SUR LE SACRIFICE DE LA MKSSE
Toyoz avoc quoi soin lui-inùiiic il les ydisposail; COiiiMoii lio |)iri'i'[)tes, coiiibicii do léiriiioiiios,
; coiiibiiMi (io piaticiues, combien de purilicalions il leur pivscrivail. A peine les livres entiers de rÉcriliMc ont-ils snlli i)onr leur en traeer les
' règles, et [)our leur laire onlendre sur cela ses ordres. Mais a>!n)irez eneore plus la constance et l'inviolable lldélité de ce peuple, d'ailleurs si indocile et si j^rossicr, ;\ s'acquitter de ce devoir. Dans les plus pressantes exlréuiités, dans rembarras et le désordre des guerres, dans le Sit^ge mèuie de Jérusalem, rien jamais ne les fit manquer j\ ce culte extérieur, ni i\ la solennité de leurs fêtes etdes sacrifices ([ui leur étaient ordonnés. Jusque-là, disait du temps même des apôtres un ancien auteur, (jue le général de rarmée romaine en parut sur[)ris, et que tout païen, (ont ennemi qu'il était, il en fut touché, et ne put refuser des éloges à leur zèle et à leur religion : Stupt'bat Pompi-ius ocrt',<virnru)Hanimos, aquibf's in mediobL'lli fnivn', sacrunim reverentiœ nihildef'uit^. Tel était locaracièie de celte nation. Le Sauveur du monde leur reprocha tous les autres vices, mais il ne les accusa ja^iais d'impiété dans les sacrifices qu'ils présentaient à Dieu. Cependant, chrétiens, dans leurs sacrifices les plus solennels , qu'avaienl-ils autre chose que les ombres seulement et que les figures du sacrifice de la loi nouvelle ? Mais c'était assez pour eux, reprend sahit Augustin ; c'était, dis-je, assez pour leur rendre vénérables jusques à ces ombres et à ces figures, que ce fussent les figures et les ombres du grand sacrifice que les prophètes leur annonçaient dans la suite des siècles. C'était assez pour les saisir d'une sainte hoireur toutes les fois qu'ils assistaient à l'iumiolation de ces victimes, qui, quoique viles et abjectes , leur représentaient cette victime pure et précieuse, cette hostie divine qui devait être immolée pour eux et pour nous. Or, qu'eussent-ils pensé, qu'eussent-ils fait, s'ils eussent vu, comme nous la vérité ? et que devons-nous penser, que devons-nous faire nous-mêmes? Sur cela, mes cliers auditeurs, voici trois considéralions que je me contente de vous proposer, plutôt par forjne de méditation que de discours, et par OÙ je finis en me les appliquant à moi-même. Ne les perdez pas.
Première considération. Quand je vais au sacrifice que célèbre l'Eglise, je vais au sacrifice de la mort d'un Dieu ; le même qui fut offert sur le Calvaire, le même que Jésus-Christ consomma sur la croix, le même où ce Dieu-Homme consentit, pour parler avec l'Apôtre, à être
• Hegesip.
détruit cl anéanti. Ce n'est point une su|tpo8ilion, c'est un |)ointde foi. J'assiste à un sacrifice doid, réellement et sans figure, la victime est le Dieu mi'mc «pie je sers et que j'adore. Par consé(pietd, dois-je conclure et (levez-\ous conclure avec moi, si, par mes respects et mes adorations, je ne relève pas autant qu'il m'est possible, les abaissements de ce Dieu Sauveur; si j'ajoute aux hiuniliations de sa croix, qui sont ici renouvelées, celles qui lui viennent de mes irrévérences et de mes scandales; si, le contemplant sur l'autel, mon c(Kur ne se brise pas, comme les pierres se fendirent au moment qu'il expira ; si celle hostie mourante ne fait pas naître dans mon àme une componction aussi vive et aussi religieuse que le fut la douleur du centenier et celle des juifs qui se convertirent à sa mort; si, par de sensibles outrages, j'insulte encore à son agonie, comme les soldats et les bourreaux qui l'avaient crucifié ; aii ! ne suis-jc pas digne (iet>es plus rigoureuses \ engeances, et ne faut-il pas me traiter d'anathèiue /
Seconde considération. Pourquoi ce Dieu de miséricorde s'innnole-t-il dans le sacrifice de nos autels ? Pour nous apprendre, disent les Pères, ce que nous ne pouvons apprendre que de lui ; pour nous aider à faire ce que nous ne pouvons faire sans lui et que par lui, je veux dire à honorer Dieu autant que Dieu le mérite et qu'il le demande. Car c'est pour cela, reprend saint Thomas, qu'il a fallu un sujet d'un prix infini, et offert d'une manière infinie. Or, ce sujet d'un prix infini, c'est Jésus-Christ dans le sacré mystère : ce sujet offert d'une manière infinie, c'est Jésus-Christ en état de victime , en état d'anéantissement, et sacrifié selon la prédiction de iialacnie, dans tous les temps et dans tous les lieux du monde . Voilà ce qui était dû à Dieu, et de quoi l'Homme- Dieu est venu nous instruire aux dépens de luimême. Ce sacrifice de son corps et de son sang est la preuve authentique qu'il nous en donne, et la perpétuelle leçon qu'il nous en fait. Que nous dit-il donc cet exceileiit Maitre, autant de fois que nous nous présentons à son sacritice ? C'est là, mes frères, que son sang, ce sang adorable, plus éloquent que celui d'Abel, semble nous crier sans cesse, et nous faire entendre ce que le même Sauveur disait aux juifs : Ego honorifico PatremK Vous voulez savoir ce que je fais ici: j'honore mon Père, je glorifie mon Père, je satisfais à la justice de mon Père ; je répare les injures qu'il a reçues et je rétablis ses intérêts ; je fais triompher sa miséricorde, éclater sa puis-
SERMON POUR LE LUNOI DE LK QUATRrftME SEMAINE.
sance, t'onnattrc sasi\inlel(^; je lui rends, et à toutes ses pcrfiiclions, des hommages proportionnés :\ sa grandeur. Tel est le dessein qui me fait descendre invisiblcment siu* cet autel, qui me fait prendre entre les mains des prêtres connue une seconde naissance, qui me fait subir dans le môme sens comme une seconde mort : Ego honorifico Patrem. Oui, chrétiens, c'est ce qu'il nous dit; et si nous ne profilons pas de son exemple, écoutez ce qu'il ajoute : Et vos inhonorastis me '. Mais vous, ne semblc-t-il pas que vous preniez à tâche de détruire, parle plus criminel attentat, tout ce que je rends d'honneur à mon Père par le sacrifice de mon humanité ? et n'est-ce pas sur moi que retombent tous les outrages qu'il reçoit de vous ? J'obscurcis toute ma gloire, et je m'ensevelis tout vivant en sa présence ; et vous vous élevez devant lui et contre lui. Je lui offre dans ma personne un Dieu humilié, un Dieu soumis et obéissant ; et vous venez étaler avec ostentation devant ses yeux le faste du monde et le vain éclat d'une pompe humaine . Je lui présente dans mon corps une chair innocente et virginale; et vous cherchez jusqucs à son autel de quoi exciter et de quoi nourrir les brutales cupidités d'une chair criminelle et impure. Je travaille à répandre le feu de son amour, d'un amour tout sacré et exprimé de son sein môme; et vous ne pensez, jusque dans son temple et à ses pieds, qu'à inspirer, par des nudités immodestes, par des postures indécentes, par des airs libres et sans pudeur, un amour sensuel. J'emploie tous les attraits de ma grâce à sanctifier les âmes et à les lui attacher; et vous employez tous les artifices et tous les enchantements de votre mondanité à les corrompre et à les lui dérober. Est-ce ainsi qu'on l'honore ? ou n'est-ce pas ainsi qu'on lui marque le mépris le plus insultant, et que l'on renverse tous mes desseins ? Et vos inhonoraslis me. Mais voulez-vous en effet, chrétiens, l'honorer, et l'honorer autant par proportion qu'il le doit être, et qu'il l'attend de vous ? Allez, comme Jésus-Christ obscur et caché, vous prosterner devant cette Majesté suprême, et faire à la vue de ses grandeurs une humble confession de votre indignité. Allez, comme Jésus-Christ obéissant et soumis à la voix de ses ministres, relever son pouvoir par les sentiments d'une soumission parfaite, et par tous les témoignages d'une obéissance entière et sans réserve. Allez dans un esprit de sacrifice, comme Jésus- Christ immolé, lui présenter les hommages de son Fils, les abaissements de sou Fils, le sang de
' Joan., Tiu, 49.
son Fils, ses souffrances, sa passion, sa mort, tous ses mérites, et vous les appliquer, pour être plus en état de le glorifier. Allez vous dévouer vous-mômcs, vous immoler vous-mêmes, sinon par une véritable destruction de vousmômcs, au moins par une mort spirituelle et par une totale destruction des désirs déréglés de votre cœur. Ainsi vous l'enseigne ce Dieu victime de la gloire d'un Dieu, et en cette qualitémême de viclimc, votre modèle : Ego honorifico Patrem,
Troisième considération. Que faitencore Jésus- Christ dans ce sacrifice? Achevons, chrétiens, de nous confondre et rougissons de notre insensibilité. Non-seulement il apprend aux hommes à honorer Dieu, mais il y traite de leur réconciliation avec Dieu. Comme médiateur, il plaide leur cause, et il offre le prix de leur rédemption. Il ne se contente pas de dire qu'il glorifie son Père : Ego honorifico Patrem; mais s'adrcssant à son Père môme, et lui montrant les fidèles assemblés, il lui dit d'une voix secrète: Ego pro eis sanctifico meipsum i ; c'est-à-dire, suivant l'explication de saint Jérôme : Je me donne moi-même, je me sacrifie moi-môme pour eux. Paroles, ajoute ce saint docteur, qui convenaient aux victimes, et dont, pour la première fois, ce Sauveur des hommes se servit, lorsque actuellement il instituait cette divine Pàquc, où il se consacrait en effet lui-môme pour les péclieurs : mais paroles qu'il répète encore tous les jours, et qu'il répétera jusques à la fin des siècles, autant de fois qu'on l'offrira sur nos autels : Ego pro eis sanctifico meipsum. Oui, mon Père, c'est pour eux que je suis ici piésent; c'est pour tous les hommes en général, cl en particulier pour mon Eglise; c'est spéciament pour ceux que vous voyez dans votre maison et auprès de votre sanctuaire, occupés maintenant ou devant l'être, à ce mystère de salut, lleccvez-les, mon Dieu, dans votre grâce; ils sont criminels, mais me voici à leur place pour vous satisfaire ; et que ne peuvent point réparer les satisfactions infinies d'un Dieu comme vous? Ego pro eis sanctifico meipsum.
