SERMON VI! I
POUR i.i; i.uNui DE PAQur.s.
Sur la résurrection de Jésus-Clirisl.
Fa fjcl\ini esl, iliiin f;ibulareiilur etseciim quTrerpiit.pl ipsi; JpSllsa|l|M•0|lilKlllall^ itiat cum illis ; oculi aulein illoruiii leneiKiiUur, ne etim agrioscerciit.
Tnndk qu'Us s'eiUrcleiuiieitt et qu'ih raiso}iiiiiic:il ciisemilf, Jé^us SI' joignit à eux, et nuircha avec eux ; mais ils iiViiiciil lin loiles'w tesiicux, vour ne le nus connaître (S. Lue, <■.'(. .\.\1V).
majesté sait chrétien ne le doit être
«■ni nulle part
Mais, après tout, sire, votre nssez que la fermeté d'un roi doit pas en demeurer là; que occupée dans lui à quelque chose encore de plus digne de lui, qu'il en doit être luiinême le sujet, et que comme loules les qualités qu'on admire dans les héros seraient peu estimées des hommes si la fermeté y manquait, ainsi la fermeté même est peu rslimce de Dieu, si elle n'est jointe avec sa grâre, qui seule fait à ses yeux noire mérite. Oui, c'est pour conserver la grâce que votre majesté a reçu de Dieu ce caractère de f( rmelé et de constance, et jamais la guerre, c' théâtre si éilatanl pour elle, ne lui a fourni de plus nobles Iriomphes que cens, d'un monarque qui fait triompher dans sa (Cl sonne la grâce de son Dieu. Si dans tous les états la persévérance chrétienne est le dernier elTcl de la grâce, on peut dire que c'est une espèce de miracle dans un roi, et surtout dans le plus absolu des rois, puisi;uil trouve dans sa grandeur même les plus dangereux ennemis qu'il ait à combattre. Car qui- ne doit pas craindre pour le salut celui à qui tout obéit, à qui tout cède, à qui rien ne peut résister, à (jui tout s'ifforce de plaire et à qui loul craint souverainement de déplaire ; et quelle fermeté d'âme ne doil-il pas opposer à lout cela, s'il veut, disait saint Bernard, que tout cela, en l'élevant, ne le perde pas? Mais aussi, de quel mérite devant Dieu ne doit pas être la persévérance d'un jirince qui, se voyant au-dessus de tout et maître de loul, s'étudie à l'être encore plus •le lui-même; qui, recevant à lout moment les hommages des hommes, n'oublie jam.iis ce qu'il doit à Dieu ; qui joint avec la majesté du trône, l'humilité de la religion; avec 1 indépendance d'un souverain , la charité d'un chrétien ; avec le droit d'impunité, l'équité la plus droite et tous Is sentiments de 1<| |dus exacte probité'/
Quand je considère, chrétiens, la disposition où se trouvaient ces deux disciples dont nous parle noire Evangile, il me semble que le Sauveur du monde eut deux grandes maladies à guérir dans leurs personnes, et qu'il fut nécessaire qu'il employât pour cela les remèdes les plus puissants, et toute la force de sa grâce. Car, premièrement, ils n'avaient pas la foi qu'ils devaient avoir en lui ; el de plus, quoiqu'ils eussent élé jusques alors du nombre de ses disciples, ils commençaient à se détacher de lui. i;s étaient incrédules, et ils étaient froids et languissants ; ils ne croyaient pas de lui ce qu'ils devaient croire, et ils n'aimaient pas dans lui ce qu'ils devaient aimer. Ils no Ci'oyaient pas de lui ce qu'ils devaient croire; car il était Dieu, et ils n'eu parlaient que comme d'un homme, abaissant leur foi à des idées communes et populaires, trailanl Jésus-Christ de prophète, avouant qu'il avait é é puissant en œuvres et en paroles, mais ne lui donnant rien de plus, et n'y reconnaissant que ce que les Juifs grossiers et charnels y avaient eux-mêmes reconnu. De ./'•<H Nazareno, qui fait vir prophcta [Luc^ W\\). Voilà leur incrédulité. Ils