‹ Œuvres complètesChapitre 138 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

J'entre dans ma première proposition par la pensée de saint Grégoire, pape, et surpris aussi bien que ce saint docteur du pouvoir souverain de l'amour de Dieu et du miracle que l'Evangile aujourd'hui lui attribue, je demande : Estil donc \Tai qu'il n'en coûta à Madeleine que d'aimer, pour trouver grâce devant Jésus- Christ ? Est-il vrai que le seul acte d'amour qu'elle forma fut, après tant de désordres, un remède suffisant pour la guérison de son âme ? Esl-il M*ai qu'une pécheresse si chargée de crimes, sans autre effort que celui-là et sans autre disposition, mérita d'être pleinement et parfaitement justifiée? Oui, chrétiens, il est vrai; et non-seulement vrai, mais même de la foi. Parce qu'elle aima beaucoup, beaucoup de péchés, c'est-à-dire, dans le langage de l'Ecriture, tous ses péchés lui furent remis : Eemittuntiir ei peccata multa, quoniam dilexit tmtltum • . Mais il ne s'ensuit pas du reste que le Fils de Dieu, en lui pardonnant, ait été prodigue de sa grâce; il ne s'ensuit pas qu'il l'ait donnée à vil prix, ni que sa bonté l'ait fait relâcher de ses droits aux dépens de sa justice. Car je prétends (et voilà par où je veux consoler les pécheurs, en leur faisant connaître le

) Luc, vu, 47.

don de Dieu et en jusliftanl la miséricorde du Sauveur), je prétends que ce seul amour, formé dans le cœur de Madeleine au uiument (pi'rll(> conind Jésns-Cbiisl, fut la salislaction la plus enli("re que Jésus Cbriiit pût attendre d'un cœur contrit et humilié. Je prétends que, sans y rien ajouter, celte satislaclioii seule, pesée dans la balance du sanctuaire, eut une juste proportion avec le pardon que Jésus-Christ lui accorda. Entrons, mes clieis auditeurs, dans les sentiments de celte illustre pénilenle. Développons, s'il est possible, ce qu'oiiéia dans elle l'Esprit divin au moment de sa conversion. Mesurons toute la grandeur et t(ude lélendue de ce parlait amour de Dieu qui la sanctifia, et voyons si la facilité du Sauveur du inoiule à la recevoir et à lui re mettre ses péchés, préjudicia en aucune sorte aux règles les plus exactes et les plus sévères de la pénitence.

Pour cela, chrétiens, je distingue et je vous prie de distinguer avec moi quatre choses, que l'Evangélisle nous fait expressément remarquer dans Madeleine : son péché, la source de son péché, la matière de son péché et le scandale de son péché. Son péché, qui lut sa vie déréglée et dissolue ; la source de son péché, qui fut la faiblesse et le malheureux penchant de son cœur ; la matière de son péché, qui fut son luxe et ses sensuahtés criminelles; enfin le scandale de son péché, qui fut le dangereux el lùneste exemple qu'elle avait donné à toute la ville de Jérusalem : Mulier in civitate peccatrix i. Or, voilà, par un effet bien surprenant, à quoi remédia tout à coup l'amour qu'elle conçut pour Jésus-Christ; je veux dire que ce saint amour expia son péché, que ce saint amour purilia la source de son péché, que ce saint amour consacra à Dieu la matière de son péché, et qu'enfin il répara le scandale de son péché. Il expia son péché, en rétablissant dans le cœur de Madeleine l'empire de Dieu, que le péché y avait détruit. 11 purifia la source de son péché, en tournant toute la sensibilité et toute la tendresse de Madeleine vers Jésus-Christ, objet digne d'être souverainement aimé. 11 consacra à Dieu la matière de son péché, en inspirant à Madeleine la pensée de répandre sur les pieds de Jésus-Christ un parfum précieux, et lui faisant trouver jusque dans son luxe de quoi honorer son Dieu, et dans sa vanité même de quoi lui faire un sacrifice. Et il répara le scandale de son péché, en déterminant Àladeleine à changer de vie par une conversion éclatante. N'ai-je donc pas raison de dire que ce seul amour fut

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