‹ Œuvres complètesChapitre 105 sur 183 · B. — TOM. I. «A · texte numérisé non relu

B. — TOM. I. «A

SERMOX Pnim T.R LTTNDT DE L\ TROISH^IME SEMAINE.

TfiOisiftME PARTIE. C'csl liî zMe nue nous aurons pour nous et pour notre propre perfection, qui doit adoucir notre •èlf |iour le prochain. Le lùle, s'il n'est tem|)éri5, nous porte b une sévérité outrée ; sévi'ritéquc le Sauveur <Ju mon le condamna dan> ces deux disciples qui lui ucmanderent qu'il Ht descendre le feu du ciel sur lt>g Samaritains. L'Apôtre et tous les hommes aposioliciues ont donc cru devoir humaniser leur zèle, et lui donner un certain attrait d'oii dépend son efllcace el sa force. Or, je l'ai dit, le correctif infaillible ei sûr d'un zèle trop impétueux et trop vif pour les autres, est le zèle qu'on doit avoir pour soi-même.

Car un liomme zélé pour soi-mëuie. quelque l>ien qu'il envisage hors du soi, a toujours en vue de ne perdre jamais la charité. Or la charité n toutes les qualités i|ui itruvent modérer et adoucir notre zèle ii IV-^inl du prochain. Le zèle pour le pruchain est naliiri'llement impatient: on en voudrait voir d'ahonl le succès; mais la charité est patiente, surtout quand on considère avec quelle patience le Dieu de la charité en use lui-mrme à notre égard.

Comme notre zèle est impatient, il devient dur, fâcheux, niorljfiant, plein d'amertume. De vous dire que le zèle du Sauveut du momie n'a jioint été de celte nature, et que c'est par un zèle tout dilléient (|u'il a ga(,'né les cœurs, ce serait une «spèce d« déiiR>n>tralinn dont ii n'y a personne qui ne dut tire touché. Mais laissant toute autre preuve, je m'en tiens au même principe: car la charité est douce, surtout quand on jicnse avec quelle douceur nous voulons qu'on nous traite nous-mêmes, quelle est la faihiesse des malades dont nous entreprenons la guérison, et qu'un zèle enfin sans condescendance et sans ménagement ne sert qu'il leur donner horreur du remède, et qu'il les rebuter.

Celte charité demande bien des réflexions, et un grand empire sur soi-même; j en conviens : mais souvenez-vous qu'il s'agit du salut de votre frère. Allumez, Seigneur, dans nos cœurs ce feu divin, ce saint zèle dont brûlait votre prophète, et doDtvous avez brûlé vous-même sur la terre

DiTt/ Jésus pharisetis : Ulique dicttis mihi hane timilitudinem ; Mfdice, cura teiptum.

.Ii'sus-Christdit aux pharisiens: Sans doute que vous m'appliquerez ce proverbe .- Médecin, guérissez-vous vous-même. (Saint Imc, chap. IV, 23.)

Ce ne fut point par une simple conjecture de la disposition des pharisiens et de la malif^nité de leurs cœurs à son égard, que le Fils de Dieu leur parla de la sorte , ce fut, dit saint Chrysostome, par un esprit de prophf^lie, et par une \iie anticipée de ce qui lui devait arriver dans ea passion, puisque en effet les pharisiens le voyant sur la croix, lui reprochèrent qu'il avait sauvé les autres, et qu'il ne pouvait se sauver lui-même. Reproche que ce divin Sauveur avait bien prévu qu'on lui ferait un jour, mais à quoi, par avance, répondaient bien les miracles qu'il opérait dans la Judée et dans la Galilée ; reproche qui ne lui pouvait ôtre fait que par un esprit d'infidélité ; et reproche enfin qui se détruisait de lui-môme, puisqu'il n'avait point d'autre fondement que l'envie et l'opiniâtreté des pharisiens. Mais ne pouvons-nous pas dire qu'autant que ce reproche était faible contre Jésus- Christ, autant aurait-il de force contre nous si nous voulions aujourd'hui nous l'appliquer, ou s'il fallait nous en défendre ? C'est ce qui m'engage, mes chers auditeurs, à prendre pour sujet de ce discours ce qui contient en effet tout le mystère de notre Evangile, savoir, cette parabole autrefois en usage parmi les juifs : Medice, cura teivsiim ; Médecin, guérissez- vous vous-même. C'est ce qui me donne lieu de vous dire dans les môiues termes, du moins dans le môme sens : chrétiens, pen.scz à vousmêmes, corrigez-vous vous-mêmes, n'ayez point tant (le zèle pour les autres, que vous n'en ayez encore plus pour vous-mêmes ; ou plutôt mestii'ez le zèle que vous avez pour les au 1res sur le zèle que vous devez avoir pour vous-mêmes, et