étaient Il oids et languissants dans son amour : car ( est pourcela qu'ils sortaient de Jérusalem, n'osant pas se déclarer ses disciples, abandonnant son parti et ses intérêts, n'espérant plus en lui, et n'allendant plus de lui celle rédemption d'Israël sur laquelle il avaient complé : Nos aulem spernbnmus quia ipse cssel redempturiis Israël [Ibid.). Tout cela, chréliens, parce qu'ils n'étaient pas persuadés de sa résurieclion : car le seul doute qn'iis avaient si Jésus-Christ était ressuscité, et s'il devait même ressusciter, corrompait leur foi et ralentissait leur zèle. Que f.iit donc Jésus-Christ ? 11 les convainc, par une expérience sensible, qu'il est vraiment ressuscilé; et, dans cette apparition, il éclaire leurs esprits, cl il embrase leurs cœurs. M éclaire leurs esprits, en leur expliquant ce que MoïSL' el les prophèles ont dit
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mysîeu'l.s. sKiniON VIII. siii; la iu.suuiu<:t:no?< r>E j -c
lie lui, ol leur domiant Je I;i véiicralion pour (0 Cliii>l cl re M;'ssic, qu'il leur propose comme un Dieu île gloire ; jusqu'à ce qu'enfin il leur ouvre tout à l'ail les yeux, en leur ilt^couvrant que c'e>t iui-mènie qui leur parle, et les obligeant de confesser qu'il est leur Dieu et leur Scisjneur. Et il écliaulTe leurs cœurs, leur inspirant peu à peu, par ses discours, des senlinienls d'amour pour sa personne; d'où vient qu'ils se disaient l'un à l'autre : N'esl-il pas vrai que noire cœur était tout enflammé et tout aident, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et qu'il nous expliquait les Ecritures? Voilà, inei cliers audlleurs, le sujet de l'instruction que j'ai à vous faire, ("e qu'étaient ces deux disciples d'Enunaùs à l'égard du Fils de Dieu, c'est ci- (jue sont encore anjourd'liui je ne sais coinhien de chrétiens lâches, infidèles, remplis de l'amour du monde, et que l'on peut dire avoir en quehjue sorte renoncé à Jésus-Chiist , quoiqu'ils fassent encore cxlérieiirement profession d'élre ses disciples. Ils en ont le caractère et le nom ; mais à peine ont-ils la foi, ou à peine sonti's touchés d'aucun sentintcnt d'amour pnur cet Hoinmc-Dieu. Us ne croient que faiblement, et ils n'aiment presque point du tout, parce que la vraie charité ne peut avoir d'autre fondement que celui de la foi.
Je veux donc dans ce discours travailler à relever ce fomlcment et à corriger ces deux désordres, dont le premier est notre infidélité, et le second notre insensibilité. Je prétends que Jésus-Christ ressuscilé doit parfaitement établir, et dans nos esprits la foi de sa divinité, cl dans nos cœurs l'amour de sa sainte humanité. Je m'c>x|)lique. Ou'i stce que Jésus Cliiisl? un composé de deux natures, rune(li\iue, l'aulre humaine. La divinilé demande surtoul mUre foi, l'humanité notre amour. Car, dit saint Jean, c'est la foi de la divinilé de Jésus-Christ qui nous sanctifie, et c'est l'humanité de Jésus-Christ qui nous a sauvés. Or, pour avoir cette foi divine et ce saint amour, nous n'avons qu'à nous attacher au mystère de la résurrection. Dans ce mystère, nous apprenons à connaître Jésus-(^,hrist et à l'aimer : à le connailrc comme Dieu, el à l'aimcrcomme Uieu-Hoiiime et sauveur. Hesurrection deJésus-Chri>t, motif puissant pour croire sa divinilé : c'est la première partie. Résurrection de Jésus- Christ, engagement indispensable à aimer sa s.iinte humanité : c'est la seconde ; et voilà tout le sujet de votre attention.
{La prcmicre partie de ce sennov est In même que celle du sermon préccdml.)
