PREMIÈRE PARTIE
Voulez-vous savoir, chrétiens, ce que c'est, à proprement parler, qu'une communion faite en état de grâce ? Ecoutez saint Chrysostome ; il va vous l'apprendre. C'est, dit ce Père, une réception solennelle que nous faisons à Jésus- Christ dans nous-mêmes, et une entrée triomphants que Jésus-Christ fait dans nous. Pouvait-il
sE?nioN porn le dimanchr des nAMFAi'x
s'en expliquer plus noblement, et n'ai-jc pas eu raison de nrallaclier d'abord à sa pensée; pour vous dire que le Irioinpbe et l'enlne du Sauveur du monde dans Jérusalem est la plus juste idée d'une bonne communion?
Mais, adn de mieux comprendre la cbose, examinons, chrétiens, toutes les circonstances particulières marquées dans rEvanp:ilc, et voyez si le dessein de Dieu n'a pas été visiblement de nous proposer le modèle le plus parlait de l'action la plus sainte du clirisliauisnie, qui est la communion? Car, premièrement, cet Homme- Dieu est reçu avec honneur dans Jérusalem ; mais par qui ? par ses amis, par les sectateurs de sa doctrine , par ceux que l'on distinguait dans la Judée pour être du nombre des siens ; en un mot, par ses disciples qui, malgré l'envie, ne laissaient \ms de faire un parti considérable, puisque saint Luc témoigne qu'ils accoururent en foule : Et cœperunt omnes turbœ disci\mlorum gaudentes îaudare i . En second lieu, ces fervents disciples, transportés de zèle i)our la personne de leur Maître, n'allendent pas qu'il soit aux portes de kl ville pour se disposer à le recevoir ; au premier bi uit qu'ils entendent de sa venue, ils sortent de leurs maisons, et par respect ils viennent audevant de lui; Et cum audissent quia venit JesuSy processenint obviam'^. De plus, ils se présentent à lui, les uns portant des branches de palmier : Acceperunt ramos paJmarum 3 ; et les autres avec des branches d'oliviers, qu'ils coupaient sur la montagne, selon la remarque expresse de l'Evangile. Or, la palme est le symbole de la victoire, et l'olive le signe de la paix; ce qui ne fut pas sans mystère, comme je vais vous l'expliquer. Enfin ils se dépouillent de leurs vêtements ; ils les mettent sous les pieds de Jésus-Christ, en les étendant le long du chemin par où il devait passer : Plurima autem tnrba stravfrunt vestimenta sita in via ^ . Excellente idée de la communion des justes, et des saintes dispositions qu'une âme chrétienne doit apporter à la participation du corps de Jésus-Chiist et de son adorable sacrement. Mais ce n'est pas assez pour nous d'en avoir l'idée ; Dieu veut que nous nous l'appliquions dans la pratique, et que d'une figure nous en fassions une vérité. Tâchez donc, mes chers auditeurs, à bien entier dans les saintes leçons que j'ai h vous faire.
Il faut Hvc disciples de Jésus-Christ pour mériter de le recevoir dans son sacrement, et c'est la première disposition ; mars ne sonunesno«s pas tous ses disciples en qualité de chi-é-
' Lac, xu, 87. — * Jonn., XU, IS>, 13. — » Ibiô., 13. — * Matth.,
uie.
tiens ? Il est vTai, mes frères, et je le sais : mais je dis (jiie pour parlicipcr au divin mystère il ne suffit pas d'être disci[)lc du Sauveur par une profession extérieure, qui souvent ne fait qu'augmenter noire indignité quand elle n'est pas suulcnue du reste; et j'ajoute qu'il le faut être ou esprit et par un sentiment de religion, puisque sans cela, bien loin que Jésus-Christ nous avoue pour ses disciples, il nous regarde conmic ses ennemis. Or, il s'est lui-môme déclaré qu'il ne voulait faire la pàque qu'avec ses disciples. Mais il ne parlait alors que de la pâque judaïque, qu'il allait célébrer selon la loi : Ah ! j'en conviens, répond saint Chrysostome ; mais s'il parlait ainsi de rancioune pàque, que pensait-il delà nouvelle, qui devait être le don des dons, et la plus excellente de toutes les giàces ? et s'il fallait être son disciple pour manger avec lui une pàque qui n'était que la figure de son corps, que ne faut-il point être pour manger celle qui n'est rien moins que la substance même de son cor[)S ! Enfin n'est-il pas de la foi que tout ce qui s'observait dans la pâque des juifs était une leçon pour nous, mais une leçon exacte et précise, de ce qui devait être accompli dans celle des chrétiens?
