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SERMON POUK LE JEUDT DE LA CINQUIÈME SEMAINE
la croix; lui demeurer toujours uni, lorsqu'il semble nous diMaisscr ; pcrs(^vércr dans ?cs vol'»?, lorsque nous n'y trouvons que dos épines et des difficidlés, c'est h quoi nous oblige le souvenir d'une Ki-àcc aussi précieuse que celle de notre conversion. Mais n'avoir pour Dieu de constance et de fidélité qu'autant qu'il nous tait trouver de goût dans son service; n'être à J('S'ls-Ch^i^ît et ne se déclarer pour lui que lorsqu'il n'en conte rien ; ne le suivre, comme dit saint Chrysostoine, que jusqn;\ la cène, et l'abandonner lâchement au Calvaire, c'est oublier qu'on a été pécheur, c'est di'menlir les engagements où l'on est entré par 11 pénitence, c'est ne payer le plus grand de tous les bienfaits que d'une reconnaissance apparente et superficielle. Ah ! Seigneur, votre croix, voilà mon héritage, depuis que vous m'avez appelé i\ vous et réconcilié avec vous : ChrMo covfixus siim cruci ' : non pas cette croix extérieure sur laquelle vous expirâtes, et dont j'honore l'image sur vos autels ; mais la croix intérieure et personnelle que j'ai h porter, cette humiliation que vous m'envoyez, cette disgrâce que je n'attendais pas, cetlc perle de biens qui me désole, cette maladie qui m'afflige, cette persécution que l'on me suscite. C'est en acceptant tout cela de votre main que je dois vous répondre de moi-même, et vous montrer que je suis fidèle. Toutes les autres preuves de ma fidélité sont équivoques, suspectes, douteuses; il n'y a que la croix qui vous assure de moi, et que le bon usage de la croix qui puisse vous faire connaître que mon péché m'est toujours présrnt : Etj^eccatum meum contra me est semper 2. Oui, il m'est toujours présent, pour me retracer toujours et mon indignité et votre bonté ; mon indignité, après l'avoir commis, et votre bonté qui me l'a remis : Et peccatum meum contra me est semper. Il m'est toujours présent, pour m'inspirer toujours un zèle et un courage nouveau, soit dans les adversités de la vie, soit dans les pratiques de la pénitence. Quoi qu'il m'arrive par votre ordre, ou quoi que je m'impose à moimême, mon péché, ou le pardon de mon péché, sera toujours un motif pressant qui me réveillera, qui m'excitera, qui m'encouragera h tout entreprendre pour vous, à tout endurer pour vous, à me sacrifier, s'il le faut, et à m'immoler pour vous : Et peccatum meum contra me est s/'mpcr.
Cependant, Jésus-Christ mort sur la croix, oii se retira Madeleine? Autre effet de sa reconnaissance et de son amour : elle demeura, avec une invincible persévérance, auprès du tombeau de
* Galat., Il, 19, — » Psalm., l, 6
son aimable Maître. Lh, quelles pensées l'occupèrent ? quels sentiments touchèrent son cneur ? quelles résolutions forma-t-elle de mourir en esprit, comme il étai' mort en effet; de s'ensevelir elle-même dans une vie pénitente et obscure, comme il était enseveli dans les ténèbres et l'obscnrité du sépulcre ? Combien de fois se fit-elle, pour sa propre instruction, ces divines lerons que l'Apotre dans la suite devait faire aux premiers fidèles pour la sanctification de toide l'Eglise: Morlui estis, et vita vestra abscnndita est cum Cfiristo in Dec i ; Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu : Consepulti estis cum Christo ' ; Vous êtes ensevelis ave'î Jésus-Christ et en Jésus-Christ ? Contente de passer ses jours auprès de cet adorable Sauveur, elle y fût restée des siècles entiers sans ennui; ou si quelquefois elle eût, malgré elle, ressenti les atteintes d'un ennui secret, elle eût bien su le soutenir et le surmonter ; car elle n'ignorait pas combien de temps le Fils de Dieu l'avait attendue elle-même ; combien d'années elle l'avait laissé appeler sans lui répondre, et frapper à la porte de son cœur sans lui ouvrir ; combien de rebuts elle lui avait fait essuyer par de longues et de continuelles résistances. Elle ne l'ignorait pas, et c'était assez pour la fortifier contre tous les dégoûts el toutes les horreurs que peut causer la vue d'un tombeau, et l'idée d'un mort qui y vient d'être inhumé ; ou plutôt c'était assez pour la fortifier contre tous les dégoûts et toutes les horreurs de celte mort spirituelle h quoi elle s'était condamnée, et dont elle avait un modèle sensible dans le tombeau, et dans ce corps sans sentiment et sans action qui y était enfermé. Affreuse mort pour tant de femmes mondaines, qui voudraient vivre à Dieu, mais sans mourir au monde et à ellesmêmes ! Avoir un cœur, mais pour le tenir dans un dégagement parfait du inonde ; avoir des yeux, mais pour les fermer à toutes les pompes du monde ; avoir des sens, mais pour se rendre insensible h fout ce que le mondea de plus flatteur et de plus doux ; être dans le monde et au milieu du monde, mais pour n'avoir plus départ à ses assemblées, à ses entretiens, à ses divertissements, mais pour y mener une vie retirée, une vie austère et mortifiée : voilà ce qui arrête tant de conversions; ou, après de prétendues conversions, voilà ce qui fait reculer tant de faux pénitents, et ce qui les replonge dans leurs premières habitudes, malgré les plus belles espérances qu'ils avaient données et qu'on en avait conçues. Il n'appartient qu'à l'amour de Dieu, à un
? Coloss., m, 3. — Bom., vi, 4-