‹ Œuvres complètesChapitre 119 sur 183 · SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE · texte numérisé non relu

SUR LE SACRIFICE DE LA MESSE

ANALYSE

ScjET. Or, les diîciples se soxitiv.rent de ce qui est écrit ; Le zèle de votre maison me dévore.

Puisqu'il s."iigissait de la maison tie Dieu, il ne faut pas s'étonner que le Sauveur du nunie inaiTiât tant de zèle contreles profanateurs du lempîe de Jt'-rusalem. C'est à ce premier temple que nos églises ont succédé ; et ce qui les distingue partirulièremenl, c'est l'.idorabie sacrifice que nous y olFrons. Sacrifice de la messe, dont je veux, autant qu'il est possible, vous faire connaître dans ce discours rexcellence et le prix, afin de vous apprendre par là même avec quel esprit vous y devez as^i^te^.

Division. Sacrifice de la messe, siicrifice souverainement respectable : pourquoi ? parce que c'est à Dieu qu'il est offert : première p.irlie ; parce que c'est un Dieu qui y est offert : deuxième partie.

PREMitRE l'.vHTiE. Sacrifice de la messe, sacrifice souverainement respectable, parce que c'est à Dieu qu'il est offert. Y assister, c'est assister, 1° à la plus grande action du christianisme ; 2° aune action dont la fin immédiate est d'honorer Duie ; 3° à one action qui. prise dans son fond, consiste surtout ii humilier la créature devant Dieu ; 4° à une action qui, désormais, est l'unique par où ce culte d'adoration, je dis d'une adoration suprême, puisse être extérieurement et autheniiquement rendu à Dieu ; 5° c'est y assister en toutes les manières qui peuvent nous inspirer le rcs(iecl et la révérence due à Dieu.

1° C'est assister a la plus grande action du christianisme. D'oii vient que dans les anciennes liturgies le sacrifice est appelé action par excellence, et c'est ainsi que nous l'appelons encore aujourd'hui. Toutefois, nous nous y présentons comme si c'était l'action la moins si rieuse, et qui pût être plus impunément négligée.

2" C'est assister à une action dont la fin immédiate est d'honorer Dieu. Chaque action de piété a sa fin particulière, et la fin particulière du sacrifice est Ihonneur de Dieu. Dans tous les autres devoirs on peut presque dire que l'homme agit plutôt pour lu'-mème et pour son intérêt, que pour lintcrét de Dieu : car si je prie, par exemple, c'est pour m'attirer les grâces de Dieu. Mais quand je vais au sacrifice, qu'est-ce que j'envisage ? d'honorer Dieu. Que serait-ce donc de faire servir à le déshonorer ce qui doit spécialement servir à le glorifier ?

3° C'est assister ii uue action qui, prise dans son fond, consiste surtout à humilier la créature devant Dieu. Car qu'est-ce qoe le sacrifice ? une protestation que nous faisons à Dieu île notre dépendance et de notre néant. L'oraison, en élevant nos esprits il Dieu, nous éiove au-dessus de nous-mêmes ; mais le sacrifice nous rabaisse au-dessous de nous-mêmes, en nous anéantissant devant Dieu. Comme donc je ne puis mieux m'humilier devant Dieu qu'en lui offrant le sacrifice, aussi nepuis-je autrement avoir part au sacrifice qu'en m'humi'iant devant Dieu. De là, quel désordre lorsque des chrétiens viennent au sacrifice du vrai Dieu, non-stulemenl sans cette humilité religieuse, mais avec tout l'orgueil du libertinage et toutle faste du monde '?

4° C'est assister ii une action qui, désormais, est l'unique par où ce culte d'adoration, je dis d'une adoration suprême, puisse être extérieurement et authentiquement rendu à Dieu. Dans toutes les autres actions, je ne fais point cette protestation publique et solennelle de ma dépendance et de mon néant. Le seul sacrifice est l'aveu juridique de ce que je suis, et de ce nue je dois ii Bieu. Mais piu- un renversement bien déplorable, quel sujet ne donnons-nous pas aux pa'iens et aux infidèles de nous [aire la même dtmandeque les ennemis du Seigneur faisaient à David : UbiestDeus tuus ? Ouest votre Dieu?

