‹ Œuvres complètesChapitre 172 sur 183 · SUR LA PERSÉVÉRANCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA PERSÉVÉRANCE CHRÉTIENNE

ANALYSE

SojET. lorsqu'ils furent proche du hourg où ils allaient, il feignit de vouloir aller plus loin. Et ils le pressèrent de àemeurer avec eux, en lui disant : Demeurez avec nous.

C'csl ainsi qu'une âme chrétienne ne se contente pas que Jésus-Christ soit venu chez elle, ou plutôt dans elle, par la communion pascale ; mais qu'elle l'engage encore à demeurer avec elle. Il faut que ce Sauveur demeure en nous par sa grâce ; et il faut aussi que nous demeurions en lui par notre persévérance dans la grâce. Sainte persévérance dont je veux vous entretenir dans ce discours.

Division. C'est par sa passion et par sa mort que Jésus-Christ a vaincu le péché ; et c'est par, sa résurrection q^u'il triomphe encore de notre inconstance. Le mystère de Jésus-Clirist ressuscité nous engage fortement à la persévérance chrétienne : première partie. La persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le gage le plus certain pour participer un jour h. la gloire de Jésus-Christ ressuscité : deuxième partie.

Première partie. Le mystijre de Jésus-Glu-ist ressuscité nous engage fortemeat à la persévérance chrétienne. Je considère

SUR LA PKIlsr.VRUANCK CIIUrn'IKNNE. WW

quatre choses dans la résurrection du SaiivtMir : Hnvoir, l'exemple de eetle résurrection, la foi de cette résurrection, la gloire de cetio it'surrci'lion, ctio «ucrement do cello ri'surri'ttion. Or, I" rexcmpie do la n'iurreclion de Jt''»u»-(^lirii>t e»t le vrai modèle de ni)li'C iierscvomneo duas lu ({n\co ; 2 " la loi do la résurrection de JùsuH-Clirist csi !<• solide fondement de notre pcrs^îvérance dans la grâce ; J" la «loiro do la rt-^urrcclion do Jésus-dluist est un des plus tuucliaiiU motifs de notre perbévi'-rance dans la grâce ; l" le sacrement do la résurrection de Ji-sus-Clirist, do la manière (pie je rexp!i<|ucrai, eitt conmic le sceau de noIrjB perst^^Vanco dans la grûce.

1' l.Vxeiupit' de la n^surnclion de Jésus-Christ est lo vrai modèle do notre persévérance dans la gr:1co. Car Jésus-Christ re»« »uscit<' lie meurt plus, dit l'A|iùtre, et nous-int^mcs nous ne devons plus mouric. l'our<|uui la résurrection du Sauveur cst-ells la seuil- i|Mi' Dieu ail choisie pour nous servir de moiicli! dans notre conveoion ? l*our<iuoi ne nous a-l-il |ias [iioposéia lésur» rcction de l.uil d'autres, par exemple, de Lazare ? t; est ipio la résurreilion île Lazare n'était qu'une résuirection passagère, et que nolie c()nversiun doit être duralile. Si doni'. vous rctomhe/ dans cet étal de mort où le péché vous avait réduit, votre péoi» tence n'est point ce ((u'ello doit olre, parce que vous n êtes pas ressuscité comme Jésus-Christ. Ah I Seigneur, s'écriait le Prophète rojal, c'est sur le modèle de la résuriection do votre Fils cpio vous m'avez ju^é, et que vous ave/, examiné si ma conversion avait Unîtes les qualités d'une résurrection parfaite : l'roUasli mu, et cotjnorisli me : tu cognovisti sessionem meam, et resurrfctioHcm menm. lit |)ar où avez-vous connu qu'elle serait telle (pie vous la demandiez, ou qu'elle ne le serait pas ? pv l'avenir, et par ma persévérance : Intelh'xisti coijilalionrs mea: le longe, et omncs fias meus prœvidisli.

