‹ Œuvres complètesChapitre 11 sur 183 · TOM. I · texte numérisé non relu

TOM. I

sa protection, aussi bleu que son inslructfon, La |)robité, la droiture;, la catid.MU' ré^naienl parfaitement dans son Ame : c'étaient les seuls amis qu'il fallait emi)l()yor pour s'attirer son estime ou son suffrage. L'on trouvait aisément, avec ces rares qualités, un accès dans son esprit et dans son cœur, sans que la fortune en ouvrît la porte. II était surtout le consolateur des âmes inquiètes que la mort vient surprendre. Il avait tant de foi, qu'il portait l'espérance à ces âmes troublées, quand un mal subit, qui ne donne le temps qu'à la contrition, et non pas à la pénitence, venait les ébranler. C'était dans ces occasions qu'on le voyait redoubler son zèle. Dans les termes exacts de la plus sévère morale, il présentait la vérité à un mourant, qui, malgré l'effroi naturel dont il était saisi à cette vue, trouvait dans l'infinie miséricorde de Dieu, et dans la charité du Rédempteur, présentée par celle du disciple, un remède à son désespoir. Jamais homme n'a eu tant de force pour persuader, tant d'onction pour consoler, tant de feu pour animer. On voyait en lui l'assemblage de toutes les qualités propres au ministère évangélique. Comme il était pénétré des vérités éternelles, il en détaillait les circonstances avec tant de facilité, qu'il semblait plutôt un oracle qu'un moniteur.

Il n'était pas moins admirable quand il formait une âme pour la retraite, que lorsqu'il la conduisait à la bienheureuse éternité. Instruit par lui-même des grâces de la vocation, il faisait connaître aux jeunes personnes toutes les erreurs séduisantes qui les retiennent dans le monde, et toutes les vues trompeuses d'une piété ou intéressée, ou mal entendue, qui les en font quelquefois sortir; il leur développait avec onction les douceurs de la retraite, et souvent elles se sentaient attirées à l'état saint d'une perfection achevée, par l'attention sérieuse qu'il leur faisait avoir à leurs devoirs, et aux obligations de leur état.

Il est des circonstances dans la vie de ce grand homme qui, pour n'avoir rien de singulier, n'en sont pas moins admirables. Celle qui m'a le plus touché dans sa conduite, c'est l'uniformité de ses œuvres.

Persuadé qu'il était qu'il L'y a point de petites actions quand on les fait pour Dieu, il n'était pas plus animé en récitant une oraison publique, entendue par un monde distingué, que dans le conseil particu^er qu'il donnait à des âmes affligées, qui venaient chercher leur consolation dans ses

xTîTr

VIE DE BOURDALOUE

iiLstnictio-ns. Toujours vif, il so donnait tout enti( T à chaque occupation diffcTcntc ; et il ne paraissait qu'un zèle ardent, et non pas un goût empressé dans toutes les fonctions qu'il remplissait. C'est dans ce zèle uniforme

?ue l'on découvrait le mystère de sa charité. 1 choisissait toujours les vertus les plus parfaites de son état, et dont la pratique all^'tà la plus grande gloire de Dieu.

Quoiqu'il eût passé plus de quarante années dans l'exercice laborieux de la pénitence, et dans les fonctions apostoliques, soq zèle n'était point affaibli. S'il n'avait plus la même santé, il avait toujours la même même ardeur ; c'est ce qui le faisait travailler au-dessus de ses forces. Comme il avait le même talent pour la chaire, il causait toujours le même désir de l'entendre ; ce qui l'engageait à plusieurs sermons particuliers, que sa charité lui faisait accorder.

Le dernier trait de son éloquence dans ce ministère saint, ce fut à la solennité des noces d'une épouse de Jésus-Christ. Ce fut là qu'il présenta à Dieu cette victime de son amour, et qu'il devint lui-même la victime du sacrifice. Ce fut par là qu'il acheva le terme glorieux de sa mission. Ce fut là que son zèle pour le salut d'une âme, lui faisant oublier le soin de son corps, il s'échauffa: et

toute la force de l'art ne put rien contre fa nature affaiblie. Il connut, dès le commencement de sa maladie, quel en était le danger ; il consentit de bon cœur à rompro sa chaîne : et la mort étant la porte de la gluire des justes, il fut ravi de la voir ouverte pour lui. II oublia la terre avant que de l'abandon- •^e^. Il fut sans cesse en commerce avec ^esus-Christ dans les plus grandes inquiétudes de son mal. J\ s'y unit d'une manière si pleine de charité, et si digne d'admiration, qu'on peut dire que les derniers moments de sa vie ressemblèrent aux premiers instants de son éternité. C'est ainsi que le P.Bourdalouefînit sa carrière, et commença sa félicité ; car il est à croire que la miséricorde qui l'avait comblé des qualités naturelles les plus excellentes, et des vertus chrétiennes dans le plus éminent degré, l'a fait entrer, après ses travaux, dans le séjour des récompenses.

Si l'on trouve ma précision trop grande dans l'histoire que j'ai faite de la vie de ce grand homme, on ne doit point s'en étonner, elle ressemble à son original. La vie du p. Bourdaloue nous a paru trop courte ; et B: î fin de son histoire paraît trop tôt, c'est yuûT mieux imiter la fin de son sort.

LETTRE DU P. MARTINEIU

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