SECONDE PARTIE
Que l'état de la gloire inspire la crainte , attire le respect, donne de l'atliiiiralion, c'est, chrétiens, ce que je n'ai pas de p.ine à comprendre. Mais ne semble-t il pas ([ue ce soit un paradoxe , de dire qu'un mystère aussi éclatant et aussi glorieux que celui de la résurrection du Fils de Dieu, qu'un mystère qui fut le tiiomjihe de son huinanilé , qui l'cxcmiila de toutes nos faiblesses, qui le sé-
para de nous, et qui le mit dans un état où i! n'eut plus avec les hommes ce commerce familier que son incarnation a\ait établi entre lui el eux ; (juc ce mystère, dis-je; doive servir à exciter pour ce Dieu-Homme l(uile la tendresse de notre amour, c'est ce qui paraît d'abord difficile à croire, et ce qui est néanmoins constant dans tous les principes de notre religion. Car, de quelque manière (|ue nous envisagions aujourd'hui ce grand mystère, soit que nous en considérions la iin, soit que nous en examinions les circonstances, soit que nous ayons égard à l'eflVt principal qu'il a produit dans la sainte humanité du S.iuveur, je prétends, et il est vrai, que c'est un des mystères où sa charité s'est fait voir plus sensiblement , et (]uc (ous les autres mystères de sa vie soulfiante el mortelle, ces mystères de miséricorde cl de boulé, ont liouvé dans celui-ci comme leur accomplissement et leur consommation , pourciuoi cela ? comprenez, s'il vous plaît, ma pensée : parce qu'autant qu'il est vrai que Jésus- Christ est entrédans sa gloire en ressuseitani, autant est-il vrai que c'est pour nous qu'il a pris possession de celte gloire et qu'il est ressuscité; voilà ce que j'appelle la fin du mystère, parce que, dans le triomphe même de sa résurrection, il a voulu conserver les marques les plus authentiques et les caractères les plus visibles de son amour envers les hommes, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avait reçues dans sa passion ; voilà la circonstance la plus remarquable, ou du moins l'une des plus remarquables de ce mystère. Enfin, parce qu'en ressuscitant glorieux, il a élevé son liuaianité à un état do perfection où nous ne pouvons nous défendre de l'aimer : mais de (jucl amour'? d'un amour pur, d'un amour spirituel et tout divin : voilà l'elTet ou, pour mieux dire, l.i substance même de ce mystère, considéré par rapport à nous. Appliquez-vous, cliiétiens , à ces trois vérités.
C'est pour nous cl pour noire inlérél que Jésus Christ est ressuscilé. 11 ne nous est pas permis de former sur cela le moindre doute, puisque le Saint-Esprit nous le dit en termes exprès : Traditus est proptrr delicla noslra, et resurrcsit jiroplcr jnslificalionr'm noslratn {Rom., IV) : 11 a été livré à la mort pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. Eu effet, de la manière qu'en parle rEciiture,il ne ressuscite qu'afin de nous faire ressusciler avec lui , el de ressusciter lui-même dans nous. Il nen ssuscitc,dit saint Augustin, que pour ressusciter dans sa personne notre i spérance , cl pour ressusciter dans nos cœurs son amour que le péché y avait éteint. Eu un mol, il ne ressuscite, selon saint Paul, que pour notre justiiication : J'^t resurrcjril propler juslifiattioneni nustram. De sorte que celte grande parole de l'Evangile : S(c Deus diiexit mnndum , %U Viliuni suiim unlgcnitum dard {Juan., II!), s'étend aussi bien au mystère de la résurrection, qu'à celui de l'incarnation. Car, au moment que Jésus-Christ sortit du lombeau, il fut vrai de dire que le l'ère éternel donnait eu-
ORATEURS SACHES. IJOUI'.nALOir:.
