‹ Œuvres complètesChapitre 37 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il ne faut pas douter que saint Paul, écrivant à Timothée son disciple, n'eût en vue les derniers siècles de l'Eglise, et en particulier ceiui où nous vivons, quand, parini les abus qu'il condamnait et qu'il remarquait môme dès lors dans le chrislianisme, il déplorait surtout i'^iveuglement de certaines âmes séduites qui étudiaient sans cesse la religion, et qui ne j^arvenaicnt jamais à la science de la religion ; qui en apprenaient tous les jours les maximes et les préceptes, et qui n'en comprenaient jamais l'essentiel ni le fond ; qui s'épuisaient en spéculations pour s'y rendre habiles, mais ':iii, ne -l'entendaient jiimais, parce que jamais eiies n'en venaient à ia pratique ; en ni; mot, qui cherchant en apparence le royauiue de Dieu, ne le trouvaient point en effet, parce qu'elles le cherchaient sans lecouuaiire : toujours éloignées de la solide piété, parce qu'avec toule leur étude elles ne s'étaient jamais formé une juiite image de la piété : Semper discentes, et nunquam ad scientiam veritatis pervcnientes 2. C'était un des maux dont ce grand apùtre menaçait l'Eglise de Dieu; et n'est-ce pas ce que nous voyons aujourd'hui ? Quelque spuituel et quel-

' Apoc., XIV, ô. — 2 II Tiiuoili., Jii', 17.

SERMON POrn LA FÊTK DE TOUS LES SAINTS.

que raffiné que se piqtic d'èlre le siècle où nous eoinnios nés, avouez-le, mes chers auditeurs, qu'un des abus qui y règne davantage est de se laisser prévenir des erreurs les plus grossières 8UI' cequi regarde la véritable piété et la sainteté chrétienne. J'en appelleù vos connaissances, et je suis certain que vous en convenez déj'i avec moi. Les uns (ne perdez pas ceci) font consister la sainteté dans ce qui est selon leur sens, et les autres dans ce qui est scion leur goût ; les uns dans des choses extraordinaires et singulières, et les autres dans des choses extrêmes et outrées ; les uns dans ce qui éclate et qui brille, elles autres dansée qui effraie et qui rebute. Les uns se la figurent hors de leiuéla,t, et les autres se la proposent au delù de leurs forces et de leur pouvoir; les uns l'imaginent contraire aux bienséances et aux règles qu'il faut observer dans le monde, et les autres s'en font des plans opposés à leurs obligaHons même les plus étroites, et à leurs engagements particuliers par rapport au monde ; les uns l'attachent à certains moyens auxquels ils se bornent, pendant qu'ilsnégligent la fin ; et les autres la réduisent à des idées vagues de la fin dont ils se repaissent, pendant qu'ils négligent les moyens. Quel champ, chrétiens, et quelle matière à nos réflexions !

Or je dis que l'exemple des saints confond toutes ses erreurs, qu'il nous démontre sensiblement que la sainteté ne consiste point en tout cela, ne dépend point de tout cela, n'est rien moins, ou plutôt est quelque chose de meilleur et de plus raisonnable que tout cela : pourquoi ? parce que les saints, par leur exemple, nous prêchent aujourd'hui une vérité, mais une vérité touchante, une vérité éditiante, une vérité consolante ; savoir, qu'indépendanunenl de notre sens ou de notre goût, que sans l'éclat de certaines œuvres ou leur austérité, (juc sans sortir de notre condition ni quitter les voies connuLines, que sans prendre des moyens particuliers, ni se proposer une autre fin que celle môme qui nous est marquée dans la situation présente où nous nous trouvons, toute la sainteté, la vraie sainteté, est de remplir ses devoirs, et de les renqdir dans la vue de Dieu ; d'être parfailcmcnt ce que l'on doit être, et de l'être selon Dieu ; de se conduire d'une manière digne de l'état où l'on est appelé de Dieu. Vérité à laquelle notre raison se soumet d'abord, et qu'il sulfit de comprendre pour en être persuadé; vérité que toutesles Ecritures nous ontenseignée, mais dont nous avons encore une preuve plus évidente dans ces grands modèles que Dieu nous préseu'o aujourd'hui.

