PREMIÈRE PARTIE
Etre inca[)ablc de pécher, c'est le propre de la nature de Dieu ; n'être plus en pouvoir de
Math., xxvm, 6. — ' Gai., iv, 19. — » Heb., vi, 6,
SUU LA PKIlsnvnUANCK CIII'.I'TIKNNE.
p(^('hor, c'est \ci privih^i^o de la nUmw ; n'avoir jamais pck-luS c'est l'avantalagc de l'étal d'irinocenre;se converlir après le péché, c'est l'effet ordinaire de la péiiiteneo; mais *étre converti ponr ne plus pécher, c'est ce (pii s'appelle la grAce et le don tie la persévérance. Or, de ces états ainsi dislinj;nés, le [)remitM", (jni consiste ftéire lncapahle(le pécher, est le pins excellent; mais il ne convient pas ;\ la créature: le second, de n'être phis sujet h la corruption du péché, est le plussoidiaiiahle ; niais il est réservé ponr l'autre vie : le troisième, de n'avoir jamais péché, était un des |)Uis heureux ; mais par le malheur de notre orij;inc nous en sommes déchus : le quatrième, (l'avoir pleuré et réparé son péché, est absolument nécessaire ; mais, quehjue ressource jpie nous y trouvions, il ne sulïlt pas pour notre sûreté: le dernier, j'entends celui de la persévérance dans la grâce, est par rapports nous un bonlieur parfait, puisqu'il nous fait participer, quoique en différentes manières, et à rimpeccabiiité de Dieu, et îi l'innocence du premier homme, et à la sainteté consommée des bienheureux dans le ciel, et à la béatitude commencée de ces pécheurs dont Dieu se plaît, selon l'Ecriture, à faire sur la terre des vases de miséricorde. Aussi est-ce cet état où Jésus- Christ a prétendu nous élever, et dont il nous propose dans sa résurrection la règle la plus inXaillible que nous paissions avoir devant les yeux: car je considère quatre choses dans la résurrection du Sauveur du monde, qui toutes nous (n;^agent à la persévérance; savoir, l'exemple de cette résurrection, la foi de cette résurrection, la gloire de cette résurrection, et le sacrement de cette résurrection. L'exemple de la résuiTcction du Sauveur est le vrai modèle de notre persévérance dans la grâce ; la foi de la résurrection du Sauveur est le solide fondement de notre persévérance dans la grâce ; la gloire de la lésurrcclion du Sauveur est un des plus touchants motifs de notre persévérance dans la grâce ; et le sacrement de la résurrection du Sauveur, de la manière que jo re\[)liquerai, est comme le sceau de notre persévérance dans la grâce : quatre considérations très-efficaces pour nous affermir dans la sainte résolution que nous avons formée de renoncer au péché et de vivre désormais h Dieu . Ecoutez-moi , chrétiens ; et, ponr bien comprendre ces imporlantesvérités, attachons-nous à la doctrine desaint Paul, dont voici le grand mystère que je vais vous développer.
