SUR LA SAINTETE
le« engagements du monde ? Comment ôtre saint et vivre en certains cHals du monde; ? Connnent T il est bien «Hrangc (juc vous ne le sachiez pas encore , ayant tant d'intérêt h le savoir ; et il est bicMi indij^ne que vous l'ignoriez, ayant dû l'cHudier et le méditer tons les jours de votre vie. Mais Dieu veut vous l'apprendre en ce jour, et vous le faire voir dans ses saints. Vous vous figurez que votre état a de l'opposition, ou qu'il est môme absolument incom|)alible avec la sainteté : erreur. Si cela était, ce que vous appelez votre état deviendrait un crime pour vous ; et, sans autre raison, il faudrait, par un devoir de précepte, le quitter et y renoncer : mais puisque c'est votre état, puisque c'est l'état que Dieu vous a marqué, vous offensez sa providence et vous faites tort à sa sagesse, en le regardant comme un obstacle à votre sanctification. Il n'y a point d'état dans le monde qui ne soit et qui ne doive être un état de sainteté, Tertullieu sembla voidoir faire là-dessus une exception, quand il douta si les césars, c'est-à-dire si les empereurs et ceux qui gouvernaient le monde, pouvaient être chrétiens, ou si les chrétiens pouvaient être césars : mais on convient qu'il en douta mal, puisque l'expérience a fait connaître qu'il n'y a point eu dans tous les siècles de sujets plus nés pour l'empire, ni plus propres à commander, que ceux qu'a formés pour cela le christianisme.
Cependant, sans parler des césars ni des empereurs, qui que vous soyez. Dieu vous montre bien dans cette solennité qu'il peut y avoir entre la sainteté et votre état une alliance parfaite. En voulez-vous être convaincus ? Entrez en esprit dans cet auguste temple de la gloire, où régnent avec Dieu tant de bienheureux. Vous y verrez des saints qui ont tenu dans le monde les mêmes rangs que vous y tenez aujourd'hui ; qui se sont trouvés dans les mêmes engagements , dans les mêmes affaires, dans les mêmes emplois, et qui nonseulement s'y sont sanctifiés, mais, ce que je vous prie de bien remarquer , qui s'en sont servis pour se sanctifier. Parcourez tous les ordres de ces illustres prédestinés ; vous en trouverez qui ont vécu comme vous auprès des princes, et qui n'ont jamais mieux servi leurs princes que quand ils ont été plus attachés à leur religion et à Dieu. Vous en trouverez qui se sont signalés comme vous dans la guerre, et peut-être plus que vous, parce que la sainteté, bien loin de les affaiblir, n'a fait qu'augmenter en eux la vertu militaire et la vraie bravoure. Vous en trouverez qui ont B. — ToM. I.
manié comme vous les affaires ; et si vous n'êtes pas aussi saints qu'eux (ne vous offensez pas de ce <\uc. je dis) , qui les ont maniées plus dignement et |>lus irréproch.iblntnonl que vous. Vous en trouverez que leur probité seule a maintenus à la cour, qui s'y sont avancés sans avoir recours aux artifices de la polilifpic mondaine, et qui n'ont dû le crédit (ju'ils y avai«>nt qu'à leur droiture et à leur piélé. Eu im mot, vous en trouverez qui ont été tout ce que vous êtes, et qui de plus ont été saints.
