PREMIÈRE PARTIE
C'est une grande parole, chrétiens, et qui mérite d'être écoutée avec tous les sentiments de respect que la religion esl capable de nous inspirer , quand saint Paul dit quo l'auguste mystère de la résurrection a établi dans le monde la foi de la divinité de Jésus- Christ : Qui prœdcslinatus est Filius Dei in virlutc, ex resurreclione mortvorutu , Jemi Christi Domini nostii (Rom., I). Ainsi parlait l'Apôtre, persuadé, rempli, pénétré de cette vérité : Nous adorons, mes frères, un Sauveur qui a été prédestiné Fils de Dieu en vertu de sa résurrection glorieuse. Au lic;i de prédestiné, le texte grec et le syriaqi'n [lortent, manifesté et déclaré; mais saint Ambroise concilie ces deux versions, en disant que Jésus-Christ, qui était un Dieu caché dans son incarnation, devait, selon l'ordre de sa prédeslination éternelle, être un Dieu révélé et un Dieu connu dans sa résurreclion : Chrislus lalens in incarnalione, prœdrsliniilus crut ut declararelur Filins Dei in rrsuri (ctionc {Amhr.). Je ne sais, mes chers audil( urs, si vous avez jamais fait réflexion à une autre proposition bien remar(]uab'c du même apôtre, dans cet excellent discours (ju'il fit au peuple d'Anlioche, cl qui esl rapporté au Livre des y\ctes. Voici comment s'expliquait le docteur des gentils : El nos vobis iinnuiiliamus eain, quœ ad paires nnsln s repriimissin facla est, quoninm liane l)rus adiinplrril, ressuscilans Jesum, sieut in srcund>'> J'salino scripium est : Filius meus es lu, efjo linilie f/enui te (.le/., XIll). Nous vous annonçons l'acconiplissement d'une grande promesse (]ue Dieu avait rùle à nos pères , et (;ui a élé, ilurant tant de siècles, le sujet de leur espérance et de leurs vœux. Dieu a voulu que nous , qui sommes leurs enfants , eussions l'avantage de la voir enfin consommée ; el l'exécution de cette promesse est qu'il a ressuscité Jésus , selon ce qui est écrit dans le psaume : Vous êtes mon Fils, et c'est aujourd'hui que je vous ai engendré. Que signifie cela, chrétiens? et de quel jour saint P.iul pretendait-il parler? Si c'était de celui où Jésus-Christ , comme Fils de Dieu et comme Verbe incréé, est engendré de sou l'ère , pourquoi l'apnliquait-il au n ystère de sa résurrection ? et , s'il l'entendait du jour où Jésus-(]hrist , comme Dieu-Hotnmc, est ressuscité selon la chair , pourquoi faisait-il mention de sa génération éternelle ? liessuscilans Jesiun, sicul scriptum esl : E'j'j hodiegenui le. Quel rapport de l'uu à lau--
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MYSTi:UE5. SERMON \1I. SUS 1 A RESL'URECTION liE J.-C.
!i('? Ahl répond s.iinl Atnhroise , il 0<l ndriiirable , el jamais l'Apotro n'a parlé plus coiisoiiuommeiil : pourciuoi? parr(i qu'en fffel la rcsurri'ction lie Jésus - Cliiist a été pour lui une seconde naissance , mais bien plus heureuse et plus avantageuse que la première . puisqu'en ren.ussanl , pour ainsi (lire , du tnmbeau , il a fiiit éclater visiblement dans sa personne ce caractère de Fils de Dieu dont il était revêtu. Et c'est pour cela que le Père éternel le reconnail sinjrulièrement dans ce mystère, et lui adresse ces paroles dans un sens particulier : filitis meus es tu, ego hotlie genni te : Oui , mon l'ils, c'est en ce jour que je vous cnfci-ndre pour la seconde fois , mais d'une manière qui justifiera parfaitement la grandeur lie voire origine et la vérité de cet être divin que vous avez reçu de moi : Filins meus es lu, id est, mcum hudic te probiisli esse Filium (j4m&'".). Comme s'il lui disait: Tandis (jue vous avez été sur la terre , quoique vous fussiez sans contestation Fils de Dieu, on ne vous a considéré que sous la qualité de Fils de l'homme. Mais, maintenant que vous triomphez de la mort, et que vous êtes régénéré a la vie de la gloire , vous vous rendez à vous-même un témoignages! authentique de la divinité qui habite en vous, qu'elle ne peut plus désormais vous être disputée; et, quoi- (lue j'aie toujours été votre Père dans le temps et dans l'éternité, je ne laisse pas de m'en faire aujourd'hui un honneur spécial, distinguant ce jour bienheureux entre tous les autres jours qui ont composé votre destinée, et le choisissant pour déclarer à tout l'univers que vous êtes mou Fils : Fiiius meus es tu, ego hodie genni le.
Mais venons au fond de la question, et, pour nous instruire d'une vérité aussi essentielle que celle-ci , voyons dans quel sens et comment il est vrai que la résurrection de Jésus-Christ établit particulièrement la foi de sa divinité. Car, vous me direz : Le Sauveur du monde, pendant le cours de sa vie mortelle, n'avait-il pas fait des miracles qui l'autorisaient dans la qualité qu'il prenait de Fils de Dieu ? Les démons chassés, les aveugles - nés guéris , les morts de quatre jours ressuscites, n'était-ce pas autant de démons- Iralions , mais de démonstrations palpables et sensiîdes, du pouvoir tout divin qui résidait en lui '.' quid t fiel plus singulier devait avoir sa résurrection pour confirmer cette créance? écoulez - moi , chrétiens , voici le nœud de la difficulté, et comme le point décisif du mystère que je traite. Je dis que la révélation de la divinité de Jésus-Christ était surtout attachée à sa résurrection : Qui prœdeslinatus est Fiiius Uei ex resurrcclione nioituorum {Rom., 1) : pourquoi"? pour quatre raisons, ou plutôt pour une seule, renfermée dans ces quatre propositions : parce que la résurrection de Jésus-Christ était la preuve que cet Homme-Dieu devait expressément donner aux Juif> pour leur faire connaître sa divinité : parce que cette preuve était , en ellet , la plus naturelle et la plus convaincante de sa di\inilé : parce que, de
OaATELRS SACHES. XIV.
tous les miracles de Jé>ius-Christ faits par la vertu de sa divinité , il n'y en a pas un qui ait été si avéré ni d'une é\ idcnce si incontestable , que celui de la résurrection de son corps : et , parce que c'est celui de tous qui a le plus servi à la propagation de la foi et à l'établissement de l'Evangile, dont la substance et le capital est de croire en Jésus- Christ, et de confesser sa divinité. D'où vient que les chrétiens des premiers siècles, voulant exprimer dans un mot l'idée qu'ils se formaii'ut de la résurrection du Sauveur, par un usage reçu entre eux , l'appelaient simplement le ténioignage; '\usquc-\h que l'empereur Constantin ayant bâti dans la nouvelle Jérusalem un superbe temple sous le titre de Jésus-Christ rcs'^uscilé, lui donna le nom de Martyrium , c'est-à-dire Testimonium. Et saint Cyrille, patriarche de la même ville , en apporte la raison : savoir, que ce temple était consacré à un mystère que Dieu avait lui-même choisi pour être le témoignage solennel de la divinité de son Fils. C'est ce que vous verrez , clirétiens , dans l'exposition de ces quatre articles que je vais vous développer.
