SUR L'IMPURETÉ
portenl, c'est plus pour leur con^lamnation qu'ils s'y présentent, que pour leur justincalion. Quand donc feront-ils nfnilenre ?
Dans celte vifl ? ils ne s'y déterminent jamais. Dans l'autre ? elle ent inutile. A la mort ? c'est le i>éclié qui les quitte et non uat
eux qui quittent le péché. -i i f y
CeU seul me fiiit comprendre iii vérité de cette terrible parole do Jésus-Christ : Beaucoui> d'appelét et peu d'élus Car l'A
pôtre nous apprend qu.' les impidiqius ne seront jamais héritiers du royaume de Dieu, et nous voyons d'ailleurs que' le monda
est plein de ces hommes sensuels et enclaves de leur plaisir. C'est à vous, chrétiens, à y prendre gardctandis qu'il est encore temps : car il est temps encore après tout et je n'ai noint étendu dans ce discours vous oler louie espérance, mais vous engager à une vigilance plus exacte, et vous 'porter n faire de uveaux efforts. Nous avons besoin pour cela, .Seigneur, d'une grâce victorieuse et toute-puissante. Grâce que je vous deman-
pr
nouve
derai sans cesse, à laquelle je me disposerai, à laquelle je répondrai, et que je conserverai avec soin.
Cum tmmundus spiritus ezxerit ab homine, ambulal per loca arida, qiuerens rtquiem, et non invenil. Tune dicil : Heverlar in domum mean unde exivi. El veniens invertit eam vacantem, scopis mundalam, et omatam. Tune vadit, et <isstimit septem alios spiritus secum nequiores te, ef intrantes Kabitant ibi.
Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherclinnt du repos, et il n'en trouve point. Alors il dit : Jo retournerai dans ma maison d'où je suis sorti ; et A son retour il la trouva vide, balayée et ornée. 11 part aussitôt, et il va prendre avec «oi sept autres esprits plus mi-chants que lui; ils rentrent dans cette mai!>on, et ils y habitent. {Saint Matthieu, chap. xii, 43-45.)
Sire, C'est une doctrine communément reçue, et fondée sur rEcriture môme, qu'il y a des démons de plusieurs espèces ; et cette différence, remarque saint Grégoire, pape, vient des différentes espèces de péchés où ces esprits de ténèbres ont coutume de nous porter. Il y a des démons d'orgueil, il y a des démons de vengeance, il ya des démons de jalousie et d'envie, il y a des démons de mensonge, d'illusion et d'erreur ; et tous ont leur caractère particulier, aussi bien que leurs fonctions propres. Celui qui nous est aujourd'hui représenté dans l'Evangile est le démon d'impureté, cet esprit immonde dont l'exercice est de souiller les âmes purifiées par la grâce de Jésus-Christ, et, toutes spirituelles qu'elles sont, de les rendre toutes charnelles, en les infectant de la contagion de leurs corps : Cum immundus spiritus exierit ab homine K Or le Fils de Dieu veut qu'entre tous les autres démons nousayons particulièrement horreur de celui-ci, et c'est pour cela qu'il entreprend lui-même de nous le faire connaître. C'est donc, mes chers auditeurs, de cet esprit impur que je dois aujourd'hui vous parler; et il est important de vous en découvrir la malignité, puisque le même saint Grégoire nous assure que ce démon, ou plutôt que le vice qu'il entrelient dans nos cœurs, est la cause la plus générale de la damnation des hommes, et que c'est lui qui, tous les jours, fait périr tant de pécheurs : Hoc maximevitio periclitatur genus humanum. Je vous en donnerai une idée, dont vous ne pourrez tirer d'autre conséquence que de le détester et de vous en préserver. Car, en traitant cette matière, je me souviendrai toujours que la parole du SeigBBOrr dont je suis le uiinistie^ quoique iiklign«^
doit ôlre une parole chaste, plus épurée que l'argent qui passe par le feu, et qu'on éprouve jusqucs h sept fois : Eloquia Dnmini eloquia casta, ar(jentum igné examinalum , probatum tcrrœ, purgatum septuplum '. Plaise à Dieu que vos cœins, aussi purs que cette divine parole, soient disposés à en profiter ! c'est la grâce que je vais demander d'abord au Saint-Esprit, par l'intercession de la Reine des vierges..4i;e, Maria.
Saint Thomas, parlant du caractère que nous imprimentcertains sacrements de la loi de grâce, lui donne deux qualités, en quoi il fait consister toute son essence. C'est, dit-il, et un signe spirituel et une puissance spirituelle, Signaculum etpotestas. Un signe spirituel, pour représenter dans nous les effets invisibles du sacrement; et une puissance spirituelle, pour nous rendre capables d'opérer les actions propres du sacrement : telle est la doctrine de cet ange de l'école. Or, je dis, chrétiens (permettez-moi de faire cette comparaison), que l'impureté a pareillement son caractère, mais un caractère de réprobation, et qu'en cela cet abominable péché est une parfaite image de l'enfer. C'est ce que j'entreprends de vous montrer dans ce discours ; et pour en faire d'abord le partage, je trouve que ce caractère de réprobation que nous découvrons dans l'impureté, quoique infiniment opposé au caractère des sacrements institués par Jésus- Christ, ne laisse pas de lui ressembler en deux manières ; je veux dire en ce qu'il a tout à la fois, et la vertu de représenter, et la vertu d'opérer ce qu'il représente. Car je prétends qu'il représente dans l'homme l'état de la réprobation future; voilà sa première propriété : et j'ajoute, si je puis m'exprimer de la sorte, qu'il opère dans l'homme cette même réprobation, en le conduisant à l'impénitence finale; c'en est la seconde propriété. En deux mots, impureté, signe de la réprobation, et principe de la réprobation. Signe visible de la réprobation, parce que rien ne nous représente mieux, dès cette vie, l'étar des réprouvés après la mort : vous le verrez daua la première partie, rrincipo, efficace de la ré-
SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA. TROISIÈME SEMAINE
probation, parce que rien ne nous expose à un danger plus certain de tomber dans l'état des réprouvés après la mort : je vous le ferai voir dans la seconde partie. Ce sujet est d'une grande étendue, mais d'une extrême consé<iucuce. Je ne dirai rien qui ne suit i>our vous une leçon salutaire, et qui ne mérite toutes vos réflexions.
PREMliÎRE PARTIE.
Quatre cbosos, chrétiens, que nous marque l'Ecriture, expriment parl'ailemcnt l'état d'une ûme réprouvée dans l'enfer. Les ténèbres et robscurilc, au milieu d'un feu dévorant : 3/27tite eum in tenehras exteriorcs *. La confusion et le désordre dans le séjour de toutes les misères : Tenajïi miseriœ, tibi nullus ordo, sedsempiteruus horror inhabiUit 2. L'esclavage et la servitude du démon : Exeat condemnaliis, et diabolus stet a dextris ejus 3. Enfin, le ver immortel d'une conscience cruellement et continuellement déchirée : Vermis eoriim non moritur ^. Voilà l'idée sensible que le Saint-Esprit a prétendu nous donner d'une parfaite réprobation. Or, c'est ce que nous trouvons, dès cette vie même, dans l'impureté ; car il n'y a point de péché, ni qui jette l'homme dans un plus profond aveuglement d'esprit, ni qui l'engage dans des désordres plus funestes, ni qui le captive davantage sous l'empire du démon, ni qui forme dans son cœur un ver de conscience plus insupportable et plus piquant; et tout cela par une vertu qui lui est propre. D'où je conclus que ce péché est donc un signe manifeste de l'état malheureux de la réprobation : en voici la preuve, appliquez-vous.
