‹ Œuvres complètesChapitre 36 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est de tout temps que la sainteté, et même la plus solide et la plus vraie, a été en butte à la malignité des libertins et à leur censure. C'est de tout temps qu'ils l'ont combattue coimne ses plus déclarés ennemis ; et c'est pour cela, ou qu'ils ont lâché de se persuader et de persuader aux autres qu'il n'y avait point dans le monde de vraie sainteté, ou qu'ils ont au moins aftccté, en la confondant avec la fausse, de la décrier. Deux artifices dont ils se sont servis pour défendre, et, s'ils avaient pu, pour autoriser leur libertinage contre la sainteté chrétienne, qui néanmoins a toujours été et sera toujours, devant Dieu et devant les hoaimcs, leur condamnation. Deux arliiices que saint Jérôme a subtilement démêlés dans une de ses

SERMON rOLR LA lÉlE DE TOUS LES SALNTS.

épttres, où il s'en explique ainsi : Lacérant sanclum proposilum, et nciiuitiiu snœ renuuJium arbitiautiir, si nemo sit sandiis, si turha sit percuniium, si omnibus dctrahalur. Ce Pure parlait en parliculicr de certains esprits prétendus forts, qui, tônit^rairomcnt et sans respect, blàinaienl la conduite do sainte Paulo, et le courapre qu'elle avait eu de quiltrr l\oine pour aller tlieirhcr sou salut dans la rclrailc et dans l'éioip^nenient du monde. Ces paroles sont remarquables, et d'autant plus dignes iVètre pesées, qu'elles expriment ce que nous voyons tous les Jours arriver dans noire siècle. Lacérant sanctum proposilum : parce qu'ils raisonnent en mondains, disait saint Jérôme, ils déchirent par leurs railleries, et même par leurs médisances, tout ce que les serviteurs tlo Dic-i font de plus édifiant et de plus louable pour honorer Dieu. Et nequitiœ sim remedium arbitrantur si nemo sit sanctiis; ils croient leur liberlinape bien à couvert, quand ils ont la lia diesse de soutenir qu'il n'y a point de saiuls sur la terre; que ceux qu'on estime tels ont comme les autres leurs passions et leurs vices, et des vices nit "me grossiers; que les plus gens de bien sont comme eux dans la voie de perdition, et qu'on a droit de dire de tout le monde que tout le monde est corrompu et perverti. Non-seulement ils soupçonnent que cela peut être, mais ils assurent que cela est; et, dans celte supposition, aussi extravagante que maligne, ils se consolent; comme si l'affreuse opinion qu'ils ont de tout le genre humain était la justification de leur iniquité, et devait les guérir de tous les remords intérieurs qu'ils auraient infailliblement à essuyer si le monde leur faisait voir des hommes vraiment vertueux, et dont la vie exemplaire fût un reproche sensible de leur impiété et de leurs désordres ; Et nequitiœ suœ remedium arbitrantin\ si detrahatur omnibus. Prenez garde, s'il vous plaît, à la pensée de ce saint ilocleur. La première injustice que le libertin fait à la sainlelé chiétienne est de ne la vouloir pas reconnaître, c'est-à-dire de prétendre que ce que l'on appelle sainteté n'est rien moins dans les hommes que sainteté; que dans les uns c'est vanité, dans les autres singularité; dans ceux-ci dépit et chagrin, dans ceux-lii faiblesse et petitesse de génie; et malgré les dehors les plus spécieux, dans plusieins imposture et hypocrisie. Car c'est ainsi, mes chers auditeurs, qu'on en juge dans le monde, mais particulièrement à la cour, dans ce grand monde où vous vivez, dans ce monde que je puis appeler l'abrégé du monde. Monde profane, dont la malignité, vous

le savez, est de n'admettre point de vraie vertu, de ne convenir jamais du bien, d'iMrc toujours convaincu (pie ceux (jui le font ont d'autres vues que de le faire, de |)Ouvoir ne croire qu'on serve Dieu purement pour le servir ni qu'on se convertisse purement pour se convertir; de n'en \oir aucun exemple qu'on ne soit prêt à contester, de critiquer tout, et à force de crili(picr tout, de ne trouver jilus rien qui édifie. Malignité, reprend saint Jérôme, injurieuse à Dieu et pernicieuse aux hommes : ne perdez pas celte réflexion, qui vous peut être infiniment utile cl salutaire.

