SUR LA PAROLE DE DIEU
ANALYSE
ScJET. Celui qui est de Dieu, entend la parole de Dieu.
Il n'est rien de plus efficace et de plus fort que la parole de Dieu. Mais puisque c'est par elle que Dieu a opéré tant de miracles dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce, d'où vient qu'elle est aujourd'hui si stérile dans le chrislianisme ? d'où vient même qu'au lieu de nous être salutaire, elle a tous les jours un effet tout opposé, et que souvent elle est le sujet de notre condamnation ? Voilà ce que nous avons à examiner dans ce discours.
Divisio>. Si la parofe de Dieu ne produit plus présenlemeiit les nirmes fruits qu'elle produisait autrefois, ce n'est ni à cette sainte parole qu'il faut s'en prendre, ni aux prédicateurs qui la débitent, mais aux chrétiens qui l'écoulent. Ce n'est point à la parole de Dieu, puisiiu'clle est toujours la même. Ce n'est point aux prédicateurs qui la débitent, puisque sonefficace n'est aitachée ni à leurs tilenls, ni à leur sainteté. Par conséquent, c'est aux chrétiens qui lécoutenf, et qui lui opposent trois obstacles bien ordinaires, savoir : le dégoût de la parole de Dieu, l'abus de la parole de Dieu, et une résistance volontaire 5 la parole de Dieu. Sur quoi je fais trois propositions, et je dis: que le dégoût de la parole de Dieu est un des plus terribles châtiments que doive craindre un chrétien, première partie ; que l'abus de la parole de Dieu est un des désordresles plus essentiels que puisse commettre un chrétien, deuxième partie ; enfin, que la résistance à la parole de Dieu est une des plus prochaines dispositions à l'endurcissement et k la réprobation d'un chrétien, troisième partie.
Première partie. Le dégoût de la parole de Dieu est un des plus terribles châtiments que doive craindre un chrétien. C'est par sa parole que Dieu a sanctifié le monde, et c'est par sa parole encore qu'il le veut sanctifier. Ce que saint Pau! a dit de la foi, quelle n'est vernie que de ce qu'on a entendu, et qu'on n'a entendu que parce que la parole de Jésus-Christ a été prêchée, nous pouvons le dire de la pénitence à l'égard des pécheurs et de la persévérance k l'égard des justes. On ne se convertit, ou Ion ne persévère dans une vie chrétienne, que parce qu'on se sent touché des vérités éternelles ; et ces vérités sont la parole «le Dieu que l'on entend. D'où il s'ensuit qu'un des plus grands malheurs pour nous est de tomber dans le dégoût de cette divine parole.
Ceci suffirait pour établir ma première proposition ; mais je vais pins loin. Si je voulais examiner les principes de ce dégoût, je vous ferais aisément reconnaître qu'il vient dans les uns d'un orgueil secret, dans les autres d'un fonds de libertinage dans ceux-ci d un attachement honteux aux plaisirs des sens, dans ceux-là d'une insatiable cupidité des biens temporels. Mais contentons-nous d en voir les malheureuses conséfiucnccs. Car que fait ce dégoût de la sainte parole ? l" H nous en éloigne • S'il nous rend incapaldes d'en profiter. Double châtiment de Dieu. '
!• Ce dégoût nous éloigne de la parole de Dieu, premier châtiment. Figure des juifs qui se dégoûtèrent delà manne, et qui ne la recueillaient plus qu'avec dédain : effet delà vengeance du Seigneur, selon la remarque d'Origène et de saint Jérôme. Ainsi la parole Je Dieu est la vraie manne ; et quand autrefois nous étions dans l'ordre, nous la goûtions, nous la cherchionsmais maintenant que nous avons engagé Dieu à se tourner contre nous, nous la négligeons et nous refusons de l'entendre.
