MYSTERES. SERMON VI. SLU L.\ PASSION DE J.-C
lUTO
m US pouvons, combien Dieu a en horreur le jit'ché. puisque, pour détruire If péché, il n'a pas épargné son propre Fils ; de retonnatlre coiiihicu Dieu a aimé le monde, puisque, j)our sauver le monde, il a sacrifié ce Fils niè me, l'otijel de ses complaisances élernelles; de mesurer le degré de perfeclion cl de sainlelé où Dieu nous appelle, puisque, dans la personne de ce Sauveur mourant, il nous a donné de si illustres exemples de toutes les vertus. Ne cherchons point, pour profiler de ces leçons si solides et si nécessaires, d'autre secours que celui de la croix ; car la croix doit être aujourd'hui notre asile et l'unicjue médiatrice a (|ui nous devons recourir. Uendons-lui nos honmiages, en lui adressant les paroles de l'Eglise, et lui disant : 0 crux ! ave.
De toutes les idées dont le Saint-Esprit s'est servi dans l'Ecriture pour exprimer le mystère adorable de la passion el de la mort du Fils de Dieu, je n'en trouve point de plus noble que celle de saint Paul dans I Epîlre aux Colossiens, lorsqu'il dit que le Sauveur des hommes étant attaché à la croix, y attacha avec lui la cédule de noire condanmation, pour l'effacer de son sang, et ((u'en même temps il désarma les puissances el les principautés, les menant comme en lrionn)he à la vue du ciel et de la terre , après les a\oir vaiucuis dans sa personne : Delens <)uod advcisits nos erat, citirographuin dccrcli , expolians principalus el potestales, Iraduxil confidenttr, pnluiH triumphans illos in semclipso [Coloss., 11). Prenez garde, s'il vous plaît, chrétiens : F.Apôtre nous rcpré>enle le Calvaire comme un ( hamp de bataille où le Fils de Dieu parut pour combattre tous les ennemis de la gloire de son Père, mais surtout le péché, qui s'était montré le plus indocile cl le plus rebelle. Il faisait depuis longtemps la guerre à Dieu; mais l'Homme-Dieu est venu pour le détruire, el c'est sur la croix qu'il lui a donné le coup de la mort. Voilà le grand mystère dont j'ai à vous parler. Cependant qu'esl-il arrivé? ce qui arrive quelquefois dans les combats particuliers d'homme à homme, lorsque deux adversaires se trouvent égaux , et que l'un et l'autre se perlent des coups mortels, eu sorte que l'un el l'autre demeurent tout à la fois vaincus el vainqueurs. Ainsi, le péché a fait mourir Jésus-Christ dans sa passion , et Jésus-Chrisl, dans celte même passion, a fait mourir le péché. Deux propositions auxquelles je m'arrête, et qui vont l'aire les deux l)arlies de ce discours. Dans la première, je \ous représenterai le péché agissant contre le Fils de Dieu, el lui faisant perdre la vie; cl, dans la seconde, je vous ferai voir le Fils de Dieu délruisanl le péché par ses souffrances, et lui donnant la mort. Voilà ce qui nous est marqué dans ces paroles du prophète : Vulneratus est propler iniqaitatcs noslras, atlrilus est propter sceleia noslra ( Isai., Llllj. Qui l'a couvert, ceDieu-Homme, de tant de blessures dans sa passion? Ce sont nos iniquités : Vulneratus est propler iniquitutes nostras. El pourquoi dans sa pission a-t-il rc^u tant de blessures? pour abolir el pour
réi)arcr nos iniquités : Altritus est propler scelera noslra. Le péché donc, cause essentielle de la passion du Fils de Dieu : c'est le premier point. El, par un miracle de la Providence, le pédié trouvant aussi sa destruction dans la passion du Fils de Dieu; c'est le second. Dans toute la suite de ce discours, je m'attacherai fidèlement à l'histoire des souffrances du Sauveur, selon qu'elle est rapportée dans l'Evangile , tant pour satisfaire voire piété, qui attend cela de moi, (juc pour Concilier davantage votre alleulion.