Car dans ces modèU^, qui sont les saints, détrompé de toute illusion, je vois claiiemcnt et distinctement ce que c'est que d'être saint, et je le vois sans effort, sans einbai ras de préceptes, comme si la sainteté elle-même se découvrait à moi, et devenait sensible pour nioL Et puisqu'il n'est rien hors de Dieu de plus excellent, rien de [)his divin qu'une sainteté de ce caractère, c'est-à-dire une sainteté fondée sur les devoirs, réglée par les devoirs, renfennée dans les devoirs, dès que je l'envisage de la sorte, tout révolté que je puis êtie contre mes devoirs, je me sens forcé h lui donner mon estime; et celte estime dont je ne puis me iléfenJre m'en fait naître un amour scciet dont je jne défends encore moins. Je dis : Voilà ce que je devraisêtre; voilà ce que ma raison, ce que ma conscience, ce que ma religion me reprocheront toujours de n'être pas. Je le dis, et l'aveu que j'en fais est pour moi un témoignage infaillible qucc'estdonc là, etlà seulement, que se réduit ce que nous appelons sainteté.

Non, chrétiens, ces bienheureux dont nous soleimisons, la fête ne sont point précisément devenus saints pour avoir fait dans le monde et pour Dieu des choses extraordinaires et éclatantes. S'ils en ont lait, dit saint Bernard, et si l'histoire de leur vie les rapporte, ces œuvres éclatantes et extraordinaires pouvaient bien être des effets et des écoulements de leur sainteté, mais elles n'en ont jamais été ni le fond, ni la mesure. Ils les ont faites, si vous voulez, parce qu'ils étaient saints ; mais ils n'ont jamais été saints parce qu'ils les faisaient : et en effet, ils pouvaient être saints sans cela, comme avec cela ils auraient pu ne l'être pas.

Ils pouvaient être saints sans cela : combien de prédestinés, maintenant heureux et paisibles possesseurs de la gloire, n'ont jamais rien fail sur la terre qui leur ait attiré l'iKimiration, ni (|ui les ait distingués ? Et ils pouvaient avec cela n'être pas saints. Combien de réprouvés, victimes de la justice de Dieu, et livrés au feu éternel, ont fait sur la terre des actions de vertu à quoi les hommes ont applaudi, pendant que Dieu les condamnait, et peut-être, pour ces vertus mêmes prétendues, les rejetait ? Saints sans cela : ainsi l'ont été des milhons d'élus dont les noms sont écrits dans le ciel, quoique inconnus dans l'Eglise même. Dieu, comme remarque saint Augustin, a pris plaisir à les sanctifier dans l'obscurité d'une vie connnune, d'une vie cachée; et quand il les a introdints |dans son royaume, il ne leur a point dit : Entrez, serviteurs fidèles, parce que vous avez fait pour moi de grandes choses, mais, parce que vous avez été fidè-

If3 (l:«ns hîs |iiii» |U«!.t's : Qnin in paum fuistt (i(h'ii<i '. Uioinnoiiui que saints, ou plulùt réprouvt^s avec coI;i : ainsi doit-il arrivor i\ cos niallKNircux qui diront à Dieu : Seigneur, n'avons- nous pas pio[)lu''liMÎ en voire nom ? n'avons-nuus pas chassé les dénions ? mais î\ qui Dieu réi)ondia : Je ne vous ai jamais comuis, et je ne vous connais point encore : prophètes et faiseurs de miracles tant qu'il vous plaira, ce n'est point par \h que je lais le discernement et le choix de ceux (jui m'appartiennent.

Ce que je dis, chrétiens, est tellement vrai, que Marie, la plus sainte des créatures, est néanmoins celle dont l'Evangile, par un dessein parculier de la Providence, a moins publié de miracles : que dis-jc, et l'ait-il même mention d'un seul ? en marque-t-il un seul de Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus-Christ? et n'est-ce pas à lui toutefois que le Sauveur du monde rendit ce glorieux témoignage, qu'entre les enfants des hommes, nul n'avait été devant Dieu ni plus grand, ni plus saint? Disons-en autant de mille autres choses avec lesquelles on confond tous les jours la sainteté : autant de ces austérités que le monde admire, et qui, selon la judicieuse remarque de l'évèque de Genève, ne sont tout au plus que des moyens pour aller à la sainteté, mais nullement la sainteté même. Il y a dans le ciel des saints du premier ordre qui n'ont jamais été, par profession, ni solitaires, ni austères : le Saint des saints lui-même, le Fils de Dieu, ne l'a point été, ou du moins ne l'a point paru ; et peut-être l'enfer est-il plein de pénitents, d'anachorètes que la vanité a perdus.