SUR LA PAROLK J)E DIKU. 474
2* Ce lii'fioùl nous r«iiil incapabliiH de profltcr delà |)aral(> do Dieu, autre cli^itiiiionl. Car pour bien pruOtt^r J'une vi;in:iL-, il faut ruiiuor l't 1.1 guùter. Suilout, pour piuIKurde lu paroirt de Dnii, il i.iiil <|iic l>ti>ii y ujoulu l'uiulion de «a (jrûce; H quand, Dieu vuil lu nu-pris ({ue nous fuisuns de su parole, il noui> lainse duns notre ludiiTL^retice, nénâ m Liite «•fti'ir inlérieurcmeiil I nous.
Vous me diret que ce dé^'oût n'est point précjVi«"nt un dégoût do lu pai'<i)u de Dieu, mais de la pxule de Dieu lual annoncée Et moi je réponds : S'il était vrai, comme vous le prétende/,, (jn'il n'y eut plus Je prédicateur» eupiiLlen de voui l»iin annoncer .'a parole de Diru, cela même ne serail-il pas une punilion visible du Ciel '( C<!peii(lant tious n'en aonune.'i jas lit ; et j'ajoute que le châtiment ne consiste pas en ce qu'il n'y ail point de prédicateurs, mais en ci- qu'il n'y en ail point selon votre goût dépravé ; car c'est h votre égard comme s'il n'y en avait point du tuut. Le comble du mallieur est que vous ne comprenez paa ià-dessus voire malheur. Vous regardez ce défaut de prédicateurs, tels que vous les demande/, comme une preuve de la linefciie et de la justesse do votre es|)rit ; mais Dieu sait bien confondre celte prétendue (iin;sse cl celle fausse justesse par elle-même, en permettant qu'elle serve d'obstacle à un nombre inlini de grâces dont voire salul dépend. Heureux, mon Dieu, ces cœur» dociles qui goùlenl votre parole, et qui l'écoutent el se meltcnl en étiitd'en proliter, parce qu'ils la goùtenl I
DKUMKMt l'AHVit. L'abus de la parole de Dieu est un des désordres les plus essentiels que puisse commettre un chrétien. A quoi l'ajiotre saint Paul reduisait-il l'abus de la communion 'i* à ne |)as l'aire un juste discernement du corps de Jé^us-Cbri.st, elk mander cette viande cclesle comme une viande commune : Non dijudicans curjnis Uoniini. J'apjdiciue ceci à mon sujet. j\(;uh commetton.N mille abus ilans l'usage de la parole de Dieu : mais l'abus capital est que nous ne luisons pas le dkceruemenl nécess;iire de cette adorable parole ; c'csl-ii-dire que nous ne 1 écoutons pas comme parole de Dieu, mais comme parole des hommes ; et voilà ce que j'appelle un désordre : 1° désordre par rapport ii Dieu ; 2" dé.sordre par rapport ii nousmêmes.
1" Désordre par rapporta Dieu. Quand vous ne laites pas un juste discernement du corps de Jésus-Christ, vous le profanez ■ et, par la même règle, je dis tjue vous profanez la jiarole de Dieu, quand vous ne savez pas lu discerner de la parole de I homme. Kcoutcz sur cela saint Augustin. La parole de Dieu, dil ce l'ère, n'est rien à noire égard de moins précieux que le corps de Jé«us-Chrisl. D'oii il lire cette conclusion, que celui-là donc n'est p^s, dans un sens, moins criminel envers Dieu, qui «b.,>ede celte parole el qui la profane, que s'il profanait le corps du Sauveur. C'est néanmoins ce qui arrive tous les jours. Si I on entendait la parole de Dieu comme parole ilc Dieu, on l'cnlendrail avec recueillement, avec respect, avec humilité, avec alttntion avec un esprit et un cœur docile: au lieu qu'on l'entend avec des dispositions toutes contraires.