Non, il n'y a point de péché qui jette l'homme dans un aveuglement plus profond ; et saint Chrysostome en apporte une raison bien évidente : parce que ce péché, dit-il, est un attachement déréglé, et même un assujettissement honteux de l'esprit à la chair, et que par là il rend, pour ainsi dire, l'esprit tout charnel. D'où ■vient que saint Paul , en parlant d'un impudique, ne l'appelle plus absolument homme, mais ^omme charnel : Animalis homo. Or, de préi'cndre qu'un homme charnel puisse avoir des conniassances raisonnables, c'est vouloir que la chair soit esprit ; et voilà pourquoi l'Apôtre conclut qu'un homme possédé de cette passion, <|uelque intelligent qu'il paraisse d'ailleurs, ne connaît plus les choses de Dieu, parce qu'elles nt soxit plus de son ressort : Animalis homo non •■■'••/.,•:,.> ca quœ sunt Dei^.
.'.j eiet, chrélic.:?, prenez gar-.k 5 celte ré-
• WaCh., XXV, 13. — ^ Jof, , x, -li. — » FitUtt.. C7..i. Ê. — * Mmc, IX, 47. — i I Cor., a, ii.
flexion de saint Bernard, qui me semble également solide et ingénieuse : Quand l'homme se laisse emporter à l'ambition, c'est un homme qui pèclie, mais qui pèclie en ange : pourquoi T parce que l'ambition est un péché tout spirituel, et par consé(juent le propre des anges. Quand il succombe à l'avarice et à la tentation de l'intérêt, c'est un homme qui pèche, mais qui pèche en homme, parce que l'avarice est un dérèglement de la convoitise qui ne convient qu'à l'homme. xMais quand il s'abandonne aux sales désirs de la chair, il pèche et il pè(;he en bête, parce qu'il suit le mouvement d'une passion prédominante dans les bêtes. Or s'il pèche en bête, il n'a donc plus ces lumières de l'esprit qui le distinguent des bêtes, et qui le font agir en homme ; il est donc réduit à l'ignominie de Nabuchodonosor, il est dégradé de sa condition, il est même au-dessous de la condition des bêtes, puisque entre les bêtes et lui il n'y a plus d'autre différence, sinon qu'il est criminel dans son emportement, ce que les bêtes ne peuvent être : Ilomo cum in honore esset, non intellexit; coni' paratus estjumentis insipientibiis, et similis ftidus est illis 1. C'est le raisonnement de saint Bernard, et l'expérience le justifie tous les jours : car nous voyons ces hommes esclaves de leur sensualité, au moment que la passion les sollicite, fermer les yeux à toutes les considérations divines et humaines, ne convenir plus des choses dont ils étaient auparavant persuadés, ne croire plus ce qu'ils croyaient, ne craindre plus rien de ce qu'ils craignaient, n'être plus capables de remontrances, agir sans règle et sans conduite, devenir brutaux et insensés ; tant ce péché a de pouvoir et de force pour les aveugler. Venons au détail ; et c'est ici que je vous pi'ie de m'écoulcr. Ils perdent surtout trois connaissances : la connaissance d'eux-mêmes, la connaissance de leur propre péché, et la connaissance de Dieu. Est-il un aveuglement plus déplorable et plus affreux ?
Ils perdent la connaissance de ce qu'ils sont, dit saint Augustin, parce que, dans cet état de libertinage, ils cessent d'être ce qu'ils étaient. A quoi j'ajoute, en renversant la proposition, ils cessent d'être ce qu'ils étaient, parce que, dans cet état de libertinage, ils perdent la connaissance de ce qu'ils sont. Ces deux pensées reviennent au iftême principe. En voulez-vous un des plus illustres, mais au même temps des plus terribles exemples? Je le tire de l'Ecriture. Par où counnença la dissolution de ces deux vit.'illards qui cUt^nÊèrent à !a chasteté
PUUETÉ.
de la Tcrtueiise Suzanne, et qui furent si hauteinenlconloniliis par le proplièle Daniel? Le texte sacré nous l'appreml : Everlerunt sensum 8uum et deditiaveriint oculos suos, ut non vidèrent cœlum ' ; ils perdiiTiit le sens, et ils détourniVent leurs yeux poin- ne point voir le ciel. Car avec quel Iront l'auraionl-ils pu voir, et en venir jusqu'il cet excès? des niagistraUs, des juges, des hommes vénérables dans la synagogue par leur Age, et qui devaient servir de modèles au peuple. Ah ! chréliens, ils ne l'auraient jamais lail, et le seul souvenir des qualités dont ils étaient revêtus les aurait tenus dans le respect. 11 fallut donc qu'ils s'oubliassent eux-mêmes, avant que de se résoudre à une telle déclaration : et parce que la conscience ne peut être séduite ni corrompue tandis qu'elle a des yeux, il fallut l'aveugler absolument, afin qu'elle ne fût plus en état de se révolter. Ce quil y a d'étoimant, c'est ({u'ils eussent pu de la sorte, et en si peu de temps, effacer de leur espiil toute la counaisisanoo fr^n-K >nÂ<»o0 hïqîo reprend saint Chrysostouîe, comme la lumière est d'une nature à se répandre en un moment dans l'immensité des airs, et qu'elle en dissipe tout à coup toutes les ténèbres, ainsi, dans un instant, le péché que je combats, ce péché grossier et charnel, couvre, pour user de cette figure, une ûme des plus noires ombres, et obscurcit toutes les vues de la raison et de la foi.
C'est de là, remarque Clément Alexandrin, que les poètes, qui furent les théologiens du paganisme, lorsqu'ils décrivaient les pratiques honteuses et les infâmes commerces de leurs fausses divinités, ne les représentaient jamais dans leur forme naturelle, mais toujours déguisées et souvent métamorphosées en bêtes. Pourquoi cela ? Nous les blâmons, dit ce Père, d'avoir ainsi déshonoré leur religion, et outragé la majesté de leurs dieux ; mais, à le bien prendre, ils en jugeaient mieux que nous : car ils voulaient nous dire par là que ces dieux prétendus n'avaient pu se porter à de telles extrémités, sans se méconnaître ; et qu'en devenant adultères, non-seuleujent ils s'étaient dépouillés de l'ètie divm, mais qu'ils avaient même renoncé à l'être de l'homme.
Et en effet, n'est-il pas surprenant de voir jusqu'à quel point ce péché abrutit les hommes? car U n'y a point d'intérêt qu'on ne mépiise, point d'honneur qu'on ne foule aux pieds, point de dignité qu'on ne prostitue, point de fortune qu'on ne risque, point d'amitié qu'on ne viole, point de réputation qu'on n'expose, ijoiaî de
ministère qu'on ne profane, polni de devoir qu'on ne trahisse pour satisfaire sa passion. Un père oublie ce qu'il doit à ses enfants, et ne se met [)luscn |)eiue de les ruiner par ses débauches ; un ju^-e, ce qu'il doit au public, et ne fait pliisscru[)ulc de sacrifier le bon tlioilà ses plaisirs ; un ami, ce qu'il doit à son ami, et ne compte |)lu8 pour rien d'abuser de l'accès qu'il a dans une maison pour la déshonorer; un prêtre, ce qu'il doit à Jésus-Christ, et ne craint plus de scandaliscrson sacerdoce |)ar des actions abominables ; une femme, ce quelle doit à son mari, et ne se souvient plus de la foi qu'elle lui a jurée; une fille, ce qu'elle se doit à elle-même, et ne rougit plus de perdre sa plus belle fleur, et de se rendre un sujet d'opprobre. Si, dans chacun de ces états, on faisait celte réflexion : Qui suis-je, et à (juoi vais-je m'engager? il n'y apointd'àmc, pour abandonnée qu'elle puisse être à la violence de ses désirs, que les seules raifcons humaines ne fussent capables de con-
hMiii- i\rais on les a yeux bandés : et tandis que cette passion cJomme, un uo otm n* v-v. v^^i ..•. i ..
ni ce qu'on n'est pas, parce que le démon d'impureté nous aveugle, et nous ôte d'abord la première de toutes les vues, qui est la vue de nous-mêmes.