Oui, chrétiens, il y en a dans le ciel, et ce sont ceux-là que vous devez spécialement honorer. Voilà vos patrons et tout ensemble vos modèles. Les saints que la cour n'a point pervertis, et qui ont triomphé jusque dans la cour de l'iniquité du monde, ce sont là ceux dont vous devez étudier la vie, parce que c'est la science de leur vie qui doit réformer la vôtre. Qu'out-ils Éait quand ils étaient à ma place, et que feraient-ils s'ils étaient encore maintenant dans le pas glissant où ma condition m'expose ? c'est ce que vous devez vous demander à vousmêmes, et sur quoi vous devez régler toutes vos démarches. Dans les autres saints vous louerez et vous bénirez Dieu ; mais dans ceux-ci vous apprendrez à vous convertir vous-mêmes et à vous sauver. C'est en cela que la providence de notre Dieu est également aimable et adorable, de nous avoir donné dans ses élus autant d'idées de sainteté qu'il en fallait pour composer cette variété mystérieuse dont l'épouse de Jésus- Christ, qui est l'Eglise, tire, selon le Prophète, son plus bel ornement : Circumdata varietate i . C'est pour cela, ajoute saint Jérôme, que Dieu, donnant sa grâce, et, selon les sujets qui la reçoivent, lui laissant prendre des formes différentes, multifonnis gratia Dei 2 , a fait des saints de tous les caractères, autant que la diversité des conditions, des complexions, des génies, des talents, des inclinations, l'exigeait pour la perfection et pour la sanctification de l'univers. C'est dans cette vue qu'il en a choisi de pauvres et de riches, d'ignorants et de sava nts, de forts et de faibles, dans le mariage et dans le célibat, dans la robe et dans l'épée, dans le commerce du monde et dans la retraite ; qu'il a pris plaisir à former les plus grands saints dans les états mêmes où la sainteté paraît avoir plus de difficultés à vaincre ; des prodiges d'humilité jusque sur le trône , d'austérité jusques au milieu des délices, de recueilioment et d'attention sur soi-même jusques dans l'embarras et le tumulte des soins temporels ;
1 Psalm., xuv, 40. —2 1 Petr.,;v, 10.
SERMON POUR \M PREMIER DIMANCHE DE I/AVENT
qu'il leur n fourni à tous des grâces île Tocation, des grâces de persévérance, des remèdes contre le péché, des moyens de salut proportionnés h ce qu'ils étaient et au genre de vie qu'ils embrassaient ; et qu'enfin, par un secret de prédestination que nous ne pouvons assez admirer, il n'a pas voulu qu'il y eût une seule profession dans le monde qui n'eût ses saints glorifiés et reconnus comme saints : pourquoi ? non-seulement afin qu'il n'y eût personne dans le monde qui eût droit d'imputer h sa profession les relâchements de sa vie, mais afin qu'il n'y eût personne Ji qui sa profession même ne présenlîit un portrait vivant de la sainteté qui lui est propre.
Celte morale regarde généralement tous ceux qui m'écoutent ; maisj^ila consolation. Sire, en la prêchant devant Votre Majesté, de trouver dans son cœur et dans la grandeur de son âme tout ce (lueje puis désirer de plus favorable et de plus avantageux pour la lui faire goûter h elle-même. Car je parle h un roi dont le caractère particulier est d'avoir su se rendre tout possible, et même facile , quand il a fallu exécuter des entreprises, ou pour la gloire de sa couronne, ou pour la gloire de sa religion. Je parle h un roi qui, pour triompher des ennemis de son Etat, a fait des miracles de valeur que la postérité ne croira pas, parce qu'ils sont bien plus vrais que vraisemblables , et qui, pour triompher des ennemis de lEglise, fait aujourd'hui des miracles de zèle qu'à peine croyons-nous en les voyant, tant ils sont audessus de nos espérances. Je parle à un roi suscité et choisi de Dieu pour des choses dont ses augustes ancêtres n'ont pas même osé former le dessein, parce que c'était lui qui seul en pouvait être tout h la fois et l'auteur et le consommateur. Ce zèle pour les intérêts de
Dieu et pour le vrai culte de Dieu, c'est. Sire, ce qui sanctifie les rois, et ce qui devait êtic le terme de votre glorieuse destinée. Car puisque Votre Majesté était au-dessus de tout ce qu'il y a de grand dans le monde, puisqu'elle ne pouvait plus croître selon le monde , puiscju'elle avait connue épuisé la gloire du monde, il était pour elle d'une heureuse nécessité qu'elle consacrât désormais à Dieu, et sa vie, et ses héroïques travaux.