2^ Désordre par rapport à nous-mêmes. Comment '.' c'est qu'en abusant de la parole de Dieu et en la profanant, nous nous la rendons inutile. Car la parole de Dieu, repue comme parole de 1 homme, ne peut produire que des cil'ets proportionnés à la vertu de la parole de l'homme. Or, la parole de l'homme n'est d'elle-même pour le salut qu un vain inslrument. C'est pourquoi saint Paul lélicitait les ïhessaloniciensde ce qu'ils avaient reçu la parole de Dieu, non comme parole d'un homme, mais comme parole de Dieu. Voilà, leur disait-il, la source des bénédictions que Dieu a répandues sur votre Eglise. Au contraire, dans cette ville de Lycaonie où saint Barnabe el saint Paul furent écoutés avec tant d'applaudissement qu'on voulait leur ollrir de l'encens leurs prédications ne firent aucun fruit : pourquoi ? parce qu'on écoutait ces deux apôtres el qu'on les admirait comme hommes. Ainsi tant de mondains admirent quelquefois le prédicateur, mais ne se convertissent pas. C'est ce que faisaient le? juifs lorsque le prophète Ezéchiel leur annonçait les calamités dont Dieu devait bientôt les affliger. Ils couraient enfouie l'entendre, ils lui applaudissaient; mais ils ne pratiquaient rien de ce qu'il leur enseignait : Audiunt verba tua, et non faciunt ea.
Aussi est-il de l'honneur de Dieu que la conversion des âmes, qui est le grand ouvrage de sa grâce, ne soit pas attribuée à la parole des hommes, ni même à la sienne, confondue avec celle des hommes. Pour vous punir, il ne vous laissera d« sa parole que ce qu'elle a de spécieux et d'agréable ; mais ce qu'elle a de solide el d'avantageux, il le donnera à ces âmes choisies qui ne cherchent dans sa parole que sa parole même. Et qui sommes-nous, mes frères, pour mériter que vous vous occupiez de nous 'i* Ce n'est pas que vous ne puissiez choisir tel prédicateur préférablement à I autre. Mais sur cela voici deux uvis importants que vous devez suivre : 1° entre les ministres de Jésus-Christ, ne préférez pas tellement l'un que vous méprisiez les autres, car ils sont tous envoyés de Dieu; 2° n'ayez égard, dans le choix que vous faites, qu'à votre avancement spirituel et à votre perfection.
Troisième PAnnE. La résistance à la parole de Dieu est une des plus prochaines dispositions à l'endurcissement el à la réprobation d'un clirétien. 11 y a des choses qui ne peuvent être inutiles sans devenir préjudiciables, el telle est la parole de Dieu. Le Saint-Esprit l'appelle tout à la fois une viande et une épée : une viande, selon la remarque de saint Bernard, pour ceux qui ■en profilent , et une épée dont les coups sont mortels pour ce ux qui n'en profitent pas. C'est ainsi que celte parole a toujours son effet, ou ell'et de miséricorde, ou effet de justice : Non reverlelur ad me vacuum. Or, quels sont ces effets de justice •altachés pour nous à la parole de Dieu, quand nous lui résistons? 1° Endurcissement du pécheur ;2'' condamnation du pécheur.
1° Endu rcissemenldu pécheur. Exemple de Pharaon : il résista à la parole de Dieu, en résistant à la parole de Moïse; et Dieu lui endurcit le cœur, ou plutôt il s'endurcit lui-même le cœur, par son opiniâtre résistance.
2° Condamnaiion du pécheur. Car plus le talent qu'on loi avait mis dans les mains était précieux, plus est-il criminel de n'en avoir fait nul usage. Dieu lui en demandera compte en son jugement dernier, et deux sortes de personnes s'élèveront contre lui ; auditeurs qui auront honoré la divine parole, et prédicateurs qui la lui auront annoncée. Ah 1 Seigneur, serai-je donc employé à ce triste ministère '? Après avoir été le prédicateur de cet auditoire chrétien, en serai-jc l'accusateur 'i" Kon, mon Dieu ; mais dès maintenant j'aurai recours, el pour eux et pour moi, au tribunal de votre miséricorde. Je vous supplierai de répandre sur nous l'abondance de vos grâces, afin que, par la vertu de votre grâce, votre parole nous soit une parole de sanctitication.
