SUR LA PASSION DE J.-C
moyen que sa sagesse seule pouvait inventer, et ([ni est le miracle de sa grâce, savoir : en nous faisant une béatitude de la calomnie même , ne se contentant pas de nous dire : Modérez- vous , surmontez- vous , fortiliezvous, consolez-vous ; mais ajoutant : lléjouissezvous d'être calomniés et outragés : li<iudele et cxullalc {Hlallh. , \). Notre raison, aveugle et présomptueuse , devait traiter cette maxime évangélique , sinon do folie, au moins d'illusion et de simplicité; mais ce Dieu-Homme, dont le silence nous parle, veut aujourd'hui vous faire connaître que cette simplicité est la vraie sagesse, et (lue. notre raison est sur cela condamnée par toutes les raisons élcrnelles, 11 ne fait nulle plainte de ses calomniateurs : pourquoi ? Parce qu'il les envisage , dit saint Bernard . comme les exécuteurs des ordres de son Père, et comme les instruments que Dieu a choisis pour accomplir dans sa personne le grand ouvrage de la rédemption. Or, en celte qualité, il ne peut pas se plaindre d'eux; et, bien loin de s'élever conlre eux , il se sent obligé même à les honorer. 11 déleste la calomnie, mais il en aime l'eflel ; et , parco (jue l'exécution des arrêts de Dieu se trouve allachce à la calomnie (ju'ils lui font, par respect pour ces arrêts divins , il ne répond rien. Cette calomnie est la plus énorme de toutes les injustices; mais il sait que Dieu doit tirer de celle injustice sa plus grande gloire, et la plus sainte de toutes les juslices ; et c'est pour(iuoi il garde un si'emo profond , adorant la justice de Dieu dans l'injustice des hommes. En un mol , il distingue, dans le péché dos Juifs qui l'accusent, ce que Dieu veut, cl ce ((ue fait l'homme : il a en horreur ce que fait lliomme, et il rcgarile avec vénération ce que Dieu veut ; mais parce qu'il arrive iiue ce (|ue Dieu veut est une suite de ce que l'ail l'homme, il n invective point contre l'homme, pour ne point murmurer conlre Dieu ; il soiill're l'un parce qu'il se soumet à l'autre, et il nous aiq^rend ainsi la règle adaiirable du silence de soumission et de charilé.
Voilà, mes chers auditeurs, ce qui engage aujourd'hui le Fils de Dieu à demeurer muet devant ceux qui l'oppriment; et voilà ce qui nous oblige nous-mêmes à ne rien dire en mille! rencontres où l'on nous calomnie, et à prier même pour ceux qui nous calomnient. Midedicimur, et bencdiciunt!: ; blasphemainur, et ohsecramus (I Cor., W ) ; On nous maudit, et nous bénisson.s, disait saint Paul ; on vomit conlre nous des blasphèmes, et nous y répondons par des prières. Telle était, dû temps de cet apôtre, la niarque du christianisme; c'est par là que l'on discernait les fidèles, et <]uiconque ne vivait pas dans celle ferme pratique, de réprimer les saillies de s;i langue et de s'imposer au moins silence à l'égard de ses ennemis , de quebpic perfection d'ailleurs qu'il se piquât, était censé n'être chrélien qu'à demi, Pourijuoi? Parce qu'il n'.igissail pas dans ces vues de foi et dans ces sentiments que la solide religioiv nous inspire, lorsiiu'elie nous cnsoijine que
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reii\ ((ui nous .iltaqurnt par la calomnie ou d'humililê, et soii Kglisc ne devant point jiar la inctllsancc sont ceux qui, dans lonlre avoir d'autre fondement que celui-h^, il Iroudo la Providence et du salut, doivent faire ve sa vie mieux justifiée par son silence t|ue devant Dieu notre mérite et notre couronne, par ses paroles; et cela fait qu'il nepailiî D'où saint Jacques concluait, parlant de qui- point : Jésus autem laccbat. coïKjue n'était pas persuadé de ce principe, Que ce silence, cliréliens, nous dit de choqiii', quelque apparence de religion qu'il eût, ses, si nous le savons bien pénétrer! Les ce n'était (lu'unc religion imaginaire, plus Pères de l'Eglise demandent pourquoi le Sauproprc à le tromper et à le séduire qu'à le veur du monde fut si constant à ne vouloir sanctifier : Si quis pulat se l'eUyiosum esse, point se défendre, et ils en apportent divernon refrœnans linguam suant, sed scducms ses raisons. Saint Ambroise prétend qu'il en cor suum, /nijus vunn est relùjio {Jacob., I). usa de la sorte, parce qu'il savait bien que Mais, me direz -vous, pour(iuoi Jésus- ses ennemis étaient déjà résolus à le perdre, Christ, queliiue délerniiné qu'il fût à épar- et (|ue, quoi qu'il alléguât pour lui , il n'en giicr ses faux accusalonrs, ne parlait-il |ias serait pas cru. Mais, s'il n'en eût été cru par au moins pour sa légitime défense? Alil ses ennemis , du moins Piiate , prévenu en cliréliens, voilà le prodige que la morale sa laveur, i l qui ne cherchait qu'à le sauver, p.ri'enne, avec toute sa prétendue sagesse, n'a aurait pu s'en préva'oir. La pensée de saint jamais connu. A ce silence de soumission et Jérôme est (lue le Fils de Dieu ne se justifia de charité, le Fils de Dieu en ajoute un aulre point, de peur que Pil.ile, ([u'il voyait bien (lue j'appelle un silence de patience et d'hu- (lis(io-.é, ne le renvoyât absous, et qu'ainsi mili!é. Pilato le presse de réjtomlre aux ac- la rédemption des hommes ne fût troublée et Ciisations des Juifs : N'enlendez-vous pas, interrompue, parce que, selon l'ordre des lui dit-ii, tout ce qu'on dépose contre vous'? décrets éternels de Dieu, cette rédemption Non auclis fiuanla ii^li ailvirsuiii te dicunt les- dépendait de sa condamnation. M.iis il me timonin (iMatlh., WVlljl Parlez dune, et si semble que c'est attacher les décrets do vous êtes innocent, l'ailcs-le paraître. Mais à Dieu, et toute l'économie du salul des homcela Jésus ne réplique rien : Et non respon- mes , à une circonstance trop légère. Le sendil ei ad nllum verbum (Ibid.). Il était, ce liment de Thcopbylacte me paraît plus nalusemble, de la gloire de Dieu que la calomnie rel.que Jésus-l^hrist ne voulut rien (iiic, fût confondue. Il est vrai, reprend saint Ber- parce qu'en parlant il n'aurait fait qu'irriter iiard, mais il élait encore plus de la même davantage ses accusateurs , qui , pour soufjloire qu'un juste calomnié demeurai dans tenir leurs premières calomnies, en auraient le «ilence, et c'est pourquoi il se tait : Jésus inventé de nouvelles ; ce qui n'eût servi qu'à autem taccbut {Mailh., XXV'I). Il y allait de les rendre encore plus coupables. D'autres l'honneur de son ministère, que lui, (jui avait croient, avec saint Chrysostome, cl celle prêché les vérités du salut, ne passât pas opinion est la plus vraisemblable, que Jépour un corrupteur du peuple, je l'avoue; sus-Christ n'entreprit point de faire sou apomais l'honneur de son ministère l'cngagait logie, parce qu'il n'eu avait pas besoin, encore plus à pratiquer lui-même ce qu'il parce que son innocence était manifeste, et avait enseigné, savoir, d'abandonner sa pro- que l'ilate, son juge, en élait lui-même pre cause; et c'est pour cela ([u'il ne dit pas conv.uncu. Mais, de toutes les raisons, voici un seul mot : Jésus autem lacebat. L'intérêt celle à quoi je m'attache : concevez- la bien, de la religion voulait que lui, qui en était le parce qu'elle doit nous instruire, et qu'elle chef et l'auteur, ne fût pas regardé comme se rapporte à nous. Car le Sauveur du monde un criminel, j'en conviens; mais il n'était ne se justifie point devant Pilale, pour iiouç pas moins de l'inlérêt de la religion que lui, apprendre à ne nous pas justilier nous-mèqui en devait être l'exemple et le modèle, ap- mes , mais à nous taire en mille occasions prît aux hommes à faire le plus grand de où nous ne pouvons nous expliquer sans tous les sacrifiées, qui est celui de la réputa- troubler la paix et l'union ; pour condamner tion; et c'est ce qui lui ferme la bouche : Je- mille mouvements inquiets el passionnés que sus auiem tacebal. 