REI\MON POUR LE VENDREDI DE \A SEMAINE SAINTE
ia croix, de nous consoler, cl de nous dire 'i nous-niômcs : Voilà ce quo m'avait prédit snint Paul; ci ce que du temps de suinl Paul j'aurais rejeté comme un songe, c'est ce que je vois, et de quoi je ne puis douter. Or, un homme, mes clicrs auditeurs, dont la croix, selon la belle expression de saint Augustin, a passé du lieu inlAme des supplices sur le front des monarques et des empereurs : A locis siipplicionim ad fronles imperatorum; un homme qui, sans autre secours, sans autres armes, par la verlu seule de la croix, a vaincu l'idolâtrie, a triomphé de la superstition, a détruit le culte des faux dieux, a conquis tout l'univers, au lieu que les plus grands rois de l'univers ont besoin pour les moindres conquêtes de tant de secours; un homme qui, comme le chante l'Eglise, a trouvé le moyen de régner par où les autres cessent de livre, c'est-à-dire par le bois qui fut l'instrument de sa mort : Quia Dominus regnavit a ligno; et, ce qid est encore plus merveilleux, un homme qui pendant sa vie avait expressément marqué que tout cela s'accomplirait, et que du moment qu'il serait élevé de la terre il attirerait tout à lui, voulant, comme l'observe l'évangélistô, signifier par là de quel genre de mort il devait mourir : Et ego si exaltaius fuero a terra, omnia trakim ad meipmm; hoc autem dicebat, significans qua morte esset moriturus^; un tel homme n'est-il pas plus qu'homme ? n'est-il pas homme et Dieu tout ensemble '{ Quelle vei tu la croix où nous le contemplons u'a-lelle i)as eue ïiour le faire adorer des peuples ? combien d'apôtres de son Evangile, combien d'imitateurs de ses vertus, combien de confesseurs, combien de martyrs, combien d'âmes saintes dévouées à son cullc, combien de disciples zélés pour sa gloire, disons mieux, combien do nations, combien de royaumes, combien d'empires n'a -t il pas attirés & lui p;u* le charme secret mais tout-puissant de celte croix ! Christuyn crucifixum Dei virlutem. Ah! mes frères, les pharisiens voyaient les miracles de ce Dieu crucifié, et ils ne se convertissaient pas. C'est ce que nous avons peine à CompreiKire. iMais ce qui se passe dans nous estil moins incompréhensible? car nous voyons actuellement un miracle de la mort de Jésus- Clirist encore plus grand, un miracle subsistant, un miracle avéré et incontestable, je veux dire le triomphe de sa croix; le monde converti, le monde devenu chrétien, le monde sanctifié par sa croix : Et ego siexaJtutus fuero a terra, omnia traham ad meipsum. Nous le voyons, et notre loi, malgré ce miracle, est toujours languissante
JJsan., XII, 82.
et chancelante : voilà ce que nous devons pleurer, et ce qui nous doit faire trembler. Mais, pour profiler de ce mystère, au lieu de trembler et de pleurer par le sentiment d'une dévotion passagère et superficielle, tremblons et pleurons dans l'esprit d'une salutaire componction. Jésus- Christ mourant a fait des miracles; il faut qu'il en fasse encore un qui doit être le couronnement de tous les autres, et c'est le miracle de noire conversion. Il a lait fendre les pierres, il a ouvert les tombeaux, il a déchiré le voile du temple. 11 faut que la vue de sa croix fasse fendre nos cœurs, peut-être plus durs que les pierres, il faut qu'elle ouvre nos conscience'', peutêtre jusques à présent fermées comme des tombeaux; il faut qu'elle déchire notre chair, celte chair de péché, par les saintes rigueurs de la pénitence. Car, pourquoi ce Dieu mourant ne nous couverlira-t-il pas, puisqu'il a bien converti les auteurs de sa mort? et quand nous converlira-l -il, si ce n'est en ce grand jour, où son sang coule avec abondance pour notre salut et notre sanctification?
