SERMON POUR LK DIMANCHE DES RAMEAUX
1» Ce sont les disciples de Jéous-Clirist qui le reçoivenl en Iriomiihe; el pour le bleu recevoir dans la communion, il hat êire son disciple, ot l'être en efTet el dans la pnilique. Il s'est lui-même déclaré qu'il ne voulait faire la pAque qu'avec «es disciples Vous me direz qu'il ne p;ir!ait alors que de la p'xiue judaïque, j'en convi-îns; mais s'il parlait ainsi <le I ancienne péque, que p"'nsait-il de la nouvelle? Et d'ailleurs ce qui se passait dans la pàque des juifs n'était-il pas une leçon pour nous, raaisune leçon exacte el précise de ce qui devait être accompli dans celle des chrétiens? Qu'il n'y ait donc jiersonne assez téméraire, concluait saint Clirysoslome, pour prétendre avoir part àcette pûque sans être eu grâce avec Dieu, et sans avoir re caractère particulier de disciple de Jésus-Clirist. Tel est l'ordre que le grand Apôtre avait lui-mi-me intimé h toute IDglise par ces courUs paroles- Probet aulem seipsum homo: Que Ihomme s'éprouve. Sans cela il ne nous c4 pas p|i-mis défaire la pAque, etnous iVv devons pas penser. Je me trompe, nous y devons penser; el si. pour n'y avoir pas p^nsé, nous manquons h recevoir Jesus- Cfnist dans celte foie solennelle, nous commettons un nouveau crime, et nous désobéissons i> ses ordres. Mais l'ordre de Jésns- Christ est-il que nous le recevions sans être du nombre de ses disciples? A Dieu ne plaise! mais son ordre est que vous vous déclariez ses disciples, et que vous retourniez h lui par une sincère pénitence, afin d'être en état de prendre place parmi les conviés qu'il fait appeler. . . . . . , .
'2" Les disciples vont au-devant de Jésus-Christ, et c est ainsi que nous devons anticiper sa venue par une sainte préparation. Je m'explique. Car attendre, comme tant de m ):i-l.iins, le jour même de la communion pour s'y dis.ioîer, n'est-ce pas se mettr» dans un danger évident de profaner cet adorable mystère ? Ce point ne regarde pas ces âmes innocentes qui font du sacrement de Jésus-Clirist leur plus commune nourriture. Quoiqu'ellesaienltoujours sujet de craindre elles ontencore plus droit d'espérer; une communion les dispose à l'autre. Mais pour vous, mondains, qui passez les &nnées entières sans confession el sans communion, attendre i» vous y préparer que vous soyez au jour précis où vous devez garder le précepte cl y satisfaire, n'est-ce pas mépriser votre Dieu, et vous exposer vous-mêmes à un scandale presque inévitable? Car si moi, par exemple, qui vous écoute au sacré tribunal, je ne vous trouve -pas prêts, que ferai-je alors? Vous accorderai-je la grâce de l'absolution ? ce serait trahir mon ministère. Vous la refuserai-je? il n y aura donc point de pàque pour vous. Si des le commencemenl du carême vous aviez eu recours à un confesseur, et que vous lui eussiez découvert votre état, on aurait mis ordre ii tout: et n'est-ce pas pour celaque le earême est institué ?Si donc vous avez différé jusques à présent, au moins ne différez pas davantage. Ecce Sponsus venit, exile obviam ei : Voilà l'Epoux qui approche, allez vous présentera lui. Prœoccupemus faciem ejus in confessione : Prévenez-la et gagnez-le par une bonne confession. Queferiez-vous A l'on vous annonçaitque le plus grand des rois vient en personne loger chez vous? Que ne faites-vous pas même tous les jours pour un particulier, jiour un ami ?
3° Les disciples vont au-devant de Jésus-Christ ave.; des branches de palmiers cl d'oliviers. La palme est le symbole des victoires que nous devons remporter sur le péché, sur le monde, sur nous-mêmes; el l'olive, le signe de la paix que nous devons faire avec Dieu.
4° Les disciples se dépouillent de leurs habits, et les étendent dans le chemin par oii Jésus-Christ devait passer. Cérémonie qnî vous apprend. Mesdames, à vous défaire de tout ce qui s'appelle superduité mondaine ; surtout de celle superfluité d'ajustement» et de parures.
Que fera Jésus-Christ de sa part ? Il viendra dans nous comme un roi triomphant : Ecce rex tuus. Quand je communie en état de grâce, non-seulement Jésus-Christ est en moi, mais il y règne, il y commande, il s'y fait obéir.