Dieu vous a donné, Sire, par droit de naissance, le plus florissant royaume de la terre ; et il vous en prépare un autre dans le ciel, qui est le royaume de ses élus. C'est entre ces deux royaumes que Votre Majesté se trouve comme partagée ; mais avec cette dilTérence qu'elle doit regarder le premier comme le sujet de ses obligations, et le second comme la récompense de ses vertus. Or, elle n'apprendra jamais mieux le secret de les accorder ensemble, je veux dire de bien gouverner l'un, et de mériter l'autre, que dans les maximes de la sainteté chrélienne. Car c'est par elle, dit l'Ecriture, que les souverains exercent sur leurs sujets l'absolue puissance que Dieu leui- a donnée: Per me regea régnant i . C'est par elle que les souverains «'acquittent envers leurs sujets des devoirs que Dieu leur a imposés. En un mot, c'est par la sainteté chrélienne que les rois sont les images de Dieu , les ministres de Dieu, les hcmmesi de Dieu : et voilà, Sire, ce que Dieu vous d>t par ma bouche et ce qu'il vous a dit depuis tant d'années que j'ai l'honneur de vous annoncer sa sainte parole. Votre Majesté l'a reçue ; elle l'a honorée comme la parole du Tout-Puissant et du Roi des rois : ce sera pour elle une parole de vie et de salut éternel que je vous souhaite, etc.
' Proverb., viii, 16.
SERMON POUR LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT
SUR LE JUGEMENT DERNIER
ANÂLYSB.
SoJET. Il y aura des signes dans le snîeîl, dans la luno et dans les étoiles, et sur la terre les peuples seront dans
lu mnslcrnalion : de sorte que les hommes séclicront de pjur, dans l'atlcnln d's maux dont toul l'univcn sera menacé.
.•^'i :iit:s vrnirnbles, puisque c'est ,(ésus-Clirist n)ême qui nous les a marqués comme les présages de sou dernier avènement. Signes salutaires, puisqu'il a prétendu par ià réveiller notre foi et ranimer notre ferveur. Signes terribles, puisque les hommei
SUR LE JUGEMENT HERNIER. W
en s^'cli. iont de peur. Mais ce ne seront, apn'» ioiii,(|iio lis |iii-|),iiat ils irniu! ac lion encore intiniment plus & craindre, qui chtîo jugt'iiienl (le Oii'u, dont il sagil «lins ce ilis'ours ilo juslillur leiiuitiJ et la niinleté.
Division. Dieu a tout fait, et pour lui-m>'ine, et pour ses i';lus. D'où HiitilCiiryHusiumecoaclul ()uu, quand Dieu t'est ilëierminé h juK'er le lUiiiule.il a eu deux vues principales: l'une, do le l'aire juslicc ii liii-m lUi!; et l'autre du N faire ii ne» prédeklirn:». JuKcmenl ([ui vengera Dieu dos outrage.'* qu'il a reçus du monde, l" paitie; jugement qui vengera le» élus de Dieu dci Injustices que leur a faites le monde, 'l' partie.
l'iiKMif;HK l'ARTiii. Jugement qui venijera Dieu. Levez-vous, Seigneur, lui di.sait le Prophète royal, et prenez «n m*in rotre cause, ilai^ souvenez-vous sur(out des outrages que cous avez recuit et que tous recevez sans cesse de i'impi*. .\in>i Dieu se souviendra l" en général des outrages que lui font maintenant les hommes; 2" en particulier de ceux que lui (ont certains hommes insolents dans leur impiété.