'2" La ioi do la résurrection do Jésus-Christ est le solide lo. lenicnt de noire p(.'rscvérancc dans la grâce. Comment cela ? C'est que la résurrection de Jésus-Christ est un des principiux Im ieinents de la foi chrétienne. Or, ce qui fait sulisi^ler notre foi fait suhsister notre conversion, parce (|ue notre conversion, selon le concile de Trente, n'a point d'autre fondement que notre toi. .Vvanl la résurrection du Sauveur, rien de plus faijjle que les apôtres ; mais depuis cette résurrection, ce furent des hommes intrépides et inébranlables. Quand saint Paul exhortait les Hébreux ii la persévérance, voici une des grandes raisons dont il se servait : Christus heri et hodie, ipsi; et in Siecula. Jésus-CIhrist n'est plus sujet à aucun changement ; il était hier, il est encore aujourd'hui, et il sera le même dans tous les siècles. Rajjpelons un de ces moments où, touchés de Dieu, nous avons formé de si saintes résolutions, et demandons-nous à nou.s-mèmes : Les |)rincipes de foi et les vérités sur quoi j'établissais ma conversion ont-ils changé '? Ce qui était vrai alors l'est encore maintenant et le sera toujours. Pourquoi donc cliangerais-jo, moi, de conduite, et démentirais-je les promesses que j'ai faites ii Dieu "^ E.xcellente pratique pour apjirendre ii persévérer. Credidi, propter quod locutus sum ; J'ai cru, Seigneur, et c'est pour cela que je vous ai donné une parole que je ne rétracterai jamais.

3" La gloire de la résurrection de Jésus-CBrrist est un des plus touchants motifs de notre persévérance dans la grâce. La raisoD est que cette résurrection du Sauveur nous met devant les yeux la gloire et l'immortalité bienheureuse où nous aspirons, et qui doit être notre récompense éternelle. Aussi prenez garde que ce fut cette vue qui inspira au saint homme Job tant de constance dans les plus rigoureuses épreuves: Scio quod lledemptor meus vivit, et in novissimo die de terra surreclurus sum.., Reposita est hac spes in sinu meo.

4" Le sacrement delà résurrection de Jésus- Christ est comme le sceau de notre persévérance dans la grâce. J'appelle le sacrement de sa résurrection le sacrement de son corps, que nous avons reçu en célébrant sa résurrection glorieuse. II prétend par là servir d'aliment à notre âme ; et c'est pour cela que le prêtre, en nou» faisant part de cette divine nourriture, nous a dit: Que le cori'S de Notrc-Seigneur Jésus-Christ conserve votre dme pour la vie éternelle, ^e pourrais-je donc pas bien, si vous retourniez à vos premières habitudes, vous faire lo même reproche (jue saint Paul faisait aux Galates : 0 insensati Galatœ ! qui» vos fascinavit non obcdire vcritati?0 insensés que vous êtes ! qui vous a ensorcelés pour vous faire abandonner lâchement et honteusement le parti de la vérité? Quelle folie d'avoir commencé par la pureté de l'esprit, et de finir par la corruption de la chair I

Deuxième partie. La persévérance chrétienne est le titre le plus légitime et le gage le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésus-Christ ressuscité: 1° la persévérance représente déjà dans nous l'état de cette bienheureuse résurrection ; 2° elle nous dispose et nous conduite celte bienheureuse résurrection ; 3° elle nous fait mériter, autant qu'il est possible, la grâce spéciale de cette bienheureuse résurrection,