Ah! mes frères, reprend saint Bernard en s'écriant, et réduisant à une figure sensible celte importante vérité; ma cause était désespérée et j'étais perdu; le souverain juge allait prononcer contre moi un arrêt de mort ; mais le (ils unique du prince vient aie savoir, et que fait-il? touché de compassion, il se substitue pour moi, et il veut lui-même porter la [)eine de mon péché. Dans celte vue, il sort de son p;ilais ; il dépose toutes les marques de sa dignité, il gémit, il
I Joan., XVII, 19.
sim !,K SArniFicF. m \.\ mkssk.
AZZ
prie, il va s'offrir ^ la justice tlo son pure. IIoUl' imago, chi*Hi(Mis, de ce que fail Jésiis-Chrisl dans le sarrilire de son emps et de son sanj^. TonlelVHs, ponrsnit sainl Hernard, sans ùlrc ins- Iniil du pt'ril où je nie tivnivais exposé, bien loin d'y penser, je nfarriMais ;\ ini vain divertissenit'iil. Mais tout ;\ cou;) j'aperçois mon roi, je le v(tis |>énitt*nt et humilié, je m'appr()clie, j'en demamle la raison ; enfin j'api)rends que c'est de moi (pi'il s'agit et que c'est pour moi qu'il s'est livré. C'est ce que nous voyons si souwnl nous-mêmes, mes cliers auditeurs, sur cet autel. Or, eonelul I > m>me l^ère, oserai-jc encore retourner il mes premiers amusements ? que «îi!^-je? oserai-je encore me faire du sacrifice de mon Sauveur un amusement et un jeu ? et sei ai je assez insensé pour mèlei" h ses gémissements et à ses larmes des ris profanes et scandaleux? Adhucne ludam et ih'ludnm lacrymm ejiis ? Pensée touchante que saint Jean de Jérusalem exprimait en des termes moins figurés, mais non moins énergiques ni moins pressants. Examinez, disait-il, considérez ce qui se passe. C'est pour vous que l'autel est dressé : Pro te mensa mtjsteriis exstructa est. C'est pour vous que l'Agneau va être immolé : Pro te Agnus immolatur. C'est pour vous que le prêtre s'intéresse et qu'il sollicite : Prote anqitur sacerdos. Vous êtes le coupable dont on ménage la grâce, et ce sacrifice est le pacte même et le contrat en vertu duquel elle vous est accordée. De là jugez cpiels sentiments vous doivent donc occupei dans ce sacrifice d'expiation. Ne sont-ce pas ceux d'un pécheur contrit et d'un pécheur reconnaissant? D'un pécheur contrit : car c'est par celle pénitence du cœur, par cette contrition du cœur, que doit être, pour ainsi dire, scellé et ratifié le traité de paix qui se négocie entre Dieu et vous ; et comne l'apôtre accomplissait dans son corps ce qui manquait à la passion de Jésus-Christ, c'est par là, selon le même langage, que nous devons accomplir ce qui manque au sacrifice de Jésus-Christ. D'un pécheur reconnaissant, au souvenir et à la vue des miséricordes infinies d'un Dieu qui, tout ofîensé qu'il est, tout juge qu'il est, se fait luimême, pour vous racheter, votre rançon et le gage d 3 votre salut. David disait : Que rendraijeau Seigneur pour tout ce qu'il m'adonne? Quid retribuam Domino i ? Je prendrai le calice de mon Sauveur, ajoutait le même prophète, et j'invoquerai le nom de mou Dieu : Calicem sa- Iiitmis accipiam, et nomen Domini invocabo 2. Ce n'est pas assez, poursuivait encore ce saint roi;
' Psalm., cxv, 12. — - Ibid. 13.
B. — ToM. I.
mais, en iiivo(piaut le Sei{?neur, je le bénirai mille fois; el, sans oublier jamais les grAcesilont il m'a comblé, je lui préseiilerai sans cesse le juste tiibut de mon amour el le sacrifice de mes louanges : Laiidait-i invocabo bumiuum '. Voilà ce (pii doit faire chaque joiu', devant l'autel, notre pluscommim entretien.
l\Iais peut-être, mes cbeis auditeurs, n'êtesvons pas bien persuadés de la vérité et de la grandeur du divin mvsl'Ue dont je vous |iarle, peut-être une infidélité secrète est-elle la source de tant de désordres (pii s'y commettent : car il en faut venir au principe. Quand on vous dit que ce sacrifice est le renouvellement de la mort de votre Dieu, et comme la consommation du grand ouvrage de voti'' «^alut, peut-être avezvous peine à le comprendre. Or, sur cela, sans entreprendre de vous convaincre, je n'ai qu'un simple raisonnement à vous opposer, et c'est par là que je finis. Ou vous croyez ce que la foi nous enseigne du sacrifice de notre religion, ou vous ne le croyez pas : quelque parti que vous preniez, vous êtes sans excuse; car si vous le croyez, si, dis-je, vous croyez que c'est un sacrifice offert au vrai Dieu, et où le vrai Dieu luimême est offert, je conclus que vous êtes donc, en quelque sorte, plus criminels que les juifs, plus criminels que tant d'hérétiques dont vous avez en horreur les sacrilèges profanations. 11 est vrai, les juifs ont crucifié, comme parle saint Paul, le Seigneur de la gloire : mais, en le crucifiant, ils ne le connaissaient pas ; et s'ils l'eussent connu, dit l'Apôtre, ils n'auraient pas porté sur lui leurs mains parricides : Si enim cognovissent, nunquam Dominum gloriœ crucifixissent 2. Il est vrai, les hérétiques ont porté le feu et le fer dans ses temples, pour les détruire ; ils ont souillé ses autels, ils ont brisé ses tabernacles, ils l'ont lui-même foulé aux pieds ; mais en cela même, après tout, ils agissaient conséquemment à leur erreur. Au lieu que, par une contradiction insoutenable, fidèles et infidèles tout ensemble, fidèles de créance et de spéculation, infidèles de mœurs et de pratique, vous profanez ce que vous adorez. Que si d'ailleurs c'est absolument la foi qui vous manque, si vous ne croyez pas Jésus-Christ présent dans ce que nous appelons son sacrifice, pourquoi donc y assistez-vous ? Que ne levez-vous le masque, et pourquoi vous faites-vous un devoir de célébrer avec nous nos fêtes, et d'obéir à une loi qui, selon vos fausses idées, n'est plus un co nmandement ni une obligation pour vous ? Ah ! chrétiens, à quoi nous réduisez-vous ? à
Psalno., XVII, 4. — » I Cor., il, 8,
4Si SEIIMON POUR LE MEUCREDI DE LA QUATUM- iVfE SEMAINE.
Jouter (le votre foi, h souhaiter que vous vous terner devant lui, nous unira lui. Nous irons lui
relrancliicz île la communion ili\s fidMcs, que pn'scnler nos iiominagos. cl il los a^ri^ora ; lui
vous vous l)imuis^iez vous-mc^mcs de nos as- oITrir nos vanix, ot il lesécontora; lui dcmaiiileia
semblt^t»s cl que vous n'ayez [dus de pari h nos ses grâces, cl il les versera sur nous avec ajjon-
cérémotiies. Que dis-jc ? non, mes Irèies, ce dance. Nous irons réparer nos scandales passés,
n'est point l;Ue souhait que je lorme; j'allends édider l'Eglise, nous sanctifier nous-nK^mes.
tout un aulre huit de ce discours. Nous irons Nousirons nous laver, nous purifier dans K- .«;anfr
toujours à la .sainte montagne, sacrifier au Sei- de colle divine hostie, (pu doilùlre pour lious
gneur; mais ce sera désormais le SciguiMU' lui- le prix de l'éternité bienheureusii, où vous con-
môme qui nous j allirera. Nous irons nous pros- dui^e, etc.
SERMON POUR LE MCRGREDI DE LA QUATRIEME SEMAINE. SUR L'AVEUGLEMENT SPIRITUEL.
ANALYSE
SvJET. torsqvc Jérus imssait, il vit un homv^e qui élailavcngfe dès sa naiasance.
Ce."!! dans n- miracle que s'accomplit ce jugement adorable dont parlait le Fils de Dieu, lorsqu'il (lisr.jt : Jt .cin'î tvni/ dam le monde ; el le jugement que j'y dois exercer est que ceux qui ne voient pas verront, et que ceux qui voient cexsiront de voir. Car comme Moïse partagea autrefois (cllement l'Egypte, que tout ce qui était habité par les Egy|>ticns se Iroiiva couvert de ténèbrts, tandis que les israûlites jouis?aienf d'un jour pur et serein : ainsi, au même temps que Jésus-Christ éclaire i'avecglené, il aveugle les pharisiens, qui étaient les siiges et les spirituels du judaïsme. Jugement qui se renouvelle encore tons les jouri parmi nous. M;iis sans m'arrêler à ce qu'il ade favorable pour les uns sur qui Dieu répand salumière, je veux seulement vous le reprtsenter dans ce discours parce qu'il a de terrible et d'effrayant pour les autres, que Dieu frajqic d'un aveugleuienl intérieur qui va jusqu'à l'âme, et qui la tient plongée dans les pins grossières et les plus funestes erreurs.