Je dis plus : ce même démon n'ôte pas seulement à l'homme la connaissance de ce qu'il est, mais la connaissance de ce qu'il fait, c'està-dire de son propre péché, et ne lui en laisse qu'autant qu'il faut pour le rendre coupable devant Dieu. Sur quoi saint Chrysostome fait une observation bien judicieuse, et nous découvre une espèce de prodige qui se passe tous les jours dans nos esprits, mais dont il y a bien de l'apparence que nous ne nous apercevons pas : le voici. Dans les règles communes, c'est par l'expérience que nous parvenons à la connaissance des choses : ce que nous n'avons jamais expérimenté, à peme le connaissons-nous ; mais à mesure que nous le pratiquons, que nous l'éprouvons, il se montre à nous, et nous apprenons à le connaître. Voilà l'ordre de la nature. Mais dans le péché dont je parle, il arrive tout le contiaire; car nous ne le connaissons jamais mieux que quand nous n'en avons nul usage ; et nous n'en perdons la connaissance qu'autant que nous nous licencions à le commettre. C'est ce que j'appelle prodige. Est-ilriea de plus vrai et rien de plus ordinaire ? Car voye?, mes Irères, dit saint Chrysostome, quels ?ont les seutinicnts d'une àme pure et innocente : elle regarde l'impurefé comme un monstre, elle s'en préserve comnje d'une peste et d'une coiitagioa
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mortelle, elle en fuit les occasions, clic en déteste les intrigues, elle en condamne les moindres libertés, parce qu'elle est prévenue que c'est le plus dangereux écucil de son salut. D'où lui \ient cette prévention ? de la nature, c'est-îi-dirc de Dieu môme, lequel a imprimé l'honeur de ce Tice dans les esprits de tous les hommes, sans en excepter les païens. L'Iionune donc encore chaste, et dans la première intégrité de ses mkxhh-s, a une véritable idée de ce péché. Il ne l'a jamais commis, et c'est pour cela qu'il le connaît parfaitement. Mais qu'il s'y laisse entraîner, bientôt cette connaissance s'affaiblira, bientôt cette idée s'effacera : après quelques chutes, les péchés les plus monstrueux ne lui paraîtront plus si griefs : des actes il passera à l'habitude, de l'habitude à l'endurcissement, de l'endurcissement au scandale, et du scandale à la dernière hnpudence. Il n'envisagera plus sa passion que comme i ;ie faiblesse pardonnable à l'humanité ; il n'en aura plus aucun remords, il ne
la traitera plus que de galanterie, il s'rn aim-i- „^^^y II cjvii <.i,i/i«w<jua. Il en triomphera. Car
ce sont là, dit Giuillaume de Paris, dans son admirable traité sur cette matière, les progrès de l'impureté.
Mais l'aurait-on jamais cru, si le débordement du siècle ne nous le montrait pas, qu'il dût y avoir des hommes dans le monde, et dans le monde chrétien, d'un sens assez perverti pour qualifier de simple galanterie un crime de celle conséquence ? Si les païens, si les idolâtres s'en étaient exphqués de la sorte, le scandale de notre religion serait de tenir ce langage après eux et comme eux. Mais que les plus dissolus d'entre les païens et les idolâtres aient eu sur ce point plus de modestie que nous; qu'on voie des hommes faire profession de l'Evangile, et cependant ne garder nulles mesures, n'avoir ni honnêteté ni pudeur dans leurs expressions, mettre au nombre de leurs conquêtes les engagements les plus criminels, en tirer avantage, se vanter hautement de ce qu'ils font, et souvent même de ce qu'ils ne font pas : ah ! mes frères, disait saint Chrysostome, c'est un aveuglement pire que celui des démons.
Mais qu'est-ce de voir des femmes, dans le christianisme, s'accoutumer à de semblables discours, en faire un divertissement et un jeu, en aimer la raillerie et les équivcxiues, se plaire ;i les entendre, ou ne témoigner lù-dessus qu'une fausse répugnance, et d'un air qui, bien loin d'arrêter la licence, no ser! <iu'à la r endi-e encore plus hardie et qu'à l'exciler? Car je ne parlo pas seulement ici, femmes
derniers désordres dont le seul honneur du monde vous fait abstenir, et à l'égard desquels on peut dire que Dieu doit peu compter vos victoires, puisque si vous remportez des victoires, c'est moins pour lui que pour vous-mêmes. Je parle de ces autres désordres, moins odieux, ce semble, mais<iui sont toujours autant de crimes, et qui, tout irrépréhensibles que vous vous flattez d'être selon le monde, ne fournissent à Dieu que trop de matière pour vous damner : je parle de ces conversations libertines, d'où naissent tant de maux, et qui portent à une âme de si mortelles atteintes ; je parle de ces entretiens secrets et famiUers, mais dont la familiarité même et le secret sont de si puissants attraits aux i)lus funestes attachements ; je parle de ces amitiés prétendues honnêtes, mais dont la tendresse est le poison le plus subtil et le plus présent, pour infecter les cœurs et pour les corrompre ; je parle de ces commerces assidus de visites, de lettres, de parties, que saint Jérôme appelait si h;r.« loo j.or»»io.'c iutiioos (l'unc cliastetc mourante : Moriturœ virginitatis imlicia ; je [)ai-le de ces artifices de la vanité humaine, einpIûM's à relever les agréments d'une beauté pernicieuse : je parle de celte détestable ambition d'avoir des adoraleuis au préjudice du souverain Maître, à qui seul tout culte et tout hommage appartient ; je parle de ces douceurs vraies ou fausses, témoignées à un homme mondain, dont on entretient par là les criminelles espérances, pour être un jour responsable de ses iniquités les plus secrètes ; je parle de ces habillements immodesles, que ni la coutume ni la mode n'autoriseront jamais, parce que ni la mode ni la coutume iis feront jamais de prescription contre le droit divin. Ce ne sont là, dites-vous, que des bagatelles: mais la question est de savoir si Dieu en iiiijera comme vous, et si vous-mêmes, lorsqu'il lauilra comparaître devant son tribunal, vous n'en jugerez pas autrement. Vous prétendez que ce sont des choses indifférentes, et moi je soutiens que ce sont autant de crimes ; vous prétendez que, pour vivre dans les règles, il faut vivre de la sorte, et moi je soutiens que vivre de la sorte, c'e«t violer toutes les règles de la religion que vous professez. Et parce que cette coiuiuite ne peut s'accorder avec la connaissance d'un Dieu (car le moyen de connailre Dieu, et de no jjas connaître ce qui l'offense ? ) de l'oubli Je soimême et de l'ignorance de son péché, l'iiouune sensuel tombe dans l'ignorance et l'oubli do Dieu, et voilà le fond de i'abiiurt où ie plongô i'iin pureté.
C'est de liV, disait !e ^Mvanl Pic de ia àiiraniiî.
