‹ Œuvres complètesChapitre 43 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Vous ne l'avez apparemment, chrétiens, jamais bien compris ce désordre dont je parle ; vous n'en avez jamais bien connu ni l'étendue ni les conséquences: mais je m'assme que vous serez touchés de la simple exposition que j'en vais faire, et qu'elle suffira pour vous en donner une éternelle horreur. Car je prétends que dans l'ordre du salut, il n'est rien de plus pernicieux, rien de plus damnable, rien de plus opposé à la loi de Dieu, ni de plus digne des vengeances de Dieu, que le respect humain. Pourquoi cela? redoublez s'il vous plaît, votre attention. C'est que le respect humain détruit dans le cœur de l'homme le fondement essentiel de toute la religion, qui est l'amour de préférence que nous devons à Dieu. C'est que le respect humain fait tomber l'honnuo dans des apostasies peut-être plus condamnables que celles de ces apostats des premierssiècles, contre qui l'Eglise exerçait avec tant de zèle la sévérité de sa discipline. C'est que le respect humain est une tentation qui arrête dans l'homme l'effet des grâces les plus puissantes que Dieu emploie

communément pour le porter au bien, et pour le délouiiicr du mal. Enlin, c'est (pie ie respect humain e.<l l'ubslacle le plus fatal à la conversion de Ihomme mondain, celui (pi'il surmonte le moins, et auquel l'expérience nous fait voir que notre faiblesse est plus sujette à succomber. Ai-je eu raison de vous proposer ces quatre articles comme les plus propres à faire impression sur vos esprits ? Quand je n'en apporterais point d'autre jjreuve que le seul usage du monde, nesufrirail-il pas pour vous en convaincre? Etoulcz-moi, et n'oubliez jamais de si salutaiics instructions.

Préférer Dieu à la créature, et, quand il s'agit, non pas dans la spéculation, mais dans la pratique, de faire comparaison de l'un cl (le l'autre, quand ils se trouvent l'un et l'autre en compromis, fouler aux pieds la créature pour rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû, c'est sur quoi roule loute la religion, et c'est d'abord ce que renverse le respect humain. Car pourquoi l'appelons-nous respect humain, sinon, dit l'ange de l'école, saint Thomas, parce qu'en mille rencontres il nous fait respecter la créature plus que Dieu ? Dieu me fait connaître ses volontés, il me fait mtimer ses ordres ; mais l'homme à qui je veux plaire, ou à qui je crains de déplaire, ne les approuve pas; et moi qui doisalorsdécider, dans la seule vue de plaire ou de ne pas d(''plaire à l'homme, je deviens rebelle à Dieu : j'ai (lonc, en effet, plus de respect pour l'homme que pour Dieu; et quoique je sois convaincu de l'excellence et de la souveraineté de l'être de Dieu , c'est une conviction en idée qui n'empêche pas que réellement et actuellement jene préfère l'homme à Dieu. Or, dès là je n'ai plus de religion, ou je n'en ai plus que l'ombre elque l'apparence. Et voilà ce que Tcrlullien reprochait aux païens de Rome par ces paroles siéncruiqucs et si dignes de lui, quand il leur disait : Miijori formidine Ca^arem observatis, quam ipsum de cœlo Jovem ; et citius apud vos pcr omnes dcos quam per unum Cœsaris getiium pejera/ur; Jupiter est le dieu que vous servez ; mais voire désordre, et de quoi vous n'oseriez pas vous-mêmes disconvenir, c'est que vous considérez bien moins ce Jupiter régnant dans le ciel, que les puissances dont vous déi)endez sur la terre; et que parmi vous on craint bien plus de s'attirer la disgrâce de César, que d'offenser toutes les divinités du Capitole. Reproche mille fois [)lus capable de confondre un chrétien quand il se l'applique à lui-même, et dont il devrait ôhe effrayé et consterné I Cependant, à combien de chrétiens ce reproche, pris à la let-

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