SERMON IX
Sur VAscension de Ji'sxis-Clirist.
El ciim lioc dixissel, vidcnlibus illis elevauis esl. Après qu'il eiii parlé de la sorte, il fiU élevé à leur vue vers le ciel (Actes, cli. I).
Pourquoi le Sauveur du monde découvrct-il aujourd'hui sa gloire à ses apôlres , cl pourquoi veut -il qu'ils soient témoins de son triomphe, après avoir été témoins de ses humiliations et de ses souffrances? Cetl(; question, chrétiens , n'est pas difficile à résoudre , et vous jugez aisément que le Fils de Dieu voulut par là les affermir dans la foi, qu'il voulut les prémunir contre les dangereuses tentations auxquelles ils doivent être exposés, qu'il voulut les préparer aux persécutions et aux croix, et les rendre capables de souffrir eux-mêmes comme lui, non-seulement av er patience, mais avccjoie. C'est pour cela cjuil se fait voir à eux dans tout l'éclat de sa majesté : c'est pour cela qu'en leur donnant une si sensible cl si haute idée de ce séjour bienheureux où il va marquer leurs places, il les remplit d'une douceur intérieure et toute céleste, qui lesrelient sur la montagne, lors même qu'une nuée leur a fait perdre de vue leur divin maître, lin sorte qu'il faut que deux anges descendent exprès pour les retirer de celte profonde extase où ils demeuraient plongés, et pour les renvoyer à leurs travaux apostoliques : Ecce duo viri uslilerunl juxla illos in veslibus (dbis, qui et dixerunt : Viri Gniilœi, quid stads aspicientesin cœlum (Ad., 1]?
Appliquons-nous ceci, mes chers auditeurs: car , eu qualité de chrétiens , ce mystère nous regarde , et il doit opérer en nous les mêmes dispositions que dans les apôlres. Eu effet , il y a parmi nous des lièdes et des lâches dans la voie de Dieu, et il est important de les animer. 11 y en a qui gémissent sous le poids des adversités et des misères humaines , et il s'agit de les consoler. Peul-êire y ena-l-ilqui, jouissant d'une tranquille prospérité, sont sur le point de tomberdans des élatsd'autant plusallligeants cl plus douloureux , qu'ils les prévoient moins , et je dois les y disposer. Or, en voici l'excellent moyen. Nous attendons un S^iuvcuriiui, coînme disait le grand Apôtre, transformera noire corps, cl le rcniira, tout vil el tout abject ((u'il esl, conforme à son corps glorieux : Salvalorcm cxpectamus, qui rrforpKtbit corpus liumililalis noslrœ, confia (juratuin corpori clarilads swc [Philip., 111). iNon-seulemenl nous l'allendons, mais, éclairés d. s vives lumières qui rejaillissent de son humanité sainlc, nous le voyons et nous l'admirons. Voilà l'objet de nos espérances, voilà le sujet de notre consolation, voilà ce qui doit allumer noire ferveur et soutenir notre courage : la vue d.' ce S,;uvcur cou-
MYSTCUES. SF.RMDN l\. SUI'. I/.\S(.F.NS:0N 1»K J -f.
lo'.uié Je gloire, l'attcnle de ccUe gloire dont il nous assure la possession. Car nous soiiimcs déjà, selon l'expression de saint Jean, les cnlanls de Dieu : i\'unc sumus Filii l)ri [IJodii., 111), et nous savons que, quand Jésus Clirisl viendra à la lin des siècles, et qu'il se montrera dans la même gloire où il parait en ce jour , nous serons semlilables à lui : Scimus quoniain cuin appanierit , similes ci erimus {Ibid.). C'est là, dis-je, ce qui nous doit rendre ferventsct patients : fervents dans l'aceomplissi-ment de nos devoirs, patienis dans les al'llietions et dans les maux qui nous arrivent par l'ordre de la Providence. Mon dessein est donc de vous parler de la gloire du ciel, et de vous la proposer comme le motif le plus touchant, le motif le plus propre à faire impression sur vos cœurs, et à vous faire tout entreprendre et tout supporter d.ins la vie. J'ai besoin de la grâce du Saint-Esprit, et je la demande par l'intercession de Marie. Ave, Maria.