DivismN. l'oint de matière sur laquelle l'Ecriture se soit exi)li(iuée en des ternies plus différents que sur l'aveuglement spirituel. Mais pour accorder ensemble tous ces textes derKcrituie, je distingue, avec saint Thomas, trois sortes d'aNeuf^lements : un aveuglement qui de lui-même est péché, un aveuglement qui est la cause du péché, et un aveuglrmenl qui est l'elfet du péché. Sur quoi je dis que l'aveuglement qui de lui-même est péché, est datons les péchés le plus pernicieux el le plus contraire au •alut: première |tartie. Que l'aveuglement qui est cause du pCcbé, est communément, pour servir de pivlexte au péché, l'excusç Il plus Irivo'e el la moins recevable: deuxième partie. Enfin, que l'aveuglement qui est l'eflel du péché, est la peine la plus terrible dont Dieu dans cette vie puisse punir le pécheur : troisième parlie.
pREMiÈKK PARTIE. Aveuglement péché, c'est-à-dire qui de lui-même est criminel, pourquoi ? parce qu'il est volonlairc et affecte. Tel est l'aveuglement des libertins et des prétendus aihées, ijui dans eux-mêmes et dans les seules vues nature les ont des lumières plus que suffisantes pour connaître Dieu, et par conséqucnl ne peuvent cesser de croire en lui que parce qu'ils qC teulent pas s'assujeiiir à lui, et qu'à force de l'onènser ils |)ai viennent enfin à l'oublier et ensuite à le méionnaîire. Excellente idée que lerlullien donn.'wt autrefois de l'athéisme. Tel est raveiiglemenl de certains hérétiques de mauvaise loi, qui ne demeurent dans leur hérésie que parce qu'ils sont déterminés h n'en revenir jamais. Tel est l'aveuglemenl des sensuels et "des voluptneux, qui, pour goùler avec moins de trouble leurs infâmes plai>irs, ne veulent pas mèmecntendi-e parkr des véiilés éternelles. Tel est l'aveuglement de certains esprits pleins d'eux-m^mes qui, par un effet |)itoyaltle de leur orgueil, ne peuvent supporter la vérité, dès que la vérité les liumibe; qui non-seuUnienl ne veulent pas voir leurs défauts, (pioiiiue gro.ssiers, mais veulent mimo qu'on leur applaudisse jusque dans leurs faiblesses. Tel est l'aveuglement d'une infinité de clir< liens, qui ne Tcultnt pas séclaircir sur certains faits, t^ur certains douces, sur certains troubles de conscience, parce qu'ils sentent bien qu'ils ae sont pas dans la disposition d'accomplir des devoirs à quoi cet éclaircissement leur ferait voir qu'ils sont obligés: A'oJuï< intelligere ut bene agerct.
Or, j'ai'dit, et il est vrai que de tous les péchés dont l'homme est capable, il n'y en a point de plus pernicieux ni de plus contraire au salut. 1" Parce que cet aveuglement volontaire exclut la première de toutes les grâces, qui est la lumière divine; el^ l»ar l'exclusion de celte première grâce, arrête toutes les autres grâces que Dieu tenait en réserve dans les trésors de sa miséri. corde, el par oii il voulait nous conduire el nous attacher à lui. 2° Parce (jue cet aveuglement volontaire nous ote non-seulement [a luniicre, mais le désir d'avoir la lumière. 3° Parce que cet aveuglement nous donne même une volonté tout opposée, et nous fait fuir la lumière, sans laquelle néanmoins nous ne pouvons parvenir au salul.
Ce iH'ché donc met Dieu lui-même dans une espèce d'impuissance de nous sauver, el l'oblige à nous dire, quoique dans un autre sens, ce que Jésvis-Christ dit à l'aveugle de Jéricho : Quid libi vis faciam ? Que veux-tu, pécheur, que je fasse pour toi ? Que je le sauve sans grâce ? cela ne se p. ut. Que je te donn- des grâces sans lumière ? il n'y en eut jamais de la sorte. Que^ par des lumions forcées, jeté sauve ma'gré toi '? ce n'est point I ordre de ma iHOvidence. Que, par un miracle spécial, je change les lois de celle providence 'l ma justice s'y oppose, el ma miséricorde même ne l'exige pas.
Je sais que Dieu, malgré nous, peut nous éclairer : mais il est toujours vrai que quand nous haïssons, quand nous fuyons cette lumière, nous formons tout l'obstacle à notre salut, qu'une créature de sa part y peut former. El voilà [wurquoi je voudrais que tous ceux qui m'écoutenl fissent tous les jours à Dieu cette prière que faisait David: Revcla oculos meos ■■ Seigneur, éclairezmoi, el ouvrez-moi les yeux. Si je vous den.ande votre lumière, ce n'est point pour me rendre plus habile dans les affaires du monde , mais | our n'ignorer rien dans ma coudiliou de toutes vos volontés el de toutes mes obligations ; Da miht tnielkctum, Ht eciam juJiiilkationes tua$
SUR i;av fi; ne MOMENT srrMTFif-L. i3js
I>ri M^Mc pvinif. Avcuçîleincnt, cniiM> (lu |u'ilu'. Aiiwi losjiiiN niirilléroiii Jcsus-dlirist, p.irce qu'il* ii/« |f connaisnaieiil pas. Avwii^'lfiiteiit lri'8-oriliiiiiii-e daiu lu clirisliaiiismo. Coinltien Ioiih lus jour» comiin't-oii do iii'uli/"* eonlir» la jUNlicr-, rorilre lacliarJlé, ooiiiro lu pureti^, «aiu savoir, el parce (|u"on nu sait pas i|iii> ru sonl dcn pi-cliéii ? Or, on dctnaii le k! cel avpii„'leiiiinl. qui est la cause du p6clii^ peut toujours devant Di.'U nous tuMiir li.-u doxeusc et nous justilicr ? umi» ni rola était, piMinpioi David «uia'l-il demaiidi' h Dieu i|u*il ouhliAl ses ifjnoranees passc^cs?Jû vais plus loin, et je soulieu» (pio noii-sculLiiiriit notre l^'niM-anee n'o^t pis toujours une kV^'iliino exeuie, mais ([ircllc ne l'est pre'»(pie jamais pour la plupart îles rlin-tii-n», pane nue dans le siéi-le où nous vivons il y u tro|t do luuii.tres pour pouvoir s'autoriser de ce prétexto Si jc ne vous avais pas pai Ir, di* s;iil le Fils lu Oieu .lux juifs, volri? inrrii liiiili^ serait exeusible; mais mainienaut i|ue vous m'avez, entendu, vous n'avez plu» (IVxrn<!pi dans votre \)ivM. Appliquez-vous ce reproche, (a)uibien avez-vous do prûdiiateurs et de maîtres pour vous inttruire ?
Mais enlin, nio dircz-vous, malgré cette abondance de lumière, on ignore cent choses essenlielles au salut, surtout h IV-gard de certains devoir^. Mais ii cela je réponds ce que répixidit l'aveuj^le-né aux piiarisiens, qui lui disaient qu'ils ne connaissiiL-nl pas Jésus-Christ: In hnc mirabile e-tl quia vo'i nrscitis unde sil, vt aperuit oculos mcos: Il est étonnant qm- vous ne sachiez pas d'où il est, et qu'il m'ait rendu la vue. Ainsi, chrétiens, est-il bien surprenant que nous |)écliions tous les jours par ignorance et que Dieu ail si abomlamment pourvu it noire instruction : In hoc mirabile est. Ils ont Àloisc el les prophètes, dit Abraham, uu nnuvais riche qui lui demandait que (|uel!juun des morts allât instruire ses frères: llabenl Mo\fiem cl jtropitelas. Voilii ce tpii' Dieif dit de nous-mnnes, ou nous dit i» no'is-miJmos pour notre conlamn ition. Quand nous péchons alors (lar ignorance, noire péché est inexcusahie: pourquoi? parce que nous agissons, ou contre nos propres lumières, ou du moin; contre nos doutes, (.'..ntp.' nos propres lumières: car il n:)us re^te toujours dans notre ignorance morne certaines lumières confuses (|ui nous suturaient pour éviter le péché, si nous voulions nous en servir, et cpii ne nous deviennent inutiles que faute de réll-xion. Contre nos iloiiles : car, quand même n.nis n'aurion< pas assez de lumières |iour jugor, nous en avons souvent assez pour lijuler.
Souvenons-noMs ipie la première de toutes les obligations est de savoir. Examinons-nous sur ce principe ; et ne nous l'appliquons pas seulement !i nous-m'-mes, mais étendons-le sur tous ceux dont Dieu nous a chargés. Vous avez des enfants, vous avei des domestiques : leur ignorance ne les excusera pas ; mais elle vous excusera encore moins qu'eux. Car, s'ils sont obligés de s'instruire, vous êtes obligés de pourvoir à ce qu'ils le soient.
Tkoisikmk l'ARTiE. Aveuglemcnt, eflet du péché. Il est constant que Dieu aveugle quelquefois les homnies ; et quand l'aveuglement des hommes entre dans l'ordre des décrets lUvins, il est de la loi que c'est un effet du péché, [larce que c'est une des peines dont Dieu punit le péché, selon cette parole d'Isaïe ; Excœcavit Deus oculos eorum. De savoir de quelle manière s'accomplit une telle punition, c'est ce que jc n'entivpreuu's pas d'examiner. A pren.lre les termes de l'Ecriture dans toute leur rigueur, on dinit que Dieu, par une action réelle et positive, opère cet aveuglement intérieur: mais à les prendre diins la vérité, il faut dire avec saint Augustin que, si Dieu nous aveugle, c'est par voie de privation, en retirant ses lumières, et non d'action en nous imprimant l'erreur. Il y a plus, et j'ajoute, après ce même saint docteur, que Dieu jamais ne nous prive alisoliimcnt de toutes les hnirères de sa grâce, mais seulement de certaines lumières de faveur et do choix, avec lesquelles on agirait, et sans lesquelles on n'agit point.
Or, je prétends que cet aveuglement est le châtiment de Dieu le plus rigoureux. Aussi le prophète Isaïe n'en d•'mand^it point, d'autre pour venger Dieu des infidélités de son peuple: Exci»ca cor pojmli hujus. Ce qui le rend si terrible, c'est que l'aveuglement e>t un mal pur, san.> aucun mélange de bien. Tous les autres maux de la vie peuvent être, si nous le vouions, des moyens de salut, ou comme peines médicinales, ou comme peines salisfactoires, ou comme peines mJriloire<. iMais l'aveuglement est un mal stérile, qui ne nous sert ni de remède, ni de pénitence, ni de mérite. En quoi ce châtiment ressemhle à celui des réprouvés.