SL'Il L'IMI>L'KETÊ.
quo lie loiil temps Ions les athées ont été, (rime iiolon'ôlé |)iil)li(iiit\ (les hoiiiiiu's corrompus par les passions cliarnolles : l'athéisme, rcmaniue ce {^raïul personna;^e, nVtaiit pas ce qui coiKhiit à rimpiuHcité, mais rimpiiiHcilé étant la voie ordinaire (]in coiuliiit h i alhéisnie. C'est ilc Ih que. tous les impinlicpies, par [)roression el par ét;il, sont comunniémenl des es|)rits gâtés et hherlinsen matière decréance, et qu'ils se préoccupent aisément contre la religion, qu'ils aimci.l ;\ en ilispuler, à y trouver des difiiciillés, h ne pas savoir ce qui les résout ; et qu'à peine vena-t-on même une femme du grand monde, et dans la débauche, qui ne fasse l'esprit fort, et qui ne se pique de raisonner sur les vérités du ilii islianisme. Pourquoi ? parce qu'elle voudrait !;ien se persuader, en raisonnant, qu'il n'y a point de Dieu, suivant ce beau mot de saint Augustin, que personne ne doute qu'il y en ait lin, sinon ceux ;\ qui il serait expédient qu'il n'y en eût point. C'est de là que les progrès do l'impiété suivent presque toujours les progrès du \ice ; et qu'au contraire le retour de l'impiété à la foi ne commence presque jamais dans une âme que par le retour du vice à la vertu, c'est-à-dire que lorsque le feu des désirs impurs vie.'it à s'amortir et à s'éteindre. La raison , encore une fois, est bien naturelle ; car le voluptueux se trouvant dans une espèce d'impuissaiice de croire et de se satisfaire, la vue d'un Dieu lo troublant dans son plaisir, et son plaisir étant contredit sans cesse par la vue d'un Dieu, il proîid enfin le parti de renoncer à l'un ponr se ni.dntenir dans la possession de l'autre, el de ne p!us ci'oirc ce Dieu qu'il regarde comme l'ennemi iriéconciliablc de son plaisir et de son désoidre.
C'est ainsi que le plus sage des princes, Sa!omoii, cet homme comblé de tous les dons du ciel, cet homme qui, depuis le cèdre jusqu'à riiysope, n'ignorait rien de tout ce qu'il y avait dans le monde dont il était l'oracle, en méconnut l'Auteur. 11 n'eut plus de peine à se prosterner devant des idoles de pierre, depuis qu'il eut adoré des idoles de chair ; et il perdit les plus belles lumières de son esprit, dès qu'il eut donné son cœur à d'infâmes créatures.
Sai:;t Augustin fait une réflexion bien ingénieuse touchant la différence du vrai Dieu et des faux dieux du paganisme, on, pour mieux dire, touchant l'aveuglement des païens à l'égard de leurs faux dieux, et notre aveuglement à l'égard du vrai Dieu que nous adorons : ceci convient parfaitement à mon sujet. Car en quoi, demande ce saint docteur, a consisté l'aveugle-
ment du paganisme ? le voici : c'est que les honunes, dans le paganisme, ayant fait euxmêmes leurs dieux, ils les ont faits .selon leur caprice, cl tels qu'ils les ont voidus ; et parce qu'ils craignaient que ces prétendus dieux ne fussent des juges trop sévèi'es, el (pi'ils ne condaumassent avec trop de rigueur les dérégleuKMits de leur vie, ils en ont fait des dieux passionnés, des dieux colères et emportés, des dieux sujets aux mômes crimes que nous, afin que chacun les pût conuneltre sans honte, et même avec honneur. Voilà jusqu'où la passion, parmi les nations païennes, a porté l'aveuglement : mais le Dieu des chréliens, poursuit ce Père, est bien d'une autre condition ; car n'ayant pas été fait par les mains des hommes, les hommes, avec tous leurs artifices, n'ont pu l'acconunoder à leurs sentiments ; et lui-môme ne s'étant pas fait ce qu'il est, mais étant saint par la nécessité de son ôlre, il était incapable de se conformer à leurs inclinations corrom[)ues. Que fait donc l'impudique ? Le connaissant tel, et dêscspcraui do Ip pouvoir changer, il le désavoue pour son Dieu ; et, au lieu de uonui. ac.o les erreurs de l idolâtrie et de la superstition, il s'abandonne à l'irréligion ; c'est-à-dire, au lieu d'allribuer h Dieu des choses indignes de Dieu, comme ceux qui présentaient de l'encens à un Jupiter incestueux, il efface de son esprit toutes les idées de la Divinité. Mais ce Dieu, qui par essence est la pureté même et qui ne peut en rien se démentir, aime mieux que lesTiommes ne le Cvonnaissent point, que de le connaître pour un Dieu fauteur de leurs passions honteuses. Non, non, dit-il dans l'Ecriture, je ne serai plus votre Dieu, et je me ferai même une gloire de cesser de l'être. Vous affecterez de ne me plus connaître, et j'affecterai de n'être plus connu de vous, puisque, dans l'état d'abomination où le péché vous a réduits, la connaissance que vous auriez encore de moi ne serait qu'un sui'croit d'outrage à ma sainteté ; mais aussi souvenez- vous que cet oubli doit mettre le comble à votre malice, et qu'il en sera, dès cette vie même, la plus terrible punition.
En effet, chrétiens, y a-t-il rien de si affreux dans les ténèbres de l'enfer que cet aveuglement ? L'enfer a des ténèbres, il est vrai ; mais la même foi qui me l'enseigne, m'apprend d'ailleurs que ce ne sont que des ténèbres extérieures : Mittite eum in tenebras exteriores * ; au lieu que les ténèbres d'une aveugle concupiscence sont des ténèbres renfermées, et, pour ainsi dire, concentrées dans l'homme, et aussi
' M&tth., :iz.i, 13.
SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA TROISIÈME SEMAINE
intimes?» l'homme que l'homme l'csl à lui-mômc. Les dt'^mons sont dans le sc^jour des oiiihres et de robsciirilé; mais ils sont oiix-môines remplis de clarté, car ils ne comprirent jamais mieux, ni ce que c'est que Dieu, dont ils res- Rentent la main vengeresse, ni ce que c'est que le j)échiS dont ils portent la peine éternelle, ni ce qu'ils sont eux- mômes, et pour quelle fin ils avaient été créés. Ils sont donc extérieurement investis de ténèbres, mais intérieurement pénétrés de lumières; et rimpudi(iuc, au contraire, est investi de lumières et pénétré de ténèbres ; il a hors de lui toutes les lumières de la foi, qu'il n'aurait qu'à consulter, et qui lui feraient voir la dignité de son ûme sanctifiée par le sacrement de Jésus-Cluist, l'opprobre du péché qui la déshonore et qui la souille, l'excellence de Dieu, à qui il doit se soumettre, et contre qui il se révolte; mais au dedans, ce n'est qu'une sombre nuit, et voilà pourquoi il ne voit rien. Ne faut-il donc pas conclure qu'il est encore dans de plus épaisses ténèbres que les réprouvas
mêmes ?