Car, premièrement , n'est-ce pas une rcmar(iue bien solide, qu'autant de fois que Jésus - Christ se trouve, dans l'Evangile, pressé par les Juifs sur le sujet de sa divi-^ nilé, et qu'ils lui en demandent des preuves, il ne leur en donne jamais d'autre que sa résurrection , dont il se sert, ou pour convaincre leurs esprits ou pour ccmfondre leur incrédulité? Cette nation infidèle , disait-il , veut être assurée par un miracle de ce que je suis; et elle n'aura point d'autre miracle que celui du prophète Jouas, ou plutôt que celui dont le prophète Jonas fut la figure; savoir, qu'après avoir été enfermé trois jours dans le sein de la terre, j'en sortirai comme Jonas sortit du ventre de la baleine : Generalio prava signum (/uœril , et signum non dabitur ei, nisi signum Jonœ prophelœ ( Matth., XU ). "Vous me demandez , ajoulait-il, en s'adressant aux pharisiens, par quel miracle je vous montre que j'ai droit d'user du pouvoir absolu et de l'anlovité indépendante que je m'attribue : Quod signum ostendis nobis quia liœc facis {Joan., cap. 11)? Or, voici par où je veux que vous en jugiez; c'est qu'après que vous aurez détruit , par une mort cruelle et violente , ce temple visible, qui est mon corps , je le rétablirai dès le troisième jour dans le même état, et dans un état uiême plus parfait : Solvile lemplum hoc, et in tribus diebus excilabo illud (Ibid.). Prenez garde, s'il vous plaît, chrétiens : il pouvait leur produire cent autres miracles qu'il opérait au milieu d'eux ; mais il les supprime tous , et vous diriez qu'en les faisant, il ne se proposait rien moins que de faire connaître aux hommes sa divinité. Car, s'il change l'eau en vin aux noces de Cana , c'est par une déférence, comme forcée, à la prière de Marie. S'il délivre la fille de la Chananéennc, c'est pour se délivrer de l'imporlunité de cette ferimie. S'il ressuscite le fils de la veuve, c'est par [Trente-cinq.)
ORATEURS SACHES. nOURDALOUE.
iHic pure co;iip,is-i()ii. Diins la phip.Trt wô ne ili- ces actions surhumaines , ;ipiôs avoir laissé agir sa toute - puissance , il recoiniiiaiule \c secret à ceux qui en ont ressenti la vertu. Et quand il dccuuvre aux trois disciples la gloire de sa transfiguration, où le l'ère céleste, parlant en personne, le reconnaît pour soi) Fils bien-ainié, il leur défend (l'en rien publier, jusqu'à ce qu'il soit res- .suscilé. d'i-nlre les morts : Nemini dixeriiis visiiinem,donec Filius hominis a mortuis resurgal [Matth., XVII). Pourquoi cela? par la raison qu'en apporte saint Chrysostouic, «lue, dans le dessein de Dieu, le résurrecliou (le Jesus-(",lirisl ayant été ordonnée pour cire le signe de sa filiation divine, c'était elle qui devait in.'ttre le sceau à tous les autres miracles, et qui en devait consom^îcr la preuve. De là dépendait la foi de tout le reste : car ce Sauveur des hommes ayant dit : Je suis ég-il à mon Père et Dieu comme lui; e(, pour faire voir que je le suis, je ressusciti'rai trois jours après sa mort ; s'il n'eût pas été tel qu'il prétendait , il était impossible qu il ressuscitât, parce que Dieu alors, en concourant au miracle de sa résurrection , eût auloiisé l'imposture et le mensonge. Si donc, après cilte déclaration, il est ressuscité, il fallait aussi , par une suite nécessaire, qu'il lût Dieu. Etant Dieu, tous ses autres inii'acles subsistaient , puisqu'il est naturel à un Dieu de faire des miracles. Et, au contraire, s'il n'était pas ressuscité, la créanie lie sa divinilé se trouvait détruite par sa propre bouche : sa divinilé détruite, ses miracles ne devaient plus avoir de force, ses paroles n'élaienlque fausseté, sa vie (ju'artifiee et illusion, toute la foi chrétienne qu'un fantôme : et voilà le sens littéral de ce passage de saint P;îuI : Si aulcm Clirislus non lesurreTi!, inanis est prœdicalio noslra, inanis est ri fuies vestra (ICor., XV), Tout cela, encore une fois , parce que Jésus-Christ avait marqué la résurrection de sou corps comme le caractère distinctif de sa divinité.
Mais pourquoi clioisissail-il celui-là préférablement à tous les autres ? Ah ! chrétiens, en pouvait-il choisir un plus éclatant et plus sensible que de se ressusciter lui-même "? Le miracle, dit saint Augustin, est, pour les créatures intelligentes , le langage et la voix de Dieu; et le plus grand de tous les miracles est la résurrection d'un mort ; mais, en- Ire toutes les .ésurreclions, quelle est la plus miraculeuse? n'est-ce pas, yioursuit ce saint doctiur, de se rendre la vie à soi-même et de se ressusciter par sa propre vertu'/ Ce n'est donc point sans raison que Jésus-Christ s'attachait spécialement à ce signe pour vérifier qu'il était Dieu et Fils de Dieu. En effet, il n'appartient qu'à un Dieu de dire comme lui : Polcstatcm habeo puncndi nni- 7)iam mcain, et ilerum suinendi eam [Joan., X). J'ai le pouvoir de quitter la vie, j'ai le pouvoir de la rejirendre, l'un m'est aussi facile que l'autre, et comme je ne la quitterai que (juand je voudrai , aussi la reprendrai-je quand il me plaira. Il n'y a, dis- ^r , qu'un Dieu qui puisse s'exprinier do la
sorte. Avant Jésus-Chris!, ne perdez pascetto réllexion de saint .\mbroise, également solide cl ingénieuse, avant Jésus Christ , on avait vu dans le monde des hommes ressuscites, mais ressuscites par d'aulres hommes. Elisée, par le souffle de sa bouche, avait ranimé le cadavre du fils de la Sunamile ; et, par Pj prière d'Elie, l'enfant de la veuve deSarepta mort de défaillance et de langueur, avait été rendu à sa mère désolée , plein de vigueur et de santé. Mais , comme remarque s linl Ambroise. ceux qui étaient alors ressuscites ne recevaient la vie que par une vertuétrangôre; et ceux qui opéraient ces miracles, ne les faisaient que dans des sujets étrangers. La merveille inou'i'e, c'était que le même homme fît tout à la fois le double miracle, et de ressusciter, et de se ressusciter ; car c'est ce qu'on n'avait jamais entendu : ,4 sœculo non est auditum {Joan., IX) ; et voilà le miracle que Dieu réservait à son Fils , afin de déclarer au monde qu'il était tout ensemble homme et Dieu : homme, puisqu'il était ressuscité, et Dieu, puisqu'il s'était ressuscité : Ut ostenderet qnoniam eral in ipso, et resuscitrjiiis liomo , et resiiscitans Deus (.4m6r.). Mystère adorable que saint Jérôme, par ce don de pénétration qu'il avait pour bien entendre les Ecritures, observe dans ces paroles du psaume qui, selon la lettre même, conviennent à Jesus-Christ et ne se peuvent rapporter qu'à lui : j^stimatus sum cum descendentibus in lacum; faclus sum sicut homo sine adjulorio, inter mortuos liber [Ps. LXXXVII ). On m'a mis au rang des morts , et l'on a cru qu'en mourant, je ne devais point avoir d'autre sort que le commun des hommes; mais il y a eu néanmoins entre eus et moi deux grandes différences : l'une, que j'ai été libre entre les morts : Jnler mortuos liber ; et l'autre, que, parmi les morts, je n'ai eu besoin du secours de personne : Sicul homo sine adjutorio. Que veut-il dire, chrétiens? c'est-à-dire que Jésus-Christ est entré dans le royaume de la mort, non pas comme son sujet, mais conune son souverain; non pas comme esclave, mais comme vainqueur ; non pas comme dépendant de ses lois, mais comme jouissant dune parfaite liberté : Inler mortuos liber. De sorte que, pour en sortir par la voie de la résurrection, il ne lui a (Mu que lui-même : point de prophète qui priât jour lui, qui lui commandât de se relrver, qui le tirât par violence du tombeau, parce qu'étant Dieu, il ne devait être aidé ([ue de sa vertu toute-puissante : Fiictus sum sicnl homo sine adjutorio inler mortuos liber. Paroles, ajoute saint Jérôme que le Saint-Espiit semble avoir dictées pour composer l'épitaphe de Jésus-Christ qui devait ressusciter.