lorp une fois an monde son Fils uniqucî; et c'osl la pensé" de l'Apôlre, dans ce li'x'e île i'iîpîlre ,;u\ Hébreux (jue j'ai déjà citée : lil fum ititam inlrodiicii primo (jenitum in orliein Icrrœ (llehr., I). Mais en quelle qnalilé le cionna-l-il alors? ne craignons point de piirler (rop loin la chose; il n"y aura rien dans celle lhé(>lo;;ie (juc de solide et d'inconti'staMe. Il le donna poar la seconde fois m qnalilé de sauveur, en qualité de pasteur, en qualité de docteur et de maître. En qualité lie sauveur, puisqu'il est certain que Jésus-Christ, par sa résurrection, mit le sceau à tout ce tju'il avait fait et à tout ce (ju'il avait souffert pour le salut des lioniriies; et que, s'il n'était pas ressuscité , ce ç;ran:l ouvrage du salut des hommes aurait été, non-seu'enient imparfait, mais anéanti, et <|u'on auiait pu dire : Ergo evacuntum eut icandtitum cruci.';; ergo gratis Cliristin: mor- (iius caC {Gui., V, 1) : Eh quoi! Jésus-Christ est <lonc mort en \ain, et le scandale de la crois est sans effet! En qualité de pasteur, puisque le premier soin de cet Honune-Dieu, a l'inslant qu'il ressuscita , fut de ramasser son troupeau, que l'infidélité avait dissipé : Scriptum est, percutiam pastorcm, et dispergenlur oves gregis. Postquam anlem resitrrerero, prœcedam vos in Galilivam [Mal th., XX\'I). Il est écrit, disait-il à ses apôlres en propliéiisant leur chule : Je frapperai le pasteur, et les bnbis seront dispersées ; mais «ine cela ne vous trouble point , car, après <!ue jo serai ressuscité, j'irai devant vous en Galilée : et pourquoi '? pour vous rappeler à celte sainte bergerie que j'ai formée et où je rassemble mes prédestinés et mes élus, lai qualité de maître et de docteur, puisque tout le temps qu'il demeura sur la terre ajjrès sa résurrection , il l'employa, comme nous l'apprenons de saint Luc, à instruire >es discipli s, à leur donner l'intelligence de si's mystères, à leur développer le sens des Ecritures, à leur enseigner tout ce qui reî^ardait les vérités de la religion. Salutaires enseignements, qui font aujourd'hui dans le christianisme le fond de ces traditions divines que nous recevons comme autant de rèt;les de notre foi. C'est pour cela que ce ï^auveur adorable suspendit quarante jours entiers la gloire de son ascension, ne pouvant encore monter au ciel, parce que sou amour, dit saint Augustin, le retenait sur l.i terre. C'est pour cela que, tout glorieux qu'il était, il ne l.iissa pas de converser a^ec ses apôlres, leur appar.iissant , les visitant, les consolant, Irm- i.iis.uil d'aimables reproches, les accomp.ign.int d.ius leurs vo^yages, n'oubliant rien |iourse les attacher et pour avoir toute leur confiance. C'est pour cela (jue, ilans qiiel<]U( s unes de ses apparitions , il les appela ses frères, ce qu'il n'avait jamais lait avant sa mort://e, nunliale fratrihus meis ut eant in Galilœam [Malth., XXVIII) : Allez, dites à mes frères qu'ils se rendent en f.alilée, ()arce que c'est là qu'ils me verront; ne se contentant pas, comme autrefois, de les traiter d'amis, mais les honorant du nom de frères, cou) ne 2! l'état de sa résurrection
à l'elroiliî
av.iit ajouté un nouveau degré alliance qu'il avait con!r,i<-lée avec nous en se faisant homme. Or, que doit nous inspirer tout cela, chrétiens"? un zèle ardent et un amour tendre pour cet Homme-Dieu. Il est ressuscité pour nous comme il était mort pour nous : voilà le principe sur lequel saint Paul fonde cette admirable conséquence, quand il nous dit que nous ne devons donc plus vivre pour nous-mêmes, ni mourir pour nous-mêmes; que, soit que nous vivions, soit qn(> nous mourions , c'est pour le Seigneur <|ue nous devons vivre et mourir, parce que, soit que nous vivions ou que nous mourions, nous sommes à lui : Sive ergo vivimus , sire iiiorimur, Domini sumus {Rom., XIV). Car, ajoute l'Apôtre, voilà pourquoi Jésu.s-Christ est mort et ressuscité : In hoc enim Christiis mortuHs est et resiirrexit (Ibid.). Il a vtiulu p.ir sa mort et par sa résurrection acquérir sur les morts et sur les vivants une domination souveraine, une domination, non pas de crainte et de servitude , mais d'amour et <le liberté, puisque c'est particulièrement sur nos cœurs qu'il veut régner. En effet, re- [jrcnil saint Ambroise, expliquant ce passage, coumient reconnaître l'amour que par r.imour, et un amour si parfait, que par un amour sans bornes"? Ce Dieu fait chair n'a point voulu se partager, quand il a été (lucstion de nos intérêts : pourquoi nous partagerons-nous quand il s'agira île son service'? il nous a sacrifié sa vie glorieuse aussi bien que sa vie souffrante : pourquoi ne lui sacrifierons-nous pas nos prospérités aussi bien que nos adversités, nous tenant toujours également unis à lui dans l'une et dans l'autre fortune? Il ne veut, ni de gloire, ni de triomphe que pour nous; pourquoi désirerons et chercherons-nous jamai.s autre chose que lui?