Isai'e l'avait dit, et saint Paul, dans li-s mêmes termes, nous l'a déclaré, que l'a-il n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, et que le cœur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu, dans les trésors de sa miséricorde, a préparé pour ceux qui l'aiment cl qui le servent. Après deux témoignages si authentiques , il n'y a point de prédicateur de l'Evangile qui puisse, -sans témérité, entreprendre de donner à ses auditeurs une idée juste de la gloire du ciel. .Mais aussi, dit s linl (Zhrysostome, le prédicateur a-t-il en cela même un grand avantage, puis(]ue l'impuissance où il est réduit est justement l'idée la plus liante , la plus vraie, la plus exacte que nous puissions avoir sur la terre et qu'il puisse donner de celte gloire. Ne faisons donc point aujourd'hui d'efforts inutiles pour comprendre une gloire dont la plus essentielle propriété est d'être incompréhensible. Il nous doit suKire de la connaître comme nous connaissons Dieu, c'està-dire de savoir ce qu'elle est par (C qu'elle n'est pas. Or, nous le savons, et j'oserais même ajouter que nous le sentons, lorsqu'il nous arrive, en conlemplanl l'univers et le bel ordre des créatures qui le composent, de faire celle réflexion aussi louchante que solide : Tout ce que je vois n'approche pas de ce que j'espère ; et tout ce que j'admire en celle vie n'est qu'une ombre obscure et confuse de ce que Dieu me destine en l'autre. Car voilà, chrétiens, la plus exccllenle notion que nous ayons à nous en former. Eu effet, c'est ainsi que saint Augustin , voyant la cour des empereurs de Rome si pompeuse et si magnilîque, se figurait par proportion la magnificence et la beau! é de la cour céleste. C'est aiîisi (]u'au niiliru des cérémo.iies les plus augustes, il s'écriait : Si kœc tain pulchra sunt , qitalis ipse? et si /lœc lanla , (luanlas ipse (Aug.jlSi tout ceci est si brillant, si grand, si surprenant, que serace de vous, ô mon Dieu I Et c'est ainsi que nous en jugerions nous-mêmes , si nous ne nous laissions pas éblouir au vain éclat du U'oniie, et que nous sussions, comme ce
nrand saint, nous clevcr di s gr.iiideurs visi, blés et morlell -s , aux grandeurs invisibles et éternelles. Mais, encore une fois, tenonsnous-en à la règle du Siint-Espiil, qui nous délend de rechercher ce (lui e>t au-dessus de nous, et qui nous ordonne d'être attentifs à ce que Dieu demande de nous : Aliiora se ne (liucsieris, seil, qiiœ prœcepil tibi Deus, illn coijila seinper (lîccics.. JII), c'est-à-dire sans avoir une vaine curiosilé d'apprendre en quoi consiste la gloire des bienheureux, in-lruisons-noiis avec liumililédecequc nous devons faire pour y parvenir. Ee voici, mes chers auditeurs , et il n'y a personne qui nedoivese rappliquer. LeSauveurdu monde nous fait connaître , par son exemple, que celte gloire est une récompense , et il nous l'ait au même temps entendre que celle récompense est surtout le fruit et le prix des souffrances. Arrêtons - nous à ces deux pensées , et faisons-en le partage de ce discours. Cette gloire où nous appelle après lui Jesus-Chrisl est une récompense; il faut donc la mériter : ce sera la première partie. Celle récompense est surtout le prix de ses souffrances : c'est donc en particulier par le bon usage des souffrances qu'il faut la mériter : ce sera la seconde partie. Ainsi h; Fils de Dieu l'a-t-il mérilée lui-même.
Et voilà en deux mois ce qu'il nous a révélé de notre gloire future, et ce qu'il nous est nécessaire de ne pas ignorer. Tout le reste sont choses ineffables , mystères cachés, secrets qu'il n'est pas permis même à saint Paul de nous découvrir , et qu'il esl beaucoup moins en mon pouvoir de vous expliquer : Arcann verbn, t/iiœ non licet lio^ mini loqui (Il Cor., XII). Mais, pour votre édification , el pour satisfaire à ce que vous attendez de m(M, je dois vous dire , et je vous le dis avec tout le zèle que Dieu m'inspire , que si vous voulez arriver à la même gloire que Jésus-Christ, vous devez la mériter comme Jésus-Christ : première proposition, elque si vous voulez la mériter comme Jésus-Christ, vous devez souffrir comme Jésus-Chrisl : seconde proposition. Je vous demande pour l'une et pour l'autre une atleiilion favorable. Elles sont simples; mais, dans leursimplicité, elles renfermenl les plus iinporlantes inslrucli jus.