Par où donc les saints sont-ils devenus saints, et en quoi proprement consiste le fond de leur sainteté ? Ah ! chrétiens, c'est ici qu'il est de votre intérêt de m'écouter ; car voici, en deux mots, votre instruction et votre consolation.

Us n'ont été saints que parce qu'ils ont rempli leurs devoirs, et ils ont rempli leurs devoirs parce qu'ils étaient saints. Deux choses dont l'enchaînement porte avec soi un caractère de raison et de vérité qui se fait sentir. Saints, parce qu'ils ont rempli leurs devoirs, c'est-à-dire parce qu'ils ont su parfaitement accorder leur condition avec leur religion ; mais en sorte que leur religion a toujours été la règle de leur condition, et que jamais leur condition n'a prévalu aux maximes de leur religion. Saints, parce qu'ils ont rendu à chacun ce qui lui était dû : l'honneur à qui était dû l'honneur, le tribut à qui était dû le tribut, l'obéissance à ceux que Dieu leur avait donnés pour maîtres, la com-

Matth., XXV, 21.

pli): ,>nc(; ;\ ceux dont ils devaient eidretenir la société, l'assistance ;\ ceux qu'ils devaient secourir, le soin à ceux ilonl ils devaient répondre; à tous la justice et la charité, parce (jue nous en sonnnes il tous redevables. Saints, parce qu'ils ont honoré par leur conduite les ministères dont ils élaicnt chargés, les dignités dont ils étaient revêtus, les places où Dieu les avait mis; parce qu'ils ont sacrifié leur repos, leur santé, leur vie, aux emplois qu'ils avaient à remplir, aux travaux qu'ils avaient à soutenii-, aux fatigues qu'ils devaient essuyer, aux chagrins et aux ennuis qu'il leur fallait dévorer. Saints, parce qu'ils ont préféré en toutes choses la conscience à l'intérêt, la probité à la fortune, la vérité à la flatterie; parce qu'ils ont eu de la sincérité dans leurs paroles, de la droiture dans leurs actions, de l'équité dans leurs jugements, de la bonne foi dans leur commerce. Saints, parce que, soumis à Dieu, ils se sont tenus dans l'ordre où Dieu les voulait, sans s'élever, sans s'ingérer, sans s'inquiéter, sans se plaindre, contents de leur état, ne troublant point celui des autres, n'enviant le bonheur de personne, fidèles à leurs amis, généreux envers leurs ennemis, reconnaissants des bienfaits qu'ils recevaient, patients dans les maux, oubliant les injures, supportant les faibles : car tout ce que je dis était renfermé, dans l'étendue de leurs devoirs, et il leur fallait tout ce que je dis pour être saints.

Mais j'ajoute que, parce qu'ils étaient saints, ils ont rempli tous ces devoirs. Autre principe d'une vérité incontestable. En effet, il n'y avait que la sainteté qui pût être en eux une disposition générale et efficace au parfait accomplissement de toutes ces obligations. Sans la sainteté, ils auraient succombé en mille rencontres aux tentations humaines; lem* probité et leur droiture, en je ne sais combien de pas glissants, les aurait abandonnés, et en satisfaisant h un devoir ils en auraient violé un autre. Mais parce qu'ils étaient saints, ils ont gardé toute la loi et rempli toute justice; parce qu'ils étaient saints, ils ont allié dans leurs personnes les choses, ce semble, les plus opposées et les plus difficiles à concilier: l'autorité avec la charité, la politique avec la sincérité, les honneurs du siècle avec l'humilité, l'apphcation ans affaires avec la piété ; parce qu'ils étaient saints, ils ont maintenu dans le monde leur rang avec modestie, leurs droits avec désintéressement, leur réputation avec un vrai mépris et un entier détachement d'eux-mêmes; parce qu'ils étaient saints, ils ont été humbles sans bassesse, grands sans hauteur, sincères sans imprudence, prudents sans duplicité, zélés

SERMON POTm T.^ F*.TF T>E TOFS »T?c satntS.

sans emporlcmaol, cûiira.'^eiix sans térnéril(\ doux et paiiliqucs snns piisilljiiimitts yavcQ qu'ils étaitMit saints, ils se sout possédés cux-in^incs, ou plutôt ils se sont défiés d'eux-mêmes; dans U prospérité ils ont compté sur Dieu, et ils se sont soutenus par la loi dans l'adversité. Je serais infini, si je voulais épuiser cette matière et pousser plus loin ce détail.