11 devait épargner à ses nous nous donnons tous les jours sur des disciples la honte et l'opprobre d'avoir eu un sujels où nous croyons être innocents, lorsmatire séditieux, j'en demeure d'accord; que nous ne le sommes pas : pour les arrêmais il aimait encore mieux leur laisser celte ter même quand nous le sommes en effet; belle leçon, d'avoir eu un maître patienljus- pour nous faire abandonner notre cause à qu'à l'insensibilité et jusqu'à un entier oubli Dieu, lui disant avec son prophète : Tibirede lui-même; et de là vient qu'il demeure velavi causam mcam {Jerem.,\\]; [lOurmoinuet : Jésus autem taccbat. Il se devait à lui- dérer notre ardeur à poursuivre nos droits même la justifiration de sa vie et de sa cou- eu plusieurs rencontres où il est plus raiduile, surtout en présence de Pilate, lequel, sonnable de les céder; enfin, pour corriger éianl étranger, ne pouvait pas le connaître, en nous celle passion qui nous est si ordiet qui, en qualité de juge, devait en faire son naire , de vouloir maintenir, quoi qu'il arr.ipport à Rome, à Rome : dis-je, où il était rive, et faire valoir iu)lre innocence, passi imporl.int à Jéms Ciirist do n élre pas dé- sion qui est le principe de tant de desordres; crié, puisque c'élait là que son Evangile de- on croit toujours avoir raison , et, par une vait êlic bientôt prêche et qu'il voulait éla- erreur plus pernicieuse, ou se persuade que, l)l;r le siège de son Eglise, je le confesse; dès qu'on a raison, il faut éilater el résister, nuiis son Evangile devait cire un Evangile Or, de là les plus ijrands dérèglements ûu
m\ MYSILRES. SERMON VI. SUR L.V PASSION DK J. C. fOS2
inonde, de lA mille faulrs contraires à l'hu- David : Bcneiliclus qni venil in nomine Duniilllé chrétienne, mille emportements au mini [Mallh., XXI); c'est, dis-je , alurs lircjmlice de la vraie obéissance ; de là les qu'ils se déclarent le plus liaulement conlr(î révoltes contre les supérieurs , de là les rup- lui , et qu'ils poursuivent sa mort avec plus lures enir.' les égaux , de là je ne sais corn- d'anh ur. Inconstance la plus violente dans bien d'autres scandales, parce qu'on n'a pas les extrémités à quoi elle se porte, puisque bien compris , dit saint Bernard, celle vé- tnut à coup ils vont jus(|u'à lui préférer 15arilé; qu'il y a des temps et d"s conjonctures ralibas, c'est-à-dire, jusqu'à lui piél'érer un où l'on d'dt sacrifier à Dieu son mnncence insigne vo'u ur, et jusqu'à ilemander (jue ceméme. Belle leçon que nous l'.iit le S aiveur lui qu'ils venaient de reconnaître pour leur du monde : carj (lue'.ciue bon droit et qiiehiuc Missie fût crucifie : Crucifaialur { Mutlh., raison que je puisse avoir, si c'est la bu qui XXVli;. Voilà le monde, rliréliens, voila me gouverne, comment aurais-je lant de les légèretés et les perfidies du monde; et chaleur à me justifier, eu voyant (ju'iin Dieu néannu)ins ce monde si cliangeanl et si peine se justifie pas? Kst-il possible que je ne fide , c'est ce que nous aimons , et sur quoi me rcmie pas à la force de cet exen)|ile?Jc nous nous appuyons; ceux niêmesqui passent ne suis pas p'us saint ni plus jusie ^\uc Je- parmi vous pour les jdus ver>és dans laçonsus-Christ ; les choses dont on m'accuse ne naissance du monde, sont les premiers à s'y sont pas plus atroces que celles qu On a im- laisser tromper; ils en ont mille fois éprouvé posées à Jésus-Christ; on ne m'a point en- l'infidélité; et, après tant d'épreuves, ils en core traite de scélérat ni d'infâme, comme sont toujours idolâtres; ils font là-dessus Jésus-Christ; ma répiitition n'est pas d'une des leçons aux autres , ils sont éloquents à conséquence plus grandi' que celle de Jésus- en parler ; mais il y a toujours un certain Christ, et il n'est pas plus de l'intérêt de charme qui les attache à c monde qu'ils mc- Dieu que mon innocence soit reconnue que prisent; et il semble que, plus il est iiiconeelle de Jésus-Christ. Soit donc que j'aie tort sianl pour eux, plus ils s'opiniàtrrnt à élre ou que je ne l'aie pas, poiirquoi ne serais-je consl.mts pour lui. Mais laissons-là les parpas prêt à renoncer à tous mes droits quand lisans du monde, cl considerons-nous nous- Dieu le voudra, (juand il sera question de mêmes. Voilà, mes chers auditeurs, ce (jui souffrir pour lui , quand la nécessité ou sa nous arrive , lorsque , par des inconstances volonté m'y obligeront? lit pourquoi n'au- criminelles dans le service de noire Dieu, rais-jc pas le courage de dire comme saint nous sommes tantôt à lui , et tantôt conlru Paul : Milii aulem pro minimo esl ut a rubis lui; aujourd'hui pleins île zèle , et demain la judicer, aut ab hitinano die (l Cur., IV) : Ac- lâcheté même; aujourd'hui chrétiens et recusez-moi , noircissez-moi , calomniez-moi, ligieux , et demain libertins et impies : repensez de moi te qu il vous plaira; que nonçanl à Dieu dans des circonstances loumimporle de quelle manière vous en juge- les semblables à celles où le peuple juif rerez, pourvu que je sois jugé favorablement nonça Jésus-tihrisI, c'est-à-dire, immvdiatede Dieu? car je n'ai que l'aire de me juslilier, ment après l'avoir reçu dans nous comme sinon auprès de celui qui me doit juger. Or noire Dieu, par la communion, lui iiréférant ce ne sont pas les hommes qui doivent être un aussi insigne sujet que Baiabbas, un vil mes juges; c'eil Dieu : Qui aulcmjudicattne, intérêt ou un plaisir honteux, cl, pour ce Dominus est (Ibid.). plaisir et cet intérêl, consentant qu'il meure, Mais revenons : si, pour l'accomplisse- et, selon l'expression de l'-Miôlre, qu'il soil ment de ses adorables desseins, Dieu n'avait tout de nouveau crucifié. Si saint Paul ne permis que l'infidélité des hommes allâtdans nous le disait pas , jamais pourrions-nous la passion de Jésus-Christ jusqu'à l'excès , croire que le désordre de notre inconstance ce divin Sauveur ainsi accusé et calomnié pût aller jus(]ue-là?