Malignité injurieuse à Dieu, puisque par là l'on Ole à Dieu la gloire qui lui est due, en attribuant h tout autre qu'à lui les œuvres dont il est l'auteur, connue nous apprenons de l'Evangile que les pharisiens en usaient à l'égard dn Fils de Dieu. Car que faisaient-ils? Us imputaient à l'art magique les miracles de ce Dicu- Ilomme; ils disaient qu'il chassait les démons par la puissance de Céelzébub, le piince des ténèbres. Et que fait-on à la cour? On veut, et l'on veut sans distinction, qu'un intérêt secret y soit le ressort, le motif de tout le bien qu'on y pratique, de tout le culte qu'on y rend à Dieu, de toutes les résolutions qu'on y prend de mener une vie chrétienne, de toutes les conversions qui y paraissent, de toutes les réformes qu'on y aperçoit. On veut qu'une basse et servile politique en soit le principe et la fin. On dit d'une iime touchée de Dieu, et qui commciice de bonne foi à régler ses mœurs, qu'elle prétend ((uelque chose, qu'il y a du mystère dans sa conduite, que ce changement est une scène qu'elle doime ; mais que Dieu y a peu de part. Or l'un n'est-il pas semblable à l'autre? et si le langage du pharisien a été un blasphème contre Jésus-Christ, celui du monde qui juge et qui décide de la sorte est-il moins injuste et moins criminel ?

Malignité pernicieuse aux hommes, puisque le mondain se prive ainsi d'une des glaces les plus touchantes et, dans l'ordre de la prédesli nation, les plus efficaces, qui est le bon exemple; ou plutôt, puisqu'autant qu'il dépend de lui il anéantit à son égard celle grâce du bon exemple. Ces conversions, dont il est témoin, et qu'on lui propose pour le faire rentrer en lui-même, n'ont plus d'aulrc effet s,ur lui que de lui faire former mille raisonnements, mille jugemcnlstvméraires cl mal fondés; que de lui faire profaner ce qu'il y a de plus saint par les railleries les plus piquantes, et souvent même par les discours les plus ini-

Sîm I.A SAtNT'î'.TR.

pies. DitMi lo permet, pour punir en lui cet esprit d'oigiiiMl (|iii le porte i\ s'ériger en censeni- si sévère de la sniiileté. D'où il arrive que, bien loin de tirer aucun fruit des exemples qu'il a devant les yeux, il s'endurcit le cœur, il se confirme dans ses désordres, il demeure dans son impénifonce, il s'y obstine, et se rend encore plus incorrigible. Au lieu que les Ames (idèles marchent avec siinplieilé dans les voies de Dieu, profdent du bien qu'elles supposent bien, au hasard même de s'y tromper; s'édifient des vertus, quoique douteuses, qui leur parain^ent vertus; de ces exemples même contestés se l'ont des leçons et des régies, heureuses qu'U y en ait encore; et, sans penser à les combattre, bénissant Dieu de ce qu'il les suscite pour sa gloire, pour le bien dc.ses élus, et pour la contusion du libertinage.

Car, je l'ai dit, chrétiens, et je le répète» quelque présomptueux que puisse être le libertinage du inonde, jamais il ne se soutiendra contre certains exemples irréprochables que Dieu dans tous les temps lui a opposés, et qu'il lui opposera toujours pour le confondre. Cette nuée de témoins dont parle saint Paul, celte innombrable multitude de saints dont nous honoroîis la glorieuse mémoire, est en faveur de la sainteté chrétienne un argument trop plau- , sible, et une preuve trop éclatante et trop forte, pour pouvoir être affaiblie par toute l'impiété du siècle. Il y a dans le monde des hypocrites, je le sais, et peut-être trop pour n'en pas gémir moi-même; mais l'impiété du siècle peut-elle se prévaloir de l'hypocrisie pour en tirer celte dangereuse conséquence, qu'il n'y a poiid dans le monde de vraie sainteté ? Au contraire, répond ingénieusement saint Augustin, c'est de là même qu'elle doit conclure qu'il y a r.ae vraie sainteté, parce qu'il se trouve des saintetés fausses ; et la raison qu'il en apporte est sans réplique : parce que la fausse saiiitclc , ajoute-t-il, n'est rien autre chose qu'une imitation de la vraie, comme la fiction est une imitation de la vérité.