Il est donc vrai que la résurrection do cet IIoiumivDieu était la preuve la plus aullu'nli(iue qu'il pouv.ilt donner de sa divinilé, et c'est pourquoi toute la synagogue conjurée contre lui fit de si puissants efforts pour empêcher que la créance de cette résurrection ne fût reçue dans le monde. Tous les Juifs étaient persuadés que si l'on croyail une fois, et s'il était constant que Jésus Clirist
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MYSTERES. SERMON VI!. SLR lA RESURRECTION W. .! C.
lût ressûscilé, dès-là il se Irouvrrail dans nne plwii'p (Hissession cl do la qualité de Messie, et de celle de Fils de Dieu ; mais qu'esl-il arrivé? Par une conduite toute merveilleuse de la Providence , de tous les articles de noire religion, ou plutôt de lous les miracles sur quoi est l'ondée noire religion, il n'y en a aucun dont le l'ait ail élé si avéré, ni dont l'évidence soit si inconleslabic ; en sorlc.dit saint Augustin . qu'un païen même et un infidèle examinant sans préoccupation toutes les cireoiislances de ce miracle, est forcé d'en reconnailrc la vérilé; et. ce qui est encore plus étonnant, continue ce saint docteur, c'est que les deux choses , qui naturellement auraient dû être des obstacles à la foi de cette résurrection, savoir, la haine des pharisiens et l'incrédulilé des apôtres , sont justement les deux moyens que Dieu a employés pour l'appuyer et pour la fortifier. Oui, les ennemis de Jésus-Chrisl les plus passionnés ont, malgré eux, contribué, par leur haine même, à vérifier le miracle de la résurrection de son corps, et par conséquent, à établir notre foi ; car prenez garde, chrétiens : à peine Jésus- Christ est-il expiré, qu'ils s'adressent à Pilale, et que lui représentent-ils? Nous nous souvenons que ce séducteur a dit, lorsqu'il était encore vivant : Je ressusciterai trois jours après ma mort , il s'y est publiquement engagé, cl il a voulu qu'on éprouvât par là s'il était fidèle et véritable dans ses paroles. Tout le peuple est dans l'attente du succès de celte prédiction; et si son corps venait maintenant à disparaître, il n'en fau- <lrail pas davantage pour confirmer une erreur au'-si pernicieuse que celle-là. Il est donc important d'y pourvoir, et nous venons à vous pour le faire avec plus d'autorité. Allez, leur répond Pilale, vous avez des gardes, usez-en comme il vous semblera bon, je vous donne tout pouvoir. Et aussitôt le sépulcre est investi de soldats, la pierre qui en ferme l'ouverture est scellée, on n'omet rien pour une entière sûreté. Quel ciïel de cette prévoyance ? point d'autres que d'écarter jusqu'aux moindres doutes et jusqu'aux plus légers soupçons sur la résurrection de Jésus- Christ; car, malgré toutes leurs précautions et tous leurs soins, le corps du Sauveur, après trcis jours de sépulture, ne s'étant plus trouve dans le tombeau, que pouvaient dire les pharisiens? que ses disciples l'avaient enlevé à la faveur de la nuit, et tandis que la garde était endormie? Mais, reprend saint Augustin , comment a-t-on pu approcher du sépulcre, le\er la pierre, cm poiier le corps sans éveiller aucun des soldats? D'ailleurs, si la garde était endormie, d'où a-t-clle su qu'on l'avaitenlevéet(iui l'avait enlevé; et si elle n'était pas endormie , comment at-clle souffert ((u'on l'enlevât? quelle apparence que les disciples, qui étaient la faiblesse et la timidité même, soient devenus toul à coup si hardis, et <iu'au travers des gardes, avec un danger visible de leurs personnes, ils aient osé ravir un corps mi s en dépôt sous le sceau public? De pi us quand ils l'auraient osé, à quel dessein voudraient-iis .•'aire croire aux autres une chose
dont la fausseté leur aurait élé clairemeni connue? Que pourraient-ils espérer de là? Car s'ils avaient enlevé le corps, il leur était évident que Jésus-Christ n'était pas ressuscité et qu'il les avait trompés ; (t comme ils s'étaient exposés pour lui à la haine de loute leur nation, il était naturel que , se voyant ainsi abusés, bien loin de soutenir encore ses intérêls , ils le renonçassent, déclarant aux magistrats que c'était un imposteur ; témoignage que toute la synagogue eût reçu avec un applau lissement geiiéi-al, et qui leur eût gagné l'alïection dt" tout le peuj)le, au lieu que , publiant sa résurrection, ils ne devaient attendre que les Irailenienls les plus rigoureux, les persécutions, les prisons, les fouets, la mort même.
Cependant voilà l'unique défaite des Juifs pour éluder le miracle de la résurrection de Jésus-Christ : ses disciples enlevèrent son corps. Ce n'est pas seulement de l'évangélisle que nous l'apprenons, mais de Justin, martyr, lequel ayant été juif de religion, était mieux instruit que personne de leurs traditions. Ils ré|)andirent , dit-il, dans le monde, que le sépulcre avait élé forcé. Mais le mensonge élail si visible, que la résurrection du Sauveur ne laissa pas de passer pour constante parmi le peuple. Josèphe lui-même n'en a pu disconvenir, quelque intérêt qu'il eût à obscurcir la gloire du Fils de Dieu : et afin que la gentililé aussi bien que lejuda'isme rendit hommage à ce Dieu ressuscité, Pilate, selon le rapport de Terlullien, bien informé de la vérité, et déjà chrétien dans sa conscience, en écrivit à Tibère : h'o oiinùn super Cltrino Pilatus , cl ipse pro con.'<ric)Hia fun jiimchrislianus, Tibcrio renunlinvii [TertulL). Sur quoi ce Père n'a pas craint d'ajouter que les empereurs auraient cru dés lors en Jésus- Christ, s'ils n'avaient été, comme empereurs, nécessaires au s'ccle, ou si les chrétiens qui renonçaient au siè( le avaient pu êlrc emper( urs : Si aul Cœsares noti fuis.'^cn: sivculo ncccssarii, aut christiani poluisscnl esse Cœsarcs ( Ihid. ]. Mais ce qui me surprend au-delà de tout le reste, et ce que nous ne pouvons assez admirer, c'est de voir les Apôtres, qui, pendant la vie de leur maître, ne pouvaient pas même comprendre ce qu'il leur disait -le sa résurrection, qui, dans le temps de sa passion, en avaient absolument désespéré, et qui rejetaient après sa mort , com.iic des fables et des rêveries, ce qu'on leur racontait de ses apparitions : de voir, dis-je, des hommes si mal disposés à croire, ou plutôt si déterminés à ne pas croire, devenir les prédicateurs et les martyrs d'un mystère qui jusquelà avait été le plus ordinaire sujet de leur incrédulité, aller devant les tribunaux et les juges de la terre confesser une résurrection dont ils s'étaient toujours fait une matière do scandale ; ne pas craindre de mourir pour en confirmer la vérité, et s'estimer heureux, pourvu qu'en mourant ils servissent à Jésus- Christ, glorieux et triomphant, de témoins fidèles. Qui fil c!^ changement en eux, et qui était capable de le faire, sinon l'assurance et la foi de sa résurrection? Mai-; une foi si
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fcriiif^, nprùs iine incrfdulité aussi obstinée, n'était-cile p.is un coup de la main du Tii''s- Hanl? Ilœc nuilalio dextcrœ [''xccisi { Ps. l.XXVI ). Aussi cst-co c!i verlu de ceUe foi , je dis de l.i foi d'une rcsunection si miraculeuse, (jue le chiisllanisiiie s'est multiplié, (;ue l'Evanyilc a fait dans le monde des prom-ùs inconcevables, cl que la divinité du Sauveur, malgré l'enfer el toutes ses puissances, n été crue jusqu'aux extrémités du monde. Nous n'avon< qu'à considérer l'origine et la naissance de 1 Ivglise. Jamais les Apôtres ne prêchaient Jésus-Christ dans les synagogues, qu'ils ne produisissent sa résurrection comme une preuve sans réplique.