eût pu se promettre tout de rattachement du Cependant , chrétiens , dans un déchaînepeuple , qui lui avait toujours été dévoué, ment si général et si injuste contre le Sauft qui , selon l'Evangile , s'était souvent dé- veur, à qui était-ce de prendre sa cause eu claré pour lui , jus()u'à faire trembler ses main et de la défendre? à Pilatc : mais , au ennemis mêmes. Surtout Pilate, jiar son pre- contraire, c'est la politique de ce juge (;ui mier jugement, ayant remis aux Juifs le lui fait s.icrifiei l'innoccnl , el porter l'arr.'U choix du criminel qi.i devait élre délivré à de sa condamnalion. Qui l'eût cru? après la fêle de Pâques, on ne pouvaii douter que, avoir si haulement protesté qu'il ne voy;iit malgré la rage des pharisiens , le peuple ne rien en (juoi Jésus-Christ fût coupable, et sauvât le Fils de Dieu. Cependant, cîiréliens, par où il eût mérité la mort; après avoir fait c'est ce peuple qui l'abaniionne, par une in- tant d'efforts pour le retirer des mains de constance aussi siibile dans son changement, ses ennemis, Pilate enfin le livre aux Juifs: qu'elle est viidentc dans les extrémités à pourquoi? parce qu'il craint César, dont il quoi elle se porte. Imonslance la plus su- est men.icé, et (ju'au lieu d'éLoutcr les rebite dans son changement; car c'est six proches de sa conscience, il n'est atienlif jours après la réception solennelle qu'ont qu'aux intérêts de sa fortune. S'il eût suivi faite à Jésus-Christ les habitants de Jérusa- les règles et les sentiii:ents d'une justice inlem, six jours après l'avoir proclamé roi flexible et droite , il se fût élevé contre les d'Israël , six jours après l'avoir comblé d'é- Juifs , il se lût déelaré contre les aecusaleurs loges, en l'appelant Fils de David, et en lui du Fils de Dieu, et il en eût appelé Ini-niême dbn:!,.nl mille Léiicdiclions : Hiiianna FiUo à l'empereur; tl, au hasard de rerdrc la fa-
10S5 ORATEL'liS SACRES. DOimUALOL'E. lO^i
ypMT du prince, il cûl prntégd le bon droit et côrémonies que leur ?euIo bru(nli(é était eariniioceiicc du juste. Mais où trouvc-J-on piltlc d'imaginer. Que font-ils? ti)nt cnu- <ie CCS honinirs dcsinlérossés , <t coniliicn do dainiié qu'il est , ils se inclieni à l'insulter courtisans vendraient encore ce (lu'il y a de par des railleries sanglantes, ils le cliargcnt plus saint et de plus sacré , jiour s'avaiicer d'injures et de blasphèmes; et, lui ayant ou [loui- se maintenir auprès du maître? bandé les yeux, ils lui donnent des soufllels, Qu'ils lui rendent tous 1rs hommages dus à en lui demandant quel est celui qui l'a sa grandeur, (ju'ils s'aitacbent à ^a pcr- fi'appé. Fut-il jamais un Iraiiemenl plus sonne, qu'ils respeitiut ses ordres, qu'ils cruel? mais en fut-il jamais un plus ims'cmpresscnt à lui plaire; je le veux , et ils pie, que de profaner, comnic ils font, deux le doivent, aillant que la conscience et la loi des plus augustes et des plus saintes qualide Dieu le permettent. Mais s'il faut trahir lés île ce divin Sauveur, celle de Christ et l'une et l'autre, s'il faut, pour ne pas blesser celle de roi? ils le traitent de Christ par dél'iiommc , offenser Dieu ; pour ne pas s'atli- rision , en l'obligeant à prophétiser : l'rophcrer la disgrâce de l'honune, s'exposer à la liza nohis , Chrisle (Ibid.). Ils en font un roi haine de Dieu , ali ! c'est alors que tout chré- de théâtre , en lui donnant pour sco[itre un lien doit s'armer d'une sainte assurance , et roseau, en le revêtant de pourpre, en fléfouleraux pieds tous les respects humains, chissant devant lui le genou . et lui disant : C'est alors qu'il doit être déterminé à perdre Nous vous saluons, roi des Juifs : Ave , rex tout, et à se rendre l'objet de l'indignation Judœorum (Ibid.). 0! mon Sauveur, l'allaitpubliquc, plulôl que de manquer à sou Dieu, il que votre royauté , adorée dans le ciel , et à ce que demande indispensablement de fût ainsi violée sur la terre! fallait-il que lui l'inlérèl de son âme et l'équilé. Ce n'est cette onction sacrée de roi , de grand préire pas là néanmoins l'esprit de la politique du el de prophète, que vous exprimez par volro iiionJe , de celte malheureuse politique qui nom de Christ, et qui est la smirce de toutes nous fait avoir pour les grands une comptai- les grâces et de toutes les bénédictions, sersance si aveugle; qui nous fait faire sans vît d'objet <à l'impiélé et à l'irréligion 1 iliscernement tout ce qu'ils veulent, souvent Ce n'est rien néanmoins encore, j'ose le iiiême plus <|u'ils ne veulent, el cela aux diie;ct voici l'appareil d'un nouveau supdépens de nos devoirs les plus essentiels, plicedont on n'enlenditjamaisparler, et dont Fxueil funesle. où éi houe totile la fermclé les lois les plus sévères ne nous ont jamais et toute la droiture de Pilale. Jusque-là , il dunné d'exemple. On en veut faire la prcs'élait comporté en juge inlègre et sage : uiière éjireuvc sur \{\ Fils de Dieu. On lui mais, au seul nom de César, il se trouble , prépare une couronne d'épines qu'on lui enil craint, il fait des réllexions, il est ébranlé, fonce avec violence dans la tête. Le sang déconcerté, vaincu : et la conclusion est (inil coule de toutes parts , et autant de pointes abandonne honteusement Jésus-Christ aux qui le percent, font autant de blessures, soldais, et qu'il laisse aux Juifs une pleine Voilà coinmentla synagogue a traité son roi; liberté d'exercer sur lui loulc leur fureur : voilàcomiiientellea traité votre roictleniien; Tradidit Jesninvolunlalieorum{lAu\W\\\). Voilà comment elle a traité le maître et le Ils ne diffèrent pas un moment : etc'estici, roi de toute la nature. Indignité que nous chrétiens, que vous allez voir l'humilité d'un détestons! mais, tandis que nous la déles- Dieu, sa modestie, sa pudeur, sa sainteté tons dans les autres, que ne la déleslon^outragée et profanée par l'insolence des boni- nous dans nous-mêmes? Car n'est-ce pas mes ; car c'est l'insolence du libertinage qui nous-mêmes, chrétiens, qui cent fois en met le comble aux souffrances de Jésus- avons usé de la sorle à l'égard de Jésus- Christ : Tune milites pra^sidis suscipirnlcs Christ ? Mettons-nous en parallèle avec les Jeswn in privtorium, conijicgnvenint nd eitni soldats qui insultèrent ce roi de gloire: nous universam roltorlem(Mulih. ,WVl\) : Witrs, reconnaîtrons ce que nous faisons tous les Hit l'évangéliste, les soldats delà garde de jours, et ce que nous sommes : car telle est l'ilale se saisirent de Jésus, le conduisirent l'idée des péeheurs et des impies du siècle, dans le prétoire , c'est-à-dire, dans la salle Saint Paul, écrivant aux Pbilippiens, leur de l'audience; et là, ayant assemblé autour disait qu lis étaient sa couronne : Gaudiuin de lui toute leur compagnie, ils le traitent ineitm el rorona mea {Philip. IV). Suivant la «l'une manière également brutale et impie : même règle, ne pouvons-nous pas dire que brutale , sans aucun sentiment d'hiimaiiilé ; nous sonmies la couronne de Jésus-Christ, impie, sans aucun respect de religion. Je mais unecouronne de souffrances? Il aldis barbare et brutale: car, quand Jésus- tendait que de nos bonnes œuvres nous lui Christ eût été criminel, le voyant condamné fissions une couronne d'honneur, el par nos à mort, ils devaient en avoir compassion; iniiiuités nous lui en faisons une d'ignomic'esl un sentiment que la nature nous in- nie. Il se promettait de nous des fruits de spire même i>()ur les plus grands scélérats, grâce, de vérité et de vertu, et il n'en reliais leurs cieurs deviennent plus durs (|ue cueille que des ronces el des épines. C'est l.i pierre ri le bronze : ils doivent être les ainsi, dit sainl Bernard, qu'il est couronné exécuteurs de son supplice ; et par avance de nos pèches ; mais du moins, ajoute le ils vculi'iil se payer de leurs peines aux de- même Père , présenlons-lui dans cet état pens de sa personne : c'est une victime qu'on l'hommage d'une sincère douleur et d'une leur a donnée à sacrifier; mais ils veulent \\\c lompancVion. Iùiicdiniini,el vidctr, /ilie l-i piéparer au sariiliie de la croix |iar des .Simi, reijrni in dindcmalr [Cunl.W.W.) : Ve-
