‹ Œuvres complètesChapitre 34 sur 183 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La paix avec le prochain est le fruit de la charité ; et la charité, selon saint Paul, est l'abrégé de la loi chrétienne. 11 ne faut donc pas s'étonner si le même apôtre nous a marqué, comme un des caractères les plus essentiels de l'esprit chrétien, le soin de conserver la paix avec tous les hommes, puisqu'il est évident que tous les hommes sont compris sous le nom de prochain. Si fieri potest, quod ex vohis est, ctim omiiibus hominibus pacem habentes ' : si cela se peut, disait-il aux Romains en les instruisant et en les formant au christianisme, si cela se peut, et autant qu'il est en vous , vivez en paix avec tout le monde : voilà l'esprit de votre religion, et par où l'on reconnaîtra que \ous ôtcs les disciples de Celui qui, dès son berceau , a été le prince et le Dieu de la paix.

Pesons bien ces paroles, qui sont substantielles : Si fieri potest, si cela se peut : l'impossibilité, dit saint Chrysostome, est la seule excuse légitime qui puisse devant Dieu nous disculper, quand nous ne vivons pas avec nos frères dans une paix et une union parfaite ; et, hors l'impuissance absolue, toute autre raison n'est qu'un vain prétexte dont nous nous flattons, mais qui ne servira qu'à nous confondre au jugement de Dieu. Quod ex vobis est, autant qu'il est en vous ; en sorte que nous puissions sincèrement protester à Dieu, que nous puissions nous rendre à nous-mêmes témoignage qu'il n'a jamais tenu à nous, jamais dépendu de nous que nous n'eussions avec nos frères cette paix solide fondée sur la charité, l'ayant ardemment désirée, l'ayant de bonne foi recherchée, ayant toujours été préparés et d'esprit et de cœur à ne rien épargner pour y parvenir. Cum omnibuSj la paix avec tous, sans en excepter un seul : l'exclusion d'un seul suffit pour nous rendre prévaricateurs, et sujets à toutes les peines dont Dieu menace ceux qui troublent ou qui rompent la paix. Rompre la paix avec un seul, c'est, selon Dieu, quelque chose d'aussi mortel que de violer uft seul commandement. La paix avec tous, un seul excepté, nous devient donc inutile pour le salut ; et ce seul que nous exceptons doit s'élever pour demander vengeance contre nous au dernier jour. Cum omnibus hominibus, la

1 Rom., XI r, 18.

paix avec tous les hommes, même avec ceux qui y sont plus opposés et qui ne la veulent pas : les forçant par noire conduite à la vouloir, et, à l'exemple de David, gardant un esprit de paix avec les ennemis de la pnix : Cum his qui oderuut parem, erom pacifiais '. Car, comme ajoute saint Chrysostome, vivre en paix avec des âmes pacifiques, avec des esprits modérés, avec des humeurs sociables, à peine serait-ce une vertu de philosophe et de païen ; beaucoup moins doit-elle passer pour une vertu surnaturelle et chrétienne. Le mérite de la charité, disons mieux, le devoir de la charité, est de conserver la paix avec des hommes difficiles, fâcheux , emportés : pourquoi ? parce qu'il peut arriver, et parce qu'eu effet il arrive tons les jours que les plus emportés et les plus fàcluHix, les plus dilliciles et les plus chagrins, soîit justement ceux avec qui nous devons vivre dans une plus étroite société, ceux dont il nous est moins possible de nous séparer, ceux à qui, dans l'ordre de Dieu, nous nous trouvons attachés par des hens plus indissolubles. Il faut donc, dit ce saint docteur, que, par rapport môme à ces sortes d'esprits, nous ayons un principe de paix sur quoi puisse être solidement établie la tranquillité du commerce que la charité chrétienne doit maintenir entre eux et nous.

