PRÉFACE DU P. BRETON.NE\U
])liant les cliosos du mo ide, je repasserai devant Dion toiit.os les années de ma vie dans l'anuTtnnie do mon âme. Voilà le sujet de tous mes vœux, etc. »
Celle lettre eut tout l'effet que désirait le P. Rourdaloue. 11 lui fut libre de faire ce qu'il jugerait h propos; et df-s qu'il oui reçu la réponse de Rome, il prit jour pour partir. Mais les mômes supérieurs cpii l'avaient arrêté la première fois, se crurent encore en droit de retarder son départ de quelques semaines, et de suspendre la permission jusqu'^ ce qu'ils eussent pu faire à Rome de nouvelles remontrances. Elles touchèrent le Père p^énéral ; et la dernière conclusion fut que le P. Bourdaloue demeurerait à Paris, et continuerait à s'occuper de ses fonctions ordinaires. Dieu voulut ainsi qu'il eût tout le mérite d'un sacritice si rolipieux sans en venir h l'exécution, et qu'il achevât de se sanctifier lui-même en travaillant à la sanctification du prochain. Voilà ce que le public n'a su qu'après sa mort. Comme ses vues avaient été droites, et qu'en prenant une telle résolution il n'avait cherché que Dieu, il ne chercha point dans la suite à s'en faire honneur. 11 a toujours tenu la chose secrète, et il n'en a fait la confidence qu'à quelquesuns de ses am-is les plus intimes.
Le P. Bourdabue n'insista pas. H crut obéir à l'ordre du Ciel en se soumettant à la volonté de ses t^upérieurs. Il n'en eut même encore dans son travail que plus d'activité et plus d'ardeur ; mais il approchait de son terme, et son travail désormais ne fut pas long. Dieu le retira au moment qu'on s'y attendait le moins.
Il tomba malade le 1 1 de mai ; et dès le premierjour de sa maladie, il se sentit frappé à mort. 11 ne perdit rien, dans un péril aussi pressant, de la présence de son esprit, et il est difficile de marquer plus de fermeté et de constance qu'il en fit paraître. Son mal fut une fièvre interne et très-maliçne , précédée d'un gros rhume qui le tenait depuis plusieurs semaines, et où son zèle l'empêcha de se ménager autant qu'il eût été nécessaire. Car, tout incommodé qu'il était, il ne laissa pas de prêcher, et d'entendre, selon sa couu me, les confessions. Mais il fallut enfin se trendre. Le dimanche, fête de la Pentecôte, après avoir dit la messe avec beaucoup de peine, il fut obligé de se mettre au lit. Quoiqu'il connût assez son état, il voulut néanmoins encore s'en faire instruire, et il pria qu'on ne lui déguisât rien. On lui parla ^mme ^ Ip ^*««pMt»itait ; et sans attendre <iue
la personne qui lui portait la parole eût achevé : C'est assez, répondit-il, je vous entendis : il faut maintenant que je fasse ce que j'ai tant de fois prêché et conseillé aux autres.
Dès le lendemain matin, il se prépara, par une confession de toute sa vie, à recevoir les derniers sacrements. Ce fut après cette confession qu'il épancha son cœur, et qu'il s'eipli(pia dans les termes les plus chrétiens et les plus humbles. 11 entra lui-même dans tous les sentiments qu'il avait inspirés à tant de moribonds, lise regarda comme un criminel condamné à la mort par l'arrêt du Ciel. Dans cet état, il se présenta à la justice divine. Il accepta l'arrêt qu'elle avait prononcé contre lui, et qu'elle allait exécuter. /'ai abusé de la vie,à\i-'\\ en s'adressantàDieu,ye mérite que vous mel'otiez, et c'est de tout tnoncœurque je me sownets à un si juste châtiment. Il unit sa mort à celle de Jésus-Christ; et, prenant les mêmes intentions que ce Sauveur mourant sur la croix, il s'offrit comme une victime, pour honorer par la destruction de son corps la suprême majesté de Dieu, et pour apaiser sa colère. Non content de ce sacrifice, il consentit à souffrir toutes les peines du purgatoire : Car il est bien raisonnable , reprit-il, que Dieu soit pleinement satisfait ; et du moins dans le purgatoire je souffrirai avec patience et avec amour.
En de si saintes dispositions, il reçut les sacrements ; et s'étant tout de nouveau entretenu quelque temps avec Dieu, il mit ordre à divers papiers dont il était dépositaire. Il le fit avec un sens aussi rassis que s'il eût été dans une parfaite santé. Il se sentit même un peu soulagé tout le reste de la journée, et il donna quelque espérance de guérison. Mais ce ne fut qu'une lueur ; et sans se flatter de cette espérance, il s'occupa toujours de la mort voyant bien, disait^il, qu'il ne pouvait guérir sans un miracle, et se croyant très-indigne que Dieu fit un miracle pour lui.
En effet sur le soir, il lui prit un redoublement auquel il n'eut pas la force de résister. L'accès fut si violent, qu'il lui causa un délire dont il ne revir.'t point ; et le mardi 13 de mai de l'année liOi, il expira vers cinq heuses du matin. Ainsi momnit, dans la soixante-douzième année de son âge, un des plus grands hommes qu'ait eus notre Compagnie, et, si j'ose le dire, qu'ait eus la France. Il avait reçu du Ciel beaucoup de talents : il ne les a point assurément enfouis, maii il les a constamment employés pour ï*
PHl^KACE DU P. DRETONNEAU.
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gloire de Dieu et pour l'utilité du prochain . Il eut l'avantage de mourir presque dans l'exercice actuel de son ministère, et sans autre intervalle que celui de deux jours de maladie. Tout le public ressentit cette perte; le regret fut universel; ce regret est encore aussi vit'que jamaisdaus le cœur de bien des personnes qui trouvaient en lui ce qu'on ne trouve pas aisément ailleurs. Il ne les oublia point en mourant ; et l'on peut pareillement compter que la mémoire du P. Bourdaloue leur sera toujours précieuse. Ses ouvrages suppléeront au défaut de sa personne. On l'y trouvera lui-mêne ; du moins on y trouvera tous ses sentiments et tout son esprit.
Car ce sont ici ses vrais sermons, et non point des copies imparfaites, telles qu'il en parut il y a plusieurs années. Il les désavoua hautement et avec raison. Il y est si défiguré qu'il ne devait plus s'y reconnaître.
Les deux Avents et le Carême qu'on donne dans cette première édition seront suivis des sermons sur les Mystères, sur les Saints, sur
la Vocation religieuse, et sur divers sujetn de morale. O'it^ique dans plusieurs sermons du (^an^uie il n'adresse [)as la parole au roi, il les a néanmoins presque tous prêches à la cour, mais i\ d'autres jours et sous d'autres Evangiles.
On trouvera ici deux lettres qui parurent après sa mort, l'une manuscrite, l'autre imprimée. La première est d'un illustre magistrat, dont le P. Bourdaloue honorait infinimentla maison et singulièrementla personne. On voit dans cette lettre des traits de maître, et l'esprit n'y a pas moins de part que le cœur. La seconde est une de ces lettres circulaires qu'on envoie dans les maisons de la Compagnie, pour donner avis de la mort de chaque jésuite. Le P. Martineau, confesseur de monseigneur le duc de Bourgogne, et supérieur de la maison professe lorsque le P. Bourdaloue y mourut, écrivit celle-ci, qu'on ne put refuser au public, et qu'on réimprima plusieurs fois, tant elle fut gcA té3 et recherchée.