Ihiric Dcus suscitnvit tertia die ( Act., XX ). C'est celui, disaient-ils sans ces e , qui est ressuscité le troisième jour; celui que le Dieu de nos pères a glorifié, en le délivrant de la mort; celui que vous avez crucifié, mais qui depuis s'est montré dans l'état d'une vie nouvelle. On dirait que c'était là le seul article qui rendait leur prédication efficace oi invincible. Car en quoi faisaient-ils paraître la force de ce zèle apostolique dont ils étaient remplis? à rendre témoignage de la résurrection de Jésus-Christ : Virtute mngna riddcbant apostoli testimonium resurrectionis Jesu Chrisli Domininostri (.4c'., IV). En cela consistait tout le soin et tout le fruit de leur ministère; jusque-là même que, lorsqu'il fallut procéder à l'élection d'un nouveau disciple en la place du perfide Judas, la grande raison qu'ils apporlcrenl fut qu'ayant vu ce qu'ils avaient vu, et qu'étant au Sauveur du monde ce qu'ils lui étaient, ils devaient s'associer quelqu'un pour être avec eux témoin de .sa résurrection : Oporlet eniin teslem rcsurrertionis ejus nobiscum fieri unum ex istis ( Act., I ) ; comme si leur apostolat eût été réduit à ce seul point. Et en effet, ajoute saint Luc, tout le monde se rendait à la force de ce témoignage. Les Juifs n'y pouvaient résister, les gentils en étaient persuadés, le nombre lies chrétiens croissait tous les jours, et nous apprenons de saint Chrysoslome, qu'iinrnéili.itement après la profession de foi que faisaient les catéchumènes, en reconnaissant (jne Jésus-Christ était ressuscité, on leur conférait le baptême. Pourquoi cela? parce (jue professer la résurrection de Jésus-Christ , (était professer qu'il était Dieu : et professer (]u'il était Dieu, c'était embrasser sa religion, ^misqu'il est certain que tonte la religion chrétienne est fondée sur la di\ iiiilé de Jésits- Chrisl, el que la divinité de Jésus-Christ ne nous a été aulhentiquement révélée «lue par le miracle de sa résurrection.
Arrêtons-nous ici ; et, pour répondre au ilessein de Dieu dans ce mystère, élevonsnous par les sentiments de la foi au-dessus de nos bassesses. Entrons, si j'ose rn'expriiiier do la sorte, dans le sanctuaire de la divinité de Jésus-Christ, qui nous csl ouvert; el, profitant de la fête que nous célébrons, disons avec les vieillards de l'Apocalypse, prosternés devant le trône de l'Agneau : tiiijnus est Ai/nus qui occisus est, ncciprre l'titittem et divinitiitcm ( ,4;)of., V) : Oui ,
l'Agneau sacrifié pour nous mérite de recevoir l'hommage que (ouïe l'Eglise lui rend aujourd'iiui. En adorant son Eire divin, faisons à ce Sauveur la iiiè:nc protestation que lui fit saiiit Pierre : Tu es Christus Filins Dei vivi {Malth., XVI ): Vous êtes le Fils du Dieu vivant ; ou, pour la concevoir dans des termes d'autant plus forts el plus énergiques, qu'ils sont plus simples cl plus naturels, servons-nous de l'expression de saint Thomas : Dominus métis et Deiis meus [Joan., XX ) : Mon Seigneur cl mon Dieu : expression qui confondit autrefois l'impiélé arienne, el qui fermera éternellement la bouciieà l'infidélité des libertins. Au lieu qn'avanl la résurrection du Fils de Dieu, et Thomas, et les autres apôtres, se contentaient de lui dire : Mugister, Domine (Mutth., XII et XIII) : Seigneur, Mailre ; mainlenant qu'il est ressuscité , faisons-nous un devoir de lui répéter cent fois : Dominus meus et Deus meus : Vous êles mon Seigneur et mon Dieu ; cl vous me le faites connaître si évidemment dans votre résurrection , que j'aurais presque lieu de craindre qu'elle ne fît perdre à ma foi une partie de son mérite. Car je sens mon âme toute pénétrée des vives lumières qui sortent de votre humanité sainte, et qui sont comme les rayons de la divinité qu'elle renferme. Je ne comprenais pas ce que saint Paul voulait faire entendre aux Hébreux, quand il leur disait que le Père éternel avait commandé aux anges d'adorer son Fils dans le moment qu'il ressuscita el qu'il fit sa seconde entrée dans le monde : Et cum iterum introducit primogenitum in orbem tcrrœ. dicit : F.t adorent eum omnes angeli Dei ( Hebr., 1 ). Mais j'en vois maintenant la raison ; c'est que Jésus-Chrislen ressuscitant montra à tout l'univers qu'il était Dieu, el que l'adoration est le culte propre de Dieu, et uniquement affecté à Dieu. Voilà pourquoi le Père éternel voulait que ce culte fût rendu solennellement à Jésus-Christ par tous lesesprils bienheureux : Et adorent eum omnes angeli Dei. De savoir pourquoi il s'adressa aux anges el non pas aux luinimcs pour leur donner cet ordre : Ah 1 mes frères , dil saint Jérôme expliquant co passage, c'est notre instruction d'une part, mais noire confusion de l'autre. Car il ne s'adressa aux anges que dans la connaissance anticipée qu'il eut de l'ingralituJe, delà dureté, de l'insensibilité des houimes. II ne s'adressa aux anges, que parce (ju'il prévit que les hommes seraient des esprits mondains, qui, bien loin d'adorer Jésus-Christ en vérité, l'outrageraient, le blasphémeraient el , parle dérèglement de leur vie , le couvriraient de honle el d'opprobre. Il est vrai que les hommes, encore plus que les anges, devaieiil adorer ce Dieu renaissant du tombeau, puisque c'était leur Sauveur, el non pas le Suiveur des anges; mais le désordre des lionimes, le libertinage des uns, l'hypocrisie des autres , l'orgueil de ceux-ci, la lâcheté de ceuv-!à, c'est ce ([ui détermina le Père céleste à recourir aux anges comme à des créatures plus fidèles, quand il voulut procurer à sou F.Is unii;u • le tribut d'honneur qui lui élait
fiori
MVSTi:ai:s. skumon vu. slu i.a insurrection dv. j.-r.
iù en coiiséiituni c tic sa rt^surrection : l'Jt ctim itent:ii iiitratliicil primoij'nilum in orbem lerrœ , (\\cit : El adarent cutn omnes nnijfli Dci. Comme s'il eût dil : Que les anges soicnl SCS adoralcurs, puisque les hommes sont des impies qui le scandalisent. Car c'est le reproche que chacun de nous a dû se faire aujourd'hui dans l'amertume de son âme : reproche qui suffirait pour nous tirer de Tassoupissement où nous sommes , et pour ranimer noire foi ; reproche qui, par une suite nécessaire, produirait noireconversion et le changement de nos mœurs.