PUEMIÈRE PARTIE.
Que le péché ail cau>é la mort au Sauveur du monde, c'est une vérité, i hréliens, dont il ne nous est pas permis de douter, tant eKe est évidente par elle-méine, suivant les principes de notre foi. Car, s'il n'y avait point eu de péché, il n'y aurait point eu de Sauveur, ou du moins celui (|ue nous appelons Sauveur n'eût jamais été sujit aux soiifl'rances et à la mort, puisqu'il n'a souffert el n'e>l mort que parce que l'homme avait péché. Je n'ai garde de m'eteiidri' sur cette proposition générale, dont vous êtes déjà con\aincus ; mais, selon mon dessein, et pour en venir a mon sujet, je m'applique à certains péchés particuliers, que nous pouvons dire avoir clé les causes prochaines cl imméilialcs de la mort du Fils de Dieu. Car, si je puis m'ex primer de la sorte, j'en trouve un qui a conspiré la morldeJésus-ChrisI, un autre qui l'a trahi el vendu, un autre qui l'a accusé, nu autre qui l'a abandonné, un autre qui l'a condamné, enfin un dernier qui a exécuté l'arrêt porté contre lui. Or, je ramasse ces différentes espèces de péchés : et voici le plan de cette première partie. Le péché qui a conspiré la mort du Fils de Dieu, c'est l'envie des scribes el des pharisiens; le péché qui a trahi et vendu le Fils de Dieu, c'est l'avarice de Judas ; le péché qui a accusé le Fils de Dieu, c'est la calonmiedes témoins qui déposèrent contre lui; le péché qui a abandonné le Fils de Dieu , c'est l'inconstance et la légèreté du peuple juif; le péché qui a condamné le Fils de Dieu, c'est la politique dePilale; enfin, le péché qui a exécuté l'arrêt de mort porté contre le Fils de Dieu, c'est la cruauté de ses bourreaux. Méditons tout ceci, chrétiens, selon quele temps nous le permettra ; cl, par de saintes réflexions, tâchons à nous instruire, el à concevoir une éternelle horreur du péché. Je reprends, el je vous prie de me suivre.
C'est par l'envie du démon, dit l'Ecriture, que la mort est entrée dans le monde, et c'est par l'envie des hommes que commença l'entr.prise détestable de la mort du Fils de Dieu. Une envie, chrétiens, dont les divers caractères sont autant de leçons pour nous; une envie formée en cabale, animée d'un faux zèle et d'une maligne émulation, colorée du prétexte de la piété, et dans le fond violente et emportée jusqu'à la fureur. Voilà ce qui a fait périr le Saint des saints, el ce qui lui a suscité la persécution où son innocence enfin a succombé. Pilalo le comprit d aboid, cl, tans autre preuve que la cou-
lUTl OliATElilS SACUF.S. DOUUDALUrE. IdTi
(iuilc ini'mc (!(!•. cniirmis de Jésiis-Clirist, il Dion et au salul du peupU-, pour un d('\rir lui pcisu.ulè (jiK» ('olail l'cinie qui le^ l'.ii'iait imiispensablo de iiuiiiiloiiir la loi cl les iraii^lr : Scicbdl niiin qiiod per inviiJiam lindi- dilioiis de Moïse; e'esl-à-dire, qu'ils fuj.l lussent eum (Mnlth., XXVI!). En effcl, ce pisser le plus grand de lous les sacrilégfs divin Sauviur n'avait pas plulôi paru dans pour un acte Iiéroïquc de religion. Ainsi, la Judée, (ju'ils s'élaiciil éli'vé> contre lui. loules les mesures pnsos, ils commencent à Celait un parti composé de trois sortes de se déclarer, mais avec une violence, disons personnes : des ponlifcs cl d( s piètres des- mieux, a\cc une furie qui n'eut jamais detinésauxministèr( s du temple, des doetctirs gale, parce que la passion s'était ren(iue la delà synagogue employés à interpréter la maîtresse de leur raison, loi, et des