Le bauveur est ressuscité, dit ce grand apôtre; mais ce qu'il y a de remarquable dans le
triomphe de sa résuirrclion, c'est que c(; Dieu- Homme est ressuscité ponr ne plus mourir, et que désormais la mort , n'aura plus .sur lui «l'empire. Il est mort, mais une fois seulement, pour l'expiation du[)éehé;et mairjlenanl il possède une vie iucorru|)tible, ime vie qu'il ne perdra jamais: dhvisttts rcurijens ex mintiiis, jam non vwrilur ; mors illi ullra )ion domiitabitur '. Or, (pi'est-cc (pie saint Paul inférait de lîi ? Ah ! chrétiens, ce que nous n'aurions jamais attendu, mais ce que l'E'^iirit de Dieu lui faisait conclin-e pour nous : lia et vos exislimnle, mortuos (juiilem esse peccato, viventes uiilem Dco. Ainsi vous, mes frères, ajoulait-il, si vous êtes ressuscites parla grâce delà pénitence, faites état que vous êtes morts [)oin' jamais au péché, et (pie vous devez vivre constamment et pour toujours à Dieu ; comme s'il nous eût dit : Prenez bien la chose, et ne vous faites pas une idée absli aile ni une foi spéculative de cet état d'immortalité que Jésus-Christ a acquis en ressuscitant ; car ce serait l'entendre mal. Quand on vous dit que ce Dieu-Homme, depuiâ qu'il est ressuscité, n'est plus sujetà la moi t, ce n'est point un simple dogme de religion que l'on vous explique, c'est un fond d'obligation que l'on vous (lécouvrc, et un devoir que l'on vous enseigne ; devoir qui se réduit à conserver inviolablemcnt celte vie de la giâcequeious avez recouvrée par la pénitence: car il est certain, et de la foi môme, que votre conversion, quelque fervente qu'elle ait été d'ailleurs, n'aura de vertu qu'autant qu'elle portera le divin caractère de la sainte immortalité du Sauveur.
En effet, chrétiens, cette vie de la giâce que nous rend la pénitence est, de sa nature, aussi immortelle et aussi incojru|)tible que notre àme, qui en est le sujet. Si, contre le dessein de Dieu, nous perdons cette grâce, c'est à nous et non point à elle que nous devons l'imputer ; et en cela, dit l'ange del'écolj, saint Thomas, consiste notre désordre, c'est-à-dire en ce que par le péché nous nous ôlons volontairement à nousmêmes une vie aussi noble et aussi excellente que celle-là, ursO vie qui, selon la propriéîéde son être, ne devrait jamais finir. Et pourquoi pensez-vous, mes cheis auditeurs, que la résurrection de Jésjs-Christ soit la seule que Dieu a choisie pour nous servir de modèle dans notre conversion ? car ceci n'a pas été sans dessein. Lazare et plusieurs autres dont parle l'Ecriture étaient ressuscites. Ces résurrections étaient véritables, surnaturelles, miiaculeuses ; et cependant l'Ecriture ne nous les propose point comme
1 Kom., VI, 9.
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des exemples h. quoi nous devions nous conformer, ni comme des règles pour reconnaître devant Dieu si nous sommes convertis. En voici la raison que doime saint Augustin : Parce que la résurrection de La/arc, quoique miraculeuse, n'était qu'une résurrection passagère, qui ne l'affranchissait pas absolument des lois de la mort, et qui ne l'avait fait sortir du tombeau que pour y rentrer ri quelque temps de là. Or, Dieu ne voulait pas que nolro conversion fût si peu dinable, mais il voulait qu'elle fût sans retour ; et parce qu'il n'y avait que la résurrection de Jésus-Christ qui eût cette prérogative, c'est uniquement sur l'idée de celle-ci qu'il prétend que nous nous formions : Resurgensjam non morilur; itaet vos. Ressuscité qu'il est, il ne meurt plus ; ainsi ne mourez plus vousmêmes. C'était le raisonnement de saint Paul ; et c'est ce qui condamne ces légèretés criminelles qui détruisent en nous et qui anéantissent l'effet de tous les dons de Dieu ; ces inégalités et ces inconstances qui rendent suspectes nos ferveurs et nos vertus mêmes ; ces découragements qui nous font désespérer de soutenir le bien que nous avons commencé ; cette facilité malheureuse à reprendre le cours du mal que nous avions interrompu; ces dégoûts de la piété, ces retours scandaleux au monde et à toutes les vanités du monde ; ces apostasies de la dévotion, souvent aussi funestes pour le salut que celle de la religion ; ces déplorables vicissitudes de relâchement et de zèle, de pénitence et de rechute, de vie et de mort. Car qu'ya-t-il de plus opposé à tout cela que ce bienheureux état où est entré le Fils de Dieu par sa résurrection glorieuse ? Mors illi nltra non dominahitur ; la mort n'aura plus de pouvoir sur lui; et telle est la règle que je me dois appliquer et par où je dois juger de ma conversion : Jta et vos existimate , morluos quidem esse peccato , viventes autem Deo.