Or, quel est-il ce principe ? le voici : une sainte conformité avec Jésus-Christ naissant. Entrons dans son cœur, prenons-en les sentiments, tâchons à nous mettre dans les mômes dispositions que lui, contemplons son étable et approchons de sa crèche. Remplissons-nous des vives lumières qu'il répand dans les âmes, et comprenons bien surtout deux choses : premièrement, c'est un Dieu qui, pour témoigner aux hommes sa charité, commence par se dépouiller pour eux de tous ses intérêts : secondement, c'est un Dieu qui, pour gagner nos cœurs, nous prévient, suivant le langage du Prophète, de toutes les bénédictions de sa douceur, et qui s'attendrit pour nous jusqu'à se revêtir, tout Dieu qu'il est, de notre humanité ; disons mieux, et dans un sens plus propre à mon sujet, jusqu'à devenir personnellement pour nous, comme parle l'Apôtre, la bénignité et l'humanité môme : Apparuit henignitns et hujnanitas 2. Deux moyens qu'il nous présente pour entretenir une paix éternelle avct; nos frères ; désintéressement et douceur. Dépouillons-nous en faveur de nos frères de certains intérêts qui nous dominent ; soyons, à l'égard

> Psalw., cxix, 7. — ' lit. , III, 4.

on Jitsrs-ciinisT.

tic nos frùrcs, doux ot liiiinaius : plus d'iiiiuiitiés alors, plus do divisions; paix inviol;d)lo, paix inaltcrahle. Quel boulicur pour moi et quoi avanlagc pour vous, si je pouvais, en finissant, vous persuader ces deux devoirs si indispeusaMes dans la religion que nous professons, et si nécessaires dans tous les états de la vie ! Ceci demande une réflexion toute nouvelle.

C'est, dis-jc, un Dieu qui, par amour pour nous, et pour témoiiïner aux liommcs son immense charité, se dépouille de tous ses intérêts; qui, de maître qu'il était se fait obéissant ; de grand qu'il était se fait petit; de riche qu'il était se fait pauvre : Quoniam propler vos egemis fuctus est, cum esset clives '. Et je prétends que ce désintéressement est le plus prompt et le plus infiîillible moyen pour concilier les cœurs, et pour nous unir tous dans une paix solide et durable.

Cai", comme raisonne saint Bernard, prétendre vivre en paix avec nos frères, sans qu'il nous en coûte rien, sans vouloir leur sacrifier rien, sans jamais leur céder en rien, sans nous incommoder pour eux, ni nous relâcher sur rien; nous flatter d'avoir cette charité chrétienne qui est le lien de la paix, et cependant être toujours aussi entiers dans nos prétentions, aussi jaloux de nos di'oits, aussi déterminés à n'en rien rabattre, aussi vifs sur le point d'honneur, aussi attachés à nous-mêmes-, abus, mes chers auditeurs : ce n'est pas ainsi que le Dieu de la paix nous l'a enseigné. Il ne fallait point pour cela qu'il vînt au monde, ni qu'il nous servît de modèle : nous n'avions sans Inique trop d'exemples de cette charité intéressée. Il était inutile que ce Dieu fait homme nous apportât un commandement nouveau : de tout temps les hommes s'étaient aimés de la sorte les uns les autres, et cette prétendue charité était aussi ancienne que le monde ; mais aussi le monde, avec cette charité prétendue, n'avait jamais été ni ne pouvait jamais être en paix.

C'est l'intérêt, chrétiens, qui nous divise. Otez la propre volonté, disait saint Bernard, il n'y aura plus d'enfer ; et moi je dis : Otez l'intérêt propre, ou plutôt la passion de l'intérêt propre, et il n'y aura plus parmi les hommes de dissensions, plus de querelles, plus de procès, plus de discordes dans les familles, plus de troubles dans les communautés, plus de factions dans les Etats : la paix avec la charité régnera partout. Elle régnera entre vous et ce parent, entre vous et ce frère, cette sœur ;

lU. Cor. 7111,9.