Apres cela, conclut saint Augustin, dites que Dieu d;s cette vie ne punit pas spécialement U s pécheurs et les liiinrlins. Si ce Dieu vengi ur n'a pas encore exercé sur vous cette justice si sévère, c'est qu'il a usé envers v jus de misériror le. .Miiis qui sait s'il est résolu d'attendre davantage? Qui ne tremblera las dans la pensée qu'il y a un péché que Dieu a marqué comme le dernier terme de sa grâce, je dis de sa grâce efficace et victorieuse ? Quel est-il ce péché? je n'en sais rien. Mais ce que je sais, ômou Dieu, c'est que je ne dois rien oublier pour prévenir le malheur dont vous me menacez.
PralerieKS Je^us. vidi'. homimm c^cim a ,viUvitaU. qyg cllOSB (le pluS prodigiCllX (LmS nOlfC Evail-
Lorsqoe Jésus passait, il vit uu Immme qui était aveugle dès sa gile, OÙ le Suillt-Esprit IIOUS (ait p.irailre clCS naissance (S'^ni /?an, chap. ix, 1.) i
homincs aveugles i)ar le même miracle, (uii sert
Sire, à ouvrir les yeux aux aveugles mènes elà leur
Ce fut un prO(;li;çe bien surprenant que celui rendre l'usage de la vue. En eiïel, le Sauveur du
qui parut dans le monde, et qui est rapporté dans monde, usant de ce pouvoir al)solu qu'il avait
l'Écriture au chapitre dixième de l'Exode, quand reçu de son Père et qu'il exerçait comme Dieu,
Moïse, disposant à son gré, ou plutôt selon l'ordre guérit un pauvre, aveugle depuis sa naiiîsance; et
el le gré de Dieu, des ténèbres et de la lumière, ce miracle produit tout à la lois deux ellels bien
partagea tellement l'Egypte, que tout ce qui était opposés. Il éclaire l'aveugle-né, et il aveu;;!e les
habité par les Égyptiens se trouva couvert dune pharisiens. Il éclaire l'aveugle-né, en lui taisant
obscure et ( t'olonde nuit, en sorte qu'ils ne se connaître, beaucoup plus encore par les yeux de
distinguaient pas les uns les autres; au lieu que l'esprit que par les yeux du corps, l'auteur de son
les israélites, dans l'étendue du même pays, salut, et en l'engageant à l'adorer et a lui rendre
iouissaientd'un air pur et serein : Et factœsunt hommage comme à son Dieu : Etprocideus, ado-
tencbne horribiles iii universel terra jEgypti;.... ravit eum K Et il aveugle les pharisiens, eu leur
ubicumque autemhabitabant filii Israël, luxerai . servant d'occasion pour s'obstiner d.jvaî.lage
Mais j'ose dire, chrétiens, que voici encore quel- dans leur mcrédulité, et pour reiuser plus o^ii-
•Kx»i.,x,22,23. .joan.,ix, 38.
SRRMON POUR 1-E MRnCREDI DE LX QTJATRIf.^IE SP.MAINE.
riftlnMnoiil de se soiiincllrc h la vérité connue. Dcii\ tllflscn quoi coisislail ce jujfcinonl adorablo, mais rodoiiliil)le, dont parlait le Fils de Dieu, et pour lequel il avait été eiivojé. Car je suis venu dans ic nioude, disait-il ; et le jugement que i'y dois exercer, est que ceux qiu ne voient pas verront, et (|uc ceux qui voient cesseront de voir: In jtidirium cçjo in hune mnndum veni, ut qui 7ion vident videaut, et qui vident rœci fiant '. C'est-ù-diie : Je suis venu poiu- guérir raveugieuicnt intérieur des Ames huud)lcs et dociles, qui cherclion' Dieu de honni^ foi, et pour redoubler au contraire, par la soustraelioi) des dons de la grâce, ravetiglement de ces àuies présomptueuses et superbes.que leur orgueil éloigne de Dieu.
Or, voici, chrétiens, ce jugement accompli; car l'aveugle de notre Evangile était un homme simple et ignorant, et les pharisiens étaient les sageset les spirituels du judaïsme. Ccpetulantccs sages demeurent dans une infidélité criminelle, et ce pauvre est rempli des plus pures lumières de la foi. Ces spirituels et ces intelligents deviennent plus aveugles que jamais, et cet aveugle est toutà coup insinul, et péiièlrc ce qu'il y a de plus saint et de plus divin dans la religion : Ut qui non vident videant, et qui vident cœci fiant. Juge?nent qui se renouvelle encore tous les jours au milieu de nous. Mais sans m'arrêter à ce qu'il a de favorable pour les uns, sur qui Dieu répand tontes les richesses de sa miséricorde, je veux seulement vous le représenter dans ce discours par ce qu'il a de terrible et d'effrayant pour les autres, snr qui Dieu déploie toute la sévérité de sa justice. C'est donc, mes chers auditeurs, de l'aveuglement spirituel que je prétends vous entretenir ; de cet aveuglement intérieur qui va jii^ iuesà l'àme, et qui la tient plongée dans les |,1;: :ossières et les plus funestes erreurs ; de c.-; ;iveuglement dont saint Augustin disait en s'auicssant à Dieu: Malheur à ces aveugles qui ne voient point, ô mon Dieu, et dont les yeux, couverts d'un nuage épais, ne découvrent point vos divines vérités 1 Vœcaliginanlibus oculis qui te non vident ! Je vais vous en faire connaître les différentes espèces, après que nous aurons invoqué le Saint-Esprit par l'intercession de Marie : Ave, Maria.
Il n'y a point de matière sur laquelle l'Écriture se soit expliquée dans des termes plus différents et même en apparence plus contraires, que sur l'aveuglement spirituel ; car tantôt elle l'impute à la malice des hommes : Excœcavit
) Joao., u. 39,
illos malitia eorum ' ; tantôt à la vengeance de Dieu : Exeœca cor pipuli hiijus ^ ; tantùt au démon, qu'elle appelle le dieu du siècle : In quibuti deusliujuf^sœculi exco'cavit mentes infideUuïn'-^. Quelquefois elle déi)lore cet aveuglement intérieur comme m d heureux, et d'autres foi>, elle le déteste comme criminel ; qucbpiefois elle en fait un sujet d'excuse: Iqno^ce ?///.<;, iiesciuntenim quid f(iciunt^;c\ il'aulres fois un sujet de reproches : Vœ vobi>i, duces cœci et duces cœcorum'^. Or c'est la diversité, ou si vous voulez, Tapparenle contrariété de ces expressions, qin afailnailrcsur cette matière tant d embarras, et rpn l'a rendue si dillicile h développer. Cependant, pour l'éclaircir aulantqu'il m'est possible, et pour accorder ensemble tous ces textes de l'Écriture, voici le dessein que je me propose, et que je vous prie de bien comprendre. Je distingue, avec le docteur angéliquc saint Thomas, trois sortes d'aveuglements: un aveuglement qui de lui-même est péché, un aveuglement qin est la cause du péehé, et un aveuglement qui est l'effet du péché. Aveuglement, péché; c'est celui qui nous est marqué dans ces paroles de la Sagesse : Leur pro|)re malice les a aveuglés : Exrœcovil illos malitia eorum. Aveuglement, cause du péché : ce fut celui de saint Paul qui disait de lui-même : J'ai été un blasplîémiteur, j'ai été un persécuteur de l'Eglise ; mais du reste, je l'ai été par ignorance : Ignorans feci <>. Aveuglement, effet du péché ; c'est celui dont parlait Isaïe, en demandant à Dieu qu'il aveuglât le cœur de son peu; de : Excœca cor jwpuli hujus. Vous verrez le rapport qu'ont à ces trois points toutes les questions qui regardent l'aveuglement de l'esprit. Mais aupaiavant je fonde sur ces principes de saint Thomas trois propositions qui me paraissent d'une utilité infinie pour l'édification de vos âmes, et qui vont partager ce discours. Car je dis que l'aveuglement qui de lui-même est péché, est de tous les péchés, le plus pernicieux et le plus contraire au salut ; c'est la première partie. Je dis que l'aveuglement qui est cause du péché, est communément, pour servir de prétexte au péché, l'excuse la plus frivole et la moins recevable ; c'est la seconde partie. Je dis que l'aveuglement qui est l'effet du péché, est la peine la plus terrible dont Dieu, dans cette vie, puisse punir le pécheur ; ce sera la conclusion. Aveuglement, comble du péché, vaine excuse du péché ; et, dans cette vie, dernière vengeance du péché : donnez à ces trois points importants toute votre attention.
•Sap., 11,21. —'Isa., VI, 10. — ' u Cor., iv, 4 —* Luc, xxm, M. — ' Matth., xxui, 18. — « 1 Tim., i, 13.
Srn r/AVKIT.LKMKNT SPflUïr'KL
Soit que nous consullion.s la foi, soit (iiio nous en initions |)ar los principos do la ilroilo laison, il t si cfilaiii (ju'il y a un avoii^'lcinont <|iii do liii-iiitMiio ost t'riniiiiol, parco <pi'il osl voloiilaiie et iiK^iiit' alTcc'ir'. ("t'st-à-dire (jn'il y a mi avciij-lcincnl (pic DOiis eiilrelciioiis dans nons, d'où nous ne voidoris pas sortir, cl (juo nous pr^-férons secrèleincnl t\ toutes les luunères de la \6rilô. Un aveuglement qui fait que le pécheur craint de trop voir et qu'il évite de connailrc, on le mal (pi'il fait, ou le bien (pi'il ne l'ait pas et (ju'il est inlérienrenienl déterminé i\ ne pas faire. Comme s'il disait : Je ne veux pas être plus éclairé que je suis; j'ignore mes obligations, ni lis je veux bien les ignorer, ou du moins ne les pas approfondir: mon aveuglement me plaît, il m'est eonnnotle; et, bien loin d'en être en peine et de vouloir le coriiger, je m'en fais un fonds de Iranquillilé et de paix, dont dépend loule la doueein- et tout le boiditnu* de ma vie. Telle est lana'LU'O di3 ce péclié. .iais se Irouvet-il dans le monde des âmes assez insensées pour en venir jusquc-lfi ? Oui, mes chers auditerirs, le monde en est plein ; et ce qui marque encore bien plus la corruption du monde, c'est que l'on en vient jusque-là sans passer pour insei.sé. Car si ce péché était, dans l'opinion des ho nuies, généralement décrié et reconnu pour folie, il serait plus rare et moins contagieux ; mais aujourd'hui c'est un désordre commun, que l'esprit perverti du monde a su même, en quelque façon, autoriser par le nombre et la qualilé de ceux qui y sont engagés.