PREMIivRE PARTIE.
Je m'en vais, disait le Sauveur du monde à ses disciples, sur le point qu'il était de retournera son Père: je vais prendre |)ossession de la gloire qui m'est réservée dans le ciel, el vous préparer nu même temps à chacun votre place dans ce séjour des bicnhenreux : Yado parare vobis locum [Joan. XIV"). Parole pleine de consolation; mais parole précédée d'une autre qui devait être pour eux el qui est pour nous un grand fonds d'instruction. Car, leur avait dit auparavant le même Sauveur : ce royaume où je veux vous appeler après moi , je vous le promets, mais aux mêmes conditions que mon Père me l'a promis, et vous ne l'aurez point autrement que moi : Dispono vobis, siciit disposuit milii Pater meus reqnwn
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ORATl DUS SACRES. ROUUDAI.OUE.
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(Luc. XXÎI). Or, !<• Fils de Dieu n'y csl entré (lue par la ^oil' ilu n)criie. D'où il s'ensuit, mes clicrs auditeurs, parla plus juste de lout.s les ronséquences , que , pour Ii:irvenir nous-mêmes à celte gloire céleste, il faut que nous l'ayons méritée. Mettons dans tout sou jour celte vérité, que je vous propose aujourd'hui comme le motif le plus capable d'exciter voire zèle , et d'allumer toute votre ferveur.
Oui, chrétiens, la gloire que nous attendons est une récompense que Dieu nous destine ; et, pour peu que vous ayez de pénétration , vous y devez découvrir d'abord deux diflércnces bien remarquables, qui la relèvent iiinninient au-dessus de ces récompenses fragiles et passagères que le monde promet à ceux q:ii le servent. Car, selon la belle rcllexion de saint Jean Clirysoslonie, telle est linjusle distribution qui se fait des rérompcnses du monde. On les a souvent sans les mérilcr, et on les mérite encore plus souvent sans les avoir. On les a sans les mériter, et c'est ce qui devrait humilier la plupart des heureux, du siècle; et on les mérite encore plus sruvent sans les avoir, c'est ce qui rebute et ce qui désespère les malheureux. Mais il n'en est pas ainsi de cette récompense immortelle où nous aspirons. Comme on ne l'obtient jamais qu'en la méritant, aussi esl-ou sûr de ne la mériter jamais sans l'obtenir. Deux points à quoi je m'attache, cl que je voudrais imprimer profondémenldans vos esprits.
C'est une récompense que ce royaume éternel, où Jésus-Christ, comme notre chef, entre glorieux et triomphant : mais cette récompense, prenez garde à ces trois pensées, on ne l'a point qu'on ne la mérite; on ne l'a que parce qu'onla mérite; on nel'a qu'autant qu'on la mérite. On ne l'a point, dis-je, qu'on ne la mérite. Dieu, comme maître de ses biens, pouvait nous la donner gratuitement, sans qu'il nous en coûtât rien : mais il ne l'a pas voulu; et, suivant lonlre qu'il a établi, il faut, de deux choses l'une, ou que nous méritions celte récompense, ou que nous y renoncions. De quelque manière que Dieu nous ait prédestinés, en vue ou indépendamment de nos bonnes œuvres (question qui partage l'école, et qui n'appartient point cà mon sujet), il est certain, et c'est un principe de religion, que nous n'aurons jamais part à son héritage, si nous nous trouvons à la mort dépourvus de ces mérites, qui sont, selon l'Evangile, les titres légitimes pour y prétendre. Venez, nous dira Jésus-Christ dans le jugement dernier, si nous sommes assez heureux pour élre du nombre de ses brebis, et placés à sa droite; venez, les bienaiinés de mon Père , possédez le royaume qu'il vous prépr.rail, et qui vous est désormais acquis : Venite, possidete paratam vobis reymim [Matth. XXVj. M.iis en verludequni nous le donnera-1-il ce royaume? écoutez ce qu'il ajoutera : l'arce que vos bonnes œuvres me parlent pour vous , parce que vous avez fait des choses dont je n'ai point perdu le souvenir, et qu'il est maintenant de ma
