‹ Œuvres complètesChapitre 2 sur 183 · Extrait de l'édition Lebel · texte numérisé non relu

Extrait de l'édition Lebel

Nous avons employé quelques expressions du P. Bourdaloue, en citant des faits qui devaient nécessairement entrer daus celte notice.

2. On ne peut guère donner ce nom à la petite brochure de vingt pages, intitulée la Vie de Bourdaloue, par M"« de Pringy (Pari^, Ribou, 1705, in-4). Cette dame pieuse dont Bourdaloue était le directeur, était fille de M. de Mérinville, garde du trésor de la chambre des comptos. Elle fut mariée en premières noces au comte de Pringy, et en se-

Totf. I.

n'offrira donc qu'un faible intérêt biogra* phique. On y trouvera du moins réuni, pour la première fois, tout ce qu'on peut savoir aujourd'hui de Bourdaloue, et qui est épars dans un grand nombre de volumes. On a cherché dans les auteurs contemporains ce qu'ils ont dit de ce grand homme. Tous ceux qui en parlent louent avec enthousiasme le prédicateur : mais il en est peu qui le fassent connaître hors de son ministère ; et on ne trouverait peut-être pas, dans l'histoire des lettres modernes, un nom plus célèbre attaché à une vie plus inconnue.

Louis Bourdaloue naquit à Bourges ' le 20 août 1632*. Sa famille était une des plus considérables de cette ville. Son père, Etienne Bourdaloue, jouissait prfrmi ses concitoyens d'une grande considération qu'il avait méritée par sa probité et par la grâce singulière avec laquelle il parlait en public;

Bourdaloue n'ayant encore que quinze ans, exprima le désir d'entrer dans la société des jésuites : il y fut reçu le 10 novembre 1648.

Après avoir fait ses études avec un rapide succès, il fut successivement chargé de professer la rhétorique, la philosophie et la théologie. Il donna dès lors des preuves de l'étendue et de la solidité de son esprit.

Ses supérieurs et lui-même hésitaient encore sur le genre de fonctions qu'il de-

condes noces à M. d'Aurat, seigneur d'Antragues.

3. Bourges est aussi la patrie de deux autres jésuites célèbres. Pierre-Joseph d'Orléans , né en 1641, mort en 1698, l'un de nos meilleurs historiens} et Philippe Labbb, né en 1607, mort en 1667, autour d'une grande collection des Conciles, en 17 vol.ia>foL, et de beaucoup d'autres ouvrages.

4. Ce fut en cette année que le pape Urbain VIIÏ approuva la congrégation des Pères de la Missioa, fondée par saint Vincent de Paul en t523, et établis par lettres^patontes de 1627.

NOTICE SUR BOURDALOUE

vaît embrasser, lorsque queliiues sermons proches par lui, landis qu'il [)rofessail la théologie morale, firent décider qu'il se consacrerait uniquemant au ministère de la chaire.

Il commença ses prédications en 1666.

Cette mi%ie année mourut la reine Anne d'Autriche ; et, parmi les vingt-cinq orateurs chréti. ns qui prononcèrent son oraison funèbre, on ne peut citer que Mascaron • et lo P.Senault* : ce dernier avait commencé à purger l'éloquence chrétienne de l'érudition profane qui la déshonorait'.

Mascaron prêchait l'Avent à la cour l'année même où Bourdaloue faisait en province ses premiers essais dans un art qu'il devait bientAt porter à toute sa hauteur.

On peut dire que l'éloquence de la chaire n'existait point encore en France. 11 n'y avait guère qu'un siècle d'écoulé depuis qu'on ne prêchait plus en latin, Lingendes*, presque contemporain de Bourdaloue, composait dans la langue de l'école les discours qu'il devait prononcer en français.

Avant Bourdaloue, les sermons étaient

1. Jules Mascaron, évoque de Tulles, et puis d'Agen, na(iuit à Marseille en 1634. entra chez les PP. de rOrat( ire, prêcha à la cour six avents et six carêmes, fut nommé à l'évôché de Tulles en 1671, et transléréfà l'évêchô d'Agen en 1678. Il mourut le 16 décemtfre 1703. On n'a de Mascaron que ses Oruisom funèhns, qui furent imprimées en 1702, in-l2, et réimprimées en 1740. RoUin a joint Mascaron à Fléchier et à Bossuet : mais il est moins orné que l'un, Pi\. moins sublime qne l'autre.

2. Jean-François Sbkattlt, général de l'Oratoire, né à p. ris en 1601, prêcha, pendant quarante ans, avec un succès extraordinaire, à Paris, à la cour, et dans les principales villes de France. Il mourut le 3 août 1672. On n'a imprimé de ses sermons que S vol. de Panégyriques en 1655 et 1682.