Qui ex Deo est, verba Dei audit. q^gjjg j)jg^ gg pj^j,|g j, lai-mÔme, QUÎ GSt le
Celui qui est de Dieu, entend la paroledeDieu. (Sai»< /«an. chap. Verbe inCléé; Iliais COlle que DicU protluit aU Vlll, 47.) ' ^ '
dehors, et qu'il fait entendre à ses créatures,
^^^^^' soit qu'il la leur adresse iinniédialement, ou
11 n'est rien de plus efficace et de plus fort qu'il se serve pour cela du ministère des .'^om-
que la parole de I>ieu. Je ne dis pas seulement mes qui en sont les organes et les interpi jtes.
cette parole conçue dans Dieu même, et par la- C'est cette parole que Salomon, dans le livre de
•>j:ii::;(>iv p[>UK le DiMANoyiR de la cinquième semaine.
iei^: s^pr^'i Cu'M K Et en cïï?.\, à voir ce (lu'cllc a onô»v, feoit «!nM5 l'ordre de la iiuliire ou ilans ce! ni de id grâce, rien ne lui convient mieux qiii'. ce c:\!in:ii>ie de loule-pnissance. Car c'est elle, dit l'Ecriture, qui, par un pouvoir souverain, a lire lous les ùtrcs du nt^ant ; qui a affermi les cicnx, (jui a ilonné à la terre sa consistance el sa fécoiuliU». C'est elle, selon l'expression de saint Paul, qui ap|)elle les choses qui ne sont pas cî qui n'ont jamais été, comme si elles élaifnl; qui, en ressuscitant les morts, fera sentir lui jour sa vertu à celles qui ne sont plus, et qui, sans aucune résistance, leur fait prendre, taniiis qu'elles sont, tous les mouvLMiicnls qu'il plaît 5 Dieu, leur créateur, de leur imprimer; en sorte qu'il n'y en a pas une, ajoute saint Augustin, qui, par quelque prodi.^e extraordinaire, n'ait rendu hommage à celle adorable parole.
A peine fut elle sortie de la bouche de Josué, que le soleil arrêta sa course. Moïse ne l'eut pas plulùt prononcée, que les eaux devinrent immobiles. Le ciel s'ouvrit et se ferma, ;\ mesure qu'elle fut employée par Elle. On vit la mer s'humilier et les tempêtes se calmer, au moment que Jésus-Christ parla. Voilà ce que peut dans la nature la parole de Dieu. Mais ce n'est rien encore, j'ose le dire, en comparaison des miracles éclalants qu'elle a faits dans l'ordre de la grAce. Car, c'est celle même parole qui a converti et sanclifié le mouile, qui a triomphé de ridolàlrie, qui a dompté le vice cl l'impiété, qui a brisé les cèdres du I.iban et abattu l'orgueil des puissances de la ierre : Vox Domini confringentis cedros 2, C'est elle qui, annoncée par douze pêcheurs, s'est fait entendre par tout l'univers; qui, sans nul artifice et sans nul secours (le l'éloijueuce humaine, a persuadé les philosophes, a confondu les liberlins, a convaincu les alliées; en un mot, qui par la seule force de la vérité, a engendré, pourm'exprimer avec l'apùhv saint Jacques, des millions de fidèles à Jésus-Chris! : Voïitntarie cnim gcnuit nos verbo voilatis ^. D'où vient donc, demande saint Chrysoslome, que celte parole, toute féconde et toute di\ine qu'elle est, paraît aujourd'hui si faible et si stérile dans le chiislianisme? D'où \icnl ([ue le saint ministère de la prédication, qui, dans le cours naturel de la Providence, devrait produire des fruits si abondants, par une malheureuse ialalilé, est devenu ii notre confusion un des eni[)lois, ce semble, les plus inutiles? D'où Aient même que la parole du Seigneur,
• Sap., xviu, 15. — 2 Pàalm., x.vvill, 6. — ' Jac, i, 18.