Allons plus loin. Le désordre qui règne dans l'enfer règne-t-il également dans l'impureté? Egalement, chrétiens, et d'autant plus que le désordre de l'enfer est nécessairement accompagné d'un ordre supérieur que la justice divine y a établi, puisque, dans la doctrine des Pères, l'enfer, tout enfer qu'il est, est le lieu destiné par la Providence, où Dieu, comme créateur de l'univers, rappelle toutes choses à l'ordre, punissant ce qui est punissable, et tirant de ses créatures rebelles les satislaclions qui lui sont dues; au lieu que le désordre de l'impureté est simplement un désordre, et rien de plus. De vous expliquer dans toute son étendue la nature de ce désordre, ce serait un discours infini. Saint Augustin le fait consister en ce que l'esprit de l'homme, qui, par un droit de supériorité naturelle, doit gouverner et régir le corps, se laisse au contraire gouverner lui-même par les sens. Ce qui n'arrive pas, dit-il, dans les autres vices, ni dans les autres passions, ou l'esprit au moins, s'il est vaincu, n'est vaincu que par soi-même, au lieu qu'il est ici vaincu par la chair. Ce sont les termes de ce saint docteur : In aliis quippe a(j'ectibus, auimusase ipso vincilur ; hic ciuti'm jnidet animum sibi resisli a corpore, quod ei inferiore natura subjectum est. Mais cette pensée est trop spirituelle pour exprimer le désordre d'un péché aussi grossier que celui-là. Saint Chrysostome nous en donne une idée plus sensible, lorsqu'il nous dit que le désordre de l'impureté dans riiouuiic est de porter l'houime 5 des excès
ou la sensualité même des bêtes ne se porte pas. Car il e.st certain que l'homme faisant servir sa raison, j'entends sa raison dépravée, à sa concupiscence, a inventé, pour se salislaire, des crimes que la seule concupiscence ne lui aurait jamais inspirés; et que comme il n'y a que l'homme entre les animaux capable d'èlre chaste par vertu et au-dessus des lois de la naUue, aussi n'y a-t-il que riionune ca|»al)lc d'être vicieux et emporté au-delà des bornes de la nature même. Ainsi saint Chrysostome le déflarait-il, dans l'exemple de ces villes abominables dont il est parlé au livre de la Genèse, et sur qui Dieu fit éclater l'ardeur de sa colère. Villes infortunées, dont l'exécrable péché eu a perverti tant d'autres I car combien Dieu n'en voit-il pas d'aus.si criminelles, peut-être jusques au milieu du christianisme ! et s'il ne les punit pas en faisant pleuvoir sur elles le soufi'c et le feu, combien de vengeances secrètes, mais encore plus terribles, n'exercc-t-il pas tous les jours sur ceux qui renouvellent de parcHIcs abominations ? N'est-ce pas ce que nous veut faire entendre saint Paul, quand il nous les représente abandonnés de Dieu, et livrés aux passions les plus honteuses? et quoique l'Apôtre n'ait pas fait difficulté de s'en expliquer ouvertement, oserais-je, tout nistre que je suis de l'Evangile, user ici mêmes expressions ? Je craindrais que, toutes consacrées qu'elles sont, elles ne blessassent voire pudeur; et plût à Dieu que le démon de la chair ne vous eût jamais ouvert les yeux pour comprendre ce que je ne puis dire, et qu'il fût toujours dangereux d'en parler, de peur d'apprendre aux chrétiens ce qu'ils ignorent ! Car malheur à moi si, sous prétexte de confondre les pécheurs, je scandalisais jamais une âme simple et innocente! Mais disons la vérité, chrétiens : où est aujourd'hui l'innocence et la simplicité ? Si l'on ne lait pas tout le mal, on veut le pouvoir et le savoir faire. Vous diriez que la nature ne soit pas assez corrompue, et qu'il faille y ajouter l'élude, pour se faire une science de ses désordres mêmes. Paraît-il un livre diabolique qui révèle ces mystères d'iniquité, c'est celui que l'on recherche, celui que l'on dévore avec tout l'empressement d'une avide curiosité. Que l'imagination eu soit infectée, qu'il fasse des impressions mortelles dans le cœur, que le venin qu'il inspire aille jusqu'à la partie de l'àme la plus saine, qui est la raison, il n'importe : c'est le livre ilu temps qu'il faut avoir lu, et cela sans égard au péril qui s'y rencontre; comme si l'on était sûr de la grâce, et qu'on eût fait un pacte avec Dieu, pour a> oir droit
SUR L'IMPUUETÉ.
de s*expo?,cr sans prt^soinption aux occasions les |)Iiis procliaiiios. Car celle-ci (je dis celle ciiriosilt" (Je savoir ce (pii doit faire horreur?» penser) csl luic lie ces lenlations (pie nulle excuse ne justilie, et dorit cepeudanl, avec loule la préteuilue riMbrnic dont on se pique, on ne peut presque gagner sur soi de se faire un point de conscience.
Mais achevons, s'il est possible, de développer ce que j'appelle désordre de l'impureté. Terlullien seud)le l'avoir conçu d'une manière plus figurée, cl par conséquent plus propre c\ un discours qui n'a pour but que votre édificalion. C'est dans le livre de la Chasteté, où j'avoue que ce grand homme, emporté par la force de son génie, parlait déjà en hérétique, mais en hérétique, reuîarquent ses commentateurs, qui ne l'était au moins que par un excès de zèle, et dont on ne peut nierciueleserrcursn'aicutété mêlées des plus saintes el des j)lus solides vérités.ll dit donc, et c'est une de ces vérités, que l'esprit impur a commeune liaison nécessaircavcc tous los vices, et que tous les vices sont, pour ainsi dire, à ses gages el à sa solde, toujours prêts à le servir pour le succès de ses détestables entreprises. C'est pour lui, par exemple, que l'homicide répand le sang humain, pour lui que la perfidie prépare des poisons, pour lui que la calomnie est ingénieuse à invenler, pour lui que l'injustice est toute-puissante quand il s'agit de solliciter, pour lui que l'avarice épargne, pour lui que la prodigalité dissipe, pour lui que le parjure trompe, pour lui que le sacrilège atlcnte sur ce qu'il y a de plus saint. Voilà, disait TertuUien, la pompe infernale que je m'imagine voir, quand je considère les tlémarches de cette dangereuse passion : Pompmn quamdam atque suggestumaspicio mœchiœ. L'impudicité est à la tête de tout cela, et tout cela lui fait escorte. Pensée qui s'accorde parfaitement avec celle du Fils de Dieu, lorsqu'il nous représente dans l'Evangile l'esprit impur, accompagné de sept autres esprits, ou aussi méchants ou encore plus méchants que mi, puisqu'il est certain que le démon d'impureté est presque toujours suivi du démon de vengeance, du démon de discorde, du démon d'impiété, du démon d'injustice, du démon de médisance, du démon de prodigalité, du démon d'effronterie et de licence. Et combien pourrais-je en joindre d'autres ? mais arrêtons-nous à ceux-là, pour vérifier, même à la lettre, la parole de Jésus-Christ : Et ussumit ieptem alios spiritus secum nequiores se.
Parlons sans figure. Avouons que ce péché est en effet le grand désordre du monde, puis-
qu'il attire après lui tous les autres désordres. Je dis que c'est pour lui que se répand le sang humain ; écoule/.-moi. D'où sont venues les guerres les [)lus cruelles el les |)lus fatales aux peuples, sinon d'une passion d'amour^ Une femme enlevée par un insensé fut l'élincelle qui excita les plus violents incendies, et qui cunsmna des nations entières. Parce qu'un homnu; était iinpudlipie, il fallut que des milliers d'hommes périssent par le fer et par le feu. Mais ne remontons point si haut pour avoir des preuves de cette vérité : notre siècle, ce siècle si malheureux, a bien de quoi nous en convaincre ; et Dieu n'a permis qu'il engendrât des monstres que pour nous forcer à en convenir. Nous les avons vus avec effroi, et tant d'événements tragiques nous ont appris, plus que nous ne voulions, ce qu'un commerce criminel peut produire, non plus dans les Etats, mais dans 1er familles, et dans les familles les plus honorables. L'empoisonnement était parmi nous un crime inouï ; l'enfer, pour l'inlérôt de celte passion, l'a rendu commun. On oait, aicuu i^ ooète, ce que peut une femme irritée ; mais on ne savait pas jusqu'à quel excès pouvait aller sa colère, et c'est ce que Dieu a voulu que nous connussions. En effet, ne vous fiez point à une libertine dominée par l'esprit de débauche : si vous traversez ses desseins, il n'y aura rien qu'elle n'entreprenne contre vous, les liens les plus sacrés de la nature ne l'arrêteront pas ; elle vous trahira, elle vous sacrifiera, elle vous innnolera. C'est par l'homicide, poursuivait TertuUien, que le concubinage se soutient, que l'adultère se délivre de l'importunité d'un rival, que l'incontinence du sexe étouffe sa honle, en étouffant le fruit de son péché.
