‹ Œuvres complètesChapitre 136 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il y a dans Dieu, dit le prophète royal, une espèce d'émulation entre sa miséricorde et sa justice ; en sorte que l'une contrebalance toujours l'autre, que l'une sert de tempérament à

SUR lT!t.\t dv pnniii': ft i/rtm hk la (Iî^acr.

l'antro, que l'une doit ôtrc mesiirc^c pur l'aiiliv, et <iiic l'iino l't l'aiilio oiifiti, (luoiqiio [)ar dt-s \oies (Milii rtMutMil opposi'o-;, concoiuviil ii>'aiinioiiis (le coiicoil an saliil dû l'homme. C'est par un eUVt lia sa justice que Dieu, se resserrant dans les bornes d'une étroite s(W(^rilé, veut que les pins saintes oMivres du pécheur soient sans mérite et sans huit ; et c'est aussi pu- un etTet de sa miséricorde qu'ouvrant son sein et dispensant ses dons sans mesure, il veut que les moindres actions du juste soient récompensées d'une éleniité de gloire. Ecoutez comment raisonne là-de-^us le cliancelier Gerson. Car Dieu, dit-il, pour dédommager les hommes des pertes qu'ils devaient l'aire dans l'état du péché, a voulu qu'ils pussent acquérir dans l'état de la grAce, par les moyens les plus faciles, des richesses infinies. Thcsaurizate vohis thesauros in cœlo > . Faites-vous un trésor pour le ciel ; et de quoi, Seigneur, le composerons-nous ce trésor ? De mille choses que vous avez entre les mains, et qui, bien ménagées, suffisent pour vous enrichir devant Dieu : de certaines peines que vous endurez, de certaines mortifications que vous essuyez, de certains emplois que vous exercez, de certains devoirs que vous rendez, des actions mêmes les plus communes. Ramassez tout jusqnes aux fragments, afin que rien ne périsse: Colligite fragmenta, ne pereant"^ .Tout cela vous paraît de peu de valeur ; mais si vous êtes en grâce avec Dieu, tout cela, sanctifié par la charité de Dieu, sera d'un grand prix.

Et que signifient ces fragments ? demande saint Grégoire, pape. Ah ! mes frères, ce sont mille petits mérites que notre lâcheté, jointe à la dissipation de notre esprit, nous fait négliger, mais qui seraient pour l'autre vie une abondante provision, si nous avions soin de les recueillir. Ne vous imaginez pas, ajoute ce Père, qu'il n'y ait que les grandes choses qui fassent les grands saints : erreur. Les hommes, il est vi*ai, de peu ne font jamais beaucoup, et souvent même de beaucoup ne font rien ; mais Dieu qui de rien a tout fait, et qui dans l'ordre de la grâce a une vertu encore plus puissante que dans l'ordre de la nature, de nos plus petites actions sait tirer nos plus grands mérites. Avec peu, dit saint Bernard, on gagne tout auprès de lui ; et la charité que possèdent les justes a établi entre lui et eux un commerce aussi divjn qu'il est rare et singulier. En quoi singulier et divin ? En ce que, pour l'avantage de l'homme, les choses y sont excessivement prisées et infiniment rabaissées. Je m'explique.Ce que l'homme fait pour Dieu

' Matth., Ti, 20. — ■ Jo.in.,Ti, 12.

n'est rien ou pres(|uc rien ; et ce que Dieu p»'o« niet/i l'homme est im bien (|ui coiMpreml tout, et (pie rKi-rilnre par excellence appelle tout bien: Ostnvlamtibi omne bonumK Cependant, en verttt du commerce que la charité établit entre Dieu et le juste, ce rien de riiomme produit an juste un souverain bonheur, et (;e tout (lel)i(Mi lui est donné, selon saint l*anl, pour le plus faible elTorl qu'il lui en coûte, et pour un moment de tribulation: Momentaneum hoc et levé Iribulationis nostrœ, œternum glorice pondus operatiir in nohis ''•. D'homme c\ homme, poursuit saint Bernard, vJ(î serait usure, et une usure criminelle ; mais si c'est une usure à l'égard de Dieu, non-seulement elle est permise, mais elle est louable, mais cll.i est sainte, mais elle estdigne de Dieu même. Cent pour un, voilà le traité qu'il fait avec nous: Cenlu- ;;/u;n(^t'6'//;/c/ 'î. En sorte (ju'on peulbieiiafipliqucr aux justes ce que le prophète royal, quoique dans un sens tout différent, disait des isiaéliles : Pro nihilo habui'runt terrain dcsiderabilem'* . Ils ont eu pour rien cette terre bienheureuse, qui doit être l'objet de nos désirs. Qu'est-ce à dire, qu'il;; l'ont eue pour rien? Oui, pour rien, répond saint Jérôme, parce qu'en effet ils l'ont aciiuise et méritée par des actions de nul éclat, par de légères observances, par quelques pratiques de piété, de charité, d'humilité. Ce n'était rien aux yeux des hommes ; mais par là néanmoin? ils sont arrivés à l'héritage des enfants de Dieu : Pro nihilo habuerunt terrain desiderabilem.