Quoi qu'il en soit, mes chei-s auditeurs, le bonheur de ces glorieux prédestinés est de n'avoir jamais séparé leur perléction de leurs devoii's, disons mieux, lenr boulicur est de n'avoir jamais connu d'autre perfection que celle qui les attachait à lenrdevoirs. Pourquoi saiijt Louis est-il au nombre de ceiLX que nous invoquons aujourd'hui? parce qu'étant roi, il s'est dignement acquitté des devoirs d'un roi : et pourquoi s'esl-il dignement ac(juillé des devoirs d'un roi ? parce qu'il a été un saint roi. Il n'y a qu'à consulter son histoire, et vous en conviendrez. Or, ce que je dis de ce saint roi, je puis le dire également et par proportion de tous les autres saints. Tel est le tondement de leur gloire et de leur béatitude : cette fidélité h leurs devoirs, ce zèle pour leurs devoirs, ce renoncement h tout pour se rendre parlaits dans leurs devoirs, c'est là ce que Dieu a récompensé dans les jusies qu'il a choisis; et il ne iaut pas s'en étonner, puisque c'est là précisément ce qui leur a coûté, et ce qui a été le sujet des sacrifices qu'ils ont faits à Dieu, et des victoires qu'ils ont remportées sur eux-mêmes. Car, pour ne manquer à aucun de ses devoirs, il faut, en bien des occasions, se mortifier, se renoncer, se faire violence. Toute autre perfection que celle-là n'aurait eu rien pour les saints de difficile; aussi toute autre perfection que celle-là n'aurait-ellc pas été digne de la couronne que Dieu leur préparait.

Et voilà, chrétiens, le mystère que nous ne voulons pas comprendre : nous voudrions une sainteté à notre mode, une sainteté selon nos vues, selon nos désirs, c'est-à-dire une sainteté qui ne nous coûtât rien, car une telle sainteté, pour rigoureuse qu'elle paraisse ou qu'elle puisse être d'ailleurs, nous devient dès lors aisée. Mais Dieu veut que notre sainteté consiste dans nos devoirs, et nos devoirs nous coûteront toujours: hors de nos devoirs, ce qui nous semble sainteté n'est qu'un iànlome de sainteté, qui ne peut servir ni à glorifier Dieu, ni à édifier les hommes ; qui souvent même n'est propre qu'à nourrir l'orgueil et à nous enfler. Au lieu que la vraie sainteté, cette sainteté commune dans un sens, mais si rare dans l'autre, porte avec soi une certaine bénédiction dont Dieu tire sa

gîoiie, dont 1< , Jiommr.s se sentent louches, et qui natir^ Ticwt nons-»t»;'^iné.s, «jMg ostont;ition, sans hs[i\ dans la règle, et nous préserve de mille abus, .l'achève, et, après avoir parlé au libertin et à l'ignorant, il me reste à faire voir au cluélien lAche que, supposé l'exemple des saints, sa lâcheté est sans prétexte : c'est la dernière partie.

TROISIÈ-ME PAUTIC.

Il fallait, chrétiens, une si grande autorité que celle dfDieu Qourconunanderàdcshoiîinies, je dis à des hommes pécheurs, d'être saints et de l'être dès celte vie : Sandi esUAe, quomam ego sauctus sum ^ ; soyez saints, parce que je suis saint. Il fallait toute l'autorité d'un Homme- Dieu pour dire à des hommes mondains: Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait: Eslotc' ergo perfecti, sicut Pater vester cœleslis perfedus est 2. G'eat ainsi néanmoins que Dieu parlait à son peuple da;is l'ancienne loi, et c'est ainsi que Jésus-Chri-t nous a parlé dans la loi de giAce. Mais ce précepte si sublime et si relevé, ce précepte divin, il s'agit de savoir si nous pouvons l'accom^dir, et si, dans la faiblesse extrême où le péché nous a réduits, Dieu n'en demanùe point trop de nous. Non, mes chers auditeurs; et je prétends en cela que Dieu n'exige rien qui passe nos forces. Appliquez-vous, car voici une des plus import-.mles instructions, et le dernier effet de l'exemple que Dieu nous propose dans ses saints.