pharisiens, c'esl-à-dirc, des dé- Voilà , mes chers auditeurs, le désordre de vols du judaïsme, qui, par proiession, se se- l'envie ; et c'est à vous (lue celle instruction [iaraient des au;res, et aiï.ciaieiit une ansié- s'adresse , à vous qui vivez au milieu de la rilé de vie et une réforme loulc particulière, cour, où la Providence vous a appelés, mais Car ce sont là, Ô abîme des conseils de Dieu I où l'on sait assez que le péihé dominant est ce sont là ceux qui furent les auleurs île l'eniii-. C'est à vous à profiler de cet c\cml'allentat sacrilège commis contre le Fils de pie. Si je vous disais que l'envie est une pas- Dieu. Ces Irois faclions donc, quoique divi- sion lâche et honteuse, peiil-êlre sericz-\ous sées d'ailleurs d'in'érél, s'unissenl ei\M'nihle moins touchés de ce motif; mais quand je contre Jésus-ChrisI, et, par les ressorts d'une \ous dis qu'elle est l'ennemie mortelle de intrigue puissante et artificieuse , entre- xolic Dieu , qu'elle fait mourir dans vos prennent de l'opprimer. Vous me demandez cceurs la charité par où Jésus-Christ y doit <e qui les jiiquait : je vous l'ai dit, chréiiens, vivre; [)our peu ipie vous ayez de fui , en uni' maligne émulalion. Ils voyaient avec faut-il davantage pour vous la fiirc détester? [icine le succès et le crédit du Sauveur du cependant il ne suffit pas de dètesler celle niondedansJèrusalem. (>i(ii//'()r(//ii(s/'(yo«n., passion; le point cssenlcl est de ^ ous XI) disaient-ils. rcce niundits luliis ])usl citin garantir de ses surprises, el d'em[)loyer toii- (ibUt [Joau., XII): .A quoi pensons-noas "? les les lumièi es delà grâce à eu découvrir on ne jKirle plus ([ue de cet homme , chacun dans \ ous les mouvcmenls secrets, parce que court à lui, le peuple l'èconle comme un c'( si la [dus subtile de toutes les Icntalions. prophète, el,si nous le laissons faire, il nous Une passion charnelle se fait aisément condélruira. Or, il vaut mieux le prévenir; et naître, et quelque dangereuse qu'elle soit pui5(iuc sa ruine est le seul moyen de nous pour nous corrompre, clic est incapable de défendre, il faut le ruiner lui-méaie et le nous tromper. M.iis l'env ie a mille dcgi:iseperdre. Allons, concluent ils, dansleli\re menls , mille fausses couleurs , sous lesijuiddo la Sagesse, ex|)li(iné même littéralemenl les elle se pièsciile à notre esprit, el à la faselon saint Jèr6iiie, dressons-lui des amhù- veur desquelles elle se glisse imperceplibicches dont il ne puisse se sauver, condam- ment dans notre cœur. Or, dès qu'elle y est noiis-le à une mort infiune : et pourquoi? une fiis entrée, il ne faul pas moins (lu'uu parce qu'il est contraire à nos desseins : Ci'r- miracle pour la chasser, et vous n'igiior( z (umrcniamui: juafiun, (/lu^ninm ronlrariits est pas combien ce miracle est rare. La grande opcrUiua tioslrh {Siip., II.). C'est ainsi qu'ils maxime est donc de vous défier sur cela des raisonnaieni, ci le Saint-Esprit ajoute : Ilœc prétextes les plus appareiils, et, en parlicucogitaverunt cl (rrarcnint, cl nrscieritnt sa- lier, du prétexte de l'émulation; car, s'il y a irnnietila Del; excwctnil eriim eos malilia des émulations de ^ erlu , il y en a de eonlen eoritin (lliid.). V(dlà les projets que formaient lion et de jalousie; el l'expérience nous après esprits de ténèbres; et cependant ils ne prend que, pour nne éuiulalion légitime, il y connaissent pas les mystères de Dieu, et ne en a cent de criminelles. Snrlont, mes