Si donc vous qui m'écoutcz, et qui dans cette solennité avez reçu la grâce de votre Dieu, vous n'êtes pas dans la disposition de la conserver ; si vous n'êtes pas déterminés à sacrifier toutes choses pour faire toujours vivre cette grâce dans vos âmes ; si, par la connaissance que vous avez de vous-mêmes, vous prévoyez que cette grûce s'affaiblira bientôt, et succombera môme aux attaques qu'elle va recevoir dans les occasions dangereuses où vous l'exposerez; si cette passion qui lui est contraire, mais à laquelle vous avez renoncé, après une trêve de quelques jours, reprend encore l'ascendant sur vous, et qu'au lieu ûe vous confirmer dans une vie chrétienne par
la solidité de la grAce, vous donniez, pour ainsi dire, h la grâce môme et à la vie chrétienne que vous avez endjrassée, le caractère de votre instabilité; enfin si le divorce que vous avez fait avec la chair et avec le monde est semblable aux ruptures de ces Ames passionnées qu'on voit, après bien des éclats, bien des dépits, bien des reproches, revenir i\ de nouveaux engagements, cl s'attacher l'une à l'autre plus étroitement et plus forleincnl que jamais : si cela est, chrétiens, désabusez-vous, et n'ajoutez pas au malheur de votre état le désordre d'un aveuglement volont.'iire. Voire pénitence n'est point ce qu'elle doit être, parce que vous n'êtes pas ressuscites comme Jésus-Christ. Ah ! Seigneur, s'écriait le Prophète royal, et devons-nous nous écrier avec lui, puisque dans la ferveur de sa pénitence il parlait au nom de tous les pécheurs, c'est sur ce modèle de la résurrection de votre Fils que vous m'avez jugé, que vous m'avez éprouvé, que vous avez examiné si ma conversion avait toutes les qualités d'une résurrection parfaite : Probasti me, et cognovisti me ; tu cognovisti sessionem meam et résurrection em meam i. Et par où. Seigneur, avez-vous connu qu'elle serait telle que vous la demandiez, ou qu'elle ne le serait pas? Le Prophète l'exprime dans la suite du psaume : Intel^ lexisti cogitationes meas de longe 2 ; Vous avez découvert de loin toutes mes pensées ; vous avez suivi toutes les traces de ma vie, vous avez prévu toutes mes voies ; et, pénétrant dans l'avenir par une lumière anticipée, vous avez observé si ma conduite répondrait à mes résolutions, si je tiendrais ferme dans le parti de votre loi, si je résisterais aux attraits du vice et de la passion, si le torrent du monde ne m'emporterait point, si le respect humain ne m'ébranlerait point, si la contagion du mauvais exemple ne me corromprait point, si je ne me laisserais point tourner, comme un roseau, de tous côtés ; si, lassé de quelques démarches que j'aurais faites dans le chemin du salut, je ne retournerais point en arrière : Et omnes vias meas prœvidisti 3. C'est sur cela, mon Dieu, qu'est établi le jugement que vous avez porté de moi ; et au moment môme que je me suis relevé de mon péché en le détectant, c'est par là que vous avez reconnu si ma résurrection aurait du rapport avec celle de mon Sauveur : Tu cognovisti sessionem ineam, et resurrectionem meam. Comme si le Prophète eût dit : Supposé que vous n'ayez prévu. Seigneur, après ma conversion, que de honteuses et de lâches rechutes, vous l'avez connue, mais vous l'avez connue pour la réprouver. Au contraire, si votre
1 Psalm., cjuxviii, 12. — J Ibid. 3. — » Ibid. i.
SUK LA PKUSr.vr.RANCK CHRETIENNE.