Je dis que c'est pour ce péché qu'on devient profanateur. L'aurait-on cru, si la même Providence n'avait fait éclater de nos jours ce que la postérité ne pourra lire sans en frémir ; aurait-on cru, dis-je, que le sacrilège eût dû être l'assaisonnement d'une brutale passion ? que la profanation des choses saintes eût dû entrer dans les dissolutions d'un libertinage effréné ? que ce qu'il y a de plus vénérable dans la religion eût été employé à ce qu'il y a de plus corrompu dans la débauche ; et que l'homme, suivant la prédiction d'Isaïe, eût fait servir son Dieu même à ses plus infâmes voluptés: Venimtamen servire me fecisti in peccatis luis, etlahorem mh^ prœbuisti in iniqidtatibus tuis i .^Disons des choses moinsaffreuses, et que celles-là demeurent, s'il est possible, ensevelies dans un éternel oubli. Je
■ Isa., xLUi, 24.
SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA TilOlSlLME SEMAINE.
dis que c'est l'esprit impur qui entretient les dissensions et les querelles d'une ville, d'un (jiKulicr. Vous le savez, trois ou quatre femmes décriées et céli'bres par l'Iiisloirc de leur vie en font presqiip immanquablement toute rintrip:ue : et de là naissent les inimitiés de ceux qui les fréquentent, de là les emportements de ceux qui s'en croient méprisés, de là les haines irréconciliables entre elles-mêmes, de là les discordes domesliciues, les furies d'un mari à qui celte plaie une fois ouverte ne laisse plus que des aigreurs, et le ressentiment le plus profond et le plus amer. Je dis que c'est l'impureté qui rend la calonmie ingénieuse àfonnerdes accusations et à suborner des témoins : la mémoire n'eu est que trop récente. Du moins, n'est-ce pas de celle source empoisonnée que viennent les plus sanalantcs railleries, les médisances atroces, les libelles injurieux et diffamiiloires, mille autres atlentals contre la répulalion du prochain et contre la charité ?Je disque c'est cette passion qui rend l'injustice toute-puissante dans les sollicilations; et l'usage qu^ vous avez du mondn vouo poiniet-il d'en douter ? On sait que ce magistrat est gouverné parcelle femme, et l'on sait bien au même temps le moyen d'intéresser celle femme et de la gagner ; c'est assez : "gravée cela il n'y a point de bon droit (jui ne jiiiccombe, point de chicane qui ne réussisse, point de violence et de supercherie qui ne l'emporte. Condjien de juges ont été pervertis par le sacrifice d'une chasteté livrée et abandoimée, et pour cond)ien de malheureuses la nécessité de solliciter un juge impudique n'a-t-ellepas été un piège et une tentation ? Je dis que c'est ce vice qui désole les maisons, et qui en dissipe tous les biens : n'en avez-vous pas vu cent exemples ? heureux si vous n'en avez pas fail l'épreuve, ou par votre propre péché, ou p;ir le péché d'aulrui ! Le désordre ancien et commun était de voir avec compassion un insensé, sous le nom d'amant prodigue, et prodigue jusqu'à l'extravagance, contenter l'avarice ctenlietenir le luxe d'une mondaine qu'il idolâtrait ; mais le désordre du temps est de voir au con- Iraire une femme perdue d'honneur aussi bien que de conscience, par un renversement auli i fois inouï, faire les avanceset les frais, s'épuiser, s'oudelter, se ruiner, pour un mondain à qui elle est asservie, dont elle essuie tous les caprices, qui n'a pour elle que des hauteurs, et qui ordonne de tout chez elle en maitre. L'indiguilé est que ccdésorc're s'établit de telle sorte, qu'on s'y accû'Jtume^ le domestique s'y fail, on obcil à cet étranger, ses ordics sont respectés et suivis, parce
qu'on s'aperçoit de l'ascendaid que son crime lui donne, tandis «jue celle-ci, negardanl plus de mesures, et libre du respect humain dont elle a secoué le joug, se fait une vanilé de ne ménager rien, et un plaisirde sacrifier loul, pour se piquer du ridicule avantage et de la folle gloire de bien aimer»
Ne vous offensez pas, Mesdames ; et quand il y aurait de l'imprudence à pousser trop loin ces reproches, souffrez qu'à l'exemple de saint Paul, je vous conjure de la sup|)orlcr : Utinam sustineretis modicum quid insipientiœ meœ, sed et supportate me K Dieu, témoin de mes intentions, sait avec quel respect pour vos personnes, et avec quel zèle pour votre salut, je parle aujourd'hui ; mais Dieu a ses vues, et il faut espérer que sa parole ne sera pas toujours sans efTet. C'est de vous, Mesdames (le savez-vous, et jamais y avez-vous bien pensé devant Dieu ? ), c'est de vous que dépend la sainteté et la réformation du christianisme ; et si vous étiez toutes aussi chrétiennes que vous devez l'être, le monde, par une bienheureuse nécessité, deviendrait chrétien. Le désordre qui m'alflige est que l'on prétend maintenant, et peut-être avec justice, vous rendre responsables de ce débordement de mœurs que nous voyons croître de jour en jour : et que l'on n'en accuse plus simplement vos lâchetés, vos complaisances, vos faiblesses; mais qu'on l'impute à vos arlilices et à la dépravation de vos cœurs. N'est-il pas étonnant qu'au lieu de cette modestie et de celle régularité que Dieu vous avait données en partage, et que le vice même respectait en vous, il y en ait parmi vous d'assez endurcies pour alfecler de se distinguer par un enjouement et une liberté, à quoi tant d'âmes se laissent prendre comme à l'appât le plus corrupteur ? L'excès du désordre, c'est que toules les bienséances qui servaient autrefois de rempart à la pureté soient aujourd'hui bannies comme incommodes. Cent choses qui passaient pour scandaleuses, et quiauraieut suffi pour rendre suspecte la vertu même, ne sont plus de nulle conséquence. La coutume et le bel air du monde les autorise, tandis que le démon d'impureténe sait que trop s'en prévaloir. Le comble du désordre, c'est que les devoirs, je dis les devoirs les plus généraux et les plus inviolables chez les païens mêmes, soient maintetenant des sujets de lisée. Un mari sensible au déshonneur de sa maison est le personnage que l'on joue sur le Ihéâlre, une femme adroite à le tromper est riiéroiue que l'on y produit ; des speclacles où l'impudence lève le masque, et
) Il Cor., 3U, 1.
SLU i;i.Ml»LKEiÉ.
qui corrompent plus do cœurs que jamais les prôdicalems de l'Evangile nVn convoi tiioiit, sont ceux auxquels on applaudit. AssujoHissemcnt, dô|)endaiice, alt.u'IuMiient à sa condition, tout cela est rcpréscnlé comme une [cspôce de tyrannie dont le savoir-faire doit allranchir. C'est ce (lu'on ne se lasse point d'entendre, et tel (jui, par sa triste destinée, y a le plus d'intérêt, est le |)remier i\ s'en divertir. Imaginezvous d'ailleurs un mari qui, pourvu par le don de Dieu d'une femme i)ruilenlc et accomplie, ne laisse pas de s'enléter d'une passion bizarre ; aime par obstination ce qui souvent n'est point aimable, et ne peut aimer par raison ce qui mérite tout son amour ; ne se rebute de ce qui lui est permis que parce qu'il lui est permis, et ne s'altaebe avec ardeur à ce qui lui est défendu que parce qu'il lui est défendu; traite avec dureté et avec rigueur ce qui devrait être l'objet de sa tendresse, et adore opiniàlrémenl ce qui est la cause visible de tous ses malheurs. Voilà caque l'appelle désordres; et combien encore yen a-t-il d'autres que je passe, et que je ne puis marquer ?