frèvoieiit pas le sarieincni adorable de la ré- rrs, disait saint Augustin, n'exerçons jaiiia s deniplion des hoaimcs qui s'accomplissait nos envies sous le prétexte de la piété, ou au milieu d'eux, |)arce que l'envie les aieu- plutôt ne faisons jan)ais servir la piété à la glaii. Le Fils de Dieu était un rival trop plus basse de nos passions, qui est l'envie, imporlun ; les pharisiens ne pouv.iient souf- Celle hypocrisie a élé le premier mobile de frir que, malgré leur hypocrisie, il fût estimé la conspiration des Juifs contre le Sauveur, plus saint (ju'eux ; les savants de la syna- L'envie toute seule n'eût pas osé l'altaqu r, gogue, que sa doclrine fût plus approuvée 1 i religion seule n'aurait eu (]iie du respect (jue la leur; et les prêtres, qu'on eût pour pour lui; mais l'envie autorisée lie la religion, lui seul plus de vénératiiii (jue pour eux la rtdigion corrompue par l'envie , c'est tous. Ll parce qu'il leur était dilficiie d'ob- (e qui l'a fait mourir. El, tout chrétiens que scurcir l'éclat d'une répulalion aussi étaiilie nous sommes, nous n'avons que trop à crainque celle-là, ils s'attaquent à sa personne, dre le même désordre. Il ne tant qu'une pasel se délermincnt à le faire mourir. Mais il sion d'envie pour anéantir dans nous tous fallait un prélexte ; ah 1 (hrétiens, ren\ie les effets de la grâce. Avec cela nous avons en a-t-elle jamais maniiué, et (]uaii(l die beau faire les zélés, nous avons beau travaiîn'en aurait point d'autre, le masque de la ler p )ur Dieu , nous avons beau vouloir obpiété n'a-l-il pas été de tout temps le voile server la loi, ce ver de l'envie infeclera tout, sjfécieux dont elle a tiauiiéun moyen de se pourquoi ? parce que du bien même que nous couvrir? Ls font passer cette conjuration ferons par ce principe, naîtront les dissenijour un dessein imjiortant à la gloire de sions, les ani:iiOiilés, les querelles, k s schis-
1,;73 MÏSTKUl'.S. SKli.ViO.N VI. SIU I.A hÂ.-blON Di^ J.-C. l^îTi
mns, 1rs horésies; car ce sont là, mes c!H>rs mont cl à rub^linatioii.Eii vniii le Sauvoiir Ju
aiulitcurs , les suites naturelles (jue l'envie inonde met-il en œuvre les arlinces ilc si
triîne nprès soi , et mille épreuves n'ont-el- grâce pour le (létourmr de son dessein ; en
les p.is dû nous l'apprendre? Passons [dus v.iin lui dériare-l-il ciinfidiMiimcnt que o'e^t
;,v,i„l. lui qui le trahira ; en vain lui prédil-il le mal - ■*
!,a niorl de JésMS-Christ résolue par l'en- licur de sa réprobation; rien ne le touche;
vie (le ses eiineiiii.; ils ne cherchent plus il sort <le la cène, il va trouver les princes
(lu'à s'assurer de su personne. Judas les pré- da prêtres, il traite avec eux , il marche à
\i(ni: el poussé d'une avaricela plus inlilnie la léle des soldats , il paraît dans le jardin ,
dans son entieprise, la plus aveui;le <lans son il a]);iroclio de Jésus , le salue , rcmhrasse ,
commerce, la plus endurcie ilans sa résolu- et par un baiser le fait connaître et le trahit :
liiin , cl la' plus désespérée dans son i-su<', il Amire : .Mon ami , cuUquiil venisti { Ma(th..,
s'cn"ai;e, s'i^s \eiilenl Irailer avec lai, à leur XWÎ )?que \enez-votis faire? 0.<fi(/o niinin
livrer entre les mains lei iîomme-Dieu. Poi- hoininis Ovk/k'; ( f.!(C., XXll)? Quoi! vous ukî
vons-nous mieu\ comprendre que par là jus- saluez pour me Ir.ihir, vous m'embrasst z
qu'où le désir d'avoir est capable de porter pour me perdre 1 C'est i'aiuKible repioche ()ne.