bien loin d'être salutaire pour nous, a tous les jours un efTet tout opposé; cl qu'an lieu d'être le |)rincipe de notre conversion, elle devient, par un jugement de Dieu bien redoutable, le sujet de noire condamnation ? C'est ce que j'entreprends d'examiner dans ce discours. Je veux vous découviir la source d'où procède un mal si pernicieux, et en vous la fais.int connaître, vous mettre en état d'y apportei- les remèdes nécessaires. 11 s'agit, ô Esprit saint! de justifier votre parole. Uépandez sur moi vos lumières, afin qu'à la faveur de vos lumières je puisse pénétrer dans les cœurs, et y gi aver profondément les grandes vérités que celle matière (n'engage h traiter. C'esl la grûce que je vous demande par l'intercession de Marie. Ave, Maria.
11 est constant, chrétiens, que jamais la parole de Dieu n'a été plus souvent annoncée dans le christianisme qu'elle l'est de nos jours; mais il est également vrai que ce bon grain semé dans le champ de l'Eglise n'y fut jamais plus stérile, et (pie jamais les chrétiens n'en ont tiré moins de fruit. Il n'est point maintenant de prédicateurs de l'Evangile qui ne puissent se plaindre à Dieu, et lui dire avec Isaie : Domine, quis credidit audilui nostro • ? Seigneur, c'est votre parole que nous avons prêchée; nous avons paru dans le monde comme vos ambassadeurs; on nous a reçus, et reçus même avec honneur ; mais s'est-il trouvé quelqu'un qui nous ait donné créance? Après nous être épuisés pour représenter de voire part les vérités éternelles, quel en a été le succès? Nous avons pu quelquefois remuer les consciences, exciter dans les cauns la crainte de vos jugements ; mais, du reste, quel changement avons-nous vu dans les mœurs, et à quoi avonsnous pu connaître l'effet de votre sainte paroleî
Voilà, mes chers auditeurs, ce qui faisait auti'cfois l'étonnement des prophètes, et ce qui fait encore le mien. Je demande d'où peut venir cette inutilité de la parole de Dieu, et à qui elle doit être imputée? Est-ce à la parole même de Dieu? est-ce aux prédicateurs qui la débitent? est-ce aux chrétiens qui l'écoulent? car il faut par nécessité que ce soit à l'un de ces trois principes. Or, de vouloir en accuser la parole de Dieu môme, ce serait une injustice ; car elle n'est pas moins puissante aujourd'hui qu'elle l'a été du temps des ap(jlres. De dire qu'elle s'est altérée dans la succession des siècles, ce serait tomber dans l'erreur de nos hérétiques. L'Eglise, dit Cassiodore, a toujours conservé et conservera jusqu'à la consommation des temps la paiole
' Isa., un, i.
Sllli LA PAROLK I)K DIEU.