1° Dieu se lèvera pour juger lui-imime sa cause. Maintenant il la laisse enire les mains des hommes, et il les charge de défendre ses droits. C'est pour cela qu'il a établi sur la terre des souverains, dos ma.,'islrats, des supérieurs, des prélats, des prêtres. C'est parla m^'ine raison qu'il veut bien nous prendre pour juges entre lui et nous-mêmes: car la |»énitence, dit saint Augustin, n'est rien autre chose, de la part du pécheur, qu'une justice qu'il rend h Dieu aux dépens de soi-même. Mais qu'arrive-t-il? cette cause de Dieu, mise entre les mains des hommes, est tous les jours abandonnée et lâchement trahie. Combien de crimes, de scamlales sont tolérés par la négligence, par la faiblesse, par rini(|uité de ceux (|ui les devraient punir. Dans le tribunal même de la pénitence, quelle facilité des ministresdu Dieu vivimll q lelledélicatesscdes pécheurs prétendus pénitents! A peinenous reste-t-il des traces de ces anciens canons qui, pour des p';chés aujourd'hui communs, exigeaient des satisfactions si rigoureuses. Ce n'est pas que Dieu se soit relâché de ses droits, mais c'est nous-mêmes qui nous sommes relâchés du saintzèle qui animait les premiers chrétiens, et qui devrait comme eux nous animer.
Or c'est en cette vue que David disait ii Dieu : Levez-vous, Seigneur, et montrez aux hommes que, malgré vos lenteurs passées, vous savez enfin vous rendre h vous-mime une pleine justice. Oui, il le sait, et il le fera dans son dernier jugement. De là vient que ce jour fatal est appelé le jour du Seigneur.
Aussi il n'appartient qu'il Dieu d'être, en dernier ressort et sans appel, juge et partie dans sa propre cause : pourquoi? parce qu'il n'y a point, répond saint Chrysoslome, de juge si éclairé que lui, si intègre que lui, si puissant que lui. Use vengera, ajoute le même Père , parée qu'il ne convient qu'à lui d'être saint et irrépréhensible dans ses vengeances. Quand l'homme se venge, la passion l'aveugle et l'emporte à dos extrémités criminelles. L'ordre veut donc que ce soit par un autre qu'il soit vengé. Mais c'est à Dieu de se venger lui-même, parce qu'il est l'équité et la sainteté même.
1° Quels sont en particulier ces outrages que Dieu aura reçus de l'impie, et dont il viendra se faire justice à lui-même? David les réduit à trois. 1" L'impie a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu : Dixit in corde suo : Non est Deus ; outrage ii la Divinité. 2o II a dit \ S'il y a un Dieu, ou il n'a pas vu, ou il a oublié le mal que j'ai commis : Dixit in corde suo : Oblilus est Deus ; avertit faciam suam, ne videat : outragea la Providence. 3" Il a dit : Quand ce Dieu dont on me menace aurait vu mon péché et qu'il s'ea souviendrait, il ne me condamnera pas pour si peu d.; chose : Dixit in corde suo : Non requiret : outrage à la justice do D-eu vindicative. Trois articles capitaux sur lesquels Dieu confondra le pécheur libertin.
Parce que l'impie ai«"a refusé de reconnaître la Divinité, Dien se fera voira lui dans tout l'éclat de sa gloire, et lui dira ce qu'il disait aux Israélites par la bouche de Moïse : Videte quod ego sim solus, et non sit alius prœter me : Reconnaissez que je suis Dieu, que je «u»8 votre Dieu, que je suis seul Dieu.
Parce que limpi^ aura outragé la Providence en disant : Ou Dieu n'a pas su, ou il a oublié le mal que j'ai fait; Dieu, pour lui montrer qu'il a tout su, et qu'il se souvient de tout, révélera devant ses yeux, et aux yeux de l'univers, tout ce qu'il y a eu de plus iionteux et de plus caché dans sa vie.
Parce que l'impie 4ura dit : Quelque connaissance que Dieu puisse avoir de mes crimes, il ne me punira pas pour si peu de chose ; Dieu se fera ua devoir particulier de venger sa justice de ce blasphème : comment? en l'exerçant, cette justice redoutable, sur le pécheur, çt en le condamnant sans miséricorde.