En effet, ce sont les vraies vertus qui, par l'abus qu'on en a fait en voulant les imiler, ont produit, contre l'intention de Dieu, les fausses vertus. Le démon, père du mensonge, s'étant étudié cl copier autant qu'il a pu, les œuvres de Dieu, il a pris à tâche de contrefaire la vraie humilité par mille vains fantômes d'humilité , la vraie sévérité de l'Evangile par l'apparente sévérité de l'hérésie, le vrai zèle par le zèle jaloux, la vraie rehgion par l'idolâtrie et la superstition. Témoignage évident, dit saint Au-

gustin, qu'il y a donc nnft Traie religion, un vrai zèle, une vraie sévérité de mœurs, une vraie humilité de cœur, en un mot, une vraie sainteté, pinsqu'il est impossible de contrefaire ce qui n'est pas, et que les copies, quoique fausses, sup()Osent un modèle.

Or ce principe établi, qu'il y a une vraie sainteté, l'impiété du siècle la plus maUgne demeure désarmée et sans défense. Que cette sainteté pure et sans reproche soit rare [)armi les hommes, qu'elle se rencontre en peu de sujets, cela ne favorise en aucime sorte le libertin. Quand il n'y en aurait dans le inonde qu'un seul exemple, il n'en faudrait pas davantage pour faire sa condamnation ; et Dieu, par une providence toute spéciale, dispose tellement les choses,' que cet exemple, seul si vous le voulez, ne manque jamais, et que, malgré l'iniquilé, il y en a toujours quelqu'un que le mondain lui-même, de son propre aveu, ne peut s'empêcher de reconnaître.

Oui, mon cher auditeur, si vous êtes assez malheureux pour être du nombre de ceux à qui je parle ici et que je combats, ce seul homme de bien que vous connaissez, et qui est, dites-vous, l'unique en qui vous croyez, et dont vous voudriez répondre, c'est celui-là même qui s'élèvera contre vous au jugement de Dieu ; lui seul il vous fermera la bouche. Dieu n'aura qu'à vous le produire , pour vous convaincre malgré vous du prodigieux égarement où vous aurez vécu, et pour faire parai Ire à tout l'univers la vanité, la faiblesse, le désordre de votre libertinage. En vain, pour votre justification, voudrez-vous alléguer l'hypocrisie de tant de mauvais chrétiens. S'il y a eu dans lu monde des hyi)ocrites, vous dira Dieu, vous n'avez pas dû pour cela être un impie. Si plusieurs ont abusé de la sainteté de mon culte, il ne fallait pas vous porter à un excès tout opposé, ni vous livrer au gré de vos passions ; car il n'était pas nécessaire que vous fussiez l'un ou l'autre: entre l'hypocrite etlelibertin il y avait un parti à suivre, et même un parti honorable: c'était d'être chrétien et vrai chrétien. Que ceux que vous avez traités de faux dévots l'aient été ou non, c'est sur quoi ils seront jugés ; mais votre cause, qui n'a rien de commun avec eux, n'en a pu devenir meilleure. Tant de faux dévots, de dévots suspects, qu'il vous plaira, en voici un, après tout, que vous ne pouvez récuser ; en voici un qui vous confond, et qui vous confond par vous-même ; car ce juste que vous avez vous-même respecté, ce juste en qui vous avez reconnu vous-même tous les caractères d'une

SERMON POUR LA FflTE DE TOU.- LES SAINTS.

piété sincère et solide, que ne favcz-voiis imité, et poiin]noi ne vous (îtcs-vous pas formé sur ses exemples ?

Cela, ilis-je, suffirait pour faire taire l'impiété. Ce serait assez de ces saints, quoique rares et singuliers, que Dieu nous fait voir sur la terre ; de ces saints qui, non-seidemcnt glorifient Dieu, mais ont encore le bonheur, en le glorifiant, d'être généralement approuvés des hommes ; de ces saints dont la vertu est si unie, si simple, si pure, si hautement et si universellement canonisée, que le libertinage même est forcé de les honorer: car il y en a, et, quelque réprouvé que soit le monde, il y en a au milieu de vous; vous savez bien les démêler, 6t vous ne vous trompez pas dans le discernement que vous en faites.