B. — ToM. I.

(Mitre vous et cet ami, ce voisin, ce concurrent. Dès (pic vous voudrez poiu* lui vous déporter de tel ou tel intéiêt, qui fait conlrc vous son chagrin, dès Ih vous aurez avec lui la paix ; et souvent même, selon le monde, la paix que vous aurez avec lui vaudra mieux pour vous que liutérêl qu'on vous disputait et à quoi vous renoncez. Détachés de nos intérêts, nous ne contesterons avec personne, nous ne nous bronillcrons avec personne, nous ne romprons avec personne; et, par une infaillible conséquence, nous goûterons les douceurs de la société, nous jouirons des avantages de la pure et sincère charité : semblables aux premiers chrétiens, n'ayant tous qu'un conir et qu'une Ame, nous trouverons dans celle union mutuelle une béatitude anticipée, et comme un avant-goût de l'éternelle félicité.

Or, à la vue de Jésus-Christ , pouvons-nons avoir d'autres sentiments que ceux-là ? si nous sommes chrétiens, je dis de vrais chrétiens, nous faut-il un autre juge que ce Dieu Sauveur, et un autre tribunal que la crèche oii il est né, pour vider tous les différends qui naissentcntre nous eî nos frères? Un chrétien , rempli des idées que lui inspire un mystère si touchant, voudrait-il appeler de ce tribunal, et aurait-il peine à remettre aujourd'hui tous ses intérêts entre les mains d'un Dieu qui ne vient au monde que pour y apporter la paix ? Voilà, mon cher auditeur, ce que je vous demande en son nom. Si votre frère n'a pas mérité ce sacrifie, ^ souvent très-léger , que vous lui ferez dv votre intérêt , Jésus-Christ le mérite pour lui. Si îotre frère est mal fondé dans ses prétentions, t J s'il n'est pas juste que vous lui cédiez , au moins est-il juste que vous cédiez à Jésus-Christ. Ce que vous refusez à l'un , donnez-le à l'autre ; ce que vous ne voulez pas accorder à votre frère , donnez-le à la charité et à Jésus-Christ : par là vous achèterez la paix, vous l'achèterez à peu de frais, et par là même vous la conserverez.

Mais peut-être s'agit-il de tout autre chose entre vous et le prochain; peut-être, indépendamment de tout intérêt, ce qui vous divise n'est-ce de votre part qu'une fierté qui l'a choqué, qu'un emportement qui l'a irrité, qu'une parole aigre dont il s'est senti piqué, que des manières dures dont il s'est tenu offensé, qu'un air de hauteuf avec lequel vous l'avez traité ? Si cela est, il ne dépend, pour le satisfaire, que de vous adoucir à son égard, que de lui donner certaines marques de votre estime, que de lui rendre certains devoii'S, que de le prévenir par quelques démar-

SEF\MON SUR LA NATIVITF

chcs qui le ramèneront infailliblement et l'atlacluroiit h \ous.

Je ne le puis, diles-vous; j'y sous une oppositiou inviucible, cl je n'en viendrai jamais là. Rentrez, encore nnc lois, rentiez, mon clier auditeur, dans l'élahle de Bethléem ; vous y venez le Dieu de la paix incarné et luunanisé, ou plutôt, vous y verrez dans sa p.crsoime la Lénii^uité même incarnée, la grandeur même de Dieu humanisée. Je lii répète, vous y verrez un Dieu qui, pour vous allirer à lui, n'a point dédaigné de vous rechercher; qui, par une condescendance toutediviue de son amo ir, s'est fait même comme une gloire de vous prévenir. S'il eût atlendu que vous, pécheur, vous son ennemi cl soii ennemi déclaré, vous eussiez fait les premiers pas pour retourner h lui, où en éliez-vous , cl quelle ressource vous restuit pour le salut ? Cependant, malgré l'exemple de votre Dieu, vous vous faites et vous osez vous faire je ne sais quel point d'honnenr de n'aller jamais au-devant de votre frère pour le rapprocher de vous, et pour l'engager lui-même à revenir. Malgré la loi de la charité, et d'ailleurs môme après avoir été l'agresseur, vous chislu*vez contre lui de scandaleux et d'éternels rcri-» senlimcnls: n'est-ce pas renverser tous les principes du christianisme, et vous exposer à de terribles malédictions du ciel ?

