SUR LE SACRIFICR DE LA MESSE
preà lui attirer IcsgrAccs du ciel, que tle venir, comme le pnblicain, dans le temple, et d'y oflVir, tout iiiiligue qu'il est, ce sai ritice propitiatoire, dont une des principales vertus est d'apaiser la colùre de Dieu ? Qu'est-ce que les prophètes recommandaient davanlasc aux pécheurs de leur temps, que de nt^chir le Seigneur et sa justice par l'oblaliou des victimes de l'ancienne loi? Ce qui servait alors i\ la sanctification des hommes servirait-il maintenant à leur damnation ? C'est donc une opinion outrée et que nous devons hautement rejeter ; mais, en la rejetant, je m'en tiens au principe sur quoi elle est, disons mieux, sur ipioi elle paraît établie ; et, de ce [)rincipe inconlestablo, je tire bien d'autres consécpiences qui ne doivent pas moins nous faire trembler. Car, puisque nous participons au sacrilice en qualité de ministres, ce ne sera point une exagération si je conclus que tant de crimes qu'on y commet doivent être comptés pour autant de profanations; qu'un entretien, même indifférent, à raison de sa durée y renferme deux offenses grièves, l'une particulière et d'omission à ces saints jours où le sacrifice esl commandé, l'autre commune et d'irrévérence ou de commission à quelque temps et à quelque jour que ce puisse être ; que celui-là ne satisfait point au commandement de l'Eglise, qui sans nulle \igilance sur-soimême, sans nul effort pour se recueillir dans la plus grande action du christianisme, laisse impunément et volontairement son esprit se disti'aire : si, dis-je, je lire toutes ces conséquences, c'est sans craindre d'excéder, puisque je parle d'après les plus sensés et les plus savants théologiens.
Qui le croirait, mes frères? (souffrez que, sans insister sur les autres, je m'attache surtout à ce désordre que déplorait le prophète Ezéchiel, et dont il faisait une peinture si conforme à ce qui se passe tous les jours parmi nous) qui le croirait, si tant d'épreuves ne nous l'avaient pas appris et ne nous l'apprenaient pas encore, qu'un chrétien choisi de Dieu pour lui offrir un sacrifice tout divin et tout adorable, voulût fau'e du temple même un lieu de plaisir et du plus infâme plaisir ; qu'il regardât le sacrifice comme une occasion favorable à son impudicité ; qu'il n'y vint que pour y trouver l'objet de sa passion, que pour l'y voir et pour en être \u, que pour lui rendre des assiduités, que pour lui marquer, par de criminelles complaisances, son attachement, que pour se livrer aux plus sales désirs d'un cœur corrompu? C'est avec douleur que j'en parle et que je révèle
votre honte, mais je serais prévaricateur si je la dissinudais; et il vaut bien mieux, comme dit saint Cypricu, découvrir nos plai«spour les guérir, que de les cacher sans espérance de remède. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les l*èrcs s'en sont expliqués. Saint Jérôme et saint Chrysostome n'y apportaient pas plus d'adoucissement que moi, quand ils disaient que l'iimocence et la pudicité cornaient autant de risques (ne pouvaient-ils pas dire plus de risques?) dans les su/nts lieux que dans les places pubUques ; qu'il était quelquefois aussi dangereux pour une femme chrétienne, ou plutôt pour une femme mondaine, de paraître au sacrifice, que danslescercleset les assemblées du monde ; qu'autrefois on consacrait les maisons des chrétiens pour en faire des temples à Dieu, mais que, dans la suite, les temples de Dieu étaient devenus des maisons d'intrigues et de commerces. Ce sont leurs expressions, que vous entendrez comme il vous plaira ; mais, de quelque manière qu'elles dussent être alors entendues, ce qui me fait gémir, c'est qu'elles se vérifient presque parmi nous dans toute la rigueur de la lettre, et que la calomnie suscitée du temps de Tertullien contre les fidèles, savoir, que les plus honteux engagements se formaient et s'entretenaient à la faveur des autels : Inter aras lenocinia tractari; que ce reproche, dis-je, qui fut, dans ces premiers siècles, une imposture, ne soit dans le nôtre qu'une trop juste accusation.