Ce n'est pas assez ; le Sauveur du monde est tellementressuscilé, que, dans l'état même de sa résurreciion, il porte encore les marques de son amourpour les hommes , je \en\ dire les cicatrices des blessures qu'il a nçues en mourant. Quoiiiue ces plaies ne conviennent guère, ce semble, à la bienheureuse immortalité dont il prend possession, il se f.iit un plaisir de les conserver : et pourquoi ? ;ih! mes frères, répond saint Augustin, pour bien des raisons, que sa charité lui fournit, < l dont votre piété doit être touchée. Il conserve ses plaies pour nous faire entendre que, dans le séjour même de sa gloire, il ne veut point nous oublier; pour accomplir ce qu'il nous a dit à chacun par son prophète : Ecce in manibiis meis descripsi le {Isaï. XEIX) : Regarde, chrétien, c'est dans mes mains que je t'ai éi rit. mais avec des caractères qui ne s'effaceront jamais. Car ces plaies dont tu vois encore les vestiges sont aulanîdc traits vifs et animés, qui te représenteront éternelleiueiit à moi, et qui me parleront sans cesse pour toi. Que la mère oublie son enfant, et (ju'elle abandonne le fils qu'elle a nourri dans son sein : cjuand cela même serait possible, pour mni je ne t'oublierai pas, puce que je te verrai gravé sur mes mains : t'cie
MVSTKfiRS SKIIMO.N \l!l. Sl'l; l.\ iit.smill.CTIO.N l»i: J. C
i)i iiHtiiilnis nieis dcsci ipsi le. l\ conserve ses plaies pour cipaiser la justice lie son l'ère, et |iour l'aire auprès ilc lui. selon la pensée du bien -aime disciple, l'office de médiateur cl d'a^oc^l : Adiocatumliabemus aptid Palrcin (I Joan. 11). Car c'est bien maintenant que nous pouvons dire à ce Dieu Sauveur : In inanibus tuis sortes mcœ{Ps. XXX) rAli!
Seigneur, mon sort est dans vos mains. II n'est pas nécessaire que vous parliez pour plaider ma cause; vous n'avez qu'à pré>euler ces mains percées pour nous, il n'y a point de grâces que je n'obtienne, et je lii us mon salut assuré. Il les conserve pour nous engager à ne perdre jamais le souvenir de sa sainle passion ; en sorte que nous ayons toujours ses souffrances en vue, et que nous nous fassions, non-seulement une occupation et un devoir, mais même un plaisir d'y penser sans cesse avec tous les sentiments de l.i plus vive reconnaissance, disant avec le prol'hète royal : Adhœreat lingun mea faucibits hieis, si non meminero lui ; si non propnsnero Ji;rusalem in princii)io lœliliœ meœ {Ps. ('XXXVl): O.ii, Seigneur, que ma langue demeure attachée à mon palais, si je ne me souviens de vous ; si je ne me représente toujours Jérusalem, et ce que vous y avez souffert: et si je n'apprends pas de là à réprimer mes passions, à retrancher l'exrès criminel de mes divertissements, à me détacher du monde et de moi-même. Car rien, dit saint Chrjsoslomc, n'est plus capable de produire en moi ces heureux effets, que de considérer )m Dieu qui porte les vestiges de la croix jusque sur le trône de sa majesté.