1° La persévérance chrétienne représente déjà dans nous l'état de cette résurrection glorieuse, dont nous voyons les prémices dans la personne du Sauveur. En quoi consiste cet état des corps glorifiés ? en ce qu'ils ne sont plus sujets à aucune vicissitude, en ce que leur gloire est immortelle. Or, rien n'approche plus de cet état que la persévérance du juste, ou d'un pécheur converti. Car, au lieu que les mondains sont dans un changement perpétuel, le juste, fortifié par la bonne habitude, est inviojablement ce qu'il doit être, et par là anticipe l'heureux état de la résurrection future. C'est ce que disait saint Cyprien à des vierges chrétiennes : Vos resurrectionis gloriam in hoc sœculo jam tendis ; Vous possédez par avance dans cette vie la gloire que nous attendons dans l'autre. Or, ce que saint Cyprien leur disait, je puis bien vous l'appliquer ; et les plus libertins même ne sont pas exclus de ce bonheur, puisque les plus libertins sont capables d'une parfaite conversion comme les autres pécheurs. Mais si vous ne soutenez pas ce que vous avez entrepris, il est bien à craindre que vous ne soyez pas du nombre de ceux qui, selon la parole du Prophète royal, doivent un jour ressusciter dans l'assemblée des justes. Celui, dit le Sauveur du monde, qui regarde derrière lui après avoir mis la main à la charrue, n'est pas propre au royaume de Dieu. Et comment un homme inconstant et léger, reprend saint Chrysostome, serait-il propre au royaume de Dieu, puisqu'il ne l'est pas même pour le monde e pour les affaires du monde ? Et d'ailleurs, conclut le même Père, si nous ne sommes pas propres au royaume de Dieu, que sertil de l'être pour toute autre chose ?

2° La persévérance chrétienne nous dispose et nous conduit à la résurrection bienheureuse. Car elle nous conduit à la persévérance finale, qui est la dernière disposition à la bienheureuse immortalité. Dans les prédestinés, dit saint Jérôme, on ne cherche pas le commencement, mais la fin. Par conséquent, c'est la persévérance qui met le comble à la prédestination des élus. Cela senlend, me diiez-vous, de la persévérance finale ; il est vrai : mais par où arrive-t-on à la persévérance finale, sinon parla persévérance commencée, qui est celle de la vie '? Ainsi nous ne nous disposons à régner un jour comme les saints dans le ciel, qu'autant que nous nous accoutumons à persévérer comme eux sur la terre.

3° La persévérance chrétienne nous fait mériter, autant qu'il est possible, la grâce spéciale de la résurrection bienheureuse : pourquoi '? parce qu'elle nous fait mériter, autant qu'il est possible, la grâce de la persévérance finale. Quand je dis mériter, je n'entends pas d'un mérite de justice, mais d'un mérite de convenance, et fondé sur la miséricorde et la libéralité de Dieu. C'està-dire que Dieu voyant l'homme appliqué de sa part à se maintenir dans la grâce, il se sent réciproquement ému, en vue d'une telle constance, à le gratifier de ses plus singulières faveurs, et en particulier du don de la persévérance finale. De là, quand nous voyons un juste mourir saintement, nous ne nous en étonnons point; mais nous reconnaissons en cela une espèce de conveisance, qui, sans blesser en rien la justice de Dieu, l'a engagé à déployer toute sa miséricorde et à l'exercer. Au contraire, quand

SERMON POUR LE LUNDI DE PAQUES

on nous pnrlc de cerlains justes qui se sont démentis à la mort, et se sont malheureusement perdus, nous en sommes elTr.iyét, et nous juj,'iHin« qu'il y a eu duns celte disposition de Dieu quel(|ue chose que nous ne comprenons pa*. Quoi qu'il en puiss© Être, la surprise oii nous jettent ces chutes inopinées et ces coups de réprobation, est une preuve que ce n'est donc point ainsi que Dieu en uso selons les règles ordinaires.

Je finis par la louclianle exhortation de sîiint Jérôme k un homme du monde, qui commençiit h chanceler dans le dessefa qui! avait pris de chercher h Itethléem un asile contre les périls du siècle : Obsecro te (rater, et moneo parentis affectUf etc.., Application des paroles de ce Père à un pécheur converti.

El appropinquaverunt easlello quo ibant ; et ipse se/înxU longitu irê- El coegerunl illuin, dicenlet : Alan» nobxseum.

Xorsqii'il» furent proche du bourg où Ils nllaicnt, il feignit de vouloir aller plus loin. Et ils le pressèrent de demeurer avec eux, en lui disant ; Demeurez avec nous. {Saint Luc, chap. xxiv, 28, 29.)