Pécheurs qui m'écoiUez, voilà ce qui doit vous remplir de confiance. Tandis que vous êtes pécheux's, vous êtes en qualité de pécheurs les ennemis de Jésus-Christ; vous êtes ses persécuteurs; le dirai~jo ? mais, puisque c'est après saint Paul, pourquoi ne le dirais-je pas? vous êtes même ses bourreaux. Car, autant de fois qu'il vous arrive de .succomber à la tentation et de commettre le péché, vous crucifiez tout de nouveau ce Sauveur dans vous-mêmes. Mais souvenez-vous que le sang de cet Homme- Dieu a ou le pouvoir d'effacer le péché même des juifs qui l'ont répandu : Chrisli sanguis sic fusus est, ut ipsiim peccatum polnerit delere quo fusus est. C'est en cela, dit samt Augustin, qu'a paru la vertu toute divine de la rédemption de Jésus-Christ. C'est en cela qu'il a paru Sauveur. De ses ennemis il a fait des prédestinés, de ses persécuteurs il a fait des saints ; tout pécheurs que vous êtes, quel droit n'avcz-vous donc pas de prétendre à ses miséricordes? Approcliez du trône de sa grâce, qui est sa croix ; mais approchez-en avec des cœurs contrits et humiliés, avec des cœurs soumis et purifiés de la corruption du inonde, avec des cœurs dociles et susceptibles de toutes les impressions de l'Esprit céleste ; car tel est le miracle que ce Dieu Sauveur veut, par la vertu de sa croix, opérer aujourd'hui dans vous. Votre retour à Dieu, et im retour parfait après de si longs égarements ; votre pénitence, et une pénitence exemplaire après tant de désordies et de scandales ; la profession que vous
Srn T. A PASSION DR .inSî'S rflRTST.
nm
ferez, ot une prolcssion lianlc el iuil)li<|iic ilc vivre on cIncMiens upr^s avoir vécu eu libertins: \oiIi\ le uiirado (jui prouvera que Jésus-(>hrisl criu'ilié est ini-uièuie |u'rst)nnellftinent la (oitc et la vertu «le Dieu. Ali ! Seigneur, str.»is-je assez heureux \un\v obtenir (|iu! ce luirnele s'aeeoniplit visibleuienl dans mes amlileius, cuiiune il s'accomplit en ellet dans les soldais qui furent prt^seuls ;\ voire mort, et dont plusieurs s'altacbùrenl ù vous comme à l'auteur de leur salut? Donnerez-vous pour cela, SeijJincur, ^ ma parole assez de béuédietiou; et puis-jc espérer (picntie ceux (jui m'écoutent, il y en aura d'aussi touchés que le cenlcuier, c'est-à-dire qui sortiroul de cette prédication non-seulement attendris, mais convertis ; non-seuleuient baignés de larmes, mais counnençaut à glorifier Dieu par leurs œuvres; non-sculemeut persuadés, mais sanctifiés et pénétrés des sentiments chrétiens que cette première vérité a dû leur im[)rimer. Une le juif iulidèle se scandalise de la croix ; Jésus- Christ mourant est la puissance et la force do Dieu incarné : C/iristum crueijixum Dei vlrtutem ; vous l'avez vu. Que le gentil s*cn moque, et qu'il traite la croix de folie; Jésus-Christ mourant est la sagesse de Dieu mèuie : Cfiiititum crucifixiim Dci sapienUam. Vous l'allez voir dans la seconde partie.
DEÏIXlèME PARTIE.
