‹ Œuvres complètesChapitre 177 sur 183 · SUR LA PAIX CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA PAIX CHRÉTIENNE

ANALYSE

SoJET. Il leur dit une seconde fois -. La paix soit avec vous.

Voilà le précieux trésor que Jésus-Christ laisse k ses apôtres. Mais d'où vient qu'il ne se conlenfe pas deleur donner nne fois la paix, et qu'il leur dit deux fois : Que la paix soit avec vous ? c'est ce que je vais vous apprendre, et d'où je tire le sujet de ce discours.

Division. Paix de l'esprit et paix du cœur, double paix que le Sauveur donne à ses apôtres; et voilà pourquoi il leur dit deux fois dans la même apparition : Que la paix soit avec vous. Mais par où arrive-t-on à l'une et à l'autre ? par la soumission à la foi, et par l'obéissance à la loi. En deux mots, il faut que la foi gouverne notre esprit, si nous voulons qu'il soit dans le calme : première partie. Il faut que la loi de Dieu règne dans notre coeur, si nous voulons qu'il jouisse d'un bonheur solide : deuxième partie.

Première partie. Paix de l'esprit dins la soumission k la foi. Hors de cette soumission h la roi, il est impossible que notre esprit, trouve jamais le repos. Car donnez-moi un homme déterminé à ne croire que ce qu'il lui plaît, sans déférer à la foi, sur quoi s'appuiera-t-il ? Ou il vivra dans l'indifférence touchant la religion, ou il se fera une religion particulière selon ses vues. S'il vit dans une indifférence entière touchant la religion, c'est-à-dire sans se mettre en peine .s'il y a un Dieu et une autre vie, vous voyez assez le malheur de cet état. Quelle paix peut-il goûter, ne sachant ni ce qu'il est, ni ce qu'il deviendra, et abandonnant au hasard son bonheur et son malheur éternel ' S'il se fait une religion de sa raison, je veux dire selon ses vues naturelles, il n'y trouver.! pas plus de tranquillité . pourquoi ' parce qu'un homme sige, pour peu qu'il se «onnaisse lui-même, doit être convaincu de trois choses touchant sa raison ; savoir, qu'elle est sujette à l'erreur, qu'elle est naturellement curieuse, et que la plupart de ses connaissances ne sont tout au pla> que des opinions, qui la laissent toujours dans l'incertitude, en lui proposant mjaie la vérité. Or, ces trois choses sont ahsolumeiu incompatibles avec le repos de l'esprit.

Si je suis sage, je ne puis établir ma religion sur ma raison; pour(|uoi ? parce que je sais que ma raison est sujette à mille erreurs, surtout en ce ([ui concerne la religion. Exemple des pa'iens, des Egyptiens, des Romains, peuples d'ailleurs si polis, qui sont tombés dans les plus prodigieux égarements sur ce qui regarde le culte dî la DivinitJ. Exemple de tant d'hérétiques : point d'hérésie si extravagante qui n'ait trouvé des sectateurs. De plus, qui ne sait pis que le caraclére de notre esprit, dans la plupart des jugements qu'il forme, est un caractère d'iiicorlitudât d'incoaslaaM« d'irrésolution? autre qualité directement contraire

SL'H l,A !V\IX (!!!f\ÈTIKNNE. 893

•u repos qu'il cherche. Voye« ces pnMiMuliis iwprits forls du monde, i|iii, pour ■voir peu de religion, raisonnent éternellement sur la religion. Ils raisoimout, main sans savoir co qu'ils croient et ce qu'iU ne croient pas ; mcerlainsdo tout, et détruisant aujourd'hui co nu'il» avaient liier avamiS. D'où est venue cette confunion (|ui a paru do tout teinp^ dans le propre» des liérénies? d« l'orgueil de la raison iiumaino. Cliaeiiu s'érigeait en uiailre, et dogmatisait 6 sa mole. Quand il n'y aurait que la curioKiir de Mvoir, avec cette insatiable avidité d'acquérir sans cesse do nouvelles connaissances, pourrions-nous espérer de procurer la paix h notre espiil 't