une âme intéressé;-. Je dis [lousséd'une ava- lui (ait le Sauveur du monde; mais tous les
rice la plus infâme dans son entreprise; car reproches du Sauveur du monde et toute la
c'est un disciple, et un disciple comble de douceur dont il les accompagne , ne font sur
faveurs, qui trahit son maître. Dans un es- cc(œur avare et vénal nulle impression:
clave même , cette inlidélité ferait horreur ; pourquoi? parce qu'il n'est rien de plus pro-
qu'est-ce dans un ami , dans un coiililcnt , pre à nous eu(iuiciri|uc l'avarice. Quand elle
dans un apôtre? Chose étonnante, dit saint domine luie fois, plus d'amilié, plus de fidé-
Chrysostouie 1 Judas venait d'être consacre lité, plus d'humanité; on oublie tous les de-
prélVe , il venait de recevoir une puissance voirs , on s'accoutume aux plus honteuses
spirituelle et toute divine sur le corps et le lâchetés , on se fait une âme de bronze, pirnr
sang de Jésus-Christ ; mais , au lieu de celte résisloraux plus vifs remords de la conscieno
puissance surnaturelle, il en exerçait une el de l'hoiuu ur.
autre toute sacrilège el pleine d'impiété. Par Ceci vous elïraic dans l'exemple de Judas; le sacerdoce où il venait d'être inilu% il avait mais ne conct-vons point tant d'indignation pouvoir de sacrifier sur les autels l'.Sgiie.iu contre ce disciide, ijue nous n'en réservions lie Dieu; et, par la trahison (ju'il commet- pour nous-oiénics. (^;ir voilà les effets que lait , il usait sur celle adorable victime d'un proiluit tous les jcurs dans nous une iusatia pouv<iir dial)oli(iue, en l'imniolanlà la fureur ble convoitise; elle nous rend dors et iii&ei\des Juifs. Que pouvez-vous concevoir de plus sibles , non-seulement A la misère, mais à la inonslriienx el de plus énorme ? .Mais , si l'a- ruine du piorhain ; elle nous jette dans un varice de cet apôtre fut si infâme dans son aveuglement d'autant plus criminel iiu'il est entreprise, elle ne fut pas cnoins aveugle volontaire , et d'autant plus mortel que nous dans son commerce. Car «juel aveuglement 1 l'aimons; elle nous fait conimctlre des indiil vend pour trente deniers celui qui il(\ail gnités qui nous couvriraient [)onr jamais do être la rédemption du monde entier. Si Judas confusion, si en nous les inspirant elle ne eût eu un rayon de pruib me et sculcmi-nt nous apprenait à n'en point rougir : QhkI même de cette prudence ré|)rouvée des en- vnilis iiiilii dure {Mailli., \X\1)? <^ue me fanls du siècle, il eût estimé le Sauveur, si- donnerez-vous, dil-on dans le monde, je dis non ce qu'il valait, au moins ce qu'il pouvait dans le monde même où l'on paraît plus seule faire valoir. Voyant les Juifs déterminés à siblo à l'honneur, je dis dans les maisons des ne rien épargner pour le perdre, il cûl pro- grands et jusqu'à la cour; que me doiuieiezll'é de leur liainc; et, leur faisant acheter vous? el je viuis délivrerai de celui-ci, cl je bien cher la satisfaction de leur vengeance, vous sacrifierai celui-là. En effet, avec celte il eût trouvé lui-même de quoi contenter son espérance, el dans cette vue de l'intérêt, point iiis iliable cupidité; mais la passion le trou- d'alTaire (lui ne passe, point d'innocence qui biaii et avait éteint toutes les lumières de se n ne soit opprimée , point de violence et d'ine-pril. Ecoulez-le parler aux Juifs : Que vou- justice (jui ne soit soutenue. Dèsqu'un homuie lez-vous me donner, leur dit-il, cl dès au- a de quoi donner, il est en possession de toiis jourd'hui je vous le livre : Qaid vullis mihi les crimes, parce qu'il ne man(|ue jamais de dare {^{^llll., XWI)? 51 s'en remet, remar- ministres déterminés à le servir, cl qui lui que saint Jciôme, à leur discrétion, et il les disent sans cesse : Quid rultis ndlii dare ? prend eux-mêmes pour Juges du mérite de Combien d'amitiés violées par les plus sordi- Jésus-Christ : Clii'istitm c/ua.