Il y viendra non-seulement en roi triomphant, mais en roi débonnaire et bienfaisant. A ne considérer que sa grandeur, je m'écrierais comme saint Pierre: Exi a me, quia peccator sum ; Lloignez-vous de moi, mon Dieu, car je suis un pécheur. Mais il sait bien me rassurer par la manière dont il se donne k moi dans ce sacrement. C'est là qu'il obscurcit tooîe sa splendeur, là qu'il s'abaisse, là qu'il se fait petit et pauvre, afin que nmis puissions avoir un accès facile auprès de lui.
C'est donc pour nous qu'il viendra, c'est pour nous combler de ses grâces : Venit libi. Quand il fut entré dans Jérusalem, tout ce qu'il y avait de malades, d'aveugles, de paralytiques, parut devant lui, et il les guérit. Ainsi f;uérira-t-il toutes nos infirmités spirilueiks. Disons-lui comme David : Sana me, Domine, et santbor : Guérissez-moi, et je sorai guéri ; ou comme lecenlenier : Tantumdic verbo , Prononcez seulement une parole, el vous rendrez une santé parfaite à mon âme.
Deuxième partie. Idée d'une communion .sacrilège dans la manière dont Jésus-Christ fut reçu des pharisiens et de leurs partisans. 1° lis ne le reçoivent que par respect humiin : Tiimbaaivero plebem. 2" D^s que le Fils de Dieu paraît dans Jérusalem, ils conspirent el forment des desseins contre lui -.Collegeruat cbncilium adversus Jesum. 3° Us contredisent ses miracles, et ils s'aveuglent pour ne les pas reconnaître : Videntes autem mirabilia quœ fecit, indignati sunt. Mais comment est-ce aussi que Jésus-Christ vient à eux ? Comme un ennemi radouiable. Que de rapports avec la communion des pécheurs !
1° Les pharisiens ne reçoivent le Fils de Dieu que par respect humain et par politique ; et c'est ce que font encore certains fîicheurs endurcis, qui veulent seulement garder les apparences et sauver les dehors de la religion. C'est un magistrat, i/cst un père de famille, c'est une femme de qualité, c'est un hommi de l'Eglise, qui se décrieraient, s'ils m se présentaient pas comme les autres à la sainte table. Ils communient donc, mais comment ? par une espèce de contrainte : Timebant vero plebem.
"° De !à, ces hommes perdus de conscience et impies conjurent contre Jésus-Christ dans le cœur, au même temps qu'ils reçoivent son sacrement ; de même que les pharisiens conspirent contre lui en le recevant dans Jérusalem. On forme des projets pour satisfaire ses passions brutales, et le jour même de la communion devient un jour d'excès et de débauche. On déclame tant contre de légères imperfections qu'on remarque dans quelques âmes dévotes qui fréquentent les sacrements, et l'on ne dit presque rien de ces chrétiens sacrilèges qui profanent le corps de Jésus-Christ ; mais c'est contre eux qu'il faudrait employer le zèle évangélique.
3° Par un dernier trailde ressemblance avec les pharisiens, ils traitent d'illusions tous les miracles de Jésus-Christ, je veux diietou& les effets de grâce qu'opère la communion, quand elle est bien faite. Je n'ai donc point de peine à comprendre pourquoi Jésus-Christ pleure sur eux, comme il pleura sur Jérusalem. 11 voit que le même sacrement qu'il a institué pour la sanctification des âmes, va faire leur réprobation.
Mais si cela est, ne faudrait-il pas mieux ne point communier du tout que de communier indignement ? Autre désordre. L'un ne vaut pas mieux que l'autre ; car l'un et l'autre est un mal : mais entre l'un el l'autre il y a un milieu, qui est àt eommuaier et de bien communier.
SUR LA COMMUNION PASCALE
tfoe aultm tolum /aetum esl, ut aJimplerilur quod diefum ttt p4T yrophe «m dtcenlem : Dicilejttite Hinn : Ecct rez luua ventl lUa mantuetus.
Or, tout ceci se flt, aflnque cotte parole du proptii^te fût acoompRe : Dites à la Aile de Siun : V'uici votre roi i|iil vient & vous iilciii île douceur. {Saint Atalth., cliap. xxi,4, &.)