Qu'il n'y ait donc personne assez téméraire, concluait éloqueminent saint Chrysostome, pour prétendre à cette pâque, en recevant l'Agneau véritable qui est immolé, sans avoir ce caractère particulier de disciple de Jésus-Christ ; qu'il ne s'y présente point de Judas, point de pharisiens, c'est-à-dire ])oint de traître, point d'hypocrite, point de simoniaque ni de profanateur des choses saintes : ce sont les paroles de ce Père : Nom accédât nisi amicus, millus avarus : nuUmfœnerator, 7wllns impudicus. Car je vous avertis, ajoutait ce saint docteur, que celte divine table n'est point pour eux : Nam et laies liœc mensn non suscipit. S'il y a un disciple fidèle et sincère, qu vienne, parce que c'est lui qui, par le choix Jésus-Christ même, y doit être admis :Si quis discipulus, ailsit. Pour les mondains, pour sensuels, pour les scandaleux et les impics, ils e sont exclus ; et s'ils osaient y païaître, nous qu sommes les prêtres du Seigneur et les dispensateurs de ses mystères, nous ne craiiulrions point d'user du pouvoir que le Dieu vivant nous a mis en main pour leur en inlcrdire l'usage. Fût-ce le premier conquérant du monde qui s'y présentât : Sive princcps militiœ ; fût-ce le premier monarque du monde : Sivc tmpera tor ; nous lui ferions entendre les défenses et les menaces du souverain Maître dont il viendrait profaner le céleste banquet. C'est aiusi
Sïm LA COMMUNION PASCAKK.
qnc cet homme do Dion, s'nrqnilt.iiit i\\\ iiu^mir minislt^it" (inc moi, |)it^[).irail Ir piMipIe d'Aritlocho i\ la plus importante action du christianisme ; cl tel ost l'ordro que le firand ApAlre avait itilimt^ ;\ toutes les Kirlises par ces courtes paroles, mais (lui, selon le concile do Trente, compiennent en ahr(''gé tontes les dispositions rc(]nises |)onr avoir part au sacrement liu Kils de Dieu : Protêt autem seipsum Iwmo * ; Que l'honmie donc sVprouve lui-môme , c'esl-i\dire qu'il se consulte lui-môme, qu'il interroge son cœur, et que, sans s'aveugler, sans se flatter, il examine devant Dieu s'il est enefTet de ceux qui appartiennent ^ Jésus-Christ, et que Jésus-Christ reconnaît pour ses vrais disciples: car, si nos consciences ne nous rendent pas sur ce point nu témoignage favorable, et (juavec humilité nous ne puissions nous glorifier de ce beau nom, il ne nous est point permis de faire la pàquc, et nous n'y devons pas penser. Je me trompe, chrétiens; parlons plus correctement, et disons que nous y devons penser, et y penser efficacement pour l'honneur de Jésus-Christ même ; et si, pour n'y avoir pas pensé, nous manquons îi le recevoir dans cette pùque solennelle, nous commettons un nouveau crime, et nous désobéissons à ses ordres. Quoi donc ! rordrc de Jésus-Christ est-il que nous le recevions sans être du nombre de ses disciples? A Dieu ne plaise, chrétiens, puisque c'est ce qu'il a le plus en horreur ! mais il nous ordonne de nous déclarer ses disciples ; et si nous n'avons pas été jusqu'à présent de ce nombre, il veut que nous commencions à en être, pour satisfaire à l'obligation indispensable où nous sommes de prendre place parmi les conviés qu'il fait appeler. Voilà le précepte non-seulement ecclésiastique, mais divin, qui vous est aujourd'hui signifié par les pasteurs de vos âmes, où le Sauveur des hommes, de quelque condition que vous soyez, veut célébrer la pâque avec vous. Vous êtes indignes de cette grâce, mais il veut que vous vous en rendiez dignes ; vous êtes pécheurs, mais il veut que vous deveniez justes ; vous êtes dans les engagements criminels du monde, mais il veut que vous en sortiez, et que vous vous mettiez en état d'approcher de lui. Point d'excuse, ni de délai ; son ordre presse, et il lui faut obéir. Dans les autres temps de l'année, peut-êti*e auriez-vous droit d'user de remise, et de vous prescrire un terme pour former cette résolution ; mais aujourd'hui il n'estplusquestion de résoudre, il est temps d'exécuter et d'accomplir. Le terme est échu, et le Maître des maîti es
• 1 Cor., XI, 28.