-i vile mancipium des conventions ! combien de maîtres vendus tn eiiientium pnnens œsliiualioni' {Hier.]. Le par l'avidité d'un domestique qui s'esl laisse prix ordinaire des esclaves, c'était trente corrompre! combien de trahisons exécutées deniers, et il s'en tient là. Ah! perfide, s'é- par l'entremise d'une femme à qui il fallail crie saint Augustin, que fais-tu! Jésus-Christ de l'argent el qui, sans s'expliquer, ne disait veut le sauver aux dépens di' sa [)roi)re per- néanmoins que trop haut : Quid vutlis tuihi sonne el lu le vends, tout Dieu qu'il est, pour dare? Car, dequehiue droiture que le monde nr.e vile soumie d'aigeiil; il va donner sa vie se pique, vous savez si j'exagère, et paico p un- loi, el lu !e donnes lui-même pour rien, que ce commerce d'iniquité est encore plus Mu; Jiidas ferme les yeux à tout, el l'avpug'c- abominable lorsqu'il se pratique dans !e< uienldesoii avarice le conJuità FcnJurcitse- choses sainlejcl par t;cspcrsoniicsi.ons..cri:t3
ORATEURS SACRES. BOURDALOUE
iOTS
comme Jud.is au ministère des nu(o!s, voilà, disiiil saint Bernard , ce qui lait aujoiirtlliui l'abomination de la désolation dans le temple de Dieu ; ce désordre de la simonie dont Judas a été l'auteur ; puisque ce fut le premier dans le christianisme qui sut vendre, el nous apprit à vendre le spirituel et même le divin. De là tant d'abus dans les dignités et les bénéfices de l'Eglise, tant do permutations, de provisions, de résignations mercenaires, tant de pensions plutôt ai hetées qu'accordées. Commerce , poursuit saint Bernard , qui déslionore la religion, qui attire la malédiction sur les royaumes el sur les Etals, qui damne et les traitants el les négociants , avec ceux qui les autorisent. Car, qu'est-ce, Cliréliius, dans le langage des Pères, que ces bénéfices'? le sang de Jésus-Cbrisl , el ce sang de Jésusdbrisl n'csl-il pas tous les jours exposé, et, si j'osais user de cette expression, mis à l'enchère par tant de profanateurs qui en font trafic? on no s'en cache pas même ; ce que la bienséance au moins obligerait à déguiser el à couvrir, passe maintenant pour une proposition honnête. Quid vultis milii dure? (ju'avez vous à medonnerenécl)ange'?dequoi jjouvez-vous m'accommoder? que m'assurez vous? Commerce peut-être encore plus outragcuxauSanveurdu mondeque celui de Judas, puisque enfin Judas se rcpenlil d'avoir ainsi vendu le sang de son maître, au lieu que ce;;x à qui je parle le font sans scrupule et avec la plus grande impunité. Or, à quoi aboutit ce péché ? souvent à un désespoir absolu du salut; au désespoir de réparer les désordres dont ces détestables négoces embarrassent, ou, pour mieux dire, accablent une conscience; au désespoir de faire les restitutions légitimes el nécessaires; au désespoir de se soumettre en cela aux lois rigoureuses de l'Eglise et par là même au désesjioir d'en obtenir jamais le pardon et de trouver grâce auprès de Diev». Car voilà l'issue qu'eut l'avarice de Judas : Infelix, dit saint Augustin , projecil prednm quo vendideral Dominuin, non wjnovil prctiiim i/uo redewplus eral a Domino. {Atif/.) liemarqnez bien ces paroles et jugez, en passant, si ce grand docteur a jamais douté que Jésus-Christ ne fût mort pour les réprouvés ; Judas, par un sentiment de péniteiue, jeta le prix pour lequel il avait vendu son maître; mais, par un excès de désespoir, il ne connut pas le prix salutaire dont son maître l'avait racheté : Non aqnoïil pretium quo redemptus eral a Domino. Telle est la deslinéo delousles avares de la terre, qui, selon la relie x ion de saint Grégoire, pape, ayant fait leur dieu de leur argent, ne peuvent plus mettre leur confiance dans un autre, tombent dans un on!)li profond de la providence el de la miséricorde du vrai Dieu, désespèrent de se réconcilier jamais avec lui; cl, pour consommer leur réprobation, abandonnent malgré eux à la mort ce qui leur a f.iil nnoncer pendant la vie leur Rédempteur, ne veulent pas même alors reconnaître le prix qu'il a souffert pour eux et qu'il ne tient qu'à eux de s'appliquer : Non agnovit pretium quo retjcmptus erat n Domino.