La seule ressourça qui vous reste maintenant, pécheurs, c'est la pénitence. Il vous en doit coûter pour la faire : mais par làe vous vous préserverai ^u jugement de Dieu. Ce Dieu que vous avez outragé, ce Dieu de patience vous attend encore. Rapprochez-vous de lui par une humble confession de vos iniquités, et vous trouverez grâce devant lui.
Deuxié.me partib- Jugement qui vengera les élus de Dieu. Ces élus de Dieu, ce sont : 1° les justes ; 2o les humbles ; 3° les pauvres ; 4° les faible^. S'il n'y avait point d'autre vie, dit saint Ghrysoslomj, et que Dieu ne dût jamais juger le monde, leur condition serait bien à plaindre. Car souvent dans cette vie les justes sont décriés et confondus avec les hypocrites ; les humbles sont méprisés et insuliis ; les pauvres sont rebutés, abandonnés ; enfin, les faibles sont accablés et opprimés. Or de là même, conclut saint Chrysoilome, suit la nécessité du jugement de Dieu; et c'est aussi sur ces quatre chefs qu'il viendra en qualité de souverain juge, fair<» justice à ses élus.
lo II viendra pour venger les justes, j'entends les vrais justes, en les séparant des hypocrites. Durant cette vie tout est mêlé et confondu. Combien de scélérats travestis en gens de probité et d'honneur ; et combien au contraire de justes accusés et calomniés ! Or, c'est ce que le jugement de Dieu dévoilera par la manifestation des consciences.
Ainsi, selon l'oracle de Job, la joie de l'hypocrite finira, et son espérance périra. La joie de l'hypocrite était d'imposer, et cependant d'être respecté et honoré : mais au jugement de Dieu, cette joie de l'hypocrite finira, parce que son hypocrisie sera démasquée, et qu'elle deviendra le sujet éternel de sa confusion. L'espérance de liiypocrite était qu'il ne serait jamais connu à fond, et son désespoir sera de ne pouvoir plus se déguiser. Mais au contraire 1 1 gloire des justes sera de paraître devant toutes les créatures intelligentes, et que l'on discerne enfin la droiture de leurs actions et la pureté de leurs intentions.
2o II viendra pour venger les humbles en les glorifiant. Leur humilité passait pour petitesse d'esprit et pour bassesse de cœur, mais Dieu la relèvera et la couronnera. C'est alors qu'ils s'élèveront eux-mêmes contre ceux qui les méprisaient, et que s'accomplira cette parole de Jésus-Christ, que quiconque s'abaisse sera exalté. Dans la vie, l'humilité n'est pas toujours glorifiée, souvent même elle est accompagnée jusques au bout de l'humiliation : mais c'est à la fin des siècles qu'elle recevra tout I lionneur qui lui est dû.
3° Il viendra pour venger les pauvres en les béatifiant. Combien de pauvres souffrent sur la terre par la dureté des riches! combien de véritables pauvres sont rebutés, comme s'ils ne l'étaient pas 1 combien de saints pauvres sont d'autant plus oubliés, qu'ils se plaignent moins, et qu'ils prennent leur pauvreté avec plus de patience I Or la patience des pauvres, dit le Prophète, ne sera pas toujours sans fruit. Car je sais que le Seigneur jugera le pauvre, et qu'il tirera une vengeance éclatante de ceux qui l'auront oublié. Tandis que les riches, ces riches impitoyables, seroni frappés d'un éternel anathéme, les pauvres, wi.s eu possession d'une souveraine béatitude, seront bien dédommages de cette inJgalité de condition qui les avait réduits dans le besoin et dans la misère.
SERMON VOm hV, PHEMIEU DIWANCHE DE L'AVENT.