424 SERMON POUR LE LUNDI DE LA QUATRIEME SICMAINE

5" CVst y assister en toutes les manières qui peuvent nous inspirer le respect et la révérence due & Dieu, 1* comme témoins • honneur que l'Eglise ne fait qu'aux fidèles : mais au lieu de nous occuper de Dieu, qui nous est présent et k qui nous sommes présents, nous ne nous occupons que de vains objets, ou qui repaissent notre curiosit»'-, ou qui servent d'amusement k notre oisiveté. 2° Comme ministres ; car nous offrons tous le sacrifice avec le prélre, sans être néanmoins revêtus du même caractère que le pritre : fonction si sainte, que quelques-uns mêmes ont conclu de Ih qu'un pécheur ne pouvait assister au sacrifice de la messe dans l'état de son péché. Conséquence erronée que je rejette : mais, m'en tenant au principe sur quoi elle est établie, ne dois-jc pas conclure que, puisque nous assistons au sarrifice en qualité de ministres, tant de crimes que l'on y commet sont autant de profanations ? Qui le croirait, qu'un chrétien choisi de Dieu pour lui offrir un sacrifice tout divin voulût faire du temple même un lieu de plaisir, et du plus infâme plaisir? Désordre que Tertullicn, et après lui suint Jérôme et saint Chrysostome, reprochaient à leurs siècles, mais qui mainten.int est plus commun qu'il ne l'a jamais été. 3° Comme victimes; et en effet, puisque nous ne faisons avec Jésus-Christ qu'un même corps, il s'ensuit, dit saint Thomas, que nous sommes immolés avec lui. Par conséquent, nous devons nous mettre dans l'état de ces anciennes victimes qu'on sacrifiait au Seigneur., Elles étaient liéts, elles étaient privées de l'usage des sens, elles étaient brûlées par le feu. Ainsi, il faut que la religion nous lie et nous tienne respectueusement appliqués au sarrifice. H faut qu'elle nous couvre les jeux, et qu'elle les ferme à tous le» objets de la terre. Il faut qu'elle nous consume par le feu de la charité.

Mais n'est-il pas surprenant, comme l'a remarqué Pic de la Mirande, que de tant de religions qui se sont répandues dans le monde il n'y ait eu que la religion du vrai Dieu dont les temples et les sacrifices aientété profanés par ses propres sujets ? La raison de cette différence est que l'ennemi de notre salut ne va point tenter les païens, ni les troubler danslmirs sacrifices, parc« que ce sont de faux sacrifices : au lieu qu'il emploie toutes ses forces à nous détourner du sacrifice de nos autels, parce que c'est un sacrifice également glorieux ii Dieu et salutaire pour nous.

Deuxième l'ABTiE. Sacrifice de la messe, sacrifice souverainement respectable, parce que c'est un Dieu qui y est offert. Quand nous aurions vécu sous l'ancienne loi, et que nous n'aurions point eu d'autres sacrifices que ces sacrifices imparfaits dont Dieu avait établi l'usage parle ministère de Moïse, il faudrait toujours y assister avec crainte et avec tremblement. Aussi avec quelle révérence Dieu voulait-il que les juifs entrassent dans le sanctuaire pour lui offrir leurs sacrifices et le sang de* animaux ; et avec quel zèle et quelle fidélité ce peuple, d'ailleurs si indocile, s'acquittait-il de ce devoir ? Qu'eussent-ils donc pensé, et (|u'eussent-ils fait, s'ils eussent eu comme nous à offrir le sacrifice d'un Dieu ; et que devons-nous penser, que devons-nous faire nous-mêmes ? Sur cela, je me contente de trois considérations.

Première considération. Quand je vais au sacrifice que célèbre l'Eglise, je vais au sacrifice de la mort d'unDieu;à un sacrifice dont réellement et sans figure la victime est le Dieu même que j'adore. Si donc par de sensibles outrages j'ose encore lui insulter comme les juifs qui le crucifièrent, ne .suis-je pas digne de ses plus rigoureuses vengeances?