3. On d dit que le P. Seaault fut à Bourdaloue ce que Rotrod avait été à Corneille, son prédécesseur, et rarement son égal.

4. Claude de Lingbndes, jésuite, né à Moulins, mort à Paris le 12 avril IG60. « C'est une chose assez surprenante, dit l'abbé Goujet {Biblioth. franc., tom. II, p. 285). que le P. de Linj^endes, dont toute la France a admiré l'éloquence, n'étudiât point les tomes dont il se servait, et qu'il s'en mit œé:ne si peu en peine, qu'il composait en latin les sermons qu'il devait prononcer en français. » Ces sermons oat été imprimés à Paris, en 1666, 3 vol. in-4o et ill-8. Les deux volumes de sermons sur les évangiles du carême, que l'on a publiés en français sous jon nom, ne sont qu'une traduction ou môme une kaltaiion imparfaite de ses sermons latins, dont le JP. Bourdaloue n'a p&a fait dUliculté de prendre quel-

chargés de traits d'histoire souvent apocry^ phes, de citations de lois, d'hébreu, de grec et de latin, de passages tirés d'Homère, d'Horace ou d'Ovide, et des philosophes païens. Les orateurs entassaient les métaphores, faisaient un monstrueux mélaugo du sacré et du profane, et joignaient aux vérités évangéliques les erreurs du temps sur la physique, l'histoire naturelle et l'astrologie. Au reste, il régnait encore pkis de barbarie dans Téloquence du barreau '. Sans remonter plus haut que le commencement du xvii"* siècle. Camus, évêque de Belley, citait dans ses homélies Virgile et Didon, Socrate et Vénus, Aristote etBellérophon'. Mais, sur la fin du règne de Louis XIII, ces vices de l'art oratoire commencèrent à disparaître dans la chaire, tandis qu'ils continuaient de régner au palais tandisque tous les genres de littérature portaient encore l'empreinte du mauvais goût. Cependant, vers le milieu du xvu^ siècle, Biroat '', qui passait pour avoir fait le premier l'application à l'éloquence sacrée des divisions et des subdivisions, et plusieurs autres prédicatenrs, continuaient de

ques traits. On a encore de Lingendes un volume, de sermons pour l'octave du Saint-Sacremeni. Ils sont en français ; et l'on croit qu'or, s'est servi, pour les publier, «les manu-crits de plusieurs copistes qui les avaient écrits dans le lemi^s que Lingendes les prêchait.

5. Il y a dans les archives de l'ancien parlement de Paris, un registre intitulé la Matinées, où l'on trouve un plaidoyer qui commence par ces mots : Quand je vois le soleil et quand Je vois l-i Ixme. Boileau, dont le père était greffier du parlement, et Racine, ami de Boileau, paraissent avoir eu comnaissance de ce singulier plaidoyer. Le registre est du XV* siècle.

6. Jean-Pierre Camus, mort lo 26 avril 1652, a publié quinze volumes d'homélies, de prônes et d'exhortations pastorales. Nous citerons ici quelques passages d'un de ses sermons pour le jour de Noël aûn de ftiire connaître ce qu'était l'art de la chaire en France, avaut que Bourdaloue l'élevât tout à coup à sa plus haute perfection : «Cessent les em- « pyriques de vanter leurs distillations qui réduioc sent à si peu de si grosses masses ; car voici la o divinité réduite sous l'humanité, et oomme alam- « biquOe et quintessenciée sous le ccwpps d'un petit c enfant. Quelle prodigieuse alchimie !... voici l'i- « liade do la divinité sous la coquille de J'huma- « nilé... Voici l'Océan dans une coquille. Voici la « perle de la diviniié dans la nacre de la mortalité... K Admirez ce peu de levain qui doit enfler la pâte « de l'évangile. Voyez ce grain do moutarde, etc. »

7. Jacques BiROAT, né à Bordeaux, conseiller et prédicateur du roi, religieux d« l'ordre d© Cluny

NOTICEI SUU BOUIIDALOUE.

iri

suivre dairs leurs sermons la marche scolastique. Leurs discours étaiftiU tous parUgos en trois points, et chaque point l'était en trois parties. D'autres, comme le P. Leieune •, formaient la première partie de leurs sermons des preuves tir6cs de l'Ecriture ; la seconde de l'autorité des Pères ; et la dernière, des raisons : en sorte que ces discotirs ne contenaient chacun qu'une vérité et une seule proposition. On sent que du cette méthode devait résulter beaucoup de sécheresse et de monotonie. Les prédicateurs qui faisaient imprimer leurs sermons, affectaient aussi des titres singuliers. Claude Texier % qui prêcha devant Louis \1V, intitula son Avent : L'Impie malheureux^ ou les Trois Malédictiom du pêcheur ; JïwQ^K donna pour titre au sien, la Condamnation du monde.