Mais il faut que in calomnie seconde la trahison de Judas, et il est temps de la voir agir, ou plutôt de I entendre parler contre Jésus-Christ ; "car c'est elle qui l'a accusé, c'est elle qui a rendu tant de faux témoignages contre cel Homme-Dieu ; les Juifs lui ont servi d'organe ; mais c'est elle-même qui s'est exprimée par leur bouche. Entrons dans la salle de Pilale, el voyons avec tiuelle hardiesse elle avance les p!us grossières impostures , avec quelle faiblesse elle les soutient, el de quels artifices elle use pour séduire el pour corrompre les esprits. Pilale» pressé par les ennemis du Sauveur, leur demande quel est donc le crime qu'ils ont à lui imputer, et ils se contentent de lui répondre que si cel homme n'était pas coupable , ils ne l'auraient pas déféré à son tribunal. Remarquez, dil saint Augustin: Jésus-Christ passait dans toute la Judée pour un proi)liète envoyé de Dieu : on ne parlait que de la saintelé de sa vie el de la grandeur de ses miracles , et ceux-ci prétendent que c'est un homme déjà condauuié par la voix publique, dont les crimes sont si connus, que d'en douter même, c'est leur faire injure. Langage ordinaire de la calomnie, qui ne s'énonce jamais plus hardiment quo quand elle impose plus faussement , cl qui , pour autoriser le mensonge , ne manque point de le proposer comme une évidence; au lieu que la vérité, toujours modeste, lorsqu'elle est même forcée à dire le mal , ne le dil qu'avec réserve, no le dit qu'avec cr.iinte, ne le dit qu'en gardant toutes les mesures d'une sage circonspection. Pourquoi? Parce quelle n'accuse et (ju'elle ne condamne que dans l'ordre de la charité. Mais encore, reprend Pilale, quel mal a-t-il fait? Quid enim mali fecii {Luc, XXlll)? Ce qu'il a fait, c'est qu'il a voulu pervertir notre nation , c'est que nous l'avons trouvé semant parmi le peuple des maximes damnables, qui vont au renversement des mœurs. Ou eût dil, à en croire les Juifs, que Jésus-Christ était en effet U[i corrupteur et un séducteur , et toutefois on savait assez, dans Jérusalem, qu'il n'avait prêché que l'obéissance, que l'humilité, que le renoncement à soi-même. Calomnie nou moins faible à soutenir ses impostures , qu'elle parait hardie à les avancer ; car, quand il en faut venir à la vérification des faits, c'est alors que l'iniquité se dément ellcinême : on n'entend que les bruits confus d'iiue multitude passionnée, mais rien de positif ni de vraisemblable. Ils se déclarent tous pour témoins; mais leurs témoignages se détruisent les uns les autres. Pilale est surpris de voir tant d'emportement d'une part, et de l'aulre si peu de preuves; mais c'est pour cela même,dit saint Chrysostome, c'est parce qu'il n'y a point de preuves, qu'il y a de l'emportement. Que fonl-ils donc? Ils ont recours à l'artifice ; et, préoccupanl l'esprit de ce juge par des raisons d'Etal, ils déposent que Jésus-Christ , par une témérité punissable, a pris la qualité de roi, qu'il a des prétentions sur la monarchie des Juifs^ que souvent il les a détournés de payer i»
10T7 MYSTEUES. SEUMON VI
Iribul à César; atxusalion d(inl ils voyaient hicu que le seul soupçon serait , conlro le Fils de Uii'U , un des plus foils préjugés. Et c'est aussi par huiue leur cahunnie, quoi((iie sans foiidciiiewl , a tout le succès d'une légitime déposition.