Il iaildoui'., pour mettre notre esprit on possession de cette hienhcureuse paix où il a.^pire, quclijue cliose de stable, qui arrête tt (|ui borne sa curiosité; quelque chose de certain, qui remédie à ses inconstances; quelijiie chose d'ini'uillihie, qui curiigs •es erreurs. Or, ce sont les trois caractères de la loi : car la loi borne notre raison en réduisant tous ses discours à ce seul principe : C'est Dieu qui l'a dit ; la loi remédie à ses incoiist.iiices, en nous mettant dans cette sainte disposition d'esprit où nous renoncerions pluiiJi à toutes les lumières de la nature et à toutes les connaissances des sens, que de ne pas croire ce que nous croyons , enliii la loi assure la raison do l'homme contre lo meusuutte et l'erreur, parce qu'étant londée sur la révélation divine» elle est aussi inTaillible que Dieu mémo.

Du reste, notre foi n'est ni une loi itjnorante, ni une fof imprudente, ni une foi aveugle en toutes manières. Ce n'est point une foi ignorauie, puisque avant que de croire il nous est permis do nous éclaircir si la chose est révélée de Dieu, ou si elle ne l'est pas. Ce n'est point une foi imprudente, puisqu'elle est londée sur des muLils qui ont convaincu les premiers hommes du monde. Ce n'est point une foi aveugle en toutes manières, puisque ii l'obscurité des mystères qu'elle nous révèle elle joint un» espèce d'évidence, et c'est l'évidence de la révélation de Dieu. Voilà ce qui achevé de calmer mon esprit.

Au coniraire, si je sors des voies de la loi, je tombe dans un laybrinthe, oii je ne fais que tourner, sans trouver jamais dlssue. Il faut, pour y renoncer, à cette foi, que je me porte aux plus grandes extrémités : à ne plus reconnaître de Dieu à no plus reconuaiire de Sauveur Uomme-Uieu, etc. Or, pour en venir là et pour y demeurer, quels conabats n'y a-t-il pas à soutenir, et de quels Ilots de pensées un esprit ne doit-il pas être agité ?

Dans cette contrariété de sentiments qui est entre vous et moi, dirais-je encore à un libertin, qui dt nous deux expose davantage, et qui de nous deux doit plus craindre? lin croyant ce que je crois, tout ce qui peut m'arriver de plus fâcheux, c'est de me priver inutilement et sans fruit, pondant la vîj, de certains plaisirs défendus par la loi que je professe, et défendus même par la raison; mais vous, si ce que vous ne croyez pas ne laisse pas d'être vrai, vous vous mettez dans le danger d'une damnation éternelle.

Concluons. Heureux ceux qui croient et qui n'ont point vul Notre condition en cela peut être même plus heureuse que celle des apôtres; car ils avaient voies miracles de Jésus-Christ, et nous croyous sans les avoir vus.

DEU.vitat; paktie. Paix du coeur dans lobéissance à la loi. 1" On ne peut résister ii Dieu et avoir la paix ; 2" il est aussi comme impossible de n'avoir pas la paix quand on est soumis à Dieu.

1° On ne peut résister à Dieu et avoir la paix : Quis resliUl ei, et yacem habuit r Dieu, dit saint Augustin, étant le souveraia bien de l'homme et sa lia dernière, le coeur de l'homme ne peut être en paix qu autant qu'il est uni à Dieu. Or, il n'est uni à Dieu dans cette vie que par un assujettissement volontaire à la loi de Dieu. Le pécheur veut vivre dans l'indépendance, etdes-là il se précipite dans un abîme de malheurs; dès-là sa raison devient son ennemie, sa foi le condamne, sa religion l'élfraie sa conscience le déchire. Cette seule peasée : Je suis l'objet de la haine de Dieu, je suis actuellement exposé aux coups de Dieu n'est-elle pas capable de faire dans l'âme du pécheur une espèce d'enfer 'i' Aussi, disait le Sage en parlant a Dieu, vous n'avez' Seigneur, pour punir les pécheurs, qu'à les abandonner à eux-mêmes, sans armer contre eux les créatures. '

Consultons l'expérience. Voyons-nous que les pêcheurs du siècle jouissent d'une véritable paix 't Qu'est-ce que leur vie ? un esclavage où leurs passions et leurs vices les dominent; une dépendance perpétuelle du monde et de ses lois; un assujettissement servile à la créature. Qu'est-ce que leur vie '/ «ne suite de désordres qui les rendent également criminels et malheureux, parce que c'est, par exemple, une ambition qu'ils ne peuvent satisfaire, une avarice qui ne dit jamais : Ce'' assez, etc.

