun homme comme notre ennemi, pour ne veur du monde, c'est celui d'Herode el do pouvoir plus lui rendre justice, tant nous sa cour : tribunal de l'impiélé, qui de tout somoics al.irs dcitermirés à le censurer et à temps ayant affecté de jiiger des œuvres de le décrier; que du moment qu'il s'est attiré Dieu, eulreprit de juger la personne de Dieu notic indignalion, ou que sans sujet il a (u même. Ne craignons point de nous explile malheur de s'allirer noiredisgràce, relTel quer : parlant ici devant le plus chrétien de de la passion qui nous préoccupe est de noir- tous les rois, et le plus zélé jjonr sa religion ; cir dans notre esprit s( s plus innoienlcs je puis hardiment et sans aucun ris(iue, actions , d'empoisonner jus(]u'à ses inlen- profiter de l'avantage que me fournit mou lions, de nous cacher ses vertus et de nous sujet, pour vous représenter dans toute son grossir ses vices ; qu'en vain il ferait des horreur le désordre d'une cour profane et miracles, puis(iue ses miracles même ne ser- impie ; et, si, parmi mes auditeurs, il y avait viraient (juà nous le rendre plus odieux : encore aujourd'hui de ces courlisans réproupourquoi? parce que nous jugeons de lui, vés qui se font un mérite et une gloire de non par les (|ualilés qui sont en lui, mais leur libertinage, je sais trop les dispositions par la passion et la malignité qui est en et les iuleulions du monaripie qui m'écoute nous; de vousdire,(ine par une indigniledont pnur ne pas seconder sa piélé en leur dédanons devons rougir, el (ju'on ne peut assez ranl une guerre ouverte, et employant connous repro(her, il n'esl pres(iue pas en no- Ire eux l(uitc la force el toute la liberté du Ire pouvoir de conserver des sentiments rai- ministère évangé!i(iue. Hérode, homme sans sonnables pour ceux qu'une malheureuse religion, voit le Fils de Dieu soumis, nonjalousie nous fait envisager comme nos com- seulement à sa |iuissance, mais à son jugepétiteurs, pour ceux (jui prétendent aux mê- menl. Oue fiil-il, Imit impie qu'il est "/ il mes rangs (]ue nous, pour ceux qui sont eu re(;oil d'aborl Jésus-Christ avec honneur et état de nous les disputer, beaucoup uioiiis même avec joie, dans l'espérance de lui voir pour ceux cjui les obtiennent et ((u'on n(Uis faire des mi:acles. Ne perdez rien, s'il vous préfère, que [i.ir là, si nous n'y prenons bien plaît, des circonstances que je marque. Au garde, nous devenons ennemis de tout bien lieu des miracles que cher( lie Hérode, Jésusel capables de tout mal ; (|ue par là, sans Christ eu l'ail d'autres devani lui , encore scrupules el sans remords, nous entronsdans plus convaincants et plus louchan's ; mais des intrigues ()ui ruinent absolument lâcha- llerode, ne les connaît pas. Frustré de son alrilé chrétienne; i|ue par là, faisant servir tente, il méjiri-^e cet homme, dont il avait Dieu à noire injustice, ainsi que parle le entendu tant de meiveille-i : Sprrvil illnm l)rophèle, semblables aux pharisiens, nous oon fj-frcùii .siio (/.ne, XXIII) ; el par dériappdons la religion au secours de noire sion, il le renvoie rcvclu d'une robe blanche:

K53 MYSTEUrS. SKRMON V. SUR L.\ PASSION DE J.-C. 1054

Illii^i! iniîiiliim if.</(' nlba cl rcmisit [Luc, de ce prinro une ciiriosilé dircclonicnt op-

XXIII). Quatre caractorrs dorimpiolé,ctst!r- posée à lliumililé de la vraie reliiiion. Il a

loiilde colle (|iii rèiinep'us cotiimiinéiiiciil à la fait, dit saiiil Cliry,>()slotne, des niiraelespour

tour, savoir :1a curiosité, rii^uoiaiice, le le.é- seconder la foi des peuples, il en l'ait iiour

pris des choses de Dieu, l'esprit railleur. Kii soulager les misérables, il eu fait pour exau-

pul-on produire un exeniplc p'us appro. liant cep les pécheurs; mais il n'en fera point pour

de nos iiiicuis, el plus sensible que celui-ci ? déférer à l'incrédule et au libertin ; et en cela,