Tel était l'état de l'éloquence de la chaire au commencement du règne de Louis XIV.

Senault et Ling«ndes en furent les premiers réformateurs. Bossuet^ le seul rival que pût avoir Bourdaloue, avait prêché devant la cour l'A vent en 1661, et le Carême en 1662. Mascaron avait aussi précédé Bourdaloue dans la carrière. Mais, par une singularité remarquable, les sermons de Senault et de Mascaron n'ont point été publiés. On n'a les sermons de Lingendes qu'en latin, et ceux de Bossuet ne sont que des esquisses, si on excepte le beau discours sur l'uuité de l'Eglise.

« Qu'était-ce parmi nous que l'éloquence « de la chaire, dit l'abbé d'Olivet, avant « que les Bourdaloue eussent fait préférer c( à tout le reste la raison mise dans tout K son jour ? c'était mettre ensemble beau- « coup de pensées mal assorties, souvent c frivoles, et les énoncer avec de grands c mots\ »

Ainsi Bourdaloue passe, avec raison, pour le véritable réformateur de la chaire; et, s'il n'est pas le premier qui l'ait purgée de ses défauts, il a fait plus, il a créé l'éloquence et l'art de la prédication ; si, dans l'art oratoire, il n'a point débrouillé

le chaos, il y a créé la lumière. Il a donc sur()assé tous ceux qui l'avaient précodé ; il n'a été surpassé par aucun de ceux qui l'ont suivi ; et Massillon seul a mérité l'honneur de lui être comparé.

Bourdaloue avait exercé en province le ministère de la parole pendaut ([uolques années, aveo un grand succès, loisquii fut envoyé par ses supérieurs dans la capitale, où sa renommée l'avait déjà précédé. Il prêcha d'abord avec un éclat extraordinaire dans l'église de la Maison professe. Une foule prodigieuse accourut pour l'entendre. Son auditoire se composa bientôt de ce qu'il y avait de plus distingué h. la cour et à la ville. Egalement goûté des grands, du peuple et des savants, sa réputation croissait d'un sermon à l'autre : et plus on l'entendait, plus on voulait l'entendre encore. Il commença sa carrière comme d'autres auraient voulu finir la leur.

Il prêcha devant Louis XIV l'Avent en 1670, et le Carême en 1672. Il fut redemandé pour les Avents de 1684, 1686, 1689, 1693, et pour les Carêmes de 1674, 1673, 1680 et 1682. C'était une chose inouïe. Rarement le même prédicateur était appelé trois fois à la cour, et Bourdaloue y parut dix fois avec le même succès. Louis XIV avait manifesté le désir de l'entendre tous les deux ans, aimant mieux, disait- il, ses redites, que les choses nouvelles d'un autre.

« Jamais prédicateur, dit xM""" de Sévi- « gné, n'a prêché si hautement et si a généreusement les vérités chrétiennes... « le P. Bourdaloue frappe toujours comme « un sourd, disant des vérités à bride « abattue, parlant à tort et à travers con- « tre l'adultère, sauve qui peut, il va toucc jours son chemin » Louis XIV lui dit un jour : Mon père, vous devez êti'e content de moi, M"^^ de Montespan est à Clagny. — Oui, sire, répondit Bourdaloue ; mais Dieu, serait plus satisfait si Clagny était à soixante-dix lieues do Ver

mourut vers l'an 1666. On a de lui soixante-cpiatorze panégyriques, deux avents, un carême, des sermons Jl des oraisons funèbres, formant 12 vol. in- 8.

l. Jean Lbjednb, prêtre de l'Oratoire, célèbre missionnaire, mort à Limoges, le 19 aoiit 1672, à l'âge de quatre-vingts ans. 11 avait perdu la vue en prêcliani le carême à Rouen, dans sa trente-cinquième année : ce qui le fit nommer dans la suite la Père aveugle. Il lit des missions pendant soixante ans. Ses

sermons ont été recueillis en 10 vol. in-8, et plusieurs fois réimprimés.

■2. Claude Texier, jésuite, provincial de ia province d'Aquitaiue, prêcha le carême devant Louis XIV en 1661, et mourut à Bordeaux en 1687. Ses sermons imprimés à Paris. 1673-1678, forment 10 vol. In -8.

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