Avec cela, chrétiens, êtes-vous en état d'assister au sacrifice en qualité de victimes? êtesvous en état d'y être immolés vous-mêmes avec Jésus-Christ ? et n'est-ce pas ainsi toutefois que vous y devez être encore présents ? Ecoutez la preuve qu'en donne saint Augustin. Car, dit ce saint docteur, Jésus-Christ et l'Eglise ne faisant qu'un même corps, il est impossible que l'un soit immolé sans l'autre. Puisque cet Homme- Dieu est le chef de tous les fidèles, et que tous les fidèles lui sont unis comme ses membres, il faut qu'en même temps qu'il est sacrifié pour eux, ils le soient pareillement avec lui ; et que, par une admirable retour, ce Sauveur du monde ofTre à Dieu toute l'Eglise dans sa personne, en vertu d'une action où lui-même il est ofTcrt h. Dieu par toute l'Eglise : Cum autem sit Christus Ecclesiœ caput, et Ecclesia Chrisli corpus, tam ipsa per ipsum, quam ipse per ipsam débet offerri. Théologie divine, et d'où il s'ensuit que nous ne devons donc aller au sacrifice de notre Dieu qu'avec le généreux sentiment de l'apôtre saint Thomas, je veux dire que pour y mourir spirituellement avec Jésus-Christ : Eamus et
SEPMON POrn LV. LUNDI DE LA OT'ATRlflME SEMAINE.
f»05, t-t moriamur cum eo '. Or, coinincnt y paiail un clnéliiMi ainsi dispose'? Uoprôscniez-vons, mes frères, l'élal de ces anciennes viclinies qu'on iniraolail au Seigneur el qu'on mollait sur l'autel : elles étaient liées, elles étaient privées de l'usage des sens, elles étaient brûlées du feu de l'iiolocausle; voilà votre modèle. Comme victimes de ce sacrilice non Siuiglant que vous présentez et où vous êtes pivsonlés vous-mêmes, surtout comme victimes spirituelles et raisonnables, selon la parole lie saint Pierre : Sjiirituales hostins 2, il faut que la religion vous lie, et qu'elle vous tienne respectueusement ap[)liqués au saint Diyslère; il faut qu'elle vous couvre les yeux, et qu'elle les ferme à tous les objets de la terre ; il faut qu'elle vous consume du feu de la charité. Mais si vous imitez le crime des successeurs d'Aaron, si comme eux vous portez dans le tabernacle un feu étranger, si c'est une habitude \icieuse qui vous y conduit et qui vous y retient; si, bien loin d'y captiver vos sens, vous leur donnez là toute licence : ah ! mon frère, conclut saint Chrysoslome, vous êtes toujours alors une victime, mais une victime de malédiction : une viclimc non plus de la miséricorde, mais delà colère et de la vengeance de Dieu.
N'est-il pas surprenant, chrétiens, comme l'a observé le savant Pic de la Mlrande, que de tant de religions qui se sont répandues dans le monde el qui y ont si longtemps dominé, il n'y ait eu que la religion de Jésus-Christ dont les temples aient été profanés par ses propres sujets ? On a bien vu les llomains violer le temple des juifs, on a vu les chrétiens briser les idoles du paganisme : mais a-t-on vu des païens s'al laquer eux-mêmes à leurs dieux et souiller les saci ifices qu'ils leur o 'Vaient ? Pourquoi celte dilïéience ? En voici, ce me semble, une raison : c'est que l'ennemi de noire salut ne va point tenter les païens, ni les troubler au milieu de leurs sacrifices, parce que ce sont de faux sacritices , et qu'il reçoit lui-même l'encens qu'on y brûle. Au lieu qu'il emploie toutes ses forces pour nous détourner du sacrifice de nos autels, et pour nous en faire perdre le fruit, parce que c'est le vrai sacrifice, le grand sacrifice, un sacrilice également glorieux à Dieu et salutaire pour nous. Ainsi, mes frères, à quelques désordres que soit exposé le sacrifice de nolic religion, n'entrons pour cela en nulle défiance de la religion même que nous professons et de la pureté de son culte. Malgré tous nos désordres, elle est toujours sainte, puis-
) Joan., ZJ, 16.— ' IPetr., u,6.
qu'elle les condamne tous. Mais rentrons dans nous-mêmes , confondons-nous nous-mêmes; disons-nous à nous-mêmes , avec un célèbre écrivain de ces derniers siècles, qu'il faut (|ue la religion de Jésus-Christ soit une religion plus qu'humaine, puiscju'elle se soutient toujours, mal;4ré l'inéligion des chrétiens ; et qu'il faut aussi (jue l'irréligion des chrétiens soit bien obstinée et bien em"icinée, puisqu'ils sont si impies parmi tant de sainteté. Sacrifice de la messe, sacrifice souverainement et doublement respectable, parce que c'est à Dieu qu'il est offert, et quec'est un Dieu qui yestoffert. Comincc'cstDicu même qui en est l'objet, c'est encore un Dieu qui en est le sujet ; vous l'allez voir dans la seconde partie,