10S3 M\^TF.ni:S. SF.UMON Yl. SIR LA PASSfON DC J. C. in;;0
nez, filles de S on , âmes rachclées du sang où nous devons juger de re que soiinVii Ik
d'un Dieu, venez, et voyez voire roi avec ce Fils de Dieu. Ce peuple él;iil Ir.insporle de
diadème sanglant que vous lui avez faitpor- furctir : il n'y avait <iue le sang de celte vii -
1er; venez reconnaître vos infidélités et les tinie qui le |iut apaiser; il deinandail ce sar.g
pleurer ; venez réparer par vus larmes, cl avec instance, et Pilate voulait qu'il lût con-
par les saintes rigueurs de la pénilence , tenl. De là concluez avec quelle rigueur on
ce que vous lui avez fait soutTiir par vos cri- le traiia. Quand on nous rapporte sur ce
mes : et après avoir appris comment le pé- point les révélations de certaines âmes pieu-
clié a fait mourir Jesus-Clirisl , apprenez ses et saintes, elles nous scmlilenl (juclquc-
comnicnt Jésus-Chri>l a fait mourir le péché, fois des exagérations, el à peine font-elles
cl conimenl vous le devez l'aire mourir vous- quelque impression surnous. Mais , quand
mêoies : c'est la seconde partie. je dis ((ue le Sauveur du monde fut mis par
SECONDE PARTIE. Ic commaudcmcut de Pilate, dans un étal
C'est un principe et une vérité de foi, que, où la cruauté de ses ennemis , quelque imcomme la grâce de l'innocence el de la jus- pitoyable qu'elle fût, eut de quoi être salislice originelle sanctifiait l'homme loul en- faite, n'eu dis-je pas autant et plus même lier, aussi l'homme tout entier a-t-il ressenti qu'il ne faut"? Pourquoi les évangélistes les pernicieux effrls du désordre cl de la ne sunt-ils pas entrés là-dessus dans un corruption du péché. Il les a ressentis dans plus grand détail "? Ah! répond saint Augusson corps, dans son esprit, dans sa volonté tin, parce que l'évangélisle de l'Ancien Tes el dans ses (lassions : dans son corps , par la tamenl, Isaïc, s'en était déjà sulfisamment révolte des sens el par leur mollesse ; dans explitjué pour eux. Qu'en a donc dit ce proson esprit, par l'orgueil ; dans sa volonté, phéle ? des choses , iliréticns , qui vont au par l'amour de l'indépendance ; el dans ses delà de toutes nos expressions , savoir . que liassions , par leurs désirs aveugles e.l déré- Jésus-Christ, après celle cruelle flagellation, glés. Il fallait donc que le Fils de Dieu, mou- n'avait plus la figure d'homme : Vidimns ranl pour détruire le péché, le fil mourir cum, et non crat aspcclus {Isdi. LUI) ; «lujl dans loutlhomme. Or, en effet je dis qu'il faisait horreur à voir , et qu'on l'aurait pris l'a fait mourir dans le corps de l'honuue , en pour un lépreux frappé de la main de Dieu : nous inspirant par son exemple la morlifica- Quasi leprosum el percussum a Deo {Ibid.). lion contre la sensualité et la mollesse. Je dis Car ce n'est point par application ni par fi- (ju'il l'a fait mourir dans l'esprilde l'Iiomme, gure,maisdanslesens lilléraldc la prophétie, en nous inspirant par son exemple l'humi- quecetcxled'Isaïe serapporteà Jésus-Chrisl. lité contre l'orgueil. Je dis qu'il l'a lait mou- C'est dans cet état que je le propose aux rirdans la volonté de l'homme, en nous in- pécheurs du siècle, avec ces paroles si louspirant par son exemple la soumission contre chantes et si capables d'attendrir les cœurs l'amour de l'indépendance. Enfin je dis qu'il même les [ilus endurcis : Ecce liomo ( Joan. l'a fait mourir dans les passions de l'homme, XIX); Le voilà, chrétiens, cet homme que particulièrement dans la plus violente de vous adorez comme votre Dieu , et qui t'est toutes qui est la vengeance, en nous apprc- en efi'il : le reconnaissez-vous? c'est vous nant par son exemple à pardonner les inju- qui l'avez ainsi défiguré, vous qui l'avi z res, et à rendre le bien pour le mal. Ceci me ainsi meurtri et ensanglanté. Ne vous en dédonnera lieu de vcfUs le représenter encore fendez point; car il s'en déclare lui-même, en quatre états bien propres à nous toucher et il en doit être cru : Su}tr<i dorsum mcum et à nous instruire. Suivez-moi toujours , s'il fabricavcrunl pcccaluref [ Ps. CXX\ III ). H vous plaît. nous l'ail entendre que ce sont les pécheurs
Je me figure d'abord un chrétien sensuel , qui ont déchargé sur lui leurs coups, et n'èclesclave de celte concupiscence de la chair, les-vous pas de ce nombre? (j'est donc à vous qui est la source funeste du péché, ou plulôl que ce reproche s'adresse. Oui, c'est par vous esclave du péché même , qui est la suite el pour vous que sa chair innocente et vircomme infaillible de celle concupiscence de ginale a été immolée dans ce sacrifice do la chair, quand elle est fomentée |)arune vie douleur. Sans parler d'un million de désormolle et voluptueuse ; et, pour détruire en dres, dont je ne veux pas ici vous retracer lui ce corps de péché dont parle si souvent l'idée, c'est pour vos délicatesses, c'est pour saint Paul , je lui produis le Sauveur du ces altacbements indignes à servir voire inonde dans l'étal où Pilate le |)rcscnta aux corps, à l'engraisser, à l'idolâtrer, à lui don- Juifs quand il leur dit : Ecce liomo, Voilà ner tout ce qu'il demande, et plus qu'il ne l'homme. C'est-à-dire, je lui produis cet demande ; c'esl pour ces rechcrehes affeclccs Homme-Dieu tout couvert de plaies et dé- de toutes vos aises, pour ces soins outrés de chiré de coups , tel qu'il parut après sa fia- votre saïUé aux dé|)ens des devoirs les plus gellalion. Les évangélistes ne nous disent essentiels de la religion, pour ces dispenses point quelle fut la mesure ou l'excès de ce que vous vous accordez au préjudice des lois supplice : il nous le laissent à conjecturer ; de Dieu el de son Eglise, pour celle oisivelo mais celle conjecture que nous en avons, criminelle, pour ces di\erlissemcnts sans mepeul-êtresurpasse-l-elle tout ce qu'ils nous sure, pour celle horreur de la vraie pénien auraient appris. Car Pilate, ne pouvant lence, pour celle vie des sens si contraire à contenter la haine du peuple, trouva enfin la raison même, et qui entretient dans vous un expédient pour la satisfaire , et ce fui de le règne du péché; c'esl, dis-je, pour ti;»t condamner Jésu? à être fouclté. Voilà par ceia que J£sus-Christ es! de\enu un lionmif:
10S7 ORATEURS SACRF.S. ROIJUDALOUK. mh