En elîel, chrétiens, prenez garde à cette induciion qui va vous développer ma pensée, et qui me servira d'abord de preuve. Je dis que cet aveufilcment volontaire et affecté est le péché des libertins et des prétendus athées, ([ui, dans eux-mêmes et par les seules vues naturelles, ont des lumières plus que suffisantes pour connailre Dieu, et qui par conséquent ne peuvent l'effacer de leur esprit, ni cesser de croire en lui, que parce qu'ils ne veulent pas s'assujettir à lui, et qu'à force de l'offenser, ils parviennent enfin à l'oublier et ensuite à le méconnaître. Excellente idée que TertuUien donnait autrefois de l'athéisme, lorsque, après avoir démontré qne Dieu en qualité de premier être est le plus connu de tous les êtres, il concluait que le désordre des impies était de ne vouloir pas reconnaître celui qu'ils ne pouvaient jamais absolumeut ignorer : Et hœc est summa delicti noienlium recugnoscere quem ignorarenon possunt. Où vous
rciuaripicre/. qm; (-c grand lioînme, bien éloigné «Icdomiei- dans les vaincs subtilités de certains llicologiens modernes, ni de raisonner comme eux en faisant de dangereuses suppositions sur ce (pii regarde l'existence et la foi d'un Dieu, ïradmcll.ijt poiut d'iguoranc(î de Dieu (pii st Ion lui ne lût iincrinic monslrucux jelccla fondé sur la parole expresse de saint Pan!, \oa\iio\ a toujours h-aité d'inexcusables ceux qu'une téuiéraire piésomption aveugle jusqu'à douter di; la Divinité : [nvisibiliu ejiis jier en qnœ fada sunt, iuti'llecta conspiciuntur, ita ut siut iuexcumbilea^. L'insensé, dit le Saint-Esprit, a balancé entre «a raison et son cœur: sa raison lui a dit qu'il y avait un Dieu, et son cœur rebelle lui a dit qu'il n'y en avait point; et parce que son cœur a malheureusement piévalu sur sa raison, malgré les vues de sa raison il a suivi le mouvement de son cœur jusqu'à conclure, conformément à s€s désirs, qu'il n'y a point de Dieu dans l'nnivers : Dixit insipiens in corde suo : Non est l)ei;s 2. Aveuglement volontaire et affecté, qui dans la société des hommes failles libertins de créance et de religion.
Je dis que c'est le péché de certains hérétiques de mauvaise foi, qui ne sont tels que parce qu'ils sont déterminés à l'être. Car il y en a dont la prévention va jusqu'à ne vouloir jms même s'instruire, jusqu'à rejeter indifféremment et sans choix tout ce qui serait capable de les convaincre, jusqu'à concevoir une secrète aversion pour la vérité, jusqu'à se faire un point de conduite et un principe de ne revenir jamais de leurs erreurs. Prévention que saint Augustin condamnait dans les manichéens, quand il leur reprochait qu'ils avaient moins de docilité pour les sacrés oracles de l'Ecriture et pour la parole de Dieu, que pour les traditions humaines et pour les livres des profanes. Aveuglement volontaire et affecté, qui fait les schismatiqueset les hérétiques.
Je dis que c'est le péché des sensuels et des voluptueux, qui, pour goûter avec moins de trouble leurs infâmes plaisirs, ne veulent pas même entendre parler des vérités éternelles, et ont l'audace de dire à Dieu ce que le saint homme Job leur mettait dans la bouche, pour exprimer le malheur ou plutôt le dérèglement de leur conduite ; Et dixerunt Dec: Becede a no* bis, scientiam viarum tuarum nolumus ^ ; Ils ont dit à Dieu : Retirez-vous de nous. Seigneur, ei cessez de répandre dans nos esprits cette science, quoique divine, qui nous découvre malgré nous les voies du salut. C'est une scieocô
.• Rom., I, 20. — î Psalm., ui, 1. — ' Job, xxi, 14.
SERMON POUR LE MF.UCREDI DE LA QUATRIf:ME SEMALNR.
inniorlime ; ot, dans la possession où nous sommes (le vivre an fïié de nos passions el de salisfairo nos S(M1s, elle ne forait (jiie nous inquiéter cl que nons alarmer. Réservez ponr d'autres ces vives hiinièrcs qui sont les dons précieux de votre grAee : nous ne sommes |)ascncoie dis[)osés à les recevoir, il en coûte troj) pour les suivre, et même il en coiMerail trop, si nous les avions, pour ne les pas sjiivrc; il vaut mieux pour notre repos que nous en soyons privés. Il est vrai que la science de vos commaudemenls et de votre loi est la si icncc des saints ; mais elle engage h des choses trop |)éuil)leset trop conli'airesà toutes nos inclinations, pour souliailer même que vous nous l'accortliez. Ce renoncement à soimême, cecruciliement de la chair, celle nécessité indispensable de la pénitence, tout cela, si nous y pensions, nous désolerait ; et la vue que nous en amions empoisonnerait ce qu'il y a pour nous dans le monde de {tius agréable et de plus doux. iNous aimons mieux pa.sser nos jours dans uneignoiance profonde, el êlre moins instruiis, Seigneur, de ce que vous nous commandez, j'iin de pouvoir jouir sans remoi ds des plaisirs que vous nous défendez. Car c'est ainsi que ces partisans du monde, esclaves de la passion et t.ominés parla sensualité, s'en expliipieut, ou du moins c'est ainsi qu'ils le pensent. Aveugleglemeul volontaire et affecté, qui fait les charnels et les impudiques.
Je dis que c'est le péché de ceifnins esprits pleins d'eux-mêmes, (jui, par un effet pitoyable de leur orgueil, ne peuvent supporter la vérité, du moment que la vérité les humilie; qui dès \h s'opiniàtrent i\ la fuir, au lieu qu'ils devraient pour cela même la chercher; qui, couime dit saint Augustin, aiment cette véi ilé quand elle leur esl favorable, mais qui la haïsseni, qui la rejettent, quand ils en craignent la censure : Amant lucentem, oderunt redargnmlem. Le péché de ceux qui, possédés de leur amour propre, ne veulent pas voir leurs défauts, quoique grossiers, et ne peuvent souffrir d'en èlre repris ; qui prenneid pour offenses les plus charitables avis qu'on leur donne et les plus salulaii'es remoutrauces (]u'on leur fait; qui, bien loin de les recevoir comme de bons offices, s'en font des sujets de ressentiment et d'aigreur, et ne se tiennent obligés qu'à ceux qui, par une fuisse amitié ou par une lâche complaisance, ont soin de leur cacher tout ce qui les blesse, de leur dissiuuilor tout ce qui les morlilie, quelque vrai qu'il puisse être d'ailleurs, cl quoiqu'il fût si utile et si nécessaire |)Our eux de le connaître. Le péché de ceux qui veulent même qu'on leur applaudisse
jusfjue dans leuis faiblesses, el qu'on 1rs loue, comme paije l'Eciilm'e, juscjne dans les désirs de leurs Ames, c'est-fi-dirc jusque dans leiiTs passions les j.lus \iolcntes et dans leurs entreprisses les plus injustes; qui mellcnt tout leur bonlieur à êhe flidiés ( t trompés ; qui compteul li! mensonge pour un bienfait, et l'adiil ilion pour une marque de respect : lU nmirinn {ce sont les termes de saint Jérôme dans la belle peinture qu'il nous en a tracée )gandevt (i<l circuwventiduem suani, el illusionem pro bene/icu) jioninit. Aveuglement volontaire el atleclé, qui fait les incorrigibles.
Enfin, je disque c'est le péché d'une infinilé de chrétiens qui, par une autre erreur encore plus damiiable, ne veulent pas s'éelaircir sur cerlains faits, sur certains doutes, sur certains troubles de conscience, parce qu'ils sentent bien, pour peu qu'ils se sondent eux-mêmes, qu'ils ne sont pas dans la disposition d'accomplir des devoiis à quoi cet éclaircissement leur ferait voir qu'ils sont obligés. El voilà ceux (pie le propliètc avait en vuedaus le psaume trenle-ciinpiième, et dont il disait : Noluit intcUkjere ut benc (Kjerel ' ; Le [)écheur n'a pas voulu savoir le bien, parce qu'il ucl'a pas \oulu faire. Ainsi un homme, auparavant obscur et inconnu, s'est poussé par ses intrigues dans ces emplois où, sans un miracle de la grâce, il est presque aussi impo-^sible de se sauver qu'il est facile de s'enriehir en trèspeu d'années. On l'a vu s'élever de l'exlrème indigence ou d'un élat médiocre, à une prospérité qui scandalise le public. Chargé de l'adminislration du bien d'autrui, dans le maniement (pi'il en a fait, il n'a eu ni l'exaci il ude, ni peut-ôlre la bonne foi nécessaire pour ne pas confondre les intérêts du prochain avec les siens propres. Celui-ci, dans les fonctions de la inagislralure, a cent fois montré, aux dépens du faible et du pauvre, ce qu'il pouvait en faveur de ses amis. Celui-lfi, pourvu dans l'Eglise de bénéfices, eu a joui et en a dissipé les revenus, sans avoir égard aux obligations onéreuses qui y étaient attachées. Si, dans chacun de ces états, l'on venait, après quelque temps, à entrer dans la discussion den choses et à peser tout dans la balance du sanctuaire, il est évident qu'on y trouverait bien des comptes à rendre, bien des injustices l\ réparer, bien des restitutions h faire. Or, tout cela embarrasserait et réduirait h des extrémilés lâcheuses. Que fait-on ? Pour s'en ôlcr rin(iuiétudeetle scrupule, on s'en (Me la connaissance. On s'étourdit là-dessus, on pnîud le parti de n'y point penser. Faut-il ccpeuJaul s'atwjuit-
' Psalm , xjcxv, 4.