Mais ces pécheurs ont souvent tout ce qui fait les hommes neureux dans cette vie: ils sont riches, puissants, élevés. Je pré ' tends, moi, que ce n'est point tout cela qui lait le bonheur de l'homme : car ne voyons-nous pas tous les jours des hommes contents, sans tout cela, et des hommes malheureux avec tout cela? Mais ils passent pour heureux dans l'opinion du monde. Ce qui fait le malheur ou le bonheur, ce n'est pas l'opinion et l'idée d'autrui, mais notre propre idée, notre propre opinion' notre propre sentiment. Mais ils disent qu'ils ont la paix. Ils le disent, j'en conviens; mais, taudis qu'ils le disent de bouche' leur cœur les dément.

2" Il est comme impossible de n'avoir pas la paix, quand on est soumis à Dieu. Paix inébranlable du côté de Dieu, paix inébranlable du côté du prochain, paix inébranlable de notre part même.

Voilà le bienheureux état des justes. Tel fut l'état d'un saint Paul et de tant de martyrs ; tel est celui de tant de chrétien» fidèles à la loi. Le dirai-je, mon Dieu ? tel est l'état où je me suis quelquefois trouvé moi-même, et ou je me trouve encore quand je me tourne vers vous.

Dùitergoeuiurum:Paxvobt,. qous dans le Sacrement de son corps; il nous

U leur dit une seconde fois : La paix soit avec vous. Sainl Jean, hOllOfe tOUS en particulier, UOn-SeuleUieut d'ilUâ

*^*^'^'^^* apparition, mais d'une visite qu'il nous fait

en personne ; et à ce moment-là même il nous

Voilà, chrétiens, le précieux trésor que Jésus- tlit intérieurement : Pax vobis ; Vous voilà

Christ laisse à ses apôtres. U leur donne la paix, réconciliés avec mon Père, vous voilà unis

et je trouve que cette paix est encore un des à moi j jouissez du bonheur que vous possédez,

fruits que le mystère de sa résurrection produit et goûtez la douceur de la paix. Car c'est

ians nos âmes, lorsque nous nous réconcilions ainsi, mes chers auditeurs, que saint Jacques

avec Dieu par la pénitence, et que nous nous nous fait concevoir la paix d'une âme chré-

approclions dignement des sacrésmystères par la tienne, en nous disant quel est le Iruit de h

comnmnion pascale. Ce divin Sauveur vient à justice et de la sainteté : Fructus autem jus-

SEIUION V'dU{\ LE DIMANCHR DE QUASIMODO.

titiœ in pace seminalur '. Et en cITel, toulc autre paix (jne ccllc-là n'est qu'une paix fausse et ini.miiifnic. Pour ôlrc solide et vi^iiliiblc, il faut qu'elle \icnne (lu principe de la saiutcI6 cl de la grâce. Or, telle est cc\U\ que Jésus- Clnisl nous communique, quand il se communique luimôme à nous. Parlons donc aujourd'hui de celle paix spirituollo, de celte paix de Dieu, qu» surpasse tout soutimcut ; de celte paix que saint Paul sauhailail tant aux Pliilipi)iens : Et pax Dei, quœ exsuperat omnem sensum, cuslodiat corda vcslra et inœlligenlia!^ veslras in Cliristo Usu 2. Mes frères, leur disait-il, le plus grand Jésirque Dieu m'inspire de former en votre tiveur, est que la paix qu'il vous a donnée garde vos esprits et voa cœurs. Je fais aujourd'hui, îhrétiens, poui* vous, le même souhait et la nème [)rière. Puisque vous avez reçu cette paix, prenez soin de la conserver, et qu'elle vous conserve vous-mêmes dans les saintes dispositions où vous êtes devant Dieu : Pax Dei custoiiat corda vestra et intelligentias veslras in ïhrislo Jesu. Mais d'oii vient que le Fils de Dieu ne se contenta pas de donner une fois la paix à ses apôtres, et que, dans une môme apparition, il leur dit deux fois, et dans les mêmes termes : Pax vûbis ? C'est uue circonstance que iuinî Chrysostome a remarquée dans l'Evangile, tt celte circonstance n'est pas sans mystère : or, c'est ce mystère que je vais vous développer, après que nous aurons rendu à Marie, comme à la reine de la paix, l'hommage ordinaire, A-ve, Maria.