Vous y verrez un Dieu qui, pour vous gagner, vous comble des bénédictions de sa douceur ; un Dieu qui, pour se rendre plus aimable, quille tout l'appareil de la majesté, et qui s'humanise, non-seulement jusqu'à paraître, mais j(is(jM'à devenir eu effet homme comme vous; un Dii'u qui, sous la forme d'un enfant , vient s'attendrir sur vous de compassion, et [.leurer, non pas ses misères, mais les vôtres. Car c'est ainsi, dii saint Pierre Chrysologue, qu'il a voulu naître, parce qu'il a voulu être aimé : Sic nasci vuMl, qui volait amari K Parole touchante et digne de toutes nos réflexions ! c'est ainsi qu'il a voulu naître, parce qu'il a voulu être aimé. Il anrail pu naître, et il ne tenait qu'à lui ilc nailrc dans la pompe et dans l'éclat de la maguiliccnce royale ; mais, en naissant de la sorte , il n'aurait été que respecté, que révéré, que red'oulé,el il voulait être aimé. Or, pour ètie aimé, il devait s'abaisser jusqu'à nous; pour être aimé, il devait être semblable à nous; pour être aimé, il devait souffrir counne nous. Et c'est pourquoi il a voulu nailre dans l'élal de faiblesse et d'abaissement où ce mystère nous le représente : Sic nasci voluit, qui voluil amari. Après

* Fetr. CbrjsoL

cela, chrétiens, affectez des airs dédaigneux et h;itjlains envers It's autres, Ir.iilez-les en e»>claté's, avec empire, avec dureté, et non pas en frères avec patience, avuc bonté; rendez -vous inf1(v\ii)l('s à leurs prières et insensibles à leurs besoins, i^'est-ce pas démentir voire religion ? n'est-ce pas même violer les droils de l'iuynanité ? Je serais infini, si j'eutieprenais de développer ce point de morale dans toute son étendue.

Quoi qu'il en soit, mes chers auditeurs, voilà la sainte et divine p:iix que nous devons capitalemcnt désirer, et qui ne vous coûtera jamais trop, à quelque prix qu'elle vous puis^e êlre vendue. La paix avec nos frères, et, sans exception, la paix avec tous les hommes : cum omnibus liominibus pacem habL'ntes. Mais quel est notre aveuglement et le sujet de notre confusion? le voici : dans les temps où Dieu nous afflige par le lléau de la guerre, nous lui (b'uiandons la paix; et, dans le cours delà \ie, nous ne travaillons à rien moins qu'à nous procurer la véritable paix. C'est-à-dire, nous demandons à Dion une paix nui ne dépend pas de nous, une paix (|ui n'est pas de notre ressort, une paix pour la conclusion de laqnelle nous ne pouvons rien ; et nous ne pensons pas à nous procurer cello qui est entre nos mams. celle dont nous sommes nous-mômes les arbitres, celle dont Dieu nous a chargés, et dont il veut que nous lui «oyons re. ponsables. Nous faisons des vœux afin que les puissances delà tcrie s'accordent entre elles, pour donner au monde une paix que mille difficultés presque insurmontables semblent quelquefois rendre comme irapossible ; et nous ne voulons pas finir de pitoyables dilféreuUs dont n-nis sommes les nraitres, qu'il nous serait aisé Je terminer, que notre seule obstination fomente; et ces puissances de la terre,si diiUciles à rcunir.sont souvent pluslôt d'accord que nous ne le sommes les uns avec les autres. Cette paix euli-e les couronnes, malgré tous les obstacles qui s'y opposent, esl[ilustùl conclue qu'un procès qui fait la ruine el la désolation «le toute une famille n'est acconnnodé. Ah 1 Seigneur, je ne serais pas un fidèle ministre de votre parole, si dans un jour aussi solennel que celui-ci, où les anges, vos ambassadeurs, nous ont annoncé et promis la paix, je ne vous demandais, au nomtle tous mes auditeurs, celte paix si désirée, qui doit pacifier tout le monde chrétien ; cette paix dont dépend le bonheur de tant de nations ; celte paix pour laquelle votre Eglise s'intéresse tant et avec tant de raison; celte paix que vous seul pouvez donner, et quidcsoi*-