SUU F/AVRÏir.T.RMRNT SPIFIITIIFL.
ter (1*1111 ilt'v.)ii (Ir ri'li.'ii)ii ; r;iiit-il, |K)iii' salisfuireaii |M\''tej>tO(l(^ l'i'l;j[lisi\ ;i|)|)ioilier du Irihiinal (lif la |K'Miili;iu-i\ on clioivlii' un coiircsrtciir commode, c'o.sl-i-(Jiro un conl'csseur | eu I» djdo on pou /i^lé, qui, content de voira ses pieds l'iiiiqnib' l'ouNeilt? des apparentes de l'Iiumililt^, di^liesur lu lejie ee pie iMon dans le riol ne dc^iera jamais; et, sans rien e.viger davantage (pi'nne conlessitm Ic'gcva el snperlicielle, hénit encore Dieu d*nne prétendue conversion, sur laquelle losanges de la pai^ et les vrais ministres du Seiguem- ne penveat assez amèrement pleurer. Aveuglement qui lait les insensibles et les endurcis.
Or, j'ai ajouté et je soutiens que, de tous les péchés dont l'hoinine est capable, il n'y en a point de plus conlraire au salut. Pouripioi ? En voici la raison, qui est sans réplique : parce que cet a>euglemcut volontaire exclut la prcmiùie de tontes les grâces, qui est la lumière divine; et par l'evclnsion de celte premièie grâce, nous met dans une espèce d'inipossibiiilé de parvenir à aucmie aulre grâce. C'est la pensée de saint Augustin : d'où d s'ensuit que ce péché ferme, pour ainsi dire, à Dieu la porte de notre cœur, el réduit Dieu, tout Dieu qu'il est, à moins qu'il n'use tie sou souverain empire et qu'il ne Casse un deinier effort de sa mis<hicorde, comme dans l'impuissance de nous sauver. Ecoutez-moi, el vous en allez convenir. Point de péché plus conlraire au salut que celui-là. Car dans tous les principes de la lliôologie, la première grâce du salut, c'est la lumière qui nous découvre les voies de Dieu, et qui nous fait connaître nos devoirs : lumièie absolument nécessaire, puisfjue, <'aus l'ordre de la grâce aussi bien que dans l'ordre de la nature, [ our agir librement il faut connaître, et pour comiaitre il faut être éclairé de Dieu. Que faisons-nous donc quand nous rejetons celte lumière ? nous détruisons dans nousmêmes le fondement du salut ; et par l'obstacle que nous apportons à celte seule grâce, nous renon(;ons, aulanl qu'il est en nous, à toutes les autres grài es que Dieu tenait en réserve dans les trésors de sa miséricorde, et par où il voulait nous convertir et nous attacher à lui.
Car négliger cette lumière, beaucoup plus, la craindre et la fuir, c'est dire à Dieu que nous ne voulons pas qu'il nous prévienne de son amour, que nous ne voulons pas qu'il nous imprime la crainte de ses jugements, que nous ne voulons pas uièine qu'il nous donne de la confiance en lui, que nous ne voulons pas qu'il touche noire cœur et qu'il en fasse un cœur pénitent et contrit : comment cela ? parce que, dans la doctx-me
de sainl Augustin, la craiule de Dieu, l'amour dt; Dieu, la conliance (mi Dieu, la haine du péché, sont aulanl de grâces <rinspiration et d'ufleclion, qui supposent essenti<'lleineid les^'râces de lumière el de connaissance. Du monn'nl donc que nous renourons, par un aveii^lcujcnt volontaire, à cette glace de connaissance, nous nous lendons incapables de lous les autres dons de Dieu, el de tous les sentiments qui pouvaient nous ramener ii Dieu. Or, je vous demande si l'on peut rien concevoir de plus direcleni'^nt opposé au salut ? Prenez garde s'il vous plait : tandis que nous avons ces connaissances qui nous règlent par rapport au salut, quelque pécheur du reste que nous soyons, Dieu agit encore dans nous ; et malgré la corruption de nos mœurs nous sommes toujours en (iuel(|ue manière sous l'empire de sa grâce. D'où vient que le Sauveur disait : Marchez pendant que vous avez la luuiière : Ambulate dum luccm Iriibeiis • . Mais dès que celle lumièie nous manque, loides les opérations do la grâce cessent, el nous pouvons dire que nous cessons d'èbre nous-mêmes dans la voie du salut. Je dis plus : car non-seulement ce péché d'un aveuglement volontaire nous ôle la lumière, mais il nous ôte môme le désir d'avoir la lumière ; non-seulement il nous fait sortir de la voie du salut, mais il nous fait perdre en quelque façon l'espérance d'y rentrer, puisqu'il est certain que le premier pas pour rcntreidans la voie du salut, est de la chercher, de l'étudier, de vouloir l'apprendre. Or, c'est à quoi ce péché a une essentielle opposition. Saint Chrysostome nous en donne la fi&ure et la preuve dans l'exemple de l'uveugle de Jéricho. Cet aveugle eût-il jamais été guéri par le Fils de Dieu, s'il ne l'avait ardemment désiré? non ; mais il cria, mais il pressa, mais il importuna, mais il témoigna une envie extrême de voir : Domine, ut videam : et c'est pour cela que Jésus-Christ lui rendit la vue. Nous ne faisons rien de semblable ; c'est-à-dire, nous n'avons pas même ce désir que Dieu nous éclaire, et nous ne pensons pas à l'exciter nia le demander. Nous sommes donc dans le dernier éloiguementoùnous puissions être du royaume de Dieu. Je me trompe, il y a encore quelque chose de plus affreux dans ce péché ; et quoi ? c'est que souvent, bien loin d'avoir cette volonté sincère d'être éclairé de Dieu, nous en avons une toute contraire ; et qu'au lieu de dire à Dieu : Seigneur, que je voie ; nous nous disons secrètement à nous-mêmes, par un attachement opiniâtre à notre désordre : Que je ne voie jamais ce qui
' Joan., xi(, 35.
SEUMO.\ VOl'lX LK MKUCRFOI DE LA Ol'ATIMflME SE.MAl.NE.
me }i^nc, rt ce «jui ne scM'viiail (|ii';\ iru' fr()nl)ler. IVfiu'; (jue je n'a|)pelle plus sim|»Ic pi'i'lu'', ni;ùs, si j'ose le dire, une riircnr paioille i'i celle de l'aspic, qui, selon la coinpaiaisoii du Saiut- Esprit, se bouche les orodies pour n'enleudre pas la voix de roudiarileur : Fnror illis secundum Kimilitudiin'itt serpentis : si cul aspiilissiirdœ, et obturanlis aures suas '. Avec celle difléreuce, dit saint Bernard, que quand l'aspic boutlie ses oreilles, c'est pour conserver sa vie, au lieu que quand nous lei nions les jeux ù la vérité, c'est pour notre ruine et pour notre mort.
J'ai dit que ce |)éclié seul niellait Dieu dans une espèce d'impuissance de nous sauver, et l'obligeait à nous dire, quoique dans un autre sens, ce que Jésus-Chrisl dil à l'aveugle dont je viens de vous proposer l exemple : Quid tibi vis faciam 2 ? A quoi m'obliges-tu, pécheur ? et dans l'état malheureux où je te vois, que veux-tu que je te fasse? que je te sauve sans grâce? cela n'est pas dans mon pouvoir. Que je te donne des grâces sans lumières ? il n'y en eut jamais de la sorte. Que par des lumières forcées je te sanctifie malgré toi ?ce n'est point l'ordre de ma providence. Que par un miracle spécial je change pour loi les lois de celle providence ? ma juslice S'y oppose, et ma miséricorde m«'Mne ne l'exige pas. Il faut donc, en u)'accommodant à tes dispositions, que je le laisse périr ; et parce que tu veux l'aveugler, que j'arrête le cours de mes grâces, puisqu'il n'y en a aucune qui te puisse convertir, tandis que tu persisteras â ne vouloir pas connaître les vérités du salut.
Je sais, chrélicns, que Dieu peut, indépendamment de nous, péuétrei nos esprits de ses lumières. Je sais qu'il csl de leur essence, en tant que ce sont des grâces, d'être produites dans nous sans nous-mêuies : In iiohis, sine nobis, dit saint Augi stin. Je sais qu'il ne nous est pas libre de les recevoir ou de ne les pas recevoir, quoi(iu'il nous soit libre, après les avoir re(;ues, d'eu bien ou d'en mal user. 31ais il est toujours vrai que, quand nous haïssons, quand nous fuyons ces lumières, nous formons tout l'obstacle à notre salut qu'une créature de sa part y peut former; et que, pour surmonter cet < bslacle, il faudrait que Dieu employât des grâces extraordinaires, et qu'il fit un miracle de sa toule-puissauce. Or, cela me suffit pour avoir droit de dire que celte espèce d'aveuglement esl donc de tous les péchés le plus opposé à la c(m version et au salut de l'homme. Péché, mes chers auditeurs, où nous devons tous craindre de tomber, mais encore |)lus ceux qui, dominés par leurs passions,
Fsalm., Lvii, 5. — ' Luc, jcviii, 41-
se laissent emporter au torrent du mondo. Et voilà pounjuoi je vomirais ipie tons ceux (pli m'écoiilentse proposassent aujourd'hui de lairc tous les jours â Dieu celle prière que faisait si souvent David, et qui marquait si bien la droiture de son ccpur : Révéla oculos meos ' : Seigneur, érl;drez-moi, et ouvrez-moi les yeux : Illumina tenebras meas 2 : Seigneur, dissipez les ténèbres de mon esprit. Illustra faciem tunm super servum tuum '^ : Faites rejaillir l'éclat de votre visage sur voire scrvileiir. Délrom|/OZ moi des erreurs et des fausses maximes du siècle. Je suis aveugle, il esl vrai ; mais au moins par votre miséricorde, ô mon Dieu, je ne me pi us pas dans mon aveuglement, i)uisqu'au contrai e je le dé|)loreetqueje l'ai en horreur. Jemarclie dans l'obscurité d'une foi languissante et imparfaite; mais au moins je désire vos saintes lumières, je vous les demande, je suis dans l'impalience de les obtenir, je les préfère à toute la sagesse mondaine, je \eux me disposer à les recevoir. Et parce que je sais que ce n'est point dans le bruit et le lumulte du monde que vous les répandez, et qu'au contraire c'est là qu'elles s'évanouissent, je veux désormais me sé[)arer du monde ; je veux régler mes occupations el mes con\ersalious et en retrancher le superflu ; je veux m'occuper de vous et de moi-même, afin que dans le sileuce d'une vie tranquille et intérieure je puisse entendre votre voix, et profiler de vos divines instructions. Ah ! mon Dieu, changez donc et purifiez mon cœur : Cor mundum créa in me, Deus ^. Et comme il ne peut être réglé que par les connaissances de l'esprit, renouvelez le mien : Et spiritum rectum innova in visceribus mets 5. Donnez-moi celle intelligence qui fait les prédcsiiiî 's et les saints : Da mihi inlelleclum, ut sciam justi(icationes tuas^. Si je vous la demande. Seigneur, ce n'est point pour me rendre plus habile dans les affaires du monde, ce n'est point pour avoir l'estime etrajjprobation du inonde, ce n'est point pour me distinguer et pour m'élever dans le monde : je serai toujours assez distingué. Seigneur, quand je serai devant vous et au()rès de vous ; je serai toujours assez grand, quand je vous craindrai. Mais donnez-la-moi pour n'ignorer rien dans ma condition de tous mes devoirs, pour savoir toutes vos volontés et pour les accomplir. Je puis me passer de tout le reste, et je renonce même absolument à tout le reste, s'il me conduit là : Ut sciam justificutiones tuas. C'est ainsi, chrétiens, que vous vous préserverez de ce premier
1 Psalm., cxvlil, 18. — ' Ibid., xvn, 29. — " Ibid., xx.v, 17. — » Ibid., L, 12. — * Ibid., — ' Ibid., cxviil, 125.
SVW r/.WM'TfMKVKNT SIMIUTrî'.L.
aMMij;l(MntMit, qui île lui nu^iiio tst |h''cIii^ l'ailoiis iiiaiiitcii.iiit (lu sccoiiil, qui est la cuiise du péché. C'osl la seconde p.ulic.