«le douleurs. Car, si voire i.liair avait clé sou- luit-ux dire, cotninc raccnniidisscinciil di-s mise à Dieu, jamais la sieiino n'eût été lii réo S(jiilTr;mees du Sauveur. Motif puissant pour aux bourreaux. Eccc lintno : Voilà rhoiiniK! nous soutenir dans l'exercice de < etie vertu, éJnl)li de Dieu corniiio noire chef, et à qui il de considérer (]ue la niortific.Uion di^ nos faut par néccssilé que nous soyons unis en corps, (luand nous la pratiquons, n'est pas qualité de membres vivants. Or, entre les tant notre niortilîcalmn que la niorlil'icalion membres et le chef, il doit y avoir de ia |)ro- di^ Jé^ns-Cluist nièoie : Scmper iiwrliftcuiioportion ; et c'est une cliose monstrueuse, dit vrin Jcm in corpure voslro ciicumfircnlcs saint Bernard, que de voir des membres de- (I! Cur. lil). Car, si c'était la mienne, dit licats sous un chef couronné d'épines. (Jiiand saint Chrysoslomc, quelque nécessaire (]ue le chef souffre, tous les meoibrcs soulïrenl je la conçoive, j'en aurais du riié|>ris; mais, jiar S} iiipatliie : et, s'il y <!i a (lueUju'un qui étant celle de Jé>us, le moyen que je ne l'aime ne soufi're pas, c'est un membre gâlé i t cor- pas, et que je ne l'honore pas? rompu, ^ifç /(oirto ; Aoilà l'homme à l'imaiic Tel est, chrétiens, le premier ennemi du iluiiuel Dieu nous a prédestinés, et au(iuel il salut de l'homme, que le Fils de Dieu a défaut par conséquent que vous vous rendiez trnit par sa passion, la mollesse de la chair, semblables, ou que vous soyez reprouves de 11 y en avait uu autre encore plus dange- Dieu. Car, de quelque condition que vous renx, c'est l'orgueil de l'esprit, l'amiiition de puissiez être, il n'y a point de milieu entre s élever et de se faire grand, l'cnlôtement, si ces deux termes, la conformité avec Jésus- j'ose parler ainsi, dune gloire mondaiiu-, à (]lirist soulTrant, ou la réprobation éternelle ; laquelle on croit , non-seulement pouvoir, ei, t!e (]u:'i(|ue espérance que l'on \ous flatte, mais devoir tout sacrifier. Il fallait terrasser il faut (jue vous choisissiez l'un de ces di ux ce monstre (lui s'opposait à Dieu : et (]u'a partis, puisqu'il est certain que jamais Dieu fait pour cela IHomme-Dicu ? Ah ! chré:iens, ne relâchera rien de la rigueur de celle loi : suivez-le dans sa marche depuis le piéloir(! Quos prœscicit et prœdisiinuvit conformes jus(iu'au lieu de son supplice, et conlemplez- //('/■/ iiiiayinis Filii sut ( Rom. VIH ). Voilà le dans l'abîme d'Iiumilialion où il paraît 1 Siommc : Erce liomo ; l'homme dont saint aujourd hui à la face du ciel cl de la lerre, l'aul veut que vous fassiez paraître la vie c'e^t-à-dire, chai gé tie sa eri-;\, conduit au dans ^ os pers 'Unes. Il ne se contente pas que Calvaire comme un criminel, aciompagi'.é du vous la fassiez paraître aux anges et à Dieu deux voleurs, escorté de soKl.iis, de gardi's, môme d.ins l'inlérieur de vos âmes; il veut de bourreaux, et traîné par les rues deJéru- «lue vous la fassiez paraiirc < xterieurement, salem dans cet appareil ignominieux. Surtout et (]iu> vos corps en portent les caractères souvenez-vous que c'est celui devant qui les sensibles. Or, cela ne se peut faire que par anges tremblent, et qui n'a point cru que co la moi Itiiaiion de la chair; et de là vient fiit une usurpation de se dire et d'être égal à <iue ce grand apôtre voulait que nos cor[is son Père. \'oilà, dit saint Chrysostome, le fusscnl conlinneilenient revêtus de celte moi- dernier abaissement où pouvait élre réduit lili(alion : Semper morlificalioncm Jrsn in un Dieu ; et moi j'ajoute : Voilà le dernier et C('rpore no'^lro circumferenles {llCor. ÏV).liii le souverain remède qui devait guérir l'or-, sorte, disai-il, que la vie de Jésus , qui n'a gueil de l'homme. Prenez garde : le Sauveur été que mortification, paraisse dans nous des hommes , pour s'abaisser aux yeux du comme en autant de sujets qu'elle doit viu- monde, avait fait des démarches bien étonfier et animer : Ut et vita Jesu manifutetur nantes, et le Saint-Esprit, pnur nous en donin corporiliiis nosliis [Ibid.]. Car il y a de la ner une juste idée, les compare à des pas do contiacliction (lu'un corps nourri dans les géant : Éxulluril ut gifjns {l's. XVIII). La délices, et (lui n'a aucun usage de la péni- première, qui fut celle de son Incarnation, lence chrétienne, représente ce Jésus, qui avait été jusqu'à l'anéantissement: Ëxinn- A ient d'éprouver à la colonne un traitement nivil semctipium [Philipp. II), mais, dans cet ^i rigoureux. Ecce homo .-Voilà l'honune dont anéantissement, il n'avait pas laissé de troula chair, (luilquc morlifiée qu'elle ait été par ver encore des degrés de profondeur à desîcs cruautés qu'on a exercées sur elle, de- cendre; car. outre iiu'il s'était lait homme, mande encore, pour la perfection de ses il avait voulu naître enfant ; outre qu'il était souffrances, (jurlque chose qui lui manque, né enfant, il avait pris la forme de serviteur et sans quoi tout ce qu'elle a souffert n'est eld'e-clave; outre qu'il s'était fait esclave, de nul effet pour nous devant Dieu. Or, ce il s'était revclu des a|)parences et des mar- <ii:i lui maiMjvie, c'est ce (jui nous reste à (]ues du pécheur; pécheur, esclave, enfant, .M compiir iioos-iiiCii.es. Mais où l'accomplir; tout cela, dit Zéiion de \érone, c'était les d.ns le ccrar , dans la propre volonté, dans siiréiogations infinies de l'adorable mystère le relraticlnme'it des désirs? peut-être en d'un Dieu incarné. Cette parole est bien levoiidiioiis-mius demeurer là; mais ce n'est marijuable. Mais son humilité, ou |jlulôt son point assez : car saint l'an!, qui l'enlenilait zèle pour détruire notre orgueil, le porte eumieux (jne nous, et qui n'avait pas plus be- core plus loin en ce jour. Il veut être mis au Soin lie pénitence, se faisait un devoir indis- rang des scélérats, et des scélérats condampensable de l'aciomidir d.ins sa chair : .4(//m- nés par la justice humaine; il veut , dans Jil'o ea (jnœ de.nint passioimm Chrisli in cmne celte qualité, essuyer tout l'opprobre du supfnen {Coluss. l). !\Iulif admirable pour nous plice le plus houleux, et cela au milieu do faire aiuer !a mortification des sens, de l'eu- sa nation, dans la capitale de son pays, le jour visagcr comme le supp!éu)cnt , ou, pour de la plus gr.înde :jj!cnnilé, au lieu le plus
10S9 jnSTERES. SEiniGN \1. SLU L\ PASSION D!-: J.-C. KnO
^mincnl do la ville; il veut y éiro mené on sur rc qui lui est dû. ou sur re qu'il noit iiompe.el v(''iirierror;ulede Jeréniicqu'ilsera lui eue dû, cl i>"élaul jamais (!i>.p()sé<i se ri rassasié d"i)Ulra(;es et d'affronts : 5(iM»)vi6(V(ir lâcher du moindre de ses droiis, ni à parppprobnis (iVinn. 111). Ce qui me par;. îl iiliis donner la moindre injure. Qu'un ciiiélien, surprenant, c'est qu'il fait loiit cela sans se dis-je, ait le cœur plein de ces sentiments; iiie'.lrecn peine du scandale des Juifs, ni du qu'il se fasse de ces maximes des règles de mépris des |;entils ; prévoyant que les |)re- conduite, et qu'avec cela il puisse se premiers ne voudront jamais rccoun;.ilre nn senler devant son Dieu sans rougir et sans Messie crucifié, et ([ue les autres le traite- se confondre, c'est, mes frères, dit saint Berronl de fou et d'insensé : Judais scandaliun, nird, ce qui n^e semble impossible. Senl.inl f/'-jin'ids .«(»/f!a"(i»!. Il n'importe ; (juc le Juif qu'il est supeibe, il ne jieut plus, ni iin os'en scandalise, et qu'- le gentil s'en nuxjue, qner Dieu, ni se confier en Dieu; et, s'il 1^> ce Dieu si grand par lui-même veut èlre l.iil, ce n'est qu'en se disant inteii urement donné en spectacle aux anges et aux liom- à lui nién;e ; Je suis un hypocrite; cirj'ini!ios, je dis en Sj eclaclc de confusion. Car \o(|ui' un Dieu qui ne m'a s:;uvé qu'eu s'.i- (]uelie confusion pour lui quand on le char- baissant au-dessous de tous les iiommcs, et ^ca de ce bois infâme, l'obj'l de la malédic- ( epciiil.int ji' ne cherihe de^ant lis hommes lion et de l'exécration <lu peuple! (|nelle con- ()uc l'élévation et la grandeur. J'établis ma fusion, quand il fallut sortir en cet état, et confiance dans ses opprobres; et, dans la 8- faire voir dans la place publique! pratique, je les déteste et je les fuis, ces Ah 1 chieliens, nous avons maintenant de mêmes opprobres ; qu'est-ce que cela, sinon la vénération pour tous ces mystères, et la hypocrisie cl coniradiction ? Or, la reconfoi, qui nous apprend (\ue ce sont les mys- naître, cette contr.idiclioii, celle hypocrisie, lères d'un Dieu sauveur, efface les affreuses et se trouver là-dessus dans la nécessité de idées qu'on devait alors s'en former. Quand se condainni-r, c'est ce <iue j'appelle la délions > oyons aujourd'hui les princi-s elles struction de l'orgueil dans un chrétien. Avauniouar(iues (léchir les genoux devant ce bois, çons.