Il y avait longtemps, dit ré\ani;élisle, qu'Hé- mon Dieu, paraît votre f;li)ire aussi bien (]ue

rode souhaitait de voir Jesus-Christ, parc" \otre sagesse : eu cela même vos serviteurs

qu'on lui en av.iit beaucoup parlé, el c'est trouvent un fond de consolation pour eux.

pour cela qu'il lui fit en a]ipareiice un favo- Il a l'ait des miracles dans les bourgades de

rable accueil, el (lu'il le prévint, l'iulcrro- la Judée cl de la Galilée, et il n'en veut point

géant sur plusieurs choses : Viso Jesii, ga- (aire à la cour. Ah! mes frères, reprend

risits est vaille ; crut cniin cupiritst e.v nuillo saint Chrvsostome, n'est-ce point parce que

tempore vidcrc cum, eo quod nudicral mitlla la cour en est indigm-, et qu'il élail do l'iiun-

de en. Inlerroqidint aulein eiim mitllis scrnio- neur et delà sainteté de Jésus-Christ, la

nibus (Ibid.). \(.i'\\;\ l'esiirit du monde, cl en voyant dans celle corruption eniiére et de

particulier l'esprit de la cour. Ou \cul \oir à mœurs, et de créance, de la dédaigner'.' Ainsi,

la cour les hommes extraordinaires, les en cessant même de faire des miracles, cet

liommes rares cl singuliers . les hommes Homme-Dieu montrc-l-il ce qu'il est, et ré-

niéme distingues par la sainteté de leur vie. proine-l-il le jugement du monde. .Mais en-

On les veut voir, non pas jiour les écouler core, dii-ez-\ous, pourcjuoi refuserail-il ce

ni pour les croire, mais pour les examiner remède à l'impiété, cl, puis(iue l'impiété ne

el pour les censurer, mais pour y découvrir peut être convaincue que par les miracles,

du faible, mais pour en rabattre l'estime; pt)urquoi ne coiulescend-il pas à sa faiblesse?

car c'est à (iu(d aboutit cette maligne eu- Pour deux raisons qu'en apporte saint Gré-

riosilé dont le mon le se pique. Comme les goirc pajie, premièrement, parce que l'im-

entrées à la cour sont toujours riantes et piété, indépeudammcnt (les miracles, n'a

agréables, et que les issues en sont ordi- d'ailleurs que tro() de lumières pour se con-

nairement tristes et funestes, c'est ce que le vaincre, et (ju'il n'est pas juste que Dieu s'o-

Sauveur éprouve lui -mèire : il est rcçudaiis bligc à employer des moyens cxtraordinai-

lacourd'llerodecommeunprophcleet comme res , taudis (|u'il nous en fournil d'autres

un faiseur de miracles ; mais il en sorl bientôt suffisants, mais dont nous abusons par n dre

après comme un misérabl.' et comtnc un in- malice; secoiidemenl, parce que tout impie

sensé : pourquoi cela? c'est que la joie qu'on et lout libertin qui demande des miracles

lémoiguc de l'y voir ne vient pas d'un désir pour se convertir, n'en serait pis moins

sincère d'apprendre de sa bouche les \érilés libertin ni moins impie après les avoir vus,

éternelles, m.iis d'uu esprit vain cl curieux, cl qu'ayant éloufle dans son cœur loules les

qui ne cherche qu'à se satisfaire. Or, il est lumières de la raison el de la foi, il saurait

injurieux à Dieu, dit aduiirableuienl saint bien encore, p(uir se maintenir dans la pos-

Auguslin, de servir de sujet à la vanité et à session de son libertinage, éluder la preuve

la curiosité de l'esprit de l'Iiouime ; et c'est que formeraient contre lui Us miracles, en

en quoi Ihomuie est impie, de \ouIoir con- les attribuant, soit à l'illusion des sens el à

tenter sa r.iison aux dépens de la majesté l'art magique, soit à toute autre verlu occulte,

«le D eu, ou plutôt de vouloir soumettre la mais nalundle.