4' Il v-CTira luur vi-n^n l's fiibl ■.. Miiii'.î.iml ils sont -Liih l'oppression, et cVsl le créait (jui remporte, et le p!ug fort qui n toiiiour-; raison. Oe là tiintile parséculioH cl de vexations: iniis la sn.;ne changera: Jwlicare pu/;i7/o et humUi, ut non avpunat uUra magni/icare îe homo xuper terram. \u lieu qu-i le faible était sous les pied», il M verra sur la tête de cet ïii". k Ju monde, qui faisaient, pour lacrabler, un li criminel abus de leur «randeur.
<>icUision. Dieu, dans son ju.^îemjnt, séjurora les justes d'avec le; hypacrites et les impies: séparez-vous-en de» a présent Jlr une solide piété. Il glorifl-ra lej humMes: bumiliei-vous. Il b^Mlifier,! les pauvres: assislez-les. Il relèvera les Hiibles; «rot i^ez-le». lUvous, justes, humbles, pauvres, faibles, soutenez-vous dans voire justice, dan» votre obscurilé, dans votre pauvreté, *4u< votre faibles*», par l'altente de ce grand jour, qui sera le jour du Seigneur et le vôtre. Craignez le jugement de Dieu; car t est toujours à craindre: maiscn le craignant, désirez-le, espérez-le, aiin.;z-le, puisqu'il vous doit être si favorable. Craignons- Ite tous, mai» d'une crainte efficace qui nous convertisse et qui nous sauve.
Xrunl ligna t» toit, tt luna, tt iltllit, tl i» Urrxs pressura gentium... aretcrnlibus hominibus pr<e timoré tt ezptclatione qu» tuperieniel univerto orbi.
Il y aur* de» signes dans le soleil, dan» la lune et dans les étoiles, et sur la terre les peuples seront dans U consternation ; do sorte que les hommes sécheront de peur, dans l'attente des maux dont l'uniTersest menacé. (Saint Luc, chap. xxi, 26.)
SlRE,
C'est par l'accomplissement de v^ette prédiction du Fils (le Dieu que doit commcticer l'affreuse catastrophe de l'univers. C'est dans ces phénomènes prodigieux que l'Evangile de ce jour nous donne l'idée de la plus étonnante révolution : Erunt signa ; il y aura des signes, et dans le ciel, et sur la terre. Signes vénéra'Mes, puisque c'est Jésus-Christ lui-même qui nous les a marqués comme les présages de son dernier avènement. Signes salutaires, puisqu'il a prétendu par là réveiller notre foi du profond assoupissement où elle est ensevelie. Signes terribles, puisque non-seulement les hommes en sécheront de peur, mais que les vertus mêmes des cicux en seront ébranlées.
Tout cela est vrai, dit saint Jean Chrysostome : mais après toul, ces signes, quoique vénérables, quoique salutaires, quoique terribles, ne seront néanmoins que les préparatifs d'une action encore infiniment plus digne de nos rciiexions, encore infiniment plus essentielle à noit'e salut, encore infiniment plus redoutable, qui est le jugement de Dieu. Et c'est, chrétiens, de ce jugement de Dieu que le devoir de mon ministère m'oblige aujourd'hui à vous parler. Jugement de Dieu, dont la pensée a fait trembler les saints, et d'où, selon l'expression de l'Apôtre, le juste môme à peine se sauvent. Jugement de Dieu, dont j'entreprends de jusufier l'équité et la sainteté, en vous faisant voir sur quoi sera fondée son extrême et inévitable^ sévérité. Soutenez-moi, Seigneur, et me donnez les forces nécessaires pour bien traiter un j oint, et si solide, et si important. Mais doùiCz en môme temps à mes auditeurs toute la v<. émission et la docilité que demande votre ,siii.;;î parole. Car, renonçant ici à mes faibles jHiM);mements, ce n'est qu'à votre parole que je liiultache, et c'est votre seule parole qui fera
la preuve de tout ce que j'ai h dire dans ce discours. Kemplissez-nioi de votre esprit ; et que, par votre grAce, la grande vérité que j'annonce fasse sur les cœurs toute l'impression qu'elle y peut et qu'elle y doit faire. C'est pour cela que j'implore votre secours par l'intercession toutepuissante de Marie : Ave, Maria.