ï)rescience mlorahli' vous y a lait voir de la fcMineté elde la coiislance, vous l'avez coiimio, mais pour Tapprouver, mais pour la récompenser, mais pour la conroimer : Tu co(jnovisti sessionem vwam, ft ri'surri-cliimfm mcam. \'o\\h le modèle de la perstSéraiico d'un pécheur coiiveili : en voulez-vous le londetneMl solide ? c'esl ici que \olie altentiou m'est nécessaire.
J'ai dit que le Sauveur du monde, en ressuscilant selon la chair pour ne plus mourir, nous enj^agcait iudispensahlementù ressusciter eu esprit pour ne plus pécher. Comment cela ? le voici : c'est qu'à prendre la chose dans sa source, Jésus-Christ ayant toujours donné aux juifs sa résurrection comme le gage authentique de ses promesses et connne la preuve incontestable de sa doctrine, il s'ensuit, et c'est le sentiment de tous les Pures, que toute la foi chrétienne est essentiellement fondée sur la résurrection de cet Homme-Dieu. S'il n'est pas ressuscité, disait saint Paul, nous avouons que noire foi est vaine ; mais s'il est ressuscité, nous prétendons, et avec justice, qu'il n'est rien de plus solide, ni rien, pour ainsi parler, de plus subsistant que notre foi : or, prenez garde, chrétiens; ce qui fait subsister notre foi, c'est ce qui fait subsister notre conversion, parce que notre conversion, selon le concile de Trente, n'a point d'autre fondement que notre foi. En effet, ce qui m'affermit dans la sainte disposition où je puis èti'e de fuir désormais le péché, c'est la solidité de ma créance ; et ce qui soutient ma créance, c'est '^'* résurrection de Jésus-Christ : par conséquent, la résurrection de Jésus-Christ est comme le principe de ma persévérance dans le bien. Tandis que je me fonde sur celte résurrection, ma foi ne peut chanceler ; et tandis que ma foi ne peut chanceler, je ne puis chanceler moi-même dans l'obéissance que je dois à Dieu. Or, le Fils de Dieu ressuscité opère dans moi l'un et l'autre ; car en ressuscitant il appuie ma foi, et en appuyant ma foi, il anime et il fortifie ma volonté.
C'est de quoi nous avons un bel exemple dans la personne des apôtres. Avant la résurrection du Sauveur, rien de plus fragile et de plus faible que les apôtres. Ils protestèrent à Jésus-Christ qu'ils le suivraient jusqu'à la mort, et dans un moment ils l'abandonnèrent. Saint Pierre parut hardi et intrépide dans le jardin ; mais dans la maison du pontife une simple femme l'intimida. C'étaient, dit saint Augustin, les colonnes de l'Eglise, mais des colonnes sans appui, et qui n'avaient rien de stable. Ils voulaient, et ils ne voulaient pas ; ils avaient du zèle, et ils n'en
avaient pas ; ils étaient à Jésus-Christ, cl ils n'y étaient |)as. Mais dés (|ue Jésus-Christ, par sa résurrection, eut dissipé tous les nuages l'e leur incrédulité, ce lurent des honunes plus Icrmc8 (pje des rocheis, ce furent des colonnes de bronze et d'airain ; ils ne cédèrent ni à la violence des [)ersécidions, ni à la ligueur des tourments, ni à la mort même ; ils s'e.