justice et de ma fidélité de les reconnaître; |)arce que, dans la personne des pauvres, qui ■'•taient mes membres vivanls, vous m'avez secouru, nourri, logé, visilé; enfin , régnez avec moi, parce que vous avez été charitables pour moi : Possidete parntum vobis re- (jnum; esw'ivi enim , et dedislis mihi nianducare. Raisonnons tant qu'il nous plaira , voilà, ians le sens de Jésus-Christ même, tout le dénouemeîit du mysière impénétrable de la prédestination. C'est en cela, remarque le docteur angélique saint Thomas, que cette récompense du ciel est une véritable gloire, et même la gloire par excellence, parce qu'elle est le fruit du mérite, et du mérite le plus parfait qui puisse convenir à l'homme. En effet, ce qui se donne à la faveur, peut bien être une grâce , peut bien être une distinction, peut bien être un privilège; mais à parler exactement, cène peut être une gloire. Or, ce n'est point là ce que Dieu réserve à ses élus ; mais dans le langage du Saint-Esprit, ce qu'il leur réserve est une récompense, et par là même une gloire : Gloria Itœc est omnibus sanctisejus (Ps.CXL). Parce qu'ils ont été saints sur la terre, ils sont bienheureux dans le ciel , et comblés de gloire; mais leur bonheur, et comme récompense, et comme gloire, suppose qu'ils s'en sont rendus dignes : voilà ce que nous enseigne la foi.
Calvin a combattu celle vérité, et c'est un des points où je confesse que son hérésie m'a toujours paru plus insoutenable. Il a prétendu que nos plus saintes actions par rapport à Dieu ne pouvaient jaiuis être méritoires : cependant Dieu même nous assure qu'elles le sont, et nous dit en termes exprès qu'à la fin des siècles sa providence éclatera, lorsqu'il viendra pour rendre à chacun selon le mérite de ses œuvres : Unicuique secundum merilum opcrum suorum {liccles., XVI); pouvait-il s'expliquer plus clairement? Mais ne suffit-il pas, disait Calvin , que Jésus-Christ nous ait acquis la gloire que nous esiiérons, et qu'il l'ait méritée pour nous? Non, répondent les théologiens, après saint Augustin, cela ne suffit pas. 11 faut qu'après lui, que par lui et qu'avec lui, nous la méritions encore pour nous-mêmes, comme il ne suffit pas que Jésus-Christ ait fait sur la croix pénitenee pour nous, si nous ne la faisons pour nousmêmes. Il faul que notre pénitence, jointe à la pénitence de cet Homme-Dieu, nous réconcilie avec Dieu; et de même il faut que nos mérites joints à ses mérites, nous ouvrent le royaume de Dieu; et c'est à quoi le grand apôtre travaillait si saintement, et ce t\m lui faisait dire : Adimpleo ea qux desunt pnssionum Chrisli (Colos. I) : J'accomplis en moi ce qui manquerait sans cela à ma rédemption et à ce que Jésus-Clirista souffert pour moi. Mais n'est-ce pas faire tort aux mérites du Rédempteur, que d'accorder une récompense aussi divine que celle-là à d'autres mérites que les siens? Nullement, dit saint Augustin, et la raison qu'il en apporie est convaincante : parce qoe les mérites que
1129 MVSli.r.KS. S1.KM0N IX. SU« l.'ASCKNSiON DK J-C. H.-()
iioui; (lovons ,TC inéiir, el ajoiilor A ceux du (iii(> envie qu'ils .ueiil de les distri!)ue!' .ivoc Hédcmiileiir, sont tc'.lenicDl des niéiilos dil- éiiuilé, peuvciil à peine se ré|ioiidre d'eiixfereiils des siei'.s, qu'ils sont né.imiioins dé- nicnies, et coiiiplcr ([ii'ils ne se laisseront jiendiinls des siens, fondés sur les siens, li- pas prévenir et surprendre. Comme ils sont r.inl toute leur efiicace et toute leur valeur hommes, dit saint Augustin, ils rccompcn- (Us siens, d par consé(iuenl ineapables de sent en hommes, c'est-à-dire bien plus soupréjud.cier aux siens. Que fait Dieu, quand vent selon la nécessité de leurs affaires que il nous réeoini'.ense'? je l'avoue, il couronne selon le degré de leur estime; bien plus sounos mérites; mais, p.irce <jue nos mérites vent par inclination que par raison. Et en ^<)nt ses dons, en couronnaiil nos niéiiies, il elTel, ceux qui entrent dans leurs plaisirs ont couronne dans nos personnes ses propres C(unnuinémenl bien plus de part à leurs grâ- {.\ons : Coronal in nobis doua sua (Aiii/.); ces et a leurs bienfaits, que ceux qui s'imc'esl la belle expression de saint Augustin, molenl pour leur service. Ceux qui les flal- .^Jais avouer que l'homme peut mériter le lent et qui les trompent, sont communément royaume du ciel, n'est-ce pas lui donner su- bien mieux récompensés que ceux qui leur jei de se glorifier? Oui, contin le ce saint sont fidèles. Ainsi vont les choses humaines : docteur, et malheur à nous si, faute d'uu et, qiiehiue zèle que nous ayons pour tei mérite, nous n'étions pas en étal de nous la réronna;ion de l'univers , nous ne deglonfier si Ion le sens que Calvin veut nous vous pas espérer ([u'elles prennent un autre le défendre. Car le royaume céleste n'est cours.