Je ne sais, chrétiens, si vous avez pris garde 4 ces deux paroles de saint Paul : Pax Dei cas- \diat corda vestra et intelligentias vestras ; Que la paix de Dieu conserve vos cœurs : corda vestra ; et qu'elle possède vos esprits : intelligentias veslras? Pourquoi l'Apôtre souhaitait-il aux Philipi)ieus cedouhle avantage, l'un par rapport à l'espril, l'autre par rapport au cœur ? C'est, répond saint Chrysostome, que pour établir dans l'homme mie paix parfaite, il faut la mettre également dans les deux puissances de son âme, c'est-à-dire dans son esprit et dans son cœur. La paix du cœur doit nécessairement ôlre précédée de la paix de resi)rit, et la paix de l'esprit ne peut être constante sans la paix du cœur. U faut donc pacifier l'esprit de l'homme, en lui ôtant toutes les inquiétudes qu'il peut avoir dans la recherche de la vérité ; et il faut VKicilier son cœur en le dégageant de ^>ous iie« dàâri qui le tourmentent dans la re-

cherche de son repos. Voilà, mes chers auditeurs, tout le mystère de noire Évangile. Le Sauveur du monde ne se contente pas do. dire une fois à ses disciples : Pax vobis ; La paix soit avec vous ; il le leur redit une seconde fois dans la même apparition, parce qu'il veut lem- donner cette double paix qui fait toute la perfection i^ l'homme, la paix de l'esprit et la paix du cœur. Mais |)ar quelle voie l'homme [)eut-il e.'îpérer d'avoir l'une et l'autre ? Ah ! chrétiens, c'est encore le secret, et le secret admirable que notre Évangile nous découvre. Car j'y trouve la paix de l'esprit solidcraenl établie dans la soumission à la foi : Beati qui non videnint, et crediderunt '; et j'y trouve la paix du cœur parfaitement conservée dans l'assujettissement à la loi de Dieu : Dominwi m6us et Deus meus 2. Comprenez, s'il vous plait, les deux propositions que j'avance. Le Sauveur du monde dit h saint Thomas, que bienheureux sont ceux qui croient sans avoir vu; et saint Thomas répond au Sauveur du monde, qu'il est son Seigneur et son Dieu. Croire ce que l'on ne voit pas, c'est soumetbre la raison à la foi ; et reconnaître l'empire et le domame au Fils de Dieu, c'est vouloir obéir à sa loi. Or, dans ces deux devoirs sont contenus les deux grands principes de la paix ; car eu soumettant ma raison à la loi, je me procure la paix del'esprit ; et en m'assujettissant à la loi de Dieu, je me mets en possession de la paix du cœur. En deux mots, n'espérons pas que notre esprit soit jamais tranquille, tandis que nous l'abandonnerons h la conduite de notre raison ; et n'espérons pas plus que notre cœur soit jamais content, tandis qu'il s'abandonnera lui-même à ses passions. Il faut que la foi gouverne notre esprit, si nous voulons qu'il soit dans le calme; c'est la première partie. U faut que la loi de Dieu règne dans notre cœur, si nous voulons qu'il jouisse d'un bonheur solide ; c'est la seconde ; deux vérités importantes qui feront ie partage de ce dernier discours.

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