Enfin cedi\in Sauveur nous présente dans sa résurrection l'objet le plus aimable et le plus propre à lui gagner tous les cœurs; savoir: son humanité glorieuse, immortelle, impassible, rcvctuedeloulela splendeur querépand sur elle la divinité qu'elle renferme, et qui commence, après s'être si longtemps cachée dans les ténèbres, à se produire au jour et à se f.iireconnjiître. Or, dans cet état où il fait la félicité des saints, n'a-t-il pas droit de nous ilire :Qu'y a-t-il sur la terre que vous puissiez préférer et méuie comparer à moi "? Si donc X ous êtes rcssu-cités selon l'esprit , comme je le suis selon la chair, ne vous attachez plus à ces beautés fragiles et périssables qui séduisent vos sens et qui corrompent vos âmes, mais recherchez ces beautés célestes et incorruptibles dont vous voyez déjà dans ma personne une si brillante image : Si consurrexislis cum Christo, quœ sursum sunt qiiœrile , non quœ super lerram (Coloss. III). Demeurons-en là, chrétiens, et n'entrons pas plus avant dans un sujet qui me conduirait trop loin, si j'entreprenais de l'approfondir et de le développer dans toute son étendue. Contentons-nous de faire un retour sur nousmêmes, et de tirer des trois considérations que je vous ai proposées, la conséquence naturelle qui en doit suivre. Car une charité aussi constante ([ue celle de Jésus-Christ pour nous, une charité qu'il a fait paraître nonseulement jusqu'à la mort, mais au delà des bornes de la luurt, nous louche-telle autant
qu'elle le doit, autant qu'il se l'éiail luimême promis '? Pourrions nous dire atijourtl'liui comme les deux disciples de notre Kvangile, que notre conir est tout brûlant de zèle : Nonne cor noslrum ardrns eral in nobis (Luc. XXIV )?Concev ons-nous au moins l'obligation indispensable où nous som[n( s de nous consacrer sincèrement et pleinement à Jésus-Christ ? Croyons-nous, comme nous en devons être convaincus, que tout notre bien consiste dans ce parfait déroucment ; et que sur cela, si j'ose m'esprimer ainsi, roule toute notre destinée selon Dieu? c'està-ilire aimons-nous Jésus-Chiistd'un amour qui ail qnclqiu- rapport à celui dont il nous a aimés '? Si c'est ainsi que nous l'aimons, prenons confiance, parce que nos noms seront inscrits sur le livre de vie. Si nous l'aimons moins, tremblons, parce qu'il est de la foi (|ue celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus, est analhème. Oui, mes frères, disait saint Paul, je vous regirde conmie des an.i- Ihèmes, si vous êtes indifférents pour cet Homme- Dieu, et insensibles à ses intérêts, lui vain feriez-vous dans le monde les plus grands miracles, en vain parleriez-vous le langage des anges, en vain auriez-vous lous les dons du ciel; si vous n'avez pas la charité de Jésus-Christ, vous n'êtes pas en grâce avec Dieu, et parconséqucnl vous n'êtes devant Dieu que dessujetsd'abominalion:pourquoi?parce(iue selon la parole de Jésus-Christ, Dieu n'aime les hommes qu'autant que les hommes aiment son Fils : Ipse cnim Pnter amut vos, quia vus me amaslis [Jonn. W\). Je dis plus, et quand même j'aimerais Dieu, sans l'amour de Jcsus-Chiist, je ne serais rien et je ne mériterais rien. Dieu ne se tiendrait pas honoré de mon amour, parce qu'il ne veut être aimé de moi que dans Jésus-Christ, comme il ne veut me sauver que par Jésus-Christ. D'où vient que saint Paul, parlant delà charité de Dieu, lui donne toujours ce caractère particulier d'être renfermée en Jésus-Christ : Graiia Dei in Chrislo Jean (1 Cor. 1). Car, comme raisonne saint Thomas, c'est à Dieu de me prescrire comment il vculque je l'ain^^ et c'est à moi de l'aimer scion la forme qu il me prescrit. Or, il m'a déclaré expressément qu'il \oulait que je l'aimasse dans la personne de ce Sauveur ; c'est donc dans la |)ersonnede ce Sauveur que je dois désormais chercher Dieu, aimer Dieu, espérer en Dieu. Hors de ce Sauveur, il n'y a plus de Dieu [lour moi, plus de grâce, plusde