majesté de Dieu au jugement de sa raison. Tel était l'elat d'Hérode, telle était la situaau lieu de suivre l'or Ire contraire en soumet- lion de son esprit, et telle est celle de tous tant par la foi sa raison el son jugement à. les esprits prétendus forts que je combats, l'esprit di- Dieu. (^ar le Sauveur, encore e.ne fols, praliqnant De plu-, Herode espéra que Jésus-Christ lui-même ce (lu il avait enseigné, ne voulait ferait quelqui' miracle en sa présence, et il point, selon l'expression de TLeriturc, donle désira avec passion : 5/)cr(i6((f .s!'(y/nt)/i a/i- ncr aux (biens les choses saintes, el faire f^uod vklere ait eo péri ( Ibid. ). Autre carac- des miracles dont il n'y av.iit nul finit h altère de l'infidélité du siècle : on veut voir des t(>ndre. Que dis-je, chrétiens? Jésus-Christ miracles, cl sans cela on ne veut rien croire: fait des miracles en présence d'Hérode; mais NIsi si'jna et prudii/ia liderilis, non creditis il en fait (lu'Hérode ne connut pas, el dont ( Jo«H., IV ). Mais Jesus-C!iri>i, bien loin de son ignorance, compagne iiisé|iarable de î iiccommoder en ceci au caprice el au goût l'impiété, ne lui permit pas de faire le discerde l'impie'é, la laisse d.iiis sou endurcissement nement. Caria curiosité d'Hérode allait à el la confond, suspendant les elîels de cette voir îles miracles de puissance, des miracles verlu divine, dont il a'ait donné en lanl de de grandeur, des mir.icles de gloire et dévcnconlres des marques éclalaules, cl ne \ ou- clat : el Jesus-Christ par une opposition à l'eslanl pas prodiguer, pour ainsi din, sa toute- prit du monde, qu'il soutint jusqu'à l'exlrépuissaui e au gré cl selon les i ées d'un es[irit mité et aux dépens de lui-même, lui fait voir mondain. S'il eiJl fait un mir.u le devant He- des miracies d'humilité, de-, miracles de charoile, peut-être Hérode se serait-il coin erli : rite et de douceur; mir.icles que le monde mais il aime mieux, ô profondeur et abîme ignore, et qu'il fait profession de méconnaîdes conseils de Dieu ! il aime mieux qu'Hé- Ire : et c'est en cela que consiste la dépravarode périsse, que d'aulorisr dans la persomiu ^jy;, j^ ;on jugeuieiit. Car, si Uero'Jo cul.

IfloS

ouA'ri.uns s\cuî::s. bouudaloi'e.

bien raisonné, celle niodeslic d'un liomiiie que l.-inl di> iiiirarh'S nv.iicnl rendu célèltre et vénérnblo, ce silence si conslaiil, re refus d.' se jusUricr, cet nlinudon de sa propre cause et par conséiiiient do sa vie, celle tr.inquiililéel celle palionee au milieu des oulrafjes el des iusulles, ciKe feruieté à les souffrir sans se [daintire, loul cela lui aurait paru ((uelque chose <le i)lus surualuiel et de plus divin (pie les miracles niè:nes qu'il avait souliaile de voir. El en effet, c'est par là qu'un de ces deux criminels crucifiés avec Jésusi;iirist fut non-^euli nient louché, mais persuailo et converti. La force héroï(p!C et siirprcfiatilo avec laipulle il vil le Sauveur sur la croix recevoir les itijures cl les pardonner, prier (lonr ses persécuteurs et les recommandera son Père, lui lit conclure qu'il y avait en lui (luelqne chose au-dessus de l'homme, elque quicomiue mourait de la sorte ne mourait pas en homme, mais en nieu. Ainsi en juiiea-t-il ; el ce ne put ctie que l'esprit de Dieu qui, élevant sa r.iisou et la lortiflint, lui donna cette vue supérieure à toutes les vues humaines. Mais le monde en juije tout autrcmenl : ces miraeles de patience n'y sont ni reionnus ni goules. Bien loin de les lenirpourdes miraeles, il les re;;arde comme des marques de faiblesse : et c'est en quoi, remarque saint Grégoire, iiape, paraît visiblement l'ignoranec» du nnmde, de ne vouloir pas convenir qu'il y a plus do force el plus de vertu à pardonner qu'à se venger, à s'immoler qu'à se sauver, à se taire qu'.à se défendre. Quoi qu'il en soit , Jésus-(>lirist se laisse comiamner par ce jugement du monde pciverli, plu'.ôl que de l'autoriser en faisant des miraeles contraires à l'ordre de son Père. Il clioisil plutôt, ajoute saint Jérôme, de péi irlui-méme, cl de s.iuver le monde parles miiacles de sa charité, que de satisfaire le monde , el de se g'oritier luimême par des miracles de >a propre volonté. De là Hérode ne trouvant pas dans Jésus- Christ de quoi contenter sa curiosité, il le méprise, troisième caractère de l'espril libertin du monde : Sprciil illuin llcrodes cuvi cxcrciln suo (/.uc, XXIII). Hérode avec sa cour, observez, s'il vous platt, celle parole: Avec sa cour. Car que ne jieut point l'exemple d'un roi, pour imprimera toute une cour les sentiments de mépris ou de respect dont il est prévenu à l'égard de Dieu ; el, selon les lois (lu monde, que doit-on altendre autre chose de ceux que leur naissance, leur emploi ou <|uelquc autre engagement attachent à la cour, sinon (lu'emporlés par le torrent, iis se lassent un mérite, si le maître qu'ils servent est impie, de l'être comme lui'? L'usage du mondcne va-l-il pas là'/ cl, quaml par sa miséricorde Dieu nous donne un roi qui respecte sa religion, cl qui veut que sa religion soit respectée, vous, mes chers auditeurs, qui, quoiciue courtisans, êtes chrétiens, cl qui, lorsqu'il s'agit (l'être chrétiens, devez peu estimer d'être courtisans, ne devez-vous pas regarder un don si précieux comme une des grâces les plus singulières ? liérode me.niiia Jéjus-Cliriit, cl p'iit à Dieu