que pour ceux qui ont droit de se glorifier Hien de tout cela dans la récompense ou
dans le Seigneur ; et un des caractères de Dieu nous appi'lli». Il pèsera ses élus dans la
l'hoimni' juste li sp!n^ dislinclcment m.irqués balance, mais dans la balance du sanctuaire ;
par l'Apolre, est qu'il puisse, sans présomp- et leur mérite seul, mis à ré()reuve de son
tion, mais avec une sainte confiance, pren- jugement, fera la décision de leur sort, (jui-
dre part à celle gloire, dont le Seigneur ( si con(]uc n'en aura pas l'exaele mesure , fûl-
le principe et la fin : Qui ijloriattif m IJuini- il un des dieux de la terre, sera rejeté. Comme
vo. gloiidur {lCor.,l). Or, le faible de le fils ne portera point l'iniquité du père,
l'hérésie et de la prétendue réforme de Cal- aussi le mérite du père ne suppléera point à
vin est qu'elle dépouille le juste de tout me- l'iniquité du fils. Tout devant Dieu sera per-
lile, j'entends de tout mérite propre, el sonnel, et la règledu Saint-Ksprit subsistera :
qu'elle lui ôle ainsi tout moyen de se glori- i'nicuiqiic secuiulum mcrilum opcrum suorum
fier même en Dieu. Condition néanmoins ( A' co/c*'., XVI) : A chacun selon ses œuvres,
essentielle pour cire récompensé de Dieu. Il ne dit pas, à chacun selon ses lumières, à
Avançons. chacun selon s( s maximes, à ch.icun selon
Non-seulement on n'a point la recompense ses talents; il ne dil pas niênie à chacun selon
du ciel qu'on ne la mérite, mais, ce que je ses désirs, selon ses projets et ses intentions;
vous prie de bien comprendre, on ne l'a (lue mais à chacun selon ses actions, à chacun
parce qu'on la mérite : en soi te qu'elle est selon ce qu'il aura fait, et non point selon ce
le jMirtage du mérite seul, à l'exclusion de qu'il aura cru ou ce qu'il aura voulu faire :
tout nuire litre. De là vient que saint Paul, Vnicuique secundum mcrilum operuin suo-
pour la définir, l'appelle couronne de jus- rum. En un mot , le temps de la grâce et
lice : In reliquo rcposiia est mild coronuju- de la miséricorde sera expire, el (clui di;
stitiœ (11 Tim., IV). Parce qu'en elTcl, disent la justice succédera : et par la n:énie raison
les Pèies, celte récompense ne doit être don^ que la grâce dans les élus aura précédé lout
née aux hommes, (juc selon les règles d une mériti', la gloire dont Dieu les comblera au-
justice rigoureuse, d'une justice iiicorrupli- ra pour fondement le mérite ainjuis par la
lile, d'une justice ((ue rien ne touchera, (jue grâce. Uien de plus vain, dans l'opinion des
rien ne fléchira, (pie rien ne préoccupera; mon lains même, que la gloire du monde :
d'une justice qui n'aura d'égard pour per- pour(juoi? parce (ju'elle n'est ni une preuve
sonne, (jui ne distinguera ni qualités, ni certaine ni une conséciuence sûre du mérite ;
rangs, ni naissance, mais qui disiernera parce qu'elle est presque loujoiiis l'effet du
pailaitement le mérite. Les rccomiieiiscs du caprice cl de la prévention des hommes ;
siéc'e sont tous les jfuirs en butte à la cupi- parce qu'il n'y a rien où la corruption du
(iilé et à l'anibilion : quoiiiu'elles ne soient jugement des hommes, où leur peu d'équilc,
(lues ((u'au mérite, loulaulrediose (luele nié- d'inlégrilé, de sincériié, paraisse plus cvi-
rite contribue à les avoir. Ou les emporte deinmenl. qu'en ce qui regarde celte gloire par le crédit, on se les attire par la brigue, profane. Mais, par une règle lou'c contraire, on les arrache par l'imporluniié : li s plus concevez de là ce que c'est que la gloire des hardis el les plus avides sont ceux qui y par- préli slinés dans le ciel, p;us(|uc c'estunDieu viennent; le hasard en décide, la bonne for- (jui en est l'arbitre; un Dieu souverainement tune de l'un, et souvent l'iniquité de l'autre, éclairé, souveraiiiemenl juste, el qui ne peut On se prévaut, pour les demander, du mérite estimer que ce qui est essentiellement eslimad'aulrui ; le fi;s veut être récompensé des b'e ; un Dieu aussi délermininé à ne gloriljer services du père; l'ami croit être en droit de que le mérite, qu'il l'est à réprouver cl à puprofiler du travail eldu pouvoir de son ami. nir le péché; un Dieu dans l'un el dans l'autre Ceux même que Dieu a faits les dispensa- également infaillible, inflexible, irrépréhens;leurs de ses récompenses temporelles, quel- h:e : tel est , mes frères , concluait sain! qucs précautions ((u'ils y apportent, et «luel- Paul, le! est le maître dont il m'importe d'èlru
