‹ Œuvres complètesChapitre 150 sur 183 · SUR T.A COMMUNION PASCALE · texte numérisé non relu

SUR T.A COMMUNION PASCALE

avons hion (l(^p:t^nt^rt^, et nous (l(^iï(^ri(''i()iis hioii encore lous les jouis tic la sainlolt'de noUeloi. De tous ceux i\(|ui j'adresse celle iusliucUon, ct(iui COniposoul vraiseniblablenuMillapliisnouihieiiso pallie (le col aihliloire, c'esl-à-diii* de taiil de personnes enj; igves «lans le [)i'^i-lié, à [teine peiilôtre y en a-l-il quehiuesuiis <|ui aienl lail le moindre elToit pour se disposer à la coninuinion pascale. En dis-je Irop, et serais-jc assez heureux pour me tromper l'' Cependant, ;\ celle lùlc prochaine, on verra des lK)mmes loul corrompus de vices, des Lazares encore ensevelis dans l'iuiquilé, des inorlsnon pas de quatre jours, mais de quatre mois, mais de quatre années, qui se produiront ù la lace de l'Eglise, et qui, pleins d'une confiance présomptueuse, demanderont loutàla fois qu'on les délie, qu'on les ressuscite et qu'on les fasse asseoir à la table du Seigneur. Ah ! mes frères, s'écrie saintUernard.il n'appartient qu'au Seigneur lui-même dopérer de semblables prodiges: noire juridiction et notre puissance ne s'étend point jusque-lfi ; ce miracle est au-dessus de nous. Que faut-il donc faire? ce que font ces troupes zélées qui sortent de Jérusalem, ctqui se mettent en marche, du moment qu'elles apprennent que Jésus-Christ approche : Cum audissent, processerunt '. Vousl'apprenczvous-mèmes, chrétiens, et je vous l'annonce actuellementdg sa part: Eccesponsm venit 2 ; oui, mes frères, puis-je vous dire, voici l'époux qui arrive : il est presque aux portes de votre cœur, et dans fort peu de jours il y doit faire son entrée. Ne vous laissez pas surprendre : Exile, sortez, pour ainsi dire, hors de vous-mêmes, hors du tumulte de vos passions, hors de l'embarras de vos intrigues malheureuses, hors du trouble et de la dissipation où vous jettent vos affaires temporelles. Ne ressemblez pas à ces vierges folles qui s'endormirent ; mais tenez-vous prêts, et allez au-devant du Maître qui vient vous visiter : Exite obviam ei. Si vous avez différé jusqu'à ce jour, après vous en être confondus devant Dieu, appliquez-vous à réparer ce que vous avez perdu de temps. Considérez, et la sainteté de l'action que vous avez à faire, et la grandeur du Dieu que vous avez à recevoir. Pour lui faire un triomphe sorlable et conl'orme à ses inclinations, n'oubliez pas d'envoyer les pauvres devant vous chargés de vos libéralités et de vos aumônes. Il y en a d'abandonnés dans les prisons, de languissants dans les hôpitaux, de honteux dans les familles : cherchez-les pour les soulager, et ils se joindront k vous pour vous seconder. Mais surtout souvenez-vous de la grande leçon du Proplîète, coii-

\ Joan., xii, 12. — 2 Matth., xxv, 6.

terme dans ces paroles : PrœncniprmuH faciem l'jus iii coufi'ssioiie K Avant (jue ce Dieu de gloire vienne h vous, prévenez-le et gagnez-le par une confession exachï et sincère de tons les déré^^lemenlsde voire vie. N'atlende/ pas jusqu'au momenl (pi'il faudra lui donner b; baisiM- de paix; votre bouche sera encore infectée de i'im|)ureté de vos crimes. Dès aujourd'hui, s'il se peut, déchargez-vous de ce fardeau pesant (pii \ous accable, afin que votre Ame libre et dégagée puisse avancer à plus grands pas vers ce Seigneur, qui daigne bien descendre pour vous du trône de sa majesté. Eh quoi ! mon frère, reprend saint Chrysostome, si, présentenieiil et h l'heure qne je vous parle, on vous annonf.ail que le plus grand roi de la terre vient en personne loger chez vous; que c'est lui-même qui, par un choix particulier, a voulu vous gratifier de cet honneur, et qu'il ne prétend rien moins par là que de vous anoblir pour jamais, que d'étabUr votre fortune et de vous combler de biens, que ne feriez-vous pas ? quels soins, quels empressements, quelle activité ! Que ne faites-vous pas même tous les jours pour un ami, et conunent en usez-vous ? Ces comparaisons sont familières et communes; mais c'est pour cela même, dit saint Chrjsoslome, que les prédicateurs de l'Evangile doivent s'en servir, parce qu'elles rendent les choses plus sensibles, et qu'elles font toucher au doigt les plus essentielles obligations du christianisme.