En effet, cette foi de la divinilé de Jésus- Christ a sanctifié le monde, et n'est-ce pas par celte même foi que le monde qui nous enchanle, et dont les maximes nous corrompent, doit être sanclifié dans nous'? Si j'ai «elle foi, ou je suis juste, ou je suis dans la voie de l'être ; si je ne l'ai pas, il n'y a dans moi que péché et qu'iniquité. Qui est celui, demande le bien-aimé disciple saint Jean, (lui Iriompliedu monde, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est Dieu? Qtiis est qui vincit muiiduin, nisi f/ui crrdit quoniam Jésus est Filius Dei {Juan. V)'! c'est-à-dire (jucl est celui qui, maîlrc de ses passions, est réglé dans sa conduite, modéré dans ses désirs, continent, patient, charitable, sinon celui qui se laisse gouverner et conduire par la foi de ce Dieu sauveur"? Au contraire, quel est celui qui demeure toujours esclave (lu monde et de ses roucupiscences, esclave (le l'ambilfon, esclave de l'inlérêl, esclave de la sensualité, si ce n'est pas celui qui a renoncé à celle foi, ou en qui celle foi est languissante"? Quù est qui rincil mundum, nisi qui crédit quonifim Jésus est filius Z>ci ?Consullez l'expérience, et vous verrez avec quelle raison parlait rAp(jlre. La prudence humaine a cru pouvoir se m.iinlenir indépendamment de celle foi, el en a <oulu secouer le joug ; mais on sait de quelle manière elle y a réussi, et les tristes elTels de celle indépendance criminelle. On a vu des chrétiens s'ériger en philosophes , cl, laissant Jésns- (;iirist, s'en lenirà la foi d'un Dieu ; mais, par une disposition secrète de la Providence, leur philosophie n'a servi qu'à faire paraître encore davantage l'égarement de leurs es- |)rils el la corruption de leurs cœurs. Il semlile qu'avec la connaissance d'un Dieu, ils devaient élre naturellement sages el nalunllemenl vertueux ; mais, parce qu'on ne pi ut élre solidement vertueux et sage que par la grâce, que la grâce est attachée à Jésus-Christ , que Jésus-Christ ne nous est rien sans la foi, que la foi qui nous unit à lui est celle qui nous révèle sa divinilé ; de là vient qu'arec toutes ces belles idées de sagesse, ils ont été des insensés, des emportés, (ju'ils se sont laissé entraîner au lorrcnldu vice, qu'ils onl succombé aux plus honteuses passions ; qu'ils se sont, comme dit saint l'aul, évanouis dans leurs propres pensées, el qu'affcclant d'être philosophes, ils onl même cessé d'êlre des hommes. Au conlrairc, où a-t-on trouvé l'innocence et la pureté de la vie"? dans celle sainte cl divine fui, (lui nous
apprend (lue Jésus-Christ est vrai Fi's de Dieu : Quis est qui vincil mundum, nisi qui crédit quouium Jésus est Filius Dei f \'oilà ce qui nous justifie, voilà ce ipii nous ouvre le trésor des grâces el des vertus, voilà ce qui nous donne accès auprès de Dieu, pour avoir pari un jour à celle bienheureuse résurrection qui nous est promise. Uésurreclion de Jésus-Christ, preuve incontestable de sa divinité ; c'est jiar là qu'il confirme noire foi. Résurrection de Jésus-Chrisl, gage assuré de notre résurrection future; c'est ainsi qu'il anime notre espérance, comme vous l'allez voir dans la seconde partie.
SECONOE PARTIE.
De tous les articles de noire religion, il n'y en a aucun, dil saint Augustin, (jui ail éié plus contredit (]u(^ la résurrection des hommes, parce qu'il n'y en a point qui les r<;tienne plus dans le devoir, et qui les assujettisse davantage aux lois divines : In nnlla rc tam vehemenler contradicitur fidci chrislianœ, qitnm in resurreclicine carnis {Auij,). Car si les hommes doivent ressusciter, il y u donc une autre vie que celle-ci ; loules nos espérances ne se terminent donc pas à la mort ; nous avons donc un sort bon ou mauvais à attendre dans rélernilé ; Dieu nous réserve donc à d'autres récompenses ou à d'autres peines que celles que nous voyons ; noire grande affaire est donc de travailler ici à mériter les unes el à éviter les autres ; il faut donc rapporter nos actions à celle fin, et tout le reste doit donc êlre indilTérenl ; nous sommes donc bien condamnables de nous troubler des misères de celle vie, cl de nous laisser surprendre à l'éclat des prospérités humaines ; la vertu seule est donc sur la terre noire bien solide cl même notre unique bien. Car loules ces conséquences suivent nécessairement du principe de la résurrection des morts. ITesl pourquoi Terlnlliei; commence l'excellent ouvrage (]u'il a conip' se sur cette matière par ces belles paroles : fiducia chrislianurum, resurrcclio morluorum [TerluU.]. Au contraire, dil saint l'aul, si nous ne devons pas ressusciter, el si c'est au bonheur de ce monde que nos espérances sont bornées, nous sommes les plus misérables de tous les hommes ; car tout ce que nous faisons est inutile. C'est en vain que nous nous exposons à tant de dangers, en vain que j'ai soutenu lant de combats à Ephèse pour la foi ; il n'y a plus de conduite, plus de règle à garder, el l'on peut donner à ses sens tout ce qu'ils demandent ; le devoir et la piété sont des biens imaginaires, et l'inlérêl présent est le seul bien qui nous doive gouverner. Prenez garde, chrétiens; de celle erreur, que les hommes ne ressusciteront pas, l'Apôtre lirait toutes ces conclusions, par un raisonnement théologique dont il y a peu de personnes encore aujourd'hui qui comprennent loule la force, mais que saint Chrysoslome a très-bien développé, en observant contre qui saint Paul avait alors à disputer. Ce n'élail pas, remarque co l'ère, contre des héréliques, (]ui, reconnaissant l'iinniortalilé des âme<, ne voulussent
OIIATEUUS SACRES. BOIJRDALOLE.
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pas reconnaître la résurreclion des corps ; son argiim .nl eût clé nul; mais il combattait 1 s libertins et les athées, qui nient la résurrection des corps , parce qu'ils ne veulent lias croire l'iminorlalilé des âmes ni une vie future. Car. quoique ces deux erreurs n'aient pas entre elles une connexion absolument nécessaire, elles sont néanmoins inséparablement jointes dans l'opinion des impies, qui, tâchant d'eff.icer de leurs esprits l'idée des choses éternelles, afin de se mettre en possession de pécher avec plus d'impunilc, veulent abolir premièrement la foi de la résurrection des corps; et, par un progrès dinfidélilé qui est presque inévitable , s'aveu- {jient ensuite jusqu'à se persuader même que les âmes ne sont pas immortelles. Et voilà oourquoi saint Paul se sert des mêmes armes pour attaquer l'une et l'autre de ces deux impiétés.
Quoi qu'il en puisse être, je dis, chrétiens, pour m'en tenir précisément à mon sujil, que, dans la résurrection de Jésus-Christ, nous avons un gage sensible et assuré de notre résurrection ; coiimunt cela ? parce <iue, dans cette résurreclion du Sauveur, nous trouvons tout à la fois le principe, le motif et le modèle de la nôtre. Le principe par où Dieu peut nous ressusciter, le motif qui engage Dieu à nous ressusciter, et le mo- «lèle sur lequel Dieu veut nous ressusciter. Ceci demande toutes vos réflexions.
Je prétends d'abord que nous trouvons dans la résurrection du Fils de Dieu le principe de la nôtre : pourquoi? parce que cette résurrection miraculeuse est, de la part de Jésus-Christ, l'effet d'une force sou\eraine et toute-puissante. Car, s'il a pu par sa tuutepuissance,.se ressuscit(>r lui-même, pourquoi ne pourra-t-il pas faire dans les autres ce qu'il a fait dans sa personne? C'est l'invincible raisonnement de saint Augustin. Il y en a, dit ce Père, qui croient la résurrection du Sauveur, cl qui se rendent là-dessus au témoignage incontestable des Ecritures. Mais, fidèles sur ce point, ils corrompent d'ailleurs leur créance, et donnent dans une erreur grossière; ne comprenant pas, ou ne voulant pas comprendre , comment il s'ensuit de là que nous puissions un jour ressusciter nousmêmes. Or, reprend ce saint docteur, Jésus- Christ ressuscité dans une chair semblable à la mienne, et ressuscité par sa propre vertu, n'est-ce pas une preuve évidente que je puis un jour, non pas me ressusciter moi-même comme lui, mais être ressuscité par lui? Si, selon les fausses idées des manichéens, poursuit saint Augustin, il n'avait pris, en venant sur la terre , qu'un corps fantastique et apparent; s'il avait laissé dans la corruption (iu tombeau cette cliair formée dans le sein lie Marie, et dont il s'était revêtu pour vivre jiarmi les honmies ; si , ri'prenant une vie glorieuse, il a\ ait repi is un autre corps que le mien, un corps d'une substance plus déliée et composé de qualités plus parfîiiles, je pourrais peut-être douter de ma résurrection. Mais aujourd'hui il renaît avec la même chair, avec le même sang dont il fut con(;u
dans les chastes flancs d'une vierge, et ce que je vois s'accomplir en lui , quelle raison aurais-jc de croire qu'il ne puisse pas l'accomplir en moi? Car est-il moins puissante» moi et pour moi , qu'il ne l'est en lui-même et pour lui-même; et, si c'est toujours la niême vertu , ne sera-t-elle pas toujours eu clat d'opérer les mêmes miracles?
C'est donc par cette suprême puissance qu'il ira dans les abîmes de la mer, dans I: s entrailles de la terre, dans le fond des antres cl des cavernes, dans les lieux du monde les plus obscurs et les plus cachés, recueillir ces restes de nous-mêmes que la mort avait détruits, rassembler ces cendres dispersées ; cl, tout insensibles qu'elles seront, leur faire entendre sa voix et les ranimer.