Aussi le Fils de Dieu, dans l'Evangile, ne fait pas seulement dépendre le salut des actions héroïques ; il ne nous dit pas seulement : Vous parviendrez à ma gloire en quittant le monde, en vous dépouillanl do vos biens, en souffrant le martyre ; il ne l'attache pas même uniquement aux préceptes de la loi, dont la pratiqua est plus difficile et qui sont d'une perfection plus relevée, au sacrifice d'un ressentiment, à î'oiîbli d'une iiijure, à l'amour d'un ennemi ; mais que fait-il ? il prend de toutes les actions chrétiennes la plus aisée ; et pour un verre d'eau donné en son nom, il nous promet son royaume, et nous le promet avec serment : Amen dico vobis, non perdel mercedem suum^ . Et pour combien de temps encore nous le promet-il ? pour toujours : In perpétuas œlernitates^ . Remarquez cette expression du prophète ; ce n'est pas seulement pour une éternité, mais en quelque sorte pour autant d'éternités que nous aurons pratiqué de devoirs, puisqu'il n'y en aura pas un qui n'ait sa récompense, et une

1 Exod., xxxiii, 19. — î II Cor., iv, 17. — 3 Matth., x;x, 29. — • * Ps., cv, 24. — 5 Matth., x,42, — s Dan., xn, 3.

SERMON POUR LE MERCREDI DE LA CINOI lÈME SEMAINE.

récompense étornclk. r.:.^ . «ncs frères, s'écrie saint Bernard, où est notre zèle, où est notre foi, si ces niolils ne nous touchent pas? et à (pioi sommes-nous sensiljles, s'ils ne sont pas capables de nous exciter et de nous piquer ? Où est noire prudence, si nous ne travaillons pas comme des hommes persuadés que ces œuvres, quoique passagùios, ne passent point ; et que, pour élre faites dans le leinps, elles n'en sont pas moins les plus précionses sciiioucos de l'cternité?iVc*c»i/.s' quoànon trcniseunt opéra lïoslra, sed velut qnœdom œteniitalis semina jaciuntur? Si le laboureur négligeait son grain, sous piétexte que c'est peu de chose, et s'il le dissii>ait au lieu de le mettre dans le sein de la (erre, ne le traiterait-on pas d'insensé? Il est vrai, lui diriez- vous, c'est peu de chose en apparence que ce grain ; mais, tout petit qu'il est maintenant, il contient toute l'espérance de l'avenir ; et quand vous le laissez perdre, vous ne renoncez à rien moins qu'à une ample récolle que vous en pouviez altendre.

Faisons-nous la même leçon. Car \oi\b, mes chers auditeurs, l'idée véritable de la vie lâche et paresseuse de tant de justes. Voilà le désordre à quoi tous les jours nous sommes sujets, vous dans le monde, et moi, si je n'y prends garde, dans la profession religieuse. Dieu, par une protection toute spéciale, nous préservant des chutes grièves, il ne tiendrait qu'à nous que toutes nos œuvres ne fussent autant de gages d'une glorieuse immortalité, et qu'à proportion de la ferveur qui les animerait, elles ne rendissent les une trente, les autres soixante, et plusieurs môme jusqu'à cent, selon la parabole de l'Evangile. Dans le commerce du monde, combien d'occasions avez-vous sans cesse de pratiquer la patience, la soumission, l'abnégation chrétienne ? vous le savez, et vous ne le dites que trop. Et moi-même, dans ma profession, combien de sacrifices aurais-je à faire de ma volonté, de ma liberté, de mon esprit, des aises et des commodités de la vie? je le reconnais à ma confusion, et j'en fais publiquement l'aveu pour ma propre instruction. Qu'est-ce que tout cela, sinon ce grain évangélique, cette divine semence qui rendrait notre vie féconde ? Mais au lieu de tant de richesses que nous pourrions amasser, nous languissons dans une triste disette : tout nous échappe des mains, ou rien presque ne profite dans nos mains : soit lAcheté et tiédeur, soit dissipation d'esprit et distraction, soit embarras et soins supeiHus, soit habitude, soit vanité, il y a toujours dans nos actions un ver qui en altère la vertu et qui en arrête le fruit.

