SUR LE SACUIFICK DE LA MESSE
puis mieux m'iuimilier devant Dieu qu'en lui oITVanl le sacrilice, aussi ne puis-Je autronuMit avoir part au sacrifice (pi'eu in'Iunuiliant devant Dieu. Il n'en est pas de nuMue des anf^es, ajoute saint Clujsoslonie; les an^es peuvent iMre pré- Benls au saeriliee et s'y luunilier : mais l'iiumililé des an^es, (piehjue profonde (pi'elle puisse être, n'est point essentielle au sacrifice, coumie celle des hommes, l'ouniuci? parce (pie le sacrifice «prolTre riO^lise iHant le sacrifice des hommes et non des aufics, il ne d('^pend point, pourtHre coujplet, de l'Immilili^ des anges, mais de riunnililc des lionmies. De là, cin éliens, quel désonlre, lors(pie des liounnes, porlaid sur le front le caractère de la loi, viennent au sacrifice du vrai Dieu, noji-seulement s;ms celte humilité religieuse, mais avec tout l'orgueil du libertinage et de l'impiété; lorsque à peine ils y fléchissent le genou, qu'ils y parlent, (|u'ils y agissent comme il leur plait et sans égard, et que, sur cela môme, ils rejettent avec mépris les sages remordrances et la correction charitable des ministres du Seigneur ! Mépris qui ne doit point, mes frères, raleidir l'ardeur de noire zèle, ni nous fermer la bouche par un silence timide et lâche, (piand le devoir de notre ministère nous oblige à nous expliquer. Car où en serait notre religion, si de tels abus y devaient êlre tolérés ? Ah ! chrétiens, assister au sacrifice, c'est venir protester à Dieu que nous dépendons de lui, que nous attendons tout de lui, que nous n'adorons que lui, que nous sommes disposés à nous anéantir pour lui. Mais, mon cher auditeur, pensez-vous lui dire tout cela, en vous comporlaiit comme vous faites; en insultant, si je l'ose dire, à l'autel et aux sacrés mystères qu'on y célèbre; en y prenant des libertés que je ne crains pas, puisqu'il s'agit de l'honneur de mon Dieu, de traiter d'insolences; en les soutenant jusque dans le sanctuaire, avec une audace et une fierté qui ne rougit de rien ? Et vous, femmes cln-étiennes, est-ce là ce que vous venez lui témoigner, en vous faisant une si faiç >e gloire de paraître dans nos temples avec toutes les marques de votre vanité? Je n'entreprends point de contrôier partout ailleurs vos modes et vos costumes ; mais ici je ne puis dissimuler ce qui blesse la Majesté divine et le respect qui lui est dû. Faut-il donc, quand vous entrez dans la maison de Dieu, que tout le faste du monde TOUS y accompagne ? Faut-il que Ton vous y distingue par votre luxe et par vos délicatesses; que vous y affectiez des rangs que l'esprit ambitieux du siècle y a érigés en de prétendus droits, et que vous vous y lassiez rendre des services
dont vous sauriez bien vous passer dans le palais d'un prince de la terre? Kst-celà celle himiilité si essentielle au saciilice? Et si la piété vous y attirait, une piété solide, ne dirie/-vous pas & Dieu ; Ah ! Siigneur, je ne suis (jue trop vaine au milieu du monde, mais du moins serai-jc humble et niodesle devaid vous; et |)uisfjue le saciilice esl le liibul d'buuuhté que je vous dois, je n'irai point m'y présenter avec ce luxe (pie vous réprouvez. Le monde en use autrement; mais le monde ne sera pas ma règle : on censurera ma conduite; mais il me sullira que vous ra|)prouviez. Aussi, disait Tertullien parlant à des femmes chrétiennes connue vous, et même plus chrétiennes (pie vous, pourquoi ces ajuslemeuls dont vous êtes si curieuses? Y(ms avez renoncé aux pompes du siècle, vous n'êtes plus des fêles des i)aïens ; pourquoi donc vous parer de ces restes du monde, et les porter au sacrifice de votre Dieu ? 0 profanalion ! s'écriaitil, et puis-je bien m'écricr après lui : des femmes cherchent à se montrer avec des habits magnifi(|ues et brillants, dans un sacrifice dont l'essence et la fin principale est l'humiliation de la créature en présence de son Créateur. Elles s'y font voir, selon l'expression du prophète royal, aussi ornées et plus ornées que les autels ; Circtimurnatœ ut similUudo templi K Elles y emploient tout le temps, à quoi? à s'étudier, à se contempler, à s'admirer, à recevoir un vain encens et à s'attirer de sacrilèges adorations, comme si elles voulaient s'élever au-dessus de Dieu même.
Donnons jour encore à cette pensée : je ne dis pas seulement que le sacrifice est une protestation que l'homme fait à Dieu de la dépendance de son être; mais j'ajoute que c'est une protestation publique, une protestation solennelle, où l'homme ap[)elle toutes les créatures en témoignage de sa soumission et de sa religion, comme s'il disait : Cieux et terre, anges et honnnes, vous m'en serez garants, et me voici devant vou» pour m'en déclarer. Il y a un Dieu que j'adore, nu Dieu souverain auteur, et à qui ceul toute la gloire appartient. C'est dans ce sacrifice et par ce sacrifice, que je viens hautement reconnaître son absolue domination et m'y soumettre. Il n'y a proprement, chrétiens, que le sacrifice où l'honnne puisse parler de la sorte. Quelque autre exercice de religion que je pratique, ce n'est point là ce qu'il signifie, ou du moins ce n'est point là ce qu'il signifie aulhentiquement; le seul sacrifice est l'aveu juridique de ce que je suis et de ce que je dois à Dieu. Mais, mes frères,
1 Fsalot. Cxuii, 12
SKRMON l>r:^T» I,K LCNDT DE LA On.VTUTf.MP SRMAINE.