vous envoie dire que c'est chez vous que celle pâipiese doit faire : Miujhlfr (Vieil : Apud le fado pnscliaK Pour cela il faut que votre cœur, (|ul est comme le domicile! cl le sancluaiie (|u'il a choisi, soitptni/ii' par la pénitence; et le mènic conmiandenicnt qui vous engag<! à l'im, \oug ol)li-e à l'antre. Par consé(|uent il faut rompre vos liens, et par de généreux elTorls vous détacher une fois de la créature et de vous-mêmes. Kt c'est en quoi le précepte du Fils de Dieu est admirable; je veux dire en ce qu'il vous met dans une si heureuse nécessité. Car il ne s'agit pas moins pour vous que d'êlre, ou des saciilégci, ou des excommuniés : des sacrilèges, si vous recevez ce Dieu de sainteté sans vous y eue disposés par une contrition sincère; des excoinnumiés, si, par votre impénitence, vous \ous trouvez hors d'état de le recevoir.
Cependant il ne suffit pas d'êlre disciple du Sauveui', pour mériter qu'il vienne à nous; il faut encore aller au-devant de lui et le prévenir. Vous savez comment ces troupes sorties de Jérusalem s'avancèrent jusque vers la montagne des Olives, n'attendant pas que Jésus-Chri-tfùt arrivé pour commencer les honneurs de l'entrée qu'on devait lui faire : Cvm audissent quia venil, processerunt ohviam ei 2. Ainsi, par un mouvement de ferveur, anticiper la venue de ce Dieu- Homme, c'est une seconde disi»osition nécessaire pour le recevoir, selon les règles et l'esprit de la vraie piété. Je m'explique. Car, iaire ce qui se indique aujourd'hui, et ce que la lâcheté du siècle n'a rendu que trop commun ; se réserver jusqu'au jour de la communion même pour y penser ; différer à la solennité de Pâques les préparatifs que la religion demande; croire s'être acquitté de son devoir, parce qu'on a pris quelques moments pour se recueillir devant Dieu ; venir à la hâte et dans la foule s'accuser de ses désordres, et immédiatement après se présexiter à la sainte table ; confondre les exercices de la pénitence avec la communion, et souvent communier sans avoir fait aucun exercice de pénitence : ah ! chrétiens, c'est une indignité; el quiconque agit de la sorte attire sur soi l'anathème de saint Paul, qui lui reproche de ne pas faire un juste discernement du corps du Sauveur, et qui le menace de manger, avec celte viande céleste, sa propre condamnation. Je parle h vous, mes chers auditeurs, qui, dans la profession que vous faites d'une >lo mondaine el dissipée, approchez plus nu'cment de ces sdcrés mystères, et qui vous contcjite/ peut-être un« lois dans le cours rl'une année de njanger cd
SKUMON POUR T.R DIMANCHK DES RAMPAUX.
pain MiM'i pnr J(^siis-Cliiisl pour ôtrc In pain de tous les jours : c'est >ous que ceci rcpfanlc. Car, pour les àincs inuocculcs qui en loul leiu- nourriture ordinaire, quoiqu'elles aient absolument sujet de craindre, elles ont encore plus droit d'espérer. Une communion les dispose à l'autre; la vie régulière qu'elles mènent, les bonnes œuvres qu'elles pratiquent, leur assiduité h fréquenter les autels, tout cela, dans la doctrine des Pères, leur sert de préparation, et d'une préparation continuelle, au divin sacrciuent.