DKUXIÈMi: PAUTIK.
J'appelle aveiiL^leinent cause du pi^clitS «piand rhoiiiiiie ne pt>clio (jue parce (pi'il est aveii{;le, et que, dans la ilisposition où il se trouve, il ne pcVIierail pas s'il avait t erlaines vues qu'il n'a pas en ilïi'l, mais qu'il i)oui rail, et |)ar conséquent (}u'il devrait avoir. Car il est vrai de dire alors (pie son avengieir.jjil ou que sou ignorance est la cause de son désordre, puisipie son ignorance venant fi cesser, son dc'^sordre cesserait de môme. En lut-il jamais un exeuiirlo plusaulhcnti«iue, et loidenseud)le plus terrible, que le crime des juifs commis dans la personne du Sauveur du monde ? Un Dieu livré h la cruauté des hommes; un Dieu moqué, outrai;é, condamné, criicifié; vodà sans doute un péché dont la seule idée (ait horreur, et cependant un pioché dont l'igiiorance a été le principe. Les pharisiens avaient entrepris de perdre Jésus -Christ, mais ils ne savaient pas que Jésus-Christ était le Messie et le Fils unique de Dieu. Oui, mes ft'ères, leur dit saint Pierre, prêchant dans leur synagogue, je sais que vous avez a^^i 'm cela, aussi bien que vos magistrats, par ignorance : Sed et nunc scio quia per ignorauliam fecvtis, sicut et principes vestri K Vous avez opprimé le Juste, vous avez doimé la mort h l'Auteur même de la vie, vous lui avez proféré un voleur public ; mais vous l'avez fait, parce que vous étiez dans l'erreur. Jésus-Chiist ne le témoigne-t-il pas lui-même, lorsque sur la croix il dità son Père: Paidom:ez-lour, mon Père, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font : Iijnosce illis, nei^ciunt enim quid faciunt. Cependant ils commettaient le plus abominable de tous les crimes ; mais, encore une fois, d'où procédait ce crime si abominable ? de l'avengleaient où la passion et la haine les avait plongés.
Rien de plus commun dans le christianisme que ces ignorances qui font tomber les hommes dans le péché , ou que ces péchés causés par l'ignorance des hommes. Combien d'injustices dans le commerce, combien d'usures, de prêts où la conscience est blessée, faute de savoir ce que la loi de Dieu permet et ce qu'elle défend ? Si j'en avais été instruit, dit-on, je n'aurais eu garde de m'engager dans cette affaire ; car à Dieu ne plaise que, pour nul intérêt du monde, je risque jamais mon salut ! Vous le pensez de la sorte, mon cher auditeiu% et je le veux
1 xa., ;i', 17.
cioire ; mais ccpciidaid vous avez fait ce qi.e le St'i^nem- coudannu! haulcmcid dans l'Kcriture : d'un argent qui devait être le secours des pauvres et la matière de votre charité, vous avez retiré un [uolil injuste, et celte usure déguisée, palliée tant cpi'il vous plaira, a été la suite de voire ignorance. De même, combien d'aversions, de haines secrètes, d'inimitiés même décl'nVes, qui n'ont point d'aulre fondement que la prévention et l'erreur ? Voilà, disait Tertullien, laisant l'apologie des premiers fidèles, d'où viennent toutes les violences qu'exercent contre nous les païens. Ce qui les porte à ces extrémités, c'est la haine qu'ils ont conçue pour la religion chrétienne. H;.i;;e fondée sur l'ignorance. Car ils ne haïssent les chrétiens que parce qu'ils lu les connaissent pas; et du moment qu'ils le connaissent ils commencent à les aimer : llœt causa ini'iuHalis illorum erga chrislianos : ubi (lesiinwt ignorure, cessant odisse. Or, dechrétii'U à chrétien, c'est ce qui arrive encore tous les jours. Car combien, par exemple, de pochés contre la charité, combien de discours injurieux et de médisances, combien même de calomnies dont l'ignorance est la source ? Si l'on s'était bien instruit de la vérité des choses, on aurait parlé sagement, équitablement, charitablement; et, rendant justice au prochain, on aurait par là conservé la paix. iMais parce qu'on s'est prcveuii, parce qu'on ne s'est pas mis en peine de démêler le vrai d'avec le faux, parce (jue, sur un léger soupçon, ou sur un rapport infidèle, on a cru ce qui n'était pas, en un mot, parce qu'on a ignoré la vérité, on a condamné l'innocence, on a blessé l'honneur et détruit la répi; talion de son frère, on s'est piqué, on s'est aigri, on s'est emporté; et de là tous les désordres que l'animosité et la vengeance ont coutume de produire. On vous l'a dit cent fois, femmes chrétieiiaos, et l'on ne peut trop vous le redire : en matière d'impureté, notre religion condamne mille libertés comme crimiuelles, qui dans l'estime commune, passent pour de simples vanités et pour des légèretés dont on. ne peut croire que Dieu se tienne si grièvement offensé. Si l'on éiait bien persuadé que ce sont des péchés et souvent des péchés mortels, est-il croyable que tant de personnes élevées dans la piété filsscut néanmoins là-dessus si peu réguhères, et qu'elles voiiliissent exposer ainsi leur salut ? Non : mais parce que le monde, ou pour mieux dire, parce que le libertinage du monde s'est mis en possession de qualifier tout cela connue il lui plait, sans consulter d'autre règle, on se le permet sans scrupule, et ce tont ces
SERMON POUR LE MEUCREOÎ n^-, L\ QII.VTRIKME SEMAÎNK.
erreurs du monde qui eutroliftnnent dans les Aines le nVne de l'esprit iiiipiu-. Laissons ce détail qui serait infitïi, et venons an point inii)ortanl i]\\o j'ai présenteuicnl à développer.
On demande donc, et voici la grande règle d'où dépend, dans la pratique et dans l'usage de la vie, le jugement exact <|ue chacun doit faire de ses actions ; on demande si cet aveuglement, qui est la cause du péclié, peut toujours devant Dieu, notre souverain juge, nous tenir lieu d'evcuse et nous jus'ifier. Mais si cela élail, répond saint Bernard, Dieu, dans l'ancieruie loi, aurait-il ordonné des sacrifices pour l'expiation des ignorances de son peuple ? David, dans la ferveur de sa contrition, aurait-il dit à Dieu : Seigneur, ouhliez mes ignorances passées : Delicla juveidulis nieœ et itjnorantins meas ue monineris '? N'aurait-il pas dû dire au contraire : Souvenez-vous de mes ignorances; car, puisqu'elles me sont favorables et qu'elles me doivent servir d'excuse auprès de vous, il est de mon intérêt que vous en conserviez la mémoire ? Est-ce ainsi qu'il [)arle? Non ; mais il dit à Dieu : Oubliez-les, eCfacez-les de ce livre redoutable que vous produirez conti-e moi, quand vous viendrez me juger. Il n'est donc pas vrai que l'ignoi-ancc soit toujours une excuse légitime, lorsqu'il est question de péclié.
Je vaisencore plus loin, car )e prétends qu'elle ne l'est presque jamais pour la plupart des cbréliens. Ceci vous sur|>rendra, mais je l'avance sans hésiter, et je dis h lulement que, dans If; siècle où nous vivons, une des excuses les Tioins soulenables est communément l'ignorance : pourquoi? parce que, d.ms le siècle où nous vivons, il y a trop de lumières pour pouvoir s'autoriser de ce [irétexte : Si non vcnis^em et non locu'iis fuissem, peccatum non haberent '-. S: je n'étais pas veau, disait le Fils de Dieu, et que je ne leur eusse point parlé, leur incrédu- Ii!é serait excusable ; mais maintenant que je leur ai annoncé le royaume de Dieu, et que je ne leur ai rien caché des vérités éternelles, ils n'onl plus devcuse dans leur [léché : Niinc aulem excumtionem non liabent de peccato sua 3. Appliquons-nous ce reproche que Jésus-Christ faisait aux juifs. Si nous vivions au milieu de la bari)arie, dans un siède où la parole de Dieu fût aussi rare qu'elle l'était, selon l'Ecriture, du temps de Samuel; si l'on nous avait déguisé les Tel ilés de l'Evangile, si l'on ne nous les avait proposées qu'en énigmes et en figures, si l'on n'avait pas eu soin de nous les représenter dans toute leiu" force, peut-être aurions-nous droit
Faalm., xxir, 1. —' Joan., xv, 22. — ' Ibid., 24.
de faire fond sur notre ignorance, et nous serait-elle de quelque usage devant le tribunal de Dieu. Mais d ins un rnyaiune ai»>.si chrétien que celui où Dieu nous a fait naître ; mais dans un temps où la parole de Dieu, ce pain d'entendement et de vie, selon rexprcsVion lu Sage : /*«nrm viUe et intellecius ', se distribue si am|)leinent et si souvent ; mais dans une cour où ceux qui écoutent cette parole se pi |uent de tant (l'esprit et de pénétration, dire : je n'avais pus assez de lumières, et j'ai péché par ignorance, c'est un abus, chrétiens. Une telle excuse est vaine, et n'a point d'anlre efTel que de nous reridie encore plus criminels. C'est ce voile de malice dont saint Pierre nous défend de nous ouvrir, en rejcttant sur Dieu ce que nous devons avec confusion nous imi)ulcr à nousuièmes.