!>F jfisTTS-rimïîn*.

miiis ne peut être que l'ouvrage de volii» iTovidoac(î miniculeiise et de voire :il)solii'^ puissance. liMruiirais pas, coiumeniinislrcilc voire parole, le zèle (pic je dois avoir, si, à l'exemple de vos yu'oplièles, je ne vous disais aiijourd'luu : Du pact'in, Doviine, sustiuentibus le, ut prvphetœ lui fukU's invt'uiantur : Donnez la paix, St^igneur, ù \olre peuple, afin (;uc ce ne soit pas en vain que nous l'ayons eajasé à apaiser voti'e colère pour l'obleuir. Donnez-lui la paix, puisque entre les prospi^rilés, quoi pie liuinuincs et temporelles, qu'il liù est p'^raiis d'ts[)érer, la paix est celle qui vient plus iaiiUL'iiiatenient de vois et qui ixnit le plus contribuer à votre gloire. Mais je serais, ô mon Dieu, encore [dus prévaricateur de mou ministère, sipréférablemeut à cette paix, toute nécessaire et toute importante* qu'elle csl, je ne vous demauJais, pour moi et pour ceux qui Hi'écoutent, celle qui doit nous réconcilier avec vous, celle qui doit nous réconcilier avec nousmêmes, celle qui doit nous réconcilier avec nos frères : celle qui doit nous réconcilier avec vous, par une généreuse et sainte pénitence ; colle qui doit nous réconcilier avec nousmêmes, par un vrai détachement et une sincère humilité ; celle qui doit nous réconcilier avec nos frères, par une tendre et cordiale charité. Ramassons en deux mots tout ce mystère et finissons. Le Seigneur est le Dieu des armées, qui vient au monde pour y faire régner la paix, et qui veut être aujourd'hui glorifié par toute la terre en qualité de roi pacifique : Magnificatus est Rcx pacifiais super faciem universœ terrœ ^ Voilà, Sire, ce que chante l'Eglise dans cette auguste solennité ; voilà ce que nous célébrons : modèle admirable pour Votre Jlajesté, et que je lui propose ici avec d'auLant plus d'assuîv.nce, que je sais que c'est le modèle qu'elle se propose elle-même, et sur lequel elle se forme. Car,sans oublier la sainteté de mon ministère, et sans craindre que l'on m'accuse de donner à Votre Majesté une fausse louange, je dois, comme prédicateur de l'Evangile, bénir le ciel, quand je vois. Sire, dans votre personne, un roi conquérant, et le plus conquérant des rois, qui met néanmoins toute sa gloire à être aujourd'hui reconnu le roi pacifique, et distingué comme tel entre tous les rois du monde. Je dois, en présence de cet auditoire chrétien, rendre à Dieu de solennelles aillions de grâces , quand je vois dans Votre Majesté un monarque victorieux et invincible, dont tout le zèle est de pacifier l'Europe, dont toute l'application est d'y travailler et d'y contribuer pai* ses soins, dont toute l'am-

'Ecdes, Offic.

bitiotr est iVj réussir, «t qni par là est sirr la terre l'iMia^^e \iA\Aii de celai dont le caractère est d'être loutenscniJiU', sekHi VlùinUin», W. Dieu des armées et b» Dieu de \\ paix.