SlUE,
Le Proplir>t(> l'avait j)rtSlit, qiio le Sauveur du moudt» onlrerait dans .Irriisalom plorieiix et ti'ionipliaut ; et c'est dans le mystère de ce jour que coite parole du Propht^te devait s'accomplir, et qu'on elTet elle s'accomplit. Mais du reste pourtinoi les juifs recoivcnt-ils aujourtriuii le Fils de Dieu avec tant de pompe et tant de solennité, et d'où leur vient ce zèle qu'ils font paraître pour lui rendre des honneurs qu'il n'en avait jamais reçus ? Cent fois ils l'avaient vu parmi eux snns qu'i'i peine on pensât à lui ; mais par un changement bien nouveau, l'iMangile nous le représente dans une espèce de triomphe, entrant au milieu des acclamations et des applaudissements publics, escorté d'une foule de peuple, reconnu solennellement comme Fils de David et comme envoyé de Dieu : Ilosainia Filio David ! benedictus qui venit in nomine Domini * ! N'en soyons point surpris, chrétiens, puisque les évangélistes nous en apprennent la raison. 11 venait, ce Sauveur adorable, de faire un miracle dont le bruit s'était répandu dans toute la Judée. La résurrection de Lazare, de cet homme mort depuis quatre jours et enfermé dans le tombeau (miracle que toutes ses circonstances rendaient incontestable, miracle subsistant encore, dit saint Augustin, et que l'incrédulité même la plus obstinée ne pouvait désavouer), voilà de quoi les habitants de Jéiusalcm avaient été témoins ; voilà ce qu'ils avaient admiré, et ce qui leur donna une si haute id4e de Jésus- Christ. C'est donc en vue de ce miracle, et pour en reconnaître publiquement l'auteur, qu'ils courent au-devant de lui, portant des palmes dans les mains, et voulant honorer par là, remarque saint Chrysoslome, la victoire que cet Homme- Dieu avait remportée sur la mort. Tel est, mes chers auditeurs, le précis de notre Évangile dans le sens historique et littéral : écoutez-en le mystère et l'application. Le temps approche, chrétiens, et nous le commençons, où Jésus- Christ, par une action spirituelle et intéiieure, mais encore plus puissante et plus efficace, renouvelle ce grand miracle de la résurrection de Lazare, en faisant revivre par la grâce de la pénitence des âmes mortes par le péché, et comme ensevelies dans leurs habitudes criminelles. Après ce miracle, l'Eglise, que tous les prophètes
î Matth., XXI, 9.
nous ont marquée sous la figure de Jérusalem, prépare à ce divin Sauveur une sainle et honorable entrée dans les cœurs des fidèles par la
<''>u mion pascale; et, pour me conformer u
son dessein, c'est de celle communion pascale (pie je dois vous entretenir. Saluons d'abord la Vierge, (|ui eut avant nous le bonheur de recevoii- ce Verbe lait chair, et de le poiter dans son sein : Ave, Maria.
Deux sorles de personnes reçoivent aujourd'hui le Fils de Dieu dans Jérusalem : d'une part ses disciples, qui faisaient profession de le suivre, et qui par un engagement i)ai liculier s'étaient attachés à son parti ; d'autie part les [)hai isiens, les prêtres, les docteurs de la synagogue, qui, par un aveuglement extrême, rejetaient sa doctrine et s'étaient secrètement ligués contre lui. Ses disciples le reçoivent avec respect, avec ferveur, avec joie ; et voilà pourquoi il vient à eux commcen triomphe, etmême.selon la prophétie, en qualité de roi : Ecce rex tuus venit tibimansuetus 1 . Au contraire, les pharisiens le reçoivent avec des sentiments d'aigreur, et dans la résolution de l'aire bientôt éclater leurs pernicieux desseins et de le perdre ; c'est pour cela qu'il vient à eux comme un ennemi, et que le Sauveur verse sur ces aveugles des larmes de compassion: Videns civitutem,flevit super illam^ . Deux idées bien naturelles de ce qui se passe encore chaque année dans la communion pascale, et dont je vais faire le partage de ce discours. Car prenez garde, chrétiens : dans le triomphe dontles disciples de Jésus-Christ honorent ce divin Maître, je trouve l'idée d'une sainte et parfaite communion ; ce sera la première partie : mais dans la manière dont ce même Dieu fut reçu des pharisiens, je trouve l'idée d'une communion indigne et sacrilège ; ce sera la seconde partie. Pour les justes, qui sont les vrais fidèles, le Sauveur vient comme un roi débonnaire et bienfaisant ; mais pom- les impies engagés et obstinés dans le crime, il vient comme un ennemi terrible et redoutable. C'est tout le sujet de votre attention.