Quelque juste, quelque saint, quelque irrépréhensible que soil Dieu dans toutes ses vues et dans toute sa conduite, il ne laut pas s'étonner que l'homme, par un effet de son ignorance et de son orgueil, ait souvent entrepris de censurer les œuvres du Seigneur, et qu'il soil assez téméraire pour s'en scandaliser. Les pensées do l'homme et celles de Dieu étant, comme dit l'Ecriture, aussi opposées qu'elles le sont depuis le péché, ce scandale était d'une suite en quelque sorte nécessaire. Ce qui doit plus nous surprendre, c'est que, par un aveuglement extrême, l'homme se soil scandalisé contre Dieu des bontés mêmes de Dieu, des prodiges mêmes de l'amour de Dieu, de l'abondance et même de l'excès des miséricordes de Dieu. Car voilà, chrétiens, l'aiïrcux désordre que déplorait saint Grégoire pape, dans ces excellentes paroles de l'homélie sixièine sur les Evangiles : Inde homo adversus Salvatorem scandalum sumpsit, unde ei magis dehitor esse debuit. Voilà le désordre où tomba l'hérésiarque Marcion, lorsque, sous prétexte d'un faux zèle pour le Fils de Dieu, il ne voulut pas croire ni que ce Fils de Dieu eùl vraiment souffert sur la croix, ni qu'il y fût vrai-
ment mort; (OMUiKisi ta croix et la mort eussent été absolmncnt tudigncs de la inaj(;sté et de la sainteté d'nu Dieu. Erreur contre la(pieilc Dieu suscit;i Tetlullieu, «pii la (Combattit hautement, et (pii devint pai- là le di-fenseur des soulliauces et de la passion (l<; Jésus-Christ ; erreur (|ui, malgré rétablissement <lu christianisme, n'est |)Cul-élro encore aujourd'biii que trop eonimuhe, et contre laquelle il est de mon devoir d'cm|)loyer ici toute la force de la |)arole de Dieu. Uenouveie/, s'il vous plaît, lotdc votre altenlion. Le mystère d'un Dieu crucifié paraît aux mondains aussi bien qu'aux gentils une folie : Gentibus stullitium ; et saint Paul prétend, au contraire, qu'à l'égard des piéilestinés et des élus, c'est par excellence le mystère de la sagesse de Dieu : Ipsis autem vocatis Clirislum crucifixum, Dei sapienUam. Or voyons qui des deux en a mieux jugé, ourAp(jtre, ou le mondain : l'Apùtre, après en avoir été instruit d'une manière toute miraculeuse par le Sauveur même ; le mondain, quin'ensaitetqui n'en connaîtquecequelachair et lesangluioutrévélé. Voyons si dans ce mystère de la croix, si élevé, àce qu'il semble, au-dessus de notre raison, il y a quelque chose en eflet qui blesse notre raison. Car, aujourd'hui Dieu veut bien même ne pas rejeter le jugement de notre raison ; et pourvu que notre raison ne soit ni prévenue ni opiniâtre, il ne refuse pas de l'admettre dans le conseil de sa sagesse, et de lui répoudre sur les difficultés qu'elle peut former. De quoi s'agissait-il, chrétiens, dans le grand mystère que nous célébrons ? De deux choses, dit saint Léon, pape, également difficiles et nécessaires : de satisfaire Dieu offensé et déshonoré parle péché de l'homme, et de réfornier riiouime perverti et corrompu. Voilà pourquoi Jésus-Christ était envoyé, et à quoi se terminait la mission qu'il avait reçue, Or, je vous demande: pour parvenir à ces deux fins, pouvaitil, tout; Dieu qu'il est, prendre uu moyeu pi is puissant, plus efficace, plus infaiiUble que la croix? et nous-mêmes, avec toute notre prétendue raison, en pouvons-nous imaginer un autre où les proportions fussent, je ne dis pas plus exactement, mais aussi exactement gardées? Allons au Calvaire, et, témoins de ce qiii s'y passe, étudions notre religion, dont voici tout ensemble la hauteur et la profondeur, que saint Paul souhaitait tant de pouvoir com[)reudre : Sublimitas et profundum ^. Il fallait saiisiaire Dieu, et nul autre ne le pouvait qu'un Homme- Dieu : c'est de quoi la raison mèuie est obligée de convenir. Qu'a fait cet Homme-Dieu ? Ah 1
.'EpUes., m, i8.