Cependant ne cessons point d'admirer le pouvoir de la grAce sanctifiante. Car, dans cet état, il n'est pas môme toujours nécessaire, dit saint Thomas, (jue nos rcuvres, pour ôlrc des œuvres de salut, soient saintes par ellcs-môuips : c'est assez, quoiqu'elles soient indifférentesde leur nature, que la charité les dirige et que la grâce les sanctilie. Ainsi l'apôtre nous l'a-t-il ap))ris, lorsqu'il disait aux Corintliiens, non pas précisément : Soil que vous jeûniez ou que vous vaquiez à la prière ; mais môme : Soit que vous buviez ou que vous mangiez : Sive mamhicalis sive bibitis * , faites tout pour la gloire de Dieu : Omnia in glorinm Dei facile ; et la gloire que vous procurerez à Dieu servira à la vôtre, et vous donnera un droit légitime à cette couronne de justice qu'il vous réserve. II n'y a rien que de naturel dans ces actions considérées seulement en elles-mêmes, je le sais; mais la grâce, ce germe sacré et ce levain de bénédiction, qui se répandra dans toute la niasse de vos actions, en rehaussera le prix et les élèvera à un ordre supérieur. Ah ! chrétiens, quelle consolation pour une âme juste et fervente, si nous goûtions, selon la parole de saint Paul, les choses du ciel ! Quœ sursum sunt sajjî7d 2. Quelle impression ferait sur nos cœurs une vérité si touchante ! Vous me demandez sur quoi elle peut être fondée? le voici, et c'est par là que je finis. Car je la tj'ouve établie sur trois belles qualités, qui conviennent au juste et qui le distinguent devant Dieu : qualité d'ami de Dieu, qualité de ministre dcDieu, et qualité de membre incorporé à Jésus-Christ, qui est l'IIomme-Dieu.

Qualité d'ami deDieu. Oui, mon cher auditeur, cette bonne œuvre, quelle qu'elle soit d'ailleurs, est dans la personne du juste une action d'ami. Faut-il s'étonner si Dieu la fait tant valoir, et s'il ouvre les trésors de sa gloire pour la récompenser ? D'un ami tout est bien reçu, et les moindres services de sa part ont un agrément et un mérite particulier. Dieu aime le juste ; et sans avoir les imperfections et les faiblesses de l'amitié, parce que l'amitié n'est point en lui une passion comme elle l'est en nous, il en a toute l'ardeur et tout le zèle, d'où il s'ensuit que toutes les œuvres du juste, même les moins importantes sont agréables à Dieu. Or, ce qui est digne de la complaisance de Dieu, est digne de gloire aussi longtemps qu'il plait à Dieu de l'agréer ; et parce que cette action sera éternellement agréée de Dieu, il faut qu'éternellement elle ait sa récompense. Voyez comment Dieu s'en explique lui-môme à l'âme fidèle, qu'il traite de sœur et d'épouse bien aimée : ViUnerusti cor meu7n, soror mea spousa ;

] I Cor, X, 31. — «Coloss., m, 2.

SUfl LTXVT DU VtfAlK F-T I/PlTAT DE \A Gf\ACE.

Vous avez Mosst5 mon cœur, lui dit-il, cl par où ?