Il est de la foi chrétienne que Dieu, qui esl l'Etre absolu et souverain, a fait pour luimême tout ce qu'il a fait : Universa propter sonetipsum operatus est Dominus * ; et la même loi nous enseigne que Dieu, sans déroger en rien à la souveraineté de son être, a fait encore tontes choses pour les prédestinés et les élus : Propter electos. Il s'ensuit donc, conclut saint Chrysostome raisonnant sur ces deux principes, que quand Dieu s'est déterminé à juger le monde en dernier ressort, comme il le à jugera à la fin des siècles, il a eu deux vues et deux intentions principales: l'une de se faire justice à lui-même, et l'autre de la faire à ses élus.
La conséquence est infaillible, et c'est à cette conséquence que je m'arrête dabord, parce qu'elle m'a paru la plus solide et la plus propre pour servir de fond à l'important discours que j'ai a vous faire. En voici l'ordre et le partage. Dieu, jaloux de sa gloire, jugera le monde pour se faire justice ji lui-même ; et voilà pourquoi Jésus-CIn-ist, qui doit, comme Fils de Dieu, présider à ce jugement, viendra avec toutes les marques de la puissance et de la majesté divine : Veniet cum potestate magna et majestate ; c'est ma première pro[)osition. Dieu, fidèle h ceux qui le servent, jugera le monde pour faire justice h ses élus ; et de là vient que Jésus-Christ parlait toujours à ses disciples de ce jugement comme d'un point qui devait par avance les consoler, en les assinant que ce serait le jour de leur gloire et de leur salut : Ilis auteni fierl incipienlibus, respicite et levais capita vestra, quoniam apprvpinquat redemptio vestra 2 : c'est ma seconde proposition.
Vérités adorables, et qui comprennent ea
' Proicrb., xvi, 4. — ' Luc, xxi,28.
SUR LE JllCKMKNT DEHNIEU.
deux mots ce qu'il y a. de plus essentiel dans le jii^TiiuMil do Dieu. Tout le reste n'en est que les pivlii!iin;dres, dont nous ne laissons pourtant pas, pour peu de religion que nous ayons, dVtre elïrayés. Mais pounpioi ces prtMiniinaii(!s <lu ji'.iienjent universel nous paraissenl-ris si terril)Ies, et pouniuoi en effet le sont-ils? Je \ous en ai dit les deux raisons; parce (pi'ils doivent aboutir à un jugeaient (jui sera la dernière justice que Dieu se rendra à lui-niùine, vous le verrez dans la première partie; parce qu'ils doivent ôtrc suivis d'un jugement (jui sera, aux dépens des réprouvés, la plus paifaite et la plus éclatante justice que Dieu rendia à ses élus ; je vous le ferai voir dans la seconde. Sans cela, ni l'obscurcissement du soleil, ni la chute des étoiles, ni tous les autres signes avantcoureurs du jugement dernier, n'auraient rien pour les pécheurs mômes de si formidable. Sans celaj'attcudrais tranquillement cette révolution générale qui doit précéder la venue du rils de l'Homme. Mais d'avoir à subir un jugement qui, à la confusion du monde, vengera Dieu elles élus de Dieu, ah ! mes chers auditeurs, c'est ce qui doit faire le sujet éternel de nos méditations aussi bien que de nos craintes. Or, ce sont cependant les deux points de foi que notre Evangile nous propose. Appliquez-vous, encore une fois, à les bien comprendre : un jugement qui vengera Dieu, autant que Dieu mérite d'être vengé, et qu'il peut être vengé ; un jugement qui vengera les élus de Dieu des injustices du monde, aussi pleinement et aussi authcntiqucment qu'ils en peuvent et qu'ils en doivent être vengés. Voilà tout mon dessein ; je vous demande une favorable attention.