de DiiMi nnssi piin» <|no la foi. Nous [UiVlions le jmMiu' Kvaiiyilt' (|iio sjiint l'iene pr(\-liait, lorsque dans un seul discours il convrrlil trois niille nuililiMus: ol quand le Saint-Kspril descendit visiblement snr les lidi'lcs (|ui entendaient la ])arole île Dieu, comme il estrappcirlt^ par saint Ia\c, ce n'était pas une antre [tarole (pic celle dont nons vous faisons part Ions les jouis, et que vous écoute/ dans nos temples Quoi donc! sonl-ce les prédicateurs cpii causent ce désordre ? J'avoue, clirétiens, (juc tous ne la dispensent pas avec les mèaics dispositions ni la même édilicalion. J'avoue cpi'il s'en est trouvé, comme dit l'Apôtre, qui l'ont relemie captive; qu'il s'en \ trouve encore (pii la rendent mercenaire, et qui, par une espèce de simonie, en tra(i(iuent pour acheter je ne sais quel crédit et une vaine réputation dans le monde. J'avoue môme que quelques-uns ont déshonoré le saint ministère par le dérèglement de leurs mœurs; semblables à ces pharisiens qui enseignaient, mais qui ne pralicpiaient pas : Dicuiit, et non faciunt.
Mais, après tout, ce n'est ni au mérite ni à la sainteté des prédicateurs que rcllicace de la parole de Dieu est attachée; elle opère par sa propre vertu; et elle a même cet avantage sur les sacrements, qu'elle ne dépend point de l'intention de ses ministres. S'ils la profanent, ils se pervertissent eux-mêmes; mais, en se pervertissant, ils ne laissent pas de sanctifier les autres ; et l'on peut dire de cette divine parole ce que saint Augustin disait du baptême conféré parles schismaliques: il est nuisible à ceux qui le donnent mal, et il est profitable à ceux qui le reçoivent bien : Nocet indigne tractantihus, sed prodest digne suscipientibus. Si donc, mes frères, la parole de Dieu fructifie si peu parmi vous, c'est à vous-mêmes que vous devez vous en prendre; et pour en venir à mon dessein, je trouve dans la plupart des chrétiens trois obstacles bien ordinaires à la prédication de l'Evangile : savoir, le dégoût de la parole de Dieu, l'abus de la parole de Dieu, enfin une résistance volontaire à la parole de Dieu ; et ce sont ces trois obstacles que j'entreprends ou de lever, ou du moins de combattre dans ce discours. Le dégoût de la parole de Dieu, qui se rencontre particulièrement dans les àines lâches; l'abus de la parole de Dieu, où tombent communément les âmes vaines; la résistance à la parole de Dieu, qui est le caractère des pécheurs. Or, suivant l'ordre et le partage de ces obstacles ainsi distingués, j'avance trois propositions qui renferment un grand fonds d'instruction et de morale. Car je dis que le dégoût de la
pantle «le Dieu est une des pins terribles punitions (|ue tloive craindre un chrétien ; c'est la piemi'Te partie. Je ilis que l'abus de la parole de Dieu est un des désordres les plus essi-ntiels que puisse commellre un chrétien; c'est la secv/ide. J(! dis (pie la résistance à la parole de Dieu est mu; des plus prochaines (lisposili(jns h l'eiidurcissement et à la réprobation d'un (hrélien; c'est la troisième. Les premiers ne l'écontcnt point, parce qu'ils s'en dt';goûleiil; les seconds l'écoutenl, mais non point comme parole de Dieu, et en cela ils en abusent. Les derniers l'écoulent, et l'écoutent même comme parole de Dieu, mais ne la veulent point pratiquer, cl c'est ainsi qu'ils y résistent. De là, par une règle toute contraire, je veux conclure avec Ji suS' Christ : Beali qui audiuniverhum Dei, et ciislodimit illud • ; Heureux ceux qui écoutent la [.ai olc de Dieu et qui la pratiquent! En trois Uiols : dégoût de la parole de Dieu, opposé à la bf'alilude de ceux qui l'écoutent : Beati qui audiuut. Abus de la parole de Dieu, opposé au bonheur de ceux qui l'écoutent comme parole de Dieu : Beati qui audinnt verbum Dei. Résistance à la parole de Dieu, opposée au mérite et à l'avantage de ceux qui l'écoutent comme parole de Dieu et qui la pratiquent : Beati qui audtunt verbum Dei, etcustodiunt illud. C'est tout le sujet de votre attention. Commençons.