Je dis donc que, malgré le relàcliement de re5[)rit corrompu du siècle, malgré notre fragilité et tous les obstacles qui nous environiient, l'exemple des saints nous est une preuve convaincante que la sainteté n'a rien d'impraticable pour nous et d'impossible ; qu'elle n'a licn même de si difficile et de si rigoureux dont elle ne porte avec soi l'adoucissement, et [)ar une conséquence nécessaire, qu'il ne nous reste aucun prétexte pour colorer notre làeiicté et pour nous disculper devant Dieu, si nou^ ne travaillons pasà nous sanctifier, et si en effjt nous ne nous sanctifions pas : Sandi estote.

Nous mettons la sainteté au rang des choses impossibles ; dangereux artifice de l'amour- propre , pour nous entretenir dans une vie lâche , dans une vie môme déréglée. Nous nous la figurons, celte sainteté chrétienne, dans un degré d'élévation où nous croyons ne pouvoir jamais atteindre, et, par une pusillanimité d'esprit dont nous voulons que Dieu soit responsable, et que nous rejetons sur lui, en la rejetant sur notre

iLeviL, ]U, 44. — > Matth., t. 48.

SIR l.k SA-^NTETIt.

faibli^'i.ic, nous ilisoiw, comme l'isiuélàlï (ir(5- Yaiii'::!!eui- : Quis iw&lrnm valet ad cœlum aseenrfiVt" i? (jid (le nous pouira s'éliîvcr jiJSi|U*aii ciel? (jai (la nous pourra parvenir ;\ iino. Icllo pei Irtiion ? Mais I)iou nous ajjprend bicnaujourd'iiui à IcMiir un aulre langage; car il nous j)rockiit un million de saints qui ont été dans le monde ce que nous ne voulons pas qu'on y puisse ÔU'e, (pli ont l'ait dans le monde ce que nous di'sespérons d'y pouvoir l'aire, qui ont trouvé la sainl.<(é lians le monde, et qui l'y ont trouvée là luèine où elle a de plus grands obstacles h. surnioulcr. Or, si par là Uiéu nous terme la houche d'une [nul, il nous ouvre le cœur de l'autre : Comment'? parce qu'il rani:ne notre espérance, et q-.i'il nous l'ail connaître par ces exemples que nous pouvons tout en celui qui nous i'oilitie, et que, si nous sommes i éclieurs, il ne lient (urà nou.--, tout pécheur:; que nous sommes, de devenir saints.

C'est ce qui acheva la conversion de cet incomparable docteur de l'Eglise, saint Augustin. Une seule chose l'arrèfail, vous le savez ; mais celte seule ùilliculté lui paraissait insurmontable, et suspendait en lui toutes les opérations de la grâce. Dieu lui disait intérieurement qu'il en viendrait à bout ; mais intérieurement il se répondait à lui-même que c'était un effort audossus de son pouvoir. Dans celle conteslalion, si je puis parler de la sorte, dans ce combat enU-e Dieu et lui, il demeurait toujours ennemi de Dieu, et toujours esclave de lai-mèmc, c'està-dire toujours esclave de sa passion et de son péché. Enfin la grâce victorieuse de Jésus-Christ lui livra un dernier assaut, et ce dernier assaut l'emporta. Ce fut dans cette merveilleuse vision que lui-même il nous a décrite. Il crut voir la Sainteté avec un visage majestueux , qui se l^i'ésentuit à lui, qui lui faisait de pressants reproches, qui lui montrait un nombre presque infini de vierges dont elle é;ait accompagnée, et semblait lui dire, pour exciter son courage et pour réveiller sa confiance : Tu non poteris quod isti et istœ ? Eh quoi ! ne pourrez-vous pas ce que ceux-ci et celles-là ont pu ? Cette voix, chréiiens, fut la voix de Dieu ; et comme la voix de Dieu renverse les cèdres et brise les rochers : Vax Domini confr'nuj.ntis cedros 2, Augustin n'y put résister: cet esprit droit qu'il avait conservé jusque dans ses plus grands égarements ne put tenir contre une telle conviction. Il se laissa persuader, Use laissa toucher; il se détermina à vouloir, et à vouloir en effet ce qu'il n'avait encore voulu qu'eu apparence ;

i Deut., XXX, 12. — î Psalm., xxvm, 6.