Je n'ai gardi;, chrétiens, de m'élendre ici en de 1. ligues redisions sur l'horreur d'un péché >iii3 vous détestez vous-niéuies, et que je sais être le dernier de tous les désordres «lù la passion pourrait vous porter; mais si j'avais un reproche à vous l'aire, ce serait (jiie, délest int pour \ous-nièmes la calomnie, vous no laissiez pas de la fomenter tous les jours dans les autres , de l'écouter favorablement, de lui donner créance, d'en aimer les discours malins, et tl'eu répandre les bruits scandaleux. \"ous ne voudri< z |ias être auteurs de la calomnie; mais combien de fois nvez-vous autorisé les calomniateurs , en leur marquant de criminelles complaisances, en les faisant parler, en les excitant, en leur applaudissant, et vous rendant par là , non-seulement fauteurs et complices , «nais responsables de toutes leurs suppositions? Voilà, dis-je, ce que j'aurais à vous reprocher; miis Dieu m'inspire aujourd'hui pour voire édification une morale plus chrétienne, fondée sur ce silence tout divin que garde le Sauveur du monde, au milieu de tant d'impoleurs; car, tandis qu'ils le chargeaient de calomnies, que leur répondait-il ? l'as une parole , ni contre ses accusateurs, ni pour soi-même : ni (ontre ses accusal-eurs, silence de soumission aux ordres de son l'ère, et de charité envers ses ennemis : ni pour soi-même , silence de patience et d'humilité : Jesun aitlcin taccbal ( Matth. , XX.\'I). Quels mystères, mes chers auditeurs ! tâchons à les comprendre. Il est accablé de faux témoignages, ce Dieu-Honmie, eî il ne se plaint point de ceux qui les rendent contre lui, , et il n'en appelle point au ciel pour être vengé de leur injustice ; et, quoiqu'il le pût aisément, il ne se met point en devoir de les confondre. Silence si héroïque, (jue le Saint-Esprit en a fait un é'oge particulier dans l'Ecriture : Qui, cum mnle~ diccretur , non muledicehat (I Pelr., Il), Mais pourquoi se lait-il de la sorte? Ah! rhrcliens, pour établir celle maxime de son Evangile, si surjirenante et si opposée à l'espiil du monde : Tenez-vous heureux quand les hommes se déclareront contre vous , qu'ils s'attacheront à vous décrier, qu'ils en diront tuU le mal (in'un esprit aigri et envenimé leur inspirera : Beati cstis cum ma- It'dixeritU voûis , r; dixciinl oinne mnlum adtrrsum vos {Malllt., V ). Toiile la nalure devait se soulever contre celle vérité, et c'est pour cela qu'il fallait que le Sauveur la justifiât dans sa personne ; car, ce qu il y a de moins supportable à l'amour-propre, c'est d'être accusé faussement, et de voir la calomnie l'emporter sur notre innocence. Voilà ce qui nous révolte, ce qui nous jette quelquefois dans les plus violenls transports ; îi: lis ee sont ces transports que le Fils de iJicu a voulu ié])rinier : et conimenl ? Par un