Mais je dis bien plus ; et pour un juste dont l'exemple pourrait suffire, Dieu m'en découvre aujourd'hui une multitude innombrable, et me fournit autant de preuves contre vous. Il m'ouvre le ciel, et m'élcvant au-dessus de la terre, il me montre ces troupes d'élus qu'une sainteté éprouvée, purifiée, consommée, a fait monter aux plus hauts rangs de la gloire. Des hommes, dit saint Chrysostome (induction admirable et dont vous devez être touchés !), des hommes en qui la sainteté n'a été ni tempérament, puisqu'elle a réformé, changé, détruit dans eux le tempérament ; ni humeur, puisqu'elle ne les a sanctifiés qu'en combattant, qu'en réprimant, qu'en mortifiant sans cesse l'humeur; ni politique, puisqu'elle les a dégagés de toules les Tues humaines; ni intérêt, puisqu'elle les a fait renoncer à tous intérêts ; ni vanité, puisqu'elle les a en quelque sorte anéanti^, et qu'ils ne Be sont presque tous sanctifiés qu'on se cachant dans les ténèbres ; ni chagrin, puisqu'elle les a souvent détachés, séparés du momhv, lorsqu'ils étaient plus en é4at de jouir des prospérités et de goûter les agréments du monde ; ni faiblesse, puisqu'elle leur a fait prendre les plus généreuses résolutions et soutenir les plus héroïques entreprises ; ni petitesse de génie, puisqu'en souffrant, en mourant, en s'immolant pour Dieu, ils ont fait voir une grandeur d'ûmeque l'infidélité môme a admirée; ni hypocrisie, puisque, bien loin de vouloir paraître ce qu'ils n'étaient pas, tout leiu- soin a été de ne pas paraître cequ'ilsétaient. Des hommes que le christianisme a formés, et dont la sainteté incontestablement reconnue est d'un ordre si supérieur à tout ce que la philosophie païenne, je ne dis pas a pratiqué, mais a enseigné, mais a imaginé, mais a voulu feindre, que,

dans l'opinion de saint Augustin, l'exemple de ces héros ( hréliens dont nous solennison>^ la fôtc est une des preuves les plus in\inciijlcs qu'il y a un Dieu, qu'il y a une rclif,Mon, (pill y a une grâce surnaturelle qui agit en nous. Pourquoi ? parce qu'une sainteté aussi éminente (pie celle-là ne peut être sortie du fond d'une nature aussi corrompue que la nôtre; parce que la philosophie et la raison ne vont point jusque là ; [jarce qu'il n'y a donc que la grâce de Jésus-Christ qui puisse ainsi élever les hommes au-dessus de toute l'humanité, et que c'est |»ar consé(|uentrœiivre de Dieu. Voilà ce que célèbre aujoui'd'hui l'Eglise militantes dans cette auguste solennité qu'elle consacre à l'Eglise triomphante. Voilà de quoi le ciel est rempli. Exemples mémorables dont* l'impiété n'effacera jamais le souvenir, et contre lesquels elle ne prescrira jamais. Exemples conwiincants auxquels il faut que le libertinage cède, et qui confondront étoiiiellemcnt l'orgueil du monde. Miracles de votre grâce, ô mon Dic.i, dont je me sers ici po;;r répandre, au moins dans la cour du plus chrétien de tous les rois, les sentiments de respect et de vénération dus à la vraie piété. Heureux si j'en pouvais bannir cet esprit mondain, toujours déclaré contre ceux qui vous servent, ou plutôt, Seigneur, toujours déclaré contre votre service même ! lïcmeux si je l'Ouvais le détruire dans tous les cœurs, si je pouvais détromper toutes les persouni i qui m'écoutent, et leur faire une fois comprendre combien ces injustes préjugés dont on se laisse si aisément prévenir, et où l'on aime tant à s'enlietenir, sont capables de les éloigner, et les éloignent en ciTet de vous I

La seconde injuslice du libertin à l'égard de la sainteté ne consiste plus à la désa\ouer, mais à la décréditer, à la rendre odieuse, en lui imputant des défauts prétendus, et en les employant contre elle pour la noircir. Car, comme remarque le savant chancelier Gerson, homme entre tous les autres très-pénétrant et Irès-éclairé dans la science desmcLHirs, la sainteté chrétienne n'est point responsable des imperfections de ceux qui la pratiquent. Si celui qui s'adonne au culte de Dieu a encore ses faiblesses et ses passions, il les a parce (ju'il est homme, et non parce qu'il est pieux, iiien loin que la piété les fomente et les autorise, elle est la première à les lui reprocher, et elle ne cesse jamais de les combattre. Si elle n'en triomphe pas toujours, et si les passions l'eraporlent ([uelquefois sur elle, tel est notre désordre, et non pas le sien. Il y a plus, et est-il