Mais enfin, me direz- vous, malgré cette abondance de lumières, on ignore encore cent choses essentielles au salut, surtout à l'égard de certains devoirs. Ah! mes chers auditeurs, je l'avoue ; mnis c'est justement sur quoi je gémis, qu ,' dans un aussi grand jour que celui où nous sommes, ii y ait encore tant de choses <|ue nous ne voyons pas, el qu'au milieu de tant de clartés ipii nous environnent notre aveuglement subsiste : voilà ce qui me surprend et ce (jne je condamne. Quand les pharisiens protestèrent qu'ils ne connaissaient pas Jésus-Christ, et qu'ils ne savaient pas même d'où il était : Hune autem nescimus unde sit •*; bien loin que cette raison fermât la bouche à l'avcugle-né, elle ne (it qu'allumer son zèle : c'est ce qui parait bien étonnant, leur répliqua-t-il, que vous ne sachiez pas d'où il est, et que ce soi! pourtant lui qui m'ait ouvert les yeux : Jn hoc mirabile est, quia vos nesciiis unde sit, et (tperuit oc.nlns meus '^. Comme leur disant (ju'après un miracle aussi visible <iue celui-là, ils ne devaient plus chercher d'excuse dans leur ignorance, parce que ce miracle que Jésus-Christ venait de faire l'avait hautement et pleinement réfutée. Je dis le même de vous et de moi. Oui , mes Frères, il est bien étonnant que, sans y penser et sans le savoir, nous péchions tous les jours par ignorance, et que Dieu néanmoins ait si abondamment pourvu à notre iusiruclion, qu'il s'explique à nous par tant de voix, qu'il nous parle par tant d'organes, qu'il ait établi tant de ministres pour nous déclarer ses volontés, tant de docteurs pour nous interpréter ses commandements, tant de guides pour nous diiiger et pour nous conduire : In hoc m'iuibile est '^; voilà le prodige, iiu'io le pro-
' i:ccli., XV, 3. — ■ Joan., ix, 29. — 3 Ibid., 30. — ♦ Ibid., ix, 30 f
SI m i/.\vi<:('(;î.kmrnt spimitiikl.
(li.';o (le noire iiii(iiiil(^, dont il stM-ail Ijicr» iii ligne qu'on osiU si' picWiiloii- conlro Dieu, (i'rl.'iil une cnenr du mauvais riche dans l'enCer, Ir croire (|iic ses Ir^ros, qni vivaient encore sni- la (orre cl (|iii nienaii'nt nno vie aussi i^orronipiie (jue la sienne, pussent sVxcnser snr lein- i^M)raruv, jusqu'il ce «pie lia/are on «pieNpi'iin des morts leur eiU iHé envoyé ponr leir parIcM' de la part de Dieu, ei ponr les insirnire du nia!heuienx étal oii ils se trouvaient en;^a,L,'és. Non, non, Ini i époiulit Abraham, il n'est pas he-oin que La/are, ponr i-ela, sorte du lieu de son repos : ils ont Moïse et les prophètes ; qu'ils les écoulent : s'ils ne les écoutent pas, il n'y a plus d'ignorance (|ni les justilie.
Voil?>, ehréliens, comment Dieu nous traite, quand fioire ijçnor uice nous fait tomher dans le désorilrc, el qie notre inlid^lité présomptueuse et orgueilleuse nous fait souhaiter d'èlre insh'uits par «les voies exlraonlinaires : îhibent Moijst'n et fvoplh'las ' : lis ont Moïse el l(\s prophètes. c*est-;V(lire, ils ont ma loi d'un coté, el ils ont de l'aulredes pasteurs, des prédi^'aleurs, des conlesseuis, pour leur en donner l'inlelligence ; s'ils ne raccomplissent pas, leur i;^uorance n'est plus poiu* eux une raison : Nunc aiitem exciKationem non hnbent de peccato siio '^. Et en elïet, quand après cela nous péchons par ijçnoranc, nous s.)mines non-seulement coupables, mais inexcusables ; pourquoi ? observez ceci: parce (pi'. dors nous agissons ou contre nos pro[)res lumière?, ou du moins contre nos doutes. Contre nos propres lumières ; car au milieu des ténèbres de notre ignorance, nous ne laissons pas d'avoir des lumières confuses qui nous suKisent pour éviter le péché, si nous voulions nous en servir, et qui ne nous tlevieunenl inutiles que faute de réflexion. Or, nous est-il pardonnable de faire si peu de réflexion h l'affaire capitale du salut ? S'il s'agissait d'une affaire te nporelle, l'esprit ne nsus man(juerait |>as, el nous sa nions bien trouver des lumières pour en venir ;\ bout ; mais pour le salut, n«uis n'en trouvons point, et je dis qu'il n'y a nas d'apparence que Dieu se contente de cela. Contre nos doutes; car, quand mèmenous n'aurions pas assez do lumières pour jugtM- des choses, nous en avons souvent assez pour douter. Or, du moment que nous en avons assez [)our douter, si nous passons outre, nous en savons jfisez pour pécher. Je doute si cette affaire est selon les règles de la conscience, et néanmoins je m'y embariiue ; je ne suis pas moins coupable que si je commettiiis le péché avec une évi-
• Luc, X7I, 29. — ' Joan., xv, 23.
dcnce «Mitière du pé«hé. Je doute si ce hier» m'est lé^ilimeuient acqius, el loulelois, wins un\U' recherche, je le reliens el j'en dispose ; c'est com:ne si p; l'eidevain par une; violence ouverte ; poiufpioi ? parce qu'il ne nous r.sl pas permis d'a^'ir sur une conscierjce doiileusc, et qu'un doule que je ne veux pas éclaiicir mVmpèehc d'être dans la bonne loi, .sans laipiellc il n'y a point d'i^Miorance «pii me puisse disculper. Ainsi raisonnent h^s Ihéoloj^icns.
Ah! chrétiens, souvenons-nous ipie la p emière de toutes les obligations est de savoir. Souvenons-tions (ju'un péché ne peut jamais servir d'excuse à im autre péché, el |)ai- conséquent qu'il est inutile de vouloir jusliljcr nos omissions et nos ti'ansgiessions par no.s ignorances, qui sont elles-/nômes de véritables jiéchés. Souvenons-nous qu'on est souvent plus criminel devant Meu, ou aussi cri.ninel, de dire : Je ne l'ai pas su ; que de dire : Je ne l'ai pas lait. C'est sur ce principe, mes clieis audileuis, (jue nous devons aujoLU'd'bui nous examiner. Il ne s;if'{it ()as de nous rappli«|uer personnellement à nous-mêmes ; il faut qu'il s'étende sur tout ceux dont Dieu nous a chargés el dont il nous demandera comple. Car voici le désordre : permettez-moi de vous le reprocher. Vous avez des eniants à élever, et vous les élevez tous les jours dans une ignorance grossièie des points les plus essentiels au salid. Vous leur apprenez tout le reste, hois à connaître Dieu et à Ir servir. Vous leur donnez des maîtres pour les former selon le monde, et vous ne leur pardonnez pas là -dessus les moindres négligences; mais s'ils so.il bien instruits de leur religion, mais s'ils ont la crainte de Dieu, mais s'ilss'acquillent exactement des exercices ordinaires du chrislianisme, c'est à quoi vous pensez trcs-p» u, et peut-être à quoi vous ne pensez jamais. Vous, mesdames, vous avez de jeunes lit. es qui vous doivent la naissance, et à qui vous devez l'éducation : qu'elles pèchent par ignorance contre les règles d'une civilité mondaine, vous les rc-, prenez avec aigreur ; mais qu'elles pèchenL par ignorance contre la loi de Dieu, c'est ce que vous leur passez aisément. Vous avez des domestiques: ils sont chrétiens, et à peine saventils ce que c'est que d'être chrétien ; ils vienuent au triijunal de la pénitence, et à peine saNcntils ce (îue c'est que pénitence ; ils se présentent à nos sacrements, el ils y commettent des sacrilèges. Leur ignorance les excuse-t-elle ? non ; mais elle vous excuse encore moins qu'eux : car s'ils sont obligés de s'instruire, vous êtes obligées de pourvoir à ce qu'ils le soient, el c'est eu par-
SKUMON POUÎl LR MKRCRKDI DK LA QUATRIEME SMMAINE.
lie pour cela que Dieu veut qu'ils dépendent de vous. Vous nie demandez à «jui vous les adrossorez pour leur en?oign<;r les éléments du salut? Ne vous ()ITcii;-oz pas de ce que je vais vous répondre. A (|ui, (liles-vous, les adresser ? mais moi je vous dis : Pourquoi sera-ce h d'autres (|u'i\ vous-mûmcs, puisque Dieu vous les a confiés ? cioirioz-vous donc vous déshonorer, en faisant auprès d'eux l'oKlce même des apùlres ? Mais encore à (pii aturz-vous recours, si \ous n'en voulez pas priMuIre le soiu?fi tant de minisires zélés, qui se tiendront heureux de s'employer à un si saint ministère. Oscrai-jc le dire ? à moi-même : oui, à moi, qui me lerai une gloire de cultiver ces âmes rachetées du sang de Jésus-Christ. D'autres s'appliqueront à vous conduire vousmêmes, et vous en trouverez assez. Mais pour ces pauvres, aussi chers à Dieu que tout ce qu'il y a de grand dans le monde, je les recevrai, je serai leur prédicateur, comme je suis maintenant le vôtre. Je vous laisserai le pouvoir de leur commander, et je me réserverai la charge ou plutôt l'honneur de lemfaireentendre les ordresdu souverain M;iiti e h qui nous devons tous obéir, et de leur expliquer sa loi. Je les tirerai de celte ignorance, qui, bien loin d'être, et pour vous et pour eux, un litre de justification, vous expose encore à tomber dans un troisième aveuglement, qui est l'effet du péché et le sujet de la dernière partie.