Celle p;ux est l'ouvrage de Dieu, et nous reci>n nui-sons plus que jamais qne ie monde ne la [icuL donner : mais notre confiance, Sire, est que, inalgrélc monde mcaie. Dieu se servira de Voti'o Majesté, de sa sagesse, do ses lumières, de la droiture de son cœur, de la grandeur de son Amo, de son désintéressement pour donner celte paix au monde. Ce qui nons console, c'est que Voire Majesté, suivant les règles de sa rehgion, ne fait la guerre aux ennemis de son Etat que pour procurer plus utdement et plus avantageusement cette paix à ses sujets. Ce qui nous ras.-ure, c'est que, dans les vues qui la font agir, toutes ses conquêtes aboutissent là, et qu'elle ne gagne des batailles, qu'elle ne force des villes, qu'elle ne triomphe partout, que pour parvenir plus sûrement et plus promptement à cette paix. Ce qui soutient nos espérances, et au môme temps ce qui augmente notre véiiéralion et notre zèle pour Votre Majesté, c'est que son amour pour son peuple l'emportera toujours en ceci par-dessus ses intérêts propres, et que, touchée de ce motif, il n'y aura rien qu'elle ne sacrifie au bien de cette paix : qu'ainsi, en véritable imitateur du Dieu des armées et du Dieu delà paix, vous aurez. Sire, l'avantage, après avoir éîé le héros du monde chrétien, d'en être encore le pacificateur. Car voilà ce qui mettra le comble à vos travaux héroïques, voilà ce qui couronnera voh'e règne, voilà ce qui achèvera votre glorieuse destinée.

Accomplissez mes vœux, Seigneur, ou plutôt bénissez les intentions de ce roi pacifique et conquérant, qui sait si bien se conformer aux vôtres! Donnez -nous par lui cette paix que vous nous promettez aujourd'hui par le ministère de vos anges ; et s'il était vrai que vous fussiez encore irrité contre les hommes, si les péchés des hommes méritaient encore les fléaux de votre justice, permettez-moi, Seigneur, de vous fair ici la prière que vous fit autrefois David, et de vous dire comme lui dans le même esprit : Dissipii gentes quœ hella volunt i : dissipez ces nations opiniâtres qui veulent la guerre ; renversez leurs desseins, rompez leurs alliances, rendez vaines leurs entreprises, trouldez leiu's conseils. Souffrez que j'ajoute avec le même prophète : Ejfiuide iram tuam in gentes quai non novenmt, et in régna quœ nomen tuum invocaverunt 2 : s'il faut, ô mon Dieu, que

iPaalm-, ijcvn,3l. — ' Ibid., lxxviu, 6.

SERMON SUR LA NrVTI\'ITË DE IfiSUSCIIRIST.

colère éclate, répandcz-la sur ces nations qui ne tous connaissent point, et sur ces royaumes qui n'invoquent point votre nom, c'est-à-dire sur ces nations où la vérité de votre religion n'est pas connue, et sur ces royaumes où l'hérésie a aboli la pureté de votre culte. Mais, par un effet tout contraire, répandez votre miséricorde sur ce royaume chrétien, où vous êtes invoqué, servi, adoré en esprit et en vérité ; répandez-la sur ce monarque qui m'écoute, et qui, plus zélé pour votre gloire que pour la sienne, met aujourd'hui à vos pieds, non-seulement son scep-^ tre et sa couronne, mais toute la gloire de ses conquêtes, pour vous en faire un hommage connne au Dieu de la paix; qui, pour le bien de votre Eglise, préfère cette paix à l'accroissement de son empire, et qui, au milieu de ses prospérités et du succès de ses armes, ne refuse pas pour elle de se relâcher de ses droits. Dans des dispositions si saintes, que ne doit-il pas attendre

de vous? et quels cUets, ou plutôt quels miracles de protection n'avons-nous pas droit de nous promettre pour lui ? C'est l'homme de votre droite, Seigneur : étendez sur lui votre main; animez-le de votre esprit, remplissez-le de vos hunièros, forlifiez-Ie de votre gnkc. Fiat vuinus tua super vinim dexievœ tuœ i. Tandis que vous le soutiendrez, toutes les puissances du monde, quoique hguées et conjurées, ne prévaudront pas contre lui; et, avec votre divin secours, nous ne doutons point, ô nmn Dieu ! que nous n'obtenions enfin celte paix salutaire, que nous vous demandons conmie un des fruits de la naissance de noire adorable Sauveur, et comme un moyen qui nous aidera ù mériter la bienheureuse el l'éternelle paix donl vos élus jouissent dans le ciel. Je vous la souhaite, mes chers auditeurs, au nom, etc.

I Psalm., ucxuc, 16.

SERMON POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS. 8B

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