Seconde considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s'immole-t-il dans le sacrifice de nos autels? pour nous apprendre et pour nous aider à faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui, je veux dire à honorer Dieu autant que Dieu le mérite et qu'il le demande. Car pour cela, dit saint Thomas, il a fallu un sujet d'un prix infini, et offert d'une manière infinie. Mais tandis que Jésus-Christ, dans cet état de victime, honore son Père: Ego honoriftco Patrem, il semble que nousprenionsà tâche de détruire par nos scandales tout l'honneur qu'il lui rend par ses anéantissements. Faisons par proportion ce qu'il fait, ai nous voulons par proportion glorifier Dieu comme il le glorifie.

Troisième considération. Que fait encore Jésus-Christ dans ce sacrifice? non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il y traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause, et il offre le prix de la rédemption. Ego pro eis sanctifico meipsum. Or, reprend saint Bernard, si je voyais le fils unique d'un prince de la terre mourir pour moi, m'arrêterais-je, tandis qu'il meurt, à de vains amusements ?Et lorsque le Fils unique de Dieu se sacrifie pour mes intérêts, serais-je assez insensé pour faire un jeu du sacrifice même de mon Sauveur? Pensée touchante que saint Jean de Jérusalem exprimait en des termes moins figurés, mais non moins énergiques ni moins pressants. De là, jugeons quels sentiments nous doivent occuper dansée sacrifice d'expiation, ^e sont-ce pas ceux d'un pécheur contrit et d'un pécheur reconnaissant ?

Je n'ai, en finissant ce discours, qu'un seul raisonnement à vous opposer. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du ■acrifice de notre religion, ou vous ne le croyez pas. Si vous le croyez, comment osez-vous profaner cet adorable sacrifice; et en cela même n'ètes-vous pas plus criminels que les juifs et que les hérétiques ? Si vous ne le croyez pas, pourquoi y assistez-vous ? Que dis-je ? et veux-je vous en éloigner ? non, chrétiens : allons-y, mais pour y honorer Dieu, pour y édifier l'Eglise, et pour nous y sanctifier nous-mêmes.

Itecordati sunt vero discipuli ejut, guia scriptum est : Zelusdo. gj-g et CC qui leUF (lonne Ull CaractèrC pFOpre

mus tu» corne i me. ^^ Sainteté, c'cst le sacrifice, lis sont saints par

Or. les disciples se souvinrent de ce qui est écrit :Le zèle de votre |g Majesté dlvine OUi ICS remplit ; ils SOttt SaintS maison me dévore. (Sam/ Jean, chnp. ii, 17.) •' . * » '

par les exercices de religion qu ony pratique ; ils

Puisqu'il s'agissait de la maison de Dieu , il sont saints par les prières des lidèlcs qui s'y

ne faut pas s'étonner, chrétiens, que le Sauveur assemblent ; ils sont saints par les louanges de

du monde, envoyé pour soutenir les intérêts et Dieu qu'on y chante et par les grâces qu'il y

pour venger l'honneur de son Père, marquât répand. Mais du reste, reprend saint Augustin

tant de zèle contre ces profanateurs qu'il chassa Dieu se trouve partout, Dieu fait des grâces par

du temple de Jérusalem, le fouet à la main, tout. Dieu peut être prié, béni, servi, adoré par-

et dont il renversa les tables et les marchan- tout. Il n'y a quelesacrifice, j'entends le sacri-

dises. C'est à ce premier temple que nos églises fice de la loi de grâce, qu'il ne soit pas permis

ontsticcédé; mais avec d'autant plus d'avan- de lui offrir partout, et qu'on ne puisse lui pré^

tage, que nous y offrons un sacrifice beau- senter que sur ses autels. Quoi qu'il en soit,

coup plus précieux et plus auguste. Car, ce qui chrétiens, c'est de ce sacrifice que je prétends

distingue particulièrement les temples, selon la aujourd'hui vous entretenir ; c'est, dis-je, de

remarque de saint Augustin, ce qui les consa- l'adorable sacrifice de la messe. Je veux vous

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