Ainsi lecomprenait saint Paul, parlant aux premiers fidèles. Jésus-Christ esl ressuscité, mes frères, leur disait ce maître des nations; on vous l'annonce, et vous le croyez; mais ce qui m'étonne, ajoutait le grand apôtre, c'est que ce Dieu-Homme étant ressuscité , il s'en trouve encore parmi vous qui osent contesler la résurrection des hommes : Si aulem Christus prœdicrJur quod resurrexil a morluis , quomodo quidam dicunt in vobis quia resurrecdo non est (I for., XV)? Car l'un n'csl-il pas une conséquence de l'autre, et ne sera-ce pas ce Dieu ressuscité qui réparera les ruines de la mort, et qui rétablira nos corps dans leur première forme cl leur premier état : Qui et reformabit corpus humililatis nostrœ (Philip.p., lit). Mais encore , par où opérera-t-il ce miracle? sera-ce seulement par l'efficace de son intercession? sera-ce seulement par la vertu de ses mérites? non, remarque saint Chrysostome; mais l'Apôtre nous fait entendre que ce sera parle domaine absolu qu'a l'Hon^me-Dieu sur toute la nature : Sccundum opcralionem qua eliam possit subjicere sibi omnia (Ibid.).
Ainsi même l'avait compris le patriarche Job , cet homme suscité de Dieu , trois mille ans avant Jésus-Christ, pour en parler dans des termessi précis et si forts, et pour prédire si clairement la résurreclion du Sauveur et la nôtre. Oui, je crois, s'écriait-il, pour s'engager soi-même et pour se soutenir dans ses souflrances , je crois et je sais que mon Rédempteur est vivant , et que je dois , après les peines de cette vie , et après avoir payé le tribut à la mort, ressusciter dans ma propre, chair : Credo quod Itcdomplor meus vivit, ces paroles sont admirables, et in novissimo die de terra surrecturus sum {Job. XIX). Voyez vous la liaison qu'il met entre ces deux résurrections, celle de Jésus-Christ son rcdempIcurrCrerfy quod liednnplor meus vieil ; et la sienne propre , et in novissimo die de terra surrecturus ««hi ? Ou'aurail-il dit, s'il eût vécu de nos jours, et (|u'il cûl été témoin comme nous de cette résurrection glorieuse du Fils do Dieu , où nous ne trouvons pas seulement le principe de la nôIre , mais encore le motif?
Car il esl naturel que les membres soient unis au chef, et , quand le chef se ressuscilii lui-uiêuie , u'cit-cc [las une suite qu'il duit
MYSTEUKS. SKiniON VII. SUR LA. llIiSUURECTIUN DK J.-t
nos
rcssiiscitor S(>s membres avec lui? Or, noire rliL-r, c'est Jésus-Christ, et nous soiiiiiies tous IfS 'membres de ,)ésus-Chri>t. Je puis donc bien appliquer à ec mystère ce que saint Léon (lis.iil de lu triumphanleascension du Sauveur au ciel, que là où le chef entre, ses membres l'v doivent suivre : et de même que Jésus- (".'hrist, selon la pensée de ce p;rand pape, n'est pas seulement rentré dans le séjour de sa gloire pour lui-même, mais pour nous, (••e>,l à(lire pour nous en ouvrir les portes, et pour nous y appeler aiuès lui; par la tiième rèf;Ie , et dans le même sens , n'ai-je p,!s droit d<- conclure que c'est pour nous- (iiênics qu'il a brisé les portes de la mort, pour nous-mêmes qu'il est sorti du tombeau et qu'il est ressuscité? Kt certes, s'il veut, en (|ualilé de chef, que ses uu-mbres agissent comme lui , souffieni comme lui, vivent comme lui, meurent comme lui, pourquoi ne voudrat-ii pas qu'ils ressuscitent couuue lui? n'est-il pas juste que, nous faisant part de ses travaux, il nous fasse part de sa récompense : cl . puisqu'une partie de sa récomjtonsc est la gloire de son corps , parce que ce corps adorable est entré en participation de mérite avec son àme, n'est-il pas engagé par là même à léconipeiiser pareillement en nous, et le corps, et l'âme? C'est la belle et consolante théologie de saint Paul; et voilà pourquoi ce grand apôtre l'appelle les prémices des morts : Piimitiœ dormisnlium (I Cor., XV); le premier-né d'entre les morts : J'riinogenilus ex morluis [Coloss., 11 , 1). Des prémices supposent des suites; et pour être le preinier-ne, ou si vous voulez, le premier ressuscité d'entre les morts, il faut que hs morts doivent pareillement renaître à la fin des siècles, et reprendre une nouvelle vie. Vérité si incontestable dans la doctrine du maître des gentils, qu'il ne l'ail pas ditlicullé de dire que si 1 s morts ne doivent pas ressusciter après la résurreclion de Jésus-Christ, et eu vertu de celle bienheureuse résurrection, il s'ensuit que ce n'est qu'une résurrection imaginaire et supposée :5i resurrcctio mortuorwn non est , neque Christus rcsitrrcxit (I Cor., XVj.
Il est donc vrai, mes chers auditeurs, que nous ressusciterons par Jésus-Christ, ou plutôt par 1,1 (oute-puissance de Jésus-Christ; il csl vrai (juc nous ressusciterons parce que Jésus-Christ est ressuscité : et, pour iiietire le ( omble à noire espérance, j'ajoute que nous ressusciterons encore semblables à Jésus-Christ, et que sa résurrection est le luodèle de la nôIre. Car, demande saint Augustin, pourquoi Dieu a-l-il voulu ((ue la résurreclion di- son (ils fût si sensible, cl pourquoi le Fils unique de Dieu a-l-il tant fherclié lui-inême à la faire ci iinailre cl à la rendre publique? Ah! répond ce saint ilocteur, c'esi afia de nous découvrir sensiblement dans sa personne la vaste étendue de nos prétentions; c'est afin de nous faire T/oir dans ce qu'il est ce (juc nous devons être ou ce que nous pouvons devenir. Je n'ai doiic qu'à me représenter ce qu'il y a lie plus brillant dans le triomphe de mon
Suiveur. Je n'ai qu'à cont<'mpler celle huinanilé glorifiée; ce corps, Uuil matériel et tout corps qu'il est, roêlude tontes les qualités des esprits , tout éclatant de lumière, et couronné d'une si)lcudeur éternelle, voilà Iheureux état où je dois êlrc moi-même élevé, et ce que la foi iik- proiiu't. lispérance fondée sur la parole même de Dieu, puisque c'est sur la parole de son Apôlre. Car, dit l'Apôlre, quand Dieu viendra tirer nos corp.s de la poussière, cl les ranimer de son souille, ce sera pour les conformer au divin exemplaire qui nous est proposé dans !a résurrection de Jésus-Christ : Rcfurinabit corpnit htunililutis noslrœ, coufuinratwn curpori clarilalis siiœ ( Pliilipp.. 111 ). Mainlenanl ce sont des corps sujets à la corruption et à la pourriture; m.iinlenanl ce sont des corps sujets à la souffraiice et à la douleur ; maintenant ce sonl des corps fragiles et sujcN à la mort; maintenant ce n'est qu'une chair grossière, vile et méprisable. Mais alors , par le plus prompt cl le plus merveilleux changemcnl, ils auront, si je puis m'exprimer de la socle, la ii.èine inrorrupiiUiliié (|iie le corps d un Dieu, la même impassibilité, la n:ême immort.ililé, la même subtilité, la même clarté : Covfigunaum corpori claritalis suœ. Tout cela, néanmoins, mes frères, aune condition, savoir, que nous Ir.ivaillerons , dans la vie préseiilc à les sanctifier; et par où? par la mortification et la pénitence clirélienue. Car si ce sont des corps que nous ayons llattés , que nous ayons idolâtrés, à ((ui nous ayons accordé tout ce que demandait une cupidité sensuelle, et dont nous ayons lait (tar là des corps de péché, ils ressusciteront; mais comment? comme des objets d'horreur, pour servira la confusion de l'âme, cl pour partager son lourmcnl, a|)rès a\oir servi et avoir eu part à ses crimes. ■ Ahl chrétiens, les grandes vérités I malheur à qui ne les croit pas; malheur à qui les croit, et qui vil comme s'il ne les croyait pas; mais heureux mille fois le fidèle (jui , non content de le croire, en fait la règle de sa vie et en tire de puissanls motifs pour animer sa ferveur. Lntrez, s'il vous plaît, avec moi dans cette importanle morale.