%m TA SAIÎNTETt.

juste aVxigor (îe la vraie piété, pnroe ffTi'ello est en ellc-in^inc parlaite et divine, que d'abord elle nous rende des liomnies parfaits? Comme elle ne présume point de pouvoir laire dans eelte vie des saints impeccables, aussi ne doit-on pas s'en prendre h elle si ceux qui s'engagent à suivre ses voies sont eneore sujets aux l'ragililés luimaines. Relever l'homme de ses cluiles, l'Iunnilier dans ia vue de ses misères, lui laire trouver dans ses passions mêmes la matière et le fonds de ses mérites, c'est à quoi elle travaille, de (pioi elle répond, et non pas darrraiichir Tbomme de tout péché, ce qui ne convient qu'i\ l'état des l)ienheineux.

Or, voici néanmoins l'autre effet de la malignité du monde. Un homme, pour obéir à Dieu, et en vue de sou salut, piend-il le i)arli de la piété ? dès U\ on ne lui pardonne plus rien, et l'on est déterminé à lui fiiire des crimes de tout; dès là il ne lui est plus permis d'avoir ni passion, ni imperfection ; on veut qu'il soit irrépréhensible ; et s'il ne l'est pas, on en accuse la piété mémo. Malignité, ajoute saint Jérôme, la plus inique. Car enPm si la piété doit être exposée à la censure du monde, au moins la censure du monde doit-elle être équitable ; et s'il ne veut pas lui faire grâce, au moins doit-il lui faire justice. Pourquoi donc ces préventions contre elle ? Pourquoi ces su[)posilions, en lui imputant comme propre ce qu'elle rejette elle-même comme condamnable ? pourquoi cette aversion secrète envers ceux qui l'ont embrassée ? pourquoi ce penchant à les railler à les a])aisser, à empoisonner leurs actions les plus innocentes et leurs plus droites intentions, à diminuer leurs bonnes qualités, à exagérer les mauvaises, si quelquefois ils en font paraîîre ? Est-ce ainsi que nous en usons avec le reste des hommes ? et l'attachement au service de Dieu a-t-il quelque chose qui doive attirer le mépris et la haine ? Je pourrais m'en tenir là pour la confusion de l'impie ; mais l'Eglise va plus loin. Elle lui oppose dans la personne des saints, et pour une conviction plus entière, surtout plus sensible, des hommes tels que les concevait saint Paul, et tels en effet qu'ils ont paru selon l'idée de cet apôtre, édifiant le monde, et servant de modèles au monde ; des hommes irrépréhensibles, au sens même que le monde les veut, et que le libertin les demande ; des hommes en qui la piété n'a été ni présomptueuse, ni iiautaine, ni aigre, ni critique, ni opiniâtre, ni dissimulée, ni jalouse, ni bizarre, niintriganle, ni dominante.

Ce sont là ceux que l'Eglise oppose au iibeitinage : ces bienheureux dont elle honore la

mémoire, ce sont «es hammos (wr/'aits qu'elle nous mel devant l<\s yeux. Sujets par eu\-ni«imes à tous les vices des autres, ils ne s'en sont ou préserN es ou corrigés (juc par l'exen ice «t l'étude des veitus chrélicnues. D'où il s'ensuit que leur sanctification, en justifiant le parti de la piété, doit donc couvrir d'un éteinel Oj<|hx)bre le libertin (jui eutienrend de la rendre méprisable. Leur siècle, quoique perverli, les a reconnus et laibliés tels que je vous les dépeins. Comme tels, les siècles suivants les ont béatifiés et canonisés : c'est sur le témoignage du monde entier que nous leur rendons en ce jour un culte si solennel ; c'est pour cela, dit l'Ecriture, qu'ils sont devant le trône de Dieu, parce qu'ils o»it été sans tache devant les hommes; Siue macula enim suut unie thronum Dci '. Serons-nous assez injustes pour leur disputer tout à la fois, et leur sainteté, et leur gloire ? Mats serons-noAis en même temps assez aveugles pour ne pas diécouvrir toute la faiblesse de l'impiété? lle[>neprenons :1e libertin combat la sainteté chrétienne, et je vous ai fait voir que l'exemple des saints rend son libertinage insoutenable. L'ignorant ne connaît pas la sainteté chrétienne, et je vais lui montrer que l'exemple des saints rend son ignorance inexcusable. C'est la seconde partie.

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