qui a élé l'instrument de notre salut, bien Le Sauveur du monde arrivé nu Calvaire, loin d'avoir peine à l'honorer, nous nous on dispose la croix, on l'y étend; et c'est ici sentons [sortes ;'i lui rendre le devoir de no- que vous allez voir nu troisième ennemi du Ire religion. Mais, .n ce Irisle jour où nous salut de l'honime, je veux dire le libcrtinagu nous re|irés('nloiis un Dieu souffrant, que de la vidonté, vaincu par l'obéissance hépensail-on de la croix et de celui qui la por- roi(|ue de cet Homme-Dii u. De ces priiicilait ? je rougirais de vous le dire, cl je vous paulés et de ces puissances dont Jésus-Cbiisl, le laisse à juger. Ce que je sais, c'est que selon la parole de saint Paul que j'ai iléjà Jesus-Christ conçut linf.imie île ce supplice rapportée, tiiomphi sur la croix et qu'il ilésavec un tel sentiment d'horreur, que, si sa arma, quelle était la [)Ius fière et la plus «rraison v eût consenli, il aurait renoncé au gueilleuse, demande saint .Viiguslin? <''élail, dessein de nous raclieter, plutôt que de nous répond ce s.iint docteur, la vo'onlé de l'Iioairadieler à ce prix. 11 en fit n éme la propo- me; cette volonté ennemie de la sujelion, silion à son Père, quand il lui dit : Paler mi, celle voloulé qui vent toujours être maitiessi; si possibile est, tidnscat a vie cnlix it'e. d'elle-même, qui suit en tout son penchant, (Maitli. XX\'.) Ah ! mon Père, s'il était pos- ne cherche qu'à s'émanciper et à se licensib'e que ce calice passât, et s'éloignât de cier, et qui pour cela se révolte sans cesse moi! Mais l'arrêt eu est prononcé; et il se contre la loi et contre le devoir. \a\\ii celle le prononça à lui-même au même temps qu'il puissance qu'on pouvait justement nommer faisait cette prière, soumeltanl sa volonté, la |iriiicip;iulé du monde, puisqu'elle y réel acceptant toute la confusion de sa croix, gnait au préjudice de Dieu même. Or c'ppre- C'étail ainsi qu'il fillait faire mourir l'or- nez, chrétiens, comment elle a été vaincue gui il des hommes. Or, c'esl ce que font sou- par Jésus-Christ dans le mystère de sou cruverainement, effie.uement et sensibleinenl cifienu'nt. Ce divin Sauveur est attaché à la les huinilialionsduSauveur. Car, qu'un chré- croix, et il se soumet à mourir. Ce n'est pas lien adore un Dii u humilié, et, selon l'ex- seulement, remai(]ne saint Chrysostome, par pression de saint Paul, un Dieu anéanti, et un motifile charité, ce n'est pas par le seul qu'en même temps il soil lui-même enlêlé zèle do glorifier son Père, ce n'est pas par des vaines grandeurs du monde; qu'il ne un simple désir île sauver les hommes, m.us cherche qu'à s'élever, qu'à se distinguer, par obéissance : Fac/K? ii</erfi'c?!.<i (/-*/((7//)p. II), qu'à paraître ; que toutes ses réflexions, tou- et par la jilus rigoureuse obéissance, u-s^ne les ses vues , tous ses desseins ne tendent ad mortem, mortein autnn crucis. Or, quand au'à contenter son ambition, et cela sans je dis par obéissance, je dis par un commaninesure et sans égard; siins mesure, voulant dément exprès du ciel; je dis par obligation, toujours accroître sa fortune, toujours mon- par néccssilé, par l'engagement d'une voler à un |)lus haut rang, toujours s'attirer lonlé qui n'est plus à elle-même, et qui n'a de nouveaux honneurs; sans égard ni à la plus aucun droit sur ses actions; car l'obéisdroiture et à la bonne foi, ni à l'équité el à la sauce comprend tout cela. Je sais que les justice, ni à sa conscience et à son salut; théologiens el les Pères nous enseignent (|ue sacrifiant tout à sa passion, les inléréis de celte obéissance du Fils de Dieu lut volon- Dieu, les intérêts du prochain , les inlérêts taire dans son princi|)e, que l'ordre de moude bon âme; ayant des délicatesses infinies rir ne lui fut donné que par.e l'u'il le voulut
10!) I ORATEURS SACRES. BOLRDALOUE. îi;!;2
;i''r('|i((M', ((lie ce fut lui-nidme qui pria son En cfTi'l, Seignrur, à qui ne dois-jc p.Ts ol)cir i'i^ie (le le lui imposer, et qu'il lui élail libre pour vous, (jujind je vous vois obéli- pour d'en demander dispense. Je conviens de tou- moi à des sacrilèges et à des d6icide^ ? Obéistes ces vérités; mais c'est ce que je trouve sance jusqu'à la mort, et, s'il élail iiccrsciii-ore de plus admirable, que, pouvant de saire, jusqu'à la mort de la croix : U.sr/ur ad lui-niéme choisir ou ne pas choisir le sup- morlem, inorlem autem crucis [Pliilii/j). II); plice de la croix, il ail voulu qu'il lui lût c'est-à-dire, sans exception et sans reslricjiianiué et ordonné; que, pouvant se faire tiori. Car telle est la mesure de robéissunce dispenser de ce précepte, il ail voulu Tac- d'un chiéiien; et, s'il y a une chose que complirdans toute son étendue. Ce n'est pas notre obéissance ne renferme pas, et à latout : non-seulement il est crucifié par obéis- quelle elle ne soit pas préparée, c'est une sanco à son Père, mais par obéissance aux obéissance (;ue Dieu réprouve. Celle obéisliommcs, et aux plus indignes de tous les sance parfaite est héroïque; mais, après hommes, qui sont ses bourreaux et ses per- tout, ce n'est point trop pour nous sauver, sécuieurs. Ces minisires d'iniquité en dispo- et Uieu ne mérile ni ne veut rien de moins, sent comme il leur plaît : qu'ils parlent, il Comprenons ce que c'est que Dieu, et ce exécute; que la cruauté leur inspire une nou- que vaut le salul éternel , nous ne serons velle manière de l'attacher à l'inst! uuienl de plus surpris de tout ce (jue Dieu peut exiger sa mort, il leur présente ses mains et ses de nous.