de celui-ci tirez des conséquences pour celui-là. Telle est la solide leçon que je viens vous faire, après que nous aurons demandé le secours du Ciel par l'intercession de Marie : Ave, Maria.

Il n'est rien de plus sublime, ni môme de plus héroïque, dans l'ordre des vertus chrétiennes, que le zèle du salut et de la perfection du prochain. Car ce zèle, dans la pensée du docteur angélique saint Thomas, est une expression de l'amour divin ; c'est ce que la charité a de plus pur et de plus exquis ; c'est ce qui a fait le caractère des hommes apostoliques ; c'est le don qu'ont eu les prophètes, et l'esprit qui anime les prédicateurs de l'Evangile ; enfin, c'est dans cette vie le coiu*onnement et la consommation de la sainteté. Aussi, quand l'Ecriture parle des apôtres, elle nous les représente comme de brillantes étoiles dans le firmament de l'Eglise, c'est-à-dire comme des lumières en qui Dieu se plaît h faire éclater toutes les richesses de sa grâce. Cependant, chrétiens, quelque excellence et quelque prérogative que je découvre dans ce zèle de la perfection des autres, il m'est évident, et voici tout mon dessein, (lu'il doit être soutenu et autorisé, qu'il doit ôtre épuré et réglé, qu'il doit ôtre adouci et modéré, par le zèle de notre perfection propre. Soutenu et autorisé, paice que sans cela il est vain et sans effet ; épuré et réglé, parce que sans cela il est défectueux et faux ; adouci et modéré, parce que sans cela il est odieux et rebutant.

Tâchez, s'il vous plaît, chrétiens, à bien entrer dans ces trois pensées. Rien de plus grand que le zèle du salut et de la perfection du prochain ; mais ce zèle, tout grand qu'il est, en le regardant du côté de Dieu qui l'inspire, peut être, à le prendre du côté de l'homme qui le pratique, faible dans son sujet, vicieux dans

SUR LE 7ÈLF.

Ba substance, extrême dans son action. Il peut filic faililo dans son sujet, parce qu'on ne pense pas avant tontes etioses ^ l'appuyer sur un solide fondement. Il peut fttre vicieux dans sa subsl luce, parce (pi'on n'a pas soin d'en faire un juste discernement. Il peul iMre exlrùme dans son action, parce qu'on n'y mule pas ce qui en doit faire le saçe adoucissement. Or, d'où dépend ce fondement solide qui doit soutenir notre zèle, ce juste discernement i\\\\ doit régler notre zèle, ce sage adoucissemenl qui doit modérer notre zèle ? ilu soin que nous apporterons à nous corriger d'abord nous-mêmes, et h nous perleclionner. Car c'est ce zèle de nous-mêmes et pour nous-mêmes qui autorisera notre zèle pour le prochain, qui rectifiera notre zèle pour le prochain, enfin qn\ adoucira notre zèle pour le prochain Voilà en trois mots les trois parties de ce discours.

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