(jue Jésus-Clirisl n'eùl jamais ét(î méprisa ([uc dans la cour d Hérode? c'él.iil la cour d'un roi inlidèle, et ma douleur est ({ue, de la cour d un roi infidèle, cette impiéle cl ce mépris de Jésus-Christ a passé dans les cours des princes chrélicns.

Enfin , dernier caractère du libertinage, Hérode joint au mépris la raillerie la plus outrageante. Le Verbe de Dieu, la sagesse élernelle de Dieu lui sert de jouet ; cl il donne Jésus-Christ en spectacle à toulc sa cour cl à tout le peuple, le fais ml couvrir d'une robe biancljc el le renvoyant comr.io un fou : Indutnn vcslc a'Iin {Luc. XXIll). 'l'elle est la ressource la plus oïd'iiaire du libertin, et sa plus forîe défense, un esprit railleur. \'ous aurez beau vcus api.iiycrdes raisonurnienls les plus solides pour convaincre un de ces esprits maLgnemcnt enjoués el agréables, une vaine plais interic lui tieiidia lieu de réponse, et, parce (]ue ceux qui l'écouleiU ne sont souvent ni mieux instruits ni mieux disposés (|ue lui, on s'ail.iclicra pliilôlà un mot (ju'il dira et (ju'il saura assaisonner d'un certain sel, à un coule (;u'il inventera, à un trait vif qui lui échappera, qu'aux solides vérités ([ue vous voudrez lui faire comprendre. Esprit oppose à l'espiil de Dieu, SOI tout loisqu'il s'alla(iue aux choses s.iintes ; on traite de folies les plus sages maximes de l'Evangile, et d'amusements frivoles les plus salul.iires pratiques du clirislianisme. l^sprit le plus dilHcile à guérir, parce qu'il ne [eut être gucM-i que par d;; sérieuses réllexions, et qu'on se l'ait de tout un badinage el un jeu. Esprit de la cour, où la conduite d'un homme de bien n'est souvent regardée que comme superstilion, que comme vision, (]ue comme simplicilé, pusillanimilê, lâcheté. Reprenons. Voilà donc Jésus condamné au tribunal de la passion, condamné au tribunal du libertinage, il no lui reste plus (jue de l'clre au ti ibunal de la politique; c'est celui de Pilate.

Ouel autre que Pilate devait , dans un abandon si général, se déclarer le protecteur de l'innocence'? Mais ce fut au contraire la malheureuse polili(]ue de Pilate qui acheva de sacrifier rinnoceiice du Fils de Dieu, en |iortantrarrêt de sa condamnation. Polilique, rcmaniuez bien ceci, chrétiens, polilique timide el faible [jour les inlérêls de Dieu ; polilique ardenle et zélée pour les inlérêls (lu monde ; polilique subtile et artificieuse pour accorder les inlérêls du monde avec ceux de Dieu ; poliliiiue délermiiiéc à tout pour son intérêl propre. Piiis-je vous en faire une peinture jdus naturelle, et ne la connaissez-vous pas à ces traits? Je dis polilique timide et faible pour les inlérêls de Dieu, car il devait user de son autorité absolue pour maintenir le bon droit de Jésus-Christ, dont il était persuadé ; il devait résister hautement à la violence des Juifs, mais il voulut les adoucir ; il craignit de les cho(iuer, il ménagea leurs esprits. 11 devait leur dire: ^'ous êtes (les imposteurs , et c'est injustement que vous accusez cet homme ; m.iis il voulut les gagucr par voie de remoulraucc,

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