Malheur, dis-je, à qui ne croit jias ce point essentiel du chrislianisme et celte résurrection future. S'il y avait panij mes auditeurs (]uelqu'un de ces lilicrlins, voici ce que je lui dirais avec loule la sincérité tt toute l'ardeur de mon zèle : Il faut , mon cher frère, que le désordre soit bien grand dans vous , et que le vice y ait pénétré bien avant, pour vous réduire à ne plus croire une des vérités fondamentales de la religion. il faut que votie cœur ail bien corrompu votre esprit, pour l'aveugler et le pervertir delà sorte. Car, dites-moi, je vous prie, si vous êles encore capable de vous rendre a ce raisoniienienl,qui de nous deux est mieux fondé, vous qui ne croyez pas ce que l'oiv vous annonce touclianl une autre vie que celle-ci et de la résurrection des morts , et moi qui le crois d'une foi fcraie et a\cc uuo
nu ORATF.IT.S SACRES
entière soumission? Sur quoi vous appuyezvous pour ne pas le croire, du moins pour en douter? sur voire jugement , sur votre prudence, ou plutôt sur votre présomption? Vous ne croyez p.is ces iny stères, parce que vous ne li'S conrevez pas, parce que vous voulez mesurer toutes choses par vos sens, parce que vous ne vouiez déférer ni vous en rapporter qu'à vos yeux ; parce que vous dites, comme cet apôtre incréilule : Nisi videra, non crcdam { Joan., XX) : Si je ne vois, je ne croirai rien ; conduite pleine d'ignorance et d'erreur; voilà le fondement de \o!re infiilclilé. Mais moi, dans la créance et dans ia fui (;iie j'ai embrassée, et pour la- (luclle je serais prêt à verser mon sang, je nie l'onile sur le témoignage de Dieu même , sur les princijies de sa |irovidence et de sa sajçesse, sur la lérité di- mille prophéties, sur un nombre presque infini de miracles, sur l'auiorilé des plus grands hommes de tous les siècles, des hommes les p!us sensés, les plus éclairés, les plus irréprochables et les p\i\-. saints. Je nie trouve en possession d'une foi qui a opéré tant de merveilles dans l'univers, qui a triomphé de tant de rois et de tant de peuples, qui a détruit et aboli tant de superstitions, qui a produit et fait pratiquer tant de vertus, qui a eu tant de témoins, qui a élé signée par le sang de tant de martyrs, qui s'est accrue par les persécutions mêmes , et contre laquelle loutes les puissances de l'enfer et de la leire n'ont jamais pu prévaloir et jamais ne prévaudront ; telles sont les raisons qui m'y allachent. Or, de ces raisons et des vôtres, jugez, encore une fois, quelles sont les plus solides et les plus capables de déterminer un esprit droit et d- le fixer.
Mais, me dinz-vous, comment comprendre celte résurrection des morts? Il ne s'agit pas, mon cher auditeur, de la comprendre pour la croire ; mais de la croire quand même elle vous serait absolument incompréhensible. Car, que vous la compreniez ou que vous ne la compreniez pas, cen'est point ce qui la rend plus ou moins vraie, plus ou inoins certaine, ni par conséquent plus ou moins croyable. Cependant, j'ai bien lieu d'être surpris, mon cher frère, que vous qui vous piquez d'une prélrndue force d'esprit, vous formiez là-dessus tint de difficultés. Comme si celle résurrecliun n'était pas évidemment p; ssible à Dieu, notre créateur : Car, dit saint Augustin, s'il a pu créer de rien nos corps, ne pourra-t-il pas les former une seconde fuis de leur propre matière, et qui l'empêchera de rétablir ce qui était déjà, puisqu'il a pu faire ce qui n'avait jamais *té ? Comme si celte résurrection n'était pas même aisée et facile à Dieu, pni^qu'ilest toutpuissant et que rien ne résiste à une puissance !,ans bornes. Comme si toutes les créatures ne nous n ndaient pas celle résurrection trèssensible: un grain de blé meurt dans le sein de la terre, c'est la comiiaraison de saint l'aul, et il faut en cffi't que ce petit grain pourrisse et ((u'il meure; mais ensuite ne le >oyons-nous pas rcnailre, et n'est il pas
nOLT,D.U.OlE.
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êlrange que ce qui \ons fait douter de votre résurrection soit cela même par où la Providence a voulu vous la rendre plus intelligible? Comme si celle résurrection n'était pas très-conforme aux principes de la nature qui, par l'inclination mutuelle du corps et de l'âme et par l'étroite liaison qu'il y a entre l'un et l'autre, demande qu'ils soient éternellement reunis. Comme si la ciéance de cette résurrection n'était pas une des nolions les plus universelles et les plus communes qui se soient répandues dans le monde ; ceux mêmes, di^ait Terlullien, qui nient la résurrcclion, la reconnaissent malgré eux par leurs sacrifices et leurs cérémonies à l'égard des morts. Ce soin d'orner li'urs tombeaux et d'en conserver les cendn s, est un témoignage d'autant plus divin qu'il est plus nalurel. Ce n'est pas seulement, ajou'ait-il, chez les chréliens et chez les juifs qu'on a cru que les hommes devaient ressusciter, mais chez les [lenples même les plus barbares, chez les païens et les idolâtres; et ce n'a pas seulement élé une opinion populaire, mais le sentiment des sages et des savants. Comme si Dieu enfin ne nous avait pas facilité la foi de cette résurrection par d'autres résurrections qu'on a vues, que des témoins irréprochables ont rapportées et que nous ne pouvons tenir pour suspectes, sans démentir les divines Ecritures et les histoires les plus authentiques. Ah 1 mon cher auditeur, allons à la source du mal et apprenez une bonne fois à vous connaître vuus-même.
\'ous avez de la peine à vous persuader qu'il y ait une autre vie, une résurrection, un jugement à la fin des siècles, parce qu'avec celle persuasion il faudrait prendre une conduite toute nouvelle, et que vous en craignez les conséquences ; mais les conséquencts de votre libertinage sont-elles moins à craindre pour vous et moins affreuses? Dieu, indépendamment de votre volonté, vous a créé sans vous, et il saura bien sans vous et malgré vous vous faire ressusciter : Non quia vis, non rcsui-gcs; aut si resunecturutn le non credideris, proptcreanonrestirges (Aitg.). Ce sont les paroles de saint Augustin. Votre résurrection ne dépendra point de voire créance, mais le bonheur ou le malheur de votre résurrcclion dépendra et de votre créance et de votre vie. Or, quelle surprise à ce dernier jour et quel désespoir, s'il faut ressusciter pour entendre l'arrêt solennel qui vous réprouvera; s'il faut ressusciler pour rentrer dans les ténèbres de l'enfer, en sortant des ombres de la mort; s'il faut ressusciter pour consommer par la réunion du corpN et de l'âme votre damnation, parce que dans une alTaire d'une telle importance, vous n'aurez pas voulu prendre un parti aussi sage et aussi certain que l'est celui de croire et de bien vivre?