Oratel:,. ' ACP.Ks. XIV. • [Trcutc-fix]
ou.vTruns sacrf.s. bourdaloue
IISS
loué et il'êlre favorablement jug6. parce que (•'est celui dont l'approbation et la louange (loil faire éternellement la solide gloire : Qui aiUcm jndicnt me, IJominusest{\Cor., IV). Enfin celte récompense des bienheureux, ou ne l'a <iu'anlant qu'on la niciite; et si l'un est plus récompensé que l'autre, s'il est dans un degré de gloire plus éminent que l'autre, ce n'est que parce qu'il a plus de mérite (pie l'autre. Dans le monde on voit tous les jours des mérites médiocres l'efiiporler sur des mérites éclatants ; et vous le |)ermoltez , Seigneur, pour nous apprendre que ce n'est point ici que se doit faire le vrai discernement de nos personnes; vous le pcrmetti'Z pour nous détacher malg'é nous (le la terre, et pour nous faire porter plus haut nos vues : mais, dans le royaume de Dieu, chacun est placé selon l'ordre où il doit être; et une des plus singulières beaulés que l'Ecriture y fait remar(iucr, est cette admirable proportion entre la qualité du mérite et le rang qu'il occupe. Il y a, disait le Fils de Dieu, dans la maison de mon Père, différentes demeures; mais ces demeures, observe saint Bernard, ne sont différentes, (jue parce qu'il s'y trouve des mériles différents. Le plus ou le moins de mérite y fait donc le plus ou le moins d'élévation ; cinq talents de mérite y produisent cinq talents de gloire, et deux n'y eu produisent que deux : tellement que la diversité du mérite y distingue, y partage, y ordonne tout. Or, si cela est, chrétiens, permettez-moi de m'arîétcr ici, et de faire avec vous une réflexion dont il est difficile que vous ne soyez pas touchés : à quelle étonnante révolution ne doivent pas s'attendre la plupart des hommes, quand ce mystère s'accomplira, et que Dieu, dans son jugement dernier, viendra fairecc partage?Quelle désolation, parexeuiple, pour tant de grands, lorsque, après avoir tenu dans le monde des rangs honorables que leur donnaient leurs dignités, leurs emplois, leurs charges , il leur en faudra prendre d'autres que le mérite seul réglera, et où l'arrêt de Dieu les réduira'/ Si Dieu, au moment où je parle, leur faisait voir l'affreuse différence de ce qu'ils sont aujourd'hui, et de ce qu'ils seront alors, dans quelle consternation cette vue ne les jetlerait-cUe pas ; et quand, à la mort, il faudra quitter en effet ces rangs de naissance et de fortune, pour passer à d'autres rangs qu'une exacte et rigoureuse justice leur assignera, quel douleur pour eux de se trouver dans un si protligicux abaissement, dans un eloignemenl tnlini de Dieu, parce qu'ils n'auront (iresqnc rien fait pour Dieu? Je sais que ccttc réllexion est allligeante; mais en est-elle moins salutaire, et ne seraisje pas prévaricateur, si, dans une occa^i<)n aussi naturelle que celle-ci, je ne les faisais souvenir qu'outre les grandeurs de la terre, il y en a d'autres dans le ciel où ils doivent aspirer; qu'il y a d'autres honneurs dont ils doivent être jaloux, d'auties places ((u'ils doivent remplir, d'autres établissements pour lesquels Dieu les a créés? Aura's-je pour leur salut le zèle
que mon ministère doit m'inspirer, si je nu les avertissais pas que la figure de ce monde passe, et qu'après qu'elle sera passée, le n;érite d'une vie chrétienne est le seul titre do dislinction qui nous restera?
