‹ Œuvres complètesChapitre 42 sur 183 · SUR LR RESPECT HUMAIN · texte numérisé non relu

SUR LR RESPECT HUMAIN

chelt^ frapp(^p de tant d'analh^mcs dans l'Evaiipile, et (\u\ doit (Mro si liautciuoiit n'ipioiivt^e an jii,H(Mii(Mil (K; Dimi, puisqiio c'est là «pic le Fils (le rilommc rougira de (jiiicoïKpie aura rougi de lui, désavouera (piicoiupie l'aura désavoué, renoneera quiconque l'aura renoncé : Qui eruhuerit ;;?;•. rrubcscam et eijo illiim '. L;\clieté que les païens mêmes ont condaumée dans les chrétiens, et sur quoi ils leur ont lait de si belles et de si solides leçons.

IN'cst-ce pas le sentiment qu'en eut autrefois ce sage empereur, père du grand Constantin ? Eusèbe nous l'apprend : et vous le savez, quoique infidèle, quoique païen, il avait et des ol'licicrs chréticnsdans sa cour, et des soldats chréliensdanssonarmec.il voulutéprouver leur foi; il les assembla tousdcvantlui ; il leur parlaen des termes propres à U}s tenter ; cnlin il les obligea à se faire eonnaiire et <i s'expliquer. Comme il y en a toujours eu de tous les caractère?, je ne suis pas surpris que les uns, fermes pour Jésus- Christ, aimassent mieux risquer leur fortune que démentir leur religion, et que d'autres, dominés par le respect humain, choisissent plutôt de dissimuler leur religion que do hasarder leur fortune. Ainsi, dans le monde, et dans le christianisme même, les choses de tout temps ont-elles été partagées. 3Iais ce qu'Eusèbe reiî;ar(iuc, et ce qui doit être une instruction vive et touchante pour ceux qui m'écoutent ici (elle convient admirablement au lieu où je parle, et je suis certain qu'elle sera de votre goûl), c'est le discernement judicieux que fit le prince de ces deux sortes de chrétiens, lorsque, par un traitement aussi contraire à leur attente qu'il fut conforme à leur mérite, il retintauprès de sa personne ceux qui, méprisant les vues du monde, avaient témoigné un attachement inviolable pour leur religion, et renvoya les auti-es. Car il jugea, ajoute l'historien, qu'il ne devait rien se promettre de ceux-ci ; qu'ils pourraient bien lui être infidèles, puisqu'ils l'avaient été à leur Dieu, et qu'il fallait tout craindre d'un homme dont la conscience et le devoir n'étaient pas à l'épreuve d'un vain intérêt et d'une considération humairic.

Ah ! mes chers auditeurs, profitons de cette maxime, et n'ayons pas la confusion d'être en cela moins religieux qu'un païen que !e Leul bon sens faisait raisonner. Sans être impies ni hypocrites, soyons généreux et siiccres. Entre l'hypocrisie et l'impiété, il y a un parti honorable, c'est d'être chrétien. Soyons-le sans ostentation ; mais soyons-le aussi de bonne foi, et

'Luc, IX, 26.

faisons-nous honneur de l'être et de le paraître.

Souvenons-nous de tant de martyrs, nos frères en .lésiis-CInist, et les membres delà même Eglise. Craimiait'ut-ils la piésence des hommes? s'élonnaient-ilsil'uu regard, d'une parole '/Quelle image, mes chers auditeurs ! Quel reproche de noire hkhcté ! Ils se présentaient devant les tyrans, et, à la face des tyrans, ils confensaient leur (oi. Il montaient sur les écliafaurlg, et sur les échafauds ils célébraient les grandciu's de leur Dieu. Ils versaient leur .sang, et de leur sang ils signaient la vérité. Avaient-ils d'autres engagements que nous ? faisaient-ils |)rofession d'une aulre loi quenous?LeDieu qn'ilsservaient, qu'ils gloriliaient, pour qui ils se sacrifiaient, était-il plus leur Dieu que le nôtre ?

N'allons pas si loin, et jugez- vous vous-mêmes, instruisez-vous vous-mêmes par vous-mêmes. Je parle dans une cour composée d'hommes fameux par leur bravoure et par leurs exploits militaires. Avoir une fois recule dans le péril, avoir une fois hésité, c'est ce qu'ils regarderaient comme une tache ineffaçable. A Dieu ne plaise que \c leur refuse le juste éloge qui leur est dû ! En combattant, en exposant leur vie pour le grand et le glorieux monarque dont ils exécutent les ordres, et que le ciel a placé sur nos têtes pour nous commander, ils s'acquittent d'un devoir naturel. Mais du reste, par quelle contradiction marquons-nous tant de constance d'une part, et de l'autre tant de faiblesse ? Pourquoi dans les choses de Dieu devenons-nous comme le roseau que le vent agite, selon la figure de notre Evangile ? Pourquoi en avons nous toute l'instabilité, c'est-à-dire pourquoi nous laissons-nous si aisément fléchir par la complaisance, abattre par la crainte, entraîner par la coutume, ébranler par l'intérêt ? Et pour m'en tenir à l'exemple que nous pro[)ose aujourd'hui le Sauveur du monde, que n'imitons-nous Jean-Baptiste ? que n'apprenons-nous de lui quelle fermeté demande le service de notre Dieu et l'observation de sa loi ? Jusque dans les fers, ce fidèle ministre confessa Jésus-Christ ; jusque dans la cour il lui rendit témoignage. Voilà votre modèle. Conserver au milieu de la cour cette généreuse liberté des enfants de Dieu, à laquelle vous êtes appelés, et qui semble, à entendre parler saint Paul, être déjà un don de la gloire plutôt qu'un effet de la grâce : In Hbertatem gloriœ filiorum Dei '; au milieu de la cour se déclarer pour Jésus-Christ par une pratique constante, solide, édifiante, de tout ce que vous prescrit la religion, voilà ce que vous

' Som,, viii, 21,

SERMON POUR LE DEUXIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

prêche le divin précurseur. Et qui peut vous déposséder de cette liberté clnélioiine ? qui le doit? S'il laut être esclave, ce ii'esl [)oiut IVsclave du monde, mais le vOtre, ô mon Dieu ! 11 n'y a que vous, et que vous seul, dont nous puissions l'être justement ; et quand nous le sommes de tout autre, nous (lo^énérons de celle bieiihcmeuse adoption, qui nous met au nombre de vos enfants, et qui nous donne droit de vous ap[)e!er notre Père. Si donc nous savons avec humilité et avec prudence, mais avec force et avec constance, nous maintenir dans la liberté que Jésus- Christ nous a acquise par son sang, le monde, tout pcr\erli qu'il est, nous respectera. Si le respect humain nous la lait perdre, le monde lui-même nous méprisera ; car sa corruption et sa malignité ne va pas encore jusqu'à ne pas rendre justice à la piété, lorsqu'elle marche par des voies droites. Mais quand le monde s'élèverait contre moi, je m'élèverais conti-e lui et au-dessus de lui. Le Dieu que je sers est un assez grand maître pour mériter que je lui fasse un sacriiice du monde; c'est un maître assez puissant pour que je le .serve, non pas au gré du monde, mais à son gré : or son gré est d'être servi par des cunes libres, et indépendantes des faux jugements et de la vaine estime des hommes. Vous avez vu l'indignité du respect humain ; voyons-en le désordre : c'est la seconde partie.

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