miséricorde, |)!us de salut pour moi, parce qu'il n'y a plu» dit l'Ecriture, d'autre nom sous le ciel par o& nous puissions parvenir à la vie bienheureusa Or, un moment de réflexion, mon cher auditeur; et considérez, mais considérez-le attentivement, si, vivant comme vous vivez dans les engagements du monde, dans les intrigues du monde, au milieu des écueils et des tentations du monde, vous avez pour Jésus-Christ cet attachement d'esprit et de cœur qu'exige de vous la religion que vous professez. Examinez bien si, dans l'emb.irr.is et le tumulte des affaires humaines , vous conservez pour Jésus- Christ toute
li^iâ
OK\TEL-US SACUF-S. lîàURDAI.OllE duc
ia rpconnaissance qui lui osl duc comme à voirc Uoilcmplcur, si vous clos zélé pour la gloire de son nom, si les intérêts de son Eglise vous sont chers, si vous suivez ses niasinics, si vous imitez ses exemples, si vous pratiquez sa loi; car voilà les marques d'un véritalilc et solide amour. Du reste, que ce ne soil pas un amour sensible; que cet amour soli ie et véritable n'opère pas dans vous les mêmes effets que dans certaines âmes spécialement choisies et favorisées de Dieu, il n'importe : ce serait une erreur de mesurer par là, soil l'obligation, soit même la perfection de cette divine charité qui nous doit unir à Jésus-Christ; et c'est une des plus subtiles illusions dont se sert l'ennemi de notre salut pour désespérer les faibles et pour endurcir les libertins. Je dis que vous devez à Jesus-Christ votre amour, mais je ne dis pas que vous le devez sentir, cet amour; car il peut être dans vous, quoique \ous ne le sentiez pas. 11 doit être dans la raison, et non dans le sentiment ; il doit être dans la pratique et dans l'action, et non dans le goût, ni dans la douceur de l'affection ; il peut même quelquefois être plus parlait, lorsque, sans êtn^ ni sensible ni doux, il cbt généreux et efficace, embrassant tout et ne goûtant rien ; surmontant la nature par la pure grâce, et, dans les aridités et les sécheresses, soutenant une exactitude et une fidélité qui ne se dément jamais. Et voilà, chrétiens, de quoi vous consoler d'une part, ((uand Dieu ne vous donne pas ces sentiments tendres et affectueux que l'on voudrait quelquefois avoir; mais aussi voilà de quoi vous condamner, lorsque vous n'avez pas cet amour chrétien et raisonnable que je vous demande. Car cet amour, tout divin qu'il est, ne s'allumera pas dans vous sans ^ous-mêmes. Dieu, indépendamment de vous, saura bien vous y porter par de secrètrs inspirations; mais le consentement que vous donnerez aux inspirations de Dieu, les actes d'amour que vous formerez, et qui ne peuvent être méritoires s'ils ne sont libres, doivent être les elTels de votre coopération : tandis que, sans rien faire, vous vous contenterez de dire comme tant d'âmes mondaines : Je n'ai pas "encore pour Jésus- Clmst cet amour fervent cl agissant, mais c'est un don que j'attends du ciel ; vous l'aileiuirez en vain, et Dieu éternellement lancera sur vous ce teri ible arrêt qu'il a déjà prononté par la bouche de saint Paul : Si quis non iimui Douiiniim nostrum Jesum Cluisluin, sil amtllu'iiM (I Cor., \) : Que celui qui n'aime pas ic Seigneur Jésus suit aiialhèine. Ah 1 mes frères, prévenons l'effet de celle terrible men.ice. Que ce Sauveur ressuscité pour noti c justification ne soit pas une pierre de scandale pour nous, et le sujet de notre coiulamnation. Faisons-le vivre dans nous coiiime saint l'aul, en sorte que nous puissions dire après cet apôtre : Ce n'est plus moi qui vis; mais c'est Jésus-Christ qui vil en moi : Vivo autcm, jnin non ego ; vivit vcro in me Cluùiiis [Galul., 11). Et cela conunent? uar un amour sincère, par une vive recon-
naissance, par une fiilélité inviolable, par une parfaite imitation des vertus de ce Dieu- Homme, notre iiioilèle sur la leiTC, et notre glorificaleiir dans réteriiité bienheureuse, que je vous souhaite, etc.