Mais pour vous qui tenez une conduite directement opposée; pour vous qui vous faites un devoir non-seulement d'être du monde, mais de \ivre selon les maximes du monde; pour vous dont les liaisons, les habitudes, les divertissements, les emplois ne sont qu'un enchaînement de péchés ajoutés sans cesse les uns aux autres ; pour vous qui n'avez aucun usage des choses de Dieu, et qui passez les années entières sans faire peut-être une rctlexion sérieuse sur l'affaire de votre salut ; pour vous dont le dernier soin est de veiller sur votre cœur, et qui, vous étant formé une conscience libre, disons mieux, une conscience libertine, netrouvez rien de pluscommode que de n'y rentrer jamais et d'ignorer toujours ce qui se passe ; pour vous enfin qui ne communiez que par je ne sais quelle bienséance, et quand le précepte vous y oblige ; attendre à vous y disposer que vous soyez au jour |)récis où vous devez satisfaire à cette obligation, c'est mépriser •voire Dieu et faire outrage à son sacreutent ; c'est anéantir l'effet de sa venue, c'est vous exposer vous-mêmes h un scandale presque iné- \itable. Car enfin, mon frère, dirais-je à un de ces pécheurs, si vous vous adressez à moi dans ces jours de solennité, et que je ne vous trouve pas en état de recevoir celte grâce de réconciliation, sans laquelle il ne vous est pas permis de communier (or, qu'y at-il de plus ordinaire à des hommes comme vous ?), que ferai-je alors? Vous accorderai-je la grâce de l'absolution que vous me demandez? je trahirai donc mon ministère. Ne vous l'accorderai-je pas ? il faudra donc que vous ne mangiez point l'Agneau avec le reste des fidèles, et que vous soyez absent de la table de Jésus-Christ. Si je vous y admets, je suis prévaricateur, et je me daiime avec vous ; si je vous eu exclus, vous scandalisez l'Eglise. Voyez-vous l'extrémité où vous vous jetez, pour n'avoir pas pris les mesures que la loi de Dieu et la prudence chrétienne vous prescrivaient ? Que par considération pour votre personne j'intéresse l'honneur du sacrement qui m'a été con/ié, c'est à quoi il n'y a pas d'apparence que
je me détermine jamais. Je sais trop quelles sont les bornes de mon pouvoir, et l'éclat de votre fortime et de votre dignité ne m'éblouira pas, Uu'arivera-t-il donc ? ce que je dis : qu'il n'y aura ni pAquc, ni sacrement, ni culte de religion pour vous; et qu'ensuite on vous remarquera; que celui qui se trouve chargé, comme pasteur, du soin de votre âme, en sera dans l'inquiétude et dans le trouble ; que votre mauvais exemple se communiquera, que le libertinage prendra sujet de s'en prévaloir, et que vous serez responsable de l'abus qu'il en fera : pourquoi?parceque vous n'avez pas usé delà diligence nécessaire pour vous préparer. Si dès l'cnlréc de ce saint temps, convaincu comme vous l'étiez du désordre de votre conscience, vous eussiez eu recours au remède que l'Eglise vous pi é.sentait, et que, par une prévoyance chrétienne, vous fussiez venu dès lors vous soumettre à son tribunal, on aurait mis ordre à tout. Vous n'étiez pas encore en état de participer au corps de Jésus-Christ, mais on vous y aurait disposé ; vous étiez trop faible pour manger ce pain de vie, mais on vous aurait fortifié ; on aurait guéri vos plaies, on vous aurait excité h sortir de vos habitudes, on vous aurait fait passer par les épreuves de la pénitence ; et, après les épreuves de la pénitence, revêtu de la robe de noce, on vous recevrait enfin maintenant dans la salle du festin. Aussi est-ce pour cela, chrétiens, que le carême est institué; et nous apprenons des anciens conciles que, dès les premiers jours de ce jeune soleimel, onobligeait les fidèles à se sanctifier, c'est-à dire, dans le style de l'Ecriture, à se purifier par la confession, et qu'on les préparait ainsi à célébrer dignement la pâque. S'il y avait même des pécheurs publics, on les faisait paraître dès le jour des Cendres, couverts de ciliées, pour les initier, si j'ose parler de la sorte, et les agréger parmi les pénitents. Voilà comment on en usait ; et nous voyons encore dans quelques églises des vestiges d'une discipline si religieuse et si louable. Toutefois ces pécheurs; remarque le docteur angélique, saint Thomas, n'étaient pas plus coupables que plusieurs de nous; et le corps de Jésus-Christ, qu'ils (levaient recevoir, n'était pas plus saint ni plus vénérable pour eux que pour nous. Mais aujourd'hui l'on a trouvé moyen d'abréger les choses, et, si je puis me servir de cette expression, d'en être quitte à bien moins de frais.
Je ne dis point ceci pour favoriser aucun sentiment particulier, et je n'ai pas mêmebesoin de justification sur cela; mais en vérité, mes chers auditeurs, avouons-le à notre confusion, nous