Cependant, i\ l'aveuglement et au désordre, l'impureté ajoute encore l'esclavage, troisième trait de ressemblance dans l'impudique avec l'état des réprouvés dans l'enfer. Car il n'y a point de péché rjui rende l'homme plus esclave du démon. Dans les autres péchés, dit saint Grégoire, pape, l'esprit de ténèbres nous attaque comme un ennemi, il nous sollicite comme un tentateur, il nous surprend comme un séducteur ; mais dans celui-ci, il nous domine comme un tyran. S'il nous corrompt, poursuitce Père , par une autre passion, malgré sa victoire il est toujours dans la défiance, il craint toujours quelque changement, et que la grâce ne lui arrache sa proie ; mais s'il nous a fait tomber dans une impureté, s'il nous a engagé dans un commerce criminel, c'est alors le fort armé de l'Evangile ; il lient une âme dans ses filels, il est sur de sa conquèle, et il s'en croit paisible possesseur : In pace sunt ea quœ possidet '. Pourq^îoi, demande saint Augustin, suscitait-il dans lr>: premiers siècles de l'Eglise tant de persécutions contre les chréliens ? Ah ! répond ce saint doclcur, c'est que les chrétiens vivaient dans um entière pureté de mœurs, c'est qu'ils étaient chasles par état, et par conséquent affranchis de ta domination du péché. Comme donc le démon ne pouvait s'en rendre maître par l'amoiu- du plaisir, il tâchait de les vaincre par l'horreur des supplices; mais depuis qu'il a
trouvé moyen de s'introduire dans ic christianisme par les voluptés sensuelles, toutes les persécutions ont cessé. Car celle voie lui a para bien |)lus courte et i)lus assurée. En exerrant sa cruauté contre les martyrs, il lourHicnlail les corps, mais les Ames étaient perdues pour lui ; au fieii (pie l'impureté lui assujcHil. sans cniision de sang, et les âmes et les corps. Et je puis bien dire ici ce (pie disait saint Hilaire à l'empereur Constance, lorsque, pai-dcs flatteries dangereuses, il tentait et il ébranlait les fidèles : IMût à Dieu que nous eussions vécu au temps des persécuteurs ! nous devons beaucoup aux premiers Césars, puisque c'est par eux que nous avons triomphé de l'enfer: Plus audelilati debemus, quia diabolum vicimus. Mais maintenant nous combattons avec un ennemi d'autant plus à craindre quil le parait moins. 11 ne déchire pas la chair, mais il la flatte ; No7i dorsa cœdit, sed membra palpat.En nous persécutant, il nous donnerait la vie ; mais il nous chatouille pour nous donner la mort : Non proscribit ad vitum, scd titillât in mortem. En nous confinant dans une prison, il nous donnerau la iibo^t-j, mais il nous retient dans son palais, pour nous réduire en servitude : Non tradit carceri in libertatem, sed intrapalatium retinet in servitutem.
Ainsi parlait ce saint évoque. El voilà le triste état où saint Augustin gémit si longtemps, et sur quoi il se faisait de si sensibles reproches. Ce grand homme, avant sa conversion, sans être encore touché des puissants motifs qui, dans la suite, le ramenèrent à son devoir, soupirait néanmoins de se voir esclave de sa passion. Il ne voulait pas encore être à Dieu ; mais au moins eùt-il voulu être à lui-même. Eh quoi ! Augustin, se disait-il, scras-tu donc toujours maîtrisé par une aveugle concupiscence, et dominé par les sens ? demcureras-tu toujours plongé dans d'infâmes plaisirs ? après avoir goûté les délices de l'esprit, suivras-tu toujours les appétits du corps? Encore, si tu conservais quelque empire sur ta cupidité ! mais que la chair te gouverne, que dans les plus nobles exercices de ton àine elle vienne te gourmander par un sentiment brutal, qu'elle ne le donne aucune trêve ni aucun relâche, et que tu sois toujours prêt à lui obéir : ah ! c'est porter dans toi-même un enfer, puisque c'est y porter un démon qui sans cesse te tait éprouver sa plus impérieuse et sa plus cruelle tyrannie.
De là naît le ver de la conscience et le trouble : quatrième et dernier rapport de l'impudique avec les réprouvés au milieu des flammes qui les brûlent. Car l'homme sensuel et volup-
dermon pour le dimanche de la troisième semaine.
tuciix veut se satisfaire, et cherche un certain ropos, qu'il croit se i)ouv()ir procurer en suivant ces désirs criniiueis ; mais, par un orclre tout contraire de la Providence, c'est en suivant ses désirs criminels qu'il perd le repos, et qu'il se met dans l'impuissance de le trouver : Quœrem requiem, et non invetiit •. D'où pourrait-il l'espérer ? du côté de Dieu, son créateur et le juge de ses actions et de sa vie ? du côlé de la créature dont il est adorateur, de cet objet malheureux de son allachement et de sa passion ? Or l'un et l'autre, s'il raisonne bien, et même quand il raisonnerait mal, lui devient une source d'inquiétudes, de chagrins, de remords, de désespoirs. Encore un moment de réflexion, et je conclus cette première partie.
Trouble du côlé de Dieu, que l'impudique envisage comme le juge de ses actions et de sa \ie. Car prenez garde, s'il vous plaît : tout péché, par la raison générale qu'il est péché, met entre Dieu et le pécheur, tant qu'il est pécheur, une division, une guerre h-réconciliable. Par conséaup'^t' ;i ad i.«|.u33iiJie que le pécheur, du "moment qu'il se révolte contre Dieu, ne perde pas la paix : Quis restitit ei, et pacem hahuU 2 ? Mais il faut avouer que cela môme convient encore singulièrement et plus proprement au péché de la chair : |)Ourquoi ? saint Chrysostome nous en donne la raison, et l'expérience la confirme : parce qu'il n'y a point de péché, dit ce Père, que l'homme soit d'abord plus déterminé à se reprocher, point de péché où il lui soit plus difficile de se daller, et de se former une fausse conscience ; point de péché dont la confusion et la honte lui soit plus naturelle, et où le prétexte de l'erreur et de l'ignorance ait moins de lieu : donc point de péché que le remords suive de plus près, et qui, de sa nature, soit plus incompatible avec le repos et la tranquillité de l'âme : Quœrens requiem, et non invenit 3.
Dans les autres péchés, ajoute saint Chrysostome, à force de se préoccuper, on croit, en péchant même, avoir raison ; et par là on s'affranchit au moins du trouble présent que cause le péché, quand il est commis avec une conviction actuelle de sa malice. Ainsi la haine, ainsi l'ambilion, l'avarice portent-elles tous les jours l'homme à des excès qui le rendent criminel devant Dieu, mais qui, dans lui-même, ne l'empêchent pas de jouir d'un calme profond. Comme ce sont des péchés plus intérieurs, l'amourpropre sait non-soulement les déguiser, mais les justifier, jusqu'à les faire paraître honnêtes ; et de là souvent on est rempli d'orgueil, on fait
> Matth,, xu, 34. — ' Job , ix, 4. — 3 Matth., xii, M,
tort au prochain, on blesse la charité et la justice sans aucun scrupule : pounjuoi ? parce qu'on n'en convient pas avec soi-même, et qu'il est rare qu'en tout cela on se juge dans langueur. Tel est, dit saint Chrysostome, le caraclc4C des péchés de l'esprit.
Il n'y a (lue le péché de la chair où l'homme, pour peu qu'il ait de religion, ne trouvant nulle défense et nulle excuse, est obligé malgré lui de se condamner. Car ce péché est trop grossier pour servir de sujet aux illusions d'une conscience erronée ; et l'àme, par un reste d'intégrité que ce péché ne délruit pas dans l'instant qu'elle y tombe, est forcée de se reconnaître coupable, (le prononcer elle-même son arrêt, et commence déjà à l'exécuter par les horreurs d'une réprobation éternelle dont elle est saisie. A peine donc l'impudique a-t-il goûté le fruit de son incontinence, qu'il en éprouve l'amertume ; à peine a-t-il accordé à ses sens ce que la loi de Dieu lui défend, qu'il demeure interdit, confus, livré, comme Gain, à son propre péché, qui devient son supplice et son tourment. Il semble que le premiei- rayon de la foi qui l'éclaire,aille à lui en découvrir l'énormité et la difformité, pour lui en ôtcr le plaisir. Tandis qu'il croit un Dieu vengeur des crimes, voilà son état: Quœrens requiem, et non invenit.