Je dis plus : pour recevoir Jésus-Christ dans la communion, il faut aller au-devant de lui ; mais comment? comme les disciples, avec des branches de palmiers et d'oliviers : troisième circonstance d'où je tire une troisième instruction. Voici ma pensée : Acceperunt ramos pahnarum 2 ; Ils prirent, dit saint Jean, des palmes dans leurs mains : Alii auteiu cœdchant frondes de arboribus''^; les autres coupaient des branches d'arbres. Or, ces arbres étaient des oliviers; puisque ce fut sur la montagne même qui en portait le nom, que les disciples allèrent trouver le Fils de Dieu : Et cum appropinquaretjam ad descensum montis Oliveli '*. Que signifie cela ? Hien de plus évident, dit saint Augustin, que ce qui nous est enseigné par le Saint-Esprit, et marqué sous ces deux symboles : c'est que ni vous, ni moi, ne devons point approcher de Jésus- Christ, si nous ne portons la palme en témoignage de la victoire que nous avons remportée sur le péché, et l'olive pour signe de la paix que nous avons conclue avec Dieu. Prenez garde, chrétiens ; saint

xix, 37.

SERMON POUR LE mMANCnE DES RAMEAUX.

Augustin ne dit pas que pour bien communier il suffit d'avoir remporté quelrpic avantage sur rennemi, ni que nous devions nous contenter d'avoir fait avec lui une simple trêve, et que ce soit assez de nous être soustraits pour un temps de sa servitude, et d'avoir gagné sur lui, ou plutôt sur nous-mômes, une réforuic de quelques jours : car cet esprit séducteur ne vous la disputera pas, puisqu'il l'accorde aux plus libertins, et que c'est un artifice dont il se sert pour se les altacber encore plus étroitement. II y a peu de pécbcurssiabandonnésqui, dans ces saints jours, ne se modèrent, ne se contraignent, et n'affectent tout l'extérieur d'un pécheur touché et converti. Mais cela n'est rien, mon cher auditeur, ce n'est point lîi ce que Jésus-Christ attend de vous, ni le point de pratique que l'on vous prôcbe. On vous dit que, pour recevoir cet Homme- Dieu, il faut que vous vous présentiez à lui avec la palme, c'est-à-dire après avoir vaincu véritablement, efficacement, parfaitement, le péché qui règne en vous. Or, vous savez que dans cette guerre spirituelle les trêves et les suspensions d'hostilité n'ont point communément d'autre effet que de fortifier de plus en plus votre ennemi, que d'allumer la passion, que d'irriter la cupidité. Vous succomberez donc, par des rechutes encore plus dangereuses, à de nouvelles attaques. Après un intervalle de liberté et de fausse paix, vous vous trouverez plus esclave et plus pécheur que vous ne l'aviez jamais été ; et si cela est, vous n'êtes point du nombre de ceux dont Jésus-Christ puisse être reçu en triomphe. D faut avoir la palme, et être vainqueur : autrement vous n'avez point droit de vous joindre aux troupes de ses disciples : pourquoi ? parce que vous êtes encore dans les fers el dans la tyrannie du prince du monde. Il s'agit d'en sortir une bonne fois, et de faire le même effort que l'épouse des Cantiques, lorsqu'elle disait : Ascendam in palmam, et apprehendam fructus ejus^ ; Oui, la résolution en est prise ; je monterai sur le palmier, et j'en cueillerai les fruits. Quels sont ces fruits ? les fruits d'une salutaire pénitence. Jusqu'à présent, direz-vous, je n'en ai pris que les feuilles ; je n'en ai eu que les apparences, que les dehors, que les belles paroles, que les idées, que les désirs inutiles et inefficaces ; mais aujourd'hui je suis déterminé h monter plus haut, et j'en veux prendre les fruits : Ascendam inpaimnm, et apprehendam fructus ejus. Il y a trop longtemps que Dieu me sollicite, et je ne puis plus vous résister. Ces fruits ne seront pas RU goût de la »âture;mai3 lacJiarilé.. dont le

l Ctnt., TU s,

gofll est bien plus exquis, m'y fera trouver des délices qui surpassent tous les plaisirs des sens. C'est ainsi, dis-je, chrétiens, que vons devez agir, et que vous ferez triompher Jésus-Christ.