Voici, chrétiens, un grand mystère que l'E- ■vangile nous propose, et qui renferme pour nous une importante vérité . Deux disciples iDarclicnt avec le Fils de Dieu, déguisé sous la forme d'un voyageur; et lorsqu'il semble vou-. loir se sé|)arcr d'eux, ils l'invitent ;\ demeurer e( lui font môme une espèce de violence pour 16 retenir : Et coegeruut illum, dicentef; : Mane riobisciim. Figure bien naturelle d'une âme cbrélienne qui l'a reçu, ce Sauveur des hommes, dans la communion pascale. Elle ne se contente pas (ju'il soit venu chez elle, ou plutôt dans elle, CAchc sous le voile et sous les espèces de son sacrement ; elle l'engage encore à demeurer avec elle, et, par mille vœux redoublés, par de fer- ■ventcs et d'instantes prières, par une sainte itnportunité, mais qu'elle sait lui devoir être agréable, elle le presse, elle le conjure, et lui dit intérieurement: Ah 1 Seigneur, ne vous relirez pas de moi ; car si je viens à vous perdre. Je perds tout, puisque en vous perdant je perds BOon unique et mon souverain bien : Mane nobisciun. Cependant, mes frères, s'il nous est si important que Jésus-Christ demeure dans nous et avec nous, il ne nous est ni moins important b1 moins nécessaire de demeurer en lui et avec lui ; et voilà ce qui s'accomplit, selon sa parole même, dans ce sacrement adorable otî il s'est donné à nous, et oiî nous avons dû nous donner à lui : Qui manducat meam carnem, et bihit meum sonyuinem, in me manet, et ego ineo '. Il faut qu'il demeure en nous par la grâce, et il fout que nous demeurions en lui par notre [)ersévérancc dans la grâce; il faut qu'il demeure eu nous pour nous aider de son secours, et il faut que nous demeurions en lui pour lui marquer notre fidélité : il le faut, mes chers auditeurs ; et de sa part il n'y a rien à craindre, parce qu'il ne nous abandonne jamais le premier ; au lieu que tout est à craindre de la nôtre, parce que nous sommes l'inconstance même. Heureux si je pouvais aujourd'hui vous fortifier, vous affermir, et par là vous préserver de

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ces rechutes si ordinaires dans le christianisme, et si funestes ! c'est ce que j'entreprends dans ce discours, où je vais vous parler de la [)ersévérance chrétieimo, après que nous aurons salué Marie. Ave Maria.

C'est par sa passion et par sa mort que Jésus- Christ a vaincu le péché ; mais j'ose dire que cette victoire serait imparfaite s'il ne ti iomphait encore de notre inconstance. Or, c'est ce qu'il fait par sa résurrection glorieuse, et c'est une des grâces particulières qui y sont attachées. Jésus-Christ est ressuscité comme il l'avait dit : Surrexit sicut dixit^ ; mais la question est de savoir s'il est ressuscité dans nous. Car, comme saint Paul nous ai)prend que Jésus-Christ doit être formé dans nous par la prédicalion de l'Evangile : Donec fornietur Christus in rohis 2 ; comme il nous enseigne que Jésus- Christ est tout de nouveau crucifié dans nous par le péché : Riirsiim crucifigentes sibimetipsis Filium Dei^ \ aussi est-ce une suite nécessaire de la doctrine de ce gratid Apôtre, que Jésus-Christ doit ressusciter en nous par la grâce de la pénitence. Or, de toutes les marques à quoi nous devons reconnaître s'il est ainsi ressuscité, la plus évidente et la moins sujette aux illusions est la disposition où nous sommes de persévérer, et d'accomplir tidèlement ce que nous avons promis à Dieu en nous convertissant à lui. Pour vous porter, mes chers auditeurs, à cette sainte pcrsévérauce,jc fais deux propositions, (pii vont partager ce discours. Je dis que le mystère de Jésus-Christ ressuscité nous engage fortement à la persévérance chrétienne , ce sera la première partie: j'ajoute que la persévérance chrétienne est le litre le plus légitime et le plus certain pour participer un jour à la gloire de Jésus Christ ressuscité, ce sera la seconde. Résurrection du Sauveur, principe de la persévérance chrétienne; persévérance chrétienne, .gage assuré de noire résurrection bienheureuse : voilà ce qui demande toute votre attention.

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