Je sais, et je l'ai dit, qu'à mesure qu'il se dérègle, il voudrait bien secouer le joug de cette foi qui l'importune, et qu'un des effets les plus naturels de la cupidité qui l'aveugle, est d'affaiblir dans son es[)rit la créance des vérités qui le troublent, et qui, en le troublant, le contiennent dans le devoir. Mais s'il se délivre par là du trouble salutaire de la pénitence, ce n'est que pour tomber dans un autre encore plus triste et plus affreux ; je dis celui d'un esprit emporté parla passion et chancelant dans la religion; car, ou le démon de l'impureté qui le possède l'a rendu absolument infidèle, ou non : c'est-à-dire, ou, malgré sou désordre, il a encore quelque respect pour les oracles de la parole de Dieu, ou il n'en a plus : or, s'il en a, comment peut-il les écouler et ne pas Ireaibler f et s'il n'en a plus, quelle assurance du rtùie peut-il avoir en n'écoutant que lui-même.
En effet, s'il cesse d'être chrétien, dans quelift autre misèrene tombc-t-il pas, exposé, non pius aux alarmes que lui cause sa foi, mais aux incertitudes cruelles où le jelle son infidélité même f Car celle infidélité ne l'assurant de rien, et lui faisant hasarder tout, de quel secours lui peutelle être pour trouver la paix ? au défaut de la foi qu'il a rejelée, quels témoignages son âme.
SUR L'IMPURETE.
CcHc Ame nnlmvlloinrnt clinHicnno, ne porte-tîlle pas coiiliv lui, pour le (IcH^oiicviUm', |)Oiir le désolei- jtiscpuMlaiissoii libcrliiia^t" ?(pi('ls('onibafs, qiiols icloms S(>cn*ls iia-l-il pas;\ soiileuir, quelles dilliciillés îi sunnontcr ? quels doulos i\ résoudre ? et dans ces aj;ilalions et ces embarras, où est le prcHeiidu bonlieiu' qu'il se proliietlait ? Quart'tis rt'quii'm, etnoni)iveiiit.
Troid)le encore plus sensible du cùlé de l'objet qu'il adore : ne le voyons-nous pas tous les jours ; et en l'audrait-il davanlage que ce que nous voyons, pour apprendre i\ nous préserver d'une pareille maladie' Soit qu'on la considère dans sa naissance, soit qu'on la suive dans ses progrès, soit qu'on en juge par l'issue, n'est-cUe pas. de tous les maux sans exception, le plus inquiet ? Dans sa naissance : car quel tourment, parexem|)le, est comparable à celui d'un esprit blessé qui aime, el (pii s'apeiçoil (pi'il n'est pas aimé ; qui veut plaire, et (|ui pour cela même déplaît; qui conçoit des désirs ardents, et qui ne trouve que des froideurs ; qui s'épuise en services et en soins, et qui n'est payé que de rebuts ? Cette passion ridicule et bizarre, mais opiniâtre, quelque force qu'il ait d'ailleurs, n'est-ce pas ce qui le dessèche, ce qui le mine, ce qui le fait misérablement el inutilement languir ; et de quelque bon sens que Dieu l'ait pourvu, n'est-ce pas ce qui l'infatué, ce qui pousse sa raison à bout, ce qui le met dans l'impuissance de s'en aider ? En sorte que, tout persuadé et tout convaincu qu'il est de sa folie, il ne peut la vaincre ni s'en défaire : d'autant plus malheureusement ensorcelé, pour ainsi dire, qu'il ne l'est qu'à ses dépens ; tandis que les autres, peu touchés de ce qu'il endure, ou en raillent, ou eu ont pitié.
Voilà, si l'on ne répond pas à sa passion, quelle est sa déplorable destinée. Mais quand on y répondrait, quelles inquiétudes et quelles craintes qu'on n'y réponde pas également, qu'on n'y réponde pas sincèrement, qu'on n'y réponde pas constamment ! Qu'on n'y réponde pas également : car où trouver un retour parfait, et lors même qu'il se trouve, où sont ceux qui, pour leur repos, veulent s'en tenir assurés ? en aimant, est-on jamais content de la personne qu'on aime? Qu'on n'y réponde pas sincèrement: car dans ce commerce d'amitiés mondaines, et par conséquent impures, combien de faussesapparences? combien de dissimulations ? combien de tromperies, de ruses, surtout quand l'ambition ou l'intérêt engage l'une à jouer tel personnage ? et pour peu que l'autre soit éclairé, combien de soupçons justes et légitimes, mais
affligeants et désolants, doivent lui déchirer l'Ami' et le consumer ?
Je (lis plus, et dans la suite de cette m^me passion (jue ne laut-il |)as essuyer ? Ou celle dont on a fait son idole est vaine et indiscrète, ou elle est fièrc et orgueilleuse, on elle est capricieuse et inégale, ou elle est légère et inconstante. Or, à quelles épreuves, à quelles bassesses, à quelles misères n'est-on pas alors réduit? Que la passion, comme il arrive presque immanquablement, se tourne en jalousie : quel enfer ! Dieu peut-il nneux se venger d'un impudique qu'en le laissant venir là î Du moment que la jalousie s'est emparée de son cœur, lui faut-il un autre bourreau que luimôme, pour le mettre à la torture et à la gène ? Que de veilles qui le fatiguent, qui l'accablent ! que de tristes et d'affreuses nuils, toujours occupé qu'il est à combattre des fantômes, et à se remplir de fiel et de venin contre des rivaux peut-èlre imaginaires ? Mais si sa curiosité lui «iv.oiivrft fia effet ce qu'il craignait de voir, quoiqu'il le chercnai avco ta«t ii'ûr«l^v^icc;f>mell^; et tant de vigilance, quels dépits et quelles fureurs ! et quelle image plus naturelle pourraisjc vous en donner que les pleurs des damnés et leurs grincements de dents : Fletus et stridor dentiiim ^ ? EnVm, quelle issue et quel dénoûment ordinaire ont ces criminelles intrigues ? La seule vue de l'avenir n'est-elle pas une peine continuelle et toujours présente, quand on se dit à soi-même, et qu'on se le dit avec assurance : Cette passion finira ; et le succès le moins fâcheux que j'en puisse attendre, c'est qu'elle finira par quelque chose de désagréable ; c'est-à-dire, qu'elle s'usera et se changera en dégoût : mais ce que j'en dois plus craindre, c'est qu'elle finira peut-être par quelque chose de douloureux, par une infidélité qui me désespérera, par une ingratitude qui me consternera, par un mépris qui m'outragera, par une ignominie qui me comblera de confusion, qui me meltra hors d'étatde paraître dans le monde dont je serai la fable, qui m'en bannira pour jamais: c'est qu'elle finira sans moi et malgré moi, avant que de finir en moi ; et qu'elle ne subsistera dans moi que pour me rendre la vie insupportable, et pour me faire goûter par avance toutes les horreurs de la mort. Ah ! mon Dieu, nous ne le comprenions pas ; mais il est vrai que vous ne châtiez jamais plus rigoureusement le pécheur, qu'en le livrant à ses appétits déréglés. Il croit y trouver sa félicité, et il y trouve une réprobation anticipée. Achevons. Impureté, si-
'Mattli.,xiii, 13.
SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA TROISIÈME SEMAINE
gne (le la réprobation, c'a été la première partie. Impureté, principe de la réprobation, c'est la seconde.