/m uno flculorum tiinnim, et w uvo criiit' roJli tui * • Par l'ôrlal d'iiii de vos yoiix, c\ p;ir un cIumoii de voire UMe. Un'tMitoiul-il par 1.^, dein;mil(Mit les Pères, ou (iiie nous l'ait-il ciiloiulro, si ce n'est, rt^poiid saint Mornanl, que son cœnr est aussi bien Vnuiii^ do la liiUMilô du juste dans les plus petites îhoses (pie dans los grandes ? Car cet <eil brillant de luuiièio nous luarcjue ce qu'il y a de plus éclatant dans la sainteté ; et ce cheveu de la tête, au contraire, nous représente ce qu'il y a de moins remarquable. Mais Dieu envisaj^e tout î^ la t'ois l'un et l'aulre dans son épouse, et se laisse tout à la fois gagner par l'un et par l'autre : VuhicrasH cor meum in uno oculomm tuorum, et in uno crine colii tui. Or, il n'est pas étonnant que ce qui gagne a:i juste le cœur de Dieu, lui gagne le royaume de Dieu.

Qualité de mijiislrede Dieu : comment ? c'est que le juste, agissant comme juste, agit pour Dieu et au nom de Dieu. Or, quand les saints agissaient au nom de Dieu, dit saint Chrysostome, quen'out-ils pas fait avec les plus faibles instruments'? Moïse, avec une baguette, remplit l'Egypte de prodiges. Samson, avec un reste d'ossements, défit des milliers d'hommes. Elle, avec un mau-^ teau, divisa les eaux du Jourdain. L'ombre de saint Pierre guérit les maladies les plus mortelles. Qu'est-ce que cette baguette, ce manteau, cet ossement, cette ombre ? Les actions du juste ne sont-elles, pas encore plus nobles, et par conséquent, dans les mains du juste, ne sontelles pas encore plus efficaces auprès de Dieu ?

Enfin, qualité de membre incorporé à Jésus- Christ, qui est l'IIomme-Dieu. Car, du moment que nous sommes eu grâce avec Dieu, nous ne faisons plus qu'un corps avec Jésus-Christ, nous n'agissons plus que comme ses membres, nous ne vivons plus que de son esprit, ou plutôt ce n'est plus nous qui vivons, mais Jésus-Christ qui vit en nous : Vivo ego, jam non ego, vivit vero in me Christus 2. Or, si Jésus-Christ vit en nous, c'est Jésus-Christ qui agit en nous ; et s'il agit en moi, toutes mes œuvres sont donc marquées de son sceau et revêtues de ses mérites. Par conséquent, chaqueaction que jefais est un fondspour l'éternité, et un fonds d'autant plus précieux, que c'est dans un sens l'action de Jésus-Christ même plus que la mienne. Que ne disent pas les théologiens, quand ils parlent de l'humanité sainte de cet adorable Rédempteur ? Un seul acte de sa volonté, une larme de ses yeux, une parole de sa bouche, aurait mérité la rémission de tous les péchés du monde ; pourquoi ? parce que tout

l Ctnt., iT, 9. — » Galat., ii, 20.

cela, quoique humain, partait d'une personne divine. Je sais rpie, quand ce divin Médiateur agit en moi, il n'agit pas avec la même perfection ; mais toujours est-il vrai (pie toid le bien que je prafKpie vient de lui; etpnis(pi'il \ientd(îlui, il n'est point au-dessous de la souveraine béatitude. Ainsi je m'adresse à Dieu avec une sainte, confiance, et j'(jse lui dire ; Vous me la devez, Seigneur, celte suprême félicité, et votre justice j aussi bien que votre parole y est engagiîe : car ce peu que je vous offre n'est pas de moi, mais du Sauveur que vous m'avez donné ; et si ce que je vous demande est grand, tout grand qu'il est, il n'excède point les mérites de votre Fils.

Voilà, chrétiens, ce que dit le juste ; voilà ce que vous pouvez dire à chaque moment dans la vie, parce qu'il n'y a point de moment dans la vie que vous ne puissiez sanctifier par une œuvre chrétienne et méritoire. Si vous ne profitez pas de cet avantage, c'est que vous ne le connaissez pas, ou que vous êtes moins touchés des intérêts de votre salut que des intérêts du monde. Car, que ne faites-vous pas pour vous élever et vous agrandir dans le monde ? Vous y pensez, vous y travaillez sans relâche, vous en ménagez toutes

les occasions , -rowo «^'cLlfonrloT pac /iii'.iUoo ca

présentent, vous les cherchez, vous les i)ré' venez, parce que vous vous êtes laissé infatner de la fortune du monde et de ses faux biens. Mais pour ce véritable et solide bien, qui doit être le terme de votre espérance ; mais pour ce bien, le seul de tous les biens capable de combler les désirs de votre cœur ; mais pour ce bien incorruptible et que le temps ne finit point ; mais pour ce bien qui est en Dieu et qui n'est rien moins que Dieu, c'est sur quoi vous vivez dans l'oubli le plus profond et dans la plus mortelle indifférence.

