‹ Œuvres complètesChapitre 104 sur 183 · SUR LE ZÈLE · texte numérisé non relu

SUR LE ZÈLE

ANALYSE

SojET. Jésus-Christ dit aux pharisiens : Sans doute que vous m'appliquerex ee proverbe : Médecin, guérissex-vous vovymême.

Autant que ce reproche était Taible contre Jésus-Christ, autant aurait-il de force contre nous, si nous voulions nous l'appliquer. Car ne puis-je pas bien vous dire dans le même sens : Chrétiens, n'ayez point tant de zèle pour les autres, que vous n'en ayeî encore plus pour vous-mêmes ; ou plutôt mesurez le zèle que vous avez pour les autres, sur le zèle que vous devez avoir pour vous-mêmes ? Telle est la solide leçon que je viens vous faire dans ce discours.

Division. C'est le lèle quenous aurons pour nous-mêmes et pour notre propre perfection, qui doit autoriser notre zèle poar le prochain : première partie. Rectilier notre zèle pour le prochain : ileuxioine partie. Adoucir notre zèle pour le prochain : troisième partie.

Pkkmière partie. C'est le zèle que nous aurons pour nous-mêmes et pour notre propre perfection, qui doit autoriser notre lèlepour le prochain. Ce zèle et ce soin de nous réformer nous-mêmes est le premier de nos devoirs : si donc nous tournoni uniquement notre zèle vers le prochain, c'est un zèle chimérique et fau.K. 1" Zèle alors sans autorité de la part de celui qui l'exerce; 2" zèle sans effet de la part de ceux envers qui on l'exerce.

1° Zèle sans autorité de la part de celui qui l'exerce : pourquoi ? c'est qu'il n'y a que le bon exemple que l'on donne, et le témoignage qu'on se rend d'avoir commencé par soi-tnême, qui puisse autoriser une entreprise aussi délicate que celle de réformer les autres. Vous vous inquiétez de mille choses que vous prétendez être des abus et des injustices ; mais on vous répond que vous avez mauvaise grâce de parier si haut contre des désordres étrangers, et de ne pas corriger certains désordres qu'on remarque dans votre conduite, et que vous y pourriez remarquer. Pourquoi voyes-vous une paille dans l'œil de votre frère disait le Fils de Dieu, tandis que vous n'aperceves pas une poutre dans le vôtre ? Aussi trouva-t-il mauvais que les pharisiens osassent accuser devant lui cette femme surprise en adultère. Et pour les confondre, il se contenta de leur dire : Qu* celui de vous qui est sans péché jette la première pierre contre elle. Argument plausible et convaincant dont ils se sentirent •i vivement pressés, qu'ils se retirèrent sans rien répliquer.

Mais qu'y a-t-il néanmoins de plus commun dans le monde que ce zèle pharisaïque, qui consiste à être régulier pour les autres, et sans régularité pour soi-même ? On peut bien appliquer à ces censeurs si zélés ce que Jésus-Christ dit à ces femmes de Jérusalem : Ne pleurez point sur moi, mais sur vous-mêmes. Saint Paul avait peine à comprendre comment celui qui n'a pas soin de sa maison, pouvait prendre soin de l'Eglise de Dieu : mais jamais l'Eglise n'eut tant de sortes de réformateurs. Je sais quel était le zèle des saints ; je sais combien David et après lui saint Bernard étaient touchés des désordres qu'ils voyaient, et en quels termes ils s'en expliquaient. Mais faisons ce qu'ils ont fait, et nous aurons droit de dire ce qu'ils ont dit.

2" Zèle sans effet de la part de celui envers qui on l'exerce. Car comme nous n'aimons pas à être corrigés, nous nous attachons à examiner ceux qui voudraient, sous une apparence de zèle, prendre l'ascendant sur nous ; et le moindre faible que nous y découvrons nous sert de prétexte pour éluder leurs remontrances. De la vient que ceux qui par office sont chargés de répon* dre des autres et de les conduire, ont une obligation spéciale de travailler d'abord à se réformer eux-mêmes. De là vient que l'Apôtre, parlant des pasteurs des âmes, veut qu'ils soient irrépréhensibles. Non pas qu'on ne dut toujours leur obéir, quand même ils seraient moins réglés, puisque leur caractère est indépendant du mérite de leur vie ; mais le commun des hommes n'est ni assez spirituel, ni assez équitable pour faire cette précision. Que ne peut point, pour la gloire de Dieu et pour le bien du prochain, un homme exemplaire et sans reproche ? Mais qu'un père violent fasse à son fils des leçons de modération, qu'une mère évaporée et mondaine prêche à sa fille la retraite, quel succès en peut-on attendre ?

Deuxième partie. C'est le zèle que nous aurons pour nous-mêmes et pour notre perfection, qui doit rectifier notre zèle pour le prochain ; 1° par rapport à notre raison, parce qu'il se paut faire que ce ne soit pas un aèle selon la science ; 2° par rapport k notre cœur, car il arrive souvent que ce n'est pas un zèle selon la charité.

1° Par rapport à notre raison. Souvent notre zèle n'est qu'un zèle erroné, un zèle bizarre, un zèle borné. Zèle erroné : tel a été celui de tant d'hérétiques, qui ont voulu réformer l'Eglise. S'ils avaient eu au même temps un autre zèle, je veux dire le lèle de leur propre sanctification, et s'ils s'ét lient d'abord appliqués à réformer leur orgueil et leur opiniâtreté, la passion ne

ee qu on a jugé bon et saint, on veut qu'il soit bon et saint pour toutes sortes de personnes ; et hors du plan de réforme qu'on a conçu, tout paraît désordre et relâchement. Mais Dieu n'a-t-il point d'autres idées du bien que celles que vous proposez ? Il aurait (allu de bonne heure vous élever l'esprit, et vous faire une plus grande âme, une âme capable d'estimer le bien partout ou il est, et de quelque part qu'il vienne.

2* Par rapport à notre cœur. Souvent nous prenons pour zèle ce qui est chagrin, inquiétuie, intrigue, envie, ambition, intérêt. Mais qu un homme se soit, avant toutes choses, étudié lui-même pour connaître les plus secrets mouvements de son cœur, et qu 11 se soit fait de saintes violences pour les régler, alors il sera en état de distiugaer quel esprit l'anime danssonzèie, et de le réduire aux termes de h raison et de l'équité.

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