Cl désormais il le voulut ci parfailemcnt, si cfficatioment, que ri(m dans la 3ijile n'ébraula son cour el la feruM'Ié de sa résolution.

Or, v.v. ^[u\ n'était poiu' Augustin qu'ime figure est aujourd'ui poiu- vous, mou cher auditeur, une vérilé. Ce n'est pas la sairilcté en idée, mais le Dieu mc^mcde la sainteté (jui vous parle dans celle fûLe, et qui vous dit : ficgarde, pécheur, et vois CCS ûmes bienheureuses que j'ai rassemblées de la terre, et dont le nombre sui|)asse les étoiles du ciel. Regarde ces géuéieux alhlèles (jui, pour avoir dignement condjattu, i>our avoir saintement terminé leur course, iio.>^;èdent la couronne de justice qu'ils oiit méritée. Ce qu'ils ont lait, pourquoi ne le pourras-tu pas ? pourquoi ne le feras-tu pas ? Et tu non poteris quod isti et istœ ?

Je ne sais, chrétiens, si vous pensez avoir plus de lumières que saint AiLguslin, ou [t!ii.; de iorce d'esprit. Quoi qu'il en soit, voilà ce qui le convertit, et ce qui peut-être ne vous convertira pas. Mais malheur à vous ! car ce qui ne fera pas votre conversion fera votre confasio:j, fera votre condamnation ; et si jamais vous êtes réprouvés de Dieu, rien ne justifiera plus scnsil3lement à votre égard la sévérité de ses arrêts que la vue de tant de saints, hommes conune vous, et par consét{uent faibles comme vous, mais à qui tout est devenu possible, sans avoir eu toutefois ni plus de moyens, ni "plus de secours que vous : Non poteris quod isti et istœ ?

Ce n'est pas que j'ignore qu'il ya des devoirs pénibles et laborieux dans la pratique de la sainteté. J'avoue que le chemin qui mène à la perfection évangélique est étroit, et qu'on y trouve des croix ; outre que Dieu sait bien nous en tenir compte, il est de la foi que nous avons au delà du nécessaire pour les porter, puisque nous avons même de quoi les aimer ; et quand le Saint-Esprit ne m'en assurerait pas, l'exemple des saints en est une démonstration.

TertulUen, parlant de Jésus-Christ, disait que l'exemple de cet Homme-Dieu était la solution universelle de toutes les difficultés d'un clwélien : Solutio totius difficultatis Cliristus. Et la raison qu'il en apportait , c'est qu'il n'y a point de difficulté dans la vie chrétienne que l'exemple de Jésus-Christ ne doive adoucir, ou môme que l'exemple de Jésus-Christ ne doive faire évanouir et disparaître : en sorte qu'après cet exemple seul, nous ne pouvons former nulle difficulté contre l'observation de la loi de Dieu, puisque cet exemple seul, si nous raison» nous bien, doit nousrendre tout, non-seulement supportable, mais facile, mais aimable ; Sotutio

SERMON POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

totius difficuItatU Christus. Toutefois, quoi qu'en ail dit TerluUiou, il restait uuc difficulté bien essentielle, que l'exemple de Jésus-Cluist ne détruisait pas, parce qu'elle était prise de Jésus- Christ môme : et quoi ? c'est que Jésiis-Cluist ayant été exempt de nos faiblesses, saint par nature, et la toute-puissance même, il était bien plus en état que nous de faire ce qu'il a fait et de souffrir ce qu'il a souffert. Ainsi, malgré l'exemple de ce Dieu-IIomme, nous aurions toujours droit, ce semble, de nous retrancher sur notre impuissance et de l'apporter pour excuse : mais à qui était-ce de lever tous nos prétextes ? aux saints.

Car, quand je vois des hommes semblables à moi, de môme nature que moi, fragiles comme moi, qui pour Dieu ont tout entrepris, qui pour Dieu ont tout souffert, et tout souffert avec joie, je n'ai plus rien à répondre. En vain je voudrais me plaindre de la pesanteur du joug et de la sévérité de la loi : tant de saints à qui ce joug a paru doux, et qui ont fait leurs délices de cette loi, arrêtent toutes mes plaintes et condamnent toutes mes lâchetés ; tellement que l'exemple d'un saint est pour moi ce qu'était, dans la pensée de TerluUien, l'exemple de Jésus-Christ , une conviction entière et sans réplique : Solutio totius difficuUatis.