Enfin, les disciples se dépouillèrent de leurs vêlements, et les étendirent dans le chemin par où le Fils de Dieu devait passer : Tiurima turha straverunt vestimenta sua ' ; cérémonie dont je voiKhaisinnlilement vous développer le m>slère, puisque vous le comprenez déjà ; cérémonie qui, par elle-même, vous instruit bien mieux que moi de cette grande vérité, que pour recevoir dignement le Sauveur des hommes dans le sacrement de ses autels, vous devez quitter tout ce qui s'ap, pelle superfluité mondaine, surtout cette superfluité d'habits, d'ajustements, de parures qui, selon la pensée de Tertullien, est comme une idolâtrie et une espèce de culte que vous rendez à votre corps ; que vous devez, dis-je, la quitter, non par des considérations humaines, mais par un respect religieux. On vous l'a dit tant de fois, Mesdames, et personne ne le doit mieux sn.voir que vous-mêmes; vous le reconnaissez devant Dieu, combien ce luxe profane est opposé .-i l'humilité de votre religion, de combien de péchés il est le principe, à combien de scandales il vous expose. Mais ce que je ne puis comprendre, c'est qu'étant aussi portées que vous l'êtes à tout ce qui regarde la vraie piété, on vous engage néanmoins avec tant de peine à la pratique de ce détachement. Ce que je ne puis comprendre, c'est qu'après tant de remontrances que l'on voua a faites; après les règles que vous a données saint Paul, l'organe et l'interprète du saint-Esprit ; api es les exhortations pressantes des Pères de l'Eglise, qui ont traité ce point de morale comme un des plus essentiels à votre état ; après votre propre expérience, plus capable de vous convaincre que tous les discours, vous contestiez encore avec Dieu pour conserver ces restes du monde dont on ne peut vous déprendre. Ce qui m'étonne, c'est qu'après tant de communions on en voie toujours parmi vous d'aussi passionnées pour cette vanité, d'aussi affectées dans leurs personnes , d'aussi curieuses de plaire que les âmes les plus libertines et les plus déréglées. Voilà ce qui me surprend. îlais ce scandale ne cessera-t-il point, el refuserez-vous à Jésus-Christ, je dis à Jésus-Christ entrant dans votre cœur, un sacrifice aussi léger, et néanmoins aussi nécessaire el aussi agréable à ses yeux que celui-là ? Ah ! mes frères, conclut saint Ambroise, quel avantage pour vous de pouvoir fîireun triomphe à votre Dieu des mêmes cho-

« MnUh., x»i, a

SUR T.v coMMrmn^ pashat^f.

qui foui le sujet do vos «It^sonires ! Quelle consolatioM i\c lo pouvoir honorer non-scMilcinout de vos MiporduiU^s, mais do vos variilt^s int'^iiu's! Il faut iiiellre sous les pieds de Jésus-Chi ist tout ce que l'offïucil du rnontio iuvente pour se dotnier un l.nux (VI;d ci pour se disliniiuer. C'est ainsi que vous sauclilierez la coiuniuniou, et que la coinnuiniou vous saucliliera : car ccoutez ce que Jésus-Christ fera de sa part. Il vieiulra dans vous couuue un roi, mais comme un roi triomphant, et c'est ce qu'il m'ordonc hd-uu^me de vous anutmcer : Dicite filiiv Sioti : Ecce rex t\ni$ venit ' ; Dites ;\ la lille de Sion : Voici votre roi qui vient. Or, quelle est cette (ille de Sion ? Dans le sens mùme de la prophclic, c'est l'àmc jnslo ; et c'est proprement dans la communion que cette prophétie a son effet. Oui, chrétiens, c'est alors que le Fils de Dieu fera son entrée dans vous en souverain et en roi ; car la foi nous apprend qu'il est roi, et, selon les termes formels de saint Luc, son royaume est au milieu de nous : Ixegnum Dei inlra vos est 2. Le ciel et la terre lui sont ahsolument soumis, mais c'est dans le cœur de l'homme, dit saint Augustin, qu'il se plaît surtout à régner ; pourquoi? parce qu'il le regarde , poursuit ce saint docteur , comme un royaume de conquête. 11 veut y être reçu, et y établir sa demeure. Or, quand je communie en état de grâce, il est vrai de dire non-seulement que Jésus-Christ est en moi, mais qu'il y est en souverain ; qu'il y règne, qu'il y commande, qu'il s'y fait obéir, qu'il y tient toutes mes passions sujettes sous la loi de son amour, qu'il y réprime ma colère, qu'il y étoulîe mes vengeances, qu'il y domine ma cupidité ; en un mot, «fu'il est mon roi : Ecce rex tiins.