pieds pour être percés de clous. II n'y a II restait encore un ennemi que Jésus-
qu'un seul point sur quoi il refuse de les Christ devait siirmonler, c'est la passion de
écouter. Car, s'ils lui reprochent qu'ayant la vengeance. Rien de plus naturel à l'homme
sauvé les autres, il ne peut se sauver lui- que celle passion, et rien de plus contraire
même, s'ils le défient de descendre de la aux sentiments de l'homme que le pardon
noix, s'ils lui demandent cette preuve de sa des injures. Dans lout le reste, dit saint
divinité, et s'ils lui promettent après ce lé- Augustin, notre religion ne nous prescrit
inoignage de croire en lui, il préfère à de si rien, en matière de mœurs, (;ui ne soit évi-
belles espérances le mérite de l'obéissance, déminent raisonnable et juste. Mais quand
Bien loin de descendre de la croix parce ([u'il elle nous ordonne d'aimer jusiiu'à nos per-
est Fils de Dieu, c'est pour cela ménie(|u'il sécuieurs, il semble qu'elle entreprenne alors
n'en descend pas, dit saint Bernard, puisque, sur notre raison; et, lout soumis que nous
étant le Fils de Dieu, il doit et il veut olieir sommes à cette loi, nous avons de !a peine
à Dieu. Il aime mieux passer pour faible, et à ne la pas condamner : Cum reio leqitur :
ne donner nulle marque de sa vertu toute- Dilifjite inimicos vestros, et Bcncfacilc fiis
puissante, que de la faire connaître par des qui odcrunl vos, tanc ipsa pcne arcnsatar
miracles de sa propre volonté. Il aime mieux, rciujio {Au;/.). C'est néanmoins cet amour
en demeurant dans l'élat de dépendance où il des ennemis qui nous fait proprement chré-
s'est réduit, laisser périr ces infidèles, que tiens; et, selon Tertullieu, c'est en cela que
d'en sortir pour les convaincre et pour les consiste le caractère de notre sainteté : I(a
tuuelitr. jubemur inimicos diligere, tit liwc sit pcrfccld
Or, de là qu'apprenons-nous, ou que de- cl propria bonilas noslra (Terlull.). Il fallait
vons-nous apprendre ? drux choses essen- donc, pour établir solidement le chrislia-
ticlles, et qui vont à l'anéantissement de nisme, faire mourir tout désir de vengeance,
notre volonté [jropre, savoir, la nécessité de Or, il n'y avait qu'un Dieu, et un Dieu mou-
l'obéissance et la mesure de l'obéissance. La rant dans la plus injuste persécution, qui
nécessité de l'obéissance, puisque c'est par pût en venir à bout, et c'est ce qu'il a fait
elle que s'accomplit aujourd'hui notre salul. sur la croix, qui fut comme le théâtre de sa
Non, chrétiens, ce n'est point précis? lisent charité. On dirait qu'il n'y est monté que
par la croix, mais par l'obéissance de la pour triompher de ce démon. La première
croix. La croix toute seule ne nous a pas parole qu'il y prononce, c'est en faveur de
sau\és ; il a fallu que l'obéissance lui donnât ceux qui le cr\n:\ùcn\. : Paler, dimille iilis.
le prix i]ui a fait noire rédemption. En vain (Lxc XXIII.) Il ne pense point à ses Apôtres,
donc prétendons-nous pouvoir nous sauver il ne pense point aux fidèles de Jésusalem,
par une autre >oie. Faites des miracles, pra- il ne pense pas même encore à sa sainte
ii(liiez toutes les austérités de la pénitence mérc,ni à son bien-aimé disciple; mais il
clirélienne, convertissez tout le monde; si ce pense à ses bourreaux, mais il pense à ses
n'est pas dans l'ordre d'une entière soumis- calomniateurs; et, comme s'il leur devait
sion à Dieu et à son Kglise, tout votre zèle la préférence dans son cœur, il veut qu'ils
lous vos miracles, toutes vos austérités et aient la première place dans son testament :
\os pénitences ne sont rien. Car, comme Palcr dinrilte illis. Se contente-t-il de leur
disait le prophète Samuel, l'obéissance vaut pardonner? Non. Ne fait-il qu'oublier les
iiiieux que tous les sacrifices, et tous les outrages qu'il en a reçus ? Ah 1 répond saint
sacrifices sans l'obéissance ne peuvent être Cluysostome, c'est trop peu pour lui, parec
devant Dieu de nulle valeur. Obéissance, qu'il ne veut pas que ce soitassez pour no is.
clirétiens, non-seulement à Dieu, mais aux II les aime, il prie pour eux, il tâche à les
lumimes revêtus de l'aulorilé de Dieu, fus- justifier auprès de son Père, il répand sur
senlils d'ailleurs !e^ plus imparfaiis, fussent- eux ses grâces les plus spéciales, et ses plus
ils même les plus vicieux : Non lanlum Ijoiiis abondantes miséricordes, il les ((invertit, Il
a siaJali.'^, icd cliam djjscolis (1 Pcir. II). t» fait des ii:édeslinés ; et cdu.. lors mémo
101Ô i YSTERES. SERMON Vil. SUR LA RESURRECTION m J.C. lOiu
qirils sont plus .inina-s contre lui, et au ino- la confomlro; il y a lit- ((Udi vu rcpiiincr, de
iiicnl inôiiio qu'ils le coiiiblenl de malédic- quoi eu éloulïcr tous les seuliini'uls. lions. Voilà quelle fui la eiiarilé de cet Finissons : voilà doue le péelié délruil par
Hoinnie-Dicu. Oui, mes frères, il a aimé ses la croix ; miiis, liéliis, mes cliers aiidileurs
bourreaux : c'était bien les aimer, dit saint combien de fois l'avons-nous ressuscité, et
Grégoire, pape, que de vouloir les réconci- combien de fois l'allnns-nous faire revi\re?
lier avec sou l'ère; car il no pouvait les ré- C'esl l'ennemi de Ditii, et son ennemi capi -
concilier avec son Père, sans les récouiilier tal; il a fait mourir Jésus-Christ; cela seul
avec lui-même. lia prié pour eux; et, ce (lui ne doil-il pas vous le lairc conn,;ître co
est plus clonnanl, il s'est servi de ses plaies monstre abominable, et n'est-ce pas as'sez
et des blessures qu'ils lui faisaient pour de le connaître pour le haïr souveraine-
plaider leur cause auprès de Dieu : Oc/(Hr/^(s ment? Allez, iiécheurs, allez au pied de la
(idmiranda, s'écrie le grand Hiidebi'rl, ar- croix; conlemplcz-y le douloureux mysière
chevèque de Tours, iluin clavi manilnis, dum de la passion de votre Sauveur; comptez, si
loncea lateri, dum fel ori admoverclur; et vous le |iouvcz, tous les coups qu'il a reçus
inanus, et latus, clos agebant pro iniinicis toutes les |daies dont il est couvert, loûles
(llild.) ! O prodige d'amour 1 pendant que les épines iiui lui percent la léte, toutes les
les Juifs perçaient de clous les mains du goutles de sang (ju'il a répandues , cl deman-
Sauveur, pendant qu'ils ouvraient son sacré dez-lui, avec le Prophète, qui l'a frappé de
côté avec une lance, (ju'ils abreuvaient sa la sorie, et (|iii l'a ainsi trailé ? A'ous cnlen-
bouclie de tiel ; el sa liouclie, et ses mains, lirez qu'il vous répondra, ([ue c'est le péché,
et son côlé demand. lient grâce pour ces Hi'i; c'e>l votie péché, que c'esl vous-mêmes!
infidèles ! il a excu-é leur crime : Pater, di- Moi , Seigneur, moi l'auleur de voire san-
iniHe illis : non cr.iin sciunl quid faciuut; el glante passion 1 el je n'en suis pas pénétré
quoiqu'au fond leur ignorance fût inexcusa- saisi de doub ur 1 et je [jourrais rcarder,
ble, ill'a employée pour diminuerlagiandeur encore d'un o'il tranquille et indilïereni je
eirénormilédera leiilalqu'ilscommellaienl. pmirrais encore aimer le péché qui vous a
Oiie n'aurail-ili)asf;iil, chrétiens, sicelleigno- donné le coup de la mori I De plus, mes cliers
rance eût élC enliéremenl involontaire? il a frères, si le péché csl le ea|)!t;il ennemi diî
répandu sur eux ses grâces les plus spéciales Dieu, Dieu n'est p;is moins son ennemi; s'il
el les plus abond.inles miséricordes; ne cou- a f^iit mijunr Jésus-Clirisl, Jésus-Ciiri!,! l'a
iidéiaul pas, dit s.iinl Augustin, que c'était lait mourir Uii-méaie. iMiiis qu'en a-t-ii pour
par eux qu'il souffrait, mais que c'etail pour f^'la eoûléàce divin Rédempteur? le pouvez-
eux : Non cniin uttendcbat (juod ub i/isis ^'JUs ignorer ? et, si vous liguorcz , (anl do
fatiebatur: scd quia pro ip^is tnoricbalur blessures ouvertes sur son corps ne soiil-
(-•i"|/). pllt's pas autant de bouches qui vous le di-
Après cela, mon cher auditeur, il jirétend sent hautement et qui vous le irienl?Or,
avoir droit de vous adresser C( s paroles, et voulez-vous ranimer contre lui l'ennemi
lie vous faire cette loi : Ego aulrm dico vo- 1^' '' ■' terrassé ? voulez-vous vous rengager
bis: Diligite inintlcos veslros {Malih. V): "^''''s un esclavage dont il vous a délivrés a si
Pour moi je vous dis : Aimez vos ennemis, grands frais? voulez-vous lui susciter de
Je vous le dis, el, sans me contenlei- de vous '"ouieaux combats, l'exposer à de nouvelles
le dire, je vous l'aiiprends par mou exemple, soulïranccs, l'allacher à une nouvelle croix ?