Mais revenons. Je ne me suis pas contenté de vous dire qu'on a souvent les récompenses du monde sans les n)ériter : j'ai ajouté que souvent aussi on les mérite sans les avoir; au lieu que nous sommes assurés, en méritant la récompense éiernelle, de l'obtenir. En effet, comptez, si vous le pouvez, mes chers auditeurs, combien de gens vous avez vus dans le monde mener une vie obscure, et ne parvenir à rien, avec un mérite et des ser\ ices qui devaient les élever à tout. Des patrons leur ont manqué, des concurrents les ont écartés; l'envie, l'intrigue, la cabale, mille mauvais offices les ont détruits ; un maître aveugle et sans discerne ment, un maître insensible et indifférent, un maîlre trompé et prévenu les a laissés dans la foule, les a oubliés, méprisés, rebutés. Que ne nous apprend pas là-dessus l'usage et la science du monde? Mais avec Dieu je suis à couvert de toutes ces injustices. Quoi que je fasse, si c'est pour lui que je le fais, il m'en tiendra compte. Qu'est-ce qu'un verre d'eau? cependant ce verre d'eau, donné en son nom, ne sera pas sans récompense.
Qu'est-ce qu'une pensée? cependant celle bonne pensée, reçue et suivie, aura son salaire. Qu'est-ce qu'un désir ? cependant co bon désir, conçu et formé dans le cœur, produira, selon l'expression de l'Apôtre, son rayon de gloire. Qu'est-ce qu'une parole? cependant celle parole, dite avec douceur, avec humanité, avec charité, sera écrite dans le livre de vie. Or, si Dieu doit récompenser de la sorte jusqu'aux moindres mérites, que sera-ce des autres? C'est ainsi qu'il nous l'a promis; et comme il est tout-puissant, c'est ainsi qu'il peut l'accomplir; et comme il est iidéle, c'est ainsi qu'il veut l'accomplir : par conséquent c'est ainsi qu'il l'accomplira. Eu sorte, conclut saint Augustin, que sa toutepuissance, qui est la toute-puissance d'un Dieu , n'aura point dans l'éternité d'autre occupation que de glorifier ses élus et tous leurs mérites. Voilà à quoi il s'emploiera, eu quoi il mettra une partie de ses complaisances, de quoi il ne se lassera jamais.
Mais, cela posé, chrétiens, et quoique nous fassions profession de le croire , vivonsnous cl agissons-nous comme en étant persu„dés ? Je parle à des auditeurs qui , chacun dans leur condition , se piquent d'avoir leur mérite, et je veux bien convenir do tout le mérite dont vous vous piquez. Mais ce mérite, que je n'ai g.irde de vous disputer , est-ce un mérite pour le ciel? Est-ct; un mérite à qui Jésus-Christ ait jamais rieii promis ? est-ce un mérite que vous osiez vous-même présenter à Dieu pour lui demander son royaume ? Si les saints qui régnent avec ce Dieu et ce roi de gloire n'avaient point eu d'autre mérite , recueilleraienlT-iis iinintenanl les fruits dont ils ont jeté sur lu terre les précieuses semences? Entro::3
MYSTKRES. SKUMON IX Sin L'ASCENSION DE J C.