Je dis de bien vivre, et voici le malheur, non plus du libertin, qui ne croit pas, mais du pécheur qui croit et qui vit comme s'il ne croyait pas. lîn effet, que sert-il da croire et de ne pas agir conformément à sa
IJI-5 MYSTERES. ShP.MON VII
fdi? 0w''''^'j'^> •■' li'iiîii' tiii'Miie d'iiiie mnni(^rc ilirrclcmciit opposeo à sa foi? De cniiro une ri'siirioclidn qui nous fi-ra coinparaîlrc ile- \tu\l le souviTaiii .jui;e des vivants et des niorls, et de ne travailler pas à le gagner, re juge redoutable, et à le llechir en noire faveur? De croire une résurrerlion (|ui nous produira aux y<'UK du monde entier pour éire connus tels que nous serons et tels que nous aurons été, et tie vivre dans des haliiludes, dans des désordres maintenant carhés et secrets, mais qui révélés alors et publiés à 1,1 facedc l'univers, nous couvriront liignoniirue et d'opprobre? De croire une rés.urreciion (jui nous doit faire pa'iserà uncvieouelernc Ilement heureuse, ou éternellement m llieiireuse, selon le bien que nous aurons pratu]ué dans la vie présente, ou selon le malquenous y aurons commis, et tic ne rien faire dans la V e présente de tout le bien qui nous peut procurer une heureuse inunortalilé et de «oiimietire dans la vie |)résente tout le mal qui peut nous attirer la plus terrible condamnation et nous conduire à une mallieureuse éternité? Que sert-il, encore une fois, di! croire de la sorte ? Ou plutôt croire de la sorte, n'est-ce pas se rendre encore plus coupable et se condamner par soi-même?
C'est à vous surtout, femmes du monde, à I ien méditer ce point de voire religion et à en profiter. Peu en peine de l'avenir, vous ne pensez qu'au présent, et refusant à votre âme tous vos soins, vous n'êtes occupées que de votre corps. Hélas! en voulant le conserver, vous le perdez. Voilà à quoi vous n(î (lenscz pas, et à quoi vous penserez, mais trop lard, quand au son de la dernière trompette ce corps renaîtra de sa propre cendre, et que vous entendrez sortir de la bouche de Dieu ces formidables paroles : Quantum in ileliciis fuit , tmtium ilale illi lormcnlum {Apoc, X^"lll) : Que les délices où ce corps a vécu soient la mesure de son tourment. Après que vous en avez fait votre idole, que vous l'avez tant ménagé et tant flatté, la mort en a f.iit la pâture des vers, et la nouvelle fie que je lui remis en va faire la pâture nés flammes, dont le sentiment lui sera d'autant plus douloureux, qu'il a plus goûté les fausses douceurs où vous l'avez nourri : Quanlum in dcliciis fuit, lanlum date illi lormcnlum.
Concluons, mes chers auditeurs. Heureux le fidèle qui croit et qui attend une résurreclion glorieuse, parce qu'il se met, par la pratique de toutes les œuvres chrétiennes et par la sainteté de ses mœurs,'en étal de la mériter. Voilà ce qui animait saint l'aul.cc qui consolait l'Eglise naissante et persécutée, ce qui, dans la suite des siècles, a soutenu tant de martyrs, tant de solitaires, tant de religieux ; car nous souffrons, disaient-ils, nous mortifions nos corps, nous nous privons des plaisirs que le monde nous présente; mais ce n'est pas en vain, et, puisque nous sommes assurés que l'âme survit au corps, et qu'à la di'rnière consonmialion des temps, le corps doit encore se rejoindre à l'âme, pour coinïucuccr ensemble une vie imuioi telle, nous
SLR L\ r.ESll'.RECTlOiN DE J.-C,
avons bien do quoi nous réjouir dans la pensée que nous serons alors al)(n\(lamiiienl payés, par une l'élieilé souv(-raine, de tout ce que nous aurons quitté sur la terre, et de tous les sacrifices que nous aurons faits à Dieu. \o\\à ce qui doit inspirer le même zèle et la même ardeur à (oui ce qu'il y a d'àiiies pieuses qui m'écoutenl ; je dis plus, voilà ce qui doit sanctifier lout ce (|u'il y a ici do chrétiens à qui je parle, ^■oilà sur quoi ils doivent prendre leurs résoluliims : ils ne les prendront jamais sur des principes plus solides. Si dans cette solennité ils n'ont pas encore fait leur devoir, voilà ce (]ui lioil les engager à s'en acquitter sineèremenl,à s'enai'quitter promplemenl, às'enacquiller pleineuuMil. S'ils ont satisfait au précepte de l'Eglise et qu'ils soient ainsi rentrés dans les voies de Dieu, voilà ce (jui doit les y maintenir et les y faire mar. lier constamuieiit. Car c'est de cette eoiistance que tout dépend ; et, pour ressusciter dans la gloire, il faut par nue sainte persévérance mourir dans la grâce. Mais, liéias I qui persévérera? Souffrez, mes chers auditeurs, que je m'altaelie particulièrement à ce point en linissaut ce dernier discours. l,)ui, dis-je, persévérera? Où sont ces âmes fidèlrs à leurs promesses et inéliraiilabli s <lans leurs résolutions? Il n'y a que vmis, o mon Dieu! qui les connaissez, puisqu'il n'y a que vous qui puissiez connaîlreel le cœurde l'homme, et l'avenir; deux choses qui vous sont toujours présentes, mais qui nous sont également cachées, et jusqu'où nos faibles lumières ne peuvent s'étendre. J'ai lieu néanmoins. Seigneur, de me consoler par les conjectures que je puis avoir d'un secret dont la parfaile connaissance vous est réseï vce, et je sais eu particulier, tout l'univers le sait avec moi, qu'il y a ici un cœur que votre main a formé, un cœur ennemi de l'inconstance et de la légèreté, fidèle dans ses paro'es, égal dans sa conduite, inviolablemeiit altaclié aux lois qu'il veut bien se prescrire; iiiii s'et.inl proposé de grands desseins, n'en p ut èîre détourné par aucun obstacle, qui a l'ail des prodiges de valeur pour les exécuter, et, ce qui n'est pas un moindre prodige, qui a renoncé pour cela non-seulement au repos et aux plaisirs, mais à ses avantages même et à ses inlérêls. Justju'où la perfeclion de votre loi ne peut-elle pas porter, ô mon Dieul ce cœur ferme et intrépide? et qui jamais dans ce sens a été plus propre que lui au royaume du ciel?
C est donc voire majesté, sire, qui fait ii i toute ma consolation. Mais qui suis-je pour parler de moi ? Disons mieux, les anges protecteurs de voire royaume, les saints qui redcniblent jour et nuit leurs iirières pour votre personne sacrée, Dieu même, si j'ose le dire, ne trouve-1-il pas dans la fermeté (]i;i fait votre caractère, de quoi p(;u^oir se consoler (le l'inconstance de la [dupart des chrétiens? C'est Dieu, sire, qui a imprimé dans votre grande âme ce caractère de fermeté, et comme votre majesté, s'arrêtaiit au milieu de ses conquêtes, n'a iioint pris pou fermeté liéroiiiue une opiniâtreté ambitieuse.
'"•^ ORVTf ORS SVCRES. BOURPALOUK.
c;isi ne prul-ellc se méprendre ilnns l'us.i^e (Mi'clle (loit faire de celle verlu. L'excaiplo qu'elle en vieiil de donner à lonic l'I^uropo en est iiîie |ire:ive qne la poslerilé n'oubliera jamais. Pins fcniicdans sa religion que dans ses cnlreprises mililaires, elle a fait céder SCS entreprises militaires à l'inlérèt commun de la reliijion. Au seul bruit des ennemis du nom chrétien, elle a interrompu le murs de ses armes; voire piélé royale n'ayant pu souiTrirquc vos armes, autrefois si glorieusement employées et peut-être encore aujourd'hui destinées par la Providence à repousser ces infidèles, servissent en aur une sorte à l'avancement de leurs desseins, liirapabic alors de penser à vous-même ci de profiter dans celte conjoncture de la faiblesse de ceux dont votre bras a tant de fois domplé la force ; prêt à sacrifier tout dès que vous avez compris qu'il s'agissait de la rause de Dieu, vous avez oublié vos plus justes prétentions, quand il a fallu donner des marques de votre zèle cl de votre foi. Voilà ce que j'appelle fermeté et fermeté I ure, puisque ni l'ambition ni l'intérêt n'y
Voilà, sire, les victoires que la grâce loute-puissante de Jésus-Christ doit remporter dans vous. Demeurant ferme dans cette grâce, vous confondrez les libertins, qui craignent votre persévéranc ; vous consolerez les gens de bien, qui en font le sujet de leurs \œux; et, constant pour un Dieu si constant lui-même pour vous, en g!Uivernant un royaume de la terre, vous niériterez de posséder le royaume éternel, que je vous souhaite, etc.