\|)0sèrent à tout, ils endurèrent tout i)our la cause de leur Maiire, Qui fit ce miracle ? la foi de Jésus-Christ ressuscité : ii^o coM/irmaui co/»/m»«s ejîis^; Oui, dit cet Homme-Dieu par son Prophète, selon la paraphrase de saint Augustin, c'est moi qui les ai affermis, et qui, voulant poser sur eux l'édifice de mon Eglise dont ils devaient être la base, leur ai donné une vertu à l'épreuve de toutes les tentations. Ils ont cru ma résurrection, et dès lors ils ont eu comme un esprit nouveau, comme un cœur nouveau ; ils se sont sentis confirmés dans la grâce : Ego confirmavi columiias ejus. Or, je vous demande, chrétiens, pourquoi la résurrection du Sauveur, ne fait-elle pas la môme impression sur nous? Avons-nous une autre foi que les apôtres ? Est-ce pour les apôtres plutôt que pour nous que Jésus-Christ est ressuscité glorieux et immortel ? Ce mystère est-il moins efficace pour fixer notre inconstance; et si nous en sommes aussi persuadés qu'eux, pourquoi ne serons-nous pas aussi fidèles qu'eux? Disons quelque chose encore de plus particuher, et faisons ensemble une réflexion bien touchante. Quand saint Paul exhortait les Hébreux à la persévérance chrétienne, voici une des grandes raisons dont il se servait : Christusheri, et hodie, ipse et in sœcula 2 ; Jésus-Christ, leur disait l'Apôtre, n'est plus sujet à aucun changement ; il était hier, il est encore aujourd'hui, et il sera le même dans tout tes siècles. Pourquoi donc, concluait-il, changeriez-vous à son égard de sentiments et de conduite ? Doclrinis variis et pèregrinis noUte ergo abduci 3. Ah ! chrétiens, appliquons-nous à nous-mêmes ce raisonnement. Il est difficile que nous n'ayons été quelquefois touchés de Dieu, et que dans le cours de notre vie il n'y ait eu d'heureux moments où, détrompés de la vanité du monde et confus de nos égarements passés, nous n'ayons dit à Dieu de bonne foi : Oui, Seigneur, je veux être à vous, et je neme départirai jamais de la résolution sincère que je fais aujourd'hui de vivre dans votre loi et en chrétien. Rappelons un de ces moments, ou plutôt rappelons les sentiments de ferveur et de piété que le saint-Esprit excitait alors dans nos cœurs ; car nous savons ce qui nous touchait,
{ Psalm., LxXiT, 8.-2 H«br., xju, 8. — ^ Ibid-, ».
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et nous n'en avons pas encore perdu le souvenir. Rcinellons-nous donc au moins en esprit dans l'élal où nous nous trouvions, et sur cela raisonnons ainsi avccnous-nièinrs : Eh bit'u ! la rrsnlulion <|uc je lis en lel temps de renoncer à mon péciié et de m'altacher h Dieu n'csl-elle pas encore maintenant aussi bien fondée et d'une nécessité aussi absolue pour moi que. je la conçus alors ? Les principes de loi sur lesquels je rétablissais ont-ils changé ? m'esl-il snrvcim quelque nouvelle himiùre pour en douter? les choses, considérées de près et en elle-mènies, sont-elles difiérenles de ce qu'elles étaient ? Quand je comparus devant Dieu dans le tribunal de la pénitence, et que je confessai à Dieu mon iniquité, je me condamnai moi-môme, je lus moi-même mou accusateur et mon juge, et par conséquent je lus convaincu moi-même que ce que j'appelais iniquité l'était en elïet ; et quand je promis à Dieu d'avoir pour jamais en îiorreur celte iniquité qui faisait le désordre de ma vie, quand je m'engageai à en fuir l'occasion, je crus fortement que ma consci«?nce, que ma religion me l'ordonnait. Me trompais-je? était-ce prévention ? était-ce erreur ? Non, sans doute : car je suis obligé de reconnaître que c'était l'Esprit de Dieu qui m'éciairait, et que je ne pensai jamais mieux ni plus sainement. Tout cela était donc vrai , et s'il l était alors, il le doit être encore aujourd'hui, et il le sera encore demain et jusqu'à la fin des siècles, puisque la vérité de Dieu, aussi bien que son être, est immuable iChrislus heri, et hodie, ipse et in sœcula.