Ah ! mon cher auditeur, si je vous disais que, dans l'état de la justice chrétienne et de la grâce, tout réussit et tout prospère selon le monde, qu'on s'avance à la cour, qu'on parvient aux premiers rangs et aux premiers ministères, qu'on a part à toutes les faveurs du prince; que c'est par là qu'on grossit ses revenus, par là qu'on établit sa famille, parla qu'on se fait un grand nom et qu'on éternise sa mémoire : quel feu et quelle ardeur j'allumerais tout à coup dans vos cœurs! La pénitence a-t elle rien de si austère, et la religion rien de si parfait qui vous étonnât? C'est alors que vous commenceriez à êtes chrétien, si toutefois avec de telles vues on pouvait l'être. Mais, si j'ajoutais que cette prospérité temporelle est attachée aux moindi'es exercices du cliristianime ; que tout y

8on

SERMON POTm LE JEUDI DE LA ClNQUIfîME SEMAINE.

peut servir, unepcnsdfi, un sentiment, un ddsir, une parole, un reparti, un gcsle, et qu'il ne lient qu'à une condition, qui cstrinnoccnce de l'unie ; quels soins vous vciTais-iopi'oadie elqneiscffoits fcriez-vons, ou pour vous maintenir, ou pour rentrer dans cette voie sainte dont les issues vous paraîtraient si heureuses ? Or, ce que je ne puis vous dircfi l'égard du monde et de ses faux biens, je vous le dis par rapport h Dieu et au bonheur que vous en devez alle;:di e. Vos jours, si vous le voulez, seront des jours pleins, parce que la grâce, si vous le voulez, eu les sanctifiant les remplira : Diespleni invenienlur in eis ^ : au lieu que ce sont des jours vides, parce que le péché ruine tout et vous dépouille de tout ; d'autant plus malheureux, que vous ne sentez pas votre malheur. On perd la grâce sans peine, et l'on vit dans le péché sans remords : ou s'en fait une habitude, un plaisir, une gloire, souvent môme un intérêt et une loi. Mais, mon Dieu, jusques à quand aimeront-ils la vanilé et la bagatelle ? Usquequo, parvuli, dUUjilis mfanliam 2 f Et, ce qui est encore plus déplorable, jusques à quand chercheront-ils eux-mêmes ce qu'il y a pour eux de plus funeste et de plus mortel ? Et stulli ea quœ sibi sunt noxiu. cuniimt^ ?exxi loute

JProverb., i, 22. — ' Psalua,, Lxxii.jlO. — s Ibid.

autre chose ils sont si éclairés ! ce sont de .sages politiques, ce sont d'habiles ministres, ce sont de grands capitaines: ils ont en partage l'esprit, la p(dile.^se. l'agrément, l'opulence, l'autorité, la grandeur ; le monde leur applaudit, il les adore ; et à en juger selon la |)i udence de la ch.iir, ils ont en cITet de quoi s'attirer les applaudisseinents et les adorations du monde. Mais, Seigneur, votre divin esprit les traite d'enfants, ptirvuli ; il va même plus loin, ol il les traite d'insensés, stuHi ; parce qu'uniquement occupés du présent qui les séduit et qui passe, ils ne font rien, ils n'ama.ssent rien pour uu avenir qui ne passera jamais : Usquequo, parvuli, lUligilis infuntiam, et stulti ea quœ sibi sunt noxia, cupiuvt ? Dissipez mon Dieu, le charme qui les aveugle ; pénétrezles d'une crainte salutaire du péché ; inspirezleur une haute estime de votre grâce. Il y a jusques au milieu de la cour de fidèles Israélites qui ne fléchissent point le genou devant Baal ; il y a des âmes droites, pieuses, innocentes. Que ce discours serve à réveiller toute leur ferveur ; qu'il leur donne une sainte avidité d'accumuler bonnes œuvres sur bonnes œuvres, et mérites aiir in<5iitcs ! Ce sont les seules richesses que nous pouvons emporter avec nous, et que nous retrouverons dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.

SERMON POUR LE JEUDI DE LA CmQUIÈME SEMAINE.

Page 1