‹ Œuvres complètesChapitre 120 sur 183 · SUR LE SACIUFIGK DE LA MESSE · texte numérisé non relu

SUR LE SACIUFIGK DE LA MESSE

apprendre dans «lucl esprit cl avec quels senlinu'uls vous y devez assister ; je veux, autant (pi'il m'est possible, eorri^'er tant d'irn^vtMences et tant d'abus qui s'y connueltcnt. Ce sujet est partieulier ; mais il y a de (pioi allumer tout le zMe des ministres de Jésus-Clirist : car il n'est pas seulement ici question de la maison de Dieu, mais de ce qu'il y a dans la maison de Dieu de plus vént^rable et de plus grand ; et en vous réformant sur ce seul point, je retrancherai presque tousles scandales que nous voyons dans nos tenq)les, puisqu'il est vrai que le sacrifice en est l'occasion la plus ordinaire. Vous en ôles témoin, Seigneur ; nous en sommes témoins nous-mêmes; et pour peu (lue nous soyons sensibles il votre gloire, que devonsnous atlaipier avec plus de force et comballrc avec plus d'ardeur ? J'ai besoin pour cela de votre grAce, et je la demande par l'intercession de Marie : Ave, Maria.

Ne perdons point de temps, chrétiens, et pour en venir d'abord au point que je traite, je dis que rien n'est plus digne de notre attention et de nos respects que l'excellent et le très-saint sacrifice de la messe. Deux raisons vont vous en convaincre, et feront en deux mots le partage de ce discours. Car je considère cet adorable sacrifice en deux manières et sous deux rapports, savoir, par rapport à son objet et par rapport à son sujet. Or, quel en est l'objet ? Dieu même. Et quel en est au même temps le sujet? un Dieu. Je m'explique, et ceci va vous faire entendre toute ma pensée. En effet, mes chers auditeurs, que nous proposons-nous dans le sacrifice de nos autels ? d'honorer Dieu, et voilà comment Dieu même en est l'objet. Mais, pour mieux honorer Dieu dans ce sacrifice, que lui présentons-nous ? l'Homme-Dieu, et c'est ainsi qu'un Dieu en est le sujet. De là je forme deux propositions, que je vous prie de bien méditer, et qui doivent vous saisir d'une sainte frayeur toutes les fois que vous assistez aux divins mystères. Sacrifice de la messe, sacrifice souverainement respectable; pourquoi ? parce que c'est à Dieu même qu'il est oiïert : ce sera la première partie. Sacrifice de la messe, sacrifice souverainement respectable ; pourquoi ? parce que c'est un Dieu qui y est offert : ce sera la seconde. L'une et l'autre vous instruira d'une des plus importantes matières, qui est le sacrifice; et en vous inspirant de hautes idées de la grandeur de Dieu, réveillera dans vos cœurs tous les sentijaents de la religion.

PREMli^IlR PARTIE.

Que faisons-nous, chrétiens, quand nous assistons aux divins mystères et ou sacriticc; de notre religion ? Ne le considérons point encore selon le rapport particulier (ju'il a avec la personne du Sauveur du moiule : arrêtons-nous à celte qualité générale de sacrifice. Qu'est-ce (|ue sacrifice, et qu'entendons-nous par ces paroles, assister au sacrifice du Dieu vivant ? Ah ! chrétiens, vous ne l'avez peut-être jamais compris, et c'est néanmoins ce que vous ne pouvez trop bien comprendre, puisque c'est un de vos devoirs les plus essentiels. Assister au sacrifice, c'est être présent h l'action la plus auguste et la plus sainte de la religion que nous professons ; à une action dont la fin prochaine et immédiate estd'honorer la majesté de Dieu ; à une action qui, prise dans son fond et dans sa substance, consiste particulièrement à humilier la créature devant Dieu ;?i une action qui désormais est l'unique par où ce culte d'adoration je dis d'une adoration suprême, puisse être extérieurement et authenliquement rendu à Dieu. C'est, dis-je, y assister en toutes les manières qui peuvent nous inspirer le respect [et la révérence due à Dieu ; y assister comme témoins, y assister comme ministres, y assister comme victimes: comme témoins, pour autoriser le sacrifice par notre présence ; comme ministres, pour le présenter' avec le prêtre ; comme victimes, disent les Pères, pour y être immolés nous-mêmes spirituellement avec la première victime, qui est Jésus-Christ. Si donc nous n'accomplissons pas ce devoir avec toute la retenue et toute la piété qu'il demande, ne faut-il pas conclure que le principe de la foi est ou altéré ou corrompu dans nos cœurs ? Reprenons chacun de ces articles, et ne perdez pas de si solides instructions.

Oui, chrétiens, assister au sacrifice du vrai Dieu, c'est assister à l'action la plus sainte et la plus auguste de la religion. De là vient que, dans les anciennes liturgies, le sacrifice était appelé action par excellence -, et c'est ainsi que nous l'appelons encore aujourd'hui, puisque, suivant l'observation d'un savant cardinal de notre siècle, ces mots du sacré canon, infra actionem, ne signifient rien autre chose que infra sacrificiiim ; comme si l'Eglise avait voulu nous avertir qu'en effet la grande action de notre vie est le sacrifice. Et voilà ce qui de tout temps, a donné aux peuples de si hautes idées du sacrifice et de tout ce qui le regarde ; voilà ce qui leur a rendu si vénérable la majesté des tem-

SERMON POUR LE LUNOI DE LA QUATRIlflME SEMAINE.