Excellente pratique, mes chers auditeurs, pour se maintenir dans une sainte persévérance ; se dire à soi-ii.ème : Je fus persuadé un lel jour, et un tel joiu' mon esprit fui pénétré de celte vérité; j'en ens une vue si parfaite que j'en fus saisi, que j'en fus attendri jusqu'aux larmes. Je ne la goûte plus cette vérité, comme je la goiitais; mais c'est toujours néanmoins la même vérité, et tout ce que j'y goûtais s'y trouve encore. Elle ne me paraît plus dans ce beau jour où elle se montrait quand j'en étais sensiblement ému; mais dans le fond elle n'a rien perdu de tout ce que j'y découvrais. Malheur à moi de ce qu'elle n'a plus pour moi le même goût ; mais grâce h mon Dieu de ce que j'en ai conservé la foi 1 Parler ainsi, et agir ensuite non plus en vertu du sentiment présent, mais des résolulions passées, les faire revivre en nous, et quand la tentation nous attaque, nous sollicite, quand l'occasion se présente, nous munir de cette pensée : J'avais prévu tout cela, et j'y étais disposé lorsque je formai le dessein d'être à
Dieu ; puisque j'ai encore ce qui opérait en moi celte disposition, pourquoi ne ferais-je pas aujourd'hui ce que j'aurais fait alors, et pourquoi vou(lrais-je abandonner Dieu, et me contredire moi-même? Non, non. Seigneur, il n'en ira pas de la sorte ; il ne faut pas que le caprice de ma volonté l'emporte sur la règle de ma foi et de ma raison : vous êtes, ô mon Dieu, un trop grand Maître pour être servi par humeur; et je liens à vous par des liens trop forts pour prétendre jamais m'en détacher : j'ai cru, Seigneur : Credidi ; et c'est pour cela, que je vous ai donné une parole dont j'ai pris le Ciel h témoin ; savoir, de garder inviolablemeut le traité et le pacte solenmd que j'ai fait avec vous dans ma péuitCiice : Credidi, propter quod locutus sîim^. Voilà, mes chers auditeurs, ce quej'appelle agir par la foi et vfvre de l'esprit de la foi, en quoi consiste proprement le caractère de l'homme juste : Jiislus aulem meus ex fide vivit\. Résurrection de Jésus-Christ, modèle de notre persévérance, fondement de notre persévérance, et motif encore de notre persévérance : comment cela ? Apprenez-le.
C'est que la résurrection du Sauveur nous met devant les yeux la gloire et l'iunnorlalité bienheureuse où nous aspirons, et qui doit être notre récompense éternelle. Aussi prenez garde que ce fui la vue de celte résurrection qui i>"«pira au patriarche Job tant de constance d^iis les plus rigoureuses épreuves. Toutes choses le portaient, ce semble, à quitter Dieu : il se trouvait accablé de misères et de calamités qui l'assiégeaient de toutes parts ; ses amis mêmes s'étaient tournés contre lui ; sa femme insultait à sa piété, en la traitant de simplicité : Adhue tu permanes in simplicitate tua 3 ? Mais que lui répondait ce saint homme? Allez, lui disait-il vous parlez en insensée : Quasi una de slultis muUeribus locuta es *. Vous me reprochez mon attachement au Dieu que j'adore ; et moi je vous dis que je l'aurai jusqu'au dernier soupir de ma vie, et que toutes les calamités du monde ne m'obligeront jamais à m'en départir. Et quel motif en apportait-il? Ah ! chrétiens, admirable leçon pour nous .' Scio enim quod Redemptor meus vivit, et innovissimo die de terra surrecturus sum'^ ; Oui, je serai constant et fidèle, ajoutait-il, parce que je sais que je dois avoir un Sauveur qui ressuscitera plein de gloire, et que je ressusciterai moi-même un jour comme lui.^ Or, celte gloire dont je le vois déjà tout éclatant, celte gloire qui par communication doit se
'Psalm., cxv, 1. — = Hebr., x, 88. — » Job,, il, 9. — < Ibid., 10. — *Ibid., ux,26.