par un renversement bien déplorable, quel sujet ne donnons-nous pas aux paieris et aux infidèles de nous faire, jusques au milieu du plus saint mystère, la môme demande ou plidôt le môme reproche que David craignait tant d'enteaulro de la bouche des ennemis du Seigneur : Ne forte dicant in gentibus : Ubi est Deuseorum • ? Car où est votre Dieu ? peuvent nous dire ces idoi.llres. Vous voulez, par cette cérémonie extérieure, nous faire juger du culte intérieur que vous lui rendez; et c'est de là môme que nous tirons la plus sensible preuve de votre irréligion. Entrez dans nos temples, et, sans entreprendre de nous instruire, instruisez-vous vousmêmes par nous. Votre Dieu, dites-vous, est le vrai Dieu ; mais au moins n'en ôtes-vous que de faux adorateurs. Au contraire, vous prétendez que nous n'adorons que de fausses divinités; mais au moins devez-vous avouer que nous les adorons sincèrement et en esprit. Or, supposant même vos principes et les dogmes de votre foi, lequel des deux croyez-vous le plus criminel, ou d'être religieux comme nous le sommes, en suivant l'erreur, ou d'être des profanateurs comme vous l'êtes, en professant la vérité? C'est de saint Augustin môme que j'ai emprunté cette figure, et c'est là-dessus qu'il déployait avec tant d'énergie toute la force de son éloquence et de son zèle.
N'en demeurons pas là, chrétiens ; mais pour achever de nous confondre, voyons en quelles qualités nous assistons au divin sacrifice. Comme témoins, disent les docteurs, comme ministres, comme victimes. Comme témoins : oui, mes frères, vous êtes les témoins de ce qui se passe de plus mystérieux et de plus secret entre Dieu et les hommes. C'est dans cette vue que l'Eglise vous reçoit à son sacrifice, et qu'elle vous oblige même par un précepte particulier à y comparaître. Honneur qu'elle ne fait pas indifféremment à toutes sortes de sujets, puisque le châtiment le plus sévère qu'elle exerce envers ses enfants rebelles est de leur interdire, par ses censures, le sacrifice qu'elle offre à Dieu. Honneur dont elle exclut même les catéchumènes, quoique déjà initiés dans les mystères de la foi parce qu'ils n'ont pas encore le caractère du baptême. Elle n'y admet que les fidèles dont la religion lui est connue, et dont elle veut gratifier la piété. Mais au même temps elle les engage à soutenir cette qualité de témoins par un respect digne de Dieu. Quand Dieu, dans l'Ecriture, prend à témoin d'une vérité les êtres insensibles, les cieux en sont ébranlés : Obstupescite, cœli 2;
) Pualm., LxXTIli, 10, — ' Joreuj., ii, la.
et la terre en est émue jusque dans ses fondements : Commuta est, et contremuit terra '. Et vous, mon cher auditeur, témoin vivant du redoutable sacrifice qui s'accomplit sur nos autels, qu'y faites-vous? Ah! mon frère, s'écrie saint Jean, patriarche de Jérusalem, n'avezvous pas entendu le prêtre qui vous sommait de la part de Dieu de vous rendre attentif? Ne vous a-t-il pas averti d'élever voire cœur au ciel : Sursum corda ; et n'avez-vous pas répondu qu'il était tourné vers le Seigneur : IJabemus ad Dominum ? mais à ce moment-là môme, vous êtes plus occupé de la terre que jamais; miu"? à ce moment-là même vous ne cherchez, en promenant partout vos regards, que des objets, ou qui repaissent votre curiosité, ou qui servent d'amusement à votre oisiveté. Est-ce pour cela qne la vous êtes appelés à l'autel? est-ce là, chrétiens, partque vousprenezà un sacrifice dont vousètes non-seulement les témoins, mais les ministres? Car vous l'êtes, mes chers auditeurs, quelle que soit d'ailleurs votre condition ; et ce n'est pas sans sujet que saint IMerre, relevant la dignité des chrétiens, entre les autres titres qui leur conviennent, leur attribue celui du sacerdoce : Régale sacerdotium 2; puisque tout chrétien doit offrir à Dieu le sacrifice de sa rédemption. De là vient que le prêtre en célébrant dans le sanctuaire, n'y fait pas les oblalions sacrées comme personne particulière, mais comme représentant tout le peuple assemblé. Car il ne dit pas : J'offre, je supplie, je voue, je proteste; mais : Nous prolestons, nous vouons, nous offrons, nous supplions, parce qu'en effet tout le peuple offre et supplie avec lui. Non pas que tous soient pour cela revêtus du caractère de l'ordre, comme l'ont avancé quelques hérétiques, fondés sur une parole de Tertullien mal entendue ; mais parce que tous les fidèles, sans porter ce sacré caractère, comme le prêtre spécialement député de Dieu pour présenter le sacrifice, lui sont néanmoins associés dans cette importante fonction. Fonclion si sainte (écoutez ceci), que,parcette raison-là même, quelques-uns ont prétendu qu'un chrétien en état de péché ne pouvait, sans se rendre coupable d'un nouveau péché, assister au sacrifice. Je sais sur ce point ce qu'il faut penser. Je sais que c'est une doctrine erronée et même scandaleuse, puisqu'elle donne atteinte au précepte de l'EgUse, qu'elle lavorise le libertinage, et qu'elle ôte enfin au pécheur un des plus puissants moyens de conversion. Car, que peut faire un pécheur de plus salutaire, de plus édifiant, dp plus pro-,
l U iUg., xxu, 8. — ' 1 Pair., il, d.