p!es, la sainteté des autels, la dignité des prêtres ; sentiment si universel qu'on peut le mettre au rang de ceux où, selon la pens(''e de Terlullien, il semble que notre Ame soit naturolleiiicnt clirétieiine. Mais de ce principe (pielle conséquence ne puis-je pas tirer d'abord contre vous? et comment arrive-t-il que dans une action où il paraît que la nature nous ail déjfi faits à demi chrétiens, la corruption du libertinage nous fasse tous les jours devenir païens, et moins que raisonnables ? Car enfin, mon cher auditeur, vous êtes obligé de reconnaître que ce qu'il y a pour vous de plus divin, et par conséquent de plus respectable, c'est le sacrifice du Dieu que vous servez ; et toutelois vous ne craignez pas de vous y présenter comme si c'était l'action la moins sérieuse, et qui pût èlre plus impunément négligée : vous y venez avec une imagination distraite, avec des pensées toutes profanes, avec des yeux égarés ; et vous y demeurez avec froideur, avec dégoût, et dans des postures pleines d'indécence. Qu'un homme traitât une affaire temporelle avec aussi peu de réflexion, on le mépriserait. Ici c'est l'affaire capitale, ou, comme parle saint Ambroise, c'est l'affaire d État qui se traite entre Dieu et l'Eglise ; et vous n'y donnez nulle attention ; vous n'y avez ni modestie , ni recueillement; vous y assistez par coutume , par cérémonie ; vous n'y appliquez ni votre esprit, ni votre cœur : n'est-ce pas outrager Dieu, et l'outrager dans l'action même et dans le temps où vous devez spécialement l'honorer?

Je dis dans l'action même où vous devez spécialement l'honorer ; ceci est remarquable. Car, qu'est-ce que le sacrifice, en le regardant par rapport à Dieu, et quelle en est la fin ? Le sacrifice, disent les théologiens, est un acte de religion dont le caractère propre est d'honorer l'être de Dieu. Mais quoi ! toutes nos actions saintes et vertueuses ne se rapportent-elles pas à cette fin ? Il est vrai, chrétiens : mais ce rapport n'est pas le même que dans le sacrifice ; voici ma pensée. Dieu est la fin générale et dernière de toute nos actions, c'est ce qu'elles ont de commun ; mais chaque action de piété a de plus une fin prochaine et particulière qui la distingue des autres, et d'où sa perfection dépend. Or, je dis ({ue la fin parUculière et immédiate qui distingue le sacrifice est d'honorer Dieu. Prenez garde : dans tous les autres devoirs, on peut presque dire que l'homme agit plutôt pour lui-même et pour son intérêt, que pour l'intérêt de Dieu. Car si je prie, c'est pour m'atlirer les grâces de Dieu ; si je fais pénitence, c'est pour

m'acquitter auprès de la justice de Dieu; si je pratique de bonnes œuvres, c'est pour m'enrichir de mériles devant Dieu ; si je participe au divin sacrement, c'est pour me sanctifier en m'unissant à Dieu. Mais quand je vais au sacrifice, qu'est-ce que j'envisage ? d'honorer Dieu : voilà le seul objet que je me propose, et qui doit être le terme de mon intention, si mon intention est conforme h la nature de mon action. Or jugez do là ce qu'il faut penser d'un chrétien qui fait servir à déshonorer Dieu ce qui doit uniquement servir à le glorifier ? Qu'a fait Dieu en instituant le sacrifice ? lia dit à l'homme : Voilà l'hommage que je demande et que j'attends de toi. Tu ne savais pas encore bien reconnaître la souveraineté de mon domaine, et je veux moi-môme te l'enseigner. C'est par le devoir que je te prescris, et à quoi tu satisferas en assistant au sacrifice de mes autels. Cela supposé, reprend saint Jérôme, profaner ce sacrifice par des immodesties et par des scandales ; y venir comme l'on va à un passe-temps, h un spectacle, à une assemblée mondaine ; en sortir sans y avoir eu nul sentiment, nul souvenir de Dieu : Ah ! mes frères, c'est celte espèce d'abomination que le prophète Daniel avait prévue avec horreur, et qui devait paraître dans le lieu saint.

Elle va |)lus loin, et comprenons-en toute l'indignité. En elTet, si la fin particulière du sacrifice est d'honorer Dieu, en quoi consiste cet honneur que nous rendons ou que nous devons rendre à Dieu? Ce culte, répond saint Thomas, consiste dans une protestation actuelle que je fais à Dieu de ma dépendance, dans un aveu respectueux de ma misère et de ma bassesse, dans un. exercice, pour ainsi dire, d'anéantissement, et, si je suis pécheur, dans une confession humble et sincère de mon péché ; car tout cela doit entrer dans le sacrifice, considéré de la part de l'homme; et voilà pourquoi l'hostie est détruite et consommée, pour marquer que l'homme n'est qu'un néant, et dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce. En quoi, dit saint Augustin, paraît l'admirable opposition qui se rencontre entre l'oraison et le sacrifice : car l'oraison, en élevant nos esprits à Dieu, nous élève au-dessus de nous-mêmes, au lieu que le sacrifice nous rabaisse au-dessous de nous-mêmes, en nous anéantissant devant Dieu. Par le sacrifice j'honore Dieu, si je puis parler de la sorte, aux dépens de ce que je suis; et dans l'oraison, Dieu, par le commerce qu'il veut bien avoir avec moi, m'honore en quelque manière aux dépens de ce qu'il est. Quoi qu'il en soit, mon sacrifice est inséparable de mon humilité; et comme je ne

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