Si je m'arrêtais à cette première vue, que ma religion me donne, je demeurerais saisi de frayeur; et, surpris de la présence d'une si haute majesté, je m'écrierais avec saint Pierre : Exia me, quia homo peccator sum^ : Retirez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un homme rempli de misère et de faiblesse. Mais ce Dieu de gloire, par un artifice et un prodige de sa charité, m*ap[)rend bien à ne pas porter trop loin ce prétexte, quoique spécieux, d'une défiance respectueuse : car, s'il vient à moi, c'est en qua lité de roi débonnaire et plein de douceur : Dicite (il iœ Sion : Ecce rex tuus venit tibi mansuetus^. Non, non, dit saint Chrysostome, sa grandeur n'est point un obstacle qui l'empêche de s'humaniser avec nous, et de s'incarner en quelque sorte dans nous ; et nous n'avons pas les pre-

iMatU»., Kl, 5. — ' Luc, XVII, 21. — 3 Jbid., y, 8. — * Matth.,

niières idées du mystère de son corps el de ^n sang, si nous ignorons qu'il se (ail m/^n)e une grandeur de cetlo condesceudarico inlinie. Sa divinité était nu ahîuuî de lumières, dont nous aui ions été éblouis; pour nous la rendre supportal)le, il l'a couverte du voile de son liumauité. Son hinnanilé aurait eu tro[) d'éclat ; il la cache sous les espèces d*uu sacrement, qui n'a rien à l'extérieur que de simple et de comuuun. Cesacremerd, par ce qu'il contient, aurait encore pu nous éloigner de lui ; il nous le propose comme un pain el comme une viande qui nous doit nourrir, et que nous devons manger. Tout cela pour nous faire entendre ce qi:'il dit dans l'Kcriture, que ses délices sont de demeurer, tout Dieu qu'il est, avec les enfants des hommes-, et qu'il ne veut être notre roi que pour avoir droit (le nous prévenir, et de nous combler des bénédictions de sa douceur : Ecce rex tuus venit tibi mansuetuft. Quand il entra dans Jérusalem, il n'y avait autour de lui que pompe et que magnificence, et cette magnificence était bien due h un Dieu aussi grand que lui; mais, dans sa personne, ce n'était que modestie, que pauvreté, qu'humilité. Ainsi, quand il descend sur l'autel, des millions d'anges y descendent avec lui pour lui faire escorte et pour l'accompagner. Ce n'est point là une de ces pensées pieuses qui ne sont fondées que sur de légères conjectures. Saint Jean Chrysostome n'était point un esprit faible, et il nous témoigne lui-même qu'il a vu ces légions célestes : Vidi ipse ; qu'il les a vues, dis-je, s'assembler autour de Jésus-Christ et l'environner : Vidi ipse turbas angelorum e cœlo descendenlium. Mais, du reste, c'est sur ce même autel que ce Dieu d'amour obscurcit toute sa splendeur : c'est là qu'il s'abaisse, là qu'il se fait petit et pauvre, afin que nous puissions avoir un plus facile accès auprès de lui ; car, s'il ne s'était humilié, dit saint Augustin, nous n'aurions jamais osé prendre cette divine nourriture et y toucher : IVisi enim esset hiimilis, non manducaretur. Ah ! Seigneur, je le reconnais; et dès à présent je vous rends tous les hommages de respect, d'ohéissance, de reconnaissance que je dois vous rendre dans ma communion. 11 n'appartient qu'à vous de joindre à une majesté incompréhensible de si profonds abaissements. Si les rois de la terre ne paraissaient que dans l'humiliation et dans un dénûment entier de toutes choses, ils ne pourraient soutenir leur royauté ; mais la vôtre se soutient par elle-même, puisque vous êtes roi par vous-même, et que votre souveraine puissauce est inséparable de votre Hn ■ Dicite jW»* Sion : Ecce rex tuus iv?/j7 iHn •nansuefus*

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