SUR LA PKUSf.VfcRANCE CHIIÊTIKNNK.
r.'ii.Tndro sur moi, c'est ce (|ui in'eii^'a^'C ji soiif- Irir sans miiiiniirer, c'est ce i\m réprime mes |ilainles, c'est ce (|ui adoucit mes maux, c'est ce (jiii me soutient dans raccaldeuienl exlic^me où me réduisent i'iiumiliatiun cl la douleur; cette csperafiee (jue je nourris dans mon sein est le fïiand uu)lif de nui persévérance : rit'iiosita est hœcspes rnea in siïiu meo '. Ainsi parlait cet lionime de Dieu. Or, mes frères, reprend saint Augustin, si la vue d'une résurrection si éloifïuée inspirait à Job ces scntimenls au milieu de la genlililé, nous, élevés au milieu du cluis(ianisine,iu)us qui la voyons de si prés, celte même résurrection, nous qui, dans cette solennité, eu célébrons la mémoire, eu serons-nous moins touchés et le devons-nous moins être ?
Eullrt, Jésus-Christ ressuscité devient par un excès de son amour, et par un elTel merveilleux du sacrement de son corps, le sceau de notre persévérance dans la grâce, puisque, tout ressuscité et tout immortel qu'il est, il veut bien èlre noire Agneau pascal, selon l'expression de l'Apôtre, et s'immoler tout de nouveau sur nos autels pour s'unir inlimement à nous, et pour nous faire vivre en lui et par lui : Pascha uostrum immoJatus est Cliristus 2. Ce Dieu de gloire, le jour même de sa résurrection, se fait nolie nouiriture; et après être sorti triomphant du tombeau, il vient, obscur et invisible, s'ensevelir dans nous par la communion. Que prétend-il? On vous en a instruits, chrétiens, et vous ne le pouvez ignorer : il prétend servir à voire àme d'aliment, mais d'un aliment céleste et spirituel ; et comme le propre de l'aliment est d'entretenir la vie, il se donne à vous pour conserver cette vie divine, cette vie de la grâce que la pénitence vous a rendue. Avezvoiis fait, mou cher auditeur, quelque réflexion aux saintes et vénérables paroles que le prêtre, comme ministre de l'Eglise, a prononcées en vous admettant à la participation du corps de Jésus-Christ ? peut-être n'y avez-vous pas pensé, et néanmoins c'est à quoi vous deviez être attentif; car voici comment il vous a parlé : Recevez, mon frère, le corps de voire Seigneur et de votre Dieu, alin qu'il garde votre àme, et qu'il la préserve de la mort du péché ; non pas pour quelques jours ni pour quelques mois, mais pour la vie éternelle : Ciutodiat animam ttiam in vitam œternam. Et en effet, s'il n'avait été question que de vous faire vivre pour quelque temps, en vain Jésus-Christ aurait-ildaigné nourrir votre àme de sa propre chair: il ne fallait pas
» Job., xlx 27. — » 1 C«»r., T, 7.