qui doit élre pour vous l'excmide le plus N'avez-vous point d'aulres sentiments à
convaincant el le plus louchant. Vous vou- P-endre en ce jour de pénilemc el de con-
lez vous venger : mais ai-je été vengé ? ai-je version ? Ah ! Seigneur, pénitence et conver-
demandé à l'être? On vous a oiïensé : mais *'""' c'est là que je m'en liens : mais coe-
l'avez-vous été plus que moi? l'avez-vous version sincère, solide, eflicacc; mais péni-
élé autant que moi ? voyez ma croix, elle 'ciice conslaiite el duralde. Vous avez vaincu
vous insiruir.i. Dans le rang que vous tenez, ^^ péché : j'en Iriomplierai comme vous et
■une injure vous doil être sensible: mais P"' *""«• Vous l'avez vaincu par le supplice
vous doit-elle être plus sensible ou aussi ^^'. '«i croix : j'en triompherai par les salu-
seiisible qu'à moi ? car qu'êles-vous, el (|ui laires rigueurs d'une vie austère cl mort!-
suis-je ? C'est par une malignité afleclée el fiée. Dans ce combat voire croix sera mon
par un dessein prémédité que ccl homme 'uodèle,sera mon soutien, comme elle est
s'fSl tourné contre \0'js : mais p;ir quel des- '*'"''-' '""" espérance pour l'éternité, où nous
sein mes persécuteurs ont-ils conjuré ma conduise, elc. ruine, el avec quelle fureurl'onl-ils poursui- SERMON VU.
vie? C'esl un oulr/ige que vous ne pouvez pmnit. r.,,..v„,...
pardonner, el qu'on ne pardonne jamais ^ T „ """"'""= "'^ '^^^^'^s-
dans le monde : mais j'ai pardonné ma mort. *"'" '^' i^fsurreclion de Jésus-Christ.
Celui dont vous avez reçu cet outrage esl lie^liondcns aulmi An-elus, dixit nuilieribus: Nolilo
indigne de toute grâce : mais en suis-je in- l'.n'.v.'ir f,'',V ;'m,'"." ''"'-';"'' ^Y"'''""'" • ^'■'"'■"«""i : digne, moi, qui ni'inléressc pour lui, et est- •. 'T I t ' T '"""'•'"" '"'"■
ce lui-même ou n'est-ce pai moi q^e vous cl.'^Z^lifZl^l'^Z^n'felJ:!:^^^^^^^^^
uc\Ci eniisagcr dans le pardon que vous ''>'''■'■' V^'isid; voici le lieu oh ou l'aviiit mis i S Umr
lui accoiderez ? Ainsi, chrétiens, de quelque <^''-^Vl).
prélexle ,,ue votre vengean.e puissu se cou- Sire , ces paroles sont bien différenlos do.
vr.i, ily a dans ce Dieu sauveur de quoi celles que nous vovuns co..m,unément tna-
irAï OHATILKS SACRES
vcos sur 1rs loiiilK^ntît (li>s hommes. Quoi (lue puissants qu'ils .lient été , à quoi se réduisent CCS mni^nifiqucs éloges (|u'(>n leur lionne , et que iiims lisons sur ces superhi s mausolées que leur érige la v.initc humaine? à cette triste inscription: llic jncel; ce grand, ce conquérant , cet hi)mme tant vanté dans le monde, est ici couclié sous celle pierre et enseveli dans la r'Ous^iéro , sans (jue tout son pouvoir et toute sa gramleur l'en puisse tirer. Mais il en va bien autrement à l'égard de .lésus-Christ. A peine a-t-il été renfermé dans le sein de la terre, qu'il en sort, dés le troisième jour, victorieux et tout brillant de lumière ; en sorla que ces femmes dévotes qui le viennent chercher, et qui, ne le Irouvanl pas, en veulent savoir des nouvelles, n'en apprennent rien autre chose, sinon qu'il est ressuscite et qu'il n'est [ilus là : Non esC flic ( Mutth. , XXVIII). Voilà , selon la prédiction et l'expression d'Isa'ie , ce qui rend son tombeau glorieux : El erit sepulc/'um ejiis gloriosum (/.<(»'., XI). Au lieu donc que la gloire des grands du siècle se termine au tombeau , c'est dans le tombeau que commence la gloire de ce Dieu-Homme. C'est là, c'est, pour ainsi parler, dans le centre même de la faiblesse, qu'il faitéclater toute sa force, et juscju'entre les bras de la mort qu'il reprend par sa propre vertu une vie bienheureuse et immortelle. Admirable cbangcnii nt, chrétiens , qui doit affermir son Eglise, qui doit consoler ses disciples et les rassurer, (]ui diiit servir de fondement à la foi cl à l'espérance cliréïicnne ; car tels sont ou tels doivent être les effels de la résurrection du Sauveur, comme j'entreprends de vous le montrer dans ce disrours. Saluons d'abord Marie, et félicilons-la , en lui disant : licgina cœli,c\c.
Oui, cliréliens, un des plus solides fondenien's et de iKjlre fui et de notre espérance, c'esl la glorieuse résurrection de Jésus- C.hrisl. .le le dis 0[irès saint Augustin; et, m'altachaiU à sa pensée , je trouve en deux naroles de ce l'ère le partage le plus juste, et if dessein le plus complet. Car, selon le belle remarque de ce saint docteur, le Fils de Dieu, dans sa résurrection , nous présente, loui à la fois , et un grand miracle et un grand exemple : In luic resurrcctione,?! vtiraculttm , et eaeinplum (Ang.). Un grand miracle pour confirmer notre foi : Aliraniliiin itl creddf; et un grand exemple pour animer noire espérance : Excmpliiin ut speres. En I n'et, c'esl sur celle résurrection du Sauveur fies hommes (juc sont établies les deux plus importantes vérités du christianisme, dont l'une est comme la base de toute la religion, savoir, que Jé-us-Christ est Dieu; et l'autre osl le princiiic de toute la moiale cvangéli- <]uc, savoir, ([lie nous ressuscilerons un jour nous-mêmes comme Jésus-Christ. Ainsi, mes chers auditeurs, sans une plus longue préparation, voiei ce que j'ai aujourd'hui à vous faire voir. Miracle de la résurrection de Jésus-Christ , preuve incontestable de sa divinité : c'est par là qu'il confirme noire fui ; et ce sera la prcuLère partie. Exemple
BOL'UD.VLOUE.
de la résurrection île .Tésus Christ, gage as sure de noire lésurrecliiui future, c'est par là (|u'il anime notre es; éranee : et ce sera la seconde partie. Deux points d'une extrême conséquence. Dans le premier, Jésus-Christ, par sa résurrection, nous apprendra ce qu'il esl ; dans le second, Jésus-Christ, par celte même résurrection , nous apprendra ce quo nous serons. L'un et l'autre renferment ce qu'il y a dans le christianisme de plus sublime et de plus relevé. Plaise au ciel qu'ils servent également à votre instruction et votre édification 1