C'est par là môme que saint Paul engageait les premiers fidèles à la pratique des plus rigoureux devoirs du christianisme. Sans leur tracer de longs préceptes, il leur proposait de grands exemples. Depuis Abel jusqu'à Moïse, et depuis Moïse jusqu'aux prophètes, il leur mettait devant les yeux tous les justes de l'Ancien Testament : ces justes, cachés dans des cavernes, errants dans des solitudes ; ces justes exténués de jeûnes, accablés de pénitences ; ces justes, accusés , calomniés , condamnés , tourmentés, morts pour la foi; ces justes, enfin, dont le inonde n'était pas digne : Quibus dignus non erat mundiis *. Eh bien ! mes frères, concluait l'Apôtre, qui peut donc maintenant nous retenir ? Fortifiés de ces exemples, que ne courons-nous dans la carrière qui nous est ouverte ?Et puisque nous sommes les enfants des saints, à quoi tient-il que nous ne soyons saints comme eux ?

Or ce raisonnement de saint Paul doit encore avoir une force particulière et toute nouvelle pour nous, puisque cette infinie multitude de saints formés dans la religion de Jésus-Christ,a bien grossi cette nuée de témoins dont parlait le Maître des Gentils. Car, que pouvons-nous dire, surtout à la vue de tant de martyrs, nous

) Hebr. xi, 38.

dont la foi n'est plus exposée à la violence dei persécutions, nous dont Dieu n'éprouve plus la constance par les tourments, nous, roinme dit saint Cypricn, qui pouvons ôtre saints sans effusion de sang ? Ne sommes-nous pas (je w?- crains point de m'exj)rimcr de la sorte ), ne sommesnous pas les plus mé|)risablesdes hommes, si les difficultés nous étonnent ? Ne faisons-nous pas outragea la grâce de notre Dieu, si nous [)enson3 qu'elle ne [misse pas nous soutenir dans des peines souvent très-légères, après (ju'elle a fait trouver aux saints des douceurs sensibles au milieu des [)lus cruels supplices et de toutes .es horreurs de la mort ? Solutio totius difficultatis.

Non, mes frères, nous n'avons plus de prétexte ; car, encore une fois, quel prétexte pourrions-nous avoir que l'exemple des saints ne détruise pas ? Nous sommes occupés des soins du monde : les saints ne l'ont-ils pas été î Nous nous trouvons dans des occasions dangereuses : les saints ne s'y sont -ils pas trouvés î Le torrent de la coutume nous entraîne : les saints n'y ont-ils pas résisté ? Le mauvais exemple nous perd : les saints ne s'en sont-ils pas préservés ? Nous avons des passions : les saints n'en ont-ils pas eu de plus vives? Nous sommes d'un teuîpérament délicat : les saints étaient-ils de fer et de bronze ? Dites-moi un obstacle du salut qu'ils n'aient point eu à combattre ? Dites-moi une épreuve par où ils n'aient point passé ? Dites-moi une tentation qu'ils n'aient point surmontée ? Comparons notre état avec leur état, nos devoirs avec leurs devoirs, nos dangers avec leurs dangers ; et, dans l'égalité parfaite qui se trouve là-dessus entre eux et nous, voyons si nous avons de quoi justifier l'énorme contrariété qui se rencontre d'ailleurs entre leur vie et la nôtre, c'est-à-dire entre leur ferveur et nos relâchements , entre leur innocence et nos désordres, entre leurs austérités et notre mollesse. Qu'alléguerous-nous à Dieu pour notre défense, quand il nous les confron- .^ tera? Servaient- ils un autre maître que nous? Croyaient-ils un autre Evangile que nous? Attendaient-ils une autre gloire que nous ? S'ils l'ont achetée plus cher que nous, c'est sur quoi nous devons trembler, puisqu'il est certain qu'à quelque prix qu'elle leur ait été vendue, elle ne leur a point trop coûté, et que, dans sa juste valeur, elle excède encore infiniment tout ce qu'ils ont fait et tout ce que nous ne faisons pas, mais que nous devrions faire pour l'avoir.

Mais, après tout, dites- vous quelquefois, comment accorder la sainteté clu'étieune avec

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