pour cela un pain si exquis; mais 'ce pain dont vous avez fait vulre pAipic est un pain, dit Jé.sus- Clnist même, (|ui se mange |)our ne nujiirir j imais : llic est panis de cœlo deHcendem, ut H quis ex ipso manducet, non moriaturK Et voilà ce <|ue je vous ai proposé d'abord comme le sacrcnuMit de voire persévérance dans la grâce; vérilé recoiume de tous les Pères, puisque c'est ainsi qu'ils explicjuenl celte grande promesse du Sauveur : Qui man ducat hune panem, vivet in œte rnn m '^' , Cchi'i (jui mangera ce pain vivra éternellement ; non pas, dit saint Jérôme, d'une vie cor[)orelleet matérielle, mais d'ime vie spirituelle et surnaturelle, qui doit être le fruit de l'adorable Eucharistie. Si donc, engagés comme vous l'êtes à la persévérance chrétienne, et par l'idée de la résurrection de Jésus-Christ, cl par la foi de la résiu-rection de Jésus-Chri.st, et par la gloire de la résurrection de Jésus-Cluist, enfin par le sacrement de la résurreclion de Jésus- Christ ; si, dis-je, comme tanl de lâches chrétiens, vous retourniez à vos premières habiludcs, si vous vous laissiez encore surprendre aux illusions du monde; et, au lieu de donner à la grâce le temps de s'enraciner dans vos cœurs, si vous étouffiez ce bon grain, selon la parabole, et qu'au bout de (juelques semaines on vous revit dans les mêmes engagements et les mêmes désordres, n'aurais-je pas droit de vous faire le reproche que faisait saint Paul aux Galates? il leur avait annoncé le royaume de Dieu, il les avait tous engendrés en Jésus-Christ par l'Evangile, et tandis qu'il avait été parmi eux, ils étaient demeurés fermes dans la foi; mais à peine les eut-il quittés qu'ils oublièrent ce qu'ils étaient, et qu'ils reprirent les observances dn judaïsme. Saint Paul le sut, et voici en (luels termes il leur témoigna là-dessus son ressentiment; plaise au Ciel que je n'aie jamais sujet de vous les appliquer : Miror, quod tam cita transferimini ab eo qui vos vocavit in gratiam Christi^; En vérité, mes frères, il est bien étrange que vous ayez si tôt changé de sentiments, et qu'en si peu de jours vous ayez renoncé à celu/ qui vous avait appelés et conduits par sa grâce à la connaissance de Jésus-Christ. 0 insensati Galatœ, quis vos fascinavit non obedire veriluti ^ ? 0 insensés que vous êtes, qui vous a ensorcelés pour vous faire abandonner lâchement et honteusement le parti de la vérité ? Sicstultiestis, ut cum spiritu cœperitis, nunc carne consummemini ^ ^ Quelle folie d'avoir commencé par la pureté de l'esprit, et de finir maintenant par la corrup-
' Joan., VI, 50. — • Ibid., 69. — » GalaU, i, 6. — < Itid , Ui, 1. — » Ibid., 3.
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tioii (le la chair! Ainsi leur parlait l'Apôtre, et vous parUM-ais-jc, chrétiens ; car j'aurais bien de quoi ni'étonner que des résolutions prises h la face des autels et en la présence du Seigneur se fussent tout à coup évanouies. Eh quoi I mes frères, vous dirais-je aussi bien que saint Paul, vous faisiez à Dieu de si saintes protestations ; vous nous donniez dans le sacré tribunal des paroles si expresses; vous vous obligiez de si bonne foi, ce semble, à tout ce que nous voi;s prescrivions ; vous deviez être si réguliers h le pratiquer : mais l'avez-vous fait ? 5?c stulti eslis, ut cim spiritu cœperitis, mine came eonsummemini ! En ôtes-vous moins colères et moins emportés ? en èles-vous moins ambitieux et moins entêtés de votre fortune? en ôtes-vous moins sensuels et moins adonnés à votre plaisir ? n'avez- vous plus revu celte personne, écueil funeste de votre fermeté et de votre constance? n'avez-vous plus recherché ces occasions si dangereuses pour vous ? n'avez- vous plus tenu ces discours ou médisants ou impies? Vous aviez jeté les fondements d'une vie chrétienne et spirituelle : qui vous a empêchés d'élever ce saint édifice ? On espérait tout de vous, et dans un moment toutes les espérances qu'on en avait conçues sont renversées. Fallait-il pour cela faire tant d'avances, fallait-il puiser dans les sources salutaires de la grâce? fallait-il se laver dans les eaux de la pénitence ? fallait-il manger la chair de l'Agneau ? Sic stulti estis ? Poursuivons, mes chers auditeurs. Je vous ai fait voir que la résurreclioii du Fils de Dieu était pour nous un engagement à la persévérance dans la grâce, et j'ajoute que la persévérance dans la grâce est le gage le plus certain que nous puissions avoir d'une résurrection glorieuse à la tin des siècles, et semblable à celle du Fils de Dieu. C'est le sujet de la seconde partie.